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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Salle de réunion - 01/04/35
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 26 Sep - 23:43
Interprété par James Everett et Jena Higgins.


Voilà une heure que James avait fait le point sur les différentes instructions quant au fonctionnement du nouveau campement. Il était fort possible que ce soit une mise au point brutale pour ses compagnons à peine arrivés dans ce grand édifice qu'était l'ancienne caserne de pompiers, avant même d'avoir prit leurs marques, mais James y avait tenu : pour lui, c'était avant-tout l'occasion de les prendre dans un moment de faiblesse pour leur faire comprendre très directement que tout serait différent maintenant et que le chaos de leur ancien campement serait du passé.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'ex-médecin-chirurgien-militaire était très motivé par la découverte et la prise de possession de cette caserne, bien que cela faillit lui coûter la vie un jour auparavant, il était persuadé à présent la tempête passée que beaucoup de bonnes choses pouvaient être faites. Tomber sur un tel édifice surélevé, préservé par l'apocalypse et construit avec brio relevait du miracle, c'était pour tout le groupe l'occasion de faire la différence et donner à leur survie un sens prometteur. Pour lui-même, il avait été question de donner d'emblée cette motivation aux siens autant que lui l'avait ressenti, car au fond, il n'avait jamais autant douté que maintenant. Devoir assumer un groupe, c'était là le dernier des fardeaux qu'il aurait voulu assumer et bien qu'il avait conscience que sa prise de contrôle de la situation lors des grandes décisions avait été la bonne chose à faire, ces responsabilités lui faisaient peur, sans nul doute.

Ces gens qui l'avaient suivi, à commencer par Elizabeth sa bien aimée, Ivy, son amie tant appréciée en dépit de ce qui avait pu se passer, Jena avec qui il y avait tout à bâtir et qui pourrait faire de grandes choses, Kyle avec qui il avait toutes les raisons d'espérer étant donné ce que celui-ci avait déjà montré et Koda comme Kaitlin qu'il ne connaissait ni d'Adam ni d'Eve, il y avait six façon de les aborder, six manière d'apprendre à davantage les connaître, six méthodes dans la manière de les former à leur rôle dans le groupe et six bonnes raisons de ne pas échouer à la tâche. Cette tâche était simple sur le papier mais horriblement difficile à honorer dans la pratique : les garder en vie et surtout faire en sorte qu'ils vivent décemment.

James n'était pas sorti de la salle de réunion, il avait déjà eu loisir de faire son nid dans la caserne, ou ce qu'il aimait à appeler à présent, leur Perchoir, alors il s'était plutôt employé à réfléchir longuement sur la manière d'organiser la suite. Il avait installé le nouveau camp, il fallait ensuite faire le plus difficile, le préserver des dangers externes mais aussi internes. Installé sur l'un des sièges coté Est, non loin du poste-radio, il scrutait l'au-dehors à travers la fenêtre, qui lui donnait essentiellement vue sur le ciel. Une heure, c'était le temps qu'il avait donné aux siens et plus précisément, à Jena à qui il avait glissé son souhait de lui parler dans l'heure qui suivrait justement.

C'était la première à qui il devait s'adresser, celle à qui il avait le plus de choses à dire concernant le camp et son avenir, organisant ses échanges de façon à parer aux risques, comme si quelque chose allait surgir en brisant l'une des fenêtres pour le tuer, ou que sait-on quelle folie encore. Plus que la vie des siens, il avait l'impression qu'étant le nouveau chef de groupe, sa vie était comptée plus que les autres.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 27 Sep - 19:55
La réunion “d’introduction” conduite par James terminée, j’avais quitté la salle spartiatement meublée d’une unique grande table et son cortège de chaises pour flâner le temps d’une petite heure et m’approprier la disposition et l’organisation de notre nouveau logis. Je partageais une très majoritaire partie du discours de James, et nourrissais les mêmes espoirs, avais les mêmes attentes que lui au sujet de noter nouveau groupuscule. Par ailleurs, je digérais excessivement mal les derniers évènements, ceux qui avaient précédé la scission des membres du campement Snatch, tout particulièrement l’égoïsme tranchée et affirmé de Melody. Être obligée de me rabattre sur des vivres largement périmés - et je m’estimais relativement chanceuse d’avoir eu à le faire par le passé, dans les premiers mois post-pandémique, pour être à-même de le supporter sans être la proie d’une bonne chiasse des familles - sur la simple décision de la chasseresse que nous avions malgré tout tenté de ne pas désigner comme complice de Samuel dans le fiasco du premier campement me restait durement en travers de la gorge, comme ces arrière-goûts bien rances de fonds de conserves.

Néanmoins, j’avais suffisamment eu de quoi me remplir l’estomac pour ne pas être atonique et physiquement trop éprouvée par ce régime de fortune. Une chance que ni James, ni Elizabeth n’avaient pu avoir malgré qu’ils furent parmi les plus actifs et impliqués dans la mise en place de notre nouveau campement ; une grande injustice selon moi, mais qui mettait à l’honneur l’abnégation du couple dirigeant. Cela devait être une bien maigre consolation pour les deux concernés, mais la décision prise et le sacrifice concédé n’en étaient que plus impactant encore sur ma volonté de les aider à accomplir cette tâche dont notre survie dépendait. Cependant, je gardais malgré tout une certaine réserve vis-à-vis de James à propos d’une légère divergence de point de vue quant au traitement à accorder aux flâneurs qui seraient assez inconscients pour ne pas mettre la main à la pâte ; et je savais d’avance que j’aurais bien moins de remords - et de diplomatie - que le chirurgien à rentrer dans le lard des éventuels fautifs et traînards. Malgré tout, j’espérais ne jamais avoir à le faire et de facto entrer en conflit avec James. Un vœu bien pieu selon moi, difficile mais pas irréalisable.

Finalement, j’avais occupé mon heure de battement avant le rendez-vous fixé par James à visiter les lieux, puis me choisir un pieu, une armoire et un casier dans le vestiaire pour finir. Découvrant la salle d’eau abritant douche et toilettes, je regrettais d’ores et déjà le manque d’eau courante et chaude dans le bâtiment pour inaugurer ce nouvel abri comme il se le devait. Enfin… Ce n’était pas le moment pour être regardante sur la pendaison de crémaillère ; et je saurais pour lors me contenter d’un vrai plumard, dans un bâtiment en dur. Le camping de jardin commençait à me courir à l’ancien camp. Quoi qu’il en était, je m’étais déchargée de mon sac à dos et mes quelques affaires dans le casier, ne gardant sur moi que mon Five-Seven équipé, déposant par ailleurs dans l’armoire de la chambre le cadre au sous-verre brisé qui abritait la photo de ma petite famille trépassée, non sans un certain pincement au cœur malgré tout.

Puis le moment venu, j’avais rejoint la salle de réunion en me demandant si le barbu m’y attendait déjà impatiemment ou si j’étais en avance ; à moins qu’il n’ait été retenu autre part par d’autres occupations… Ma foi, ce serait la surprise de l’instant, et celle-ci fut de très courte durée. A peine le seuil de la porte franchi, je pouvais déjà voir que l’une des chaises était occupée. D’un simple geste de la main gauche, je frappais audiblement contre le battant de la porte afin de lui manifester ma présence avant de m’avancer et traverser la salle de réunion d’un pas décidé, mais plus détendu également. Sûrement une première depuis de nombreux jours.

“Tu voulais me voir Cap’tain ?” lui demandai-je d’une voix posée, question suivie d’un léger sourire complice alors que j’arrivais non loin de son siège.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 28 Sep - 23:56
La porte s'était ouverte, sans détour et bien assez discrètement - décidément ces portes étaient en très bon état - pour qu'il dut recevoir les coups contre celle-ci avant de se rendre compte qu'elle, Jena, entrait. James se redressa sur son siège, posant les mains sur les accoudoirs et fit tourner son dossier de façon à donner dos à la fenêtre et faire face à sa camarade on ne peut plus importante aujourd'hui qu'ils formaient tous deux une partie de leur précieux groupe.

Elle avait l'air plutôt bien de prime abord, tout du moins avec les critères post-apocalypse, et l'interpellait d'un surnom qui lui rappelait Kyle. Mais fait plutôt étonnant, avec un sourire que le barbu s'empressa de lui rendre bien volontiers, plus grand pour sa part et feintant l'amusement, avant de hausser brièvement les sourcils.

« On dira que le captain n'est pas à son avantage aujourd'hui, il faut bien que ça arrive. »

Une ironie qui cachait une triste vérité, car James n'avait pas une mine très encourageante : fatigué, un peu pâle, il devait ça à un excès de réflexion, un manque de repos après avoir passé une inquiétante première nuit seul ici, presque sans dormir, mais aussi et surtout à la faim qui le minait depuis la semaine passée. Il avait dû se priver, faute au manque de nourriture de leur coté et aussi, même surtout dans ce cas-là également, à la radinerie teintée de haine de Melody, un vil serpent qui méritait bien de recevoir l'un des carreaux qu'elle semblait tant aimer en pleine poire. C'était une pensée très éloignée de la mentalité de James, mais exceptionnellement, il avait bien du mal à la remettre en cause, sans doute que cette faim altérait son jugement et ses idées.

« Viens donc t'asseoir, je voulais te parler oui. »

Il se mit contre la table et posa une main négligemment dessus, l'autre venant tapoter la table près de son extrémité pour aiguiller la jeune femme, extrémité devant laquelle se trouvait un siège justement, le chirurgien semblait vouloir amener Jena à s'installer à la place du roi. Son regard scruta la silhouette puis le visage de Jena. Une silhouette d'ailleurs qu'il semblait tout juste remarquer était très élancée, elle avait une certaine stature c'était indéniable, il patienta sereinement qu'elle vienne prendre place, croisant lui-même les doigts sur la table en haussant des épaules car il était pas mal penché au-dessus.

Après qu'ils soient mis tous deux au même niveau, marquant un temps en lui souriant amicalement une nouvelle fois, assez doucement et trahissant ses yeux quelque peu rougis par la fatigue, il reprit en montrant un ton certes très calme mais aussi serein et plutôt sûr, une façon de démontrer qu'il était loin de se trouver dans les vapes malgré tout ce dont il avait l'air.

« Je voulais que l'on parle de notre nouveau camp, de ce qu'il s'est passé dans l'ancien et de l'avenir qui nous attend. Il y a beaucoup à faire mais aussi beaucoup à espérer, pour ça, il faut mettre les choses sur les bons rails et savoir à quoi s'en tenir les uns les autres, en toute amitié. Ne t'en fais pas, rien d'alarmant en soi, ça paraît même évident qu'on aborde ces questions.

Mais avant ça dis-moi, comment vas-tu ? L'endroit te plait ? Tu penses que c'est prometteur ? »

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 29 Sep - 14:39
Je ne pouvais que confirmer le constat que le chirurgien dressait de lui-même. Il avait effectivement une sale gueule, mais loin de moi l’idée de lui en faire la remarque ; pas après ce qu’il avait enduré pour nous offrir cela. C’était d’ailleurs tout à son honneur de vouloir nous entretenir les uns après les autres plutôt que d’aller s’offrir quelques heures d’un repos pourtant bien méritées. A son invitation, je prenais place dans le fauteuil qu’il m’avait désigné, déposant au passage mon arme de poing sur le plateau de la table afin qu’elle ne me gêne en rien. Puis je le laissais parler et poser ses questions.

Durant ses mots, j’avais fait en sorte de ne pas quitter son regard qu’il avait fatigué, remarquant par ailleurs sa posture et son ton qui se voulaient bien plus déterminés - bien que posés - sur ce que son apparence pouvait laisser présager. Une attitude qui me confortait d’autant plus dans l’idée que j’avais fait le bon choix de le suivre dans cette nouvelle et incertaine aventure. D’ailleurs, je ne pus réprimer un léger sourire amusé et rassurant que je lui adressais en prélude à ma première réponse.

“A mon arrivée dans le groupe, j’ai eu le droit d’occuper une tente dressée au beau milieu d’une aire de repos en ruine, puis d’occuper ensuite une autre tente dans le jardin d’une baraque plus destinée à couler une paisible retraite qu’à affronter le quotidien d’une apocalypse ; pour finalement atterrir ici, avoir un toit et un lit en durs, entourée d’une majorité de personnes de confiance. Donc oui, je vais relativement bien, et je suis bien plus optimiste vis-à-vis de l’avenir, surtout dans ce nouveau campement,” avais-je commencé d’un ton plus léger en guise d’introduction.

Puis, j’avais laissé fuir mon regard en direction des murs de la salle de réunion, puis vers l’extérieur, comme si je tentais de virtuellement faire le tour du bâtiment et des environs avant de ramener toute mon attention vers le chirurgien.

“Néanmoins, et je présume qu’on doit partager ce sentiment, je reste énormément déçue des conditions dans lesquelles nous avons eu à quitter le camp Snatch, des ressentiments que l’on a laissé derrière nous et par-dessus tout du comportement de Melody. J’aurais pu tolérer le rationnement si nous avions tous manqué de nourriture, et je m’estime encore chanceuse comparée à toi ou Elizabeth qui avaient dû vous restreindre plus que tous les autres ; mais ce n’est pas le cas et je l’ai franchement mauvaise. Melody a fait le choix délibéré de nous “affamer”...” J’esquissais des guillemets pour encadrer ce dernier terme. “... par colère, par avarice ou peut-être par vengeance envers nous ; j’en sais rien. Je ne m’attendais certainement pas à ça de sa part. Autant dire que je trouve ce comportement, en plus d’être mesquin, particulièrement préoccupant à propos de ce qu’elle pourrait être amenée à faire par la suite.”

Pour l’instant, je ne développais pas devant James les préoccupations que j’avais en tête, estimant qu’il était encore bien trop tôt pour assumer une prise de position qui manquait malgré tout de recul ; même si j’avais malgré tout quelques certitudes que même la plus confortable des situations ne sauraient faire changer. Peut-être le médecin avait-il cependant pu saisir que mon ton s'était fait plus dur et tranchant d'une détermination brute.

“Mais assez parlé d’elle. Je n’ai aucune envie de plomber l’ambiance et l’excitation offertes par ce nouveau départ. Cet endroit semble frôler la perfection pour établir un campement durable, d’autant plus lorsqu’il aura été un peu plus aménagé et que nous serons mieux établis. Mais chaque chose en son temps…” avais-je fini par conclure sur une note particulièrement optimiste et volontaire.

Lentement, je me penchais vers l’avant, amenant mes avant-bras reposer sur mes cuisses, les doigts croisés sans cesser de dévisager le chef de camp.

“Quoi qu’il en soit, j’apprécie grandement les efforts que toi, Kyle et Elizabeth avaient fournis pour qu’on finisse par tous se retrouver ici.Mais du coup la question se pose légitimement de savoir comment toi, tu vas. Tu tiens le coup ?”

James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 6 Oct - 0:09
Intéressé, James suiva les actes de Jena avec attention, scrutant du coin des yeux l'arme qu'elle posait sur la table, puis figeant son regard sur la jeune femme. Il observa sa gestuelle et écouta ses réponses, on ne peut plus satisfaisantes selon lui, le chirurgien commença par rire légèrement quand elle évoqua le confort du précédent camp, amusé de la façon dont elle décrivait tout ça. Il perdit très vite son sourire à la suite, lorsqu'elle posait sur la table la dernière semaine passée dans la maison avec l'autre groupe, ce à quoi, en guise de réponse silencieuse car il n'avait aucune intention de la couper, il étira un peu ses traits en se passant la langue sur la lèvre inférieure et en posant les yeux sur la table, gêné pour sûr.

Il marqua la fin du discours de Jena par un sourire en coin en lui rétorquant, revenant à elle :

« Tu sais que tu parles vraiment comme une politicienne ? Tu me ferais presque peur, mais j'imagine qu'en tant que fille de sénateur, ça paraît naturel. »

Sur cette petite tranche légère à son tour, il acquiesça doucement, plusieurs fois, tandis qu'il reprenait d'un ton on ne peut plus sérieux, gardant les mains croisées.

« Melody avait une opportunité avec cette scission et je pensais avoir été clair sur ça : faire l'impasse sur le passé, repartir sur de bonnes bases et entretenir de bonnes relations. Elle a décidé de se comporter comme une conne, désolé du terme mais c'est ce que je pense très sincèrement. Elle a agit par pure rancune, peut-être même par haine, je ne sais pas vraiment, ce n'est pas le genre de fille censée, on l'a remarqué toi comme moi, Melody est plutôt du genre paranoïaque et égocentrique, son orgueil crève d'ailleurs le plafond et elle était prête à laisser le groupe exploser et mourir juste pour démontrer qu'elle avait raison - selon sa mentalité approximative, ça en devient maladif. Si ça avait été un autre groupe, elle aurait sûrement agit autrement, non sans le faire à contre-coeur cependant, mais là avec nous, elle a clarifié les choses :

Elle ne veut entretenir aucune bonne relation, ni alliance, ni traité d'aucune sorte, elle nous méprise. C'est ce que je craignais, c'est ce qui s'est avéré exact quand elle a décidé de nous laisser nous affamer, histoire de nous faire comprendre que nous n'avions plus rien à voir avec son groupe. Je ne sais pas quel genre de personne il faut être pour vivre sous le même toit que des individus que l'on affame en sachant pertinemment que l'on a de quoi faire et surtout, de se nourrir soi-même sans scrupule. Il faut une sacrée dose de cruauté, voire de sadisme, pour continuer à manger sans régurgiter et se regarder dans le miroir sans avoir honte.

Quoi qu'il en soit, j'ai autant de doutes quant à l'avenir de son groupe, mais est-ce qu'on peut y faire grand chose ? Non, malheureusement, Melody aurait pu gagner notre amitié, nous démontrer que nous nous trompions et se mettre dans la poche une dette que j'aurais payé volontiers. Pour tout t'avouer, je me demande si elle a apprécié de nous voir moi et Elizabeth nous priver, et toi te nourrir de ces conserves dégueulasses, je ne t'envies qu'à peine, disons parce que j'ai très faim. Enfin bon, elle assumera ça en temps et en heure. »


Le calme apparent avec lequel il avait prononcé ses derniers mots entendait qu'il n'avait pas l'intention d'oublier de si tôt ce crime, mais il n'insista pas davantage et étira son cou en penchant la tête de coté, soupirant tout en fermant les yeux un instant, avant de se ressaisir et lui redonner son attention qu'il concentrait.

« Autrement, je tiens comme j'en suis obligé et malgré la faim, trouver cette caserne était inespéré, j'ai encore du mal à réaliser la chance que l'on a eu, même si j'ai faillis me faire étriper par ces saletés de rôdeurs, Elizabeth et Kyle ont bien bossé, ce sont des personnes sur qui on peut compter. » Affirmait-il non sans sous-entendu, qui se liait à ce qui allait suivre. « Nous avons un petit groupe, mais avec les moyens de faire de grandes choses. Elizabeth est posée, tempérée, réfléchie et courageuse et de ce que j'ai cru constater, elle est capable de donner de son... énergie pour renforcer une autre personne, je parle de son pouvoir. Moi je sais soigner, Kyle est un ancien soldat, il est efficace, avisé et je suis persuadé qu'il comprend les rouages de la nécessité et de la communauté, ce n'est pas le genre à s'offusquer à la moindre directive par fierté mal placée.

Ivy elle est... particulière. Elle est très courageuse, elle a de la volonté et elle n'hésite pas à foncer tête baissée, bornée comme un bouc. Ça lui joue des tours, elle peut être colérique, instable je ne le cacherais pas et elle est perdue. Mais c'est avant-tout une fille avec un grand coeur qui a vécu des choses terribles, elle a été torturée par ce salopard appelé Soulstrange, le chien de garde du Marchand, après avoir été tuée une seconde fois avec un ancien camarade et être revenue seule, une seconde fois. Si j'en crois ce que j'ai cru comprendre, son potentiel vis à vis de son pouvoir est supérieur à nous autres. Elle peut devenir un élément fondamental, surtout qu'elle est très intelligente et débrouillarde, alors je te demanderais de garder un oeil sur elle, d'être ferme, mais de la ménager malgré tout, l'aider à se remettre pour reprendre confiance parmi nous et de ne pas oublier qu'elle a été traumatisée plus qu'aucun de nous ne l'a été ces derniers mois. »


Il opina du chef, marquant un court temps en la fixant droit dans les yeux avant de reprendre, son visage dessinait une franchise sans mise en scène qui faisait acte de foi quant à l'assurance qu'il avait dans ses idées.

« Ce que je te dis là, je ne l'ai dit à personne d'autre et ce pour une bonne raison : je veux que tu me secondes. Tu m'as bien entendu. Je n'ai pas oublié ce que tu as dit dans le salon de l'ex-camp. Tu es une femme de pouvoir, tu sais comment tourne le monde et tu as tes convictions, c'est une grande force mais ça peut aussi se retourner contre toi. Moi je ne suis pas une femme et je ne suis pas non plus fan de pouvoir, je ne te surprendrais donc pas si je te dis que je n'avais aucune intention de devenir chef, pas le moins du monde. Je ne vais de ce fait pas tourner autour du pot, tu as le potentiel d'être un excellent chef, mais tu n'es pas encore prête, tu es encore trop accaparée par ta colère que tu caches derrière une armure de glace, probablement que tu as vécu des choses extrêmement difficiles et je ne remettrais jamais ça en cause. Nous avons tous des raisons d'être en colère et nous avons tous vécu l'horreur à un degré différent, mais assez similaire.

Je ne vais pas chercher à savoir ce qui t'es arrivé, je ne te connais que depuis peu et je n'ai pas le droit de te le demander, nous aurons l'occasion d'échanger sur notre passé le moment venu. Comme tu l'as dit, nous avons une opportunité ici et si j'ai voulu les changements qui ont amené à découper la communauté en deux, j'ai maintenant la responsabilité de cet endroit et je dois faire au mieux. Il me faut un second qui ai la tête sur les épaules, qui soit prêt à faire ce qui doit être fait pour le bien du groupe, à tout encaisser, mais il faut que tu apprennes à faire confiance à ce groupe, au bien fondé de l'unité et surtout, à donner sa chance aux gens.

Se fermer en voulant ne penser que par la survie pure et dur est normal dans un monde comme celui-ci, mais ce n'est pas une fin en soi, survivre, même si on a du mal à s'en rendre compte parce que ça s'impose en haut de la liste, ce n'est qu'un morceau du puzzle. Il va peut-être te falloir du temps pour t'adapter, on ne peut pas être parfait tout de suite, je ne le suis pas moi-même, mais il faut que tu apprennes à être parfaite. Tu sais manier une arme, tu n'as pas peur de dire ce que tu penses et agir en conséquence et tu as été capable de prendre sur toi d'abattre un homme mourant pour lui éviter de souffrir, parce que tu es capable de faire des sacrifices.  

C'est beaucoup demandé, j'en ai conscience, mais je ne me fais pas d'illusion : je peux mourir demain, que ce soit à cause d'une attaque, d'un accident ou parce que je n'hésiterais pas une seconde à sacrifier ma vie pour n'importe quel membre de notre groupe, bien que je n'ai aucun souhait de mourir et que j'aime Elizabeth, ça peut arriver n'importe quand, plus vite qu'on ne le pense. Si ça doit arriver, quelqu'un doit être capable de reprendre cette charge mieux que je ne le ferais et je pense que tu es la mieux placée. J'aurais pu penser à Elizabeth car elle a toutes les qualités, mais je ne veux pas qu'elle ai à supporter de telles responsabilités, j'aimerais qu'elle retrouve le vrai goût de vivre, j'ai aussi de bons espoirs pour Kyle, mais il est encore... frais disons. Non, tu es la mieux placée pour ça et d'autres raisons, dès lors que tu sois prête à faire tout ce qu'il faudra pour, quitte à remettre en cause tes convictions et ce que tu penses juste, car c'est ce qui arrivera sûrement si tu prends la place de chef.

A commencer par le fait que recruter n'est pas une lubie, c'est un besoin essentiel. Survivre en parvenant à nourrir le groupe et à avoir un matériel suffisant pour un petit nombre, c'est une chose et ça se défend, mais si demain nos ennemis arrivent, armés jusqu'aux dents et trois fois plus nombreux, ce sera probablement l'horreur. Une personne qui entre ici, ce n'est pas juste une bouche à nourrir, c'est deux bras de plus, à partir du moment où elle s'adapte aux besoins. En tant que chef, qu'il s'agisse des besoins, des sacrifices ou des prises de décisions, le groupe doit passer avant soi. Avant que je ne poursuivre sur le reste, est-ce que tu comprends tout ce que je t'explique ? Qu'est-ce que tu en penses ? »


Il avait quelque peu plissé les yeux sur ses derniers mots en se penchant davantage vers elle, guettant les réactions et surtout les réponses de Jena. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'était pas passé par quatre chemins, il avait voulu prendre Jena au dépourvu pour obtenir d'elle des réactions impulsives, on ne peut plus naturelles. C'était presque devenu une rengaine, de faire du rentre-dedans par les idées en posant sa pensée sans détour, depuis ce lundi matin où il avait décidé que les choses devaient changer, sans vraiment s'en rendre compte, la première chose qu'il avait changé, c'était son attitude.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 8 Oct - 16:33
A la première remarque de James, je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire sincère, pour ne pas dire jovial de le voir se laisser aller à un peu de légèreté ; et si l’idée de rétorquer et poursuivre sur cette lancée m’avait effectivement effleuré l’esprit l’espace d’un instant, la suite de son propos ne m’en laissa pas l’occasion. A son tour, il me livrait son ressenti sur les actes de Melody et tout ce que cela impliquait fatalement pour nous désormais. Aussi me contentai-je d’acquiescer de quelques hochements de tête silencieux à ses mots, gardant pour moi les nombreux commentaires et termes fleuris qui me venaient à en tête. L’homme avait quéri ma présence, et je doutais qu’il ait en tête de simplement me faire part de l'inimitié qu’il ressentait vis-à-vis de la chasseresse, d’autant que j’avais lancé le sujet. Lentement, je m’étais redressé de ma position précédente pour m’enfoncer plus profondément contre le dossier du fauteuil, croisant les jambes sans cesser de le dévisager longuement, mon attention focalisée sur ses mots.

Et je lui offrais tout mon intérêt alors qu’il me mettait au fait de tous ceux qui composaient notre groupe désormais, pour ce qu’il en savait. Et même si j’avais eu le temps et l’occasion de me faire mon propre avis sur Kyle et Elizabeth, j’appréciais de savoir que celui-ci était partagé par le chirurgien. L’occasion aussi pour moi d’en apprendre un peu plus sur les capacités miraculeuses de James et de sa compagne. Mais ce fut la partie sur Ivy qui exigea de ma part la plus grande attention. J’ignorais si le médecin avait eu l’occasion de s’en rendre compte, ou s’il s’en était douté à un moment ou un autre ; mais je ne portais clairement pas cette dernière dans mon cœur. Les mots qu’elle avait eus, son comportement de cachottière et de complotiste hystérique la semaine dernière m’avait très largement refroidie quant à lui accorder la moindre once de confiance. Et déduire de la bouche même du médecin qu’il n’avait aucune idée du pouvoir, ou des intentions de la jeune femme alors qu’il la fréquentait depuis les premiers jours me laissait d’autant plus perplexe. Néanmoins, je prenais bonne note de ce qu’il me confiait sur son histoire, son apparent calvaire et les espoirs qu’il semblait foutre en elle. Très personnellement, je n’aurais certainement pas misé un rouble sur la tête de cette fille-là, pas après ce qu’elle avait fait et dissimulé ; mais le fait de croire en James, d’avoir accepté de le suivre me poussa à me résoudre d’essayer.

Par la suite, je perdis beaucoup de ma légèreté et de mon sourire alors qu’il me confiait vouloir que je le seconde à son poste. Le chef de camp n’y allait pas par quatre chemins dans ses affirmations et ses allégations, et bien que certains mots - parfaitement ciblés - faisaient mouche très efficacement, je devais admettre que j’appréciais cette justesse et la résolution qui émanait de lui. Cependant, il aura clairement pu noter mon regard fuyant vers le décor lorsqu’il évoqua l’exécution de Jian ; un acte qui me restait encore en-travers de la gorge alors que le jeune homme semblait lui aussi avoir droit à une… troisième chance ? Si on pouvait appeler ça de la chance.

Quelque part, j’appréciais la confiance qu’il semblait placer en moi, surtout en sachant que nos relations n’avaient pas démarré de la manière la plus cordiale qui soit. Néanmoins, je ne savais trop quoi penser du fait qu’il revienne sur cette histoire de recrutement, faisant plus ou moins indirectement référence à l’épisode Nelson ; ou qu’il me privilégie au détriment de sa muse pour le seconder à cette place. Certes il s’agissait d’épargner Elizabeth de cette tâche aussi difficile qu’ingrate, mais je doutais que mon sens du sacrifice soit exacerbé au point d’accepter de me faire cogner la tronche par simple plaisir. Mais l’homme avait su jouer sur ma corde sensible, confirmant mon avis qu’il était bien loin d’être con - et c’était pas désagréable de le constater - en m’offrant un peu du pouvoir derrière lequel j’avais tant couru durant des années, à m’en brûler les ailes d’ailleurs.

Ce n’est que lorsqu’il se pencha vers moi, posant ses questions que je me permettais finalement de reprendre la parole, même si je ne pus éviter de tourner ma réponse à sa première question en légère dérision, histoire d’alléger un peu la lourdeur de cette discussion et le pragmatisme des décisions qui allaient en découler.

“Je comprends parfaitement. Je suis moins blonde que ce que mes cheveux pourraient le laisser croire…” répondis-je légèrement avant de reprendre d’un ton bien plus solennel.

“J’en pense plusieurs choses. Premièrement…” je dressais l’index de ma main gauche pour énumérer mon propos. “...j’espère que tu conçois bien que ton amie Ivy, au-delà de tout ce qu’elle a pu vivre et connaître, va devoir faire de sacrés efforts d’intégration et de transparence avant de réussir à gagner ma confiance. Je suis prête à l’aider, à faire moi-même des efforts de compréhension, à prendre sur moi, mais je n’engagerai pas à trop long terme la sécurité du groupe ni celle de chacun d’entre vous pour sa seule petite personne si nos efforts sont constamment à sens unique. Je ne doute pas un instant que tu prendras le temps de clarifier les choses avec elle quand tu la verras, mais très personnellement, je ferais preuve de bien moins de tolérance et de patience que toi si elle continue à déconner,” lui confiai-je sans détour, mais sans agressivité non plus. Mon ton, s’il s’était voulu totalement franc, n’en restait pas moins calme pour autant. “Mais pour l’instant, restons sur l’idée d’éclaircir et faire table rase du passé, et d’offrir à chacun la place et la chance qu’il mérite.

Ensuite, je suis effectivement en colère, et ça me pousse à être brutale et directe dans mes mots et mon comportement. Quand je vous ai rencontré, j’étais en colère et revancharde contre le monde entier. Ma seule raison de vivre était de buter le plus de bandits possibles, de renvoyer en enfer autant de ces créatures que je le pouvais avant que mon heure n’arrive, juste pour venger les miens et étancher cette soif. Mais les choses ont fini par changer depuis que je suis avec vous, et que je sais ce que vous êtes. La colère commence à être moins présente. C’est loin d’être la perfection que tu recherches, mais petit-à-petit, je ressens plus d’espoir vous concernant que de colère. Je crois très profondément que vous pouvez faire changer les choses…”
Je laissais glisser mon regard azuré vers les mains de James esquissant un mince sourire révélateur de l’espoir et l’attachement - pour ne pas dire la foi - qui m’avait gagné à les côtoyer. “Je suis convaincue que ces mains peuvent faire bien mieux que soigner des chairs et panser des plaies. Et c’est justement ce qui m’amène au troisième point.

Je ne suis pas opposée au recrutement ou à l’accueil de nouvelles têtes, ni contre aider de nouveaux ressuscités à reprendre leurs marques, trouver leur place ici, parmi nous. Je suis bien consciente que ce n’est pas une lubie, et je ne l’ai jamais vu ainsi, quoi que tu en penses ou que tu ais cru comprendre. Simplement, Snatch n’était pas un groupe en mesure d’accueillir des survivants supplémentaires, pas de la façon dont il était géré, pas de la façon dont nous étions organisés - à supposer que ce fut le cas un jour - et certainement pas avec les moyens que nous possédions. Ici, les choses vont être différentes. Je me plierai à tes instructions et tu pourras compter sur mon aide et mon soutien, de la même manière que tu pourras compter sur moi pour te tenir tête si j’estime que tu fais fausse route. C’est à ça que sert un second - un premier conseiller comme on disait dans le jargon - relayer, temporiser et confronter. N’envisage donc pas que je te dise ‘amen’ à chaque mots, même si je tâcherai de te prendre en aparté lorsque cela s’avèrera nécessaire. Sommes-nous au moins d’accord sur ce point ?”


J’achevais ainsi de lui répondre, curieuse et désireuse d’éclaircir au maximum les choses entre nous afin de m’assurer, lui comme moi, que nous nous trouvions sur la même longueur d’onde.

James F. Everett

Anonymous
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Mar 11 Oct - 14:45
James observait Jena en gardant les doigts croisés sur la longue et épaisse table de réunion, confortablement calé sur son siège. Il ne ratait pas un mot et scrutait attentivement ses gestes et expressions. Progressivement, un petit sourire se dessinait sur ses lèvres, il s'attendait à ce qu'elle se montre plus compréhensive qu'à Snatch, qu'elle évoquait d'ailleurs avec exactitude et il n'avait aucune intention d'aller à l'encontre de ses propos à ce sujet car il était pleinement d'accord, mais le fait est qu'elle allait un peu plus loin qu'il ne l'avait espéré, ce qui ne faisait que le conforter dans le sens de ses intentions.

C'est pourquoi il conservait son sourire aux lèvres closes, tout à fait calme et amical, malgré les mots qui vinrent à la suite de la conclusion de la jeune femme aux cheveux blonds et à la silhouette élancée :

« Pas tout à fait. »

Voilà des propos nébuleux, que Jena pourrait interpréter de nombreuses façons et il prit un malin plaisir, sous couvert d'une forme de test, de la laisser dans le flou plusieurs secondes avant de poursuivre, histoire de voir sa réaction immédiate sur son visage. Pour se faire, il détachait ses mains et passait le dos de son index sous son nez qu'il frottait un peu, avant de poser les mains contre la table séparément cette fois, s'y appuyant tout en tapotant le bois du pouce.

« Je n'ai pas besoin que l'on me tienne tête Jena. » Reprit-il sereinement en reportant son regard de la table à son vis à vis, affirmant ses propos qu'il venait éclaircir. « J'ai assurément des défauts mais me remettre en question est quelque chose de constant chez moi, en fait, s'en est même abusif parfois et fatalement, j'imagine que ça peut en faire un défaut. Malgré cela, je suis prêt à aller au bout de mes objectifs et à rester maître de mes idées.

Non, ce dont j'ai besoin, c'est d'un partenaire, quelqu'un qui saura me conseiller et mettre en lumière un avis sensiblement si ce n'est réellement différent. Je suis de ceux qui pensent que la sagesse et la clairvoyance sont l'affaire d'une entité et non d'une personne, c'est pour ça entre autres que j'ai pensé à toi. Donc, je serais toujours disposé à écouter ce que tu as à me dire et à respecter ton avis, mais j'insiste sur le fait que cela doit rester privé. Nous avons affronté beaucoup de choses et nous avons surtout connu un tas d'échecs, à tous les niveaux et ce, depuis bien avant que tu n'arrives. La première cause ? Nos dissensions. Beaucoup de personnes dans le groupe avaient pris la mauvaise habitude de lever le ton ou de prendre la mouche dès que quelque chose ne leur plaisait pas expressément, à tel point que nous n'avions même plus besoin d'ennemis pour foutre en l'air nos chances de survie.

Ça n'arrivera pas ici et je suis prêt à montrer les crocs pour ça, comme qui dirait. Nous devons absolument rester soudés, ça passe par la mesure, savoir prendre sur nous-même et savoir écouter les autres, pour autant le plus important, c'est de paraître unis face au reste du monde. Faire partie d'un groupe, c'est comme être en couple, il peut y avoir des périodes difficiles, des disputes, des désaccords et même être opposés sur le terrain, mais ce qui doit prendre le pas sur le reste, c'est de ne jamais se confronter devant quiconque. Même si tu devais ne pas être d'accord avec moi lors d'une réunion de groupe, d'un échange avec d'autres gens en dehors ou encore d'une décision sur le terrain, surtout, tu ne me contredis pas sur le moment, tu viens en aparté, après-coup ou toujours sur le moment en question si on en a l'opportunité et tu me livres ton ressenti en tête à tête.

En contrepartie, j'en ferais autant et je ne rejetterais jamais ce que tu pourras me dire, au même titre que tu ne dois pas le faire. Dans l'absolu, rien ne me force à avoir un second mais ça reste pour moi essentiel, pas seulement pour assumer des tâches, mais aussi pour m'aider à prendre les bonnes décisions et à agir avec un maximum de recul et de clarté sur tout ce à quoi nous serons confrontés. Si tu es prête à respecter cela, je te garantie que toi et moi ce sera une affaire qui marche. A coté de ça, je suis d'accord avec ce que tu as dit sur le reste, Ivy a clairement déconné et le fait est qu'elle a une fâcheuse tendance à agir comme elle l'entend et à se crêper le chignon avec les autres, mais on doit avant-tout faire preuve de pédagogie, lui faire comprendre ce qui ne va pas, sévir bien sûr mais le but n'est pas de la dégager au plus vite, il faut que l'on fasse en sorte de la pousser dans le bon sens. Je tiens à la protéger, que ce soit de ce qui se trouve dehors, autant que d'elle-même, comme je le ferais pour n'importe qui ici.

Je n'ai pas dit que c'est ce que tu avais évoqué ne t'inquiète pas, je préfère juste être le plus clair possible, quelque soit le membre du groupe, quoi qu'il ait fait, l'aider et le tempérer, quitte à prendre des décisions punitives et contre sa volonté, est préférable au fait de l'abandonner ou le laisser s'enfuir. Ça rejoint le sujet du recrutement et crois-moi, si je suis pour le fait d'accueillir quiconque est prêt à faire partie du groupe et à agir en tant que camarade, ça ne veut pas dire que je ferais entrer n'importe qui n'importe comment comme ça avait pu être le cas à Snatch. Nelson nous a aidé, Matthew nous a aidé, comme d'autres, mais au final, on ne sait rien de ce qui justifie l'aide que l'on a reçu, au même titre que l'on manque cruellement d'informations sur nos ennemis.

On a été projetés dans un vrai capharnaüm, personne ne démêlera ça pour nous et je commence à penser qu'il y a bien plus de variables et de nuances dans tout ça que j'avais pu l'imaginer. Il va falloir que l'on avance prudemment, sans se montrer impulsifs. A défaut d'être les plus forts, on va faire en sorte d'être les plus malins. »


Il marqua un temps, plissant les lèvres en laissant ce temps se prolonger tandis que son regard regagnait la table. Il y avait bien une raison à cela et ce qu'il avait à dire et à aborder n'était pas simple, car il lui fallait en venir à la principale raison, au-delà du potentiel de Jena, qui avait porté son choix sur elle. Cette odieuse raison, à laquelle il était contraint malheureusement et qui le mettait dans une situation frustrante et délicate. A savoir, leur dégénérescence et les incroyablement lourdes révélations qui leur avaient été faites.

Jena Higgins

Anonymous
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Sam 15 Oct - 23:52
Mes yeux ne se détachaient pas du médecin, à aucun moment. Tout du long, j’avais pris le temps de l’écouter, tant sur le fond que sur la forme en me faisant une nouvelle fois la réflexion muette qu’il aurait pu faire un excellent politicien. Un vrai politicien, épris de valeurs et d’inquiétudes pour ses semblables, réellement concerné. Le genre de bête rare, à la limite de l’énergumène de foire qui défrayait la chronique et l’opinion, qui gagnait les cœurs et touchaient les esprits. Ou l’inverse. Et pourtant, aussi aberrant que cela pouvait sembler, il n’aurait pas fait long feu dans la véritable arène du monde gouvernant.

Je ne pus m’empêcher d’arquer un sourcil parfaitement interrogateur, suscité par une bonne part de curiosité nuancée d’un léger doute lorsqu’il s’était permis d’y aller de son “Pas tout à fait” cultivant le suspense. Je redoutais presque la réponse qui avait suivi, car quand bien même James avait parfaitement raison et s’était montré parfaitement raisonnable, je craignais que sa volonté que je ne lui tienne pas tête relève plus de l’aveuglement que de l’orgueil ; et j’avais déjà le parfait argument pour lui faire admettre le contraire. Sans méchanceté ni mépris de ma part cependant. J’aurais mis au défi quiconque de se montrer au-dessus de cela sans passer pour un incroyable trou-du-cul.

Une réflexion qui amena d’ailleurs mon esprit à digresser durant quelques secondes vers Kyle et le comportement qu’il avait eu vis-à-vis de moi au cours des derniers jours. Il m’évitait très clairement, sans pour autant m’en donner la raison, après avoir gentiment pris soin de me faire m’enticher de lui auparavant. Mais bien rapidement, j’en revenais aux mots du chef de camp et les décisions qu’il prendrait sur la conduite du camp comme celle à tenir. Une politique - appelons un chat, un chat - qui me convenait sur tous les points, très particulièrement concernant le fait d’être considérée comme sa partenaire, à un autre niveau qu’Elizabeth cependant. Chacun sa place après tout, quand bien même il m’arrivait d’envier la jolie brune d’avoir pu se lever l’un des gros lots de ce campement. La seule question demeurant alors sans réponse pouvant être : à quel prix au final ?

Mais j’étais finalement très satisfaite de ce que j’entendais de la part du barbu. Une politique et des décisions à venir auxquelles je n’aurais aucun mal à me prêter, même si je devais bien me reconnaître moins tolérante vis-à-vis de cette Ivy sur le long terme, comme cela serait certainement le cas pour n’importe quel autre fouteur de merde compulsif. Au final, je n’avais presque rien à ajouter à ce qu’il venait de m’énoncer, aussi m’en tins-je à revenir sur sa toute première remarque, puis sa dernière ensuite.

Décroisant les jambes et cherchant à trouver son regard aussi clair que le mien, je m’accordais le confort de m’accouder à la table, laisser ma tête reposer contre la paume de ma main ainsi portée en équerre avant de poursuivre, d’un ton aussi doux, mais non moins affirmatif et assuré que le sien.

“J’ai bien remarqué que tu étais capable d’une véritable remise en question, raison pour laquelle j’ai, en partie, préféré te suivre. Et je ne doute pas que tu sauras faire les bons choix, aussi bien individuellement que pour l’intégralité de notre groupe. Sauf quand il s’agira d’Elizabeth... Du moins je ne peux que le présumer, et à aucun moment je n’irais te le reprocher. Tu as assumé des risques inconsidérés pour tenter de la retrouver quand nous étions pris aux piège dans ce centre commercial,” lui rappelai-je sans chercher à me montrer moralisateur, ni lui adresser de reproches, bien au contraire. Dans un cas similaire, j’aurais très certainement agi de la même manière que lui, et c’était bien là le problème de fond que je tenais à soulever, non pas parce qu’il était James, mais parce qu’il était désormais notre leader.

“Tout comme tu pourrais, et devrais, me reprocher d’avoir abandonné mon poste d’opérateur-radio le soir où Kyle et Ivy ont été blessés. J’aurais dû m’assurer de mettre en place un relais avant de partir, et je ne l’ai pas fait. C’est en cela que j’estime qu’il est de mon de rôle de te tenir tête quand nécessaire. Pas par posture, pas par principe, mais par nécessité. Il faut que nous soyons les garde-fous l’un de l’autre dans cette entreprise commune,” avais-je poursuivi avec un contre-exemple qui visait à établir un équilibre et une justesse dans les arguments que j’avançais. Je ne m’estimais pas meilleure que lui à ce jeu, et j’étais tout aussi susceptible de tomber dans le même piège, d’agir avec la même fougue irréfléchie, sans prendre de recul ni réflexion face à l’urgence.

Je redressais sur mon siège, reprenant une posture moins avachie pour continuer de lui faire face, croisant mes mains sur mes cuisses en détournant quelque peu le regard. Lentement, j’adoptais par la même un ton plus confident et incertain en m’engageant sur un autre sujet, à peine relié au précédent par une transition douteuse.

“J’ignore si tu es au courant, ou si tu as pu le constater ou non, mais il s’avère que dernièrement, Kyle est devenu plus distant vis-à-vis de moi, particulièrement depuis cette fameuse nuit en question alors que le matin même, nous étions devenus ‘beaucoup’ plus proches. J’ai l’impression qu’il m’évite sans que je ne parvienne à me l’expliquer. Vu que lui et toi avez passé pas mal de temps ensemble dernièrement, je me demandais si…” Je secouai la tête et levai les yeux vers le ciel, un bref soupir futile s’échappant de mes lèvres avant de revenir à James. “Non rien. C’est stupide…”

James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 17 Oct - 15:22
James écouta ce que Jena avait à lui dire, non sans s'autoriser un haussement de sourcils surpris quant à ses premiers propos, mais demeurant silencieux jusqu'à la fin. Il constatait qu'elle se faisait ses idées à propos de sa relation avec Elizabeth, bien davantage dans le préjugé que dans les faits, mais pouvait-il vraiment le lui reprocher ? Peut-être avait-elle ses expériences sur le sujet, c'est ce qui lui paru au premier abord, ou peut-être avait-elle des craintes tout simplement. Il n'était pas surprenant que, dès le début, on puisse le soupçonner de ne pas être capable de remplir son rôle vis à vis de l'ensemble du groupe en plus d'Elizabeth, avec qui il entretenait une relation particulière.

Et la vérité, c'est que ce n'était pas faux, pas totalement. Il avait bien agit de façon inconsidérée ce soir là, rien que par son comportement vis à vis de Jordan, sans tenir compte des événements qui ont suivi, il n'avait pas été irréprochable. Mais de ce que pouvait savoir Jena à propos de ce soir là et il ne l'avait pas vu entretenir quelconque rapport avec Jordan et de ce qu'il pouvait savoir, car personne n'avait vraiment parlé de ce soir là, lui moins encore de ce qu'il avait pu faire. Le chirurgien ne voulait pas la laisser s'engager sur ce chemin qu'il estimait dangereux, mais aussi trop douter de lui en ce départ critique.

« Qu'est-ce qui te fait dire que je ne serais pas capable d'agir correctement quand il s'agit d'Elizabeth ? D'ailleurs, qu'est-ce qui justifie que tu penses que j'ai pris des risques inconsidérés ? Je crois que tu juges à nouveau sans savoir de quoi il est vraiment question, de la même façon que tu as eu des préjugés vis à vis de Nelson sans tout connaître de la situation, tu devrais faire attention à cela.

Que sais-tu de ce soir là ? Que le camp a été attaqué j'imagine, pendant que vous étiez pris au piège du centre commercial sans moyen de vous joindre par radio, que nous avons du le quitter dans l'urgence, peut-être sais-tu que Samuel m'a donné une mission juste après notre départ et que ma séparation d'avec le groupe avait été sa volonté. Puis, plusieurs jours après, je vous trouvais pour vous conduire au nouveau camp, sans quoi vous vous seriez jeté dans la gueule du loup involontairement. Voilà tout, cela te suffit à juger que mon comportement était inconsidéré ? Parce qu'Elizabeth faisait partie des vôtres ? Ne t'es-tu pas dit que j'ai agis pour aider tout le groupe, et pas seulement Elizabeth ? Cela ne t'as pas interpellé, de te dire que si j'ai risqué ma vie, c'était mon choix en connaissance de cause et sans nuire à la moitié du groupe parti se mettre à l'abri, pour vous trouver ?

Ne sois pas trop prompt à vouloir analyser tout en tout temps, prends d'abord soin de comprendre, avant de dire. Ce soir là, le camp a été prit d'assaut, on a fait en sorte de vous piéger à l'écart pour faciliter l'attaque. Nous avons tous agit de la façon qui nous paraissait la plus juste, quoi que l'on puisse en dire, aussi bien vous au centre commercial, que nous au camp. Samuel m'a demandé juste après le départ de vérifier si la ferme de Nelson n'était pas menacée par cette immense horde qui déferlait dans notre direction. Et j'ai fais ce que l'on attendait de moi, j'ai contourné la ville, sachant pertinemment que vous y étiez en danger. J'ai pris soin de veiller à ce que la ferme ne soit pas menacée, quand bien même c'était, je dois l'avouer, la dernière de mes inquiétudes. Avec le recul je me demande même pourquoi une telle idée est passée par la tête de Samuel.

Quand j'ai pu en finir avec ça, j'ai eu confirmation que Samuel, Ivy et Jordan en avaient réchappé et s'étaient mis à l'abri, pas Melody malheureusement, le fait est qu'elle a survécu finalement. Face à ces faits, j'ai pris le risque inconsidéré de pénétrer la ville en pleine nuit et de traverser les quartiers à moto, j'ai eu une chance inouïe, j'en ai bien conscience et sur ça tu peux me faire autant de reproche que tu le souhaites, mais si je devais me retrouver dans la même situation, je prendrais la même décision. C'est sûr que mon comportement aurait été sensiblement différent si Elizabeth avait été avec Samuel, mais mon but était de retrouver et Elizabeth, et vous trois quoi que tu imagines à ce propos. Je ne vous connaissais pas du tout, ni toi, ni Johann, ni Mark, mais je ne me fichais pas de vous pour autant. J'aime Elizabeth, je l'aime profondément et je sais que je serais prêt à tout pour elle, mais je sais aussi que j'ai pris une responsabilité ici, je ferais en sorte de concilier les deux autant que faire se peut et je compte sur toi pour prendre le relais si je n'étais plus capable d'être objectif, mais cela ne veut pas dire que je ne me soucierais que d'elle ou que je prendrais des risques stupides.

Certes, je me rends bien compte que me lancer dans cette ville truffée de rôdeurs et d'obstacles avec une moto que je ne maîtrise pas vraiment, c'était un coup à y rester, comme je l'ai dis, j'ai eu une chance inouïe et je ne sais pas comment j'ai pu y réchapper, j'ai également du tuer un homme, un de ceux présents contre vous, je me suis retrouvé prit au piège également. Je n'ai pas aimé faire tout ça et j'ai eu une trouille comme je n'en avais jamais eu, cette nuit, cette ville, ces monstres par centaines... Mais finalement, nous avons tous pu rentrer et vous n'avez pas eu à être pris de court par cette horde. Même sans ce qui est arrivé à Jefferson, nous n'avions plus de nouvelles, vous étiez piégés en ville, vous avez eu une chance folle vous aussi de survivre, presque tous, comme je le disais, j'admire ce que tu as fait, parce que c'était une décision odieuse et que pour ça, il fallait soit être psychopathe, soit avoir le cran de l'assumer. Tu n'es pas psychopathe, donc... Malgré tout, si il vous était arrivé quelque chose dans cette ville en sachant que j'étais parti me cacher en espérant que tout irait bien, je ne l'aurais pas supporté.

Oui, j'avais peur pour Elizabeth, je voulais la retrouver, mais il y avait bien plus à considérer et à affronter que ça. »


Il acquiesça légèrement, plusieurs fois en laissant un petit sourire se dessiner au coin de son visage, posant le regard sur la table en s'affaissant comme au début, pour croiser les doigts sur la table, machinalement - comme au début. Il avait voulu être clair, pour ne pas changer du début de cette conversation, aussi ne laissa t-il aucun doute dans son ton, mais il était resté parfaitement calme et admettait volontiers que ses actes avaient été limites. Mais ses actes n'avaient concerné que lui, c'était le cas dans ce qu'il disait, il n'avait pas encore avoué son geste contre Jordan tout à fait condamnable.

« Tu sais, tu es - peut-être - persuadée que la survie nécessite absolument des choix censés, posés et objectifs, mais je n'y crois pas, tout est une affaire de juste milieu. Qui sait ce qui se serait passé si je n'avais pas été insensé ce soir là, qui sait ce qui serait arrivé à Ivy et Kyle si tu ne t'étais pas lancée à corps perdu pour les aider. Franchement, j'aurais été très déçu si tu avais agit autrement. Imagine si le temps que tu avais prit pour installer un relais avait été la manœuvre de trop pour eux, Ivy se vidait de son sang, Kyle était très mal, nous n'aurions peut-être pas pu les sauver tous les deux. Je ne nie pas qu'il y avait des risques pour le camp, ou pour vous sur place, mais soyons honnêtes Jena, il y a toujours des risques, tu ne peux pas contrôler la situation en permanence et je dirais même que plus tu te ruineras la santé et les relations à vouloir tout contrôler et être constamment neutre, moins tu assureras la survie du groupe. Il faut une part de cœur et de prise de risques, même si parfois ça peut amener des conséquences, le contrôle en apporte aussi, il n'y a pas de bonne solution, on ne peut qu'équilibrer la balance en espérant en sortir autant indemne que possible, ou au moins minimiser les conséquences.

N'oublions pas non plus que nous étions dans des camps chaotiques, aussi bien dans leur gestion, que dans leur quotidien et le manque de coordination et de confiance. Tout a foutu le camp avec la disparition de Matthew et sur ce point-là, l'ennemi a fait mouche. Ici ce sera différent, nous serons plus à même de faire les bons choix, bien sûr et je comprends que tu puisses être attentive à ma relation avec Elizabeth, autant que moi je devrais selon toi l'être vis à vis de Kyle, mais il ne faut pas risquer de tomber dans l'excès de méfiance, sinon tu obtiendras l'effet inverse. Ceci dit, nous avons de la chance, Elizabeth est quelqu'un de très posée et compréhensive, Kyle a l'air d'être un bon gars avec la tête sur les épaules, je crois qu'ils comprennent tous les deux notre situation et ce que ma position exige, comme celle que tu vas tenir à partir d'aujourd'hui. Nous serons garde-fou l'un de l'autre, mais avec une juste considération et de la confiance. Je suis pénible je sais à insister et reprendre ce que tu expliques, mais je veux que tu comprennes bien ma façon de penser pour que tout roule entre nous.

Tu prendras les bonnes décisions, qu'elles impliquent Kyle ou non, j'ai confiance en tes propres aptitudes à te remettre en question, je vais faire de même. Si un jour la situation devient vraiment affreuse et si... je ne l'espère pas, Elizabeth devait être concernée, je ne nie pas qu'il y a une frontière au-delà de laquelle je ne pourrais plus être raisonnable. Alors tu seras là et tu seras seule juge, seulement à ce moment-là. »


Cette fois, il opina du chef, son regard reporté sur Jena, il lui avait livré son ressenti à ce propos et c'était pour lui très important, car il ne voulait pas qu'elle puisse penser qu'il ne soit pas capable d'agir intelligemment le moment venu, tout comme il ne voulait pas qu'elle se reproche à elle-même d'avoir des émotions vis à vis de Kyle, c'était un piège selon lui, dans lequel il ne voulait surtout pas la voir tomber. Il apprenait d'ailleurs ce rapprochement qu'il n'avait pas du tout vu et à cela, il en était profondément triste car elle allait devoir prendre ses fonctions à ses cotés le même jour qu'elle allait apprendre qu'avec Kyle, ce serait impossible. Mais il n'avait pas encore répondu sur ce point, le plus difficile et pénible à aborder et c'était d'autant plus cruel à présent pour Jena, ce point dont il n'avait pas la moindre idée de la manière de réagir que serait celle de sa nouvelle chef en second, tant c'était lourd de vérités durs à accepter et de révélations nuisibles. C'est pourquoi il perdit son léger sourire en étirant ses traits d'une légère grimace, comme ça avait été le cas plus tôt, détachant ses yeux de ceux de Jena pour les laisser se perdre un peu dans le vague à coté d'elle.

« La distance de Kyle, ce n'est pas sa faute. » Entamait-il avec gravité et peine dans sa voix, n'attendant pas spécialement de réponse de la part de Jena à ce qu'il avait dit avant, il préférait se lancer et ne pas faire traîner ce qu'il avait sur les épaules plus longtemps.

« Nous avions rendez-vous avec le Vagabond, quelqu'un que nous avons rencontré le soir de l'attaque, qui nous a donné un coup de main, pas très aimable ni agréable, mais le fait est qu'il semble plutôt de notre coté. Tu l'as peut-être croisé, une allure de sans-abri, avec une capuche et une longue barbe. D'après lui, il veut nous aider parce que nous sommes des dégénérés, c'est l'autre terme pour les ressuscités, car il pense que nous pouvons vaincre le Marchand. C'est sa tête qu'il veut et détruire son rassemblement de bandits, il n'a pas encore confié pourquoi mais il paraît déterminé. Nous avions donc rendez-vous pour obtenir toutes les informations qu'il nous avait promis, en échange de quelques bouteilles d'alcool, d'essence et du camion-porteur que nous avions laissé à Jefferson et qui devait être réparé.

Visiblement, il était parti pour tout nous dire gratuitement mais Samuel a mis son nez, fait son malin et voilà, nous nous retrouvions à devoir attendre une semaine de plus et à payer pour sa bêtise. Un autre événement que l'on a prit soin de me cacher, à croire que c'était devenu une compétition dans cette maison. Quand on est arrivé sur place, on lui a donné ce qu'il voulait et il nous a dit ce que nous voulions entendre. Enfin... ce que l'on pensait vouloir entendre et il en a dit, beaucoup, beaucoup de choses, à propos de l'organisation du Marchand et surtout à propos de nous. Ça a été... terrible. Après ça, nous ne pouvions qu'être différents, ça m'a bousillé le moral, à moi, Melody, Ivy, Elizabeth et Kyle qui étions là-bas. J'ai encore du mal à réaliser, c'est pire que ce l'on pouvait imaginer.


Kyle veut te protéger et je n'imagine pas comme ça doit être horrible pour lui. Vous avez moins de chance qu'Elizabeth et moi, si tant est que l'on peut imaginer qu'il y ai de la chance dans toute cette folie... Je leur ai demandé de ne rien dire avant la séparation des groupes, avec l'ambiance du moment, une bombe pareille aurait tout foutu en l'air. Ce n'était pas une cachotterie, crois-moi, mais il fallait prendre sur nous avant de tout dire. C'était une réelle nécessité, pour le bien de tout le monde. »


Il était toujours secoué de ce qu'ils avaient appris, des terribles choses qui avaient été lancées comme une salve de couteaux aiguisés. James avait d'ailleurs du mal à avancer et se rendait compte qu'il n'avait encore réellement rien dit, tenant malgré lui un suspens injuste, mais c'était trop difficile à lâcher comme ça, en tête à tête avec la seule personne ici qui pourrait être prise de peur et d'une envie d'échapper à l'immense danger qui l'entourait et qu'elle considérait comme un groupe. Plus encore que le coup de marteau qu'il allait lui infliger vis à vis de Kyle. Voilà une bien ardue position, que celle d'être chef.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Ven 21 Oct - 0:53
Il n’y avait pas à dire, James savait être une véritable pipelette quand il s’y mettait. Néanmoins, je devais bien lui reconnaître la force de savoir mettre les choses à plat, dans les moindres détails. Longuement, je l’écoutais à nouveau, apprenant de nombreux faits dont j’avais eu l’ignorance - ou simplement les lignes générales - quant à ce qu’il s’était déroulé la nuit de l’attaque du campement Jefferson ; même si certains points faisaient échos à ce que James avait déjà pu raconter le soir de nos retrouvailles. Une soirée dont je ne gardais que peu de souvenirs sur ce qu’il s’était dit et échangé, à la fois trop énervée et fatiguée pour y être réceptive. Des mots flous, des détails pas si anodins en réalité, mais qui n’auraient pas changé la face du monde, hormis peut-être la question de savoir ce qu’il avait bien pu passer par la tronche de Samuel encore pour envoyer son seul médecin s’occuper de l’état de la ferme Wallace. D’ailleurs, je relevais suite à cela que partir à notre recherche semblait plus relever de l’initiative de James que d’une instruction de l’ancien chef de camp. Un détail qui aurait mérité d’être approfondi à la réflexion. Mais tout cela pouvait attendre que nous ayons du temps à tuer pour nous interroger sur le passé.

Un passé qui ressurgissait bien malgré lui lorsqu’il évoqua à nouveau la mort de Jian et l’exécution presque sommaire et arbitraire que j’avais commise. Je ne pensais pas qu’il était de la volonté du chirurgien de remuer ce couteau particulièrement aiguisé dans la plaie de manière volontaire, mais il n’en restait pas moins que la mort du môme continuait de hanter nombre de mes nuits et de mes cauchemars. Une culpabilité que je n’osais pas lui avouer, d’autant plus difficile à digérer qu’ils semblaient avoir le droit à plusieurs chances, si l’histoire de l’autre Ivy ne relevait pas de l’affabulation ; et c’était là quelque chose dont on aurait du mal à me convaincre.

Je laissais donc James aller au bout de ses explications, une nouvelle fois, me satisfaisant malgré tout d’entendre sa conclusion qui n’était pas très différente de la mienne malgré son laïus. Je ne doutais pas une seule seconde que viendrait un moment où son jugement et sa raison céderaient face à ses sentiments. Nous y passions tous, et nous continuerions d’y passer aussi longtemps que nous aurions un cœur et des personnes à qui tenir. Il ne me restait alors plus qu’à espérer que le moment venu, je serai à la hauteur de la confiance de James et de ses attentes, ce dont je ne doutais guère en vérité.

De quelques hochements de tête silencieux, je lui confirmais mon acquiescement. Car si les mots, et les idées, étaient nombreux, nos avis et nos sentiments semblaient converger dans la même direction. Après tout, lui un peu plus que moi d’ailleurs, avions connu le même désastre, d’abord à Jefferson, puis à Snatch. Nous serions dès lors bien mal avisés de refaire les mêmes erreurs plutôt que de tirer partie de ces mauvaises expériences.

Mais c’est lorsqu’il aborda le sujet Kyle, que j’avais amené sur la table presque à dessein, que je m’intéressais d’autant plus à ce qu’il racontait. D’après le chirurgien, le comportement des derniers jours du militaire n’était pas de sa faute, ou restait du moins excusable. C’était là une première nouvelle assez dure à encaisser, de se voir expliquer que, pour une raison X ou Y, James était capable de justifier ce comportement alors que l’ancien Seal ne m’avait justement rien dit. Et bien que je n’allais pas l’avouer devant James, ni piquer ma crise comme une gamine, je ne pus m’empêcher de ressentir une pointe de jalousie et d’incompréhension me crever le coeur à cet instant précis.

D’ailleurs, je me tendais sur le siège à l’évocation de ce qui semblait en être le déclencheur. Le chirurgien faisant directement référence à la rencontre qu’ils avaient eue avec ce Vagabond, autre personnage mystique à mes yeux, dont je n’avais eu connaissance que par l’intermédiaire des trop nombreuses révélations déversées, pour ne pas dire dégueulées, dans le salon de notre ancien campement. Et si j’avais bien tenu le rôle d’opérateur-radio pour cette sortie, relativement calme au demeurant, je ne m’en étais pas moins sentie exclue là encore. Car comme il me l’avouait, rien n’avait filtré ensuite du contenu de cette rencontre, ni de ce qu’elle avait bien pu apporter.

Mais à l’entente des réserves qu’émettaient James, des raisons sous-jacentes qui les avaient tous poussés à garder un silence de marbre sur cette entrevue, j’étais soudainement bien moins certaine d’avoir envie de le savoir. Comment ne pas éprouver une grande appréhension à son écoute, alors qu’il paraissait évident, dans sa manière de tourner autour du pot et de sembler chercher ses mots que le tableau à dépeindre n’était pas rose. Loin de là même. Il parlait de “dégénérés”, il se qualifiait lui-même d’être dégénéré, sans que je ne saisisse vraiment ce que cela pouvait bien signifier pour eux, et pour moi. Dégénérés, ressuscités, miraculés… Sachant que James possédait un don véritablement miraculeux, c’était là un terme assez péjoratif selon moi pour qualifier une merveille de la nature, ou de la contre-nature, au choix.

Mais lui-même ne semblait pas des plus optimistes. Il parlait d’une véritable folie, de révélations terribles, de bombe verbale apparemment… A croire qu’il faisait exprès de ménager son suspense, bien que je doutais que ce soient là ses véritables intentions. La tension me gagnait, au point d’en devenir palpable. Je laissais ma jambe tressauter nerveusement sur la pointe de mon pied, les doigts de ma main gauche venant entortiller quelques mèches de mes cheveux tandis que mes azurs ne cessaient de scruter le visage de James, dans l’expectative de son annonce, lui lançant même de silencieux “Accouche !” ; excédée par une intenable impatience. Je m’attendais au pire, là encore, presque comme toujours d’ailleurs avec eux. Malgré tout, j’essayais très maladroitement de dissimuler mon impatience et mon appréhension derrière un très maigre sourire, faussement calme et encore plus faussement assuré.

“Ça va faire deux mois que je vous côtoie, je commence à être rodée côté miracles et bizarreries. Dis ce que tu as dire.”
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