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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Le Hall d'Entrée - 07/04/35
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 10 Nov - 14:47
Interprété par James Everett, Léonard Butler et Jena Higgins.


James s'appliqua à fermer la porte derrière eux, parcourant du regard les alentours par ultime précaution, car il restait à l'affût d'un coup fourré qui pourrait venir d'un instant à l'autre. Dès lors qu'il faisait entrer un inconnu dans le repaire, le foyer de son groupe, l'erreur lui était tout simplement interdite et la moindre bêtise serait inexcusable. Il avait bien conscience de sa position : il avait presque contraint Jena à la nécessité de savoir accueillir des individus extérieurs, mais ils n'étaient pas au club med, s'il voulait recruter, il lui incombait automatiquement la responsabilité de cette décision et des individus qu'il faisait entrer dans le lieu de vie de ses camarades.

Son arme restée dans son dos, il s'appuyait sur la rambarde et grimpait les marches à la suite de Léonard, qu'il s'évertuait à observer. Il était son centre d'intérêt immédiat et cet endroit, il le connaissait déjà, au contraire de l'homme qui découvrait les lieux. En arrivant à l'entrée du hall, James marqua un temps et laissa à Léonard l'occasion de s'interrompre, ou de réagir d'une autre façon, au spectacle qui s'offrait à lui. La nuit aidait à diminuer le dégoût provoqué par cette entrée ravagée, qui était encore plus détestable de jour. James ne s'en était pas préoccupé jusqu'ici, partant du principe que cela donnerait l'illusion à d'éventuels visiteurs imprévus et quelque part, ça permettait de ne pas oublier ce qui se trouve dehors.

Mais au final, était-ce bien intelligent de laisser une telle pièce ? Avec le système de garde et l'attention de tous à veiller aux bâtiments, la stratégie finale était de ne pas laisser approcher d'éventuels agresseurs et après tout, c'est eux qui vivent ici tous les jours et sont contraints de supporter constamment cette vision morbide, que ce soit pour sortir du lieu de vie ou pour rejoindre le guet régulièrement. Voilà une tâche sur laquelle il sera nécessaire de se pencher dès que possible : refaire cette pièce afin qu'elle serve de tampon vers le lieu de vie, la fortifier, plutôt que de faire pérenniser ce qui sert actuellement uniquement à saper le moral du groupe.

« Désolé pour ces horreurs, nous n'avons pas encore eu le temps de penser à refaire cette pièce et aucun soucis au fait de vous héberger. Dans un autre monde, je vous aurais accueilli plus chaleureusement, mais il se passe tellement de choses, il y a tellement de... vices autour de nous et de prédateurs. » Disait-il en passant à coté de Léonard, se dirigeant vers la porte de gauche proche de la fenêtre, son ton navré en disait long sur le fait qu'il n'y avait ni ironie ni piège dans ses propos, à défaut de pouvoir afficher sa sincérité comme un panneau. « Au final on est contraint de se méfier de tout et de tout le monde, même des gens bien, c'est triste mais c'est ce qui participe à nous maintenir sains et saufs. Alors on doit tous s'adapter et essayer de voir plus loin que la survie primaire. »

James avait rejoint la porte et saisit la poignée en se plaçant de profil, de façon à retrouver le regard de Léonard, il s'efforçait de paraître simple, tranquille et cool en somme, ce même s'il avait mille questions et craintes en tête, il savait pertinemment que se montrer froid, hostile ou pire encore n'avait aucune utilité vis à vis de Léonard, quand bien même ce soit un psychopathe qui joue une comédie. A l'inverse, s'il était de ces gens-là, le laisser se mettre en confiance reviendrait à leur avantage et s'il n'en était pas, il s'y retrouverait encore plus à ne pas afficher un caractère ou une méchanceté qui n'était pas siens.

« Je n'ai aucune idée de qui est cet homme. » Ajoutait-il en haussant les épaules, s'autorisant à jeter un regard distrait de coté avant de revenir à l'afro-américain. « J'ai peut-être une petite idée mais au final, je me demande au moins autant que vous qui a bien pu vous inciter à venir ici en vous parlant d'un homme qui soigne par le toucher. Autant être franc, de toute façon vous êtes là maintenant : nous sommes ici depuis une semaine à peine, personne n'était censé savoir où nous nous trouvions, en tout cas c'était le but et là, je vais pas le cacher, vous me fichez la frousse avec votre histoire. Allez, venez. »

Il ouvrit finalement la porte et s'engouffra bien avant Léonard dans cette pièce, ce qui laisserait tout le temps à ce dernier de venir la découvrir en entendant rapidement un bruit de taule qui grinçait à la manipulation d'il ne savait quoi. Sur la porte, une plaque de cuivre notifiait : Local Technique. Ce Local était l'ancien débarras fourre-tout de la caserne. Il abrite le compteur électrique hors d'usage, les trois énormes bonbonnes d'eau pour les douches pouvant accueillir une quantité faramineuse d'eau, mais aussi tout le matériel de nettoyage : balais, chariot-poubelle, produits ménagers et des grandes bennes hermétiques où sont stockés d'importantes quantités de papiers usés et de poubelles en tout genre, non-odorantes grâce à leur système. Son plafond présente d'ailleurs une trappe qui n'est absolument pas discrète, du même plâtre mais entouré de joints métalliques, de même que le crochet qui doit être saisit par une perche conservée dans la pièce.

James avait déjà la perche à la main et ce bruit était tout simplement la trappe qu'il ouvrait, celle-ci se faisant un peu vieillissante grinçait facilement et une fois la trappe abaissée, elle montrait disposer d'une échelle rétractable en trois morceaux. Il alla déposer la perche contre une des poubelles pour libérer ses mains et aller déployer l'échelle jusqu'au sol.

« Nous allons d'abord aller sur le toit par cette trappe, et j'irais ensuite récupérer une tente pour passer la nuit. Mais, avant de monter, autant finir notre discussion ici, il fait froid au dehors. Posez-moi donc vos questions pour commencer, je me doute que vous en avez encore plein, je répondrais à ce que je peux. D'ailleurs, j'ai noté que vous n'aviez pas l'air trop alerté par le fait que l'on soit déjà en Avril 2035, ou alors c'est parce qu'il y a déjà tellement de choses à assimiler... c'est difficile, je m'en doute bien. Je me souviens qu'il m'a fallu deux semaines pour accepter le fait que c'était bel et bien la réalité et encore, parfois j'en arrive à me poser la question même aujourd'hui. »

C'est à ce seul moment qu'il s'autorisa un sourire en coin, du à l'ironie de ses derniers mots. Pour appuyer ses affirmations, il se tenait d'une main à une certaine hauteur de l'échelle mise en place et attendait ce que Léonard pourrait avoir à dire en le fixant directement.

Léonard Butler

Anonymous
Invité
Mar 15 Nov - 0:51
Regarder ses interlocuteurs dans les yeux n'était pas une qualité dont disposait naturellement Léonard. Ou en tout cas pas quand il était détendu. Il y a quelques minutes quand l'hypothèse de se faire exécuter au pied de la caserne n'aurait pas relevé de la surprise, son regard effaré s'était instinctivement posé dans celui de James. Maintenant, c'était un vrai effort que de ne pas égarer ses yeux sur un quelconque détail ou simplement dans le vide. Léonard avait bien assimilé que cette manière était perçue comme une forme d'indifférence voire de mépris. Malgré cela, dès qu'il relâchait ses efforts, son regard s'échappait doucement de la direction de son interlocuteur. Souvent pour se diriger vers le bas, légèrement à gauche. Et finissant souvent par fixé le sol. Et si n'importe qui pouvait interpréter ou traduire cela par du désintéressement ou de l'ennui générant une certaine absence, il n'en était rien. Léonard suivait parfaitement ce qu'on lui disait et était capable de répondre, sans penser un instant à quitter les yeux du sol. Néanmoins pour des sujets particulièrement critiques, tel qu'un danger physique immédiat, il ne se rendait même pas compte qu'il fixait son interlocuteur. Parfois sans cligner des yeux. Surtout quand l'interlocuteur était lui-même la source du danger.

Mais James n'était plus vraiment identifié par Léonard comme un danger physique immédiat. Ainsi quand le chef de groupe eut finit de répondre aux réflexions et interrogations de l'égaré, le regard de celui s'était fatalement retrouvé planté dans le carrelage taché. Et tandis que son regard semblait un peu partie vers la gauche, sa tête s'était légèrement inclinée vers la droite. Le tout toujours avec cet air emprunt de fatigue et de mélancolie. Quand James l'invita à continuer leur progression dans le bâtiment, Léonard retrouva son regard pour acquiescer. Il le suivit dans le Local Technique et observa un peu ce qui était stocké ici. Tâchant de ne pas trop s'attarder sur les possessions du groupe, car il était toujours soucieux de ne pas paraître être un espion ou autre, puisque James - et son groupe - semblaient avoir bien des choses à craindre autre que les morts. Entre les allers-retours pour chercher le matériel, monter en haut, et surveiller Léonard, la discussion risquait de se compliquer et James proposa de faire le tour de ce qui devait être dit.

Mais Léonard n'avait pas grand chose à demander, ou dire. Il n'était même pas vraiment prêt à parler de sa plus grosse confusion, c'est-à-dire le souvenir de s'être fait mordre avant de s'évanouir et de se réveiller en forêt. Déjà parce qu'il n'était plus sûr de ce qui s'était passé réellement, et ensuite parce qu'il n'avait pas envie de risquer de se faire tuer si on le soupçonnait d'être infecté. Jusqu'ici ce qui l'avait le plus intrigué était l'homme de la forêt, qui lui avait probablement donné cet équipement. Mais James ne semblait pas en savoir plus que lui sur le sujet, et insister pouvait mener à ce qu'on en vienne à lui en demander plus sur comment il s'était retrouvé dans la forêt. Il valait mieux jouer la prudence. Les souvenirs qu'il avait de sa période de coma étaient eux aussi particulièrement intriguant mais difficile d'imaginer que James ait un quelconque avis sur le sujet.

Cependant, comme le fit remarquer James, il y avait la date. La première fois qu'il l'avait évoqué, Léonard était encore trop chamboulé pour assimiler l'information. Mais cette fois, et dans un premier temps, deux choses vinrent à l'esprit de Léonard sur le sujet. Il avait très rapidement perdu le compte des dates avec l'écroulement de la société. Mais il était sûr que cela ne faisait pas aussi longtemps. En plus il pouvait toujours compter les saisons, et le compte n'y était définitivement pas. L'autre réflexion fut de se demander combien de temps s'était écoulé entre la morsure, l'évanouissement et le réveil ? Un instant ou une éternité ? Impossible à déterminer. Alors pourquoi pas près d'un an ?

La question saisie Léonard aux tripes et son regard se figea dans le sol. Soudain, une autre question le saisit. Plus viscérale encore. Léonard reprit subitement l'expression qu'il arborait il y a quelques minutes en arrivant au pied de la caserne. Pourquoi James insistait-il sur la date ? Qu'entendait-il par "déjà en avril 2035" ? Pourquoi Léonard devait-il être surpris ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement être un survivant, comme un autre, capable d'estimer le temps écoulé ou, mieux, de tenir le compte ? James était-il au courant de son coma ? Léonard ouvrit la bouche :

- Pourquoi devrais-je être surpris par la date ?


Il releva doucement le regard pour fixer celui de James. Sans cligner des yeux.


James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 18 Nov - 15:35
Le chirurgien n'avait pas vraiment bronché aux différentes actions et réactions de Léonard. Pour sûr, il remarquait assez aisément ses manières et sa façon de tourner et détourner le regard. De prime abord, il lui paru distrait, ailleurs, chamboulé ou tout simplement perché, à fuir aussi vite son regard pour fixer le sol à ses pieds. Cela lui rappelait d'ailleurs une citation qu'il avait lu à propos des poètes : l'homme terne fixe ses bottes avec réalisme et suffisance, tandis que le poète lève les yeux vers le ciel, avec humilité, curiosité et une imagination sans limite.

Il n'y avait pas tout à fait de rapport avec la situation présente, James aurait pu le croire mais il ne voulait pas tomber dans le jugement rapide et gratuit de quelqu'un qu'il avait rencontré il y a moins d'une demi-heure. En revanche, il l'observait faire avec attention, cherchant à démêler sa façon d'être et saisir les nuances inhérentes au genre humain. Aussi quand Léonard se décida enfin à répondre quelque chose à son monologue, une phrase courte et sans réponse certes, mais c'était là mieux que rien - autant positiver, le chirurgien remarqua alors comme il le fixait tout à coup.

Lui-même se passa la langue sur la dentition sans répondre tout de suite, laissant planer un temps durant lequel il s'enfouissait dans une réflexion silencieuse, car il n'était pas vraiment enthousiasmé par cette question qui lui était lancée alors qu'il attendait des réponses à ses propres questions, sous-entendues il fallait bien l'admettre.

« Vous ne m'avez pas vraiment écouté. » Tranchait-il au silence avec un ton calme mais néanmoins très net, articulant intelligiblement.

James fixait aussi Léonard, comme s'il y voyait une sorte de défi ou de malice à ce que l'inconnu ne plonge subitement son regard dans le sien. Il restait d'ailleurs appuyé à l'échelle par le coude, ses doigts se frottant distraitement alors que son autre main était appuyée elle contre son flanc, ce qui lui donnait une posture assez détendue mais non moins clairement dans l'analyse et la suspicion à peine voilée.

« J'ai dis trois choses importantes, ou qui méritent d'être retenues. Je viens de dire que moi-même, il m'a fallu deux semaines pour accepter la situation, j'ai aussi dis que nous avions des choses en commun et, surtout et avant-tout, que je voulais tout savoir. Nous savons l'un comme l'autre que vous êtes mort il y a longtemps maintenant, par infection, que vous vous êtes réveillé avec ces objets que vous portez dans votre manteau et que vous n'avez aucune idée de ce qu'il s'est passé.

Vous êtes désorienté, perdu, vous vous demandez si tout cela n'est pas une mauvaise blague, ou une sorte de test divin, ou alors vous êtes trop paumé pour vous poser ce genre de question et vous laissez les choses venir en attendant d'avoir la preuve que tout ça est réel. Je le sais, parce que je l'ai vécu, comme la plupart de mes camarades ici. Vous n'avez pas besoin de faire dans le secret ou la sournoiserie, nous avons été des dizaines dans le coin à être passés par là, aussi dingue, étrange, ahurissant et terrifiant que ce soit.

Ce n'est donc pas moi qui vais vous menacer, en fait, j'oserais même dire que si vous niez cela, ou si il s'avère que ce que vous m'avez raconté avec cette histoire de forêt et d'inconnu était un mensonge, alors... Je crois que là, par contre, je vais vous menacer. Et je n'en ai pas envie, parce que je ne suis pas un criminel, juste un type qui essai de protéger le groupe dont il a la charge, ce qui n'est pas une mince à faire. Et vous, vous êtes un type qui revient de la mort et qui doit affronter ce monde de fou, il y a de quoi avoir envie de péter les plombs. Alors ? »


Il était très clair qu'il ne se montrait pas agressif ou ne cherchait pas à faire d'autres sous-entendus. Il avait tendance à vouloir faire preuve de compassion à l'égard de Léonard, pour peu qu'il soit vraiment ce qu'il dit, mais c'était là le hic : il n'était pas encore sûr que cette histoire ne soit pas un mensonge vicieux pour pouvoir les approcher. Avec tout ce qu'ils avaient déjà vécu, il était aisé d'avoir tendance à traquer le mal partout autour de soi, même dans les situations et les rencontres les plus banales.

Léonard Butler

Anonymous
Invité
Sam 19 Nov - 19:51
La simple question de Léonard parut avoir un certain impact sur James. Celui-ci s'empressa de clarifier nombres de choses auxquelles Léonard ne s'attendait absolument pas. L'homme armé connaissait les détails de sa situation. Et pour cause, il avait vécu la même. D'ailleurs, en évoquant "qu'il avait eu besoin d'un certain temps pour accepter la situation" : James était parti du principe que Léonard avait saisi qu'ils avaient vécu la même chose. Mais le nouveau éveillé n'avait pas imaginé un instant que quelqu'un d'autre ait pu se trouver dans sa condition. Peut-être que James n'avait pas pris ça en compte car il était habitué. Il évoquait des dizaines des personnes dans ce cas.

Presque immédiatement après que James eut révélé connaitre les détails de ce qui était arrivé à Léonard, ce dernier détourna inconsciemment son regard. Il se mit à divaguer, glissant d'abord légèrement vers le bas avant de s'égarer un peu vers sa gauche. Cela faisait encore une fois beaucoup à assimiler. D'autant plus que James avait parlé de "mort" alors que Léonard n'avait jusqu'ici considéré sa période de vide et de tourment que comme un "évanouissement" puis un "coma". Il ne put s'empêcher de considérer l'idée de décès comme une lourde exagération pour combler l'inconnu. Une idée d''autant plus absurde qu'elle incluait, dans cette situation, la notion de résurrection.

Bien que ses yeux semblaient fixer quelque chose comme derrière - ou à côté - de James, Léonard demeurait attentif. Le chef de groupe se remit à lui parler en des termes semblables à ceux de leur premier échange. Il évoquait l'idée de menace et de sournoiserie de la part de Léonard. Mais ce n'était peut-être pas la question qui l'avait remis dans cet état emprunt de méfiance et de confiance en soi. Peut-être avait-il remarqué l'inquiétude soudaine qui s'était emparée de Léonard. Peut-être s'était-il vu contrarié par ce sentiment de la part de celui qu'il cherchait à aider. Ou peut-être avait-il mal interprété le regard de Léonard. Ou peut-être était-ce encore autre chose. Difficile à savoir pour Léonard qui n'était clairement pas doué en interaction sociale. Pour tenter de comprendre autrui, il se contentait généralement de lister les possibilités et d'évaluer la plus probable... là où comprendre l'état d'esprit de l'autre était globalement à la portée de n'importe qui.

À la fin de ce nouveau monologue, Léonard ne sut toujours pas trop quoi dire mais estima qu'il était nécessaire de dire quelque chose pour apaiser James. Après de longues secondes, Léonard se mit à acquiescer vaguement en fixant le vide à mi-hauteur. Il se força à retrouver le regard de James et a faire un effort pour parler plus intelligiblement qu'habituellement.

- Je ne pète pas les plombs. C'est juste que... j'essaye de me remettre de tout ça.

Léonard se rappela que tout n'était pas joué pour lui et que James restait toujours à convaincre. L'égaré se concentra pour tenter d'avoir un échange "normal". Il ne fixait pas James mais ne fuyait pas son regard. En lui parlant, son regard se déplaçait un peu aux alentours mais revenait régulièrement vers les yeux de son interlocuteur. Il se concentra pour parler en articulant, sans hésitation et sans bafouillement. Léonard avait conscience que sa manière naturelle de s'exprimer pouvait le faire ressembler à un enfant timide. Il s'appliqua pendant un instant à avoir une élocution claire, et qui semblait mieux coller à son aspect physique de "bon bougre".

- Concernant la forêt et l'homme qui s'y trouvait : j'aimerais pouvoir vous donner plus d'informations et plus de précisions. J'aimerais avoir plus d'éléments à vous donner pour que vous ayez confiance en moi. J'aimerais vraiment car je comprend ce que ça a d'inquiétant pour vous et pour la sécurité de votre groupe. Malheureusement, à part ces quelques possessions et un mal de crâne, je crains n'avoir rien d'autre à apporter de la forêt.  


Et je dois le reconnaitre, je n'avais pas vraiment envie de vous parler de mon infection, ni de mon... évanouissement. Je ne voulais pas prendre le risque que vous me pensiez malade ou sur le point de me transformer. D'un autre côté, je n'étais même pas sûr moi même que ce soit réel. Je n'ai plus aucune marque, Léonard porta sa main au niveau de sa poitrine en écartant bien son index et son pouce, mais je suppose que vous avez connu là aussi la même chose.

Léonard marqua un temps, souffla un peu par le nez avant de reprendre ultimement.

- Je comprend ce que ma présence implique en terme de danger potentiel pour votre groupe. Mais si, comme vous l'avez évoqué, un danger commun plane sur nous tous. Je peux l'affronter avec vous. Je sais de quoi je peux avoir l'air parfois, mais je peux vraiment vous aider.

Regarder son interlocuteur et s'exprimer normalement demandait une vraie concentration pour Léonard. Ces efforts n'étaient pas nécessairement faciles à distinguer aux premiers abords, bien qu'un fin observateur aurait pu les déceler. Pour le reste, n'importe qui pouvait faire la différence entre ces deux manières de s'exprimer bien distinctes. Chacun pouvait alors faire son interprétation et considérer s'ils avaient affaire à quelqu'un qui faisait des efforts, quelqu'un qui jouait la comédie ou un malade mental.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 23 Nov - 20:34
James observa avec toujours autant d'attention Léonard, n'ayant pas à coeur de l'interrompre, il se contentait de ne pas rater le moindre mot et peu à peu, un léger sourire amical se dessina sur le visage du chirurgien. L'esprit, l'aptitude à discerner autrui, étaient des domaines de prédilection pour James, comme maintes fois entendu, et cette fois n'y manquait pas car il voyait en Léonard un homme qui n'était pas si différent de lui.

Celui-ci était sincère, cela ne faisait plus le moindre doute, il était sincère, perdu et il avait, par ses mots et son attitude, à coeur de convaincre le chef de camp de ses bonnes intentions, ou à défaut du fait qu'il n'avait aucune intention particulière autre que de chercher à se sortir l'impasse que cette nouvelle et choquante vie lui imposait. Ça aussi il s'en souvenait, très bien même. C'est pourquoi il maintenait le sourire qui le caractérisait à présent et opina du chef.

« Tous ne partagent pas le même avis que moi, mais dans cette ambiance apocalyptique et comme vous le soulevez, avec tous les dangers qui nous tournent autour, je suis convaincu que nous avons besoin de paires de bras prêts à s'investir dans un groupe comme celui-ci. Montrez-moi, montrez-nous plutôt, que vous êtes le genre d'homme compréhensif que vous revendiquez être, parce que nous allons tous en avoir grandement besoin.

Je ne suis pas entré dans les détails, autant le faire tout de suite, vous aurez le temps d'y réfléchir à tête reposée. Nous sommes bel et bien en Avril et nous nous trouvons à Snyder, quelque part à l'Ouest de Fort Worth. Ce n'est pas l'endroit dans lequel vous aviez fini pas vrai ? Moi-même je me trouvais à Fort Worth, ma ville natale quand... enfin, quand il est arrivé ce qui est arrivé. Je me suis réveillé dans cette ville et j'ai du admettre d'avoir fait une sacrée distance, sans savoir pourquoi, j'ai du aussi m'adapter à cette ville. Elle n'est pas immense en tant que ville, mais pour des gens comme nous c'est déjà un bien trop énorme terrain à couvrir.

Mon groupe, de gens comme vous - excepté Jena que vous allez d'ailleurs rencontrer sur le toit et qui elle n'a pas vécu ça, n'est pas le seul. Il y en a au moins un autre dans le coin et comme je crois l'avoir dit, nous avons été des dizaines à reprendre vie ici, à Snyder. Beaucoup sont morts, pour ceux qui restent, on s'efforce de survivre avec les besoins quotidiens à assurer, en médicaments, en armes, en nourriture, en eau... et d'autres. Contre les rôdeurs évidemment, qui hantent la région et qui se déplacent parfois en grandes hordes mais aussi contre les bandits. Je préfère vous le dire cash, avant que vous ne preniez l'éventuelle décision de vous aventurer seul au dehors, toute la région ou presque est tenue par une vaste organisation d'esclavagistes et de pillards, dont le leader est un type appelé le Marchand.

Lui et son groupe ont un intérêt particulier pour les gens comme nous, mais quoi qu'il arrive tout le monde fini en cible et si vous ne tombez pas sur eux, c'est eux qui tomberont sur vous. On a déjà eu affaire à cette organisation, ça nous a coûté cher mais à vrai dire, on s'en sort mieux que beaucoup d'autres communautés. Certains pourraient vous dire que vous ne vous êtes pas réveillé au bon endroit ni au bon moment, mais croyez-moi, ça aurait pu être bien pire. »


Il se redressa de l'échelle et leva momentanément les mains en signe de fatalisme avant de les laisser retomber sur ses cuisses. Il paraissait on ne peut plus sincère lui aussi et lui déballait des faits avec le plus de neutralité possible, sans chercher à lui faire peur, l'impressionner ou l'inciter à rester, enfin, peut-être un peu dans ce dernier cas. Que ce soit pour son propre bien par soucis moral, ou pour envisager une âme de plus pour le groupe.

« Désolé de vous lâcher ça sur les épaules comme ça, mais avec nos expériences passées, je préfère que les choses soient dites directement. N'y répondez pas, je pense que vous n'en avez pas envie et de toute façon, quel intérêt ? Prenez le temps de vous reposer, de réfléchir et voir ensuite. Celle qui me seconde, Jena, se trouve actuellement sur le toit pour le guet, vous n'avez qu'à monter et vous présenter le temps que j'aille chercher la tente et que je vérifie ce que l'on a au garde-manger. »

En conclusion, il fit à Léonard un clin d'oeil qui se voulait rassurant, ou en tout cas ne pas rajouter de pression après sa mise au point on ne peut plus terrifiante, il en avait bien conscience pour vivre cette situation tous les jours depuis plusieurs mois maintenant. C'est seulement là qu'il détournait le regard de l'homme pour se rapprocher de l'échelle et lever les yeux vers le toit auquel l'accès était ouvert, laissant entrevoir le ciel et ses étoiles. La fraîcheur nocturne en parvenait de plus en plus d'ailleurs.

« Jena ?! » Lançait-il d'une voix plus portée mais sans être vraiment criante, comptant sur le silence et l'écho étouffé par la pièce pour que ce signal lui parvienne à elle - et elle seule, patientant quelques instants, avec ou sans réponse de la part de la guetteuse, pour ajouter. « Monsieur est un égaré lui aussi, il va monter et rester cette nuit sur le toit près du guet changeant par sécurité, je ramène une tente et de quoi manger. Sois gentille, ou à peu près, on va dire que c'est un invité et on verra demain ce qu'il en est plus concrètement. »

L'introduction faite, bien que ses derniers mots qui relevaient de la plaisanterie pouvaient être pris au sérieux par Léonard dans le contexte, il s'écarta de l'échelle et fit signe à l'homme de la grimper, avant de lui-même passer à coté pour regagner la porte qu'il franchira. En sortant, il tâchera, sans avoir prévenu Léonard, de verrouiller derrière lui le temps de faire le nécessaire, une mesure de sécurité pour le reste du groupe car il savait Jena parfaitement capable de gérer le risque d'un homme sans arme. En fait, il aurait sûrement plus à craindre pour Léonard que pour l'autre amazone, mais c'était un problème qui regardait ces deux-là maintenant.


[Sortie du Jeu]

Léonard Butler

Anonymous
Invité
Lun 28 Nov - 0:06
Maintenant que sa parole était un peu libérée et que James avait détaillé la situation, Léonard vit surgir en lui de nombreuses questions. Ce qui le marquait le plus était que ce qu'il avait vécu semblait être chose courante. Et il y avait aussi cette distinction qui semblait être de mise entre les survivants classiques et ceux qui avaient survécu miraculeusement à une contamination. Une démarcation que James faisait puisqu'il tint à signaler que la dénommée Jena n'en était pas. Une démarcation, aussi, qui semblait avoir une vraie importance puisqu'elle était au cœur des préoccupations des bandits de la région. En tout cas d'après les dires de James.

Léonard ne put s'empêcher de se demander ce que les bandits, et autres esclavagistes, pouvaient bien trouver comme intérêt à s'en prendre particulièrement aux sur-survivants. Menaient-ils des expériences dans l'espoir de trouver ce qui leur avait permis de survivre à une contamination ? La question se posait pour Léonard, mais il avait eu son lot d'informations difficiles à encaisser. De plus, sa fatigue physique et psychologique l'encouragea à ne pas prolonger cet échange qui semblait se terminer. Après avoir écouté attentivement James, en tâchant de chasser son air naturellement absent, Léonard adressa un signe de tête entendu au chef de groupe. De quoi signifier sa compréhension de la situation et sa gratitude.

Sur instruction de James avant qu'il ne quitte la pièce, Léonard se prépara à grimper l'échelle. Il sembla presque prendre son élan pour se lancer dans cette escalade. Non sans un effort visible, il se hissa jusqu'au toit, tâchant tout de même de faire une arrivée correcte devant la sentinelle du toit. Une fois en haut, Léonard fut de nouveau saisi par la fraicheur de la nuit. Il ajusta un peu son imperméable en pensant qu'il pourrait être utile de mettre la main sur une troisième couche de vêtement. Devant la sentinelle, Léonard resta silencieux. Il regarda un instant celle qui devait être Jena, lui adressa un signe de tête si jamais elle le regardait. Mais rapidement son regard se tourna vers l'horizon constitué de différentes teintes d'obscurité. Son air absent était déjà de retour, toujours amplifié par l'affaissement permanent de sa paupière gauche, qui lui donnait un air fatigué voire las.

C'était au coût d'un grand effort que Léonard avait parlé aussi pleinement devant James. La situation l'avait contraint. Désormais, et inconsciemment, Léonard considérait qu'il avait fait un effort suffisant en sociabilité pour lui permettre de retourner dans son mutisme naturel. Il était bien conscient que faire des efforts envers la personne qui passerait la nuit avec le doigt sur la gâchette à chacun de ses mouvements pourrait s'avérer avantageux. Mais sa fatigue intense ne lui permettait plus de forcer sa nature. Léonard rabattit sa capuche sur sa tête pour se protéger du froid. Sans mot dire.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 28 Nov - 1:24
Cela faisait plusieurs minutes maintenant que James et le visiteur inconnu s’étaient soustraient à mon champ de vision pour rentrer au sein du campement. Depuis ma position haute-perchée, je n’avais rien manqué de l’approche initiale de chef de camp vis-à-vis de la silhouette qui s’était dessinée sous les pâles reflets de la Lune ; et si j’avais observée la scène d’un oeil plus que circonspect, je m’étais résolue à faire confiance à l’esprit de décision du chirurgien quant au fait de l’accueillir entre nos murs.

Raison pour laquelle je ne fus guère étonnée d’entendre le médecin prononcer mon nom depuis l’étage inférieur, sa voix résonnant d’une manière légèrement caverneuse, aux échos métalliques, depuis la trappe d’accès. Bien évidemment, j’avais tendu une oreille attentive aux mots qui vinrent ensuite, arquant malgré tout les sourcils d’une certaine surprise à entendre la raison de son appel. Ainsi donc je n’allais pas terminer ma garde nocturne en solitaire. C’était une bonne chose quelque part, cette visite impromptue venant briser la monotonie pesante de ces longues heures solitaires. Néanmoins, et bien que je ne doutais à aucun moment que le chirurgien avait pris toutes les précautions nécessaires à l’égard de cet inconnu, je ne pus m’empêcher de garder le canon de mon arme pointé en direction de la trappe, ou presque. L’idée n’était pas de surprendre cet homme, encore moins de l’effrayer - la peur étant souvent un excellent catalyseur de conneries regrettables et autres mauvaises idées - simplement de bien lui faire comprendre qui mènerait la danse, bon gré mal gré, homme ou femme.

Et d’après les indications livrées par James, je savais d’ores et déjà que j’aurais à faire à un homme, un autre dégénéré plus exactement, bien que le Cap’tain avait préféré employer les termes “d’égaré lui aussi”. Peut-être était-ce là sa manière de révéler des choses sans pour autant brusquer l’esprit et la raison de l’inconnu. Un choix de mots que j’estimais aussi pertinent qu’intelligent, que je logeais dans un recoin de ma tête afin de pouvoir les réutiliser, au cas où le cas se présenterait de nouveau. Car quelque part, je n’en doutais pas, il y en aurait sûrement bien d’autres à venir. Ces ressuscités semblaient tous débarquer par lot plutôt que par unité isolée de ce que j’en avais saisi.

Mais je n’eus guère le temps de m’aventurer plus loin dans mes pensées, car je pouvais entendre les barreaux de l’échelle d’accès résonner alors que l’homme dont on me confiait la charge et la garde entamait son ascension. Je me tenais là, droite et méfiante à quelques mètres de la trappe, observant l’homme s’extirper enfin de celle-ci sans que je n’esquisse le geste de lui prêter main forte, au littéral comme au figuré. D’ailleurs, je ne manquais pas de m’en féliciter silencieusement en découvrant le gabarit massif de cet inconnu. Plus grand que moi d’une bonne dizaine de centimètres, et bien plus corpulent au point que je me sentais brindille face à lui, je reconsidérais largement à la baisse mes chances de réussir à le maîtriser si ses intentions avaient été hostiles dès le départ. Raison pour laquelle je n’envisageais pas de réduire la distance nous séparant, ni même de faire taire la menace indirecte de mon arme, à la silhouette distinguable sous la clarté lunaire, en prolongement de ma main droite.

Néanmoins, je n’offrais pas à l’homme un regard dur ou irraisonnablement méfiant. Il aurait aisément pu y lire une certaine retenue, certes, mais aussi et surtout de la compassion. J’avais confiance en James, suffisamment pour accorder du crédit à cet inconnu dont j’ignorais jusqu’au nom, le bénéfice du doute d’aucun dirait. D’un hochement de la tête, je lui rendais malgré tout son signe de salut, si c’en était un, avant de continuer à le détailler des pieds à la tête durant quelques secondes supplémentaires. D’ailleurs, je constatais que l’homme avait bien rapidement détourné le regard pour le porter aux alentours, avant de rabattre sa capuche sur son visage. Je ne parvenais hélas que difficilement à discerner ses traits du fait de sa couleur de peau, qui par contraste rendait ses yeux plus visibles et expressifs. Je crus y percevoir une certaine lassitude, ou une grande fatigue, d’autant plus du fait que son oeil gauche semblait moins ouvert que l’autre.

Et je me rendais compte que c’était véritablement la première fois depuis mon arrivée au sein du groupe que je faisais la rencontre d’un dégénéré brut de décoffrage, qui n’avait clairement pas séjourné chez le vieux Wallace ; et la différence était plus que palpable. A ce constat, je me sentais saisie d’une empathie plus profonde encore, malgré que j’avais toujours autant de mal à digérer toutes les révélations de James à propos des miraculés, je sentais gonfler en moi, à nouveau, la conviction d’avoir à les protéger de nouveau. Et très clairement d’eux en premier lieu.

Aussi, me reculant de quelques pas afin d’accorder plus de place à Leonard pour passer, je finis par légèrement relever mon bras gauche et désigner une portion du toit de ma main libre, où se tenait la carcasse en inox d’une grosse unité de ventilation silencieusement et immobile.

“Venez,” l’aurai-je tout d’abord invité, sans rudesse et sans élever la voix. Très étonnamment, peut-être était-ce pour donner indirectement tort à James d’avoir raillé ma ‘légendaire gentillesse’ dans sa façon de présenter les choses à notre visiteur, je m’étais adressée à ce dernier d’un ton assez doux. “Installez-vous ici. Le bloc de ventilation vous protégera un peu du vent,” lui conseillai-je ensuite bien qu’en réalité, mon regard assez appuyé et le signe de tête incliné qui l’accompagnait n’appelaient pas à être réellement discutés.

“Je pense que vous le savez déjà, mais je m’appelle Jena. Et vous êtes ?” lui demandais-je ensuite, indépendamment du fait qu’il se soit immédiatement exécuté ou ait préféré demeurer immobile près de la trappe.

Léonard Butler

Anonymous
Invité
Ven 2 Déc - 21:37
Léonard sentait le regard et le canon de la sentinelle peser sur lui. Ce n'était pas la première fois de la soirée. Aussi, l'égaré sembla ne pas y prêter attention. Son regard était toujours fixé sur l'horizon, ou plutôt sur le vide qui l'en séparait. Couplé à ses joues et ses lèvres tombantes, et autant que la luminosité permettait de le distinguer, une expression de tristesse semblait comme naturellement ancrée sur son visage. Comme si Léonard était en proie à une certaine nostalgie. Il n'en était rien. L'égaré essayait surtout d'assimiler la vague soudaine d'informations qui lui était parvenu ces dernières heures. Si ses deux premiers interlocuteurs, l'homme de la forêt et James, semblaient tout deux avoir pris de pincettes pour parler de certaines choses à Léonard, la quantité et la nature de ces informations ne lui permettaient pas non plus de tout assimiler facilement. Mais ses propres capacités à encaisser étaient aussi en cause. Léonard s'était toujours gardé d'accorder une place trop importante à des réflexions qui allaient au-delà du principe de survivre au jour le jour.

L'égaré recadra finalement son regard en direction de Jena quand elle prit la parole. Il suivit ses instructions données d'une manière similaire à celle qu'avait adopté James. Les mots employés relevaient du conseil, mais le ton indiquait que ce n'était pas vraiment un "conseil" qu'on pouvait se permettre de refuser. L'homme de la forêt s'était un peu comporté d'une manière similaire. Mais là où James et Jena avaient une arme en guise d'intimidation, l'homme de la forêt avait joué sur la confusion de Léonard. Ainsi que sur une certaine mise en scène dans ses directives, entre le conseil et la menace. Léonard acquiesça sans vraiment regarder Jena, avant de se diriger vers le bloc de ventilation indiqué. Il se laissa glisser jusqu'au pied de l'installation pour s'asseoir les jambes pliées et le dos adossé contre l'unité. Il enfourna ses mains dans les poches de son imperméable.

- Léonard, répondit-il sobrement pour se présenter.

L'égaré fixait maintenant le sol un peu devant lui. La fatigue mental ayant fait son œuvre, Léonard ne put retenir certaines pensées. Il mettait généralement un point d'honneur à ne pas penser au passé, ni à l'avenir. Un moyen, entre autres, de ne pas prendre conscience de sa propre situation présente. Certains souvenirs lui revinrent subitement. Notamment à cause de la simple unité de ventilation contre laquelle il était assis. Au moment de sa contamination, juste avant son évanouissement, Léonard était justement entrain d'exploiter les nombreux matériaux d'un bâtiment en construction. Il avait notamment démonté un climatiseur, espérant y trouver des pâles, avant de se rendre compte que celles-ci devaient vraisemblablement se trouver dans une unité située à l'extérieur. Probablement le genre d'unité de ce toit.

Léonard posa ses coudes sur ses genoux pliés. Il colla son front sur ses avants-bras croisés. La tête ainsi enfournée dans l'espace entre son torse et ses genoux, il ferma les yeux.


Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 3 Déc - 0:41
J’avais suivi notre égaré nocturne avec un intérêt certain, laissant mon regard s’attarder sur sa silhouette que je trouvais particulièrement nonchalante. Difficile d’estimer dans l’obscurité si ce comportement était lié à l’expérience qu’il vivait dès à présent, ou s’il s’agissait de son attitude habituelle. Quoi qu’il en était, je ne l’avais pas lâché du regard une seule seconde, délaissant mon attention qui aurait normalement dû continuer de se porter vers les environs. Puis un prénom retentit, en quelques syllabes uniques que j’eus d’abord du mal à assimiler avant d’acquiescer à celui-ci d’un vague hochement de tête. Je me contentais par la suite de laisser flotter le silence, tout simplement.

Je ne pouvais envisager, et encore moins imaginer, les pensées auxquelles se trouvait livré le prénommé Leonard en ce moment. Pourtant, sa situation n’était pas sans me rappeler une position similaire, datant de plusieurs semaines déjà, au cours d’une soirée sensiblement ressemblante à celle-ci. Un ciel étoilé, à peine voilé de quelques nuages portés par un vent léger, sous la lumière argentée d’une Lune fade ; le silence en moins. L’air était toujours chargé de cette odeur de décomposition, bien plus légère cependant alors que nous étions loin de la ville. Il y avait le visage si jeune de Jian, le rictus de douleur horrifié, la compréhension de l'inéluctabilité de son destin scellé d’un claquement de mâchoire, puis la paix arrachée par le chuintement, l’éclair étouffé de la bouche de mon canon. Un visage, une scène qui n’avait en réalité de cesse de hanter mes nuits, surtout celles qui revêtaient le même drapé de calme et de pénombre que l’actuelle, longue, fraîche et indifférente aux préoccupations des hommes.

Au bout de quelques instants de ce mutisme partagé, je m’étais risquée à aller m’asseoir aux côtés de Leonard, à la gauche de l’homme, calant mon dos contre la large unité de ventilation, laissant mon regard se perdre dans le vide de la cour bétonnée qui s’étalait à nos pieds, bien en deçà du bâtiment principal de la caserne. Mon imagination aidant sans trop se forcer, je pouvais d’ores et déjà imprimer sur l’asphalte les innombrables silhouettes mortifères qui auraient pu se masser là, nous appelant, nous les proies, de leurs chants lugubres et inlassables. Mécaniquement, j’avais adopté une position tout à fait similaire à celle de Leonard, relevant mes genoux et y laissant reposer mes avant-bras, les mains ballant dans le vide, à la seule différence que je gardais la tête relevée et le regard lointain, distant et pensif.

“J’ignore qui vous êtes, Leonard, et ce que vous avez fait,” avais-je fini par souffler d’une voix basse, d’un ton très calme et posé. “Je n’ai aucune idée de ce que vous avez bien pu traverser et je ne peux même pas imaginer ce que vous ressentez en cet instant. Je n’ai pas grand chose à vous dire, certainement aucun conseil à vous donner ; hormis peut-être celui-ci : accrochez-vous. Vous n’êtes pas seul, ne vous laissez jamais persuader du contraire, par un autre ou par vous-même. Ce monde a beau consumer les hommes, la solitude, elle, consume les âmes de ceux qui s’éprennent de sa présence.”

Quelques mots que je venais de lâcher sans même trop savoir pourquoi alors que, très certainement, l’homme aurait sûrement réclamé du calme et du repos. D’ailleurs, je n’attendais pas vraiment de réponse de sa part, pas plus que de réactions. Simplement, je prenais le risque d’amener ma main droite venir se poser sur son épaule gauche, étreignant cette dernière d’une poigne compatissante. Cependant, je pus ressentir l'homme se crisper à la suite du geste, aussi je décidais de me relever et reprendre une partie de ma surveillance, arpentant la section du toit depuis laquelle je pouvais malgré tout garder l’homme à l’oeil.

Je n’interrompais ma surveillance qu’au retour de James, venu apporter comme convenu une tente et des biens pour notre silencieux visiteur. Par la suite, je mettais la main à la pâte afin de dresser la ‘chambre d’ami’, toute austère et éphémère pouvait-elle être, puis j’aurais finalement laissé Leonard en paix, ne lui souhaitant qu’une simple bonne nuit - s’il parvenait tant bien que mal à trouver le sommeil - en prenant garde de le prévenir qu’à son hypothétique réveil, il aurait sûrement peu de chance de me voir encore sur ce toit, afin de ménager toute mauvaise surprise.


Fin du jeu.
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