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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[LP, G, EXP] Entre quatre yeux - 04/04/35
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Evènements

Anonymous
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Ven 30 Sep - 8:15







Entre quatre yeux
Interprété par Elizabeth Evans et Ivy Lockhart.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 30 Sep - 23:49
Les mains plaquées sur les cuisses, le buste plié en avant, je tentais de reprendre mon souffle, happant de grandes goulées d’un air qui me paraissait bien frais. Mon cœur tambourinait contre ma poitrine, protestant au moins autant que mes jambes et mes poumons à ce que je venais de leur infliger pendant plus d’une vingtaine de minutes. Et ce n’était pourtant qu’un malheureux tiers dans une petite heure matinale. Hélas, mon corps n’était clairement pas aussi motivé à suivre mon esprit dans les nouveaux objectifs que je m’étais fixés ; à savoir : ne plus être une crevette - enfin... tâcher d’en être une un peu plus épaisse. Une gambas quoi...

Ainsi, je pouvais sentir la sueur couler le long de mon visage, détremper ma nuque et le haut de mon débardeur, malgré l’air matinal relativement frais. Et le léger vent qui ne soufflait pas suffisamment fort selon moi n’aidait guère à me rafraîchir. Je grimaçais en sentant un point de côté me vriller le foie, et je portais quelques doigts sous le tissu de mon haut, m’inquiétant de vérifier que le pansement recouvrant ma plaie en cours de cicatrisation était toujours en place. Rassurée malgré la légère démangeaison que je pouvais ressentir, je reprenais une lente marche, les mains sur les hanches, soufflant toujours plus fort ; y allant de quelques pas d’errance sans autre but que de retrouver mes esprits.

Par ailleurs, au-delà de la douleur liée à l’effort inhabituel que je demandais à mon corps, je me surprenais à me sentir l’esprit plus léger, la tête sensiblement vidée d’une partie de mes préoccupations habituelles, même si dans cet environnement hostile, il m’était devenu impossible d’apprendre à totalement lâcher prise et abaisser ma vigilance. La preuve en était : si j’avais enfilé une tenue plus adaptée au sport, un pantalon de jogging - foutrement trop grand certes - et un simple débardeur, je n’avais pu me défaire de mes couteaux de lancers. Avec le recul, je me demandais si tout ce que j’avais pu connaître auparavant de ma précédente vie de “simple étudiante” et de bricoleuse passionnée d’espace et d’ingénierie n’était pas qu’un drôle de mirage. Jamais je ne me serais imaginée un jour être incapable d’envisager mettre le nez dehors sans être armée, ni prête à me battre pour défendre ma vie. C’en était même à se demander si la petite Ivy qui s’était réveillée dans les draps de Nelson, à dégueuler sur son plancher et supplier le fermier de ne pas lui ouvrir la tronche d’un coup de fusil existait encore sous cette carcasse de fatalisme résigné.

Sur ces réflexions, j’avais regagné l’intérieur du campement avec l’intention de poursuivre la série d’exercices que je m’étais fixée plus tard, peut-être dans l’après-midi... Des pompes, des abdos, des tractions si j’en étais capable… J’en savais foutrement rien. Quand les autres en faisaient, ça avait l’air simple, facile et naturel… Par ailleurs, j’avais aussi la ferme intention d’apprendre à me servir d’un flingue. Mon orgueil s’était voulu bien plus blessé que mon bide l’autre nuit ; car mon don en qui j’avais placé bien trop de confiance s’était vu pris en défaut. Je n’avais pas senti venir la bastos qui m’avait déchiré les tripes, et ça me foutait lourdement en rogne, en plus de m’avoir sapé le moral des jours durant. Puis la désillusion et la colère avaient fini par faire place à une farouche résolution d’aller de l’avant.

Ainsi, j’avais l’intention de profiter de ma journée pour partir chercher du matériel de travail, des outils surtout, afin de pouvoir réaliser les travaux d’aménagement que j’avais encore en tête. Problème, je n’avais aucune envie d’y aller seule, et j’étais presque certaine que James ou Elizabeth - les deux d’ailleurs - me feraient la peau si je me risquais à cela. Les instructions du chirurgien avaient été autrement plus claires à ce sujet ; aussi commençais-je à me mettre en quête de ma Liz’, désireuse de savoir si elle souhaitait m’accompagner. Car au-delà de ne me sentir en confiance totale qu’auprès d’elle ou de James, je lui devais autant des excuses que nous avions besoin de mettre beaucoup de choses à plat. Surtout moi, en réalité.

Le temps pour moi de faire un détour débarbouillage et décrassage par ma piaule, échanger la tenue de sport contre une plus urbaine bien moins confortable à porter - mais pas à assumer - et je pouvais me mettre en quête de ma Liz’, et de James par la même. Même si ç’avait été quelque peu à contrecœur, j’avais dû finir par accepter certaines des règles qu’il avait imposé ; et avec toutes les dettes que je lui devais, je ne pouvais me permettre de faire encore ma chieuse. Je m'efforçais de rentrer dans le rang, ce qui avait expliqué mon isolement et mon irritabilité des derniers jours.

J’aurais fait le tour du campement, pièce après pièce, et jusqu'au périmètre si besoin était, jusqu’à finir par trouver Elizabeth et l’informer de mes intentions et lui demander de m’accompagner. Une demande qui s’était voulue teintée d’une certaine gêne dans mon ton, laissant même transparaître la crainte d’un refus, ou pire… de reproches. Je savais pertinemment que j’en méritais un bon paquet, très légitimement, mais je n’étais pas vraiment certaine d’être capable de les entendre pour l’instant.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Mer 5 Oct - 15:23
Jeudi, jour de repos.

Dans les textes tout du moins. Le planning avait été si bien organisé par le chef du campement qu’il n’y avait plus vraiment de question à se poser sur les emplois du temps. Soit les membres étaient de garde, soit ils se reposaient pour récupérer, et lorsque la plage horaire laissait une liberté plus grande aux activités, chacun mettait la main à la pâte pour que ce nouveau domaine soit le plus serein et optimisé possible.
Pour l’heure, il y avait encore beaucoup à faire, mais à ce sujet-là Elizabeth n’avait que peu d’expertise à mettre en application. Sa pratique et sa maitrise se montrait plus efficace sur le terrain qu’à la conception, la fabrication. Elle avait bien tenu un ranch l’espace de quelques instants dans une vie qui lui semblait si lointaine désormais, mais lorsque des travaux s’étaient avérés nécessaires, elle avait toujours préféré faire appel à des organismes privés. Plomberie, électricité, charpente, rien, absolument rien de manuel ne lui convenait. A la rigueur, là où elle trouvait sa place, c’était dans l’approche des animaux, qu’elle comprenait parfois bien mieux que la plupart des hommes, et cet aspect là fut également soulevé auprès du chef. Une suggestion qui pourrait, sur le long terme, leur rapporter quelques nourritures.

Pour Elizabeth, le planning de la soirée avait déjà été établi. Puisqu’elle prenait son tour de garde au poste de guet dès minuit, elle s’assurerait d’y être assez reposée pour cette tâche mais pour le reste, elle n’avait pas encore décidé. James aurait sans doute encore fort à faire pour le campement, et la plus grande majorité du temps, elle lui prêtait main forte dans cette œuvre. De quoi combler et occuper son esprit pour éviter d’avoir à penser à la nourriture. Une nourriture dont elle avait dû volontairement se priver afin que personne ne manque de rien. Une privation qui avait été faites sous la présence narquoise d’une quantité suffisante de nourriture chassée par une Melody plus égoïste que jamais.
Elle se serait attendue à un tel comportement. Il était de l’art des femmes de procéder à de telle fourberie, mielleuse d’un côté enrobant quelques promesses d’équités, dédaigneuse et sournoise de l’autre lorsque l’heure venait à l’application des engagements. Il était peu probable que le Perchoir ne réponde présent à un appel à l’aide de sa part si l’occasion venait un jour à se présenter, qu’importait la situation. C’était là le fruit de la scission qu'elle avait voulu, qu'elle l'assume.

Pour résumer, il n’y avait pas le temps de s’ennuyer au campement et il ne fallut qu’une pensée fugitive sur une éventuelle disponibilité pour qu’Ivy ne fasse irruption dans son quotidien. Elle avait prêté beaucoup d’attention à son amie, tout du moins autant qu’elle pouvait, surtout pendant sa convalescence, lui apportant sa part de nourriture, ou s'occupant de ses bandages lorsqu'elle le pouvait, mais et grâce à Dieu – pour l’occasion incarné en James – elle avait survécu et avait guéri plus rapidement qu’espéré. De nouveau sur pieds, elle n'avait pas trainer à retrouver le gout de l'action.
Aussi à son approche, c’est d’un léger sourire qu’elle l’accueillit, échangeant dans un premier temps quelques banalités sur son état physique, et les raisons de son essoufflement, avant que le sujet principal ne soit abordé. Il était difficile d'expliquer les raisons de la confiance qu'elle accordait à la jeune femme, qu'importait les derniers malheureux événements, elle ne pouvait faire autrement que de l'accepter et de se montrer quotidiennement et continuellement là pour elle, en toute circonstance et en toute amitié.

Il était vrai qu'elle avait mal digéré le manque de confiance dont Ivy avait fait preuve à son égard, mais elle n'était pas du genre à condamner trop vite. Chacun vivait ses épreuves de la manière dont ils pouvaient.

Si l’hésitation grima son visage dans un premier temps face à la proposition, il ne fut pas bien difficile de la faire céder, elle-même se rendant compte des besoins de son groupe pour assurer leur survie. Ils étaient peu, mais la situation devenait réellement urgente. Elle accepta, arguant que cela leur rappellerait leur première fois vers l’aéroport. Depuis, les choses avaient réellement changé. Elle n’hésitait plus désormais à presser la gâchette lorsqu’un mort s’attaquait à elle, elle n’avait plus de remord, plus de question existentielle à ce sujet. Les temps changeaient. En mal ou en bien ? La limite était ténue.

Le temps de s’équiper de son fusil, de son arme de poing, et de tout le reste de son équipement, elle fut fin prête pour le départ. Bien entendu, elle aurait pris la peine de tenir James au courant puis de s’assurer du fonctionnement des communications entre l’OP et son talkie.

Une fois parée, les deux femmes se seraient mis d’accord sur leur destination tout en concordant avec les demandes de James à ce sujet. Pour l’occasion, il n’avait pas été nécessaire de bouger la Chrysler de son emplacement, le mode pédestre étant sans aucun doute à privilégier, et le plus pratique pour elles au regard de l’objectif : le tout nouveau dénommé Secteur G, droit devant elles.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 8 Oct - 14:01
Avec ma Liz’ convaincue de m’accompagner, sans trop d’insistance finalement, j’étais à mon tour partie m’équiper auprès de James, récupérant une arme dont j’étais une absolue profane dans l’utilisation comme dans l’entretien. Je ne doutais pas être capable de m’occuper d’une arme - puisque après tout, j’étais bien foutue d’entretenir des engins à la mécanique bien plus complexe. Des interrogations dont je me réservais les réponses pour plus tard, car j’estimais plus important et plus sensé de m’efforcer d’apprendre à tirer en premier lieu.

Puis, la jolie brune et moi-même étions ensuite parties étudier les nouvelles cartes des différents secteurs, afin que nous puissions cibler les lieux d’intérêt. Car plus que des outils, il apparaissait évident que nous avions besoin de nourriture pour subvenir aux besoins de tous, et tout particulièrement de James et Elizabeth qui s’étaient encore sacrifiés bien malgré eux. Un sujet qui me mettait en rogne là aussi, un de plus ; mais je n’avais dans l’absolu aucune intention de chercher à faire de nouvelles vagues. Ainsi, lorsque nous fûmes prêtes, Liz’ et moi avions gagné l’extérieur du campement, puis du périmètre pour finalement entamer notre progression vers le secteur ciblé ; à pinces. L’idée ne me réjouissais guère de devoir nous rendre là-bas à pied. De multiples menaces pouvaient - et même allaient - se dresser sur notre route, mais je ne pouvais nier que la discrétion restait préférable. Et puis cela restait de la reconnaissance avant tout, et je me promettais de ne rien entreprendre de risqué cette fois-ci, rien qui ne puisse nous mettre en danger outre-mesure.

Par ailleurs, j’avais observé Elizabeth avec un oeil plus circonspect. Sa tenue, ses armes, son assurance dans sa démarche malgré sa silhouette à peine plus épaisse que la mienne, ne pouvant m’empêcher de faire le parallèle, comme elle précédemment, de notre première sortie au sein de l’aéroport. Un peu comme je le ressentais au quotidien, je devais bien admettre que je ne reconnaissais en elle presque rien de la jeune femme dont j’avais alors fait la connaissance - physiquement j’entendais. Il n’y avait pas à chier… Lentement mais sûrement, nous nous adaptions à ce monde. Il était indubitable qu’il nous avait changé, et que malgré les proportions que cela avait pris, ce n’était là que le commencement.

Je n’avais par la suite pas dit grand chose sur la première partie du trajet, me contentant de laisser mon regard se portait sur les environs, ce nouveau paysage qui deviendrait, je l’espérais, celui du quotidien. Snyder qui se détachait sur l’horizon, entouré de plaines et de quelques zones boisées. Ce n’est qu’après la traversée d’une route marquant la frontière arbitrairement définie entre les deux secteurs que je me résolvais à cesser d’émettre de simples banalités de conversation pour aborder un sujet plus sérieux avec Elizabeth. Je comptais bien profiter de notre ‘isolement’ tout relatif pour enfin avoir la discussion que je n’avais jamais pu avoir avec mon amie, malgré que de nombreuses occasions s’eussent présentées par le passé.

“J’suis désolée…” avais-je commencé par dire. D’ailleurs, était-ce moi ou toutes les conversations que j’avais pu avoir dernièrement semblaient commencer par cette formule ? A croire que je ne faisais qu’enchaîner conneries sur conneries pour m’en rendre moi-même compte. Un constat qui me donnait à réfléchir sur la crédibilité de mes mots, ou l’intégrité de mes intentions alors que j’avais l’impression d’aller de déceptions en déceptions avec les gens de mon entourage. Finalement, dire que j’étais désolée, que j’avais mal jugé, mal agi ne servait strictement à rien dans le fond, si je ne faisais pas l’effort de me remettre pleinement en question, si je n’offrais pas à ceux que j’avais blessés le fond de mes pensées plutôt que la forme d’un constat somme toute superficiel. Un silence qui se mit à planer durant de longues secondes où il apparaîtrait clairement à un observateur que j’étais la proie de mes doutes et de mes réflexions.

“Je… Je devrais arrêter de… de m’excuser constamment, en fait…” finis-je par balbutier d’un ton incertain en continuant de marcher, la main gauche sur la bretelle de mon sac à dos. “Ça fait des semaines entières que je merde totalement. Avec toi, avec James, avec le Vagabond et toutes ces conneries délirantes. J’vois le mal partout. Je doute de tout, de tout le monde… et du coup, je prends des décisions égoïstes, j’agis égoïstement et… et je cache mes doutes, je dissimule des faits, j’étouffe des informations… J’accuse les gens, à tort et à travers… Je les affuble des pires intentions, de la pire malhonnêteté alors que… que… Toi et James êtes les deux seules personnes dont je n’ai jamais douté un seul instant, et pourtant, je n’ai fait que vous écarter, vous décevoir, vous impliquer malgré vous dans mes conneries et vous décevoir à nouveau derrière… Je… J’suis complètement paumée… et j’me sens encore égoïste à venir vers toi parce que… j’ai besoin de ton aide mais… j’la mérite pas,” confessai-je finalement, passablement excédée par mon propre discours et mon impuissance à comprendre ce qu’il m’était arrivé durant les dernières semaines écoulées, ce qu’il m’arrivait même encore en ce moment.

"J'sais juste pas comment me faire pardonner auprès de toi..."

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Mar 11 Oct - 17:01
La route ne serait pas de très longue durée avant d’atteindre la frontière de leur destination. Dans les papiers, il n’y aurait qu’une route à traverser, mais dans les faits, elles avaient préféré prendre le temps de marcher sur cette fameuse route pour s’écarter un peu plus de la ville avant de faire les premiers pas dans la zone, la prenant en biais. Le silence avait été de mise pendant cette courte marche jusqu’à ce que la jeune Ivy décide de briser le silence.

Dans un premier temps, Elizabeth fut assez surprise de l’amorce. La dernière semaine avait été assez éprouvante, chargé en émotion de toute part. Entre les révélations du Vagabond, la blessure d’Ivy, la faim qui en dépit de ses résistances, commençait lourdement à se faire sentir pour la deuxième semaine passée de privation et puis le déménagement. Autant dire que ça commençait à faire beaucoup. Pour le moins, elle ne voyait pas en quoi son amie pouvait être impliqué dans l’histoire et pour tout avouer toute cette histoire lui était brièvement sortie de l’esprit. Elles n’avaient pas eut le temps de reparler de tout ça et pour cause. Pourtant, elle ne se sentait que partiellement impliquée dans l’histoire.

Aussi, lorsque sa dernière – presque – supplique tomba, Elizabeth préféra faire halte. Elles avaient à peine abordé la frontière du secteur visé et bien qu’un tout premier tour d’horizon ai été effectué, elle se concentra d’abord sur celle qui l’accompagnait, en arborant un léger sourire, suivit de quelques mots prononcés sur une voix assez douce.

«  Tu sais, si tu veux vraiment demander pardon, essaye plutôt d’aller voir James. C’est sans doute lui qui a le plus souffert de toute cette histoire parce qu’il a décidé de prendre bien plus que désiré sur ses épaules. Ça n’a pas vraiment été facile, à avaler et aussi à gérer. Il pensait avoir des bases plus solide que ça et Melody s’en est servi contre lui, contre toi, et au final, contre nous.

Plus tu parleras, pas seulement des faits, mais de ce qui te pèse sur le cœur, et plus tu arriveras à te soulager et à te décharger de tout ça. Ca fait bien longtemps que t’es plus toute seule. Je sais, c’est dur, ça demande énormément de travail, de remise en question, de se laisser aller et de laisser le radeau dériver un peu simplement sur le courant, parce que, quoi qu’il arrive, on sera là, à côté, à te ramener si tu pars trop loin, trop vite. On est là pour ça, parce qu'on sait que si ça nous arrive un jour, quelqu'un d'autre sera là pour nous. »


Elle inspira longuement, avant de souffler, le regard se posant sur le ciel et se perdant dans les éclats du soleil.

« Quand on est arrivé ici, à Snyder, avec James… on a été ramassé sur le bord de la route par Matthew, Calvin, Ricky et Zach. T’en a peut-être pas entendu parler… mais moi, je pourrais pas oublier son nom. J’ai pété un plomb parce qu’il a posé la main sur moi pour me tirer d’un mauvais pas. Si je cherchais une excuse, je tenterais de dire qu’étant haptophobe, c’était un réflexe de défense tout à fait normal. Après tout, il avait bien d'autre façon de procéder qu'en posant ses mains sur moi. Le problème, c’est que j’ai tenté pendant des années de me faire soigner, et pour tout avouer, j’y mettais de l’assez mauvaise volonté. Jusqu’à ce jour fatidique où cet homme, Zach, en a fait les frais.

Il a essayé de me tirer d’un groupe de morts qui nous arrivait droit dessus, il s’est fait griffé par ma faute, et puis dévoré. Je ne sais plus si j'ai entendu ses hurlements, trop sonné sans doute, mais les portes du camion se sont fermées en le laissant dehors avec cette horde.

La morale de cette histoire ? J’ai une mort sur la conscience. Un type qui avait sans doute plus de raison et de matière à survivre que moi est mort. Ça m’a foutu un bon coup de pied au cul pour apprendre à gérer mes problèmes. James n’y a pas été non plus étranger. Alors, si y’a une bonne leçon à tirer de tout ça, c’est qu’on peut être notre propre poison, inconsciemment. S'en sortir n'est pas de tout repos, mais ça vaut le coup.

Parle. Ivy. Parle. De ce que tu as vécu là-bas, de ce qu’il s’est passé. De tes doutes, de tes peurs. Ne reste pas enfermée avec tes pensées. Parce que, à un moment donné, tu vas péter un plomb, et tu auras un Zach sur la conscience toi aussi. Je ne le souhaite à personne, surtout pas à toi. »


Elle sourit, cherchant à la réconforter par sa présence si elle l’avait souhaité, avant de désigner d’un geste de la main l’horizon de leur destination.

« Mais en attendant, on a un périmètre à fouiller. »

Et, devant-elles, le secteur G et ses promesses…

Ivy Lockhart

Anonymous
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Mer 12 Oct - 22:04
Je m’arrêtais aux côtés d’Elizabeth lorsque celle-ci marqua une halte pour ensuite me répondre d’une voix douce, apaisante pour mon esprit comme pour mes doutes. J’avais réellement craint de la voir tenir des propos plus acerbes et accablants, car je me savais les mériter. La surprise en était donc d’autant plus grande, et son discours étonnant au point que je m’en sentais décontenancée. Je profitais de cette petite halte pour poser un genou à terre, resserrant un lacet défait, prétexte à moitié fallacieux pour fuir le regard pourtant bienveillant de mon amie. Non pas que je n’accordais aucun intérêt à ce qu’elle me racontait, me confiait à son tour ; simplement que face à la sagesse de sa réaction, son attitude comme son ton posés, je me sentais plus minable que jamais de l’avoir maintenue distante et laissée dans l’ignorance.

Bien évidemment que je devais me faire pardonner de James, lui aussi. Je n’avais pas omis cette pensée, mais je n’avais encore pas su trouver le courage de lui parler avec la franchise la plus absolue. Si la douleur et la culpabilité étaient pourtant bien présentes quant à la manière dont j’avais traité le chirurgien, qui méritait tous mes égards et de bien plus grands sacrifices, il n’en restait pas moins que la crainte et la honte étaient restées suffisamment prépondérantes pour ‘m’encourager’ à garder le silence un peu plus longtemps.

Lentement, je me relevais alors que la jeune femme me livrait quelques détails sur les conditions de son propre retour à la vie, la manière dont elle avait rencontré Matthew et les siens, sa responsabilité dans la mort de l’un d’eux et les remises en questions, les progrès qu’elle avait finalement faits. Une conclusion qui me redonnait un léger espoir de moi aussi parvenir à terme à m’affranchir de mes démons - ou à faire avec dans le pire des cas - quand bien même il y avait un prix à payer, un fardeau à charrier sur ses épaules. Tout comme elle, j’avais une vie sur la conscience, et sûrement plus même, en la personne de Takashi que j’avais laissé courir à la mort pour espérer sauver ma peau.

Un acte égoïste, qui n’avait rien changé au final et m’avait conduit à connaître bien pire calvaire encore. Un calvaire qui continuait d’avoir des répercussions à ce jour, en ce moment même. Liz’ m’invitait à parler, à me confier. Je croisais son regard, mes noisettes toujours emplies de cette crainte de m’épancher ouvertement, de me laisser simplement aller. Aussi, je n’acquiesçai que silencieusement à sa proposition de reprendre notre progression et nous enfoncer plus avant dans le secteur que nous étions venus explorer. Je rendais à la jeune femme un sourire forcé, les lèvres closes en soufflant par le nez. Par ailleurs, je ne pouvais m’empêcher de déglutir, la gorge nouée par l’opposition de mes sentiments et envies de l’instant. Je souhaitais ardemment m’ouvrir à elle et laisser libre cours à mes pensées et mes doutes en sa présence, mais je ne pouvais m’empêcher de serrer les dents sur mes paroles, les retenant ainsi de longues minutes durant lesquelles je n’avais fait que marcher au-travers des grandes plaines semi-arides en direction de ce que je semblais percevoir au loin comme les silhouettes massives de hauts et étroits bâtiments.

“Calvin,” lâchai-je au terme de ces minutes silencieuses. Un nom prononcé presque du bout des lèvres, ma voix s’éraillant sur la dernière syllabe. Je m’éclaircis la gorge avant de reprendre, sans vraiment savoir comment introduire ce qui me pesait sur le cœur, glissant un regard vers ma comparse durant quelques secondes avant de le détourner à nouveau sur le paysage.

“Je… J’ai pas été entièrement… honnête avec vous, la nuit où on s’est retrouvé. Soulstrange… Il m’a dit, enfin… il a laissé sous-entendre, que Calvin était l’un des siens. Il a instillé… ce doute en moi avant de…” Je me mordais la lèvre inférieure et serrais les poings à en faire blanchir les phalanges. La peur, la colère ; la morbide fascination aussi… Ces émotions se déchaînaient en moi dans un tumulte suffoquant, et je dus prendre de longues inspirations, saccadées, avant de poursuivre.

“J’ai trop longuement… Putain… J’ai refusé d’y croire… Je pensais devenir folle à me torturer l’esprit de la sorte, à tenter de préserver l’image innocente, la tendresse de Calvin mais… Merde… Quelque chose clochait depuis toujours… L’embuscade à l’école, la disparition de Matthew… C’étaient… juste… c’étaient trop de coïncidences pour mettre ça sur le dos de la malchance ou d’un malheureux hasard. Ça… Et les derniers mots de Calvin…” Je secouais la tête comme pour chercher à réfuter moi-même ce qui devait paraître pour de sacrées conneries. “Il nous a trahi… Je… Je refusais encore d’y croire… Je ne voulais pas y croire… Mais le mal était déjà fait… Et il continue de me dévorer, à chaque instant… Je peux la sentir, sournoisement... insidieuse… Je me suis mise à douter de tout, de tous, de tout le monde, tout le temps…”

Je portais un regard d’autant plus navré et coupable sur la jeune femme, serrant les mâchoires et les poings un peu plus fort contre mes paumes pour retenir les larmes qui menaçaient de déborder. Il était strictement hors de question que je me laisse encore aller à ces épanchements de geignarde. Je me passais finalement une main sur les paupières, puis le visage en prenant une plus longue inspiration encore, cherchant à garder contenance.

“J’ai peur Liz’... Je crève de trouille de ce qu’il m’arrive, du regard perpétuellement méfiant que je porte sur chacun, de trouver tout le monde suspect, de voir le mal partout, tout le temps, de penser que derrière chaque acte qui me déplaît, ou qui me met en cause, il y a tout… tout une espèce de vicieux stratagème, un nouveau piège, un autre traître au service de Soulstrange… Il fait… Qui… J’veux pas qu’il me retrouve. Il me terrorise et… et… Et en même temps… Il me fascine,” confiai-je encore plus honteusement et misérablement que le reste.

Je m’arrêtais au beau milieu d’un large champ en friche, du moins y ressemblait-ce, pour reprendre mon souffle. Ce dernier s’était voulu de plus en plus chaotique et paniqué, rendant chacun de mes muscles fébriles et faisant trembler mes membres. Pour tout dire, j’avais littéralement le cœur au bord des lèvres du dégoût amer que m’inspirait le constat que je dressais de moi-même, de mes plus obscures et délirantes pensées. Les mains sur les hanches, légèrement penchée en avant, j’avais rivé mon mes noisettes sur le sol, puis fermé les paupières en attendant, espérant, souhaitant que ça passe ; que je parvienne à apaiser mes pensées.

“P'tain. J’suis complètement tarée…”
soufflai-je d’un ton complètement défait et fataliste, n’ayant même pas le cran de relever la tête pour affronter le jugement d’Elizabeth… Et pour cause, je n’avais encore rien vidé de mon sac.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Ven 14 Oct - 17:12
Elles avaient repris leur marche, longue procession silencieuse qui n’avait de repos que l’aspect, mais pas leur esprit. Elizabeth était loin de se donner les droits d’être une moralisatrice, elle se savait, ni blanche, ni intègre, mais il avait toujours été plus facile – comme tout à chacun d’ailleurs – d’octroyer ses conseils à autrui qu’à elle-même. Pourtant, le moindre de ses mots ne se voulaient d’aucune manière accusateur ou moralisateur. Elle se basait systématiquement sur ses propres expériences pour mesure son empathie et offrir à son amie les conseils les plus avisés qu’elle pouvait lui donner. Néanmoins, cela la renvoyait à ses propres démons qui demeuraient tapis dans son ombre, indissociable de son sang, qu’elle considérait elle-même comme impure.

C’est pour cela qu’elle n’eut aucun mal à se reconnaître, elle-même, et la projection qu’elle avait fait de sa mère sur elle-même, durant de longues, très longues années. C’était comme si chacun des mots que prononçaient l’ex-étudiante n’était que le récit de son esprit et de son cœur, un miroir qu’elle avait toujours réfuté aux yeux de tous et conservé dans le secret. Sa propre malédiction.

Elle ne put retenir une longue et profonde inspiration, plusieurs même, durant son discours. Elle espérait qu’Ivy ne prenne pas ses torsions de cœur comme des soupirs de lassitude, car cela la touchait réellement. Elle se souvenait, de situation parfaitement similaire, qu’elle avait pu vivre, dans un environnement beaucoup moins hostile. Elle n’avait aucun mal à imaginer, voir ressentir, jusqu’à presque percevoir son propre cœur qui accélérait toujours plus. C’est alors qu’au plus profond des ténèbres, un nom lui revint en mémoire : Aiden Langdon.

Bien entendu, cela ne l’empêcha pas d’éviter le contenu même de ses propos et du début de révélation supplémentaire qu’elle lui distillait aussi difficilement que son souffle coupé lui permettait. Calvin ? A la solde de Soulstrange ? Cet homme discret et sans histoire, toujours serviable et d’une bonté réellement mesurable ? C’était vraiment difficile à croire, mais pas impossible. Elle avait bien noté les différents échanges lors de ce fameux lundi où énormément d’informations ont circulées. La probable présence de Matthew, le fait qu’il soit un sniper chevronné, et sa probable implication dans la mort du cow-boy. Elle n’avait pas spécialement l’esprit clair sur tous les aspects et les enjeux, mais elle n’en restait pas moins démunie.

S’arrêtant à sa suite au milieu de ce champ laissé à l’état sauvage, les herbes montant parfois si haut, qu’elles parvenaient à lui chatouiller les hanches, vallonnant très légèrement sur l’horizon jusqu’aux pieds des bâtiments qu’elles avaient pris pour cible.

« Tu serais étonnée de savoir à quel point tu es si ordinaire, Ivy. » Finit-elle par lâcher dans un souffle à la fois doux et bienveillant. « Je pourrais te donner un nombres importants de terme aussi inadaptés et complexes les uns que les autres, et qui avouons-le, ne donneraient aucune piste pour s’en défaire, pour qualifier ton état et ce qu’il se passe. Mais je pense que tu n’en as pas vraiment envie. Ça ne te sera d’aucune utilité de toute manière, autant qu’une clé de douze entre mes mains. »

Elle attendit de pouvoir capter son regard pour continuer, se saisissant de sa main dans la sienne pour la rassurer.

« Un mot simple, un seul. Des repères. C’est ce que nous construisons chaque jour durant notre enfance pour nous bâtir en tant qu’adulte, des repères. Ils sont notre corps, notre père, notre mère. Ils peuvent être des personnes, mais aussi des objets, des lieux. Ce Soultrange, il ne t’a pas rendu folle, il a simplement brisé les derniers repères qu’il te restaient. Tu ne connais plus personne, pas plus que les lieux, pas plus que ce monde, et tout ce qui te restait c’était toi-même. Mais ça, il l’a brisé. Ton dernier repère.

Nous mettons des années entières à bâtir nos repères affectifs, alors je ne dis pas que ce sera facile ou rapide, juste que c’est possible. Ce qu’il a brisé, ce n’est pas définitif. Il est possible de tout rebâtir mais comme lorsque nous sommes enfants, il nous faut de l’aide pour ça. Si tu t’isoles, si tu gardes tout ça, pour toi, tu ne pourras pas y arriver. Soit tu restes accrochés à tes anciens repères et sombres dans une sorte d’illusion nostalgique dans l’espoir de retrouver cette quiétude passé, soit tu t’édifies en développant une forte capacité à te créer tes propres repères dans n’importe quelle situation et de façon très rapide.

On pourrait en discuter pendant des heures, des méthodes, des manières. Ce que je voulais que tu saches, c’est que si tu le souhaites, vraiment, tu n’es pas perdu.

Tu sais quelle est ma plus grande peur. La plus terrifiante d’entre toute ? »


Elle se pinça les lèvres, car même si elle semblait sur le point d’avouer ce si terrible secret, elle n’en était pas moins sensible. Le fait d’y penser la terrifiait, simplement, et purement. Elle ne s'attendait pas à ce que la jeune femme trouve réellement, la question n'existant que pour mesurer tout l'impact de la réponse qu'elle s’apprêter à donner, car il n'était pas imaginable qu'elle sache. Et tandis qu’elle concentrait son regard sur la jeune Ivy, ce dernier fut attiré par un point en mouvement, au loin. Avant que son interlocutrice n’ai pu répondre, elle attrapa son bras, sans la brusquer outre mesure, pour lui indiquer ce qu’elle avait repéré et le fait qu’elles ne devaient pas se risquer à rester trop longuement dans un lieu sans abris. Perchées dans cet étendu désertique, elles étaient visibles de plusieurs lieux à la ronde.

« Viens, on ne traine pas. » Avait-elle simplement incité dans un souffle, mesurant la distance entre cette silhouette errante solitaire assez grande pour ne pas se mettre à courir dans l’immédiat.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 16 Oct - 14:19
A nouveau et malgré tout ce que j’avais pu faire, tout ce que j’avouais à la jeune femme, je sentais sa sagesse, son empathie et sa maturité me submerger et me subjuguer un peu plus. Elle tenait des mots pour chercher à expliquer mes actes, mon comportement et ma perte de repères, car c’était bien de cela qu’il s’agissait sans même que je n’ai pu y mettre de véritables mots dessus de par moi-même. Des mots qui sonnaient diablement justes, dont la portée me saisissait et me transportait. J’y trouvais une source de réconfort et de courage, mais surtout, probablement très stupidement et d’une aberration sans borne, une profonde colère nuancée de jalousie.

Lentement, j’avais resserré mes doigts autour de sa main. Ce geste habituel qui nous liait d’une symbolique qui nous était propre, laissant mes noisettes se plonger dans son regard d’ébène si envoûtant alors qu’elle poursuivait encore. A plusieurs reprises, j’avais porté mes prunelles sur ses lèvres fines et légèrement rosées, les enviant d’autant plus d’être à ce point incapable de débiter tout un tas de conneries. Putain… Elle était si proche… Si je le pouvais, si j’en avais eu la force et le cran, je l’aurais giflée, je l’aurais saisie par le col de son sous-pull de mes poings serrés et l’aurais secouée, invectivée de me gifler à son tour, m’engueuler, m’insulter, me haïr comme je me haïssais en cet instant, m’enfoncer et me traîner au sol ; n’importe quoi qui aurait su me rendre la douleur et la peine que je lui avais infligée, à elle, à James, à tous.

Mais non, elle se trouvait là, droite et parfaite à me soutenir, à pardonner l’impardonnable. Je l’en remerciais autant que je l’en blâmais de ne pas me donner ce que j’étais réellement venue chercher : de la souffrance, du mépris, du doute ; tout ce qui avait jusqu’à lors constitué mes repères dans ce nouveau monde. Des repères qu’elle défonçait sans vergogne et sans violence, juste par des mots sages et posés. La putain de Gandhi Texane c’te fille ; et c’était sur moi qu’elle avait choisi de porter son combat. Je n’y comprenais rien…

Pas plus que je n’avais une esquisse de réponse à la question qu’elle me posa ensuite, comme le prélude à un aveu. Une nouvelle fois, je plongeais mes yeux dans les siens, y puisant autant un réconfort égoïste qu’une volonté nouvelle d’en protéger la pureté et la bonté. Deux écrins taillés dans l’onyx qui tâchaient de préserver ce qui pouvait bien rester d’humanité dans ce monde, malgré notre condition de gangrène vivante, porteuse de la corruption la plus abjecte que notre espèce ait jamais connue. A cet instant, je l’aurais serré dans mes bras, sans retenue, jusqu’à l’étouffer si son attention et la mienne juste derrière ne s’étaient pas vues détournées par une de ses remarques.

Depuis ma distance, j’avais du mal à distinguer la soudaine raison de sa volonté d’avancer alors que nous étions au milieu de quelque chose de fort. Etait-ce en prévision d’une réelle menace ou un prétexte pour ne pas avoir à poursuivre sur sa lancée que je pressentais comme particulièrement difficile à exprimer ? Peut-être les deux, ou peut-être qu’elle ne m’estimait pas suffisamment digne de ses aveux, ni de sa confiance. Après tout, je n’en restais pas moins celle qui avait livré les informations à Soulstrange.

Et encore une fois, l’aura terrifiante du pyromane dégénéré se mettait à peser sur mes épaules. Je déglutis difficilement en ressentant sa présence s’imposer sur mon esprit ; une présence, des souvenirs que je tentais de chasser au plus vite et au plus loin de mes pensées, me soustrayant à l’emprise de la jolie brune avec l’espoir de ne pas lui laisser ressentir ma peur au travers des contractions de mes mains. D’un simple hochement de tête, je reprenais notre progression à sa suite, laissant ma main droite caresser et jouer avec le sommet des herbes hautes, gardant le silence durant quelques secondes en réfléchissant à sa dernière question dont je n’avais pas une once de début d’idée.

“Perdre la raison… Ne plus être capable de faire la distinction entre la réalité et la folie, le bien et le mal, l’humanité et la barbarie ?” proposai-je finalement sur un ton reflétant toutes mes incertitudes, autant à sa question qu’à mon propos. Une réponse qui n’avait rien d’originale ni de recherchée tant elle se voulait issue de ma condition et mes propres craintes. Je devais bien admettre qu’à mes yeux, rien ne devait être pire que d’être à ce point plongé dans le flou et ne plus mesurer la portée de ses actes. Mais pour une fois, je ne cherchais pas à ramener le sujet vers moi.

“Dis-moi tout. Je… je peux aussi… Je veux t’aider. J’ai envie d’avancer, mais pas sans toi cette fois. J’veux plus te laisser de côté…”

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 18 Oct - 15:30
Après plusieurs regards jetés en arrière, spécifiquement du côté de la silhouette qu’elle avait remarqué mais aussi dans les alentours, afin de ne pas de faire surprendre dans ce lieu à découvert, Elizabeth entraina Ivy à sa suite, progressant à une allure plus réduite maintenant que les herbes hautes avaient accaparé le décors. Elle entendit même le bruit très singulier d’un serpent se faufilant à travers la broussaille la faisant sursauter tout en rappelant à la jeune femme que les dangers d’autrefois étaient toujours présent et bien vivace. La faune était simplement devenue plus hostile maintenant qu’une nouvelle espèce, plutôt coriace, avait rejoint leur rang – bien que leur côté contre-nature ne permettait pas de les classer de la sorte.

A la supposition de son amie, Elizabeth se garda de sourire, même si les mots qui jaillirent en réponse étaient tintés d’une certaine légèreté.

« Grand dieu, non. Si cela avait été le cas, cela ferait bien longtemps que je serais recroquevillée dans un coin à ne plus pouvoir bouger. Perdre la raison, ça m’est déjà arrivé, tout comme le reste d’ailleurs. Mon enfance a été des plus singulières et c’est dans cette ambiance permanente que j’ai grandis.

Non en vérité… »


Elle marqua une pause, inspirant profondément à la recherche des mots à prononcer qui symboliserait sa véritable peur sans pour autant qu’elle ne paraisse moindre. Ce n’était pas la première fois qu’elle en parlait. De très nombreux psychologues l’avaient suivi pendant son parcours, ni la première fois de manière plus intime que le carcan pseudo-professionnel qu’un suivi psychiatrique n'en donnait l’image. Mais cela ne changeait pas le fait qu’en parler était toujours aussi difficile, car les mots inspiraient les images, rapportaient les souvenirs et attisaient les peurs les plus profondes.

« Me retrouver dans une cave, seule, sans possibilité d’en sortir, et à terme y mourir. La grande majorité des gens trouvent cela moins effrayant dis comme ça qu’une mygale, ou un scorpion, une idéologie tiré par les cheveux ou la mort elle-même. Mais je pense que tu sais ce qu'il en est. Et le pire, c’est que ce n’est même pas basé sur un souvenir ou un vécu quelconque. Ce n’est qu’une projection de celle qui m’a mise au monde sur moi-même. Kidnappée, violée, séquestrée, torturée pendant près de 4 ans. Ce n’était pas moi, je ne suis que le résultat de cette violence, une première erreur de la nature. Alors, je ne te ferais pas croire que je peux comprendre ce que tu as vécu, ce à quoi tu as survécu, parce que c’est faux. »

Sans plus oser un regard en arrière, les prunelles brunes des yeux de la jeune femme restèrent fixés sur son objectif qui grandissait petit à petit. L’immense silo se dressait bien haut dans le ciel, les petits bâtiments adjacents se découpant petit à petit, laissant finalement entrevoir la structure d’une bâtisse délabrée par le manque d’entretien, perdue au milieu d’un capharnaüm de déchet parmi un entassement de pneu, de carcasses de voitures rouillées et désossées, des vieux conteneurs, ou encore des entassements de matériaux qui n’ont sans doute plus la possibilité d’accomplir leur usage d’origine, ravagés par la pluie et la poussière. Cela s’annonçait plutôt mal pour espérer quelque chose d’utile, mais ce n’était mieux que rien. A ce propos d’ailleurs, elle perçu sur le flanc de la bâtisse, plus proche d’eux que les bâtiments en eux-même, quelques rangés d’arbres bas plutôt bien alignés malgré le manque d’entretien évident, et des morceaux d’arceaux de fer privés de leur protection de toile qui inspiraient d'anciennes serres.

Il était peu probable qu’une quelconque culture sauvage ne donne de bons résultats, surtout si tôt dans l’année, mais cela valait peut-être le coup d’œil et cela temporisait dans un premier temps de pénétrer dans une bâtisse. C'est par là qu'Elizabeth décida de bifurqué, toujours plongé néanmoins dans ses réflexions.

« Je suis incapable de parvenir à ressentir ce qui tu as ressentis, parce que cela m’effraie. J’en ai une peur viscérale, mais si je peux y faire quelque chose, je le dois. Parce que ce serait sans doute le moyen aussi de guérir mon âme, ce que personne n’a su faire pour ma mère. »

Inspirant profondément, ses mots se perdant dans un flux brouillons de pensées dont elle parvenait à peine à exprimer, mais dont elle prenait toutes les mesures nécessaires pour ne pas la froisser. Elle espérait juste qu’elle était sincère lorsqu’elle disait vouloir également être là pour elle.

Et chemin faisant, pas après pas, les premières végétations offrirent plus que leur promesse sous la forme de quelques légumes et quelques fruits, parfois rongé par les insectes parfois juste assez intact pour en espérer quelque chose de comestible.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 20 Oct - 15:09
Continuant ma route à travers champs - si on pouvait appeler cette étendue d’herbes sauvages ainsi - aux côtés d’Elizabeth, je tâchais de partager mon attention entre l’observation des alentours et les mots de la jeune femme. Le ton sur lequel elle répondit à ma première hypothèse, totalement fausse, m’arracha un très léger sourire. Non pas que le sujet en lui-même portait à sourire, loin s’en fallait, mais j’appréciais le détachement, la légère désinvolture employée, bien que cela m’inquiétait de penser que ma Liz’ avait eu à expérimenter tout cela par le passé. Je me demandais bien comment elle avait pu y faire face et rester aussi intègre là où j’en souffrais, tant de crainte que de constatation.

Néanmoins, je gardais le silence, ne cherchant pas à aiguillonner mon amie sur ce sujet, attendant comme elle l’avait fait pour moi qu’elle décide de s’y engager d’elle-même, sans s’y sentir contrainte d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi je ne faisais que l’écouter plus attentivement encore quand elle reprit la parole en me livrant sa plus grande peur. Une situation qui n’eut aucun mal à trouver échos en moi, et pour cause, je l’avais vécu. Cependant, lorsqu’elle fit mention du destin de sa mère, les conditions qui avaient vraisemblablement conduit à sa procréation et sa naissance, je n’osais pas même pas m’en plaindre au final. Ma captivité avait duré… je n’en savais toujours rien, mais certainement pas quatre années ; et quelque part, Soulstrange ne s’était pas montré si cruel avec moi que ne l’avait été le geôlier de la génitrice de ma Liz’.

Ma compagne d’infortune aurait sans doute pu me voir devenir plus blême que je ne l’étais déjà habituellement. Car si mon expérience n’était en réalité en rien comparable à ce qu’elle avait pu vivre, elle-même ou par procuration - elle ne m’en donnait pas de détails plus particuliers et je ne me sentais pas la curiosité de lui poser cette ignoble interrogation pour dissiper ce doute - je n’étais guère enthousiasmée à l’idée de me replonger dans les peu de souvenirs que j’avais gardés du caveau du Libérateur. Malheureusement pour moi, et sûrement pour Liz’ car il y avait tant de sujets plus légers et réjouissants que nous pouvions aborder, la jeune femme s’était mise en tête de m’aider, de s’aider, bref, la totale panoplie psychologique. Fait qui ne m’enchantait guère, mais j’avais jusque là passé bien trop de temps à ne me préoccuper que de moi-même, à ne m’intéresser qu’à mes problèmes jusqu’à occulter de mes considérations les avis, les pensées et les sentiments de mes compagnons.

Restant à ses côtés, je découvrais à mon tour les restes de cette exploitation agricole, les hauts bâtiments se révélant être d’immenses silos à grain, la cour et les environs immédiats de la ferme être jonchés d’un bordel difficilement descriptible. Je laissais mes noisettes courir sur une bonne partie du foutoir, cherchant tant bien que mal à identifier des objets ou des ressources d’intérêt, sans réellement y parvenir au premier coup d’oeil. Une fouille plus approfondie serait certainement nécessaire, mais déjà, à l’initiative d’Elizabeth, je bifurquais à sa suite vers les restes décharnés du dôme cylindrique d’une ancienne serre de culture, de ce que j’en devinais. Ainsi, le temps passé à la découverte visuelle des lieux m’offrait une bonne excuse et le temps nécessaire d’ordonner mes propres pensées, les réflexions comme les souvenirs que les aveux de Liz’ faisaient s’agiter en moi.

Peu intéressée par les arbres alignés sous les restes des arceaux, je portais mon intérêt sur un entassement de métaux rouillés, chutes et divers morceaux de tôles laissées en disgrâce et livrés aux affres de la météo qui ne leur avait rien épargné. Précautionneusement, je m’approchais du foutoir et cherchais à dégager les quelques pièces pour examiner ce qui pouvait se trouver en dessous. La chasse au trésor du pauvre en quelque sorte, qui ne révéla que des entremêlats de fils de fer, de vieilles jantes ou des têtes d’outils complètement émoussées. Il n’y avait là strictement rien de récupérable, hormis si j’avais eu en ma possession un fourneau capable de fondre l’acier, une installation qui allait nécessiter beaucoup de matériel ; matériel qui n’était pas sur nos listes de préoccupations immédiates.

Aussi j’abandonnais là les empilements de détritus pour me rapprocher de Liz’ à nouveau, peu à l’aise avec l’idée de nous savoir éloignées l’une de l’autre, même dans un périmètre assez restreint. Les merdes de ce monde avaient tendance à nous tomber dessus beaucoup trop rapidement, et sans demi-mesure en terme de violence et de soudaineté. Par ailleurs, je lui devais une réponse, des réponses. Beaucoup trop d’explications même qu’il m’était toujours difficile de savoir par quoi débuter, quand bien même la discussion précédente pouvait déjà m’orienter.

“Le Libérateur…” soufflai-je à mi-voix après m’être suffisamment rapprochée de mon amie. “C’est ainsi que je désignais Soulstrange avant que le Vagabond ne me révèle son nom… son surnom plutôt.” Je marquais une très légère interruption dans mon aveu avant de poursuivre. “J’aurais pu l’appeler le monstre, le pyromane, le bourreau, le diable… N’importe quel autre attribut qui semblerait bien plus lui convenir, mais non… c’était… c’est : le Libérateur.”

Je posais sur Elizabeth un regard à la fois honteux et pourtant déterminé, malgré les trémolos de ma voix qui trahissaient l’inconfort palpable qui me gagnait à évoquer ce sujet. “Parce que dans cette cave, après je ne sais combien d’heures ou de jours passée à appeler, crier, délirer, à me traîner dans les cendres et les ossements calcinés d’autres hommes, à tailler un os en pointe pour mettre fin à mes jours, il est revenu. C’était un bourreau, et il m’aurait certainement laissé mourir de faim si je n’avais pas tout déballé, mais à cet instant, ce n’était plus mon tortionnaire. Il m’offrait la liberté, il m’offrait sa présence, son souffle métallique, la chaleur de ses doigts contre mon visage, la lumière de ses flammes… C’est… C’était paradoxal… Je le détestais, il me dégoûtait, je le haïssais, viscéralement, mais je ne voulais pas qu’il m’abandonne… Je préférais continuer de souffrir entre ses mains que d’être rendue à ses ténèbres et à ma solitude,” confiai-je finalement, toujours plus honteuse, le ton clairement marqué par un profond dégoût.

Pourtant, je me forçais à chercher, soutenir le regard sombre d’Elizabeth quand bien même je ne voulais que le fuir. Parce qu’elle méritait de le savoir, plus que tout autre - ou du moins avec ex-aequo avec James - elle méritait de connaître toute la vérité, du moins la mienne, surtout si elle cherchait à ce point à s’y confronter.

“Mais le pire, ce n’était pas les sévices, la faim ou l’abandon. Non… C’était la culpabilité de savoir que mon égoïsme, ma lâcheté allaient se retourner contre vous au campement. D’en être consciente, et impuissante, et que sans le Vagabond ni Matthew, nous ne serions probablement pas là pour en parler. Et je dis le pire, mais c’est même pas le pire en fait… Parce que… le pire du pire, c’est que je ressens toujours de l’empathie pour Sousltrange. J’ai partagé ses idées, sa vision des choses jusqu’à ce que le Vagabond nous révèle que nous étions parfaitement stériles et contagieux pour le reste du monde… Toutes ces semaines, j’étais persuadée de la légitimité de ses idéaux, que nous, les dégénérés, étions le palier supérieur de la nature humaine. Capables de déjouer la mort, capable de prouesses qui dépassent l’entendement comme les lois de la physique…

Or, ce n’est pas le cas… Notre nature nous rend éphémère. Nous sommes voués à disparaître, et si je le sais, puisque nous le savons, alors Soulstrange le sait aussi. Et son dogme de supériorité s’effondre totalement. Il est une menace, pour les dégénérés comme pour les hommes, pour tout ceux qu’il emportera dans son sillage ; mais je ne peux m’empêcher de penser, qu’au fond, il s’est simplement perdu en route. J’ai pu le sentir, pendant un instant dans ce caveau, qu’il y avait encore quelque chose en lui… Quelque chose de bon, d’humain malgré tout, malgré tout ce qu’il a fait. Je...”


Je m’arrêtais brusquement de parler, m’apercevant que mes propres mots paraissaient délirants au point de m’en surprendre et effrayer moi-même. Les lèvres légèrement entrouvertes, je plissais les paupières en dévisageant Elizabeth, les traits décomposés par un soudain remord qui me prenait aux tripes. Je n’osais même plus tendre la main vers elle tant j’avais peur que mes pensées ne soient contagieuses et destructrices pour elle comme pour moi. Très rapidement, je me raclais la gorge et cherchais à couper court à ce sujet de conversation bien particulier, reprenant d’une voix hésitante.

“Je ne te laisserai pas tomber Liz’. Aucun monstre, aucun homme ne viendra te prendre, et personne ne t’enfermera dans une cave. Je te l’promets.”
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