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Nouvel espoir - 06/04/2035
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Matt Campbell

Anonymous
Invité
Dim 27 Nov - 20:17
Interprété par Angela Lawson et Matt Campbell.


Lentement mais sûrement, Matt avait contemplé dans un profond mutisme la déliquescence de ce campement qu’il avait pourtant pris à cœur de reconstruire aux côtés de sa sœur. La disparition d’Armstrong, puis d’Adam et la découverte du corps sans vie de Cassandra, tuée avec une violence si bestiale qu’elle ne pouvait en être que d’origine humaine, les départs consécutifs de Mark, puis de Johann avant même que l’ancien archéologue n’ait pu discuter avec eux des faits, les informer des secrets et des menaces véritables qui pesaient sur Hope et les alentours, ou encore sur leurs propres conditions de ‘dégénérés’. Un terme pour les qualifier qui restait toujours autant en travers de la gorge de l’aîné Campbell, qui se retrouvait désormais seul en compagnie de sa cadette dans cette baraque qui était bien trop pleine à son arrivée, et désormais bien vide.

Matt se trouvait donc à l’arrière de la maison en ce début de soirée, le visage voilé par les passages nuageux qui obscurcissaient le ciel comme par la tristesse et la viscérale colère qui lui prenait aux tripes, à se recueillir devant la tombe de Cassandra qu’il avait creusé quelques jours plus tôt, le cœur lourd de devoir dire adieu à l’une des personnes qui avait partagé son quotidien durant les nombreuses semaines passées chez Nelson. Il n’avait aucune preuve quant à l’implication d’Adam dans ce meurtre barbare, mais cela ne l’empêchait en rien d’accuser le colosse au tempérament violent d’être coupable de cette atrocité. Qui d’autre aurait pu ? Aucun de ceux qui avaient été jusqu’à lors présent, partageant leur quotidien, n’avait fait preuve d’une telle violence - tant dans les mots que les menaces - ni n’avait exprimé une telle aptitude à l’emportement.

Les dents serrées, les avant-bras négligemment posés sur ses genoux alors qu’il était assis à même le sol frais à quelques pas de la sépulture, l’homme était rongé par la culpabilité et la colère qui en découlait. Il se reprochait ce qui s’était produit, il se reprochait son aveuglement, le retrait qu’il avait gardé vis-à-vis d’Adam alors que depuis la réunion matinale où les destins des deux groupes s’étaient scellés, il aurait dû exiger que cet énergumène d’Adam soit chassé. Tout cela leur avait pendu au nez, depuis le début, et si Matt n’était pas très croyant, il avait tendance à basculer dans la facilité de se persuader que tout cela n’était qu’un juste retour des choses, le karma ou n’importe quoi de similaire qui lui renvoyait les conséquences de son retrait, son effacement ; et les décisions lourdes de conséquences de sa frangine à l’égard des autres. S’il y avait une justice divine quelque part, elle était loin d’être aveugle, et encore moins clémente.

Ainsi l’homme avait-il fait le choix de venir se recueillir, en solitaire et en silence, tous les jours devant la tombe de Cassandra pour faire face aux responsabilités qui lui incombaient désormais. Pensif et immobile dans l’ombre portée de la baraque qui lui tenait lieu de campement, il se surprenait à rêver, avec un amusement parfaitement ironique et empli d’amertume, de mettre le feu à cette masure et laisser ses décombres être dévorés par le temps. Il s’amusait même à se projeter des siècles, des millénaires en avant, curieux de savoir si des archéologues du futur, pour peu que l’Humanité se survive à elle-même, chercheraient à retracer cette histoire, leurs histoires. En réalité, il y avait surtout de fortes chances que la nature efface toutes traces de leur passage, de leurs épreuves et de leurs souffrances pour ne laisser que ce qui avait toujours été de toute manière : une traînée de poussière, sans âme. Et autant de chances d’ailleurs qu’il n’y ait plus d’Humanité pour chercher à se rappeler quoique ce soit de tout cela, de ce qui fut, est et serait.

Un état d’esprit bien morose, et d’autant plus pesant que la maladie de sa sœur ne lui laissait guère d’autre choix que d’être contrainte à un repos forcé dans l’habitacle du camping-car, laissant ainsi la solitude peser sur les épaules de Matt, quand bien même il pouvait se targuer d’y être habitué depuis de nombreuses années, que ce soit par choix ou par la force des choses. Mais cette solitude-ci était bien différente, bien plus lourde car elle laissait l’homme avec pour seule compagnie ses démons à ressasser, et bien peu d’esprit pour véritablement penser à autre chose. D’ailleurs, nombre de ses souvenirs et de ses connaissances se faisaient toujours fugaces et impalpables. Il avait toujours autant de mal à retrouver ses pleines capacités cognitives, son esprit de déduction et d’analyse, et même la dextérité de ses mains continuait de lui échapper. Une réalité liée là encore à sa condition qu’il avait toujours autant de mal à pleinement accepter, malgré les évidences, malgré le temps passant et l’inéluctabilité de celle-ci.

Quand il se redressa enfin, l’esprit toujours en proie à ses doutes et ses réflexions, Matt regagna lentement l’intérieur de la maison, laissant ses doigts courir sur les meubles de la cuisine qui jouxtaient la baie vitrée, caressant le souvenir de ces fragments d’une vie perdue, la simplicité d’un quotidien qui dissimulait en vérité toute la complexité nécessaire à l’établissement et la préservation de la paix et du confort, d’une société qui allait certes mal, mais qui aurait pu être alors bien pire. Comme elle l’était aujourd’hui, comme Cassandra en était un symbole d’ignominie parmi tant d’autres. Un souvenir que l’aîné Campbell martyrisa d’un coup de poing, sec et ferme, porté contre la porte en bois compressé d’un placard rempli d’ustensiles devenus en majorité inutiles, comme tant d’autres choses. L’homme grimaça d’ailleurs en sentant la douleur irradier au sein de ses phalanges, jusqu’à son poignet, un peu de sang venant perler aux jointures de ses doigts. Une blessure qu’il porta à ses lèvres, immédiatement saisi par le regret et la stupidité de son acte qui ne résolvait rien à la situation.

Car la situation était ainsi. A la fois décadente et pourtant pleine d’espoir pour peu que l’on se remontait les manches et que l’on tâchait d’aller à l’encontre de la simple acceptation fataliste et figée, que l’on tâchait d’aller de l’avant comme il se l’était silencieusement promis, à lui comme à sa frangine. Il devait se reprendre en main, se reprendre entièrement et assumer sa place et son rôle maintenant que tout était à reconstruire sur des bases bien plus saines, nettoyée des rancœurs, des souvenirs et des reproches. Pour sa sœur en premier lieu, qui avait plus que jamais besoin de lui, de son soutien et de sa présence ; pour lui-même qui nécessitait un nouveau but, un objectif à atteindre et la conviction nouvelle d’avoir un rôle à jouer, d’être un bâtisseur qui devrait ériger des bases solides pour supporter le quotidien de la fratrie, plutôt que de creuser des tombes. Quand bien même Matt n’était pas complètement dupe. D’autres trous viendraient creuser le sol, d’autres corps viendraient repaître la terre car le progrès n’était pas sans sacrifice. La seule responsabilité qu’il désirait porter sur ses épaules étant celle de ne pas voir l’un des siens servir de fertilisant à ces terre arides.

L’homme traversa donc le salon, récupérant sa veste de cuir usée suspendue au dossier de l’une des chaises qui ceinturaient la table du salon, une table qui avait eu à accueillir de moins en moins de convives au fil des derniers jours écoulés. Il l’enfila mollement, puis récupéra le carnet de note griffonné qui se trouvait dans la poche intérieure de celle-ci, un stylo bille coincé au creux des spirales du petit carnet. Puis il gagna l’armurerie de la baraque, récupérant le fusil Remington dont il ignorait la dénomination. Il passa la sangle de ce dernier à son épaule, plaçant l’arme dans son dos, canon dressé vers le ciel. Il était parfaitement conscient de n’avoir aucune idée de comment manier cette arme vraisemblablement puissante, mais comptait sur sa simple apparence et possession pour se rassurer, comme pour inquiéter d’éventuels visiteurs inopportuns. Malgré tout, il se trouvait modérément rassuré de savoir qu’aucun infecté ne serait jamais impressionné face à une telle arme. Matt se demandait d’ailleurs bien ce que cela pouvait être de ne rien ressentir, pas même la plus élémentaire des peurs, le plus basique des instincts, la survie, tout en se dirigeant vers la sortie principale de la maison.

Il s’arrêta alors quelques instants sur le perron, portant ses émeraudes lasses sur le camping-car qui se trouvait stationné dans la cour, qui renfermait en son sein le seul trésor qui lui restait en ce bas-monde. La seule raison valable qui pourrait un jour le pousser à apprendre à se servir de l’engin qu’il avait dans le dos dans le but de tuer. C’était là une question qu’il pensait ne jamais avoir à se poser, un choix qu’il n’aurait jamais à faire que celui de menacer, voire tuer un de ses semblables pour préserver ce qui lui était cher. Pourtant, il sentait au plus profond de lui qu’il n’hésiterait pas. Il souffrirait, douterait, serait rongé de remords, c’était certain ; mais il n’hésiterait pas.

Matt reprit son avancée dans la cour, portant son regard vers le garage sur sa gauche, vers l’endroit où il avait retrouvé le corps mutilé de Cassandra, l’endroit où ses mains avait plongé dans sa tignasse blonde, poisseuse, rougie et collante de son sang. Il se remémorait le choc, l’incompréhension, le dégoût et la colère de l’instant, le moindre brin d’herbe jaunâtre qu’il avait eu sous les yeux alors que son estomac régurgitait et déversait son contenu nauséabond. Les larmes d’horreur qui avaient mouillé et brouillé son regard, puis plus tard, bien plus tard, la douleur des ampoules qui avaient brûlées les paumes de ses mains, à s’user la peau sur le manche de cette pelle creusant la dernière demeure de la jeune femme. Une drôle de leçon qu’il avait apprise ce jour-là, qui avait dépassé et de loin, les habituelles horreurs dont il avait été le témoin face aux rôdeurs, dont la nature même pouvait excuser la déchéance comme l’abomination. D’ailleurs, il sentait son regard s’humidifier de nouveau de larmes rageuses à simplement contempler ce garage.

Il détourna bien rapidement le regard pour le porter vers le lointain, vers la rue bordée de part et d’autre de résidences pavillonnaires, que l’on aurait qualifiées de luxueuses une année plus tôt. Le quartier se voulait particulièrement paisible en ce début de soirée, malgré les grognements assez distants et diffus que portait la légère bise encore chaude de la journée. Matt ne discernait pas âme qui vive dans les environs immédiats du campement, pas le moindre infecté rôdant à la recherche d’une proie ; et si le paysage n’était pas chaos et détritus en tout genre, végétation sauvage grimpant aux structures dressées par la main de l’homme et la perpétuelle odeur pestilentielle de décomposition qui flottait âprement dans l’air, l’ancien archéologue aurait pu savourer la clémence du temps et la tranquillité des lieux. Mais comme toute chose désormais, cela n’était pas fait pour durer.

Lentement, et assez mollement, il se laissa aller à s’asseoir sur la première marche du perron, déposant le lourd fusil à plat à ses côtés, puis ouvrit son carnet de notes à la dernière page qu’il avait commencé à noircir d’encre. A l’intérieur, il avait commencé à reporter les nombreuses informations que sa sœur lui avait livrées quelques jours plus tôt, y allant même de ses annotations toutes personnelles à propos de quelques individus et patronymes qu’il avait entendu, essayant de remettre des visages sur les multiples noms, des actes aussi. Par ailleurs, à la fin du carnet, les dernières pages se voulaient elles aussi emplies de lignes noires. Mais il n’y avait là pas d’informations à propos des hommes ou des évènements, simplement le recueil d’informations concernant sa nature de dégénéré ou celle, au moins aussi complexe à étudier, des rôdeurs et du peu d’informations pertinentes qu’il avait pu relever à leur propos, bien que nombre des hypothèses listées sur ces quelques pages attendaient une vérification directement sur le terrain.

Mais pour vérifier tout cela, étudier le phénomène plus en profondeur, il fallait d’abord que Matt s’offre le luxe d’avoir du temps à y consacrer. Chose qu’il ne possédait pas en ce moment, à devoir veiller sur sa sœur souffrante, préparer les repas pour la fratrie et monter la garde pour préserver leur survie et cette parodie de campement. Autant de tâches qui ne réclamaient pas grande énergie à dépenser, seulement de se priver de longues heures de sommeil ; et c’était là la véritable fatigue, le véritable effort à poursuivre. Car maintenant plus que jamais, Matt se sentait affreusement seul et dépourvu ; et aurait donné presque n’importe quoi pour croiser un visage un minimum amical, ou dans une moindre mesure, une simple poignée de main tendue.

Angela Lawson

Anonymous
Invité
Sam 3 Déc - 2:44
Elle commençait à émerger, oui, elle émergeait d'une torpeur qui venait de l'assaillir par surprise dans ces ténèbres, qui se trouvaient, pour l'instant, étrangement réconfortantes. Comment pouvait-elle apprécier de se retrouver dans cet endroit aussi lugubre que poussiéreux alors qu'elle avait rencontré le Diable en personne dans un endroit du même type ? A vrai dire, l'explication était plutôt simple si l'on s'attardait sur les précédents événements, des événements dont Angela ressassait seule dans cette pièce souterraine pour tenter de remettre de l'ordre dans ses pensées.

Sa mémoire à long terme lui jouait des tours, des choses qu'elle n'aurait jamais oublié auparavant venaient de disparaître dans les limbes de ses souvenirs. La jeune femme se souvenait de qui elle était, Angela Lawson, mais elle n'aurait su dire dans quel hôpital elle était née, elle n'aurait su dire quel était le prénom de son père, et n'arrivait en aucun cas à se souvenir du visage de ses parents. Les questions sur ses origines pouvaient rester sans réponse, ce n'était certainement pas la chose la plus importante pour elle à ce moment précis, mais cela l'était suffisamment pour qu'elle s'inquiète de son intégrité physique et mentale.

Sa mémoire lui faisait défaut, elle ne se rappelait plus du tout, ou alors seulement quelques bribes de son enfance, et plus elle cherchait des souvenirs proches, plus elle arrivait à en trouver. Se souvenir quels étaient ses derniers dossiers était une tâche bien plus simple que de se souvenir le nom d'un de ses professeurs du lycée. Par contre, elle aurait bien volontiers oublié toutes les atrocités de cette apocalypse qui avait frappé ce monde, elle se souvenait de tous les détails de chaque jour qui avait suivi la catastrophe, elle ne se souvenait que des mauvais souvenirs. Peu importait l'atrocité de ceux-ci, elle s'en souvenait parfaitement, que ce soit les jours passés dans ce building qu'elle avait arpenté pendant des années pour finalement y rester cloîtrée en mourant de faim, ou encore le petit groupe qu'elle avait rejoint avant de s'enfuir seule pour se mettre à combattre sans aucune aide ce groupe de scélérats... Mais bien évidemment, elle n'oubliait pas, et elle n'oublierait jamais son dernier instant, que ce soit sa chute, l'état de sa jambe, sa morsure, ou encore sa mort. Non, elle ne pouvait pas oublier, aucun de ces détails ne serait abandonné dans les limbes de sa conscience.

En réalité, elle ne conservait que les souvenirs les plus horribles qui avait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui, la déchéance de ce monde, la mort des hommes, de leur morale et de leur humanité ou encore de la libération des pulsions auparavant contenues dans le cœur des animaux qu'elle côtoyait quotidiennement. Tout cela ne faisait que lui rappeler que cette vie n'en était pas une, qu'elle n'était que douleur et noirceur, mais peu importait actuellement, elle acceptait son destin. Elle se résignait à vivre cette vie qui n'en était plus une, à rester seule dans cette profonde vacuité qu'était son monde. Elle était prêt à souffrir encore et encore, si cela était bel et bien sa mission.

Angela soupirait, elle n'avait pas pu se reposer, juste le temps de s'assoupir avant de se réveiller en sursaut dans cette cave qu'elle avait rejoint après avoir couru jusqu'à ne plus pouvoir respirer, poursuivie par tant de cadavres décharnés, elle s'était réfugiée ici, avec pour seul équipement ce sac avec des vêtements, de la nourriture, et d'autres objets inutiles pour l'occasion. Finalement, chaque rencontre qu'elle faisait se terminait mal, ou plus que mal, ou bien, si elle n'était pas si mauvaise, elle s'écourtait très vite, elle portait la poisse, et ces mots n'étaient pas lancés à la légère.

Elle souffrait, de la solitude, du fait qu'elle ne pouvait compter que sur elle même, encore et toujours, mais aussi des diverses blessures qu'elle avait reçu, aux cuisses, dans le dos, au visage, aux mains ou encore aux avants-bras, elle s'était écorché plus ou moins partout, et elle ne savait pas si les morts se repéraient comme les grands prédateurs marins, grâce au sang. Mais ce n'était pas cette pensée qui la poussa à sortir de cette cave, non. Angela ne se sentait pas en sécurité ici, une seule sortie signifiait aussi une seule entrée, et si quelqu'un la repérait, ce serait la fin pour elle. La jeune femme se serait assise pour manger un petit quelque chose dans le peu qu'elle aurait pu dégoter dans cette maison, et elle en aurait profité pour se changer. Elle avait eu pas mal de chance, ces fringues étaient propres. Enfin, toujours plus propres que ceux qu'elle portait, des sous-vêtements propres, un jean et un t-shirt, elle conservait toujours son sweat-shirt tâché de sang datant de sa résurrection et ses chaussures de trecking, qui étaient son plus précieux bien en ce moment là, surtout après avoir distancé Owen sans grande difficulté.

Malgré ses blessures, elle se sentait capable de sortir pour trouver un meilleur refuge, en hauteur cette fois-ci, afin de pouvoir prendre un peu de repos sans avoir à s'inquiéter de ce qui pourrait venir la déranger. Angela était sortie de cette cave, les ténèbres dominaient cet environnement déjà plus qu'inquiétant, seule la lune permettait à la jeune femme de s'orienter tant bien que mal. Elle aurait décerné à plusieurs dizaines de mètres, ou du moins, une centaine de mètres, quelques silhouettes qui s'agitaient légèrement entre elles. Morts ou vivants, Angela n'allait pas se faire prier pour découvrir ce qu'elle avait face à elle. Elle changea de direction pour partir en direction de l'Ouest, bien qu'elle n'en avait pas encore conscience. La jeune femme se serait avancé en direction de cette grande bâtisse qu'elle aurait vu au loin, elle avait retenue son attention car cette grande maison possédait un étage, une aubaine pour Angela qui pourrait se reposer à cet étage sans craindre d'être attaquée en pleine nuit par les morts. Elle serait entrée dans l'enceinte de cette grande maison, son grand sac à la main, sans prendre de réelles précautions, la fatigue l'en empêchant sans aucun doute.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Sam 3 Déc - 15:53
Le temps avait passé au fil de l’encre qui s’écoulait de la pointe de son stylo, traçant des lettres qui composaient des mots, des mots qui composaient des phrases et des phrases qui construisaient finalement une histoire. Son histoire, celle de sa soeur et d’une manière plus générale, celle de ce monde, observé par la bien maigre lucarne de sa vision des choses. Tout ce qu’il avait eu, depuis quelques temps, se résumait à quelques lignes globales d’une situation qui se dessinait déjà comme catastrophique. Le soleil avait fini par disparaître pour laisser place à sa pâle consœur, reine de la nuit.

Matt n’avait en réalité plus aucune perception du temps qui avait bien pu s’écouler, une heure au minimum, peut-être deux. Quelle importance finalement ? Ce fut un gargouillement d’estomac qui le tira de ses notes particulièrement absorbantes. Ça et les fourmis qui lui couraient dans les jambes jusqu’à son arrière-train ankylosé par l’immobilisme. Aussi s’était-il vu poussé par la faim à regagner l’intérieur de la masure, récupérant son arme, marchant, errant jusqu’à la réserve et la cuisine aménagée avec un automatisme familier, son corps manœuvré de simples réflexes acquis dans cette vie comme dans l’ancienne.

Ouvrir une boîte de conserve, des haricots blancs en sauce, les faire réchauffer sur la gazinière. Préparer une soupe lyophilisée, la laisser mijoter longuement dans un peu d’eau bouillante pour y donner un semblant de consistance comme d'appétence, afin de la porter à sa Mel’ souffrante, qui avait les plus grandes difficultés du monde à se nourrir. Un mal sournois que Matt ne parvenait pas à identifier, mais qui laissait sa frangine dans un état déliquescent qui ne manquait pas d’inquiéter l’aîné Campbell quant à la santé de sa sœur. Un souci de plus parmi une longue, mais non des moindres aux yeux du jeune homme. Peut-être même l’un des pires alors que dans quelques fugaces scénarios imaginés dans sa tête, il ne pouvait imaginer pire que celui de perdre sa cadette, son unique point de repère dans ce monde délabré, la raison qui l’avait poussé à continuer d’avancer malgré les tourments, la faim, la fatigue, probablement même en dépit de la mort. Une des raisons, parmi bien d’autres, qui poussaient l’homme à prendre soin de cette dernière, plus qu’il ne l’aurait fait pour n’importe qui d’autre. Il n’était pas certain d’avoir encore le goût ou la force de vivre si celle-ci venait à disparaître de son existence à nouveau. Tout comme il n’était profondément pas prêt à survivre sans le repère qu’elle constituait.

C’est ainsi qu’une dizaine de minutes plus tard, passées à contempler les bulles sporadiques qui venaient éclore à la surface veloutée de la soupe lyophilisée, il avait rejoint le camping-car, l’esprit un poil plus allégé par l’espoir de voir si sa cadette se trouvait en meilleure forme, l’espoir aussi de pouvoir échanger quelques mots, voire quelques plaisanteries si elle en avait la force.

Des espoirs qui se virent déçus, et c’est un Matt plus renfermé et bougon qui quitta le camping-car ; plus inquiet que jamais au point de mettre bien trop de temps à percevoir les bruits de pas, sur sa droite. Des pas qu’il estimait lourds et traînants, sûrement laborieux, qui lui glacèrent le sang presque instantanément. Il avait marqué quelques secondes d’inaction, figé par l’appréhension de savoir l’une de ces créatures si proche, capable de le prendre par surprise et mettre fin, sans état d’âme, à la protection qu’il devait à sa soeur en même temps que son existence. Une idée qu’il refusa d’admettre, lui faisant finalement saisir entre ses mains le lourd fusil à pompe préalablement remisé sur son épaule. Mais sa détermination n’avait d’égale que sa crainte d’être confronté à l’une de ses horreurs à nouveau. Il n’était pas particulièrement à l’aise avec la violence, encore moins avec les armes.

Il s’appuyait préférablement sur l’aspect dissuasif de son arme que son aspect létal, mais face aux morts, il n’y avait pas de menace à faire valoir. C’était blanc ou noir, pile ou face, vivre ou mourir. Et c’était en cela que ces infectes créatures étaient les plus effrayantes. L’ancien archéologue alla donc plaquer son dos contre l’aile arrière de la carlingue du camping-car, serrant le fusil comme si ça vie en dépendait. C’était le cas d’ailleurs. L’oreille tendue, il guettait simplement la progression du mort à l’aveugle, cherchant à deviner la direction de celui-ci alors qu’il était bien incapable encore de l’apercevoir. Et bien malheureusement, il pouvait constater que les bruits de pas se rapprochaient. Serrant les mâchoires et levant les yeux vers le ciel, il tâcha de prendre une longue inspiration par les narines, cherchant un courage qu’il aurait plus aisément trouvé dans quelques gorgées de Scotch avant de finalement se résoudre à passer à l’offensive.

Jaillissant brusquement de l’angle arrière du camping-car, il avait ramené le canon du fusil droit devant, sans réellement chercher à viser, et encore moins à tirer. Car si Matt était certes un incompétent en armes à feu, il n’était pas un idiot pour autant, et il avait eu tout le loisir de constater par le passé que ‘coups de feu’ était désormais synonyme de ‘morts qui rappliquent’. Telle une morbide brigade anti-gang de l’apocalypse.

Mais sous ses prunelles émeraudes, il ne découvrit aucun mort, aucun infecté. Juste la silhouette, apparemment saine d’une jeune femme, qui charriait un grand sac dans sa main. Une découverte à double tranchant, car si la dualité brutale inhérente à l’affrontement avec un mort-vivant se voyait effacée, au même titre que le fusil retrouvait toutes ses capacités de dissuasion, il n’en restait pas moins qu’il s’agissait désormais de déterminer quel sort réserver à cet autre être humain, et surtout fallait-il pour Matt réussir à jauger ses intentions sans se méprendre, car là encore, il allait de sa vie et celle de sa sœur.


« Bouge pas ! »

L’aîné Campbell avait craché cet ordre, sèchement bien que sa voix tremblotait légèrement sous le coup de l’adrénaline et la tension.

« Lâche ton sac et met-toi à genoux ; les mains sur la tête si tu y tiens. »

L’homme n’agissait certainement pas à l’instinct, ni à l’aveugle, se contentant de reproduire, presque bêtement et mécaniquement les vieux clichés de films d’action qui avait bercé son adolescence, le genre de films qui se laissaient regarder béatement lors d’une soirée pleine de vacuité, d’alcool et de marijuana. Restait désormais à confronter fiction hollywoodienne et réalité cauchemardesque, avec la différence majeure que Matt n’avait aucune certitude sur la suite à donner à la situation. Dialoguer ? Laisser cette gosse partir ? Tirer et offrir un peu de compagnie à Cassandra ? Finalement, il s’agissait là pour Matt d’apprendre à se confronter, seul, à la plus dure des réalités de ce monde : l’humain.

« Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu fous là ? »

Deux questions somme toute banales, mais qui n’en étaient pas moins lourdes de conséquences, surtout si la jeune femme braquée se mettait en tête de ne pas obtempérer aux demandes de Matt.

Angela Lawson

Anonymous
Invité
Mar 6 Déc - 23:54
Finalement, elle était peut-être réellement faible. Que ce soit d’esprit, ou de physique, quoi qu’il en fût, Angela était sans aucun doute trop faible. De grosses difficultés à porter son sac, elle ressentait de la douleur dans chacun de ses muscles, une lourde fatigue, tant sur la plan physique que psychologique. Elle n’avait pas vérifié les alentours, découvrant le véhicule stationné ici seulement lorsqu’elle était à une dizaine de mètres de lui, elle était totalement exténuée. Ses rencontres précédentes ne lui avaient étés d’aucun repos, bien au contraire, elles l’avaient rendues encore plus faible et plus fragile que ce qu’elle était déjà. Et c’était déjà trop. Bien trop pour qu’elle ne puisse continuer à endurer ça, elle ne le pouvait plus, et elle ne le voulait plus, peu importait son destin. Angela tenterait de façonner sa propre destinée, même si elle savait que son insignifiance lui empêcherait, même si elle savait qu’elle se résignerait sans doute à s’abandonner à une fatalité bien plus funeste.

Oui, Angela était faible, ou du moins, elle s’était affaiblie, elle n’avait même pas vérifié les environs, elle s’était aventurée seule, sans armes, et surtout, sans aucune précaution dans l’enceinte de cette propriété qui aurait très bien pu être infestée de morts, ou pire, d’hommes. Malgré tout, son destin restait son destin, et ce qui devait arriver, arriva. Elle l’aurait entendu, cet homme qui aurait fait un, puis deux pas rapides en sa direction, effectuer un rapide mouvement dans les airs avec ses bras, comme s’il brandissait une arme imposante, mais dès qu’elle l’avait entendu, il était bel et bien trop tard, et cette page qui devenait actuellement la dernière page de cet ouvrage qu’était son destin, revenait à cet homme qui la braquait en ce moment-même, cette page était entre les mains de cet homme, avec rien d’autre qu’une plume et qu’un encrier rempli. Allait-il tirer un trait rapide sur ce qu’aurait pu devenir cette jeune femme ? Ou bien allait-il simplement poursuivre la continuité de son histoire avant de lui rendre la plume de sa propre vie ?

Même son instinct lui avait fait faux bond alors qu’elle s’était retrouvée proche de cet homme qui lui avait hurlé un ordre d’une façon aussi sèche que celle-ci. Finalement, il n’avait pas tiré, c’était sans doute une bonne chose, du moins, elle l’espérait. Mais Angela avait obéi, elle n’avait pas bougé, si ce n’était pour lever lentement les mains au ciel en détournant légèrement la tête vers la droite, afin de voir du coin de l’œil le canon de cette arme pointée vers elle, vers son visage. Sa vie équivalait à une simple pression de doigt. La vie des autres valait-elle plus que la sienne ? Ou bien était-elle la seule à se sentir aussi faible et insignifiante à cet instant-ci ? Quelqu’un d’autre avait-il déjà eu sa vie posé sur cette table de poker face à une simple pression de doigt ? Si oui, était-ce celui qui avait tout à perdre qui perdait, ou bien celui qui avait tout à y gagner ? Et surtout, qui était qui dans cette situation présente ? Angela avait-elle quelque chose à perdre finalement ?

Peut-être que la seule chose qu’elle aurait à perdre, ce serait son sac, qu’elle maintenait avec difficulté accroché à son bras gauche, bras qu’elle tendit légèrement en direction de la gauche pour laisser ses seules possessions glisser comme si elles fuyaient celle qui n’avait plus qu’elles. C’était ainsi que ce sac glissa légèrement le long du bras d’Angela avant d’arriver au niveau de sa main, là où son bras ploya avec une plus grande insistance vers le sol, laissant le sac tomber et venir soulever la poussière sur laquelle elle avait ses pieds posés, une poussière rejoindrait peut-être dans les quelques instants à venir.

Dépossédée de tout ce qu’elle avait, Angela obtempéra à cet homme en hochant légèrement la tête avant de ployer lentement le genou droit pour le poser à terre, avant de faire de même avec le gauche. Les choses venaient en s’améliorant, elle n’était plus attachée et ne reposait plus dans une cave. Un brin d’espoir dans un champ de désolation et de morts qu’était ce monde, ce monde qui était celui d’Angela, mais aussi celui de cet homme qui aurait pu penser que deux semaines de nourriture ainsi qu’une bonne cuite valaient sans doute la peine d’une pression de doigt et de quelques grammes d’acier perdus.

Finalement, sa vie se résumait à cela, des choses insignifiantes, elle commençait en avoir conscience depuis son réveil. Mais son destin n’était plus entre ses mains, ses mains qui venaient d’ailleurs de se poser sur l’arrière de son crâne, obéissant aveuglément à cet homme qui avait quant à lui, ce fusil, mais aussi la vie d’Angela entre ses mains. Elle espérait juste qu’il utiliserait le tout à bon escient. Mais espérer n’était quelque chose que la jeune femme effectuait aisément, préférant le pragmatisme, elle ne pouvait que se demander si négocier ses vivres contre sa vie était un marché acceptable, ou si ce n’était qu’un suicide tardif. La chance souriait peut-être à Angela alors que l’homme venait de lui poser quelques questions, des questions simples, mais qui pourraient lui permettre de reprendre en main la plume de son destin.

« Je m’appelle Angela… Je… je ne suis personne… D’accord ? Je… je fuyais les… morts, et je… je suis arrivée… ici… Je cherchais juste un endroit où dormir… Je vous laisse mon sac et je pars, je ne reviendrai jamais… Je vous en supplie… S’il vous plait… »

Ses premières phrases étaient hésitantes, comme si la peur lui chatouillait la gorge, alors que sur les dernières phrases, sa voix tremblait, trahissant l’irascible peur qu’elle éprouvait face à cet homme armé qui aurait pu faire d’elle ce qu’il souhaitait.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Mer 7 Déc - 18:45
Maintenant la jeune femme en respect et en joue par fusil à pompe interposé, Matt restait statique sans détacher son regard ni la mire de son arme de l’inconnue. Pourtant, malgré l’apparence de sa posture comme celle de son phrasé, l’homme ne se sentait pas particulièrement à l’aise dans cet exercice d’agression préventive. Il sentait sa gorge se nouer et son cœur battre la chamade dans son thorax, la tension de son acte le rendant plus fébrile encore que la jeune femme paraissait réellement terrorisée.

Malgré tout, malgré les explications de la prénommée Angela, Matt n’abaissa ni la menace de son arme, ni sa vigilance en faisant un pas de plus en direction de la jeune femme. D’un mouvement de pied assez sec et ferme, il repoussa le sac de voyage, non sans forcer, un peu plus loin, afin de l’éloigner de l’emprise d’Angela, amenant la bouche du canon de son fusil venir embrasser l’arrière du crâne et les cheveux de l’inconnue. Il ne manqua pas de raffermir son emprise et la pression exercée par l’arme contre la tête de cette dernière, se gardant tout de même d’approcher son index de la queue de détente du fusil pour prévenir tout risque d’accident. Une réalité que la jeune femme ne pouvait très probablement pas saisir du fait que Matt était lentement venu se placer dans son dos pour tenter de conserver sa position dominatrice. Néanmoins, il finit par reprendre la parole, d’un ton plus doux et posé qui jurait d’autant plus avec la menace qu’il entretenait.


« Reste calme. Je ne suis pas ce genre d’homme. Simplement, reste calme. »

Il avait répété ces derniers mots à plusieurs reprises avant de tendre son bras gauche vers la jeune femme, sa main droite continuant de soutenir le fusil dont le poids se faisait d’autant plus ressentir.

« Je vais te fouiller, simplement vérifier que tu ne caches pas d’arme. »

Une précision qu’il avait cru bon d’apporter afin de ne pas susciter de réactions épidermiques chez la demoiselle. Après tout, Matt avait pu être le témoin distant et silencieux de quelques-unes des horreurs les plus viles auxquelles s’adonnaient les hommes en ces temps de perdition, où il ne faisait clairement pas bon être une femme. Sans geste brusque, il laissa sa main gauche glisser le long des bras, puis des côtes de la jeune femme jusqu’à sa taille, d’abord sur son flanc gauche, puis le droit. Il tâchait de ne pas se montrer particulièrement insistant auprès d’Angela dans sa manœuvre, afin de laisser présager le moins possible un quelconque amalgame d’ordre charnel.

Sa palpation corporelle s’achevant sur les chevilles de la jeune femme, Matt finit par se redresser et se reculer de quelques pas, passablement rassuré et rompant par la même occasion le froid baiser du canon contre le crâne de la demoiselle. Pourtant, quand bien même Matthew avait un aussi bon fond qu’un bon cœur, il n’était pas naïf au point de baisser complètement sa garde face à l’absence de menace directe que représentait Angela. Mais il devait bien reconnaître qu’il ne pouvait rester sourd et détaché face à l’apparente détresse de l’inconnue ; après tout, lui-même s’était retrouvé grosso modo dans une position similaire quelques semaines auparavant, la menace armée en moins, mais à devoir faire face au même genre de méfiance qui se voulait légitime et contemporaine.


« Tu peux te relever, lentement et sans trop de geste brusque. Je n’ai pas de raison de te faire de mal, et je n’en cherche pas, d’accord ? Bien. »

L’ancien archéologue et enseignant s’était livré à un petit jeu de question-réponse, comme il avait eu la fâcheuse habitude de le faire par le passé au sein de son université. Angela, si elle l’avait souhaité, aurait pu constater que malgré les dires de Matt, ce dernier avait toujours dans les mains son fusil, légèrement pointé dans sa direction bien qu’il ne représentait plus une menace immédiate et létale en se trouvant plutôt dirigé vers ses jambes que son thorax.

« Il n’y a encore pas si longtemps, je me suis retrouvé à ta place. Seul, perdu, sans repère et sans savoir où aller. Mais j’ai eu la chance de tomber sur un homme, un groupe de personnes en réalité qui continuaient de faire preuve d’humanité et de charité en m’offrant de partager le peu qu’ils possédaient. Aujourd’hui, je me retrouve en position de force, si l’on peut dire, et puisque le choix m’appartient d’agir en homme ou en monstre ; je choisis d’agir en homme. »

D’un mouvement lent, Matt dirigea l’embouchure de son fusil en direction de la maison afin de la désigner d’un petit rehaussement de la pointe de son arme comme de son regard. Si Angela s’était retournée pour dévisager l’homme, elle aurait pu être marqué par le regard de ce dernier, las et assombri de cernes bien distinctes malgré la pénombre, une barbe hirsute et épaissie, mal entretenue, recouvrant la partie inférieur de son visage et une partie de sa gorge. Une veste de cuir brune sur le dos, ouverte sur l’avant et dévoilant le col en V d’un pull beige, un jean grisâtre, délavé et passablement crasseux venant accentuer son image de survivant fatigué.

« Tu peux passer la nuit ici. Cette maison reste modeste et n’offre pas de grand confort, mais aucun mort ne l’habite. Il y a plusieurs chambres libres à l’étage. Tu peux investir celle que tu souhaites bien que je te conseille celle de droite en haut des escaliers. Par contre, je garderai ton sac et tes affaires avec moi. Je ne te les vole pas, rassure-toi, je te les rendrais quand tu décideras de repartir. C’est tout ce que je peux te proposer, un toit et une nuit paisible. Tu pourras dormir en paix. Qu’en dis-tu ? »

Angela Lawson

Anonymous
Invité
Sam 17 Déc - 0:40
Angela était là, en proie à cet homme armé, encore une fois, tel un éternel recommencement, une boucle sans fin dont elle était retenue prisonnière en son centre. Elle n'osait même plus se demander si tout cela était réel, ou si c'était elle qui perdait totalement les pédales, malgré le fait qu'elle était relativement faible depuis son réveil, elle avait toujours su conserver une certaine intégrité mentale, les mêmes questions revenaient sans cesse pour tenter de lui faire reprendre contact avec la réalité. Quel jour était-il aujourd'hui, où était-elle, que c'était-il passé depuis sa perte de conscience ? Tant de questions sans réponses qui auraient sans aucun doute pu l'aider à comprendre tout ce qu'il se passait ici, des réponses qui auraient pu l'empêcher d'avoir le sentiment de devenir complètement timbré. Oui, même si c'était réel, elle aurait aimé savoir si le Diable lui jouait un tour, que son âme ait quitté son corps ou non, que l'Enfer qu'elle vivait était sur Terre ou ailleurs.

Elle entendait ses paroles, ses mots prononcés avec ce ton plus calme que précédemment, mais elle l'entendait, elle l'écoutait, ce n'était pas ce genre d'homme disait-il, comment avait-il pu deviner ce à quoi elle penser ? Ce genre d'homme ? Ce qu'elle avait craint tout au long de son existence, ce qu'elle avait dû affronter dès son réveil, des hommes affamés qui n'attendaient que la première occasion pour s'en prendre à elle. Angela aurait souhaité croire les propos de cet homme-là, comme Owen, si il voulait quelque chose, il l'aurait obtenu par la force, en utilisant son arme. Finalement, peut-être que la chance tournait pour elle ?

Elle écoutait ses mots, et à l'entendre, elle se voyait en lui, quelqu'un de méfiant, qui préférait rester prudent, une preuve d'intelligence selon Angela. La jeune femme sentait la main de l'homme venir glisser le long de son corps, de son flanc jusqu'à ses chevilles, mais il n'aurait rien trouvé, car Angela ne possédait rien, absolument rien. Tout ce qu'elle avait trouvé restait dans ce sac déposé sur le sol à une maigre distance d'elle. Elle ne craignait rien pour le moment, elle n'avait plus peur lorsqu'elle se releva. Elle gardait tout de même les mains en évidence, préférant elle aussi la prudence plutôt que de prendre le moindre risque.

Elle n'avait cessé de l'écouter, le laissant terminer son monologue sur la bonté humaine, Angela passa outre ces détails, mais se demanda en cet instant si les autres personnes de ce groupe étaient bel et bien comme il les décrivait, des personnes humaines selon ses dires. Elle voyait le canon du fusil pointé en direction de la bâtisse, puis l'homme recommença à parler, finalement, il était sans doute pareil qu'Owen, peu de contact humain et ça lui manquait à tel point qu'il en faisait des monologues sans attendre de réponse. Jusqu'à ce qu'il lui propose de rester dormir ici. Sur le moment, elle se demanda ce qu'elle risquait en restant ici, était-ce plus sûr de partir maintenant alors que la nuit commençait à envahir les cieux, que les morts se trouvaient ici et là, qu'elle n'avait pas d'arme, plus son sac et qu'elle était complètement exténuée, et qu'elle aurait sans aucun doute pu rencontrer d'autres personnes bien moins charmantes que cet homme là. Elle avait abaissé les mains lentement avant de se retourner légèrement.

« Très bien, je resterai ici pour la nuit... Merci beaucoup... »

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Mar 20 Déc - 18:28
Face à l’acceptation d’Angela découlant de la proposition qu’il venait de lui faire, Matt ne put réprimer un léger sourire sympathique et compatissant à l’égard de la jeune fille. Finalement, il laissa le canon de son fusil pendre au bout de sa main droite, longeant sa jambe vêtue d’un jean usé et passablement crasseux alors que son bras gauche se tendait, lui, en un sincère geste d’invitation pour offrir toute liberté à Angela de monter à l’étage et profiter du calme des lieux, pour autant qu’il durerait, afin de se reposer. Si la jeune femme avait pu avoir que quelques questions d’ordre pratique, Matt y aura répondu bien volontiers, avec une amabilité certaine sans pour autant se départir d’une légère méfiance. Qui savait ce qu’il pourrait bien passer par la tête de cette inconnue désormais qu’il s’était montré bien moins menaçant et dangereux que de prime abord ? Certainement pas lui ; et l’aîné Campbell n’était décidément pas homme à se laisser tromper aussi facilement qu’auparavant. Son humanité lui avait coûté la vie une fois. Il ne comptait pas commettre la même erreur ni retrouver les bras de la mort de la même stupide sur-exposition aux menaces, même potentielles

Au lendemain matin

A son réveil, qu’il soit matinal ou des plus tardifs, Angela aura pu découvrir un Matt affairé dans la cuisine de la masure. Penché au-dessus de la cuisinière, la table comme les divers plans de travail fortement encombrés de nombreuses bouteilles en plastique vides, des gourdes de formes, couleurs et contenances variées, il ne sembla pas remarquer la jeune femme dans un premier temps. Sur la gazinière, tous feux allumés, trônaient casseroles et faitouts dégageant quelques fumerolles de vapeur blanche et inodore qui montaient lécher le dessous d’une hotte aspirante en inox éteinte, faute d’être alimentée en électricité. L’homme se contentait simplement de faire bouillir de l’eau, afin de la stériliser et la rendre propre à la consommation. En témoignaient les trois jerrycan en plastique rouge déposés non loin de ses pieds, près de la baie vitrée qui ne contenaient, fort heureusement pour la santé des soiffards, plus une goutte d’essence depuis fort longtemps.

Mais sur cette table, parmi l’étalage de récipients, se trouvaient également quelques paquets de biscuits secs et grand luxe parmi le luxe en ces temps plus qu’incertains et désastreux, le rouge et noir d’un paquet de café, pratiquement vide, de l’amer nectar en poudre. Une simple bouilloire en verre transparent contenant une fraction du breuvage laissait même infuser ses arômes caféinés dans le salon. Des effluves qui faisaient concurrence à l’habituelle odeur, bien moins ragoutante, de putrescence et de corps en décomposition qui flottait dans l’air. Pour finir, un large livre, gonflé de plus de trois cents pages, reposait lui-même sur l’un des coin de la table, offrant à la vue de tous et de chacun son titre pompeux : “De la plante à la plaie : usage médicinal des monocotylédones Vol. 1.”

Une saine occupation à laquelle se livrait l’aîné Campbell, constituant tant un divertissement qu’un enrichissement personnel tout à fait profitable. Allier l’utile à l’agréable, voilà bien une expression qui s’était faite rare par les temps qui couraient. Très souvent, l’agréable n’avait rien d’utile, et réciproquement. Matt trouvait dans les mots et le savoir, matérialisés ici sous la forme d’un bouquin trouvé dans les étagères de la bibliothèque de cette ancienne ferme, une échappatoire tant à ses doutes et ses tourments qu’au labeur de sa nouvelle solitude. La maladie de Melody qui n’en finissait pas de s’éterniser, Matt n’ayant ni les connaissances, ni les compétences nécessaires pour diagnostiquer le mal et encore moins y trouver remède, le départ de tous ceux qui avaient initialement fait le choix d’aider à la reconstruction du campement Hope, le meurtre de Cassandra et la culpabilité de l’ex-archéologue à devoir lui offrir sépulture et extrême onction pour finalement charrier le deuil. C’était trop, bien trop pour les épaules d’un seul homme qui n’était pas encore taillé à cela, malgré les prétentions que sa fierté le poussait à nourrir.

Il ferait mieux, bien mieux, il se l’était juré à maintes reprises au cours des derniers jours écoulés, et plus encore durant la courte nuit aux phases de sommeil sporadiques et entrecoupés de réveils angoissés que des morts, ou des hommes ne débarquent par dizaine dans l’enceinte de la propriété. Le visage marqué, les traits tirés par la fatigue, le manque de sommeil comme de distraction et des simples plaisirs, Matt se contentait simplement de faire bouillir de l’eau. Une tâche simple, mais qui appelait à une légère concentration, pas trop poussée certes, juste suffisante pour s’occuper l’esprit.

Et il ne se serait pas rendu compte de la présence d’Angela, réveillée, dans la maison, si celle-ci ne venait pas se manifester à lui ; laissant ainsi libre cours à la jeune femme d’explorer la maison et ses nombreuses pièces, bien que le débarras de celle-ci, transformée pour l’occasion en armurerie du groupe et renfermant en son sein les affaires de la jeune femme, se trouvait verrouillé par une simple serrure dont l’aîné Campbell détenait la clé.

Dans le cas contraire, si elle venait à se manifester à sa conscience, l’homme se serait retourné, non sans un léger sursaut de surprise, à son interpellation. Puis il l’aurait salué, d’un mince sourire fatigué et d’un plus simple :


« Salut. »

Par la suite, et toujours sous conditions de réponse et de présence, il aurait tenté d’entamer la conversation avec la jeune femme.

« Bien dormi ? Tu as faim ? A moins que tu ne préfères faire un brin de toilette ? J’ai fait bouillir de l’eau, je peux te réserver un seau d’eau chaude. Maigre luxe, mais c’est du fait maison… »


Une dernière remarque énoncée sur le ton plus léger de la plaisanterie, bien que son faciès à la barbe hirsute et aux ridules plus prononcées, le faisait paraître quelques années plus vieux, contrastait fortement la douceur de sa voix grave.

Angela Lawson

Anonymous
Invité
Mer 21 Déc - 23:39
Après les quelques mots qu’elle aurait prononcé à cet homme, elle se serait avancée en direction de la bâtisse, jetant malgré tout un léger coup d’œil par-dessus son épaule gauche pour être certaine de ce que faisais cet homme pendant qu’elle se rendait dans ces lieux inconnus. L’obscurité alliée à la fatigue rendaient difficiles la perception des lieux, bien que les barricades aux fenêtre y étaient sans le moindre doute pour quelque chose, cependant, elle avait réussi à trouver sans trop de difficulté cet escalier qui montait à l’étage légèrement sur sa droite, juste à la sortie de ce qu’il semblait être le salon, la pièce de vie principale, où rien ni personne n’y vivait. Chance ou malchance ? Seul l’avenir en connaissait la réponse.

Même si Angela se posait tout un tas de questions, que ce soit sur le nombre d’habitants dans cette maison, aux alentours, ou bien tout simplement où étaient les amis de cet homme qui semblait résider dans cette bâtisse et qui lui offrait le gîte quelques secondes après avoir posé son arme sur elle. La jeune femme se posait de nombreuses questions, des questions qui auraient pu paraître stupides au premier abord, mais certainement pas pour Angela qui était revenue de l’Enfer très récemment. Bien trop récemment. Où se trouvait-elle ? Quel jour était-il ? Quel était le sens de ces mots prononcés bien plus tôt dans ce caveau ? Mais dans l’immédiat, les rares questions qui turlupinaient la jeune femme se concentraient surtout sur le nombre ‘habitants dans cette maison, mais surtout, de ce groupe de survivant qui avait accueilli cet homme barbu à l’extérieur.

En montant lentement les escaliers, prenant tout le temps nécessaire pour arriver au sommet dans le plus grand silence afin d’écouter les possibles bruits d’un survivant présent dans cette habitation, ou encore d’un possible cadavre ambulant qui se serait caché tel un fourbe sous un lit comme cela avait lui arriver précédemment. Il était impossible que cet homme soit seul, à moins qu’il ait une grande quantité de vivres et que la demeure soit piégée ou sécurisée. N’importe quel survivant savait que de rester immobile un trop long moment remettait en cause de le principe même de la survie, écrasant drastiquement les chances de revoir les rayons du soleil un autre jour. Les autres survivants, les nomades du moins, fouillaient les environs, chaque maison une à une, chaque bâtiment qui aurait pu contenir de l’équipement ou de la nourriture, exactement comme elle l’avait fait auparavant. Et surtout ici, dans une zone à la fois proche de la ville, qui permettait aux survivants fuyant les buildings de se ressourcer dans des zones à moindre risque, mais une zone assez éloignée de la ville pouvant permettre une exploration bien plus simple et bien plus sécurisée et sécurisante qu’en pleine ville où les cadavres pullulaient tels des larves en plein cœur de ces mêmes créatures du Diable.  

Tout un raisonnement futile et inutile qui amenait Angela à déduire que cet homme n’était pas seul. Ou alors il lui manquait une case. A première vue, il ne lui manquait qu’une bonne nuit de sommeil, ou bien un café noir sans sucre, chose qu’il n’avait pas dû avoir depuis des lustres à en croire les cernes qu’avait pu percevoir Angela malgré cette obscurité pesante. Trop de questions embrumaient son esprit, des questions simples, mais qui étaient malgré tout, bien trop compliqué pour que la jeune femme ne puisse y répondre, ou ne serait-ce qu’y réfléchir intelligemment. Après tout, ce n’était pas une surprise, elle avait perdu la quasi-totalité de ses facultés, qu’elles soient physiques ou mentales. Elle ne l’aurait jamais avoué, préférant garder son orgueil - et non pas sa fierté – intact, plutôt que d’admettre ses faiblesses, mais elle le savait au fond d’elle-même, Angela était faible, malgré tout ce qu’elle aurait pu se dire ou penser.

La jeune femme aurait terminé sa réflexion qui trouvait autant de réponses qu’elle n’avait d’utilité. Strictement aucune. Tout comme l’importance que cela méritait. Strictement aucune. Angela n’aurait pas tenté de fouilles les autres pièces qui se trouvaient à l’étage, préférant rentrer dans la chambre qui se trouvait sur sa droite. Elle aurait légèrement poussé la porte, restant à l’entrée pour être certaine qu’aucun danger ne s’y trouvait avant de refermer la porte derrière elle. Oh putain. C’était le grand luxe. Un lit. Deux places en plus. C’était autre chose que de dormir dans des bagnoles cloîtrées dans des garages individuels, ou bien de crever dans un coffre de bagnole, non ? Naturellement, Angela se serait jetée sur le lit, exactement comme une gamine de douze ans, mais ça, elle s’en foutait totalement. Le lit était confortable, mais ce qui la ramena à la réalité c’était sa douleur. Que ce soit celle qui provenait de ses paumes, de ses cuisses, ou bien du bas de son dos, elle ressentait toujours cette légère souffrance causée par son échappatoire in-extremis par la fenêtre explosée du rez-de-chaussée où elle avait fait la rencontre d’Owen, et accessoirement d’un cadavre qui avait failli la bouffer, encore une fois.


Mais Angela avait déjà retiré les quelques morceaux de verre lorsqu’elle s’était réfugiée dans cette cave, et même si la douleur continuait de paraître, elle avait enlevé son sweat-shirt qui datait de sa morsure pour le balancer par terre avant de rester avec ses fringues toutes neuves. Enfin, par neuves, on prend en compte le fait qu’il n’y a pas de sang, pas d’odeur de pourriture et de macération bien dégueulasse qu’elle avait pu avoir sur ses anciens vêtements. Enfin, plutôt sous-vêtements, parce  qu’elle était morte en soutien-gorge, elle avait bien sûr gardé son sweat-shirt, et son sweat et son jean semblaient biens moins pourris que ses dessous, mais quand même, la Mort s’était sans aucun doute rincé l’œil lors du passage d’Angela en Enfer. C’était un rêve. Un lit. Double en plus, un lit double ! Et des fringues – plus ou moins propres – à sa taille, sérieusement, c’était tout confort, surtout en comparaison de ce qu’elle avait vécu auparavant. Mais tous les bons moments ont une fin, celui-là en aura lui aussi une. C’était là, sur ce lit, et non pas dedans, car elle s’était effondrée de sommeil sans même s’installer dans les draps, sans même faire attention s’il y avait des draps d’ailleurs. Elle s’abandonnait à Morphée, sans la moindre résistance, elle n’avait aucune envie, et surtout, aucun moyen de résister à cette étreinte si agréable qu’était celle de la divine Morphée.


Angela se serait réveillée, bien longtemps après que le soleil ne se soit levé, après tout, cette bonne nuit de sommeil n’était pas de trop, bien au contraire. La jeune femme aurait attendu quelques instants, écoutant des possibles bruits qui auraient pu venir d’autres pièces adjacentes à la sienne, ou bien des bruits provenant du rez-de-chaussée, qui sait ? Angela avait mis de côté sa méfiance avant de descendre les escaliers sans chercher à être silencieuse. Après tout, s’il avait dû se passer quelque chose, cela aurait été cette nuit, pendant qu’elle dormait, non ? Elle n’y pensait même pas, pour elle, il n’y avait aucun danger, elle avait baissé sa garde, et comme toujours, personne ne pouvait savoir si elle avait des raisons de baisser sa garde, ou si au contraire, elle avait tort de se relâcher comme cela.

Mais elle serait arrivée au salon, voyant ce même homme affairé à on-ne-sait-quoi en pleine cuisine. SI jamais c’était des œufs avec du bacon, il n’y avait aucun doute sur le fait qu’Angela serait mort de bonheur sur place. La jeune femme se serait avancée dans sa direction, conservant malgré tout une certaine distance entre eux avant de lancer un simple salut, d’une voix assez calme, tout le contraire du ton qu’elle avait employé la veille lors de leur première rencontre.

« Bonjour. »

Il devait sans doute être extrêmement concentré pour être surpris comme cela par Angela, qui n’avait fait aucun effort de distraction, et qui apparaissait devant lui avec un simple t-shirt noir, un jean d’un bleu tout ce qu’il y avait de plus classique, et de ses fidèles chaussures de running qui en avaient vu de toutes les couleurs. Par ailleurs, la réaction de cet homme ne faisait qu’accroître la conviction d’Angela sur le fait qu’il n’était pas seul. Rester seul, en cuisine, sans avoir d’œil au dehors alors que des morts ou des vivants auraient pu rentrer dans l’enceinte de la bâtisse, c’était soit complètement fou, soit un risque totalement mesuré car le garde n’avait rien signalé d’inquiétant. Et à le voir, et à l’entendre, il n’avait rien d’un fou. Pas le moins du monde. Elle l’aurait laissé lancer la conversation en la bombardant de questions, et en l’écoutant, Angela ouvrait la bouche béatement, tout en passant les mains sur son visage avant de les faire remonter sur son front et dans sa chevelure plus que grasse avant de prendre une inspiration plus qu’audible en signe d’admiration et d’étonnement avant de pousser un léger rire nerveux.

« Maigre luxe ? Vraiment !? Ça fait des mois que je n’ai pas pu me passer un simple coup d’eau sur le corps ! J’ai trouvé quelques affaires de toilette hier, mais je ne suis jamais passé par la case «salle de bain»… Mais oui, je mangerai volontiers quelque chose… »


Elle aurait laissé ces simples mots partir à l’oseille de cet homme dont elle ne connaissait toujours pas le nom d’ailleurs avant de reprendre la parole.

« Sinon oui, j’ai vraiment très bien dormi. Je crois que c’est ma meilleure nuit depuis tout ça… Merci monsieur… ? »

Elle aurait laissé sa question en suspens, car oui, elle attendait de savoir comment s’appelait cet homme, c’était le strict minimum avant d’en apprendre plus sur cet endroit, et surtout, le début d’une conversation saine. Pour une fois.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Ven 23 Déc - 11:36
« Matthew Campbell. Enfin, tu peux m’appeler Matt. Les gens ont plutôt l’habitude de m’appeler par ce diminutif. »

Le justement prénommé Matt avait accompagné sa réponse d’un sourire plus avenant que précédemment, avec un ton plus enjoué bien que la fatigue restait prédominante dans sa voix. Manifestement, il semblait très heureux de pouvoir nouer un contact humain, une simple discussion, malgré les tensions et la méfiance du quotidien.

« Je suis satisfait que tu ais pu profiter de cette nuit de repos. C’est quelque peu réconfortant de savoir que je n’ai pas veillé inutilement sur cette maison. »

D’un geste lent, le bras légèrement tremblant, l’homme désigna la table encombrée et son étalage de bouteille, puis lui-même s’avança de quelques pas dans cette direction. Matt récupéra deux bouteilles qu’il ramena vers la cuisine, tout en continuant de parler, serein, presque désinvolte.

« Il doit traîner quelques paquets de biscuits sec dissimulés au milieu de cette forêt de bouteilles. Sers-toi, mange à ta faim. »

Une fois encore, l’aîné Campbell faisait preuve d’une surprenante hospitalité, eu égard des us de ce nouveau monde et la mentalité dominante qui semblait pousser les hommes à se montrer plus égoïstes et cruels que jamais envers leurs pairs. Etait-ce là la conséquence de devoir massacrer au quotidien leurs semblables décharnés, obligeant jusqu’au plus sain des esprits à s’habituer à l’horreur, tout simplement ? Matt n’en avait pas la réponse certaine, seulement une hypothèse parmi tant d’autres, mais qui lui paraissait au demeurant la plus probable de toutes.

Avec précaution, il avait commencé à transvaser une casserole d’eau laissée à refroidir dans l’une des bouteilles, aidé dans sa tâche d’un entonnoir en plastique vert pomme. Une corvée qui pouvait paraître aussi étrange que désuète dans un monde aussi moderne, mais qui se voulait en réalité tout à fait familière à l’ancien archéologue. Focalisé sur sa tâche et ses gestes, il reprenait sa conversation soliloquée avec une certaine légèreté, parlant à Angela autant qu’à lui-même, toujours animé de ce désir de discuter, de tout, de rien.


« Avant tout ça, j’étais archéologue. J’ai participé et dirigé quelques chantiers de fouilles, principalement en Israël. C’est là-bas que j’ai pris l’habitude de faire bouillir et filtrer de l’eau pour la rendre potable, puisqu’il était difficile de pouvoir compter sur les ravitaillements d’Haïfa ou Tel-Aviv. Les joies de la guerre, comme dirait l’autre… J’ignore si cette épidémie a pu atteindre le Moyen-Orient, même s’il me paraît vraisemblable que le monde entier en soit la victime. Mais à mon avis, les populations de ces pays ont dû avoir bien moins de mal que nous à s’y habituer. Les horreurs, ça fait quelques décennies qu’ils les vivent.

Quoi qu’il en soit, il m’est resté quelques vieilles habitudes qui s’adaptent plutôt bien à ce nouveau monde même si, pour d’obscures raisons, j’en ai oublié une grande partie aujourd’hui. Le camping sauvage, vivre de maigres luxes comme une bassine d’eau pour se laver de temps en temps, c’est pas spécialement nouveau pour moi. On se contentait de peu pour faire beaucoup, construire un chantier à partir de sable, reconstruire l’Histoire...»


Matt finit par marquer un temps d’arrêt dans son récit de souvenir, lâchant un petit soupir mêlant amusement et mélancolie.

« Je parle, je parle et je radote les vieux souvenirs. Un vrai grand-père avant l’heure, n’est-ce pas ? »

Une remarque qu’il se fit sous la forme d’une question rhétorique, terminant de vider la casserole dans une énième bouteille, la remplissant par la suite d’eau impropre issue d’un des jerrycans dans un léger grognement d’effort.

« Reconstruire l’Histoire, pour ne plus pouvoir la conter aujourd’hui. Drôle d’ironie. Certains soirs, je m’imagine prendre une simple batte de baseball pour ensuite exploser tout ce qu’il est possible de démolir dans cette baraque. Et quand j’aurais les mains trop pleines d’ampoules pour pouvoir continuer à frapper, alors j’y foutrais le feu. Je la regarderai brûler, s’effondrer dans un amas de braises incandescentes avec la satisfaction de savoir que cette bicoque et ses ruines ne deviendront pas, plus tard, un pan constitutif de notre mémoire collective, que l’on oublierait peut-être ainsi que les hommes sont devenus plus bestiaux que des animaux. Ce serait un joli spectacle, je pense... »

A nouveau, l’homme s’était engagé dans un monologue pensif, délivré à voix haute sur un ton rêveur, n’effectuant sa tâche de potabilisation que par quelques gestes automatiques. Au terme de celui-ci, il se tourna finalement vers la jeune femme.

« Et toi Angela ? D’où viens-tu ? Et que cherches-tu dans ce monde ? »

Angela Lawson

Anonymous
Invité
Lun 26 Déc - 0:56
Angela aurait écouté sa réponse sans broncher, ne répondant uniquement à son sourire par un simple mimétisme, qui révélait à son tour, un sourire bien moins prononcé que celui du dénommé Matt. Elle était certaine qu'il était comme Owen, en manque de contact humain, ça se voyait. Finalement, peut-être était-ce ceux qui avaient le moins de contact avec l'homme qui détenaient la plus grande part d'humanité de ce monde déchu. La jeune espérait juste qu'elle n'aurait pas à tout abandonner encore une fois et à repartir se terrer dans une cave.

Mais à écouter Matt, Angela eut comme un déclic, il avait veillé sur cette maison alors qu'il semblait aussi fatigué que cela la veille au soir, se trouvait-il seul dans cette grande bâtisse ? C'était purement impossible, il n'y avait pas de barricades à chaque entrée, pas de sortie d'urgence, oui oui, sortie d'urgence, et non pas de secours comme pourraient le penser la plupart des gens, rien qui aurait pu lui permettre, ou même lui faciliter le fait de rester en vie plus longtemps. Soit cet homme était totalement inconscient, soit il gardait le campement des membres de son groupe en attendant leur retour tardif.

« Merci, j'avais juste picoré le peu de nourriture que j'ai trouvé... »

Elle avait lancé cette phrase d'une voix assez basse, comme si elle allait se faire réprimander si elle en mangeait bien trop. Mais Angela s'approcha du fameux paquet de biscuits, celui n'attendait qu'une chose, c’était de combler l'appétit de la jeune femme qui s'était rationné au maximum pour conserver le plus possible de nourriture pour les jours à venir. Peut-être qu'elle allait partager le peu qu'elle avait trouvé ?

Peut-être qu'elle le devrait, mais n'était-ce pas le prix à payer pour pouvoir profiter d'une nuit de sommeil, et surtout, d'une paire d'yeux qui surveillaient les alentours, lui assurant la sécurité ? Ou encore deux bras supplémentaires et une aide plus que précieuse lorsqu'elle serait obligée de fouiller encore et encore ces innombrables maisons en cherchant des vivres. Sauf s'il était comme les autres, mais elle chassa rapidement cette dernière pensée qui traversa sa tête. Son destin était tracé, ce qu'il devait arriver arrivera. Et ce jour-là, elle serait prête.

Elle écoutait parler Matt, et cela confirmait l'idée qu'avait Angela de cet homme, il était comme Owen, content de parler, de pouvoir continuer d'avoir un simple contact humain, elle avait l'impression que cela comptait énormément pour eux, finalement, Angela s'en moquait, elle avait passé tellement de temps seul à uniquement tenter de survivre qu'elle en avait perdu cette habitude, d'avoir une conversation aussi simple. Malgré tout, elle restait concentrée sur les mots qui sortaient de sa bouche, après tout, elle était en forme, une bonne nuit de sommeil dans les jambes, et des biscuits dans la bouche.

Elle l'observait, mélangeant cette eau, une geste simple, elle se souvenait qu'il fallait toujours faire bouillir l'eau avant de la consommer, simple règle de sécurité, un geste anodin, mais qui sauvait un grand nombre de vies si les gens avaient un minimum de matière grise. Puis vint le temps où l'archéologue se rendait sans doute compte qu'il s'était lancé dans un monologue, et où les seules réponses qu'il obtenaient n'étaient que des légers hochements de tête de la part d'Angela qui avait les jours grossies à force de manger chaque biscuit qui lui passait sous la main. Ses mots se glissaient jusqu'aux oreilles d'Angela simplement, jusqu'à ce qu'un simple mot bloque l'esprit de la jeune femme. Jusqu'à ce qu'un mot vienne se coincer dans les rouages bien encrés de la bienséance de la brune.

Le feu. Un avenir fait de flammes bien plus grandioses que celles passées. Chaque mot qui se rapportait au discours de l'Inquisiteur l'hébétait, la laissant songeuse, lui rappelant qu'elle n'était rien d'autre qu'une petite fille perdue dans ce chaos total, où tout ce monde était voué à brûler, à finir en cendres. Un léger frisson lui parcouru l'échine juste avant que Matt ne se tourne vers Angela pour lui poser une série de questions auxquelles elle répondit juste après avoir terminé sa bouchée.

« Hum... Je bossais dans la conformité, je regardais des dossiers chaque jour pour voir si mes collègues avaient bien fait leur boulot. Éviter les vices de formes, les erreurs stupides... Enfin, tout ça quoi. Je bossais et je vivais à San Antonio avant tout ça, puis j'ai fait mon bout de chemin. Aujourd'hui je ne me pose plus de questions, j'essaie d'avancer sans m'arrêter, de la survie pure et dure. Ne jamais rester au même endroit plusieurs jours, passer parfois des jours sans aucune nourriture, étudiant le moindre risque à chaque pas... Je survis. C'est tout, je cherche rien d'autre.

Et toi ? Où ils sont tous tes potes ? Ne me fais pas croire que tu es ici tout seul. »

Elle en était sûre, un archéologue n'était pas stupide, et seul quelqu'un de stupide prendrait comme demeure cette maison sans lui faire d'améliorations, de plus, tout son discours sur le fait de brûler cette maison ne pouvait que conforter Angela dans l'idée que Matt n'était pas seul dans cette maison, ou du moins, dans les alentours.
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