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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Salle de réunion - 02/04/35
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Sam 1 Oct - 15:19
Interprété par Ivy Lockhart, Kyle Collins et James Everett.


J’observais la poire de vitesse attaché sur sa plateforme avec un air assez perplexe. Je crois que j’ai passé près de cinq minutes ainsi à l’observer sans bouger, le regard fixe et contemplatif, cherchant à me remémorer l’ensemble des séances de boxe que j’avais eu dans ma si lointaine pré-contamination. Et pourtant, j’avais toutes les difficultés du monde à me remémorer la bonne position de jambes, la bonne position de hanche, ainsi que celle de mes poings, mais je finis par me lancer.

J’eus beaucoup de mal à trouver le bon rythme dans un premier temps face à cette poire qui rebondissait sous l’impulsion de mes coups sur son cuir. J’alternais, gauche, droite, poing et face, mais je dû essayer de détendre à plusieurs reprises mes épaules noués ou décaler un peu plus mes pieds pour être certain de l’angle.

Si James n’avait pas été là, il était peu probable que je parvienne aujourd’hui à boxer de la sorte. A mon réveil déjà, mon épaule ne semblait pas dans un état des plus incroyables. C’était dingue en y repensant, les capacités de son « don », je ne savais pas réellement comment appeler ça. Je passais la main gauche sur mon épaule droite à l’emplacement même où aurait dû se trouver la blessure. A la place, une cicatrice, de la taille d’une balle.

Je poussais un long soupir en reprenant mes exercices,  gauche, droite, davantage plongé dans mes pensées que concentré sur ma tâche. J’avais été surpris dans le dos, par l’un des tireurs fou qu’on était venu cueillir. Ca n’aurait jamais dû être. Pour le coup, mes souvenirs étaient aussi flou que certains phases de mon passé, ou du moins, j’avais du mal à trouver une cohérence, une logique dans ce qu’il s’était passé. Les deux s’enfuyaient à l’opposé même de la provenance de l’attaque. J’avais été blessé au couteau alors que j’essayais de déloger Ivy d’un espèce de mutisme et immobilisme dangereux pour la situation, et quelques secondes après, une balle m’avait transpercé l’épaule, une autre déchirant le ventre de celle que j’essayais de protéger.

J’ignorais si elle serait bien plus capable de m’aider à connaitre les tenants et aboutissants de cette folle nuit, mais s’il y avait bien une personne qui pourrait le faire, c’était elle. Adam était resté là-bas, et dans tous les cas, il était bien hors de question que je n’aille lui faire quelques demandes, tout comme Cassandra d’ailleurs, qui n’était au final nulle autre que sa bassine de vidange. J’avais laissé tout une semaine, dans le silence, à me remettre, à la laisser se remettre, avant que les événements ne s’enchaînent avec le déménagement.
Maintenant que nous étions posés, et que les esprits s’étaient apaisés après les tensions générés par la scission du groupe, il était temps de revenir sur cette histoire.

Je calmais le rebond de la poire entre mes deux mains autours desquelles j’avais entouré deux bandes de tissus puis jetais un regard d’horizon sur la salle. Je finis par me mettre en quête de la jeune fille aux réponses, de mémoire, elle entamait sa garde d'OP. J’avais commis des erreurs, et je devais absolument savoir où et comment pour ne pas les reproduire.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 2 Oct - 12:25
Attablée juste à côté du poste-radio, j’avais décidé d’accompagner ma permanence radiophonique de quelques gribouillages que je pensais être la seule à pouvoir décrypter. Il ne s’agissait pas là d’une unique question de complexité, mais surtout de mon écriture que je doutais être capable de moi-même relire plus tard. J’avais bien essayé d’étudier les infrastructure de la caserne pour ensuite pouvoir établir des travaux d’aménagement, poser mes idées sur le papier, mais j’avais bien dû admettre que les lieux étaient clairement trop grands pour que je parvienne à obtenir quelque chose d’exhaustif et pertinent en aussi peu de temps.

Dès lors, j’avais noirci une simple page vierge de quelques lignes, tracés et schémas à mains levée, de formules qui n’appartenaient encore qu’à mon passé, que je tâchais de me remémorer, m’exerçant à nouveau à les manipuler avec beaucoup plus de difficultés qu’auparavant. D’une part car mes capacités de réflexions, comme les automatismes acquis sur les bancs de l’école puis à l’université me faisaient encore défaut pour une grande majorité, et d’autre part car j’avais une oreille tendue vers le l’objet de ma présence ici : le poste-radio. Une première raison de détourner une partie de mon attention de ces quelques feuillets à gratter ; attention d’autant plus accaparée par les nombreux doutes, idées, sentiments et ressentiments qui ne cessaient de tergiverser dans mon esprit.

De la colère toujours, de l’incompréhension et une indicible rage d’avoir été tenue en échec à nouveau. Une perte de repère qui avait logiquement découlé de la réalité de mon impuissance du moment. C’était bien évidemment encore tout relatif, à rapporter à une échelle de comparaison vis-à-vis de celle que j’avais été auparavant, mais je ne pouvais m’empêcher de ressentir une profonde frustration, doublée de crainte, de ne toujours pas être à la hauteur. J’avais placé dans mon don bien trop d’espoir et de confiance, trop focalisée sur la découverte et la maîtrise de celui-ci, j’en avais presque nié la véritable réalité : je n’étais pas encore une survivante, loin s’en fallait. A peine une gamine un poil plus difficile à atteindre, capable d’un peu mieux se défendre ; mais en aucun capable d’assurer sa propre survie par elle-même.

Et à nouveau, ou plutôt comme d’habitude, je me retrouvais dépendante de mes congénères, de James et de Liz’ ; de tous les autres à des niveaux plus ou moins différent. Je n’avais rien contre leur présence, bien au contraire, ils étaient mes repères, mes attaches vis-à-vis de ce monde, la raison majeure - mon sale orgueil mis à part - que j’avais de vouloir être plus forte, plus adaptée ; moins “moi-même” en quelque sorte… Et pourtant, très paradoxalement, je détestais me retrouver auprès d’eux, à ainsi me rappeler bien malgré eux que j’étais loin d’être à leur niveau. Que je n’avais ni la droiture de James, la sagesse d’Elizabeth, la combativité ou le sens tactique de Jena ou de Kyle.

Et puisque je parlais du loup, mon regard fut attiré par sa silhouette pénétrant dans la salle de réunion. Presque immédiatement, je sentis monter en moi ce sentiment de méfiance particulièrement prononcé, le même que celui qui m’avait irrationnellement gagné la nuit où je fus blessée, à ses côtés. Je n’avais rien oublié de ce qu’il avait voulu faire, de ce qu’il avait projeté ni de qui il était vraiment. J’ignorais d’ailleurs s’il savait que j’étais en partie responsable de ses blessures, que je l’avais délibérément attaqué ; c’était une discussion que nous n’avions pas eue malgré le temps que nous avions passé ensemble, alités. Tout comme j’ignorais pour quelle raison il venait me trouver maintenant. J’espérais simplement qu’il ne ramènerait pas ce sujet sur la table ; ou s’il savait que je l’avais agressé, qu’il ne venait pas pour régler ses comptes.

Malgré tout, je ne pouvais pas ouvertement me montrer hostile ou craintive envers lui, pas tant que j’ignorais ce qu’il avait en tête à cet instant. Si ça se trouvait, il ne faisait que passer, à la recherche de quelqu’un d’autre ; aussi lâchai-je mon stylo pour lui adresser un geste de la main droite et un petit sourire forcé de formalisme.

"Salut."

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 6 Oct - 17:46
Je m’avançais dans la pièce en laissant derrière moi la porte telle qu’elle avait été placée à l’origine. Ouverte ou fermée, cela n’importait que peu pour moi, et si la jeune Ivy avait eu envie d’intimité, je ne voulais pas la brusquer au point de m’incruster en plus d’inviter quiconque le souhaitait en laissant tout ouvert. Si ça n’avait pas été le cas, je l’aurais laissé ouverte, après tout nous ne risquions pas grand-chose.

Les quelques pas que je fis me permis seulement d’entrer dans la pièce, glissant mon regard vers la table qu’elle occupait en compagnie des quelques gribouillis qui ne trouvaient pas vraiment de sens à mon esprit, couché sur des feuilles de papier. Chacun tuait le temps comme il le pouvait pendant leur garde, le poste radio n’étant pas la période la plus facile contrairement à ce que communément on pensait.
J’avais finalement reporté mon attention sur mes propres mains, défaisant les quelques bandes de tissu que j’avais enroulé tout autours pour m’éviter de me blesser à nouveau et tout au long du geste, sans doute l’air pensif à mes propres mots, je laissais dire :

« Salut Ivy. Tu te remets ?

Je voulais te parler. Déjà, pour m’excuser. Je n’ai pas pris l’occasion de le faire jusqu’ici, mais je tenais à le faire quand même, pour ce qu’il s’est passé la semaine dernière. Je n’ai pas été assez vigilant, et à cause de moi, tu as été blessée. »


Je levais la main afin de symboliser que je n’avais pas finis ma rhétorique, continuant d’un ton tout aussi solennel.

« Je sais que c’est toi qui a choisis de m’accompagner, mais dès le début je m’étais fait la promesse de veiller sur toi. J’ai échoué, et on a failli y passer tous les deux. Alors, si ça ne t’embête pas, parce qu’il y a beaucoup trop de chose qui m’ont échappé cette nuit-là et pour que ça ne se reproduise pas, je voulais te dire que je suis navré et aussi savoir si tu pouvais m’en dire plus. »

Je repliais les longues bandes de tissu en rouleau avant de venir les fourrer dans mes poches, avant d’y joindre mes mains, prenant un air plus penaud et détaché que la situation ne l’exigeait, non pas pour paraître indifférent, mais plus serein.

« Il y avait ce type dans mon dos qui nous a tiré dessus, mais si un couteau n’était pas venu se planter en plein dans ma cuisse, j’aurais sans doute pu éviter tout ça. Ça a été trop vite pour que j’arrive à trouver une réponse convenable et plausible. Je n’avais pas l’impression que ça venait des deux autres qu’on a laissé partir… tu te souviens de quelque chose ? »

Je m’étais avancé, peu à peu, dans sa direction pour éviter d’avoir à porter nos voix dans cette trop grande salle pour deux, mais j’avais tenu une distance convenable pour ne pas la gêner. Il était possible qu’elle ne veuille pas aborder le sujet. Se remettre d’une blessure était toujours psychologiquement difficile et si c’était le cas, je l’accepterais simplement. Mais qui ne tente rien n’a rien dit-on.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 7 Oct - 0:22
Longuement, je laissais mon regard posé sur la silhouette de Kyle sans ne rien dire. J’écoutais tout ce qu’il avait à me dire, à m’avouer en réalité. Des propos qui eurent pour immédiate conséquence de m’opprimer l’estomac et me nouer la gorge d’une profonde appréhension. J’espérais qu’il soit venu taper la simple causette, mais il n’en était presque rien de ça. Au contraire, l’homme s’aventurait pleinement sur le terrain affreusement glissant que j’aurais préféré qu’il n’aborde pas. Malheureusement, je me retrouvais désormais à devoir faire face à un sacré dilemme, entre vérité et mensonge. Visiblement, il ne se souvenait de rien me concernant, à moins qu’il ne joue la comédie à cet instant précis - dans quel but ? J’en savais rien - et dans ce dernier cas, je devais lui reconnaître un certain talent d’acteur.

Mais il n’avait pas l’air de mentir justement, et il était vrai qu’il m’avait fallu beaucoup de temps à moi-même, au sortir de ma convalescence, pour recoller tous les morceaux du puzzle de cette catastrophique soirée. Mais j’avais encore un souvenir très clair du rôle que j’avais joué cette nuit là ; et de ce que Kyle avait voulu faire comme de ce que je lui avais fait en retour. Et alors qu’il finissait de parler, j’avais levé mon cul du fauteuil où je me trouvais installée pour justement m’approcher de lui à mon tour, m’arrêtant à quelques mètres de lui malgré tout.

Je fronçais très légèrement les sourcils en le dévisageant, inclinant même un peu la tête sur la droite avant de finalement opiner de celle-ci. Ma décision était prise, et si je sentais mon cœur se mettre à battre la chamade, mes jambes et mes mains être prises d’imperceptibles tremblements comme ma voix de trémolos, je m’étonnais cependant à ne même pas envisager de fuir, ni l’homme, ni la discussion. Après tout, j’avais agi contre lui dans le but de le confronter à mes lourds soupçons ensuite ; et l’heure était venue, retardée d’une bonne semaine.

“Mouais. Ça va,” avais-je répondu presque machinalement, éludant la question de politesse formalisée avec un flegme négligeant. Je n’estimais pas utile de revenir encore sur les miracles que James avait accompli pour nous soigner, lui et moi ; et j’étais pas du genre à tourner autour du pot de toute manière. Puisque Kyle désirait des éclaircissements, j’allais les lui offrir.

“T’as pas à t’excuser ni à être navré, de rien. Je n’ai pas demandé après ta protection, même si j’ai pu apprécier le geste. Je sais ce que je suis, ce que je parais surtout. Petite femme faible et frêle au visage enfantin qu’il faut protéger de tout, même de son ombre et…” Je marquais un pause, appuyée d’un long soupir en m’asseyant à moitié sur le rebord de la table, une jambe au sol, l’autre pendante dans le vide avant de conclure. “... et… et j’en ai ma putain de claque d’être vue ainsi.” Mon ton ne s’était pas voulu dur, ni même réprobateur à l’égard de Kyle ; mais simplement lassé, et quelque peu amer.

“J’aurais dû les sentir venir. Ce type, ces balles... parce que, justement, j’en suis capable. Tu ne t’es pas demandé comment j’ai pu t’indiquer la présence des deux espèces de gamins dans cette baraque ?” Une question qui se voulait purement rhétorique dans ma manière de la poser, et à laquelle je répondais presque aussitôt d’ailleurs. “James a ce don miraculeux de guérir les plaies simplement par le toucher, Melody déplacer des bouteilles d’alcool par la pensée ; et j’ai même vu Soulstrange embraser sa main entièrement sans brûler, à partir de rien. En ce qui me concerne, je ressens les champs magnétiques qui nous entourent, les métaux très particulièrement.” Je lui désignais d’un geste évasif de la main le mur qui nous était le plus proche.

“Les fils électriques qui courent sous cette cloison, ou chaque vis qui compose ces fauteuils, ou encore le poste-radio, ses circuits et la majorité de ses composants… Tes armes. Les miennes. Je les ressens, et je les manipule. Grâce à ‘ça’, j’ai pu tuer des rôdeurs, désarmer des gens, en localiser d’autres, mais je n’ai pas pu sentir ce mec arriver, tout comme je n’ai pas pu sentir ses balles venir. J’aurais peut-être pu faire quelque chose…” avais-je fini par soupirer d’un ton morose en laissant mon regard vagabonder sur le faux-parquet de la salle.

“Mon don me donnait l’impression d’être intouchable. J’avais l’impression d’être enfin capable de me défendre et de protéger les autres, de ne plus être un poids, ni une préoccupation, ni une souffrance pour les autres. Mais j’ai eu tort. J’y ai placé une trop grande confiance, devenue trop fière, me sentant soudainement supérieure, meilleure à survivre, pour admettre que c’était loin, très loin, d’être suffisant…”


Finalement je relevais mes noisettes en direction de l’homme, mon regard se voulant un peu plus dur à son égard comme s’il avait été le responsable de tout ce que je venais de lui confier. En réalité, c’était un regard qui anticipait ce que j’allais lui confesser.

“Bref, t’as pas à t’excuser de cet ‘échec’...” Je mimais des guillemets. “...envers moi ; mais peut-être envers celui qui t’avait demandé de ‘veiller’ sur moi ce soir-là ?” Je laissais la question flotter dans l’air et le silence durant deux simples secondes ; deux secondes durant lesquelles je le fixais plus durement encore. “Je compte bien faire face à Soulstrange à nouveau, mais seulement quand je l’aurais décidé. C’est moi qui t’ai poignardé cette nuit-là. Tu croyais quand même pas que je te laisserai m’emmener auprès de lui sans me défendre ?”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Sam 8 Oct - 0:22
Je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire à sa moue lassée lorsqu’elle avoua en avoir assez d’être vu comme une petite chose fragile qui devait être à tout prix protégé. J’eu assez de facilité à imaginer Higgins dans la même situation, à un âge plus pubère, d’une petite fille qui cherchait désespérément à se débarrasser de son image de femme gracile pour muer en une femme forte et indépendante.
Comme elles se trompaient toutes. Ce n’était ni pour son aspect, ni pour ses facultés, qu’elle devait être protégé. Il en était ainsi parce qu’elle était femme, un point c’est tout. Depuis la nuit des temps, depuis l’origine du monde et jusqu’à la fin de celui-ci, le beau sexe ne pourrait être autre chose qu’un trésor précieux, qu’un secret inestimable que nous nous devions de sauvegarder pour l’avenir de l’humanité.

Les féministes en bondiraient sous leur draps de soie et leur nuisette de dentelle, irrémédiablement, la plus ténébreuse, la plus forte et indépendante des femmes, chercherait à enfouir leur nez dans des bras chaleureux, réconfortant, reposant. Il n’était pas de tout repos d’être une femme moderne. Cette Ivy n’échappait pas à la règle universelle : en cet instant, elle paraissait plus sensible que jamais et à défaut de bras réconfortants à lui offrir puisque l’occasion était tout à fait déplacée, je me contentais d’hocher la tête avant qu’elle n’enchaine sur les détails.

« Tu en es tout à fait capable. »


C’était là où elles étaient le plus belle. Lorsqu’elle cherchait à feindre leur rudesse, cette lumière dans les yeux. Je ne mentais pas, je l’en croyais tout à fait capable. Nombreuses étaient les femmes qui m’avaient déjà surprise par le passé, et nombreuses elles étaient à le faire encore. Mais je m’essayais à ne pas m’y attarder. J’étais venu chercher des réponses et j’espérais bien en trouver.

A l’évocation du pouvoir qu’elle imagea afin que je parvienne à bien saisir l’étendu de ce dernier, je ne fis qu’acquiescer à nouveau, venant rejoindre son assise sur le bord de la table, du côté où elle était à moitié tournée, les mains toujours figées dans les poches et la tête pivotée en sa direction. Il y avait encore énormément de chose qui m’échappait à propos de ce don, la manifestation du miens en premier. J’essayais de trouver une logique derrière cela, mais mon esprit n’était sans doute pas assez scientifique, et un peu trop terre à terre pour y parvenir. Non, décidément, j’avais du mal à accepter ça. Non pas que je ne la croyais pas, mais bien que je préférais ne pas m’en occuper.

Je n’étais pas particulièrement du genre à m’étendre en parole, souvent maladroit à ce propos, mais elle ne me laissa guère le temps de rebondir sur chacune de ses paroles. J’entrouvris les lèvres, le temps de rassembler les mots dans mon esprit, et déjà elle enchainait, comme un pantin. Je retins un soupir, expirant longuement par les narines tandis qu’elle me plantait un regard fâché que j’avais presque du mal à croire vrai jusqu’à ce qu’elle parte littéralement en vrille dans ses accusations sous-entendues.

Je sortis rapidement ma main droite de ma poche, la levant d’un air d’incompréhension, mon visage se tordant en une expression qui devait être plus risible qu’autre chose.

« Quoi ? »

Et puis je finis par comprendre. J’avais passé l’ensemble des éventualités dans ma tête, et l’une s’imposait plus qu’une autre dans tout ce foutoir. De quoi attiser une colère qui grondait.
Je me levais de la table venant lui faire face pour être certain d’être pris sérieusement.

« Qui c’est que tu protèges ? Adam c’est ça ? Ça n'a rien d'un jeu ou je ne sais quoi. On a plus le droit à l'erreur. Tu veux descendre ce Soulstrange ? Parfait, je lui démontrait sa gueule des la première occasion, mais joue pas avec moi vraiment pas. Va falloir que tu me donnes un nom. Si c'est ce fils de pute que tu protèges ça va vraiment pas le faire.

C'est lui pas vrai ? Il t'a menacé ? Putain, balance un truc, n'importe quoi et je lui fais la peau. »


Je sentais bien que mes réactions tournaient à l'excès, mais j'arrivais pas à contrôler cette haine. Il me fallait un nom, juste un nom, et je lui aurais fais sa peau. Je fixait mon regard sur la jeune femme, ce n'était pas dirigé contre elle bien que j'avais perdu patience à une vitesse excessive. J'étais sincère, furieusement sincère dans tout ce que je disais, ponctuant mes phrases de gestes évocateurs, parfois brusque, mais toujours maîtrisé.

« Tu sais quoi, c'est cette attitude là, précisément, qui va nous faire butter. Mais non il faut toujours que t'en fasse qu'à ta tête ! Je suis gentil et conciliant, je ferme ma gueule, je suis sans faire de vague, mais putain, j'aimerais qu'on arrête de me prendre pour un con de temps en temps ! Alors oui, oui je suis en train de péter en plomb, parce que là, dehors, y'à des types qui attendent la moindre faille pour nous descendre. Un, deux, trois, un million, rien à battre, j'en tuerais autant qu'il faudra mais va falloir que tu coopères, parce que tout ce que tu arriveras à faire, c'est nous faire butter.

T'es avec ou contre moi ? Parce que parfois, je me pose des questions. On peut plus se permettre de faire la fière. Alors pour une fois, pour une fois, tu vas m'écouter et me faire confiance ! »


Je l'aurais giflé si j'avais pu, mais je sentais le regard inquisiteur des deux autres dans mon dos. Ils passaient leur temps à surveiller mes moindres faits et gestes que ça en devenait insupportable. Que connaissaient ils de la guerre ? Le cul vissé sur leur fauteuil à 3000 dollars devant la télévision, ils pensaient tout savoir et tout maîtriser. Ils étaient des pauvres cons qui passaient leur temps à influencer son jugement. Alors je rivais mon regard sur elle en m'efforcant de les ignorer. Finis la compassion, fini les bons samaritains, fini les héros. Il n'y avait plus qu'elle et moi, face à face, yeux dans les yeux.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 8 Oct - 18:05
Instinctivement, lorsque Kyle s’était relevé de la table pour venir me faire face, j’avais reculé mon cul sur le plateau de celle-ci, jusqu’à ce que l’arrière de mes genoux ne vienne en heurter le rebord. Les bras et le buste vers l’arrière, les mains posées à plat. Pour autant, je ne dévissais pas mon regard du sien. Je me demandais d’ailleurs d’où me venait ce regain de défiance plus exacerbé à chaque nouvelle confrontation, et surtout jusqu’à quel point de non-retour il finirait par me porter. Néanmoins, je ne pouvais nier que l’homme, de par sa stature, sa position comme son ton me collait une trouille viscérale.

“A-Adam !?” avais-je répété à haute voix, incrédule, en superposition à ses propres mots. Mon visage s’était étiré d’une grimace d’étonnement et d’incompréhension qui n’avait rien à envier à celle de mon vis-à-vis, car je n’arrivais pas du tout à replacer ses mots dans le contexte de mes accusations. Tout comme je ne comprenais pas pourquoi il voulait m’aider à descendre Soulstrange alors que je l’accusai justement d’être l’un de ses sbires. Il me prenait pour une conne ou quoi à tenter de sauver les apparences de la sorte ?

“J’en ai rien à f…” tentais-je de répondre, contrainte de hausser le ton pour couvrir la voix de Kyle qui s’emportait à son tour, mais sans succès. Et plus il parlait, plus je finissais par être sans voix. Mais qu’est-ce qu’il racontait ? A chacun de ses gestes, je ne pouvais m’empêcher de fermer les paupières un bref instant et détourner le visage, craignant de manière parfaitement justifiée la première des taloches qui risquait de s’abattre sur moi. Mais rien n’arriva, hormis d’autres mots, d’autres accusations dont le contexte se voulait de plus en plus opaque à ma compréhension. Alors je le laissais déverser son sac, ses ressentis, tentant de saisir le sens de ses mains sans trop y parvenir, retrouvant l’accroche de son regard orageux entre deux pointes de verve colériques.

A peine avait-il fini de parler, exigeant de moi que je lui fasse confiance - sérieusement ? - que j’embrayais aussi sec, redressant légèrement le buste dans une pointe de fierté tout à fait déplacée vu le contexte, mes noisettes se plongeant de nouveau dans ses yeux.

“Te faire confiance !? Te faire confiance !?” répétai-je d’un ton plus haut à chaque fois, avant de ricaner d’un bref rire totalement faux et ironique avant de reprendre, plus enragée encore. “Mais t’es sérieux là putain !? Et puis qu’est-ce qu’Adam vient foutre dans cette histoire ? J’en n’ai rien à carrer de cet enculé, Okay !? Ceux que je cherche à protéger, ils sont ici, avec nous. Et j’tiens à les protéger de toi. J’ai bien compris que tu roulais pour Soulstrange.” Je dressais un index rageur entre nos deux visages. “T’as cherché à gagner ma confiance pour ensuite me trahir. J’suis pas tarée ! T’étais là pour me livrer à lui ! Et maintenant quoi ? Tu te planques parmi nous parce que t’as autant la trouille que moi qu’il te choppe !”

Je fulminais autant de rage que de cette trouille évoquée, mon visage empourpré se trouvant inondé de larmes furieuses à mesures que les mots de plus en plus éraillés quittaient ma gorge pour résonner dans la vaste salle de réunion, et probablement bien au-delà dans le campement.

“Qu’est-ce que tu crois ? Que tu vas retourner ta veste aussi facilement ? Ou que tu vas réussir à lui démonter la gueule pour sauver ton cul ? Non mais tu délires totalement putain… Il va t’éclater, m’éclater derrière et te ré-éclater ensuite. Alors pourquoi - pourquoi !? - j'devrai te faire confiance après que t’ais voulu m’abandonner ? T’as voulu me trahir putain !”
avais-je fini par exploser, lançant mon poing droit fermé en direction de son torse pour tenter de le frapper, le faire s’éloigner un minimum de mon espace vital et éviter sa menace.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mar 11 Oct - 11:53
Je l’observais se mettre en colère à son tour en sortant tout un tas d’élucubration farfelue à propos d’une probable implication de ma part avec l’ennemi. Bon sang, cette fille était vraiment tarée. En plus de la colère, c’est des larmes qui jaillirent de ses yeux provoqués par cet excès d’émotion sans doute, ou par autre chose de bien plus enfoui. Un appel à l’aide.

J’avais saisis l’occasion de son poing qui percutait mon torse dans un désir de violent rabrouement pour me servir de son impulsion et riposter à mon tour. La position dans laquelle elle se trouvait ne me laissait guère de choix sur la méthode à appliquer et j’espérais que mes forces étaient suffisamment revenu pour la maitriser au moins le temps de placer quelques mots. Je m’estimais l’homme le plus intègre qui soit : jamais trahis, jamais trompé. Certes j’avais commis quelques erreurs par le passé mais cela n’avait jamais remis en cause, ni ma fidélité, ni ma loyauté. Ma frustration était déjà suffisamment à son comble vis-à-vis d’Higgins pour qu’on vienne me rajouter quelques farfelues accusations d’une nana qui cherchait visiblement et systématiquement la confrontation avec ses semblables.

Aussi avais-je tenté dans l’impulsion de son coup de me saisir du déséquilibre que cela avait pu engendré de sa position sans aucun appuis des pieds pour me saisir de son poignet vengeur et de l’autre main pour essayer de la basculer en arrière et la plaquer contre la table, m’avançant jusqu’à toucher le bord de cette dernière pour empêcher ses jambes de venir se débattre trop férocement. Sur le coup de la colère résultant des dernières brimades, je n’avais aucunement pensé à la position gênante qu’un œil extérieur aurait pu prêter à la scène, mais d’instinct, je n’avais trouvé aucune autre alternative. Si mes calculs rapides et mes efforts dépensés étaient suffisant, l’arrière de sa tête aurait assez rudement touché la table, afin de me laisser le temps nécessaire à rétorquer sur un ton également empreint de colère. Ma main gauche aurait serré au maximum l’emprise de son poignet et l’autre serait venu entourer sa gorge, non pas pour la serrer mais pour maintenir le haut de son plexus le plus solidement contre le meuble sur lequel elle reposait. Je n’y aurais pas mis de demi-mesure. Je n’étais pas du genre à sous-estimer l’adversaire dans ce genre de situation, alors s’il fallait donner mon maximum, je l’aurais fais.

« Je ne t’ai jamais trahis, jamais abandonné ! Jusqu’au bout j’ai voulu te protéger, même si ça signifiait la mort pour moi. J’ai fait de mon mieux ! T’as jamais pensé que c’était tes propres actes qui signaient systématiquement notre débâcle ? Tu prétextes que le monde est contre toi, mais la vérité c’est que c’est toi qui est contre le monde ! Tu fais de tes alliés, tes ennemis, et pendant ce temps-là, ces mecs dehors, ils en profitent pour gagner du terrain. En vérité, ils comptent sur toi ! T’es leur élément majeur pour parvenir à leur fin. Un putain d’agent dormant à qui on a implanté un truc dans le crâne ! »

Si j’avais bien réussis mon coup et si elle cherchait à se débattre, j’aurais simplement raffermi ma prise pour la maintenir en place, essuyant sans doute quelques coups de poing ou de griffe au passage. Si elle y allait comme une diablesse, je n'aurais pas d'autre choix que de tenter de la contenir le temps que mes paroles lui parviennent.

« Tu crois que j’ai raté tous les discours et les paroles à ton propos ? Va falloir que tu te réveils et que tu prennes les choses en main parce que plus personne n’a confiance en toi ! Tu crèves de trouille, je le vois. Tu veux une preuve de confiance ? Je peux t’en donner milles. Mais putain, va falloir que tu calmes. »

La pire chose, c’était vraiment la pire chose qui pouvait m’arriver. Perdre sa confiance, c’était un nouveau couteau qu’elle me plantait dans le cœur. Mon emprise aurait défailli tant le nœud qui vrillait mon estomac m’immobilisait.

«  T’as pas encore compris… que c’était dans ton camp que j’étais. Depuis le début. Depuis toujours ! Demande moi ce que tu veux, je le ferais ! Mais par pitié, par pitié, fais-moi confiance. Il n’est pas trop tard. Il ne sera jamais trop tard pour tout rattraper. »

J’entendais ma voix, en plus de la colère que je ne pouvais plus maîtriser, se mêler à une profonde tristesse et si elle avait attendu ce moment précis pour se retourner à nouveau contre moi, c’était sans doute pile le bon moment pour me repousser. Si ce n’était pas le cas, c’était également pile le moment où j’aurais relâché mon emprise sur elle.

« Je peux t’aider. Je peux te former. A devenir meilleure. A savoir te battre. J’suis sans doute le pire des mecs que t’ai eu dans ta vie, mais si y’a bien une chose que je sais faire, c’est tuer. Tu veux survivre ? Je te montrerais comment faire. »

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 16 Oct - 18:22
James se trouvait dans son bureau à ce moment-là, sa chemise ouverte sur trois boutons pour l'occasion, de façon à se laisser de l'air dans cette pièce certes isolée et calme mais non moins sans fenêtre. Il parcourait son bloc-note, stylo à la main avec lequel il tapotait la page loin d'être blanche tant les notes s'y étaient cumulées. Projets, priorités de récupération, mises en place à prévoir et plan défensif qui mettait en avant les aptitudes du groupe en cas d'agression, pour défendre la caserne. Il y avait de tout, beaucoup de choses dont le barbu n'avait pas parlé au groupe, ne serait-ce que par crainte de les agresser de trop d'obligations trop vite, par rapport à la récupération et aux besoins inhérents au groupe. Il avait pris à charge le groupe et si le conduire était une chose, il avait une appréhension à dispatcher les uns et les autres vers des secteurs de fouille spécifiques.

Si il devait arriver quelque chose, ce serait sa faute et il préférait ne pas se rendre responsable de malheurs vis à vis des siens, ou plutôt il préférait éviter que cela n'arrive, bien que l'utopie était en ce sens très fantaisiste, autant se mentir et y croire. C'est à ce moment de réflexion à peser le pour et le contre des objectifs de récupération qu'il entendit des voix s'élever. D'abord, il ne fit pas trop attention, mais quand ça s'intensifia, surtout aussi proche de son bureau, il releva la tête et plissa les sourcils, interpellé par ces élans d'interaction. Le chef de groupe élu posa alors son stylo sur le bureau et s'appuya sur celui-ci pour se relever de sa chaise de bureau à roulettes, repoussant fatalement celle-ci en arrière.

Le temps de contourner le mobilier et il gagnait la porte pour l'ouvrir et en sortir. Il perçut ainsi d'où venait le bruit : de la salle de réunion. Mieux encore, il entendait la voix d'Ivy qui parlait à Kyle de confiance, d'Adam et de Soulstrange. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il fut franchement interloqué de percevoir de tels sujets de conversation, surtout avec un tel énervement, mais il préconisa de ne pas se pointer d'un coup et interrompre cette conversation, car au-delà du fait qu'il n'était pas rassuré de savoir que l'on se disputait dans la caserne, plus encore venant d'Ivy - décidément elle trouvait toujours moyen de se chamailler et de créer des problèmes, il était curieux de savoir ce qui pourrait se dire en son absence. Toutes ces choses que l'on s'évertuait à lui cacher, sans doute davantage maintenant qu'il était leader.

La jeune femme lui avait caché beaucoup de choses, bien trop de choses et les avaient clairement mis de coté avec Elizabeth sans considération du danger et de la déconsidération qui en avait découlé, une pilule qui n'était pas encore passée et qui aurait bien du mal. Il avait l'intention de mettre les choses au clair avec elle, pour autant il ne voulait pas le faire trop vite au risque de prendre la situation très à chaud, mais visiblement, la situation était tout de même chaude en ces instants, bouillante même. Sa curiosité fut vite piquée à vif quand, près de la porte - ouverte - en demeurant silencieux et invisible, il comprit ce dont Ivy accusait Kyle, vis à vis de Soulstrange, de sa trahison présumée, il avait du mal à croire que ce puisse être possible, même si le trop plein de méfiance mettait instinctivement cela en doute, il voulait surtout savoir ce que Kyle aurait à dire.

Ce qui vient et Kyle, une fois de plus, donnait à James des raisons de lui faire confiance, car tout ce qu'il disait, il aurait pu le dire lui-même. Un léger sourire s'étira sur ses lèvres quand il évoqua le fait de vouloir former Ivy, il ne faisait cure que la jeune femme avait un problème qui s'était profondément ancré et qui avait gangrené son esprit. Que cela soit du à sa seconde mort et aux tortures du salopard pyromane était indéniable, mais il ne pouvait pas permettre que cela détruise le groupe de l'intérieur, quand bien même il s'agissait d'Ivy qu'il aimait plus qu'il ne voulait bien l'admettre, pas autant et de la même façon qu'Elizabeth, mais c'était le cas. Néanmoins, il avait bien perçu sans le voir que les choses étaient devenues plus... physiques avec Kyle, et connaissant le caractère enflammé d'Ivy, il n'escomptait pas qu'elle pousse l'affrontement plus loin encore, au risque d'avoir des conséquences regrettées, par James le premier.

De ce fait, il glissa sa main gauche dans sa poche et sorti de sa cachette, l'air de rien, assez pour que l'on en déduise directement qu'il avait écouté aux portes et il avait bien l'intention qu'ils s'en rendent compte. Pour se faire connaître, il toqua à la porte de sa main droite, doucement, d'un naturel joué et d'un calme contrastant pleinement avec l'élan colérique qui émanait de la pièce. Enfin, il glissa la main droite également dans sa poche et les regarda, tour à tour, d'un air serein mais vraisemblablement contrarié, puisqu'il se frottait les dents les unes contre les autres, faisant une petite moue en passant le regard de Kyle à Ivy pour les prendre de court, avant que l'ex-soldat n'ai relâché son emprise de la gorge de la plus turbulente des deux.

« Ça va ? Je ne vous dérange pas ? » Commençait-il, posant une certaine ironie dans son ton. « Est-ce que votre audible et intime dispute risque d'être suivie par un coite en règle ? Ou est-ce que vous avez l'intention de vous taper dessus et ravager cette salle ? Parce que si dans le premier cas nous savons tous les trois que ça ne posera pas de problème, et je dois avouer que je vous vois bien ensemble, dans le second cas, vous pouvez être certains que nous aurons tous les trois un problème. »

Il finit par fixer son regard davantage sur Ivy, qu'il foudroyait littéralement des yeux, le bout de sa langue venant à peine frotter ses dents avant qu'il ne lâche avec cette fois un franc sérieux.

« Encore et toujours toi, ça devient une rengaine. Il va vraiment falloir que l'on parle tous les deux. »

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 16 Oct - 19:41
Je n’avais pas vraiment eu le temps de comprendre ce qu’il venait de se passer. J’avais cherché à cogner sa poitrine du flanc de mon poing serré, je l’avais agressé physiquement, sciemment, une seconde fois, tout en étant parfaitement consciente d’une réalité : je n’avais strictement aucune chance de l’emporter. Sa carrure et son expérience, je m’étais sue perdante à l’instant même où la situation avait dégénérée, avant même de porter ce coup maladroit. Et pourtant, je n’avais pas hésité.

Et la réplique était venue, plus rapide et intense que je n’aurais pu l’envisager. C’est à peine si j’avais pu voir ses mouvements se décomposer que l’arrière de mon crâne heurtait le dur plateau en bois de la table. Un choc qui ne m’étourdit pas, juste une douleur sourde et passagère qui se manifesterait d’une bosse un peu plus tard. A vrai dire, l’épinéphrine qui inondait mes veines se chargeait d’ores et déjà de taire le mal. J’avais senti la poigne de Kyle se refermer autour de mon poignet, puis mon bras tout entier remonter au-delà de ma tête. Mon bras coincé et maintenu par sa poigne écrasante, son autre main venant se plaquer à la base de mon cou. Nul doute qu’il pouvait très certainement sentir mon rythme cardiaque complètement affolé battre contre ma carotide et ma jugulaire. Mais la surprise de cet assaut m’avait véritablement prise de court, me laissant coite durant quelques secondes ; un court laps de temps qui laissa à l’homme le loisir d’y aller de sa réponse. Franche, colérique. Une réponse qui faisait écho à mes propres mots. Kyle se défendait verbalement avec un aplomb qui me figeait bien plus encore que les prises qu’il exerçait sur moi.

Mais dans cet emportement, cette étreinte physique, je trouvais malgré tout la force de porter ma main libre sur son avant-bras droit, à hauteur de son poignet alors qu’il m’assommait littéralement d’une bien sinistre vérité, qui se voulait plus dure à encaisser que sa force. Un fond de vérité que je ne pouvais nier. Soulstrange avait bel et bien implanté une saloperie dans mon crâne. Du doute. Encore et toujours ce doute, ce véritable poison qui obscurcissait mon jugement au point d’en transcrire le préjudice sous la forme d’une agression physique. Cette folie pernicieuse à la réflexion parfaitement sinusoïdale, basculant d’un opposé à l’autre d’une frontière que je ne parvenais plus à distinguer.

L’homme n’avait pas tort. Tout ce qui m’était arrivé jusqu’à présent relevait plus de ma seule responsabilité, de mes propres élucubrations que d’une réelle observation de faits avérés. A aucun moment il n’avait clairement esquissé ni démontré une volonté de me conduire vers Soulstrange, tout comme il n’avait pas fait preuve de connivence avec ces deux jeunes que nous avions rencontrés cette nuit-là. Il n’avait agi qu’en tant qu’homme. Un homme désireux de me protéger, de nous protéger sans pour autant chercher à le faire dans la violence et le sang pour imposer une paix durable. J’avais tout détruit, aveuglée par la peur et la suspicion, à la limite de la paranoïa. Il n’était pas mon ennemi, je pouvais sentir sa sincérité dans sa voix plus distinctement encore que ses mains contre ma peau.

Et plus il parlait, plus il se justifiait et m’accablait, et plus je me tenais immobile, loin d’être calme mais bien aussi stupéfaite que livrée à son ascendance. Oui, je crevais de trouille, c’était aisément discernable, bien au-delà de me syeux écarquillés et inondés de larmes. Il appelait au calme, à la confiance, et ce malgré que je devais planter mes ongles dans la chair de son poignet. Mais ma prise, la seule emprise que je maintenais faiblement sur lui, n’était pas destinée à le repousser ni à alléger la pression qu’il exerçait sur mon plexus, tout comme il n’aurait aucun mal à sentir l’absence de résistance de mon bras droit.

Je ne comprenais même pas ce qu’il cherchait tant à implorer, surtout venant de moi. Il n’avait nullement besoin de supplier ma confiance, car je ne refusais pas de la lui accorder. J’en étais tout bonnement incapable. Pas par caprice ou volonté, simplement que je ne parvenais pas à me sortir de ce schéma de pensée complètement aberrant. Je le savais, je m’en rendais compte, mais je ne pouvais m’en empêcher.

“Je… J’te… Ne...” balbutiai-je très maladroitement, la voix hachée par l’émotion, bien incapable d’aller au bout de ma phrase alors que je sentais la tension et la pression exercées par Kyle diminuer. Je pouvais ressentir et apercevoir l’ouverture, l’opportunité de riposte qui s’offrait à moi en cet instant. Il ne m’aurait fallu que dégager mon bras pour prendre appui sur mon coude, relever une jambe pour le repousser à l’aide de mon genou, mais je n’en faisais rien. Tout ce dont je fus capable fut de planter mes noisettes dans ses iris orageux, aussi tristes et colériques que pouvaient l’être les miens à la différence que je n’y lisais aucune peur.

Par ailleurs, je laissais ma main gauche crispée sur l’avant-bras du soldat, ne desserrant ma poigne que pour éviter de lui déchirer un peu plus la peau de mes ongles, sans pour autant avoir la volonté de le laisser se détacher de moi. Et d’autant plus qu’il me faisait une offre à laquelle je ne m’attendais absolument pas. De tout ce que j’avais pu imaginer comme dénouement à notre affrontement, c’était bien loin de relever d’une quelconque entraide et collaboration. Un constat qui me faisait d’autant plus prendre conscience que j’avais un véritable problème d’intégration auprès de mes compagnons. Une proposition de sa part à laquelle je répondais d’abord par un regard surpris, candide et reconnaissant, avant de le détourner honteusement sur le côté. En quelques instants, l’homme avait fait se convertir une partie de ma colère en un accablement que je ne pouvais pas lui reprocher. Aussi acquiesçai-je à sa proposition de quelques hochements de têtes affirmatifs, presque imperceptibles.

J’allais pour lui répondre de vive-voix, mais quelques coups portés contre le battant de la porte de la réunion attirèrent mon attention, avant que je ne reconnaisse la silhouette de James qui nous abordait non sans ironie. Une première remarque qui me surprit, l’écarquillement de mes yeux en témoignant, avant que le reste de ses mots ne fasse encore plus gonfler la honte et la culpabilité que je ressentais alors. Pour autant, je ne comptais pas relâcher l’emprise que je maintenais sur Kyle - hormis s’il s’en dégageait lui-même de force - ni me redresser. A cet instant, je faisais fi des apparences comme de ma fierté pourtant rudement éprouvée, autant par l’ascendant physique qu’avait pris le militaire auparavant que par le quiproquo soulevé par le chirurgien, qui me prenait d’ailleurs directement à partie.

Je fermais les yeux durant de longues secondes, prenant le temps d’une profonde inspiration pour mesurer mes propos avant de répondre au chef de camp.

“J’te le fais pas dire…” lui répondis-je avec un certain fatalisme amer, acceptant sa proposition qui relevait d’ailleurs plus de l’ordre à peine déguisé, puis de revenir vers Kyle, posant sur l’homme un regard triste, dont une grande partie de la colère s’était effacée au détriment d’une crainte et une honte toujours plus palpables.

“T’es pas le pire des hommes. Loin de là…” avais-je murmuré de ma voix éraillée. “J’ai… J’ai juste besoin de temps, et…” J’aurais resserré la pression de ma main sur son poignet s’il ne s’en était pas défait. “... et… je… Ne m’laisse pas... Ne m’laissez pas seule…”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 17 Oct - 17:21
J’avais fixé mon regard sur ses lèvres qui commençaient à balbutier, mes mots et mes paroles l’ayant atteinte d’une manière complètement inespérée. Il était bien rare que j’arrive à convaincre autrement que par la force ou les actes, même si mes gestes étaient loin d’être secondaire dans la situation, mais elle était troublé, profondément. C’était clairement lisible sur son visage.

Mon avant-bras était meurtris par ses ongles qui s’enfonçaient dans ma chair en unique symbole de sa résistance, étant le premier étonné de son manque de réaction, subissant mon assaut et ma colère. Je me sentis brutalement coupable, coupable de n’avoir pas su tenir le coup de son aveu et de l’avoir malmené de la sorte. Mais cette culpabilité, davantage lié à la pression physique que j’avais imposé à son corps qu’à mes mots, s’effaça très rapidement lorsque je parvins à faire le tri dans mes idées. C’était un mal nécessaire pour la secouer, la faire réagir, plus encore, la protéger d’elle-même.
J’avais la sensation étrange d’être face à une inconnue, mais de connaître par cœur son regard, son soupir, sa fragilité. C’était une impression si étrange que je fus complètement pris dans la spirale hypnotisante de son regard frêle.

Au final, je n’avais laissé mes doigts sur elle que par principe, elle-même refusant de me repousser contrairement à ce dont je m’étais attendu, son regard se détournant du miens qui ne cessait en revanche de la fixer, plongé dans cet émerveillement de fragilité que je désirais ardemment protégé. Jusqu’à ce que vienne son hochement de tête, aussi lent que compréhensible dans le sens, une acceptation plus qu’une résignation et cela me toucha énormément. Du moins assez peu de temps avant que l’on soit surpris dans cette position plus qu’interprétable, me forçant à porter mon regard sur le côté, déjà prêt à me saisir de la jeune femme si la situation s’était révélée dangereuse.

Il n’en fut rien. Au lieu de cela, la voix de James se répercuta autant dans la salle que dans mon esprit, me faisant reprendre pied sur la réalité des événements, et surtout ma posture. Je retirais hâtivement ma main gauche du poignet jusque lors solidement fixé à la table, puis relevait ma main droite de son buste retenu néanmoins par la prise de la petite brune qui restait agrippé à moi comme à une bouée.  J’aurais bien pu essayer de me justifier, d’autant que je venais de quasiment lever la main sur une femme, mais je n’en fis rien, les premiers mots me venant en tête étant très loin de donner une correcte réponse aux interrogations : ce n’est pas ce que tu crois.

Bien sûr que c’était ce qu’il croyait, définitivement, et je ne m’en sentais que plus mal à l’aise lorsque je revins sur ma pseudo-victime. Mon bassin était collé à la table, pile entre ses deux genoux, tandis que j’avais maintenu immobile son corps, l’une de mes mains logées au creux de sa poitrine. Finalement, mes lèvres devancèrent mes pensées, relâchant le :

« Ce n’est pas ce que tu crois. » Qui tournait tant dans ma tête, regrettant presque aussitôt les mots qui venaient d’être prononcé, bien stupidement, juste après que la femme elle-même ait fini par confirmer.

Mais elle venait de reprendre la parole, me forçant à fixer de nouveau ses yeux noisettes, me happant littéralement dans sa détresse au moment même ou son emprise se resserra sur mon poignet, comme un appel à l’aide.

« Hey…hey, hey. Ça va aller. Tu n’es pas seule. » Aurais-je répondu sur un ton similaire.

Je me serais servis de son accroche pour la pousser à se redresser, l’attrapant par l’épaule opposée s’il eut fallu, sans me reculer pour autant, ne la pensant pas assez robuste encore pour tenir debout. J’avais supposé qu’elle se serait laissé faire, son appel suffisamment clair pour être manipulée sans être forcée. J’en aurais alors profité pour apporter sa tête jusqu’à mon torse, lui offrant la protection tant réclamée, avant d’achever ce réconfort par quelques mots.

« Tant que je serais là, tant qu’on sera là, tu ne seras plus jamais seule. Plus personne ne te posera la main dessus, je t’en fais la promesse. »

Je jetais à nouveau un coup d’œil vers la porte, escomptant sur le soutient au moins oral de celui qui avait surpris cette scène. Je n’éprouvais plus de gêne particulière, me sentant pleinement à l’aise dans cette promesse que j’escomptais respecter. J’avais assez failli à mes devoirs et il était plus que temps que certains payent de leur infamie.
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