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[LP, G, EXP] Entre quatre yeux - 04/04/35
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Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Jeu 3 Nov - 10:20
Davantage accaparée par cet objectif des serres à l’abandon et de verger à l’apparence de jungle sauvage, Elizabeth s’arrêta aux pieds des premiers arbres pour en contempler les cimes et chercher du regard leurs fruits, mais elle savait déjà à quoi s’attendre. C’était loin d’être la saison des récoltes quand bien même les arbres avaient continué d’être entretenu, ce qui était loin d’être le cas, il faudrait attendre plusieurs mois encore avant d’en espérer quelque chose. Elle ne perdit pourtant pas espoir, jetant ensuite son dévolu sur les plantations non loin, ravagé par les dégâts du temps, les arceaux rouillés, parfois affaissés, s’étaient débarrassés des bâches qui l’avait peu avant recouvert. Ce « potager » n’était pas immense, rien à voir avec une exploitation d’usine, mais plus une exploitation locale qui offrait aux quelques clients du coin des produits frais et bio.

En y repensant, ce débat était aujourd’hui complètement désuet. Pesticides ou non, tout ce qui importait, c’était d’arriver à combler sa faim. Une faim de plus en plus pesante sur épaules d’Elizabeth qui tenait pourtant encore bon. Une fois un certain cap passé, c’était principalement la fatigue physique qui faisait office d’alerte qu’un grincement de l’estomac qui ne se remplissait que d’eau plus ou moins saine.
Ses pieds vinrent fouler les mottes de terres boueuses parmi une immense végétation clandestine et population d’insectes en tout genre, à la recherche de quelque chose qui attirerait son attention parmi l’inconsommable. La première chose qu’elle parvint à reconnaître fut des pousses de menthe, pour en avoir possédé dans son propre carré de jardin, elle ne fut pas bien étonnée de constater que cela avait subsisté et proliféré de la sorte. C’était une maigre consolation, mais si c’était la seule chose sur laquelle les deux femmes pourraient mettre la main, cela servira d’agrément à l’eau qui comblerait leur faim… un temps seulement.

D’un geste souple, elle retira l’une des bretelles de son petit sac à dos pour le passer devant et l’ouvrir. L’odeur qui se dégagea des premières cueillettes fut un véritable baume au cœur. Il fallait dire que leur sens olfactif était souvent mis à l’épreuve depuis la chute de l’humanité, et pas seulement par le manque d’hygiène incontournable, mais surtout parce qu’un cadavre mort ou vivant, ne pouvait sentir rien d’autre que la chaire pourrie. C’était à s’en vriller l’estomac à chaque rencontre. Avec précision, elle coupa quelques feuilles pour ne pas prendre trop de place. Elle en profita pour porter un coup d’œil à Ivy qui revenait de sa propre première inspection, le regard et sans doute l’esprit, dirigés vers autre chose, un autre monde, celui de ses réflexions.
Dans le silence, elle l’écouta, continuant simplement sa cueillette, l’odeur montant chaque fois un peu plus dès qu’une tige fut coupée.

Elle ne l’interrompit pas dans son discours, lui laissant tout le temps de la réflexion, du réajustement des mots qui semblaient peiner à correctement décrire ce qui pouvait se produire en elle. Apporter une définition à un sentiment était une chose très difficile, que l’expression du visage ou du regard traduisait bien mieux. C’est pourquoi Elizabeth y prêta bien plus d’attention. Son cas n’avait rien d’exceptionnel, et à nouveau, elle trouva une pathologie précise et une définition au mal qui semblait ronger Ivy. Ni unique, ni différente. Elle était simplement humaine. Une humaine dépassée, qui évoluait dans un terrain inconnu, déstabilisant, mais une humaine quand même. Cette contagion émotionnelle qui s’était tissé entre elle et son geôlier, l’apocalypse ne l’avait pas inventé. Cela mettait néanmoins en lumière quelques vérités. Soulstrange avait suffisamment conceptualisé son acte pour qu’elle y trouve une justification et il n’avait éprouvé aucune haine quelconque envers Ivy, à quelque moment que ce soit. Quant à sa manifestation, son amie l’avait suffisamment bien exprimé pour qu’il ne soit pas utile de rentrer dans les détails. C’était une manifestation inconsciente de survie qui a laissé ses marques jusqu’à en donner une dépendance.

C’était également pour cette raison qu’Elizabeth avait choisi de n’émettre aucun commentaire sur le sujet, du moins de manière réactive. La situation était complexe et la marche à suivre, délicate, mais et surtout, elle devait creuser un peu plus sur le sujet, car si Ivy était potentiellement – et vraisemblablement – atteinte du syndrome de Stockholm, il était possible que l’affection soit réciproque.

A sa dernière remarque, elle ne put s’empêcher de sourire, très légèrement, avec un pincement au coin des lèvres, mais de sourire.

« On veillera l’une sur l’autre. C’est notre promesse. » Finit-elle par conclure à sa dernière réplique avant de perdre son regard sur les gestes qu’elle était en train d’effectuer, cherchant avec une lenteur mesurée les mots qui viendraient ensuite.

« La plupart des hommes nocifs sont bridés par la société et les mœurs. Ce n’est pas qu’ils ne pensent pas à l’acte mauvais, c’est qu’ils s’en interdisent. Maintenant que la société et toutes les chaines de moralité se sont effondrés, certaines personnes se sont exaltés de leur noirceur. Lie à tout ça une volonté de survie débordante, et tu obtiens un véritable cocktail molotov de monstruosité. Si cet homme a semblé montrer une once d’humanité, peut-être n’était-ce que le résidu d’un homme trop longtemps bridé. A l’instar d’un lion que l’on enferme dans un zoo, puis qu’on libère après des années de captivité, il pourra sans doute démontrer quelque chose de censé, d’humain. Il n’en reste pas moins que sa véritable nature ressurgira de manière décuplé, dangereuse ou mortelle. Chercher à le sauver serait contre sa propre nature. »

Lentement, elle plia quelques feuilles de menthe entre ses doigts, froissant la verdure, la pliant jusqu’à en extraire tout l’arôme, décuplant le chatouillement qui se pressait à ses narines. Un coup d’œil en arrière permis de remettre en mémoire à nouveau la distance que le mort en vadrouille avait entamé depuis son dernier tour d’horizon. Elles avaient encore un peu de marge, mais elles ne pouvaient se permettre de trainer. Si elles voulaient rapporter quelque chose d’utile de cette sortie, elles devaient s’y mettre.

« Tu aimes la menthe ? » Avait-elle finit par demander en reportant son regard sur la jeune femme tout en terminant sa cueillette de feuilles.

L'instant d'après, son attention fut attiré plus bas que les hautes pousses odorantes la forçant à s’accroupir pour être certaine de ce qu’elle avait constaté. A ras du sol, de nombreuses larges pousses qui tapissait un bon secteur.

« Des pommes de terre… » Lâcha-t-elle dans un souffle presque retenu, assez étonnée de sa trouvaille.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 12 Nov - 18:25
J’écoutais les réponses et les explications d’Elizabeth avec une attention presque religieuse, quand bien même j’avais du mal à accorder du crédit à tous ces schémas de pensées presque mécanisés. Pourtant, il me fallait bien admettre que je me reconnaissais, plus que jamais, dans ce que la jolie brune décrivait. Cette part sombre, quand bien même elle parlait sans le mentionner de mon bourreau, je l’avais moi-même ressentie. Je me souvenais parfaitement lui avoir laissé libre cours durant les dernières semaines passées, ragaillardie, enivrée que j’étais par les promesses, les tentations, les opportunités que m’avaient offertes la maîtrise de mon don.

Du moins jusqu’à avoir frôlé la mort, à nouveau, histoire de ne pas changer de registre ; mais je ne pouvais me voiler la face. J’avais détenu un pouvoir qui me dépassait, que j’avais cru suffisamment pesant et puissant pour faire incliner la balance selon ma volonté, mes desiderata de l’instant, sans considération pour les mœurs, la morale ou les conséquences. Le dicton voulait que le chemin de l’enfer soit pavé de bonnes intentions ; et personne n’aurait pu me blâmer, ni même remettre en cause - malgré les conséquences désastreuses - que je n’avais été animée que de bonnes intentions, au départ.

Mais ce fut sa question, à propos de menthe, qui m’arracha de nouveau à ces pensées trop complexes et bien insolubles tant je pouvais les tourner et les retourner sans jamais parvenir à les percer. Une question qui comme son sujet se voulait rafraîchissante, m’arrachant instantanément un sourire surpris, mais simple et sincère. Le genre de sourire qui ne m’avait pas saisi depuis bien trop longtemps maintenant.

“Plutôt ouais,” avais-je répondu avec un certain emballement, soudainement envahi d’une légèreté quelque peu insouciante à l’instar de l’odeur mentholé qui s’imposait à mon odorat. Il en fut de même, d’une manière aussi efficace et pertinente, sinon plus, à propos de la présence de ces carrés de pomme de terre dont les pousses printanières tapissaient le sol à nos pieds. A ce sujet, je ne pouvais que faire confiance aux mots d’Elizabeth puisque dans mon esprit comme dans mon éducation, je n’avais jamais vu les pommes de terre que sous forme de portions surgelées taillées en frites ou écrasées en purée. Je n’avais jamais eu aucune idée de ce qu’était réellement un “patatayer” avant de poser mes noisettes sur ceux que me désignait ma Liz’ en cet instant.

Je me rapprochais encore un peu de la jeune femme, prenant garde à l’endroit où je posais mes pieds pour ne pas piétiner les feuilles qui surgissaient çà et là du sol avant de m’accroupir, pinçant l’une d’elle entre mes doigts. Lentement, je fronçais les sourcils d’un air songeur, laissant finalement courir mon index le long du pétiole, puis de la tige qui plongeait jusqu’à la terre, commençant à dresser des schémas mentaux de ce qu’il serait possible de réaliser au campement pour nous permettre de - peut-être - mettre en culture notre nourriture plutôt que de la chercher dans les restes d’une société éteinte.

“Des boxs…”
murmurai-je pensivement en laissant mon autre main caresser la pointe de mon menton, hochant lentement la tête et mon index passant sur mes lèvres. Je laissais mon regard remonter vers le visage d’Elizabeth, un mince sourire aux lèvres. “De la culture hors-sol. Tout bêtement…” suggérai-je à haute voix, tant pour moi même que pour la jeune femme avant de finalement me relever, frottant mes mains l’une contre l’autre avant de faire un tour d’horizon des lieux. “On doit bien pouvoir trouver des outils dans le coin,” ajoutai-je en désignant d’un bras tendu la petite bâtisse délabrée qui se dressait à quelques dizaines de mètres de notre position, jouxtant ce qui fut une serre.

De la main droite, je m’emparai de l’un des couteaux de lancer glissé à ma ceinture, puis redressais la lame tranchante et effilée à hauteur de mon regard, percevant une partie de mon reflet terni et grisâtre. Le peu que j’en distinguais alors ne me mit cependant guère de baume au cœur, malgré le relatif confort - notamment alimentaire - dont j’avais pu jouir au détriment de James ou d’Elizabeth. Même dans ce minuscule miroir de fortune, je ne pouvais me dissimuler la fatigue, l’usure des derniers jours, la lassitude comme les cernes qui définissaient mon regard, tout comme la perte de certains de mes repères, des nombreux mots et maux que j’aurais pu - et dû - épargner à mes compagnons d’infortune. Je laissais un soupir s’échapper d’entre mes lèvres en laissant retomber mon bras armé le long de ma cuisse.

“Tu as sûrement raison, comme souvent depuis le début… Ce serait inutile, et dangereux pour nous tous de chercher à vouloir ramener Soulstrange dans le droit chemin, pour peu que ce droit chemin existe encore. Plus le temps passe, et moins je vois comment nous pourrions obtenir d’être en paix dans ce genre de concessions. J’ai placé trop de confiance dans mon don, dans mes fausses certitudes… J’étais persuadée d’arpenter le bon chemin en vous laissant dans l’ignorance, James et toi, des soupçons, des doutes, des théories que j’avais jusque là ; allant même jusqu’à accuser Melody, et Matthew, et même Samuel des pires inepties imaginables.

Très sincèrement, j’étais certaine de parvenir à vous protéger si je pouvais résoudre ces problèmes là toute seule, tout simplement parce que j’ai toujours réussi à surmonter mes problèmes en solo, avant, bien avant… Mais j’ai eu tort, j’ai du mal à l’admettre ; j’ai toujours eu du mal à reconnaître mes erreurs, mais j’ai eu tort. Vouloir me placer en antagoniste de Soulstrange, à absolument chercher à maîtriser un pouvoir à lui confronter pour le moment où il reviendrait…”
Je secouais la tête avec dédain. “J’ai plutôt le sentiment d’avoir marché dans ses pas mieux que s’il me l’avait imposé… Mais c’est fini. Fini de me victimiser sans cesse alors que je suis très clairement coupable de ces choses. Fini de rejeter la faute sur les actes d’un autre, les sens et les non-sens que je crois percevoir... Je veux construire quelque chose de durable, de concret. Avec toi, et James et tous ceux qui le voudront ; et ça commence avec un carré de patates,” avais-je conclu, de la détermination dans la voix avant de marquer une très légère pause, conclue d’un sourire plus franc et auto-dérisoire.

“Putain cette phrase est totalement ridicule...” me moquai-je sans sourciller, levant les yeux au ciel en secouant la tête avant de finalement désigner de nouveau la petite bâtisse délabrée de ma main armée.

“On devrait commencer par fouiller ça, qu’en dis-tu ? Avec un peu de chance - ça ferait pas de mal - on pourra trouver de quoi mettre en place un début de cultures au campement,” proposai-je finalement à la jolie brune, malgré tout consciente qu’il nous fallait aussi et surtout de la nourriture sur le très court terme pour tous ceux qui s’étaient restreints ces derniers jours.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Sam 19 Nov - 21:05
La main couverte de poussière, Elizabeth arracha les quelques tubercules de sous la terre, détachant une à une les racines qui les retenaient à leurs tiges comme s’il s’était agi de pépites d’or. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle récoltait le fruit de sa découverte avec une satisfaction non feinte. Sans doute qu’un enfant devant un bol de friandises aurait eu la même malice dans le regard que l’ex-psychologue en cet instant. Le sac à dos ouvert, déposé à ses pieds, elle glissait avec une certaine précaution inutile chacun de ces trésors dans le fond du contenant, avant de relever ses yeux bruns sur son amie le temps de sa réflexion.

Elle aurait alors finit de ramasser les pommes de terre précoces avant de se redresser, refermant le zip de son sac avant de le replacer sur ses épaules tout en observant attentivement les faits et gestes d’Ivy, lancée dans un toréro de pensées. Mais ces dernières finir par dériver sur un axe différent. Il n’y avait pas de quoi crier victoire, les confessions supplémentaires qu’elle lui accordait, si dans les détails étaient des plus juste et en écho aux propres idées d’Elizabeth, ce n’était qu’un premier pas vers la libération de ses chaines invisibles qui continuaient de l’entraver. Elle n'était pas bien sûre qu'Ivy soit absolument convaincue de ces quelques vérités, ni bien sûre qu'elle n'essayerait pas de chercher à l'aider malgré tout si l'occasion se présentait. Elizabeth avait bon dos d'espérer sauver son amie de ses tourments, elle qui se sentait au mieux dans son nouvel environnement, dans son entourage. Malgré tous les aveux du Vagabond dans ce camion, la présence de son compagnon suffisait à lui faire oublier la terreur du monde et l'incertitude de leur futur. Ivy, pouvait pas jouir d'un tel soutient.

Gardant le silence pendant toute la durée de son fils de pensée, Elizabeth suivit du regard les alentours, ponctuant le final par un franc sourire, suivit d'un rire très léger et fluet.

« Un simple carré de patates. C’est une idée qui me plait assez ! Des pommes de terre tous les jours. En purée, en gratin, en soupe, au barbecue, à l'eau, sautés, rissolées... »
Lista-t-elle le ton rieur. « Allons trouver de quoi cultiver ses patates. »

D’un hochement de tête, elle emboîta le pas de son amie - après avoir arraché une dernière feuille de menthe pour la glisser entre ses lèvres - à la recherche des différents matériaux que la récupératrice pensait avoir besoin, quittant la zone de culture sauvage et le reste des pousses de menthe qui continueraient, à n’en pas douter, de proliférer. Ils auraient l’occasion de revenir sans doute, pas tout de suite, mais d’ici une ou deux semaines, histoire de récupérer ce qui aurait réussi à pousser entre temps. Peut-être qu’à ce moment-là, ils devront seulement se contenter d’orties sauvages, mais pour le moment, c’est le fond de son sac alourdi par le poids des pommes de terre, qu'elle se mit à chercher.

Le reste de la ferme était une bâtisse assez délabrée, sans doute déjà dans un piteux état avant le début des événements, et n’ayant de ce fait pas vraiment résisté aux assauts des morts et aux intempéries par le manque d’entretiens. La végétation avait même commencé à grimper à travers une fenêtre aux carreaux brisés, permettant à Elizabeth d’entrevoir une ombre furtive se faufiler dans les ombres tranchées de l’intérieur.

Rejoignant la proximité de sa plus jeune amie, la femme essaya de rester attentive, cherchant à retrouver la piste de cette présence disparue.

« Y’a quelqu’un. Je crois que c’est une créature, mais je n’en suis pas sûre. Restons ensemble. »

Bien qu’elle avait gagné un minimum de confiance en elle face à la menace et aux morts, Elizabeth restait toutefois très incertaine de ses capacités. Ses mains restaient toujours tremblantes dès qu’une situation stressante intervenait, la forçant à raffermir la prise de son arme dont le canon balayait les environs devant elle. Sans pour autant juger Ivy sur ses compétences, elle avait plus de facilité en présence de son James. Son attitude, son assurance, ses réflexions rapides et justes étaient toujours une source d’inspiration pour elle. Depuis qu’ils s’étaient réveillés, côte à côte, sur le parking de cette station essence, lui aussi avait changé, énormément. Ce changement n’était en rien un mal bien au contraire. Il avait appris à croire, à survivre et puis, à vivre, et elle se félicitait toujours d’avoir su trouver les mots justes ce jour-là à bord de l’avion. Ils avaient tous changés, tous évolués, chacun à leur manière. Ils en étaient pourtant restés humains, car cela avait été sa plus grande crainte. Celle de ne plus être que l’ombre d’elle-même. Ils s’étaient adaptés.

« Tu crois que tu peux… l’attirer vers l’extérieur ? »

Elle jeta un coup d’œil à sa coéquipière, espérant que sa demande ne soit pas trop dure pour elle. Après tout, c’était sa première sortie depuis sa convalescence. Et si par le miracle de James, il ne lui restait plus grande trace de la balle qu’elle avait reçu en plein ventre, donnant à Elizabeth une nouvelle frayeur de perdre son amie, elle ne savait pas bien comment elle allait réagir à une telle demande, psychologiquement.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 25 Nov - 18:09
Après m’être approchée de quelques pas de la bâtisse délabrée, je me stoppais instantanément à l’avertissement d’Elizabeth, pourtant mon regard vers la fenêtre brisée qui donnait sur les ombres épaisses de l’intérieur de cet espèce de cabanon. Pour ma part, je n’avais rien pu y distinguer de mouvant à l’intérieur, mais je faisais toute confiance à mon amie et ses mises en garde. Il s’agissait peut-être là d’une simple crainte, peut-être n’y avait-il rien dans cette cabane, mais je n’avais aucune leçon à donner en terme de paranoïa. N’avais-je pas, ces derniers temps, vu le mal partout, le créant même quand il manquait à certaines occasions pour simplement me rassurer d’avoir raison ? Malheureusement si.

Alors je me tenais là, stoïque durant une poignée de secondes à sentir ma peau se dresser en chair de poule, la crainte de l’affrontement revenant me saisir les tripes tandis que je posais mes noisettes sur les planches vermoulues et envahies de végétation qui constituaient la petite bâtisse. Inexorablement, j’avais affermi ma prise sur le manche du couteau de lancer que je tenais en main et, plus par réflexe que par volonté, j’ouvrais mon esprit à la perception des champs magnétiques en faisant quelques pas supplémentaires. S’il s’agissait de bien plus qu’un “simple” rôdeur enfermé là-dedans, je m’estimais être en mesure de percevoir quelques éléments de sa tenue, et surtout, principalement, s’il était armé d’une quelconque manière.

Pour autant, il ne s’agissait plus désormais de me fier à mon unique perception magnétique. L’affrontement survenu la semaine dernière, et les conséquences qu’il avait eues, avait passablement réduit la confiance que je pouvais y porter. C’est ainsi que je m’approchais de la bâtisse en essayant d’être la plus discrète possible, tâchant de vérifier où je posais les pieds pour ne pas trébucher dans cette végétation qui se densifiait, pouvant masquer de multiples obstacles à ma vue défaillante ; mais surtout afin de ne pas exciter le potentiel infecté avant l’heure. Il en allait de la sécurité d’Elizabeth, bien avant la mienne ; et je m’étonnais moi-même de ma propre réflexion à ce sujet.

C’est pourquoi j’acquiesçai à sa demande d’un hochement de tête, conclu d’un “bien sûr” rapidement murmuré avant de poursuivre ma progression vers la bâtisse et son occupant présumé. Je grimaçais légèrement en ressentant à nouveau les grincements que mon don me laissait percevoir, inlassables et toujours insidieux, mais cette mise à l’épreuve me permettait de renouer avec cette capacité que j’avais jusqu’à présent plutôt boudée ; extrêmement déçue de ses limites comme de moi-même. Quand bien même au-delà de la déception, il y avait cette crainte encore plus grande de son pouvoir, qui m’avait aveuglé, auquel j’avais succombé et qui ne cessait de me tenter, attirant mes ambitions sur un chemin tortueux dont j’avais pu avoir un aperçu de la destination et des conséquences, en la personne de Soulstrange.

Mais je ne pouvais rien ressentir de suspect à l’intérieur de la bâtisse, car il y a avait bien trop d’éléments à percevoir à mon seul niveau. Je pouvais aisément distinguer une bobine de fil de fer, des boîtiers rectangulaires, les têtes arrondies de quelques pelles et d’autres outils à l’usage plus obscur et spécifique, les vis et les clous rivés dans le bois, le système de serrurerie ou encore quelques feuilles de tôles entreposées là, ou posées sur le toit, sûrement pour colmater quelques fuites. En clair, un beau bordel qui m’inondait de trop de renseignements pour que je puisse tirer quelque chose au clair de tout cela. Malgré tout, j’étais à peu près certaine d’une chose, je ne percevais rien, dans cet amalgame de formes diverses et variées, qui puisse me faire penser à une quelconque arme à feu. Soit l’individu était un simple rôdeur, soit ce n’était qu’un type qui se planquait là… Pour quelles raisons ? C’était là le point à éclaircir.

Et sur les deux choix qui s’offraient à moi, à savoir la porte ou la fenêtre brisée, je préférais jouer la carte de la sécurité. Je me rapprochais donc de la fenêtre, sans pour autant me manifester devant celle-ci, restant au couvert du pan de mur en bois qui la jouxtait, à quelques pas de celui-ci avant de me racler la gorge, glissant un simple regard vers ma Liz’.

“Prête ?” lui aurais-je demandé dans un nouveau murmure, attendant après sa confirmation avant de poursuivre, élevant le ton assez distinctement pour être certaine d’être entendue depuis l’intérieur de la cabane.

“Hey mec ! Ça va là-dedans !?” lançai-je, la voix légèrement tremblante de crainte avant de faire à nouveau silence, guettant la moindre réaction sonore en provenance de l’intérieur. Une réaction qui ne tarda pas à venir, sous la forme de quelques râles gutturaux qui filtrèrent par les carreaux de verre brisés. Je m’étais reculée de quelques pas précautionneux à leur entente, désormais assurée de la nature de l’individu enfermée dans la bâtisse, l’une sûrement aussi délabrée que l’autre.

Une nature qui fut d’autant plus confirmée par le jaillissement d’un bras décharné, à la peau parcheminée et boursouflée, lacérée en de multiples endroits par l’un des carreaux brisés. Un bras qui battit l’air durant quelques instants avant que son propriétaire ne pousse son appétit plus férocement contre l’ouverture. Je pouvais distinguer sa silhouette, faite de jeux d’ombre et de lumière s’écraser et faire vibrer les quelques morceaux de verres encore en place. Le bois qui craquait, des éclats de verre qui tombaient au sol dans quelques tintements aigus alors que le corps sans âme poussait contre le maigre rempart qui le séparait de l’origine de son insatiable curiosité.

L’infecté poussa toujours plus loin, plus fort, nullement gêné par les lacérations que provoquaient les morceaux de verre. La menuiserie cédait, je regardais son corps jaillir avec un dégoût parfaitement affiché. Une vision d’horreur à laquelle je n’étais pas certaine de pouvoir m’habituer un jour. Et pourtant, derrière les lambeaux putrescents, les râles inhumains et sa monstrueuse férocité, cette créature se mettait à exercer sur moi une bien morbide fascination. Fascination qui ne relevait pas de l’appréciation de voir un quelconque mort-vivant se dresser là, devant moi, dans toute la splendeur de son impassibilité face à la douleur et la mort ; mais bel et bien au travers de quelques paroles qui n’avaient presque pas cessées de tourner dans mon esprit, encore plus appuyées par l’attaque dont j’avais été victime, conduite aux portes de la mort.

Les paroles du Vagabond, les expériences des scientifiques du Marchand sur les dégénérés et la puissance, le pouvoir, que semblait offrir une surinfection, un nouveau retour à la vie, à un point qui défiait les tentatives de confinements les plus extrêmes. Je me remémorais sans mal les douleurs et les labeurs des entraînements que je m’étais infligés pour maîtriser et comprendre, apprendre un minimum, les multiples facettes de mon don, découvrir sa portée et ses limites. Autant de douloureuses expériences qui s’étaient soldées par un échec d’autant plus cuisant qu’il avait failli me coûter la vie. Encore un échec… Ca en devenait intolérable, extrêmement frustrant et agaçant.

Je pouvais sentir mon cœur s’emballer dans ma poitrine en observant cet infecté s’extraire tant bien que mal par la fenêtre brisée, serrant les mâchoires et les poings à cette vision, le regard toujours empli de dégoût, mais qui se nuançait aussi d’une certaine envie. Car plus qu’une créature délétère, j’y voyais là une solution palliative à ma propre condition de faiblesse et d’échec. Le moyen de devenir plus indépendante, plus forte, plus adaptée à ce monde qu’aucun de mes pairs. Le moyen aussi de m’en tenir à cet engagement de faire face à Soulstrange et assurer la protection des miens contre les hommes du Marchand, contre tous ceux même qui auraient la simple idée - stupide - de s’en prendre à nous, aux miens. Une griffure suffisait, une simple griffure et j’aurais peut-être la chance de devenir une véritable survivante, qui ne serait plus la source d’inquiétudes et de jugements.

Mais c’était là tout le vice de la chose, de mon chemin de pensées. L’incertitude, le ‘peut-être’ qui me retenait de m’engager sur cette voie risquée. Et c’était sans parler d’Elizabeth, de James, des incertitudes et des souffrances que cela susciterait à nouveau. Alors malgré qu’elle soit séduisante, je me gardais bien de m’aventurer à tenter cette expérience, ne portant finalement mon attention vers ma Liz’ dans l’attente de savoir si oui ou non elle neutraliserait le rôdeur, ou si je devrais m’en charger dans les instants à venir, non sans un pincement au cœur.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 6 Déc - 15:29
« Prête » Avait simplement confirmée Elizabeth d’un ton proche du murmure sans s’empêcher de faire parvenir la confirmation jusqu’aux oreilles de son amie.

Elle avait par la même occasion hoché la tête affirmativement, resserrant l’emprise de son fusil contre son épaule et fixant son œil directeur aligné entre l’œilleton et sa supposée cible qui était pour le moment invisible. Elle s’était déplacée vers la fenêtre pour avoir l’angle le plus efficace possible pour ne pas rater sa cible. Elles n’étaient pas bien sûres encore de la nature de leur supposé invité, mais elle était persuadé que si cela avait été des êtres humains, ou surtout des hommes du Marchand, elles en auraient été averties bien avant cela. Ces types-là n’étaient pas du genre à faire dans la dentelle, surtout avec eux, les ressuscités ou elle ne savait comme les nommer, et bien que la population n’était sans doute pas composé que de tel êtres plus abjectes encore que les infectés, elle doutait de plus en plus qu’un groupe d’amicaux survivants aient trouvé refuge dans le coin.  

Elle détendit ses doigts et les fixa à nouveau sur la crosse et la gâchette, attendant que sa chère amie joue son rôle d’appât, qu’elle avait accepté sans grande hésitation. Le bras qui jaillit de l’ouverture provoqua un léger frisson à la femme armée, qui bien qu’elle s’était attendu à une telle manifestation, restait mal à l’aise à ce genre d’intervention et toujours sur les nerfs. Bien qu’aucun sursaut ne vient la saisir, elle sentit toutefois son sang se glacer. Pourtant, aucun tir ne se manifesta. Elle avait gardé son esprit suffisamment lucide, sans doute par habitude maintenant, pour déterminer qu’un membre aussi dangereux et infectieux que ce bras pouvait-être, n’était pas suffisant pour ouvrir le feu, simplement parce que ce n’était pas là le meilleur moyen de le neutraliser.

Non, ce qu’elle espérait, ce qu’elle souhaitait, c’était voir la tête de cette créature. Non pas par curiosité, aussi malsaine que cela pouvait être, mais parce qu’elle savait que la destruction du cerveau était la seule alternative à renvoyer définitivement ces créatures là où elles auraient dû rester à leur première mort. Il se débattait, vigoureusement, avec cette façade qui lui faisait obstacle, se blessant davantage sur les morceaux de verre pointu, l’un d’entre eux s’enfonçant même dans sa cage thoracique alors qu’il forçait vers l’extérieur et sa proie providentielle qui restait inatteignable. Le haut de son corps apparut de ce fait à la lumière du jour, dévoilant le carnage de sa condition à la vue, et au passage à l’odorat, des deux consœurs qui attendait son irruption. Le voyant ainsi coincé, contraignant son corps de toutes les forces que la mort lui avait laissé  pour s’extraire du pieu de verre qui l’avait perforé, la femme de déplaça de quelques précieux pas en sa direction, le cylindre du silencieux fixé au bout de son canon pointant directement sur sa cible, corrigeant sa mire à chaque soubresaut, chaque mouvement que le condamnait faisait.

Elle laissa flotter quelques secondes supplémentaire, le regard rivé sur la chose qui se débattait avec une lenteur désespérée, la moitié des cheveux arrachées, une partie du visage dévoré et le reste de sa peau tombant dans une putrescence infecte, puis pressa la gâchette d’un mouvement lent, retenant son souffle. Ce geste, elle l’avait commis déjà de nombreuses fois sans vraiment prendre le temps de la réflexion, de la mesure, toujours pressé par l’instant et les dangers alentours. Pourtant, cette fois-ci, elle se sentit exécutrice, mettant définitivement à mort une personne qui n’avait pas eu sa chance, privé de retour à la vie mystérieux, condamné dans sa errance à ôter la vie et la dévorer. Elle ne savait pas quel genre de sentiment elle ressentait en cet instant, celui de la honte, ou de la satisfaction. Celui de la peur de l’image d’elle-même, ou l’image même qu’elle renvoyait.
La première balle de sa salve de trois transperça immédiatement la boite crânienne du monstre, projetant une gerbe d’hémoglobine coagulée dans la direction opposé au tir, rependant le peu de cervelle qui lui restait de consistant sur le cadre de la fenêtre. Cette créature-là ne causerait plus de mal. Les deux autres se perdirent dans le néant de l’ouverture ombrageuse, brisant quelques morceaux de verre qui avait jusqu’ici échappé aux assauts de la bête et au ravage du temps, se brisant en plusieurs morceaux cristallins qui éclatèrent tant devant que derrière.

C’était sans compter l’irruption d’un second infecté perturba le scénario. Tapis dans les hautes herbes sauvages qui avaient encerclés la bâtisse abandonnée, un autre mort attendait désespérément que le destin ne lui envoie son festin. Il s’était saisit de ses chances lorsque le duo de femme avait interrompu sa léthargie. Privé de l’une de ses jambes, dont quelques lambeaux traînaient sur le sillage de son déplacement reptilien, le moignon et les os largement apparent, le mort se hissait de ses bras squelettique sans même oser hausse le ton de ses râles visqueux. Ce n’est qu’au contact de ses doigts sur la toile de son pantalon, trop hâtif pour avoir patienté d’être suffisamment proche pour s’en saisir pleinement qu’Elizabeth fut alerté de sa présence.
Exprimant sa surprise en inspirant lourdement, elle retint ensuite son souffle en s’écartant le plus rapidement possible du mort qui, de frustration sans doute s’il pouvait encore en ressentir, gronda finalement en un sifflement guttural.

Il ne fallut que quelques pas, sous forme de petits bonds maîtrisés, à la femme pour s’extraire de la faible emprise, laissant la créature affamée voir sa proie s’échapper de ses griffes maladroites.

« On traîne pas. On reviendra une prochaine fois avec plus de monde. Prend tout ce que tu vois et qui te semble correct. » Confia-t-elle dans la précipitation et l’appréhension d’en voir surgir de la sorte plus encore.

Ivy Lockhart

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Mer 7 Déc - 0:05
Ma tâche de diversion accomplie, j’étais simplement demeurée immobile, bien que méfiante, en attendant qu’Elizabeth ne s’occupe du monstre. Une menace qui ne tarda pas à s’éteindre avec le chuintement des quelques tirs étouffés jaillis du canon de son arme, laissant le corps bel et bien sans vie reposer inerte, les bras ballant vers le sol, par dessus le cadre de la fenêtre. Et en même temps que les morceaux de verre brisés par les impacts de balle finissent de tinter et tomber au sol, je relâchais une bonne partie de la tension qui m’avait gagnée, maintenant que je pensais toute menace immédiate réellement écartée.

Un relâchement qui laissait à nouveau libre cours à mes pensées, et je me rendais pleinement compte de la direction complètement délirante que celles-ci avaient commencée à emprunter. Je crispais d’autant plus mes mâchoires et serrais les poings que je m’insultais silencieusement, bien que copieusement - réputation oblige - pour m’être laissée aller à ces inepties. Putain mais j’avais été sérieuse ? Me laisser infecter ?? Volontairement ??? J’en venais à douter de ma santé mentale, de plus en plus, et ça me terrifiait d’autant plus que ma Liz’ ne se trouvait qu’à quelques mètres de moi en cet instant. Avait-elle… Aurait-elle pu entrevoir l’idée débile qui m’avait secouée quelques instants plus tôt ??

Je n’en savais rien. J’espérais que non, me sentant envahie par une bouffée de honte et de culpabilité alors que je prenais pleinement conscience de l’égoïsme dont j’avais encore fait preuve, une fois de plus, à ne songer qu’à ce que je désirais sans même m’interroger sur les souffrances que cela lui causerait - encore - à elle, à James, à Kyle et tous ceux qui tenaient à moi, prenaient sur eux de me faire confiance ou croire en moi largement plus que je ne le méritais vraiment.

Mais ces quelques pensées, aussi fulgurantes que complexes, furent rapidement éteintes et écartées alors qu’une nouvelle menace venait de surgir. Un putain d’infecté rampant dans les hautes herbes, qui avait profité de notre attention portée sur son compère encastré dans la fenêtre pour s’en prendre à Elizabeth, tenter d’en faire son repas, avec sournoiserie. Je me sentis blêmir, mes entrailles et ma gorge se nouant à m’en filer la nausée alors que je voyais ma Liz’ s’extraire de peu à son emprise maladroite. Mon visage dut se décomposer d’horreur et de surprise à l’instant où mes noisettes se posèrent sur le bras décharné et tendu de la créature qui venait de voir sa proie lui échapper. Ses râles de protestation - enfin, je les interprétais ainsi, sûrement à sa place - me vrillant les tympans non pas par leur volume, mais par le dégoût et la trouille que je venais de ressentir, que sa présence, son acte m’inspiraient. Cette saloperie venait de s’en prendre à Elizabeth, l’air de rien. Mon Elizabeth. MA Liz’ !!

Et comme bien trop souvent en ce qui me concernait, comme beaucoup avaient pu le constater à de nombreuses reprises, ma peur s’était muée presque aussitôt en une profonde colère. Je m’accablais de cette négligence, de n’avoir pas su ni pu sentir venir ce danger, laissant ma Liz’ être la proie de son appétit. Une nouvelle fois, je me sentais profondément inutile, comme étrangère à ce qui m’entourait. Stupidement, je reprochais à mon don de n’avoir servi à rien, là encore, de m’avoir failli et mis en péril la vie de mon Elizabeth, la mienne. Une remise en question de plus, un échec de trop que je parvenais pas à digérer, et encore moins à relativiser. Je sentais la fureur qui couvait dans mes tripes se diffuser ardemment le long de mes nerfs, à fleur de peau, au point d’en devenir comme brûlante. C’en était trop, clairement trop.

Instable, grésillant, embrumant ma raison de la même manière que j’avais senti des larmes de colère embuer mon regard déjà flou, je percevais les champs magnétiques s’agiter tout autour de moi. La décharge électrique naître et s’amplifier au plus profond de mon crâne, dans l’inconnu et l’inconscient, puis suivre le chemin de ma colère sur les affleurements de ma peau dressée en chair de poule. C’est à peine si, dans ma démarche furibonde, j’avais entendu les mots d’Elizabeth.

Je les sentais, les percevais, les entendais même, grincer et gémir, craquer d’une lente vibration, les quelques minces plaques de tôles colmatant çà et là le bâtiment délabré, le temps d’une simple seconde précédant une poussée impulsive de ma jambe droite, amorçant un premier pas déterminé en direction de la créature à l’agonie. Je roulais des épaules, moulinant des bras pour me défaire de mon sac à dos vide qui tomba à même le sol, puis relevais légèrement ma main armée pour la pointer vers la créature.

Il ne m’avait fallu que l’ombre d’une pensée et un simple geste de l’index pour que le couteau aille se ficher dans le visage du monstre dans un craquement osseux, juste à la gauche de son nez. Je resserrai le poing, recroquevillant mes doigts sur la garde virtuelle du couteau de lancer, pour pousser ensuite un peu plus mon geste en avant, et enfoncer la lame plus profondément dans sa boîte crânienne jusqu’à ce que les râles comme les mouvements de l’infecté ne cessent, définitivement.

J’observais son visage inerte quelques instants, soutenais son regard laiteux, maintenu droit et statique par le joug du contrôle mental que j’exerçais sur la pointe de métal avant de finalement replier la main, lentement, rappelant à moi la lame souillée de fluides organiques décomposés, finissant par véritablement la reprendre main au bout d’un instant. Une lame sur laquelle je baissais le regard quelques instants, contemplant les restes du mort-vivant que je venais de liquider avec dégoût. Puis je détournais mes noisettes de l’arme pour chercher à trouver le regard de ma Liz’.

“Tu… Tu vas bien ? T’es pas blessée ?” lui avais-je demandé avec empressement, ma voix reflétant de ses légers trémolos l’inquiétude déjà lisible dans mon regard. Je me rendais d’ailleurs compte que ma respiration s’était emballée à l’idée que cette saloperie ait pu lui faire du mal, tout comme je ressentais plus intensément désormais les tremblements qui avaient gagné l’ensemble de mes muscles.

De l’extrémité de ma manche gauche, je venais éponger mon regard encore humide, reniflant légèrement avant de faire demi-tour pour aller récupérer mon sac à dos. J’en profitais, par la même, pour essuyer et grossièrement débarrasser mon couteau des quelques miasmes résiduels contre une poignée d’herbes hautes avant de le ranger avec ses confrères. Par ailleurs, une fois mon sac à dos en main, je décidais d’y ranger l’arme de poing que j’avais empruntée à James un peu plus tôt, me rendant compte qu’il était bien trop tard, et bien mal convenu désormais, de demander à Elizabeth de m’apprendre les rudiments de son maniement. Une tâche que je reléguais en second plan alors que mon amie souhaitait que l’on ne traîne pas dans le coin.

Une suggestion que je ne pouvais qu’approuver, alors que je sentais ma colère et la tension allant avec, redescendre en même temps que mon rythme cardiaque. Je remettais mon sac à sa place initiale, puis commençais à me diriger vers la porte du bâtiment délabré. J’ouvrai cette dernière avec lenteur et méfiance, prête à régler son compte à une autre de ces merdes si elle s’était trouvée derrière, ce dont je doutais fortement en raison du calme revenu dans les environs. Néanmoins, je ne pouvais m’empêcher de redouter le jaillissement d’un nouvel infecté tapi dans les herbes hautes, prêt à soulager l’une de nous d’un morceau de mollet.

Mais le calme était bien au rendez-vous, et aucune autre vision d’horreur ne nous attendait au sein de la petite bâtisse, si ce n’étaient les jambes inertes et le torse de l’avant-dernier trou du cul de rôdeur en date avachi par dessus le cadre de la fenêtre. Lentement et précautionneusement, je tâchais de me frayer un chemin dans le maigre espace de circulation aménagé au milieu de la bâtisse, des empilements de bric-à-brac se dressant de part et d’autres, remplissant des étagères qui semblaient toutes sur le point de craquer sous leurs fardeaux de merdier respectifs. Je laissais mes noisettes se porter sur le matériel entreposé là, cherchant les objets d’intérêt immédiat bien que nombres de ces merdouilles suscitaient tant mon intérêt personnel que ma curiosité, faisant naître en moi quelques idées de bricolage divers qui devraient, comme l’initiation aux armes à feu, attendre un moment plus propice.

Pour autant, je redoutais de poser ma main sur un quelconque de ces objets, de peur de voir tout ce foutoir me tomber sur le coin de la tronche et m’ensevelir. Malgré tout, je me risquais à progresser plus en avant, devant même enjamber l’une des godasses du rôdeur affalé pour atteindre le pinceau de lumière dessiné par la fenêtre, diffusant dans la pénombre et la poussière pour mieux éclairer une partie du contenu. Aidée par mon don, pour ce qui était du matériel métallique, je ne tardais pas à mettre la main sur l’une des pelles repérées un peu plus tôt, pelle dont je gardais le manche en main, dénichant non loin une petite hachette que j’aurais tendue à ma Liz’ si elle m’avait emboîté le pas - que j’aurais sinon balancée à l’extérieur par la fenêtre afin de la récupérer en sortant.

Avec quelques efforts supplémentaires, j’aurai également réussi à dénicher un boîtier générateur pour électrifier les clôtures, ses bornes passablement oxydées malheureusement. Mais ce n’est qu’au bout de quelques instants que je remarquais ce qui ne m’avait pas frappé jusqu’à lors : sous les jambes du rôdeur empalé sur les carreaux de la fenêtre, déposée sous cette dernière, traînait une grosse cantine en plastique rigide, fermée par un large cadenas antivol.

“Liz !?” aurais-je appelée ma compagne d’infortune. “J’vais avoir besoin d’aide pour dégager ce cadavre…” l’informai-je ensuite, pointant du doigt, si elle pouvait le voir, l’objet de ma convoitise.

Elizabeth R. Evans

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Lun 12 Déc - 10:42
Sursautant à l’arrivé des couteaux de lancés venu se nicher tout droit dans la boite crânienne du nouvel invité, Elizabeth porta très rapidement son regard sur son amie, mettant quelques secondes supplémentaires pour comprendre ce qu’il s’était passé. Lorsque leur regard se croisa, la plus grande - bien que de justesse - des deux bafouilla très brièvement avant de se reprendre.

« Non. Oui. Je veux dire. Je vais bien. »

Son regard se concentrait sur la lame que tenait encore Ivy entre les mains. Le don de James s’était révélé être une bénédiction pour tous et avait été accepté – non sans une certaine crainte, mais son usage avait été si souvent sollicité qu’elle en avait presque oublié que tout le monde était concerné par de telles capacités. Elle-même pouvait compter sur une seule main le nombre de fois où elle avait usé, avec plus ou moins conscience de la chose, de son propre don. Il était utile, dans un sens bien particulier, mais pour sa part, la contrepartie était beaucoup plus épuisante, comme si elle se retrouvait soudain capable de transférer sa propre « énergie » si on pouvait l’appeler ainsi. Elle ne comprenait pas bien les mystères des variances entre chaque individu et le lien entre tous.
Son amie, elle, était capable d’envoyer par sa seule pensée une lame aiguisée en pleine tête de n’importe qui. Quelque part, cela la rendait d’une puissance certaine, mais à sa place, elle en serait aussi profondément effrayé par une telle capacité naturelle. Dans la dérive de ses pensées, elle repensa à la seconde mort que son amie avait connue et à tous les événements associés qui l'attrista plus que tout.

Pourtant, après un grand effort pour ne rien laisser paraître, un mince sourire se dessina sur ses lèvres à son attention, sans plus s’attarder sur le mort qui gisait à ses pieds, inerte, glissant plutôt son regard sur les alentours pour ne pas être surprise à nouveau. D’un pas lent, mais assuré, elle suivit la jeune femme vers la bâtisse, allumant sa lampe torche sur l’extrémité de son canon pour offrir une meilleure luminosité à ce lieu délabré. En dépit du soleil haut perché dans le ciel, l’intérieur ne possédait que très peu d’ouvertures, limitant l’accès à ses rayons et voilant de très nombreux recoins dans les ombres.

Le faisceau balaya la pièce dans laquelle elles venaient d’entrer mettant en relief le bordel sans nom qui s'y trouvait, l’amoncellement d’attirails ne tenant que par l’opération du saint esprit, la poussière volant et virevoltant sous la magie d’une lumière directrice. Elizabeth toussa un bref instant, masquant sa bouche sur le haut de son bras le plus proche avant de reprendre son inspection sans rien desceller de particulier. L’ancien propriétaire des lieux avaient jadis vendu sans doute tout ce qui pouvait être vendu, quelques bacs sur les étagères brinquebalantes se trouvaient vide, il était peu probable qu’elles parviennent à mettre la main sur quelque chose d’intéressants, aux premiers avis de l’ex-psychologue. Pourtant, dans tout ce fatras, Ivy trouva le moyen de dénicher quelques outils.
D’un mouvement d’épaule, Elizabeth laissa tomber au sol son sac à dos qui devenait assez lourd par le poids des pommes de terre qui s’y étaient accumulés, puis attrapa d’une main la hachette tendue pour l’observer plus près. Malgré les quelques éclats sur la lame, elle semblait en assez bon état et ferait un bon appoint pour la recherche de bois de son apprenti bûcheron préféré.

Lorsque Ivy l’interpella à nouveau, son regard se porta sur elle, grimaçant à la demande qu’elle venait de formuler et exagérant la moue de son visage. Elle n’était pas particulièrement enjoué à l’idée de manipuler un mort, encore moins un mort infectieux. Et s’il n’était pas tout à fait mort ? Et s’il se relevait brusquement pour les mordre alors qu’elle s’y attendait le moins ? Tout ça lui fichait une trouille monumentale mais, bon gré mal gré, elle obtempéra.
Dans un premier temps, elle retira également la sangle de son arme, déployant le trépied pour la poser au sol, elle axa la lumière dans le sens du cadavre pour éclairer leur mouvement.

« Tu devrais poser tes affaires. On rassemble tout ce qui est intéressant et on fera le tri à la fin. »

Ses lèvres fines se plissèrent ensuite en contemplant l’œuvre qu’elles auraient à accomplir. Elle s’en approcha d’un pas saccadé, presque craintif, approchant dans un premier temps sa main avec un geste lent sur son dos, ne le touchant que du bout de l’index avant de retirer sa main vivement, constatant son immobilité complète.

« Bon… on dirait qu’il est … vraiment mort. » Soupira-t-elle en levant ses yeux sur sa comparse. « D’accord… donc… je soulève ses jambes et tu tires vite fait sur la caisse. Ça marche ? Ne traîne pas trop. »

Inutile d’insister davantage sur le fait qu’elle n’était clairement pas à l’aise. Cela se voyait sur son regard et dans le timbre de sa voix. Néanmoins, elle finit par trouver le courage de s’exécuter en ce sens. Inspirant profondément, regrettant ensuite par l’assaut de l’odeur de chaire décomposée qui gagna ses narines, elle se pencha dès qu’Ivy se tient prête, agrippant non sans une grimace de dégoût, la chaire putride des jambes du mort en cherchant à limiter un maximum le contact en saisissant le tissu de son jean délabré et déchiré, assez pour permettre à son amie de se saisir de l'objet de sa convoitise.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 13 Déc - 1:18
Suite au conseil d’Elizabeth, je délestais mes mains de l’électrificateur et de la pelle, puis de mon sac à dos, allant déposer le tout à l’entrée du petit débarras alors que je laissais mon amie se mettre en place pour l’ingrate tâche pour laquelle je l’avais sollicitée. Je captais d’ailleurs son regard, chacun de ses mots prononcée d’une voix tremblante, qui m’en confiaient bien plus sur ses pensées que les syllabes qui quittaient ses lèvres. Et quelque part, je m’en voulais de lui demander cet effort, réalisant à quel point c’était juste putain de dégueulasse. Tout ça pour une misérable boîte/glacière en plastoc qui était susceptible de ne rien contenir d’intéressant, en prime. J’en étais presque à changer d’avis et dire à ma Liz’ de laisser tomber, qu’on pouvait sûrement trouver des choses plus intéressantes dans les bâtiments principaux, la prochaine fois, que celle-ci se saisissait finalement des pieds du mort pour relever ses jambes.

“T’inquiètes… J’fais vite…”

A son invitation, désireuse de ne pas la forcer à prolonger le contact avec le cadavre, je me précipitais vers le conteneur en plastique. Je tâchais de ne pas m’inquiéter des quelques éclats de verres qui chutaient depuis le rebord de la fenêtre sous les mouvements du cadavre, agrippant la boîte par les encoches creuses qui tenaient lieu de poignées avant de la tirer d’un coup sec et rapide. Trop sec sûrement alors que je m’étais imaginée, ainsi accroupie, la tête à hauteur des genoux du macchabée, que ma convoitise serait bien plus lourde. Y avait quand même un cadenas dessus pour la fermer. Ça prouvait bien qu’il y avait des trucs intéressants là-dedans, non ?

Un geste trop sec, trop brusque donc, qui me déséquilibra lorsque le conteneur glissa sans résistance sur le sol poussiéreux. Sous la surprise, je sentis mon cul, puis le reste de mon corps basculer vers l’arrière, mes mains lâchant leur emprise sur la boîte pour tenter de me retenir à quelque chose. Sauf qu’il n’y avait rien à portée, ou plus exactement, beaucoup trop de merdier empilé à la va-comme-j’te-pousse. Successivement, j’avais senti l’osier d’un panier, le pommeau d’un arrosoir, le galbe d’un seau métallique dont je saisissais la anse dans une tentative désespérée de me rattraper. En vain.

Je sentis le seau venir, basculer à mon image, pour ensuite rouler jusque sur mon abdomen. Et au moment même où l’arrière de mon crâne percutait le sol dans un choc légèrement sourd, je pouvais voir à l’opposé, le regard vers le plafond, le contenu des étagères commencer à s’affaisser. Le bois qui craquait, le métal qui tintait et l’ombre du foutoir qui grandissait à mesure que les empilements s’effondraient, de la base vers le sommet, privés de cet équilibre précaire qui avait jusqu’à lors tenu bon ; probablement par la grâce divine. Et l’une comme l’autre semblaient avoir plié bagages.

Sous mes noisettes écarquillées de surprise, je voyais l’action se dérouler comme au ralenti, mon esprit comprenant dans l’éclair d’une pensée fulgurante ce qui était en train de se produire, provoquant le plus logique des réflexes de l’instant. Je ramenais brusquement mes avant-bras au-devant de mon visage en maigre protection, recroquevillant mes jambes vers mon buste alors que la gravité se chargeait d’accomplir son oeuvre immuable.

Dans un vacarme assourdissant de craquements et de résonances, de métal choqué, de plastique claquant, de verre brisé et bois rompu, je sentais une bonne bonne partie du merdier amoncelé me tomber sur le coin de la tronche, noyant dans le boucan le vif “putain d’enculé” qui s’était échappé de mes lèvres en même temps que je me retrouvais ensevelie. Une grande majorité de boîtes vides, quelques petites pièces de tailles et de formes variées, des morceaux de bois, des bouts de section de tube en PVC, des merdouilles à n’en plus finir qui me tombaient plus ou moins sur la gueule, dans des chocs plus ou moins sourds, rebondissant parfois, roulant plus ou moins loin ; le tout dans un nuage de poussière sèche qui m’emplit la bouche et me piqua les yeux. J’avais senti quelques angles et arêtes déchirer les manches de ma chemise, écorchant la peau de mes avants-bras alors que la maigre lumière des lieux se retrouvait avalée à mes yeux. Tout ce merdier n’avait mis que quelques secondes à s’effondrer, soulevant un épais nuage de poussière qui s’échappa par la porte ouverte et la fenêtre brisée, noyant, épaississant et obscurcissant l’atmosphère.

Mais le calme finit par revenir, assez rapidement, à l’exception de ce que je faisais mouvoir en me redressant, battant des bras et cherchant à m’extirper de ce bordel. Je toussais, crachais la poussière qui avait rendue ma bouche pâteuse comme elle me collait à peau, aux yeux, embuant mon regard humide. Je m’asseyais sur le sol, dégageant mon buste et mon bassin d’un nombre impressionnant des merdouilles qui le recouvraient, envoyant même le seau valdinguer au-dehors, par la porte. J’appelais ma Liz’ à quelques reprises par son prénom d’une voix rauque, entre deux quintes de toux encore plus rocailleuse.

“Li-Liz’ !?? Ce… Ça va ?” aurai-je lancé, essayant de me guider à sa voix pour tenter de la situer dans ce merdier.

Ce bordel était ridicule, cette situation était ridicule, et je me le sentais encore plus en cet instant, alors que nous vivions dans un monde dangereux au possible, il y avait moyen de risquer de crever écrasée par un foutoir sans nom et sans ordre. C’était tout simplement débile, et risible. Et je ne m’en privais d’ailleurs pas, le cul posé parmi les détritus cumulé par un espèce de maniaque du bordel, j’avais senti ma toux se muer en quelques rires, d’abord laborieux avant d’être plus francs. Relativement hagarde malgré tout, je me redressais dans un grognement d’effort, tâtonnant le sol et le bordel jusqu’à retrouver le conteneur en plastique à l’origine de tout ce barouf’ et me saisir de la poignée pour le traîner avec moi.

“Liz’ ??” répétai-je, insistant de mon bras libre tendu balayant l’air à la recherche de son contact, désireuse de l’aider à sortir de cet espèce de cagibis infernal de mes deux. J’avais les tympans qui sifflaient même d’un très léger acouphène ; et c’est le pas chancelant, mal assuré que je comptais regagner l’extérieur du petit bâtiment, l’air frais comme la lumière, mais certainement pas en laissant mon amie derrière moi.

A peine sortie, je laissais tomber la boîte et plaquais mes mains sur mes genoux, le buste plié en avant, toussant de plus belle avant de me laisser gagner par une crise de rire plus prononcée, plus incontrôlable encore. Je me sentais défaillir, mes jambes ne supportant plus mon maigre poids, et je m’affalais dans les herbes hautes, les bras croisés sur l’abdomen, secouée d’une crise de fou rire. Je me marrais sans plus aucune retenue, sans aucune considération pour le bruit provoqué, le danger potentiel et les rôdeurs que je pouvais attirer. Non. Il n’y avait plus que ce désir, ce besoin de me marrer sans me préoccuper de ce qui pouvait bien m’entourer alors.

Je lâchais prise, perdais pied, me foutais copieusement de la gueule de ce monde complètement timbré comme de ma propre stupidité de l’instant, tournais tout cela à la dérision, ma trouille, mon dégoût ou encore mon impuissance. Toutes les préoccupations, les questionnements, les doutes et les fantaisies les plus farfelues que mon esprit avaient pu avoir, pondre ou dégueuler jusqu’à présent... Les implications des uns et des autres, les plans tirés sur des comètes inatteignables, le bien, le mal, les principes et les valeurs, l’humanité… Tout ce beau bordel, ces tiraillements philosophiques et ces promesses, ces sentiments, tout cela ; presque réduits au silence par la chute inopinée d’une accumulation de merdouilles issues d’un autre temps, matérialiste au possible... Comment ne pas juste en rire finalement ? Pourquoi se préoccuper d’un quelconque avenir quand tout pouvait s’arrêter aussi soudainement, sans prévenir, dans le plus débile des accidents possibles ?

Je riais de tout cela à gorge déployée, abandonnant la bien vaine lutte intérieure que je m’évertuais de mener pour reprendre contenance. A quoi bon après tout ? Cela faisait sûrement plus d’une année maintenant que je n’avais pas ri de la sorte, sans complexe ni retenue, à ne laisser libre cours à ce grain de folie qui n’appelait qu’à germer. Des larmes de rire avaient même fini par emplir mes yeux, troublant un peu plus mon regard dont les paupières papillonnaient afin de les chasser sur mes joues. Putain, j’avais mal au bide à force de rire, et une putain d’envie de pisser également. Pour autant, je ne trouvais pas la force mentale nécessaire pour parvenir à me calmer. A chaque seconde, la situation menaçait de dégénérer de plus en plus, et pourtant, je me sentais complètement secondaire à cela, impuissante à me raisonner. Si Elizabeth me voyait, elle me prendrait très certainement pour une tarée ; et je n’en étais sûrement plus très loin. Putain j'espérais qu’elle allait bien et n’avait pas été blessée par toutes mes conneries.

Evènements

Anonymous
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Mar 13 Déc - 14:43
Alors que les deux femmes s'affairaient à leurs efforts - et leurs maladresses - Elizabeth était soudainement prise d'une déchirante et terrible douleur au ventre, jusqu'à la faire plier et lâcher tout poids qu'elle pourrait porter, puis se recroqueviller sur elle-même. Elle aurait l'impression que l'on lui déchiquetait l'estomac de l'intérieur de milliers de petits couteaux qui auraient plongé sur elle sans prévenir.

Cette douleur justifiant de hurler s'il en était persistera, plusieurs longues secondes, après lesquelles elle gardera des séquelles de souffrance, ainsi qu'une affreuse gêne qui poursuivra de la mettre à mal dans la demi-heure à venir. Plus que cela et le plus alarmant, sera cette sensation chaude, collante et humide entre ses jambes : une inexplicable et franche saignée qui baignera en partie ses vêtements, et coulera le long de ses jambes.

Une agression brutale, inattendue, comme si une main divine avait, par pur cruauté, décidée de la châtier à travers son corps. Des nausées et maux de tête suivront cet assaut plus d'une heure.  

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mer 14 Déc - 11:52
Avec un léger sourire maladroit pour son amie, Elizabeth se mit à l’ouvrage. Le cœur n’y était vraiment pas et elle suppliait intérieurement qu’Ivy se dépêche de dégager correctement la boite. Elle s’imaginait déjà rentrer en courant pour se laver les mains avec une brosse à récurer par crainte que la moindre souillure infectieuse ne soit restée collée à ses mains par inadvertance. Même si eux, les ressuscités, avaient plus de chance de revenir après une griffure ou morsure qu’un humain lambda, elle n’était pas vraiment tenté par ce jeu de roulette russe auquel le destin les avait condamné. Pour une fois, elle tenait à la vie, elle tenait à ses amis, elle tenait à quelqu’un plus que tout au monde.

Elle retint son souffle lorsqu’elle vit partir Ivy en arrière, déséquilibré par la manœuvre et atterrir en plein dans une étagère peu stable. A peine le temps de brandir un «  Attention ! » audible, que tout le fatras qui était niché sur les planches de bois fixées au mur dégringola, emportant sur leur passage d’autres encore, et ainsi de suite comme un jeu de domino parfaitement orchestré et aligné qui n’avait attendu qu’une petite et simple impulsion pour accomplir leur œuvre. Dans un écarquillement d’yeux, elle observait le déluge qui s’abattait sur la jeune femme, espérant que rien de trop lourd ou de tranchant ne tombe sur elle, se mettant en tête d’attendre que tout soit rendu immobile pour aller secourir son amie. Mais le destin sembla en décider autrement. Ce n’est pas la poussière se soulevant qui obligea la jeune femme à lâcher la prise qu’elle exerçait sur les jambes du mort mais une indicible douleur, à la fois fulgurante et inattendue, qui la saisit au ventre.
Reculant de plusieurs pas en arrière, les deux mains se posèrent au bas de son abdomen avant de percuter une caisse en bois abandonnée sur le sol et tomber à la renverse, se plongeant immédiatement sur le flanc, recroquevillée en position fœtal. Elle avait le souffle si coupé qu’aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche, bien qu’elle essayait vainement de crier sa douleur insupportable.

S’était-elle prit une balle tirée par une source qu’elles n’avaient pu voir arriver ? La douleur en était similaire. Des larmes montèrent à ses yeux et roulèrent sur ses joues tandis qu’une frayeur immense la saisit : et si elle était en train de mourir ? Un hoquet brutal parvint à libérer ses poumons de leurs entraves, laissant un long et puissant gémissement s’extraire d’entre ses lèvres, partiellement étouffé par la position de son visage, à moitié enfoui sur le sol et la poussière. Tremblante, l’une de ses mains se leva à portée de son regard sans pour autant arriver à constater de sang ou de trace autre qu’une épaisse couche de crasse qui s’était accumulée lorsqu’elle avait récolté les quelques pommes de terre, plusieurs minutes auparavant. Elle était pourtant persuadée que cette douleur et cette souffrance, ayant atteint son paroxysme et quelque peu similaire à une précédente expérience pré-apocalyptique, qu’elle avait été victime d’un tir à l’arme à feu.

Mais rien, rien que de la terre. Et pourtant, la calvaire était bien là, durant de bien trop longues secondes, la laissant incapable du moindre mouvement si ce n’était les convulsions de son corps incontrôlable. Elle suffoquait à nouveau, la bouche à demi ouverte, cherchant à retrouver un souffle à nouveau perdu, les muscles bien trop contractés pour parvenir à une coordination correcte. Elle cherchait à appeler à l’aide, elle-même incapable de savoir, de comprendre, ce qui lui arrivait, mais c’était impossible. Et puis, quelque chose craqua à l’intérieur même de son corps, libérant un flot de sang abondant, inondant ses jambes et son vêtement d’un liquide ocre et poisseux. Sans même le voir, elle le sentit, la poussant à se redresser brusquement de surprise alors que la douleur, bien que toujours présente s’était peu à peu atténuée. Il n’y avait aucune raison logique qui expliquait cet affreux événement et ne comprenait ni le sens, ni ce que cela impliquait. Elle restait à la fois étourdie par le calvaire et par la surprise, l’incompréhension la plus totale.

A l’aide de ses bras et de ses talons, elle chercha à se pousser davantage en arrière pour parvenir jusqu’au mur, s’adossant à ce dernier pour se concentrer sur le tissu de son jean et les larges auréoles rouges dont il s’était imprégné. Elle était en train de perdre son sang avec davantage de puissance qu’un flux mensuel ordinaire. Ça n’avait rien à voir avec une quelconque balle reçue, ou une quelconque lame, c’était son corps, son propre corps qui perdait pied. Elle devenait de plus en plus pâles, les lèvres tremblotantes et sèches, toussant à plusieurs reprise et provoquant à nouveau de sournoises douleurs. Elle frissonnait, un froid glacial saisissant jusqu’à ses os, avant de se faire assaillir par une migraine subite, quelques hauts le cœur contractant sa cage thoracique. Cette métrorragie la poussa à explorer quelques thèses, toutes plus abracadabrantes les unes que les autres, tant qu’elle n'arrivait plus à penser de manière coordonnée.

La première idée qui lui vint en tête lui glaça le sang. Et si … ? Non, c’était impossible. Le vagabond l’avait évoqué. A l’arrière de ce camion, il l’avait dit. A ce moment-là, cela ne lui avait pas paru important, elle-même ayant fait la censure d’une telle idée. Il avait avoué, après s'être largement moqué d'eux, que cette éventualité était impossible. Cette chose qui les rendait si contagieux, ni différent, ne permettait un tel acte de se produire.

Un rire lui parvint de l’autre côté du mur contre lequel elle s’était appuyée, par la fenêtre ouverte. Un son fin et cristallin qui lui rappelait alors la situation dans laquelle elle s’était trouvé peu avant d’être foudroyé par la douleur. Elle ne reprenait conscience de son environnement que maintenant, ayant manqué les deux appels de son amie, bien trop torturée par son propre corps à ce moment précis. Mais au moins, cette information lui apportait la certitude qu’Ivy allait sans aucun doute bien. Bien mieux qu’elle. Elle ne voulait pas qu’elle s’inquiète, elle ne voulait pas qu’elle alerte tout le campement avec ce qu’elle venait de subir. Elle était tétanisée de comprendre, car si le vagabond avait mentit comme elle commençait à l'envisager en son for intérieur, les conséquences seraient bien plus importante qu’une franche saignée.

«  Ivy… Ivy ! Ne t’inquiète pas ! J… J’arrive. »

L’arrière de son crâne percuta le mur, ses yeux se fermant pour évacuer les quelques larmes qui s’étaient accumulés au bord de ses yeux. Elle avait la trouille, une trouille immense d’avoir saisi l’évidence, ne sachant réellement comment elle devait le prendre. Elle ne voulait pas que les gens commencent à parler d’elle, ne la juge ou décide pour elle. Elle devait être certaine de ce que cela signifiait avant de penser à agir, à réagir. La vérité, c’était que dans cette situation, elle ne parvenait pas à avoir une pensée lucide, logique, cohérente, voir même réaliste de la chose. Fini la sagesse, fini les réflexion posées et construites comme elle avait su faire preuve jusqu’ici. Elle était complètement perdue.

L’une de ses mains était encore collée contre son bas-ventre, les vrilles qui l’avaient cloué au sol n’ayant disparue, l’autre cherchant une prise pour l’aider à se relever lui provoquant un peu plus de mal encore. Comment cacher cet affreux sang qui nimbait son jean ? Inspirant profondément, toussant ensuite, elle se glissa vers la sortie en cherchant à échapper aux détritus qui s’étaient accumulé dans la pièce sur son passage, tombant par le plus pur des hasards, sur un large tissu à moitié déroulé et froissé.

Parvenant enfin à trouver la sortie, le pas légèrement traînant, un peu courbé sur elle-même, elle mit le nez dehors en déployant le hamac dont elle s’était emparée sur le chemin devant elle pour masquer ses vêtements.

«  Tu vas pas le croire… j’ai trouvé un hamac. Pour ta punition, c'est toi qui retourne chercher les affaires à l'intérieur. J'dois reprendre mon souffle. » Força-t-elle sur un ton léger.

Elle était entièrement couverte de poussière, les cheveux en vrac, décoiffé, des moutons de poussière coincés dans les cheveux, toussant à nouveau pour expirer la poussière qu’elle avait accumulé à l’intérieur. Pour ne pas forcer davantage, et se ressaisir pleinement, elle se posa au sol, les jambes croisés en tailleur, le hamac par-dessus, passant la main sur son visage.  Elle était une piètre simulatrice, mais espérait pourtant qu’Ivy soit une piètre observatrice.
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