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[LP, O, 1] Droit au répit - 11/04/35
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Evènements

Anonymous
Invité
Mar 20 Déc 2016 - 16:29







Droit au répit
Interprété par Elizabeth Evans et James Everett.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 20 Déc 2016 - 16:36
Son reflet lui renvoyait toujours la même image de fond, bien que la forme ai radicalement changée après ce qu'il avait fait subir à sa pilosité, ce fond restait encore et toujours le même, il n'était pas beau à voir. Les derniers jours avaient été pénibles, quand il espérait relancer efficacement la machine et souder son groupe, deux meurtres surgissaient de là où on ne les attendaient pas pour tout briser. Il avait fait le nécessaire pour remotiver les siens, notamment en leur donnant des objectifs clairs, une volonté d'avancer et des équipements en conséquence, il espérait que la forme soit suffisante, qu'ils ne voient pas le fond, le sien.

Des morts, encore des morts, des tas de cadavres s'empilaient devant sa porte imaginaire, qu'il se voyait ouvrir chaque matin dans la glace, pour les contempler. Ils étaient derrière lui, son reflet et le regardaient, tous. Il y avait ce type de l'avion, Jessica, Carlson, Faith, Koda, Kailtin, Doug, Seth, Jimmy, cette fille rousse dont il n'avait jamais su le nom, Frida, Jordan, et d'autres encore, dont Samuel étrangement, sans doute savait-il au fond de lui qu'il était déjà mort. Une foule derrière son reflet, debout et livides, ces gens l'observaient chaque jour lorsqu'il croisait un miroir. Ils l'attendaient, son tour viendra et ils seront là pour l'accueillir, vers une terre de paix ou un gouffre de feu, peut-être juste le vide, il ne le savait pas encore. Pour le moment, ils demeuraient, ne partaient jamais, quoi qu'il fasse, il venait chaque jour pour retrouver leur compagnie silencieuse, et chaque jour ils étaient là.

L'évier de la salle de bain propre au dortoir officier avait été rempli d'eau, il y enfonça les main un instant pour les sortir plus rapidement encore et s'asperger le visage d'eau, l'humidifier, le réveiller, perturber ces pensées noires qui venaient l'assaillir chaque jour de chaque heure. Les membres de son propre groupe le railleraient pour cela, de les avoir inciter à parler de leurs craintes alors que lui-même se gardait bien de confier à celle qu'il aimait tous ceux qui le harcelaient dans le miroir, sans doute craignait-il plus que tout de l'accabler de ses tourments, elle qui avait bien assez vécu de drames en quelques semaines. La préserver, lui permettre de souffler, c'était important et si il lui avait évidemment raconté ce qui leur était arrivé à lui et Kyle, les retrouvailles lors de leur sortie d'avec l'agresseur, il n'avait pas senti le besoin de lui expliquer la manière dont Kyle avait défoncé le visage de ce type, ni comment ils avaient abandonné ces hommes aux crocs cannibales des morts-vivants.

En sortant de la salle de bain, il marqua un temps sur le pas de la porte, profitant que la chambre soit vide de la présence de sa compagne en l'état, pour s'accorder un moment afin de se reprendre, éloigné de son reflet. Il s'équipa ensuite, de ce qu'il avait récupéré pour lui en finalité. Place importante pour la veste d'aviateur noire trouvée dans l'une des armoires non-utilisées du dortoir hommes, qui lui allait à ravir. Il avait toujours aimé ce genre de veste et elle était bien assortie à son ensemble noir : tee-shirt, pantalon cargo, ceinture et rangers, aucun changement de ce coté-là. Si se défaire de son gilet tactique et son bouclier n'avait pas été aussi facile qu'il l'avait laissé paraître lors de la grosse réunion de la veille, l'expérience récente avec Kyle avait montré qu'il était à présent capable de se débrouiller sans, nombre de ses aptitudes d'antan retrouvées lui avaient redonné une confiance en lui qu'il pensait avoir perdu à son retour à la vie.

L'ancien barbu cala sa paire de poings américains, un dans chaque poche intérieure de sa veste, son Colt 45 qu'il appréciait déjà, à l'arrière de sa ceinture et entre ses mains de nouveau solides et fermes, le Colt M16A1 troqué à Kyle. Si la semaine passée les entraînements avaient été quelque peu mis de coté, il avait reprit son rythme depuis deux jours via la très pratique salle de sport du bâtiment et ne comptait plus le transgresser, car les résultats étaient là et il avait récupéré une assez bonne musculature et de sa robustesse physique qui lui avaient fait défaut dans l'avion deux mois auparavant. Oui, il se sentait capable de beaucoup à présent.

Il referma la porte du dortoir derrière lui et le verrouilla, précaution habituelle, car Elizabeth avait sûrement prit de l'avance ailleurs dans le bâtiment étant donné le temps qu'il avait mit à sortir de cette salle de bain. Le fusil calé contre son buste avec une certaine décontraction, son petit sac à dos pendant par une épaule, il traversa le couloir, le hall et descendit les escaliers pour rejoindre la Chrysler garée au rez-de-chaussée. Il fallait dire que c'était un sacré espace qu'ils avaient là, laissant imaginer l'organisation drastique qu'il avait fallu aux pompiers pour entreposer et entretenir une troupe de camions d'intervention, tout cela ne servait plus pour le moment qu'à accueillir deux ou trois véhicules bien moins encombrants et beaucoup plus modestes.

Par les temps qui courent, il n'en fallait pas plus et après avoir ouvert les grilles de front du bâtiment inférieur, il rejoignit le véhicule à l'arrêt dans le bon sens par rapport à la sortie et commença par ouvrir la porte à l'arrière du conducteur, posant sur le siège son fusil Colt et son sac à dos. Il prit place à l'avant, calant son arrière train bien correctement sur le siège et plaça la clé dans le démarreur, sans le lancer. James préféra laisser cette dernière suspendue et disposa ses mains sur le volant, le temps qu'Elizabeth ai rejoint la voiture et s'installe à ses cotés. Si sa sortie avec Kyle avait été, en dépit des événements, agréable, il n'y avait pas meilleure coéquipière qu'Elizabeth à ses yeux, et ses yeux ne se lassaient pas de la regarder elle et ses courbes, c'est ce qu'il fit avec grand intérêt en la voyant arriver, un sourire en coin.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 9 Jan 2017 - 12:01
Cela faisait une semaine depuis les derniers événements, du moins, pour ceux qui la concernaient uniquement, et rien ne s’était reproduit alors si bien qu’elle se demandait si cela n’avait pas été qu’un mirage ou une simple inquiétude qui n’en valait pas la peine. Elle était toujours debout, aussi en forme qu’elle pouvait l’être en ces temps apocalyptique, bien que ses angoisses toujours présentes, tournant en rond dans son esprit sans parvenir à s'en débarrasser. Si elle s’était davantage rapprochée de son amie Ivy, sa relation qu’elle entretenait avec James avait néanmoins pâtit de quelques distances depuis plusieurs jours, d’un côté comme de l’autre, et qu’elle regrettait réellement. Quelque part, elle était assez ravie de la tournure qu’avait pris leur survie après leur départ car la majorité des décisions qui avaient été prises avaient été, à son sens, les meilleures décisions possibles, néanmoins, en son for intérieur, elle regrettait que ces décisions aient dû être le fruit de James. En si peu de temps, il avait sût faire avancer les choses mieux que quiconque, au prix cependant de leur proximité. Il n’était plus son James, mais celui de la communauté, qui attendait, espérait et comptait sur lui.

C’est pourquoi, lorsque son bien-aimé lui confia la volonté de cette sortie, Elizabeth en fut dans un premier temps très surprise, et ne put réagir que par un balbutiement de gêne, acceptant ce tête-à-tête, augmentant en même temps ses inquiétudes à son propos. Le Jeudi arriva avec une lenteur extrême, se retrouvant seule par moment le reste de la semaine, confrontée à ses idées et ses angoisses qui la rongeaient de plus en plus, elle avait attendu ce moment avec une impatience enfantine, se préparant assez à l’avance dans sa chambre tandis que son compagnon s’attardait dans la salle de bain. Elle finit par se diriger vers la cuisine pour prendre sa collation du jour, picorant un peu à droite et à gauche ce qui lui faisait envie, entre crackers salés et pickles, haricot noir cuisiné, viande séchée et barre chocolatée Hershey’s. Même si la majorité des stocks étaient composés essentiellement de fruits ou de légumes, Elizabeth avait préféré jeter son dévolu sur des mets plus appétissants et plus rapide d’accès.

Elle quitta la pièce en froissant le papier de sa dernière friandise, la fourrant dans la poche de son pantalon large de pompier, son précédant bien ayant connu une fin définitivement funeste. Bien qu’elle avait réussi à mettre la main sur quelques affaires ayant appartenu à une femme, sa propre carrure était bien plus chétive que celle de la précédente propriétaire la forçant à ajuster une ceinture autours de sa taille au plus serrée. Elle avait également décousu les bandes réfléchissantes. C’était mieux que rien du tout, et avec le temps, elle avait commencé à s’y sentir à l’aise.
Cela faisait bien longtemps qu’elle avait banni le glamour et l’esthétique de son vocabulaire, favorisant le confort et le côté pratique essentiel. Par-dessus son sous-pull beige de saison, elle avait équipé le gilet pare-balle cédé par James il y a quelques semaines de cela déjà, avant même leur arrivé sur place au Perchoir. La refonte des équipements n’avaient pas vu d’énorme changement pour elle, obtenant néanmoins un plus grand sac à dos, et un monoculaire infra-rouge qui lui convenait plutôt bien.

Ses deux armes, le FNC et le VP70, commençaient à lui être familier, lui permettant d’acquérir une gestuelle plus automatique que calculée. La bandoulière du fusil pendant à son épaule, elle épousseta le kevlar de son gilet puis ses mains sur son pantalon tandis qu’elle remontait le couloir vers la chambre ou devait se trouvait James. C’est en trouvant porte close qu’elle comprit que ce dernier s’était déjà mis en route. D’un pas empressée, elle rejoignit alors l’immense garage du rez-de-chaussée, trouvant un James déjà bien calé côté conducteur, attendant par quelques coups d’œil dans ses rétroviseurs. Il était monté à bord du véhicule dont les clés lui avaient été subtilement subtilisées deux jours plus tôt, mais dont elle n’avait pas eu l’occasion de le remarquer avant. Elle avait trouvé le rideau de fer ouvert et arrivait donc dans l’alvéole de garage par l’avant, croisant le regard de son compagnon et lui accordant son sourire spécial qu'elle lui réservait avant de longer la carrosserie côté passager. Elle n'était pas encore habitué à la nouvelle esthétique de James, l'ayant toujours vu avec une barbe, de plus en plus épaisse au fil des jours, et cela lui rappelait qu'elle n'avait été au courant de ce changement qu'en même temps que tous les autres, se sentant partiellement trahis de ne pas avoir profité de la primeur de ce changement.

Elle ouvrit dans un premier temps la portière arrière pour y ranger l’ensemble de son équipement, abandonnant sac à dos et fusil, calant convenablement son VP70 à sa ceinture et vérifiant les fixations du monoculaire et du talkie avant de refermer derrière elle. Elle finit donc par monter à l’avant, s’empressant de verrouiller sa ceinture, geste qu’elle avait fini par ne plus prendre à la légère après le dernier accident de voiture avant de porter son regard vers le conducteur.

« Parée. Tu as déjà une idée de notre destination ? Un petit commerce ou quelque chose du genre, ça pourrait être pas mal. »

Ils n’avaient pas vraiment eut le temps d’en parler, ou plutôt, n’avaient pas pris le temps de le faire, mais cette question n’était pas vraiment innocente. Elle espérait quelque part qu’ils n’aient pas à se perdre dans les usines de l’Ouest, ou dans les champs. Elle gardait toujours un objectif en tête dont elle se faisait sa priorité discrète.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 12 Fév 2017 - 22:57
Elizabeth grimpait dans la voiture, vraisemblablement motivée par leur sortie, qu'elle n'en perdait pas de temps pour questionner leur destination. Il est vrai que James n'avait pas vraiment pris le temps d'en discuter avec elle, à vrai dire, il n'avait pas pris beaucoup de temps pour discuter de quoi que ce soit avec Elizabeth ces derniers jours, il s'en rendait bien compte, plus il était dans son rôle de chef, les jours passants, moins il tenait son rôle de compagnon. Il avait conscience qu'à ce titre, la semaine passée avait été résumée pratiquement à se retrouver le soir pour dormir en tombant de fatigue, il ne savait pas vraiment comment elle se portait et cela lui provoquait des remords.

C'est à cette réflexion pour sa compagne si proche de lui, qu'il eut un air absent à la regarder quelques instants, avant de se décider à revenir devant lui en répondant, sa main se saisissant des clés pour démarrer la voiture :

« En fait je pensais aller à la pharmacie, c'était notre objectif avec Kyle la semaine passée, mais... on avait pas pu y arriver. Ça devrait aller cette fois. »

Il était resté fort vague sur les détails, qu'il occultait en réalité complètement, ça aussi il n'en avait pas parlé à Elizabeth, ou à qui que ce soit, de ses mésaventures sanglantes avec Kyle. Il était vraiment nécessaire qu'il ai une discussion avec sa bien-aimée, s'il persistait à laisser la situation s'enliser dans ce quotidien qui mettait de coté sa relation, celle-ci ne ferait que se dégrader et il s'y refusait. Derrière ses airs de certitude, il n'aimait toujours pas sa position et plus il décidait, moins il se sentait à l'aise à être à la tête des opérations, mais surtout sa relation avec Elizabeth était plus importante que tout, ce qui ferait hérisser à Jena tous ses poils si elle venait à l'apprendre.

Le moteur chantant, la Chrysler franchit l'entrée du rez-de-chaussée et s'engagea sur la place-parvis, rejoignant rapidement la route qui fila vers le sud sur quelques dizaines de mètres jusqu'à l'intersection qui permis au couple de partir vers l'Ouest et leur destination, le secteur "O". La route n'avait rien de compliqué à suivre, une ligne droite sur une terre bien dessinée et de vastes champs d'herbe de chaque coté, c'était un coin très agréable, si on omettait ces temps de drames et de fin du monde. Les yeux quelque peu brillants, s'humidifiant de fatigue, James lâcha de la main droite le volant pour venir s'essuyer les yeux, avant d'imposer cette même main sur la cuisse recouverte de la demoiselle aux cheveux d'ébènes, lui accordant un regard joint d'un petit sourire, puis il réfléchit tout en observant la route.

« Je me rends compte qu'en dehors des affaires du groupe et des événements, on a jamais vraiment pris le temps de parler de toi et de moi, de qui nous étions, de ce que nous faisions, où nous avons grandit. Je sais que tu étais un... illustre agent du gouvernement, une psychologue et la bête noire des autres filles jalouses. » Ajoutait-il en plaisanterie, y laissant échapper un petit rire amusé. « Juste ça, en quatre mois, il y aurait eu de quoi se poser des questions il y a encore quelques temps. Avec tout ce qu'il s'est passé, on a pas eu une minute à nous, mais ça va mieux maintenant, je l'espère... alors, faisons connaissance, enfin. Dis-moi qui a été Elizabeth avant tout ça, je veux tout savoir. »

A nouveau il lui porta un regard tendre, tapotant sa cuisse de sa main sans s'en retirer, en geste d'affection. Il y avait encore un bout de chemin à parcourir avant d'entrer en ville, ce qui leur laissait un peu de temps pour se concentrer sur eux, dans leur cocon métallique où personne ne viendrait les déranger.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 13 Fév 2017 - 17:27
Dès que les premiers mètres furent franchies, Elizabeth se sentit déjà prit d’un incroyable mal à l’aise. Elle avait l’impression de se sentir oppressée dans ce véhicule avec comme seule échappatoire une portière donnant sur de l’asphalte filant à vive allure. La bonne nouvelle, c’est qu’elle n’avait pas à quémander quoi que ce soit à propos de la destination et cela lui enlevait une épine du pied. Avec un peu de chance, elle pourrait trouver exactement ce qu’elle recherchait pour lever définitivement les doutes qui pesaient sur ses épaules. Elle avait beau essayer de se convaincre qu’il ne s’agissait que d’idées bien ridicules d’ailleurs, elle tournait définitivement en rond autours de cette incertitude qu’elle n’avait pas même pu partager avec son amie Ivy en dépit de la plus grande proximité qui s’était tissée entre les deux femmes. Elle se sentait tellement honteuse et ridicule qu’elle en rougissait souvent toute seule quand ses pensées commençaient à devenir trop envahissante. A la fin de cette journée, elle serait soulagé de s’être monté la tête à ce point et tout ceci ne serait plus qu’une bien lointaine et mauvaise plaisanterie. Quelle idée que le seul et unique médecin à des milliers de kilomètres à la ronde soit précisément celui qu’on veut éviter d’inquiéter pour des balivernes ?

Elle hocha plusieurs fois la tête, les yeux clos, pour donner le change à son malaise, laissant sans doute à supposer d’un premier regard une quelconque fatigue qui serait honnêtement bien justifiée. Le contact fut si surprenant et inattendu pour elle qu’elle en sursauta, son cœur bondissant dans sa poitrine, tambourinant pour s’échapper et s’enfuir le plus loin possible tandis qu’elle sentit sa respiration se bloquer. Elle resta un instant figée sur place, entendant d’une oreille presque absente ce que lui disait James sur un ton qui parvenait peu à peu à la calmer. Elle se rappelait de cet instant-là, à l’arrière du camion, lorsqu’ils étaient attachés, son intervention l’avait probablement sauvé d’une énième crise d’angoisse et c’est sur ce souvenir qu’elle se concentra pour se retenir de sauter du véhicule en marche. Sa main droite se crispa sur la poignée de la portière, s’y agrippant comme si elle se retenait de chuter, avant d’inspirer lentement et profondément, expirant avec la même attention avant de porter son regard sur le médecin, affichant un sourire contrit.

« Désolée. » Déclara-t-elle simplement sans trouver d’autre explication à donner sur son comportement s’il l’avait remarqué, car elle ne doutait pas qu’il ait senti sa gêne apparente même si elle n’avait pas eu de geste négatif à son égard.

Pour appuyer ses mots, elle s’empara de sa main, d’un geste très légèrement tremblant, la capturant entre les deux siennes pour l’isoler de sa cuisse. Un moyen également détourné pour soulager cette angoisse d’un contact qui se voulait très personnel et dont elle ne parvenait pas à comprendre l’origine alors même qu’ils avaient déjà partagé plus intime relation à plusieurs reprises.

« Mon dieu, James, tu enjolives un peu trop le tableau. Je n’ai jamais été qu’un pitoyable agent qui n’a sans doute obtenu sa place que grâce à un appui interne et qui n’a même pas su la conserver. Quant au titre de psychologue, je n’en ai jamais eu que le diplôme. Elizabeth… n’a été, au final, qu’une mascarade et n’a jamais eu sens plus véritable que lorsque tu as prononcé ce nom pour la première fois. »

Ses lèvres s’étirèrent en un sourire plus doux et sincère, son regard se reportant sur la route qui défilait comme les souvenirs issus d’un temps qui lui semblaient désormais si lointain et désuet.

« Aiden. Le nom que le Vagabond a prononcé et qui me concernait. Aiden Langdon. C’est… c’était… un brillant agent du FBI et comme un père pour moi. Il m’a sauvé la vie quand j’étais enfant. La dernière fois que j’ai eu de ses nouvelles, on ne parlait même pas encore des derniers événements qui ont détraqués le pays aux infos. Si je dois à quelqu’un ce que je suis devenu, c’est à lui. Entièrement.

Je ne crois pas qu'il ai survécu. »

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 14 Fév 2017 - 12:02
Il n'eut comme réflexe que de froncer les sourcils de surprise et d'incompréhension, en la voyant frôler la panique à l'instant où il s'autorisait à la toucher, comme s'ils n'en avaient pas l'habitude, comme si ce geste intime était déplacé et imprévu pour Elizabeth. Il y avait bien des choses qu'il ne saisissait pas encore d'elle, de son attitude et de sa façon de penser, cela en faisait partie, pour cause que ce n'était pas la première fois qu'elle avait ce réflexe étranger à son égard. Si au début, il s'était montré naturellement compréhensif face à des réactions qui lui semblaient normales, entre deux personnes qui se connaissaient à peine et débutaient leur relation, plusieurs mois plus tard, la voir revenir à ces racines dont il ne connaissait pas la justification lui paraissait au moins perturbant, jusqu'à le faire se questionner sur l'idée qu'elle puisse ne pas être aussi réceptive à James qu'elle voudrait le laisser paraître.

Il voulu retirer sa main, à défaut de pouvoir la comprendre cherchait-il à ne pas l'oppresser, mais elle saisit cette dernière dans les siennes et s'excusa. Il ne répondit rien de plus qu'un acquiescement hasardeux avant de retrouver la route, laissant à sa brune le temps de vouloir lui parler, ce qu'elle finit par faire. A l'écoute de son court récit, il tourna plusieurs fois la tête vers elle pour la regarder, plus qu'intéressé d'en savoir davantage sur celle qu'il avait choisi d'aimer, sans pour autant se désintéresser complètement de la route, question de sécurité. Instinctivement, il réagit au sourire de sa douce avec le même dessin sur son visage, il appréciait voir Elizabeth sourire, ce qui n'arrivait pas aussi souvent qui l'aurait souhaité, avec tout ce qu'ils avaient vécu, ce quotidien étouffant, les occasions se comptaient, cependant ils se possédaient l'un-l'autre pour enrober ce quotidien d'un peu de douceur et d'affection, et chaque jour James espérait que cela lui soit suffisant dans l'absolu pour qu'elle puisse tenir le coup.

Elle finit par se stopper dans son récit, après l'évocation de ce père de substitution, vraisemblablement, ce à quoi James laissait un moment de silence planer, guettant qu'elle lui en apprenne plus sur ses origines. Après quelques instants, contemplant l'air pensif de sa compagne, il hésita à la questionner et se dit que la meilleure façon de la pousser à s'ouvrir davantage sur son passé, c'était encore de prendre l'initiative plutôt que se poser en investigateur. C'est pourquoi, sa main serrant la sienne, il fixa concrètement son regard sur la route qui voyait l'orée de la ville approcher au devant, les premières bâtiments érigés en frontière. Il lui était plus facile de se livrer sur ses souvenirs fragiles sans tenir son regard.

« J'ai grandi à Fort Worth, du coté du centre-ville, pas loin du Triangle de Glenwood et de la Pennsylvania avenue. Mon père s'appelait Travis, un texan pure souche, ma mère Bridget, sa famille venait d’Irlande, tous les deux tenaient une petite blanchisserie de quartier, rien de fameux mais ça fonctionnait plutôt bien et ça payait les factures. Ils étaient plutôt conservateurs, modérés, des gens sans histoire. Mon père était du genre colérique, sans plus, ma mère avait le don de me foudroyer du regard quand je faisais l'idiot, j'étais fils unique et un quasi-miracle, ils tentaient depuis des années d'avoir un enfant.

On ne partait jamais en vacances, on ne faisait pas de folie, on avait pas les moyens pour tout ça et la mode, c'était un monde lointain, très lointain pour nous. Mais on mangeait à notre faim et on avait des vêtements pour nous réchauffer et un toit pour dormir, c'était le plus important. Un vieux pavillon que mon père passait son temps à retaper, fallait pas compter payer des pros pour les travaux, je l'aidais comme je pouvais quand j'étais ado. Le pire c'était le toit, cette saleté s'effritait de partout, les tuiles étaient de vraies éponges et tous les trois mois, on avait une fuite. Être réveillé dans ton lit par de la pluie froide qui te tombe sur le visage au milieu de la nuit, c'est une expérience à vivre. Mais on vivait correctement et mes parents s'aimaient, pour eux le divorce, c'était une connerie moderne. Comme mon père disait : avec ou sans mariage, fonder une famille, c'est pas se mettre la corde au cou, c'est faire ce pourquoi on est venu au monde.

Donner vie à des gosses, les élever, prendre soin de sa famille, c'est tout ce qui compte et celui qui te dira le contraire est un sacré blaireau. Comme à l'école, quand je me faisais chahuter par quelques emmerdeurs, il avait toujours cette réaction : est-ce que tu t'es laissé faire ? Moi je répondais non. Est-ce que tu leur a rendu leurs coups ? Je répondais oui. Bon, alors t'as fait ce qu'il fallait, on en parle plus. Et derrière ma mère qui pleurnichait au moindre bleu et me consolait avec ses muffins au chocolat faits maison, elle était si gentille. »


Ce fut à son tour de sourire de souvenirs évoqués, son regard voguant sur le paysage distraitement, mais ce sourire ne persista pas plus que quelques instants, quand il reprit.

« On vivait comme tout le monde, jusqu'au jour où deux types sont entrés, cagoulés et armés dans la blanchisserie, alors que mère était seule, mon père était parti s'occuper de la paperasse une heure ou deux. Ils ont voulu la caisse, évidemment, ma mère a refusé, on ne pouvait pas se passer du moindre sou et coté assurance c'était une vraie misère, alors elle s'est défendue avec ce qu'elle avait sous la main - mes parents avaient toujours été contre les armes à feu, elle a tenté de les faire sortir, les types ont paniqué, un coup est parti, le drame stupide classique... » Il s'interrompit un instant, mouvant la mâchoire en mâchouillant ses lèvres, son récit bien qu'emprunt de résignation, n'était pas sans faire remonter de vieilles émotions et rengaines, enfouies depuis longtemps au fond de lui. « Elle est morte à l'hôpital, pour un braquage banal, à cause de deux crétins qui n'étaient même pas adultes, dix sept et dix huit ans à peine, des abrutis du quartier voisin qui voulaient se faire un peu de fric facile et jouer au caïd. Mon père a pas supporté, ça l'a démoli. Les deux types ont été condamnés pour braquage à main armée et homicide involontaire, cinq et sept ans.

A la sortie du tribunal, mon père bouillonnait de l'intérieur à en devenir fou, il s'était complètement laissé aller durant les semaines avant le procès et à ce moment-là, j'imagine qu'il se disait qu'il avait plus rien à perdre de toute façon. Il a fait mine de rejoindre la voiture, il est entré, deux minutes après il ressortait, une arme dans la main cachée sous le manteau. Il s'est approché des types qui sortaient pour le transfert, a sorti son arme et moi j'étais là. Il ne me voyait plus, je n'existais plus pour lui, pourtant j'étais là à ses cotés, je l'ai vu faire et quand il a sorti l'arme, quand j'ai compris qu'il allait foutre sa vie en l'air pour se venger, j'ai voulu l'empêcher de tomber à cause d'eux, alors je lui ai sauté dessus, j'ai baissé son bras d'un geste paniqué et le coup est parti dans le sol, j'avais à peine seize ans.

C'était la première fois que j'assistais à un coup de feu, le trou que ça a fait dans le bitume... c'était vraiment impressionnant. La police est intervenue, elle a arrêté mon père et il a été inculpé pour tentative de meurtre. Le juge lui a fait aucun cadeau ou presque, il a été condamné à un an et demi de prison et comme on avait pas l'argent pour payer la caution, il a purgé sa peine. Depuis ce jour, où je l'ai empêché de venger ma mère, il m'a haï, de toutes ses forces, de toute son âme. Il m'a rejeté, il m'a dit que j'étais un traître, un lâche, que j'avais déshonoré la mémoire de mère et il m'a fichu à la porte dès qu'il est sorti de prison. J'avais arrêté mes études durant ce temps pour essayer de tenir la boutique en son absence, mais je n'ai pas réussi j'avais pas les épaules, elle a coulé, mon père a fini criblé de dettes et harcelé par cette bande de requins, il est devenu alcoolique, dépressif et après que les huissiers aient saisi la maison pour payer ce qu'il devait, il n'avait vraiment plus rien. Il s'est suicidé quelques mois après à ce qu'il paraît, j'ai jamais vraiment su, on a plus eu de contact depuis le jour où il m'a mis dehors. J'ai essayé de le retrouver l'année d'après, j'ai jamais réussi.

Ma mère, mon père, notre famille, tout a été détruit, à cause de deux déchets qui voulaient se faire un peu de fric, des racailles qui sont retournées à leurs deals à peine sortis de prison. Avec le recul, je n'aurais pas du empêcher mon père de les tuer, j'aurais du le laisser faire, mais c'est trop tard on ne revient pas en arrière. Tout ce qu'il m'en reste, c'est le souvenir d'une mère que j'ai trahis, parce que j'ai eu peur des conséquences qu'au final j'ai fait empirer. Je suis entré à l'armée après ça et j'ai passé les années qui ont suivi à tenter de me racheter, mais ça m'est resté dans les tripes. Ce que je suis devenu, mon parcours, ce que j'ai fais en tant que médecin, soldat, policier, tous les échecs de ma vie, toutes ces tragédies que je me suis infligé, tout ça est parti d'un vulgaire braquage de minables, tout ça pour une caisse avec quelques dizaines de billets à peine. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 14 Fév 2017 - 15:33
Contrairement à James, Elizabeth pu pleinement river ses yeux sur le visage de son compagnon durant toute la durée de son récit. L’entendre parler à cœur ouvert d’un passé à la fois doux et douloureux, d’une époque bien passée et révolue lui offrit un soupçon de courage face à ses propres démons. Peu à peu, ses mains cessèrent de trembler pour retrouver un calme serein, la pulpe de ses doigts se mettant à parcourir à la fois le dos et la paume de celle-ci en de lente caresse, traçant les sillons et éprouvant leur rigueurs typiquement masculine, jouant avec cette dernière sans pour autant céder à lui permettre de retrouver le confort de l’appui de sa cuisse.

L'absence de pilosité faciale de son compagnon lui permettait de mieux apprécier ses mouvements de mâchoire à chacun de ses mots, mettant en relief les instants où elle était davantage serrée, ou lorsqu’il se mettait à sourire, une légère fossette se dessinant à la commissure de ses lèvres. En d’autre circonstance, elle aurait sans doute fini par céder à la tentation de capturer cette bouche qui ne cessait de s’articuler comme un pantin provocateur et la mettait au supplice d'un simple désir, mais ni les conditions, ni l’instant n’était propice à un tel sursaut de passion bien involontairement incontrôlé. Ses yeux se contentèrent de se perdre dans le vide de ses pensées, tentant d’imager chaque détail lorsqu’il se prêtait à en donner à son histoire, cherchant à imaginer cet homme si solidement bâti avec des traits plus juvéniles, plus arrondis, plus immatures et innocents, l’incarnant dans un paysage Texans, dure et aride avec un chapeau de cow-boy fièrement fixé sur la tête.

Lorsque le discours devint plus sensible, plus dur et sans doute plus éprouvant, les mains d’Elizabeth resserrèrent leur prise pour ancrer sa présence à ses côtés en cet instant. Malheureusement, des affaires du genre, elle en avait connu des nombreuses, non pas à son actif, mais du temps où les archives du bureau fédéral avaient abrité ses lectures, lorsqu’elle tentait avec une implication mordante, d’intégrer le NCAVC. Cela ne rendait pas le récit de James moins poignant, bien au contraire. La fatalité en plus, elle était surtout touché parce que cette histoire était arrivée à l’homme qu’elle aimait ; difficile de ne pas se sentir impuissante face à des événements passés, mais elle aurait aimé, plus que tout, le connaitre avant tout ça.

A la fin de son récit, elle laissa s’écouler quelques secondes, le silence seulement perturbé par le vrombissement du moteur et des pneu sur le goudron mal entretenu. Lorsque son regard se posa sur la route, pour estimer la distance qu’ils avaient parcouru alors jusque-là, elle se préparait à lui rendre sa main s’il devait à devoir en faire usage pour passer les vitesses, dénouant légèrement ses doigts sans pour autant rompre leur contact.

« L’étude du comportement, c’était ça ma spécialité. Je voulais en faire mon arme pour apaiser les souffrances d’une humanité malsaine et permettre aux autres de vivre le plus longtemps possible dans leur candeur. Pendant des mois, le bureau a travaillé sur une affaire. Kidnappings, disparitions sans demande de rançon. Des étudiantes étrangères pour la plupart, nationalités différentes, sans doute parce qu’il était plus difficile d’établir un lien entre toutes et qu’il pouvait se passer un temps certains avant que l’alerte ne soit donnée. Il y avait toujours très peu d’indices, aucun témoin et pas de trace, ce n’était finalement que le fruit du hasard, ou presque. L’enquête a longtemps piétiné mais l’équipe ne voulait pas abandonner. Ils avaient recoupé ça avec la découverte du corps d’une femme d’une vingtaine d’année qui venait d’enfanter. A force d’acharnement, le bureau a fini par trouver une piste au Nouveau Mexique dans les campagnes du côté de Roswell. »

Ses yeux se portèrent à nouveau sur James, elle avait un regard assez détaché en comparaison de la gravité de l’histoire, comme si celle-ci ne la concernait d’aucune manière, ne faisant que réciter un rapport lu la veille.

« Ils ont fini par coincer le type responsable. Un certain Gustavo Angelo. Il vivait dans une espèce de ferme à plusieurs miles de la ville. Peu connu des habitants du coin, peu loquace, un peu étrange, mais sans réelle histoire, arrivé dans le coin depuis quelques années à peine. La maison était vraiment très petite, il y vivait avec sa femme et sept de ses enfants, âgés entre un et six ans. Lorsque les agents sont arrivés sur place, Gustavo ne s’est pas laissé faire. Il savait très bien pour quoi ils venaient alors même que les soupçons n’avaient pas de preuve réelle, pour lui, il n’y avait plus d’échappatoire. Il a pris une arme, un fusil de chasse, et à commencer à mitrailler les deux voitures descendus sur place. Les échanges de coups de feu ont duré, mais avant l'arrivé des renforts, il a fini par se faire descendre, tuant au passage deux des gamins qui n’avaient sans doute pas trouvé refuge assez vite et qui traînaient malencontreusement dans ses jambes alors qu’il débordait d’une folie meurtrière et suicidaire.

La femme s’est rendu rapidement après ça et les cinq enfants ont été recueillis par les agents. Paolo, Esteban, Esperanza, Marianna et Alejandro. Mais ils n’étaient pas au bout de leur surprise. Le type, Gustavo, un immigré mexicain, possédait également une cave accessible depuis la grange où deux femmes ont été retrouvées. Gustavo kidnappait, violait, puis tuait des jeunes femmes pour donner à la sienne les enfants qu’elle ne pouvait pas avoir. Deux survivantes. »


Elle fit une légère pause, n’osant plus regarder dans sa direction de peur que son discours ne le dérange et qu’il ne lui demande d’arrêter, mais continua tout de même.

« Elles étaient détenues dans des espèces de grandes cages, limitées au strict minimum d’un point de vu hygiène. L’une était enceinte, une canadienne de dix-sept ans à peine, disparue quelques mois avant. Elle rentra auprès de sa famille, avorta et continua à vivre comme elle pouvait. L’autre était un peu plus âgée, dix-neuf ans sur l’état civil. Une britannique aux cheveux roux et aux yeux vert, Sandra Maxwell. Le signalement de sa disparition remontait à quatre ans auparavant. Sandra était la mère de Marianna, trois ans, et d’Elena qui n’a pas survécu à l’altercation.

Il y a eu tout un tas de procès pour juger de la responsabilité de la femme de Gustavo qui finalement a été condamnée à 15 ans ferme et tout un tas d’autre pour que la survivante parvienne à obtenir la garde de sa fille. Lorsque Sandra y parvint, Marianna venait d’avoir 5 ans mais après avoir tant lutté, après tous ces combats menés, elle se retrouva très vite désemparée, submergée, maintenant qu’elle n’avait plus à se battre, maintenant qu’on lui demandait de retourner dans le monde d’illusion et de faire comme si de rien n’était. Elle a fini par se suicider. »


La voiture dépassa sur le côté droit un mort. Une femme autrefois à la peau dépéri désormais, la moitié des cheveux ayant disparu de son crâne, les bras tombant comme si elle avait du mal à se porter elle-même. Sa vision coupa Elizabeth dans son récit, laissant à James le temps qu’il voulait pour réagir. Ses lèvres se plissèrent à son tour pour les pincer entre ses dents, légèrement, avant de reprendre, la bouche devenant soudainement sèche.

« En vérité, ce qui y a changé, c’est que maintenant, nous sommes conscient à quel point le monde est pourri et dangereux. Mais c’était déjà le cas avant. On se croyait à l’abris, bien entouré dans nos cocons d’incrédulités, mais il nous rongeait déjà, insidieusement. Meurtres, viols, tortures, séquestrations. Hommes, femmes, enfants, personne n’étaient épargnés. Et c’est ce qui fait sans doute que, maintenant, nous avons potentiellement plus de chance de nous en sortir que quiconque, parce que nous ne sommes pas resté dupe bien longtemps. J’aime l’homme que tu es, James, et ces épreuves ont fait de toi quelqu’un de bien, quoi que tu en dises. Je sais que tant que tu seras là, je pourrais compter sur toi. Pour moi, c'est tout ce qui compte. »

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 14 Fév 2017 - 17:16
« Pour moi, c'est toi qui compte. »

Il avait répondu à sa suite presque du tac au tac, frottant la main de sa compagne en lui adressant un regard aimant. Son histoire le troublait, moins par son contenu, horrible et triste au possible c'était indéniable, que par le choix de ce récit en réponse au sien. Est-ce que cette histoire avait quelque chose à voir avec elle ? Était-ce parce que c'était le premier qui lui venait en tête du temps où elle se trouvait agent ? Cette histoire faisait-elle écho à la sienne ? Difficile à dire, un large voile de mystère entourait Elizabeth, si bien qu'il avait plus de mal qu'avec quiconque à voir au travers, ses sentiments jouaient en ce sens c'est sûr mais sa propension à être discrète était un facteur au moins aussi important.

Que cette histoire ai ou non un rapport avec elle, le fait est qu'elle ne voulait pas s'ouvrir, pas comme ça. Peut-être avait-elle du mal, peut-être ne voulait-elle tout simplement pas en parler, ou bien n'avait-elle pas encore suffisamment confiance en James, même si elle l'aimait et à ça il la croyait volontiers, pour entrer dans ces détails intimes de son passé. D'une façon ou d'une autre, elle ne voulait pas être directe et il ne comptait pas insister, il n'était pas intrusif de nature et insister serait à son sens déplacé, au contraire de l'empathie qu'il lui devait et agressif, ce n'était pas acceptable.

« Ce monde a toujours été dangereux, c'est vrai. Mais malgré les injustices, malgré tout ce qui faisait qu'il soit détestable, la corruption et l'égoïsme, il y avait un semblant de règles, pas toujours bonnes mais parfois utiles, des limites. Aujourd'hui, n'importe qui peut faire n'importe quoi à son prochain, il n'y a plus rien pas même d'imparfait, pour s'y opposer. Nous sommes retournés à l'état sauvage, au chaos, franc peut-être, mais sans limite ni la moindre pitié et ça me terrifie, parce que ça risque de nous pousser à faire des choses qui nous paraissaient inconcevables, qui iront à l'encontre de ce que nous sommes. Tu sais... »

Il inspira, secouant légèrement la tête pour lui-même, de la désolation de ce qu'il allait enfin aborder, sachant qu'elle aurait des raisons de lui en vouloir d'avoir attendu une semaine entière pour en parler. Devant lui, la route de campagne arrivait à sa fin, après quelques dizaines de mètres durant lesquels il avait replongé dans le silence, il retira sa main de celles d'Elizabeth pour manipuler la boite de vitesse et freiner doucement aux abords de la rue de ville, coupant net avec une ligne de béton donnant sur une route de même constitution. La voiture s'arrêta en finalité et James choisi de stopper le moteur en tournant les clés, faisant une halte nécessaire car ce n'était pas au milieu des bâtiments et des dangers qu'il risquerait d'aborder des discussions importantes comme celle-ci.

Ses yeux se posèrent sur le volant, sa main de nouveau libre se posa sur sa propre cuisse, trouvant le toucher rustre du jean abîmé qu'il portait. Il prit appui sur le dossier à travers l'épaisseur de sa veste d'aviateur noire au col confortable, ses yeux se baladèrent sur le volant qu'il tenait toujours de l'autre main, le coude appuyé sur le rebord de fenêtre. Il cherchait les mots pour amener ce qu'il se devait de lui dire de la manière la moins brutale possible.

« Par rapport à la semaine dernière, je t'ai dis que je n'ai pas pu aller à la pharmacie avec Kyle, mais je ne t'ai pas dit pourquoi. On s'y rendait, en comptant sur le fait d'être discrets et lorsque l'on est arrivé sur la grande avenue, il y avait beaucoup de morts, ils erraient un peu partout mais on ne s'est pas dégonflé. Nous discutions de la manière d'aborder ça, quand il y a eu des coups de feu. Ça nous a surpris, on s'est planqué derrière un abri-bus et on attendu, puis on a entendu une voiture, qui a débarqué en trombe depuis la pharmacie justement, ou à coté, on a pas eu l'occasion de vérifier.

Elle a foncé dans la rue, s'est planté et a fini dans le décor tout près de nous. A l'intérieur, il y avait deux hommes, nerveux, agités, tout sauf discrets. J'ai reconnu l'un d'eux, c'était l'homme qui était dans l'avion, celui qui nous a agressé, la fois où on s'est retrouvés enfermés. »


Il fit une pause et posa brièvement le regard sur Elizabeth, guettant sa réaction qu'il craignait en un sens, puis reprit pour ne pas perdre de temps et laisser trop d'incertitude sur ce qu'il cherchait à raconter.

« Dans l'avion je l'avais libéré, je ne l'ai pas tué, ça tu le sais. Ce que je ne t'ai jamais dit par contre, c'est que je lui ai fait une promesse ce jour-là : si je venais à le recroiser et qu'il nous menaçait, toi, moi ou d'autres membres du groupe, alors je le tuerais sans hésiter. Et il était là, à sortir de cette voiture avec des sacs et un autre type. Ces fous-furieux se sont mis à tirer sur les morts, ils arrosaient littéralement la rue comme s'ils étaient à la guerre. A un moment donné, Kyle a été pris à parti par un rôdeur, il s'est découvert et ces types ont tiré sur lui. Il n'a rien eu mais je l'ai vu tomber et j'ai cru qu'ils l'avaient touché, alors je suis sorti avec le Desert eagle et j'ai tiré sur eux, j'ai tiré pour tuer. J'en ai touché un, très gravement, l'autre type.

Après ça, j'ai couru après notre homme dans la rue. C'était dangereux, c'était irréfléchi, mais j'étais hors de moi et j'avais fait une promesse, je ne pouvais pas le laisser s'échapper. Je ne pouvais pas risquer qu'il nous menace encore, qu'il tue l'un des nôtres. Je suis passé à coté de celui que j'avais blessé et je ne me suis pas arrêté, je l'ai laissé se faire dévorer, à moins qu'il soit mort avant ça, je ne sais pas, je m'en fichais sur le moment. Kyle m'a aidé, j'ai évité d'y passer aussi et on s'est engouffré dans une laverie à sa poursuite. Kyle a surveillé nos arrières, j'ai pris les devants, j'ai faillis l'avoir mais il m'a surpris dans le dos ce lâche.

Il m'a dit, ce qu'il a fait, la façon dont il a violé et tué des gens innocents avec d'autres salopards après notre rencontre, après que je l'ai laissé partir au lieu de l'abattre sur place comme je le voulais. Il aurait pu me tuer, mais Kyle est intervenu et il l'a... massacré. Je crois qu'il a perdu les pédales, il disait des choses incompréhensibles, comme s'il parlait de quelqu'un d'autre et il le frappait de toutes ses forces à lui fracasser le crâne. Dans tous les cas, il l'a tué et on a évité la horde in-extremis, on s'est caché dans un garage le temps que la tempête passe, puis on est rentrés. »


Il marqua un temps, plissant les lèvres d'une grimace de gêne et de reproche, avant de pencher la tête sur le coté, posant la tempe contre la vitre.

« J'ai assisté à la scène, j'ai vu Kyle tuer cet homme à ma place, je l'ai vu et je l'ai laissé faire. Je l'aurais remercié si je n'avais pas eu la rage, de me souvenir de ce que ce type nous a fait, a failli nous faire et a fait à d'autres par ma faute. Si tu n'avais pas été là dans l'avion, je l'aurais sûrement tué, parce que je savais ce qu'il était, parce que j'ai cette colère en moi, que je n'arrive pas à contrôler, à apaiser, elle est là, tout le temps, elle se nourrit de ma peur.

Celle que j'ai pour toi, pour le groupe, pour notre avenir, elle se nourrit de mon passé, elle se nourrit de ma culpabilité, de la réalité que je constate chaque jour et de mon envie de survivre. Je n'aurais jamais cru être un survivant il y a encore quelques mois, mais c'est le cas, je n'ai pas l'intention de mourir, je n'ai pas l'intention qu'il t'arrive quoi que ce soit et pourtant je hais ce monde dans lequel on vit, il m'insupporte plus que tu ne l'imagines. Je ne l'ai pas tué mais sans Kyle, je l'aurais fait, j'en suis certain et si quelqu'un d'autre venait nous menacer, devait représenter un danger, je crois que je serais prêt à tout maintenant, sans trop d'état d'âme.

Et puis, je l'ai déjà fait, quand je suis parti vous chercher dans ce centre commercial, j'ai tué l'un des hommes qui vous avaient piégé à bout portant, je l'ai laissé agonisé, l'autre m'a échappé de peu, je l'aurais sûrement tué aussi. Comme j'ai tué cette fille le soir de l'attaque, j'ai détruis son visage avec un fusil à pompe, ça a été horrible, mais si c'était à refaire, je le referais. Malgré ce qu'à dit le Vagabond, je le referais pour nous protéger, j'en suis là. »


Un soupir s'échappa longuement de ses lèvres tandis qu'il se redressait, illustrant le fatalisme et le pragmatisme dans lequel il s'était depuis un moment embourbé, ses yeux clairs retrouvant ceux de sa compagne vers qui il porta une main pour venir caresser sa joue avec un doux sourire, emprunt d'une certaine tristesse.

« J'aimerais croire que je suis quelqu'un de bien, Jessica le pensait aussi. Jessica Allen, le nom qu'à donner le Vagabond pour moi, c'était une jeune fille que j'ai plus ou moins sauvé dans une affaire de pédophilie, ma dernière affaire avant ma démission. C'était une fille bien, qui aimait les gens, qui cherchait la modération, la tempérance et qui détestait faire du mal aux autres, comme toi. Elle m'a aidé avant tout ça à sortir la tête de l'eau, à ne pas me noyer dans ma tristesse et ma haine, moi qui me marginalisait des autres. Mais je n'ai pas su la protéger parce que le James des débuts n'osait pas faire face, ne voulait pas se battre et craignait de tuer, même ceux qui étaient déjà morts. Il était faible et dévoré par le déni.

Et ce James est mort en voulant la sauver, celui que tu as rencontré sur cette air d'autoroute, dans ce camion, celui des premières semaines, c'était l'écho de ce James là qui était déjà parti, avec Jessica. Je ne suis pas lui, je ne le suis plus... plus maintenant. J'en suis désolé, j'espère que tu acceptas le seul James qui reste et celui-ci, je crains qu'il ne soit pas si bien que ça. Mais il fera au mieux, pour toi. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mer 15 Fév 2017 - 12:51
La main de James s’échappa à son contact comme elle l’avait supposé, gardant l’empreinte de sa chaleur encore perceptible au creux même des siennes qu’elle joignit l’une dans l’autre, le poing ainsi formé se reposant sur ses jambes, son regard se perdant sur ses dernières à l’écho de la réflexion de son compagnon. En cela, elle ne partageait pas le même avis que lui car elle avait une vision beaucoup plus noire, beaucoup plus sombre du monde tel qu’il était avant. Un monde qui l’avait rongé tant de l’intérieur que de l’extérieur et qui n’avait laissé qu’une femme terrorisée.

La voiture s’arrêta au milieu de la route, les laissant ainsi dans un paysage devenu immobile et soudainement très silencieux que même la très légère brise de plaine qui balayait l’herbe séchée en bordure ne sut briser. Le soleil était très haut dans le ciel et on sentait déjà ses rayons réchauffer l’habitacle du véhicule en une chaleur douce et apaisante, presque reposante. L’hiver était passé et les beaux jours arrivaient, chaleur et soleil au rendez-vous, dont il faudrait se méfier lorsque l’été battrait son plein. Il fallait profiter du printemps tant qu’il était encore possible. Durant toute cette pause, elle conserva le silence, la dernière phrase de James ne laissant pas de doute sur sa volonté de continuer sa phrase. D’un coup d’œil vers lui, elle remarqua immédiatement son indécision sur les mots qu’il voulait employer cachant dans ses gestes ce qu’elle devinait comme une gêne ou une nervosité.

Les mots prononcés arrachèrent à Elizabeth un haussement de sourcil d’étonnement, les traits de son visage se grimant très vite par de l’inquiétude face à un scénario laissé brièvement en suspens, donnant toutefois largement le temps à son imagination d’en dessiner quelques pages. Elle laissa échapper un « James… » tout juste murmurer comme un souffle qui n’inspirait pas  à interrompre mais qui reflétait les sentiments d’appréhension qui montait en elle. Durant tout le reste de son récit, divers sentiments trahissaient ses traits, mêlant à la fois la crainte, les reproches muets, la culpabilité, l’indécision et la réflexion, jusqu’à ce qu’en finalité, un long, très long soupir s’extirpa de ses lèvres mi-closes, restant un instant indécise à son contact avant de l’attraper à nouveau dans la sienne, ne pouvant se permettre de le laisser croire qu’elle le repoussait.

«  Pourquoi tu ne m’as… » Commença-t-elle, le ton empreint de certains reproches alors qu’elle se ressaisit rapidement face à ses propres secrets et à ce qu’elle lui a caché alors même que ça pouvait paraître bien plus grave que le secret qu’il avait lui-même conservé.

Dans le meilleur des cas, elle l’aurait juste inquiété pour rien, mais dans le pire, et elle n’osait même pas imaginer à quel point cela pouvait être le pire, James aurait bien plus de raison de lui en vouloir à ce propos qu’une histoire qui aurait sans doute pu coûter la vie de son compagnon, mais dont il était revenu indemne. Elle se mordit légèrement l’intérieur des joues, n’osant plus alors affronter son regard qui transpirait de tendresse, essayant de reprendre pour ne pas laisser l’hésitation et l’angoisse prendre le pas sur sa décision du secret, au moins jusqu’à ce qu’elle soit certaine que ce n’était rien, vraiment rien.

« Je me suis trompée James. Je n’aurais jamais dû essayer de brider ta colère ce jour-là dans l’avion. J’étais moi-même paniquée par l’idée de franchir les frontières de moralité qu’avait dressé notre société. Mais je n’aurais pas dû. Tu sais, je …  suis beaucoup moins terrifiée que toi à l’idée de ce que nous pouvons devenir, de la manière dont nous avons changé, de nos actes et de ce que nous sommes capable. Le monde actuel me fait moins peur que le précédent, parce que le mal, le vice, n’est plus sournois, il n’est plus insidieux, il se montre au grand jour. Les chaînes qui entravaient les hommes ont sauté, leur permettant de laisser libre cours à leur cruauté, mais nous savons désormais à quoi nous attendre. Nous savons que chaque hommes, chaque femmes, est maintenant capable du pire et que c’est avec cette idée que nous devons nous construire. On ne doit plus rien laisser au hasard. On doit se battre.

Marianna Maxwell ne s’est pas arrêté de vivre, elle a continué à faire avec, comme elle pouvait, avec toute cette responsabilité sur ses épaules, trimbalée de foyer en foyer, développant trouble psychologique sur trouble psychologique. Automutilation, trouble de la personnalité borderline, trouble anxieux phobique dont l’haptophobie. Elle voulait donner un sens à sa vie qui n’aurait jamais dû être et faire le plus de bien autours d’elle pour laver son sang. C'est comme ça qu'elle a réussis à survivre, en croyant que ce qu'elle faisait était juste.
Avant ça, chaque pas que je faisais, chaque personne que je croisais, le monde me terrorisait. Ma propre respiration, mon propre sang me faisait souffrir. Ce monde-là, il s’est écroulé avec la contamination, il a disparu avec l’arrivée des morts. Et mon Dieu, tu vas me prendre pour une folle, mais j’avais longtemps espéré qu’un jour comme celui-ci arrive. Un jour où je ne craindrais plus le fantôme de Gustavo Angelo qui s’incarnait dans les traits de chaque homme que je croisais, où je ne craindrais plus de croiser dans la rue sa femme aussi sadique que lui libérée seulement 15 ans après, où …»


Elle coupa sa phrase alors que le ton de sa voix se perdait sur une corde qui la prenait au tripe. Elle fit une pause, s’humectant les lèvres, cherchant une contenance avant de reprendre sur un timbre plus calme.

« Alors, ne te reproche rien, ne crains rien. Parce que si c’est cette colère qui te permet de protéger ceux que tu aimes, sers toi en comme une arme et pas comme un fardeau. J’ai vraiment eu tort, si je ne t’avais pas empêché de le tuer, les personnes auxquels ce type a fait du mal seraient peut-être encore en vie, ils auraient pu avoir une chance de l’être. Je t’ai toujours soutenu, pour tous les choix que tu as fait, parce que je savais que tu les faisais pour notre bien, même quand tu as pris cette décision alors que tu savais que Jordan ne pouvait pas survivre. Ne crains pas ce que tu es, moi, je ne le crains pas. Je ne le craindrais jamais.

On est en guerre James. On est en guerre contre le monde. Si on ne se bat pas, si on s’enlise dans une morale issue d’un autre monde, on ne survivra pas. Et si pour ça on doit tuer, alors c’est ce qui doit être fait.»


Ses deux mains capturèrent son visage, ses doigts frôlant la rigueur de sa mâchoire qu’elle avait jusqu’ici que contemplé, ses prunelles se fondant dans les siennes pour qu’il puisse y lire toute la sincérité du monde.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 15 Fév 2017 - 15:00
Le moins que l'on puisse dire, c'est que James était resté étonné à entendre ce que lui répondait Elizabeth, bien loin de ce qu'il imaginait de sa part. Elle cachait bien son jeu, ou plutôt, son avis sur le monde actuel et ses conséquences, quand il s'attendait à lui faire peur ou à provoquer un blocage ou un rejet de ce qu'il lui avouait, elle réagissait de manière totalement opposée en s'accordant sur ses actes et même, en poussant son raisonnement plus loin encore. Il se demandait alors s'il n'aurait pas préféré qu'elle le rejette.

Comment imaginer ce qu'elle avait du endurer pour en arriver à préférer ce monde, à l'avoir souhaité, quelles indicibles souffrances justifiaient qu'elle soit si prompt à apprécier le chaos de l'année passée, la liberté sans règles et le vice mis à nu, avec toutes les horreurs que cela engendrait. Si le monde précédant s'était avéré bancal et décadent, James même avec son vécu et ses années à contempler les affres de la guerre n'en était pas arrivé à un tel pessimisme, à une telle négativité parce qu'il pouvait encore constater que tout n'était pas noir, qu'il y avait autre chose que l'animalité et la souffrance. Il pouvait le voir dans les familles qu'il croisait, allant faire leurs courses, dans les enfants qui jouaient au parc, dans les jeunes couples qui s'embrassaient à l'arrêt de bus, toutes ces choses qu'il ne verrait plus à présent que tout était vraiment noir et cruel.

Il y avait beaucoup de choses qu'il ignorait à propos d'Elizabeth et d'autres dont il ne soupçonnait pas l'existence, mais un fort doute s'installait tandis qu'elle lui prenait le visage dans ses mains, son regard le perturbait car il n'avait pas omis de noter les noms qu'elle rappelait avec plus de familiarité cette fois. Le tableau de la vérité se dessinait et à mesure qu'il comprenait et théorisait sur la raison et ses conséquences, il sentait ses poils se hérisser d'épouvante. Non, elle n'était pas juste cet agent qui avait essayé de faire ses preuves ou une fille qui avait des problèmes relationnels, plus que James, ça allait beaucoup plus loin que cela, il commençait à le saisir et une pointe de douleur imprégna son coeur. Ce qu'il ressentait pour elle.

« Et si je n'arrive plus à m'arrêter ? » Rétorquait-il avec gravité, son regard bloquant sur le sien qu'il fixait imperturbablement.

« C'est ça le problème qui me dévore, qui me fait peur. Sans moral, sans limite, c'est fatalement l'escalade. On peut tout justifier, même le pire. Cette femme de Gustavo Angelo qui ne pouvait pas avoir d'enfant, je suppose qu'elle se donnait de bonnes raisons de le laisser faire ce qu'il faisait, de l'appuyer et l'accepter, aussi inhumain que ce soit. Elle mettait ça sur le compte du manque de choix, de la nécessité ou d'autre chose qu'elle a nourri avec le temps jusqu'à se voiler la face, jusqu'à ne plus avoir la moindre compassion, devenir un monstre qui à force de se dire qu'elle et son mari sadique devaient passer par là, a fini par y prendre goût et ne plus s'arrêter, si encore ces raisons n'avaient pas juste été un prétexte pour mettre des pulsions de haine refoulées à exécution.

Si je ne m'arrêtais pas, si je laissais mes pulsions me bouffer et si je trouvais raison à ne laisser aucune marge, à condamner et à tuer, au nom de la survie, au nom de la préservation des nôtres... si je venais à ne plus avoir de limite et à devenir un homme qui sanctionne et qui tue avant même qu'il y ai quoi que ce soit à vraiment condamner, en justifiant le besoin d'anticiper sur le risque. Un homme qui à force de rejeter et de tuer, ne verrait plus la différence entre un cinglé d'un avion et n'importe quel étranger, parce qu'il n'y voit plus qu'une personne susceptible d'avoir de mauvaises intentions, d'être une menace à éliminer sans réfléchir pour éviter l'inconnu.

Si on ne s'arrête plus, on deviendra de vulgaires bandits, des assassins, des animaux, qui survivent en détruisant tout ce qui est susceptible d'affecter leurs vies, de les menacer comme de leur apporter du bon, pour ne pas avoir à prendre de risque. Ou peut-être que l'on finira par y prendre goût, à force de le faire. Non. Ce n'est pas ce que je veux être et si je le deviens quand même... »


Il n'achevait pas sa phrase, la laissant en suspens avec une moue de dégoût et de rancœur, qu'il se força à effacer à mesure qu'il se concentrait sur le regard d'Elizabeth.

« Cette histoire, ce Gustavo Angelo... Marianna Maxwell. Ça a avoir avec toi n'est-ce pas ? » Prononçait-il lentement.
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