Haut de page
Bas de page


Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Salle de réunion - 01/04/35
 :: Memorial :: Hopeless Life : First Season :: Le Perchoir :: Vie de Camp

Aller à la page : Précédent  1, 2

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 4 Nov - 15:14
James passait sa main sur son visage, décidément, il était affreusement pénible de trouver comment amener ce qu'il avait à lui dire, malheureusement, il ne pouvait - et ne voulait - pas y échapper. Ses doigts glissèrent sur sa barbe drue et allongée, qui avait retrouvé l'épaisseur d'avant la taille qu'il s'était faite en ces maudits jours où lui comme Jena et d'autres avaient été coincés en ville. Ainsi puisqu'il ne trouvait pas de bonne façon d'amener cela, il se décida à y aller franchement, même si ça le peinait de devoir le faire avec autant de rudesse mais il ne trouvait vraiment aucune bonne manière, aucun bon mot qui puisse adoucir ces révélations. Ce qui l'inquiétait alors, c'était toujours qu'elle prenne peur de ce qu'elle entende et ne décide de partir en les considérant comme des monstres, ce dont il aurait du mal à se défendre.

Le chirurgien se mordilla la lèvre et posa momentanément le regard sur la table, avant de revenir à elle en lui entendant avec autant de neutralité que possible dans sa voix, non par indifférence mais parce que là encore, il ne savait pas quel ton adopter pour que ce soit le moins lourd possible. Qu'il était compliqué de survivre dans un monde aussi fou, mais surtout, qu'il était compliqué d'y vivre en étant l'individu qu'il était.

« Je vais commencer comme ce type a commencé, en faisant le point sur qui nous sommes et comment nous pouvons exister. En fait, je vais découper ce que j'ai à dire de la même façon que lui, à défaut de trouver une autre manière. Nous tous, les... dégénérés, ressuscités, sommes morts dans les premiers mois qui ont suivi l'apocalypse par infection. Et nous sommes tous revenus à la vie, plusieurs mois encore après. Au réveil, nous avions perdu tout de nos capacités, nos aptitudes et la plupart de nos connaissances, temporairement ou plus longuement. La migraine, un rêve étrange à propos de paroles prophétiques et à coté de nous trois objets proprement alignés et neufs. Dans notre cas, nous sommes revenus à Snyder, mais il y en a d'autres, des ressuscités qui reviennent individuellement dans des villes, des lieux précis.

Au sein de Snyder, nous avons été récupérés en majorité par Nelson, Matthew ou l'un de leurs alliés, qui ont décidé de nous aider. C'était le cas avant que nous soyons amenés à nous gérer seuls. On ne sait pas vraiment pourquoi ils nous ont aidé, par charité, pour d'autres raisons, mais ils l'ont fait et ça nous a permis de survivre en partie. Nelson tient une ferme à l'extérieur de la ville, avec Ricky, le frère de Matthew Jefferson, notre sauveur, Clark, qui possède un appareil qu'il a baptisé Fox et qui lui permet par un tas de paramètres qui m'échappent de localiser des individus dans la zone, il y a également deux ou trois autres personnes mais je ne les connais pas du tout, je ne sais même pas comment ils s'appellent.

Matthew, qui nous avait installé dans un camp érigé devant un vieux motel en ruines, Calvin, qui était un cow-boy très sympa, il a été tué par un sniper devant le camp, et une fille, elle s'appelle Jennifer, mais en fait je ne l'ai jamais directement rencontrée. Je sais juste qu'elle est muette et qu'elle est du genre débrouillarde, Matthew la considérait de confiance. Matthew s'était montré désintéressé, il voulait nous aider. Il parlait d'un endroit, le Codgell Hospital, ça l'intéressait, je ne sais pas encore pourquoi. C'est lui qui nous a parlé la première fois du Marchand et son organisation de bandits. Des gens... monstrueux, qui ont fait et font de terribles choses que je n'ai vraiment pas envie de décrire. On ne sait en fait pas grand chose sur le Marchand, il se peut même qu'il s'agisse d'une espèce d'entité, ou bien c'est une personne, qui sait ?

D'après la rumeur que le Vagabond nous a confié, ce Marchand s'il existe serait un ancien prisonnier qui avec d'autres détenus sans doute, a formé un groupe de bandits qui n'avait aucune morale, pour ne pas changer. Cependant ce type là était très intelligent, vraiment rusé, il a réussi à enrôler de plus en plus de monde, à forcer des petites communautés à travailler pour eux et c'est comme ça qu'il a monté son empire qui s'est très vite accru. Aujourd'hui, c'est toute une armée, au moins un millier d'hommes visiblement, qui tient beaucoup d'autres communautés, les forces à verser un tribut, en dispose, des salauds de la pire espèce en somme. Ils se sont déployés dans toute la région, ils auraient monté des camps fortifiés un peu partout, le Vagabond parlait de Midland, Lubbock, Lamesa et d'autres, de Roswell à Fort Worth en passant par Amarillo et San Angelo, ce sont ses mots, ils sont partout autour de nous.

D'après notre... collaborateur, même si je mets énormément de réserves sur ce mot, ils seraient surarmés, avec tout un arsenal militaire et des constructions très solides, on a aucune chance contre eux. Notre avantage, c'est qu'ils doivent gérer tout ce... sacré bordel. Toutes leurs activités, les hordes de rôdeurs, les autres communautés et celles qui se défendent. Snyder et notre groupe sont loin d'être leurs centres d'intérêt prioritaires, nous ne serions pas les seuls d'ailleurs à avoir réussi à nous unir. Il y aurait un groupe de dégénérés à Fort Worth, qui aurait vécu bien pire que ce que nous avons vécu ici et qui mène la vie dur aux hommes du Marchand. Ils seraient les plus dangereux pour eux mais globalement, personne ne parvient à battre l'organisation ou même lui tenir tête, ils sont bien trop nombreux et organisés.

Visiblement, le Marchand ne saurait même pas que l'on existe, celui qui s'intéresse directement à nous et encadre le coin, dont Snyder, serait Soulstrange, le bras droit de l'organisation, ou alors le plus important. Un dégénéré comme nous, très puissant, qui contrôle le feu et qui est vraiment dingue. Cette enflure a organisé une rafle contre les autres dégénérés, ils en ont capturé une centaine et ont fait de nombreuses expériences sur ces gens, qui étaient comme moi. »


James avait déballé cette moitié du discours d'un coup, sans chercher à se freiner ou à traîner plus longtemps autour du pot, puisqu'elle voulait la vérité, il la lui donnerait. Aussi prit-il une inspiration, fastidieuse et lourde de sous-entendus, car il arrivait au moment critique de ces révélations qu'il transmettait : leur condition. Il la regardait droit dans les yeux et raffermit son ton, il était résolu à lui dire ces choses, mais pas simplement les dire tel quel, mais les lui donner selon son point de vue et celui-ci était bien noir, beaucoup plus que quiconque ne pouvait l'imaginer.

« Ils leur ont fait subir des choses horribles, des expériences d'infection, de torture, des démembrements, des tests de pouvoir et pire encore, je ne saurais même plus énumérer tout ce que le Vagabond nous a raconté, je crois que je préférerais oublier. Ce type a fait en sorte d'être recruté par l'organisation, il a espionné toutes leurs recherches, s'est fait une place pour en savoir un maximum, d'après lui, il a besoin de ressuscités comme nous pour combattre le Marchand et son organisation car il veut les détruire. Pourquoi ? On ne sait pas non plus, à croire que personne ne veut dévoiler ses intentions ici. Il aurait été motivé par un événement : les expériences auraient fini par mal tourner et des dégénérés, devenus très puissants, auraient ravagé les installations et fait beaucoup de morts malgré leurs moyens, avant d'être stoppés, puis utilisés pour anéantir des communautés rivales.

Jena. Moi, et les autres, nous sommes dangereux, nous sommes vraiment très dangereux. Nous sommes infectés, ce virus, il se trouve en nous. Nous ne sommes pas aussi virulents que les rôdeurs, mordre, griffer, embrasser, les larmes, la sueur, l'urine ne suffisent pas à contaminer, le virus est en trop petite quantité pour survivre. Mais par le sang ou les sécrétions, nous pouvons infecter, donc condamner un individu sain. C'est la réalité que nous a exposé le Vagabond Jena, je ne te mens pas et malheureusement je suis sûr qu'il ne ment pas non plus, quelque part je m'en doutais depuis le début.

Nous sommes infectés, nous ne pouvons pas nous infecter entre dégénérés, les rôdeurs en revanche ont un taux d'infection extrême qui fait que nous n'y sommes pas immunisés, par contre, si nous en mourrons nous pouvons revenir, encore et encore, de façon totalement aléatoire ou approchant. Nous revenons, toujours plus dégénérés, les zones infectées par les rôdeurs deviennent nécrosées, nous revenons aussi plus puissants psychiquement, plus dangereux encore. Nous sommes aussi stériles, par malformation, pour en rajouter et nous avons une capacité de régénération légèrement supérieure aux gens sains.

Nous n'avons aucun rôle à jouer dans la survie de l'humanité Jena, nous sommes des erreurs de la nature et une menace pour les gens sains comme toi. Voilà pourquoi Kyle est devenu distant, il a été démoralisé d'apprendre ça, comme moi, Ivy ou Elizabeth et il a peur de te faire du mal, et voilà pourquoi, au-delà de tes compétences, j'ai absolument besoin de toi pour me seconder et un jour, me remplacer. Parce que j'ai besoin que tu nous aides à affronter ce que nous sommes, que tu veilles au grain et j'ai besoin que tu sois prête à faire tout ce qu'il faut pour protéger les gens de nous si les choses devaient mal tourner. Qui sait ce qui nous attend encore, ce que nous pouvons avoir en nous, ce que cela pourrait déclencher. Tu en es protégée Jena, tu es la plus à même de nous protéger de nous-même. »


Son ton s'était encore durci à mesure qu'il parlait, il évacuait ce qu'il gardait au fond de lui, ces terribles choses qu'il pensait, à propos d'eux-même, à propos du danger qu'ils représentaient ou des choses qui devraient être faites contre eux, contre lui, contre Elizabeth qu'il aimait, Ivy son amie et tous les autres, si les choses devaient vraiment mal tourner. La vérité est qu'il était terrifié, de leur condition et terrifié d'eux-même, car il n'y avait aucune échappatoire à cette folie qui s'était abattue sur eux. Il ne semblait n'y avoir aucun avenir, même s'il espérait au fond qu'ils puissent s'en sortir d'une manière ou d'une autre, l'avenir s'avérait bien sombre et ces ténèbres se reflétaient dans ses yeux, à la fois peiné et réaliste.

Sa main s’affaissa lourdement sur la table, l'autre avait été placée sur son genou et s'y accrochait, il ne voulait plus détourner ses yeux de Jena, car il attendait à présent son verdict, sa réaction à ce qu'il venait de dire, tout ce qu'il venait de balancer. Il n'y avait plus de retour en arrière possible à présent, c'était quitte ou double et dans son fatalisme, il voyait déjà Jena leur tourner le dos ou pire, se retourner contre eux arme à la main. D'ailleurs, il se rendait compte que sa main posée sur la table tremblait légèrement.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 10 Nov - 3:06
J’avais observé le chirurgien tout le long du temps qu’il prit à vraisemblablement assembler ses idées, ne manquant pas de déceler son hésitation qui était clairement palpable. Une hésitation de sa part qui ne faisait qu’un peu plus gonfler tant mon impatience que mon inconfort, mon appréhension sur ce qu’il tenait tant à me dévoiler. A l’instant présent, durant ce silence, j’avais clairement envie de me lever et faire les cent pas dans la pièce, à me triturer les méninges et l’esprit dans l’attente de ses mots, histoire de donner occupation à mon corps qui tremblait de cette impatience dans l’agitation perceptible de mes jambes. Je pouvais sentir mon cœur battre la chamade contre ma poitrine, et la crainte me vriller l’estomac au point de rendre toute déglutition de salive délicate.

Et lorsque James prit enfin la parole, ce fut pour me présenter, de la même manière que ce Vagabond selon ses dires, une situation dont je connaissais déjà les grandes lignes jusqu’à présent. Une histoire particulièrement complexe malgré tout, au sein de laquelle je me retrouvais de nouveau exposée face aux conséquences de mon ignorance vis-à-vis de ce Matthew que je n’avais jamais rencontré, mais surtout vis-à-vis de Nelson et ses comparses. Je ne pus même m’empêcher de froncer les sourcils en entendant parler de ce Clark et l’étrange appareil qu’il détenait. Un appareil capable de localiser des individus dans notre zone. Une information particulièrement flippant que je ne pouvais pas prendre à la légère. Nous qui avions fait tout ce que nous pouvions pour nous assurer de la discrétion de notre nouveau refuge, je ressentais une sincère inquiétude à m’imaginer qu’un homme était capable de savoir où nous nous trouvions. Que se passerait-il si jamais les types de ce Marchand mettaient la main sur un tel appareil ? La réponse faisait naturellement froid dans le dos.

Mais l’existence de ce Fox n’était pas là la plus désagréable - et dangereuses - des révélations de James. Loin de là d’ailleurs… L’organisation de ce Marchand, l’emprise qu’il semblait avoir sur un immense territoire, une bonne partie de l’état si mes connaissances géographiques ne me trompaient pas ; et leurs intentions, leurs actes inhumains qui feraient passer l’Holocauste pour un fait divers. Étions-nous - nous les hommes - tombés si bas ? Je n’arrivais pas à y croire, malgré tout ce que j’avais pu vivre jusqu’à présent, la folie de tout ça et l’abject du quotidien. J’avais senti ma gorge se nouer et les larmes me monter aux yeux, de tristesse, d’horreur certes, mais de colère bien plus encore. Ce que me racontait James à propos du Marchand et du traitement qu’il avait réservé aux ressuscités ne faisait que renforcer d’autant plus ma détermination à me dresser à leurs côtés pour les protéger, à n’importe quel prix.

Néanmoins, je déchantais encore plus rapidement, cette brève conviction furieusement mise à mal par ce qui suivit. Mes yeux s’écarquillèrent de surprise, je portais ma main au devant de ma bouche pour masquer le rictus horrifié qui venait d’étirer mes lèvres. Moi qui avais confié à Kyle que je ne les craignais pas, que je n’avais pas peur d’être auprès d’eux, que je nourrissais une profonde espérance à leur égard ; je me retrouvais désormais encerclée de véritables menaces ambulantes. Chacun d’eux était susceptible de m’infecter ; et bien évidemment, je ne pouvais m’empêcher de repenser aux baisers que j’avais échangés avec Kyle, aux blessures et aux coups que nous avions reçus, son sang et celui d’Ivy que j’avais eu sur les mains en allant les secourir. Je blêmissais certainement à vue d’oeil et je ne doutais pas que le chirurgien qui me faisait face s’en rendrait compte. Mon corps tout entier, niché contre le dossier de la chaise, était animé de légers tremblements à mesure que la colère et le déni grandissaient en moi. Mais ce n’était presque rien face à l’incompréhension qui me saisissait devant les demandes de James, devant sa volonté de malgré tout me garder à ses côtés, pour le seconder, pour me dresser comme un rempart entre eux et le reste des hommes sains s’ils en venaient à être une véritable menace.

Je cherchais à plonger mon regard embué de larmes dans celui, avant de secouer la tête avec énergie, battant des paupières pour faire rouler les perles salées le long de mes joues, que j’essayais d’un brusque revers de main tremblant. Je souffrais, réellement, d’entendre ces choses. Les tripes vrillées comme si j’avais reçu un coup de poignard en plein ventre car je me rendais compte que je n’étais pas seulement entourée de véritables… monstres - et je me dégoûtais moi-même d’avoir à penser à un tel terme pour les qualifier - mais que j’étais seule ici. Affreusement seule. Que l’affection que je portais à Kyle, qui me paraissait réciproque en prime, serait littéralement impossible à vivre ; que désormais, je redouterais chaque contact, chaque étreinte, chaque plaie comme chaque trace d’affection avec l’appréhension d’être contaminée par l’un d’eux.

Pire encore - si c’était possible - je ressentais déjà l’angoisse de devoir renouveler mon acte, prendre sur moi et vivre avec la conscience d’avoir tué Jian par miséricorde, par nécessité. J’en avais le coeur au bord des lèvres. Au bout de quelques secondes, ne pouvant plus tenir en place, je me levais et commençais à faire les cent pas dans la salle de réunion, me passant une main sur mon visage affligé, me pinçant l’arête du nez et me massant les paupières alors que de trop nombreuses pensées contradictoires m’assaillaient. Je m’étais levée pour ne plus avoir à soutenir le regard de James, trop pesant car je pouvais y ressentir la même peine, peut-être les mêmes doutes et les mêmes craintes sur notre cohabitation.

Je m’éloignais de la table pour aller me poster au devant des fenêtres, laissant mon regard courir sur le paysage qui se dévoilait à mes yeux, découvrant la vue panoramique qui s’étirait jusqu’aux lisières urbaines de Snyder, cherchant à me remémorer à quel moment j’avais finalement pris la décision de cesser d’être entièrement égoïste et tournée vers ma seule survie. Je l’ignorais à vrai dire ; mais en cet instant, je regrettais sincèrement de ne pas être repartie de cette aire d’autoroute après avoir fait la connaissance de Melody. Si j’avais su qu’un tel choix, de telles responsabilités reposeraient un jour sur mes épaules, je me serais simplement barrée.

Mais les choses n’étaient pas si simples, comme pouvaient le traduire mes longues et profondes inspirations hachées par les émotions qui me submergeaient. Car je savais que seule, mes chances de survivre seraient proches du néant. Pas en devant composer avec un affrontement de l’envergure de ce que m’avait présenté le chef de camp. Pas en cherchant à esquiver des dégénérés d’une part, et le Marchand de l’autre. Je me sentais prise au piège dans une situation peu enviable, mais pourtant, je cherchais à relativiser en essayant de me convaincre qu’il n’y avait pas de raison que ces nouvelles ne changent finalement notre quotidien. J’avais vécu parmi eux jusqu’à présent, et paradoxalement, l’ignorance s’était révélée, avec le recul, bien plus dangereuse pour moi que la compréhension de désormais savoir avec qui et avec quoi je devais vivre.

Je me demandais dès lors quelle pouvait bien être la place de tous ces dégénérés maintenant que j’avais la certitude qu’ils n’étaient pas un espoir ni un renouveau pour l’humanité, juste un second désastre en sursis, une seconde épidémie placée en veille le temps que l’Humanité ne parvienne à se défaire de la première - si cette utopie était seulement réalisable et que l’on ne s’entretuait pas tous bien avant. Je poussais un long soupir qui amena mes épaules à s’affaisser lourdement, mon front venant se poser contre la surface froide et vitrée alors que je me perdais dans mes trop nombreuses cogitations. J’ignorais si le temps s’écoulait en secondes ou en minutes, probablement bien plus rapidement que je ne le percevais réellement, mais lorsque je me retournais pour de nouveau faire face au chirurgien, je ne pouvais guère mieux lui offrir qu’une grimace confuse et affligée, soutenue par un regard rougi, vague et perdu. Je me mordais la lèvre inférieure et secouais lentement la tête en signe de négation avant de finalement retrouver suffisamment mes esprits pour lui répondre d’une voix vacillante.

“Je n’sais pas quoi te répondre,” déclarai-je avec une légère amertume confuse. “Je vous apprécie beaucoup, je tiens à vous, sincèrement mais…” Je retenais mon souffle, avant de pousser un nouveau soupir, conclut par quelques ricanements jaune et désabusés, nerveux. “Vous n’êtes pas plus dangereux maintenant que vous ne l’étiez il y a quelques minutes mais… Qu’est-ce que tu veux que je réponde à… à ta demande ? Qu’est-ce que je pourrais bien faire face à un type comme vous qui… contrôle le feu ? C’est déjà dingue rien que de le répéter…”

Je portais ma main à mon front, la laissant ensuite courir le long de mon cuir chevelu, la mine déconfite et désorientée tant je ne savais plus quoi penser de tout cela, laissant courir mon regard entre les fenêtres donnant sur l’extérieur et celles donnant sur l’âme du chirurgien, puis fit claquer ma langue contre mon palais dans un toc pensif.

“Okay…” soupirai-je fastidieusement. “J’t’ai dit que je t’aiderai à mener ce groupe, et je ne reviendrai pas sur ma décision. J’ai confiance en ce groupe, en toi, quoi que vous puissiez bien être, j’ai envie de nous voir réussir. Après tout, j’me répète, mais rien n’a vraiment changé. Quant au reste… J’ai besoin de plus de temps pour réfléchir, digérer tout ça… Me faire à l’idée que même ici avec vous, je resterai… seule. Le prends pas mal, mais j’peux pas t’offrir mieux pour l’instant.”

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 18 Nov - 15:51
James était plus tendu que jamais, car il venait d'assaillir celle à qui il venait de demander de l'aider et le seconder, d'une vague de faits aussi déprimants qu'horrifiants, aussi n'eut-il pas l'ombre d'une once de surprise à la voir elle-même réagir d'une grande surprise effrayée, posant la main sur ses lèvres. C'était plus que cela, un bien moindre mal comparé à tout ce qu'il avait imaginé comme réaction, des moins violentes aux plus hystériques, pourtant, elle ne bondissait pas de sa chaise pour s'enfuir, elle ne sautait pas sur son arme pour l'abattre, ni ne lui hurlait dessus d'avoir été sans le savoir une très grande menace pour elle.

Non, plutôt que cela, elle se levait pour faire les cents pas puis se poster devant la fenêtre. James la suivie du regard et se tourna à son tour, ou plutôt il fit tourner son siège pour ne pas la perdre du regard, à la fois une sorte de réflexe toujours craintif qu'elle ne réagisse très mal à ses révélations, et sa manière de lui montrer qu'en dépit de ces choses terribles, il ne voulait pas lui donner de dos au sens propre comme au figuré. Les poils de sa barbe légèrement hérissés, sa posture mollassonne, il se pencha en s'appuyant sur ses genoux des coudes et croisa les doigts, son regard finalement allait se perdre dans la moquette et il attendait que le couperet tombe.

A dire vrai, il s'attendait surtout à ce qu'elle lui jette son offre à la figure, de façon virulente ou plus douce, mais que son instinct de survie et surtout son bon sens ne la poussent à partir d'ici pour se protéger de ces rôdeurs bien emballés qui pourraient la condamner par folie ou par accident. Il n'omettait, en dépit de toute cette négativité, pas le plus important, à savoir qu'ils restaient des êtres humains, des gens qui n'avaient rien demandé de tout cela et qui persistaient malgré tout à rester humains et empathiques, chacun à sa manière et avec ses nuances. Ils ne différaient pas de leur ancienne condition d'individu sain car leur esprit n'avait pas tellement changé, pas plus que cette vie chaotique ne le pourrait, c'était leur corps et leurs cellules qui avaient été pervertis.

« Je comprends. » Commençait-il à répondre en redressant le regard vers elle, le col de sa chemise se pliant près de son cou. « Je n'en espérais pas plus, j'en craignais bien moins à l'inverse. Tu m'offres plus que tu ne devrais, à moi et à ce groupe, j'en ai bien conscience et je t'en remercie, sincèrement. N'importe qui d'autre nous aurait abandonné sur le champs et personne n'aurait pu blâmer cela, mais pas toi et c'est là la différence, ta différence. »

En décroisant les doigts, il porta la main à la barbe pour l'y passer, soulageant la légère irritation qu'il y ressentait en la grattant un peu et se leva de sa chaise dans un même temps. Le chirurgien se redressa debout et vint glisser les mains dans ses poches, plissant les lèvres d'une petite moue lassée, cependant il restait tout à fait calme et s'efforçait, très visiblement, de réfléchir à la situation et à tous les facteurs qu'elle engouffrait dans ce tourbillon surréaliste.

« Je connaissais un homme à l'armée, lorsque j'étais en mission en Afrique, qui était particulièrement... différent des autres. Il avait une philosophie bien à lui, humaniste. Il croyait profondément qu'en restant fidèle à ses principes et à ses valeurs, en conservant sa foi en l'humanité et en montrant l'exemple, on pouvait changer les choses par l'influence positive, transformer le monde. Souvent, on se demandait ce qu'il pouvait bien faire dans l'armée, tant il avait tendance à vouloir trouver ce qu'il y avait de meilleur chez les autres, à ne pas se laisser emporter par toutes ces choses inadmissibles et atroces que l'on voyait à longueur de journée, toute cette injustice. Pour lui, la guerre ne pouvait que précéder la paix, et qu'il s'agissait de la plus noble des ambitions, de rechercher la paix en toute chose.

La plupart du temps, il avait l'air perché, derrière son sourire et sa façon de vouloir toujours tout positiver, jusqu'à nous taper sur le système avec cette manie que certains jugeaient trop moralisatrice. C'était un de nos supérieurs et la plupart, qu'ils soient de bons gars ou des connards notoires, avaient tous ou presque un gros orgueil, ils revendiquaient le fait d'être chef, d'une façon ou d'une autre, ils nous le faisaient comprendre en permanence et ils aimaient ça. C'était de bonne guerre après tout, quand on en vient à commander, surtout dans un milieu où on demande aux recrues de suivre les ordres et de se taire, on se pense fatalement plus capable, plus intelligent, plus... critique. On croit être le mieux placer pour décider, pour juger et pour imposer, c'est difficile de ne pas tomber dans la tyrannie quand tout repose sur soi.

Lui, il avait trouvé l'équilibre, le juste milieu et il avait une habitude, il nous appelait Champion. On avait droit à un peu de tout dans ce milieu, troufion, branleur, soldat, camarade, trou du cul... du plus risible au plus fraternel, mais lui avait toujours ce même surnom qu'il nous donnait, Champion. Les grands chefs n'aimaient d'ailleurs pas beaucoup ça, c'était trop paternaliste à leurs yeux et à dire vrai ça s'est justifié quand on s'est mit à le surnommer Papa pour la déconne. Il continuait tout de même à nous appeler comme ça quand les grands chefs n'étaient pas là et plus la situation était tendue, plus nous étions mis à l'épreuve, plus on en bavait, plus il nous le répétait, que nous étions des champions. Un jour, l'un des gars lui a demandé devant l'unité pourquoi il nous appelait comme ça, pourquoi ce surnom et pas un autre.

Il a eut une réponse, qui nous a marqué, qui m'a marqué et qui m'est resté en tête, toute ma vie durant. C'est même cette réponse, qui a fait de moi l'homme que je suis devenu, quelques phrases qui résument tout, qui ont défini toute une vie de remise en question et de bavures. »


Son regard s'était perdu par la fenêtre, observant les étendues d'herbes et d'arbres, de buissons et de feuilles, qui allaient chatouiller les bâtiments dressés à l'entrée de la ville et les rues bétonnées au loin, comme un rempart naturel aux restes d'une civilisation décadente et ravagée par l'enfer sur terre. Il en vint à marquer un temps, au terme d'une bien longue introduction il était vrai, à ce qu'il souhaitait réellement lui dire. Un instant après il se rendait compte qu'à y repenser, il s'était arrêté de parler et ses yeux retrouvèrent ceux de Jena, ses épaules si lourdes et son visage si déprimé retrouvait un peu d'éclat, une pointe de terre à terre et d'espérance qui lui faisait un peu moins défaut dernièrement.

« Les choses ne sont pas du tout comme elles devraient être. C'est un monde dur, cruel. C'est pour ça que nous existons, nous les champions. Peu importe d'où nous venons, ce que nous avons fait ou enduré, ni même que nos efforts portent leurs fruits. Nous vivons conformément à notre idéal afin de montrer au monde ce qu'un jour il pourrait être. Vous n'en êtes pas encore là, un jour, j'espère. Maintenant fermez-là et reprenez l'entraînement. » A nouveau il marqua un temps, esquissant un léger sourire nostalgique à parler de cet homme qu'il avait admiré autrefois, tout jeune rêveur qu'il était de devenir un grand soldat qui changerait les choses, bien que ça n'ai pas été le cas, très loin de là.

« Il est mort quatre mois après, d'une crise cardiaque. Une bête crise cardiaque, à quarante et un an, pour l'homme le plus respectable que j'ai connu. Je l'ai pleuré, on l'a tous fait. Les années sont passées, j'ai vu et vécu pire jour après jour et j'ai finis par revenir au pays le bras en charpie et tout espoir d'un monde meilleur envolé, après je me suis enfoncé dans une longue dépression, dont je ne suis sorti que grâce à une fillette, que j'ai sauvé des griffes d'un pédophile alors que j'étais un policier pas vraiment bon dans mon boulot et qui n'attendait pas grand chose de la vie. Cette fille m'a montré que je me trompais, à croire que c'était déjà foutu.

Mais ces quelques phrases qui espéraient changer le monde, elles sont restées en moi et elles m'ont permises de ne pas me laisser complètement mourir quand j'étais au fond du trou, ou de me tuer quand je me suis collé une arme dans la bouche après mon retour à la vie. Aujourd'hui, j'apprends que c'est plus merdique encore que ce que j'imaginais, l'escalade qui ne s'arrête pas, pourtant je n'ai plus envie de me tuer, je n'ai plus envie de déprimer, ou de m'enfoncer dans mon inutilité, parce que vous êtes là, nous sommes tous là avec la même envie, la même espérance. Parce qu'au final, ce qui compte, c'est que nous n'avons pas choisi d'être ce que nous sommes, aussi bien nous les dégénérés, que toi, nous n'avons pas choisi cette vie, alors nous pouvons en choisir une autre.

Je me répète, mais j'ai confiance en toi, parce que je sais que même face au mur, même dans la pire des situations, même quand tout semblera fichu, tu feras au mieux. J'espère que tu feras toujours au mieux, conformément à notre idéal, autant que ça finisse de cette manière si un jour ça doit finir. Je ne vais pas te retenir plus longtemps. Réfléchis-y, pense à ce que ça va impliquer pour toi, pour le groupe, fais ce qui te semble juste. »

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 22 Nov - 23:56
Malgré le ton et les mots de James qui se révélaient être particulièrement compréhensifs, je n’en restais pas moins assez tendue et déboussolée par cette avalanche de révélations, d’explications, et toutes les conséquences qui allaient avec. J’avais beaucoup de mal à ordonner mes pensées comme mes idées, tout filant bien trop rapidement sous mon crâne pour que je sois réellement en mesure de prendre une décision aussi importante. Malgré tout, je n’en restais pas moins persuadée, au fond de moi, que ma place restait parmi ce groupe, aux côtés de James. Le barbu comptait sur moi pour remplir un rôle que je n’avais pas demandé, et qui m’en coûterait lourdement d’avoir à assumer physiquement. A aucun moment je n’avais à cœur de priver ces gens de leurs nouvelles chances, malgré la menace. J’avais le sentiment, très dérangeant, que James voyait en moi plus de courage que je n’en possédais réellement, ayant invoqué par le passé l’incident survenu avec Jian. Il aurait eu raison de le croire, si le contexte n’avait pas tant changé depuis ce disparition tragique et le coup de grâce accordé. Mais c’était là tout le nœud du problème, les choses avaient changées, énormément changées.

C’est pourquoi je trouvais un refuge et une évasion à mes pensées tourmentées dans la petite histoire que me livrait l’ancien soldat. Encore un, n’avais-je pu m’empêcher de penser en songeant brièvement à Kyle et son ancienne situation à lui aussi. Je déglutis en silence, me mordant l’intérieur des joues en constatant silencieusement que je me trouvais entourée d’anciens militaires, la plaie encore douloureuse des souvenirs qu’avaient laissés d’autres soldats, aux débuts de l’épidémie. Malgré tout, j’appréciais l’histoire de l’homme, sa confession sur ce fragment de vie, ce passé qui avait été le sien. Il y avait quelque chose de réconfortant de découvrir que notre chef de groupe avait touché le fond et avait réussi à remonter la pente malgré tout. C’était là une force de caractère que je ne lui aurais pas prêtée en première impression.

Cependant, ce souvenir, la morale de cette bribe du passé sonnait très faux à mes oreilles. Non pas que je remettais en cause la véracité ou l’opinion, la philosophie du gradé dont James avait dépeint le portrait ; seulement que son idéalisme ne trouvait strictement aucune résonance avec le monde que j’avais moi-même connu. Il avait rarement été question de préservation de la paix, de démocratie ou d’idéologie dans les interventions militaires des dernières décennies. A mes yeux, tout n’avait jamais été que politique et business. Des vies sacrifiées, des esprits détruits par milliers pour servir les intérêts de quelques puissants. Le déplacement des conflits depuis le continent Africain et la péninsule Arabique vers le conflit Sino-Indo-Pakistanais au moment même où la Chine devenait la première puissance mondiale. Avec la maîtrise de la fusion nucléaire, il n’avait guère fallu de temps pour se désintéresser des régions pétrolifères, et se désengager humainement de cette région du monde que nous avions poussée dans le chaos et l’obscurantisme religieux.

C’était ainsi que je voyais le monde tourner et les guerres se justifier, se poursuivre inlassablement sans réelle quête de paix. Et ce monde-là, je devais bien le reconnaître, je l’avais apprécié. Si riche, si complexe ; maquillant le diable en victime, drapé de belles paroles qui n’avaient de portée que celle que les médias pouvaient bien leur accorder. Après tout, combien se souciait - avec un désintérêt réellement humaniste - du sort du monde entier ? Une poignée, quelques gouttes dans un océan d’indifférence, tant que le câble continuait d’abrutir nos concitoyens de show télévisés ; et le net de les inonder de chatons.

Je digressais dans mes pensées, m’appropriant le souvenir de James, la philosophie de son supérieur de l’époque pour mieux la confronter à la glaciale ironie d’une réalité qui n’avait de sens uniquement pour ceux qui la vivaient réellement. Un parallèle fataliste qu’il n’était pas dur de faire aujourd’hui, en cet instant. La réalité de noter quotidien était toute autre, mais pas moins ignoble pour autant. Ce que j’observais de ce monde n’était en vérité pas bien différent de ce que j’avais toujours eu sous les yeux, durant toute mon existence. La seule différence : la brutalité de tout cela, maintenant que je me tenais au pied des fondations effondrées de la tour d’ivoire dans laquelle j’avais trop longtemps vécu. Car ici bas, je prenais pleinement la mesure des conséquences que pouvait avoir une décision, un choix, aussi Cornélien pouvait-il être. L’horreur, la misère, la violence n’étaient plus ici désincarnée par des statistiques et des rapports, plus uniquement le programme d’un bloc minuté des journaux d’actualités ; je devais assumer et vivre chacun de mes choix, du plus anodin au plus décisif, sans plus de paillette ni de faux-semblants.

Ainsi, au terme d’un long silence pensif, à chasser le lièvre de mes pensées virevoltantes, je finissais par relever mon regard et le porter pleinement sur James, à la recherche de ses azurs mélancoliques et déterminés. Un regard chez l’homme qui ne me laissait pas indifférente, me confirmant que malgré toutes ces révélations, toutes les menaces et les conséquences que cela admettait, j’étais à la bonne place, du bon côté. Et pour une fois, ce bon côté se caractérisait autrement que par 'mon côté.'

“Tu as raison,” finis-je par lui souffler, d’un ton un peu plus assuré, la voix plus calme et moins défaillante. “Même si en ce qui me concerne, j’ai bel et bien choisi cette vie, choisi d’en assumer les horreurs et les conséquences plutôt que de mettre fin à mes jours ou simplement me laisser mourir, comme j’aurai pu le faire tant de fois. C’est peut-être là notre différence la plus marquante en réalité : les meilleurs sont toujours les premiers à partir - même si certains reviennent désormais - mais ne t’y trompe pas. Je n’ai jamais été une championne, et ne le serai jamais,” lui confiai-je finalement avec un peu plus de dureté, nuancée de tristesse, dans la voix. “Ma frangine en était une, assez similaire à ton supérieur dans ses idéaux et sa vision des choses, mais elle n’est plus là pour en parler. Les champions doivent rester des exceptions après tout ; sinon, on en dénature le sens.”

J’adressais un mince sourire au chirurgien en guise de conclusion. Un sourire triste et fataliste, mais qui demeurait sincère et amical. Assez rare pour être remarqué pour ce qui venait de moi. Puis, assez lentement, je me dirigeais vers la sortie de la salle de réunion, adressant au chef de camp un remerciement muet, matérialisé par un simple et bref hochement de tête.

Fin du jeu.
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sauter vers: