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[LP, M, EXP] Tomber sur une tuile - 12/04/35
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Jena Higgins

Anonymous
Invité
Dim 5 Fév - 23:08
Elias parti, de nombreuses minutes lourdes de silence avaient passées, uniquement brisées par quelques grognement et reniflements d’un Sean qui semblait avoir du mal à se remettre du coup que je lui avais porté. Pour ma part, j’étais demeurée abattue, inerte à me repasser le fil des évènements et des horreurs, faire le compte de tout ce que ce monde m’avait pris ; à savoir presque tout, à l’exception de ma vie et de ma dignité. Et ces deux dernières se trouvaient désormais suspendues au fil d’une épée de Damoclès nommée Sean.

Mais Sean n’avait pas compté rester immobile à simplement se remettre de son humiliation. Il avait fini par rompre le silence en se levant, marchant vers moi de son pas lourd, faisant trembler le caillebotis métallique sous mes pieds. Je l’avais suivi de mon regard éteint, à peine capable d’esquisser un geste au bout de mes entraves. Comme Elias précédemment, il s’était approché avec beaucoup plus de précautions et bien moins de certitude. Je tentais de l’attaquer à nouveau, sans y parvenir. Dans un grognement mauvais, il avait réussi à porter l’une de ses mains sur mon bras blessé, avant d’enfoncer son pouce dans ma plaie. Je me tendais sous la douleur, serrant les dents en gémissant, ce qui n’eut pas l’air de le satisfaire suffisamment car il pressa plus fort encore, jusqu’à m’arracher les cris de souffrance qu’il attendait tant.

Je pouvais sentir mes yeux se révulser sous mes paupières en même temps que mon corps se convulser de douleur. Des à-coups violents, spasmodiques qui me déchiraient les poignets et le reste de mes muscles ankylosés ou tendus. Je sentais son souffle chaud et haineux caresser la base de mon cou. Je me résolus à tenter de lui asséner un coup de pied ou de genou, quelconque ; n’importe quel coup capable de le repousser ou à minima de lui faire lâcher prise. Et s’il se recula effectivement d’un pas, cessant d’appliquer sa torture, ce fut pour mieux m’assommer d’un coup de poing direct dans le ventre, en plein sur mon foie, suivi d’un second, qui me coupèrent le souffle et annihilèrent toute résistance pour de longues secondes.

J’avais le front trempé de sueurs froides, mon dos lui-même était humide, d’eau et de sang. L’homme s’acharna, galvanisé par sa position dominante, me giflant violemment à plusieurs reprises, redressant mon visage entre chaque coup pour mieux me faire souffrir à chaque fois. A nouveau, je sentais le sang envahir ma bouche, mes joues s’ouvrir contre mes dents. D’une bien vaine tentative de résistance, je lui crachais à la gueule, regrettant - sûrement pour la seule et unique fois - de ne pas être une dégénérée à mon tour. J’aurais adoré savoir ce fils de pute être infecté et condamné à la pire mort possible. Un geste qu’il gratifia d’une autre gifle.

Je perdais pied, je n’arrivais pas à conserver mon équilibre bien trop précaire sous ses coups répétés. Je me sentais défaillir, mes pensées devenir de plus en plus confuses et disparates, j’essayais de me concentrer, de m’isoler dans l’attente que ça passe, qu’il se fatigue. Mais il n’en fut rien. A nouveau, son pouce avait gagné ma plaie et il réitérait sa torture, m’arracha de plus grands cris encore que je ne tentais même plus d’étouffer. Je pouvais le voir sourire, sentir sa jubilation. Ses mains vinrent ensuite glisser sous le tissu de mon débardeur. J’avais l’impression de sentir une brûlure de dégoût me parcourir la peau, encore plus quand celles-ci vinrent épouser le galbe de ma poitrine. La nausée me monta presque instantanément à la gorge, mais elle n’était rien en comparaison de la panique qui m’envahissait, du dégoût indescriptible que je ressentais, gonflé de haine comme d’impuissance.

Puis ses mains guidées par son regard vorace étaient redescendues en courant férocement sur ma peau pour atteindre le tissu de mon pantalon, déboutonnant celui-ci et l’abaissant jusqu’à mes genoux, le laissant glisser jusqu’à mes chevilles. Il en fut de même pour mon sous-vêtement. Je hurlais, l’insultais, me débattais comme une furie qu’il ne parvenait à calmer que par quelques coups toujours plus violents au point que je n’étais plus certaine de me souvenir de qui j’étais, ni de ce que je foutais là. Il n’y avait plus rien qu’une terreur sans borne, un dégoût immonde, une honte étouffante. Je le suppliais, l’implorais, en appelais à sa pitié, sa clémence, n’importe quoi qui aurait pu m’éviter de connaître ce sort.

Mais chaque syllabe, chaque cri quittant mes lèvres tuméfiées ne faisaient que renforcer son appétit lubrique et mortifère, alors j’avais fini par me taire, résignée et impuissante, contrainte à sentir s’immiscer en moi toute l’infamie de cet homme, de l’humanité toute entière. La tête basculée en arrière, je contemplais le ciel étoilé par la haute verrière, le regard brouillé, préférant me perdre dans cette immense étendue d’indifférence qui me dominait. La gorge si serrée qu’aucun son ne pouvait plus en sortir, tout comme plus aucune larme ne s’échappait de mes yeux, sous les assauts et les grognements de ce porc. J’étais en train de mourir, de la plus ignoble des manières.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 22 Fév - 14:38
Cela leur était tombé sur la tête comme la misère sur le monde, véritable bombe d'intensité et de crainte, quand Kyle lui apprenait avec hâte la capture de Jena, par il ne savait quel type et il n'en savait pas plus quel groupe pour quel nombre, quelque part du coté de cette cimenterie où elle et Ivy s'étaient retrouvées coincées. Cramponné au volant de la Chrysler qui rugissait du feu de dieu, celle-ci roulait à grande vitesse dans la plaine qui bordait la ville à leur droite. Puisqu'il n'était pas pilote, James ne prit pas de risque : au prix de secousses continuelles et désagréables, il fonçait sur un terrain dégagé où la nuit ne lui était pas trop désavantageuse et grimpait sur la route avant de la franchir de l'autre coté pour poursuivre en direction de l'aéroport.

Ce n'était pas la partie de Snyder qu'il appréciait le plus, si tant est qu'il en appréciait réellement une en dehors de leur refuge perché et solide, il savait que l'aéroport était infesté et si les filles avaient gagné un quartier plus au nord, il était possible que ce soit tout le secteur qui soit saturé et ça, il espérait fortement que ce ne soit pas le cas. Son Colt était à sa ceinture, son fusil entre ses jambes le canon contre le tapis et il s'était assuré qu'il le gêne un minimum. Kyle était à coté de lui, sans doute plus à cran que le chirurgien qui cherchait à garder son calme et ne pas se laisser emporter par la peur viscérale qu'il ressentait pour ces deux femmes à qui il tenait en tant que camarades et amies autant que pour le bien du groupe.

« Garde ton calme. » Assurait-il d'un ton ferme en ne tournant qu'à peine les yeux sans prendre le temps de vraiment le regarder, très concentré sur la route étant donné qu'un terrain, certes dégagé, ne garantissait pas une absence de risque. Dans sa voix, le stress était hautement palpable, envahissant même, autant que ses efforts pour se maintenir.

« Quoi qu'il se passe là-bas, on ne perd pas nos objectifs de vue, ce qui importe, c'est de sortir les filles de là. On ne sait pas si ce type est seul ou s'il fait partie d'un groupe, ou combien ils peuvent être. On ne connait pas le terrain, on ne sait pas si Ivy a été capturée aussi, on ne sait pas dans quel état est Jena... on ne sait rien. Alors on arrive sur place, on reste ensemble et on avance prudemment, si on se fait avoir, ça n'aidera pas les filles et encore moins le groupe. On évite un maximum les risques, le plus important, c'est de sortir les filles coûte que coûte. »

L'épisode de la laverie avait suffisamment marqué James pour qu'il soit particulièrement attentif au comportement de Kyle, qu'il avait découvert moins stable qu'il n'y paraissait. Puisqu'il connaissait son lien ambiguë avec Jena, comme son lien incertain avec Ivy qui était au moins physique - d'ailleurs il ne comprenait pas très bien ce qui se tramait entre eux-trois et n'aimait pas beaucoup ça ; il était en droit de se questionner sur le sang-froid de l'ex-soldat qui l'accompagnait, il savait de quoi il parlait, il avait déjà eu à expérimenter une situation similaire quand Elizabeth avait été coincée dans ce centre commercial. Tout ce qu'il espérait, c'est que Kyle ne fasse pas la même erreur que lui : agir dans l'empressement et se laisser dominer par sa peur.

Lui-même craignait pour les deux femmes, Jena n'était pas l'objet de moins d'appréhension qu'Ivy, même si il connaissait cette dernière depuis plus longtemps, les deux étaient logées à la même enseigne : il avait peur pour elles, il espérait de tout cœur qu'elles aillent bien et il voulait absolument les ramener saines et sauves.

« On se fait discrets, on agit méthodiquement, on ne s'éloigne pas et si jamais quelqu'un ou quelques-uns nous barrent la route, on ne tergiverse pas dans un sens ou un autre. Peu importe ce que ce type et les éventuels autres font ou ont fait, on les descend sec et net - sans perdre de temps, on priorise l'extraction et on fait le point ensuite à l'abri du Perchoir. On ne s'acharne pas, on abat et on avance, on trouve les filles et on repart. Si elles sont séparées, je vais chercher Ivy, tu te concentres sur Jena, on garde le contact radio et on utilise le même code qu'à la sortie pour le camion-porteur parce qu'ils nous écouteront. T'en fais pas, on va les sortir de là, on va y arriver, on doit y arriver. »

Cette fois, il prit le temps de tourner le regard vers Kyle, quelque soit son attitude, il voulait le rassurer, l'assurer et le convaincre qu'il bouillonnait autant que lui au fond. Son regard, aussi sombre que fermé, en disait long sur ses intentions.

« Et si ce type, ou ces types, s'enfuient ou que l'on est nous obligés de se tirer en catastrophe, s'ils survivent, on les traquera, ensemble, quand la situation aura changé de main. Nous ne sommes pas en position de force maintenant, mais nous le serons, après. Cet enfoiré de lâche leur est sans doute tombé dessus par surprise, il croit s'être trouvé des proies sans trop d'effort, on va le lui faire payer très cher. Seulement et seulement si on contrôle la situation et que les filles sont sauves, il sera à toi. »

Oh oui il bouillonnait, l'idée même d'imaginer un homme ou plusieurs s'en prendre, d'une façon ou d'une autre, aux filles après les avoir neutralisé vicieusement le répugnait ardemment. La mâchoire serrée au possible, il resserra aussi une main sur le volant, un pied sur la pédale d'accélération et manipula le levier de vitesse pour passer un cran au-dessus. C'était lui, Kyle, leurs armes, pas plus, il était hors de question de faire prendre des risques à d'autres membres du groupe, qui se résumait ainsi à Elizabeth et Léonard. En l'occurrence, l'idée de laisser Elizabeth seule au Perchoir, car il ne connaissait pas assez Léonard pour prévoir ses éventuels agissements, ne l'avait pas enchanté le moins du monde mais aussi difficile que la décision avait été, il était nécessaire qu'une personne de confiance veille sur leur refuge et prenne le moins de risques dans cette affaire.

Que ce soit Elizabeth l'arrangeait même si de toute façon c'était couru d'avance, Kyle était le premier concerné et lui-même serait parti et était parti de toutes les manières, parce qu'il n'était pas non plus suffisamment sûr des réactions de Kyle pour laisser Elizabeth seule avec lui, ou pour prendre le risque d'offrir en pâture sa bien-aimée à un cinglé ou un groupe de profiteurs. Il leur fallait plus de monde, c'était indéniable, le groupe marchait sur une corde raide et le moindre souffle de vent un peu fort menaçait de le faire tomber. S'il avait pu éviter la scission, s'ils avaient pu garder en vie plus de monde, même tout le monde, les choses auraient été si différentes, il regrettait les pertes des mois passés chaque jour que dieu faisait, dans ce genre de moment, plus encore.

Il fallut une quinzaine de minutes supplémentaires pour qu'ils rejoignent la première route accessible en long du secteur N, atteignent l'aéroport et le contournent par l'extérieur à l'ouest en suivant une route en zigzague jusqu'à l'entrée du quartier quatre demeuré inexploré pour eux. Au début de ce quartier, il rencontra surtout de la plaine, encore et des petites routes de terre qui menaient à d'autres plaines, pour un secteur en grande partie inhabité dans sa partie ouest, c'était sans compter sur l'embouteillage monstre qu'ils avaient évité non loin. La progression se poursuivit en voiture, il n'était pas question de se taper autant de distance à pieds et si la Cimenterie Dawson était bien le point d'ancrage des agresseurs des filles, c'était certainement dans la zone civilisée qui se profilait plus à l'est que le danger se fera plus important.

Le centre - plutôt coté est - de ce secteur voyait un grand et vaste bâtiment entouré de murs grillagés, qui présentait une forme géométrique et une grande cour vraisemblable caractéristique, de quoi statuer sur le fait que ce n'était pas la cimenterie, mais plutôt une école, un lycée probablement. La Chrysler persévéra et finie par ralentir à l'orée des premières usines plus loin, celles-ci étaient largement espacées par de grands terrains, des grillages et autres constructions annexes peu complexes à délimiter à l'oeil. La voiture s'arrêta et James réduisit le moteur au silence en retirant les clés du démarreur, qu'il glissa dans la poche intérieure de sa veste, son regard scrutait au devant avec une forte méfiance qui résultait déjà de cette zone totalement inconnue, de la nuit ennemie des survivants et de toutes les autres incertitudes qui englobaient cette situation ultra-tendue. On aurait difficilement pu faire pire, c'était l'équivalent d'un champs de mines.

« On continue à pieds pour ne pas se faire repérer. Passe devant, je te suis, faut trouver cette cimenterie au plus vite. Espérons que les morts ne soient pas trop entichés de ce quartier... »

En conclusion de ces paroles ironiquement anxieuses, il attrapa son fusil d'une main par la boîte de culasse et enclencha le déverrouillage de sa portière, qui s'ouvrit d'un claquement reconnaissable entre tous.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 23 Fév - 12:41
J’avais déposé mon talkie, volume monté au maximum, sur le tableau de bord juste devant moi, le haut-parleur crachotant un bruissement continu qui aurait pu paraitre des plus désagréables en d’autre circonstance mais qui me paraissait totalement indispensable cette nuit. J’avais dû me séparer du poste radio qui avait capté cette communication dans l’empressement, et depuis j’espérais désespérément entendre à nouveau quelque chose sortir de cet engin portatif qui avait une portée beaucoup moins grande, mais il restait d’un silencieux borné, augmentant à chaque seconde qui passait le niveau de mon stress à un niveau démesuré. Ce fils de salop avait choisi de s’attaque à la mauvaise personne et s’ils pensaient que j’allais les laisser survivre, ils étaient bien loin de s’attendre à ce que je leur infligerais.

Le siège reculé au maximum, mon sac entre mes jambes, le sniper coincé juste à côté, le canon dirigé vers le toit du véhicule, je sentais mes deux jambes sautiller sur place tandis que mes deux coudes reposaient sur mes genoux et mes mains s’étaient jointes à m’en faire blanchir les jointures. Cimenterie Dawson, Secteur M-4. Cimenterie Dawson, Secteur M-4. La voix de Jena tournait en boucle dans ma tête. Comment j’avais pu être aussi stupide à les laisser dehors ? La première fois ne m’avait pas servi de leçon il fallait croire car le scenario se reproduisait, encore. Encore une fois, je n’avais pas su être à la hauteur et d’autres en payaient le prix à ma place. Encore. Je replongeait dans mes vieux démons, je me sentais envahir par une fureur que j’avais du mal à contenir. La voix de James me parvint, mais je n’entendais rien. Garder mon calme ? Est-ce qu’il savait au moins à quel point je devais faire des efforts pour ne pas fracasser cette maudite boite à gant à coup de poing pour me passer les nerfs ? En réponse, je préférais me prendre la tête entre les mains, mes doigts glissant sur mon crâne, les ongles grattant ce dernier pour chercher à détendre les tensions que je commençais à ressentir bien douloureux à la base de ma nuque. Je gardais le silence, muet comme une tombe, coincé dans l’obscurité d’une nuit bien trop profonde, les yeux clos pour me faire oublier la réalité.

Mais elle me rattrapait, perpétuellement, dans les souvenirs, ce regard perçant qui ne me lâchait jamais, qui m’accusait de n’avoir pas su être assez fort, pas su les protéger. J’aurais déchiré le monde entier si j’avais pu lui épargner cette souffrance, j’aurais déchiré jusqu’à mon âme. Si faible, si con. J’entendais à nouveau la voix de mon collègue résonner à côté de moi, chaque parole était une blessure supplémentaire et me sciait sur place. Une douleur physique me serait sans doute bien plus agréable à supporter si bien que je finis par céder à mon emportement, me redressant pour cogner contre le tableau de bord qui me faisait face d’un coup rageur, le Talkie sautant sous l’impact et tombant à mes pieds.

« Putain ! Mec, fait pas chier ! » J’avais grondé assez fort pour exprimer ma frustration, non pas que j’étais en désaccord avec ce qu’il disait bien au contraire, mais bien parce que c’était justement d’une si claire lucidité que ça me gonflait de ne pas être capable de réfréner mes pensées pour en arriver à une telle conclusion.

La première fois, je m’étais laissée aveugler par ma colère, je l’avais laissé m’envahir à un point que j’en avais perdu les pédales, occultant toute réflexion logique, toute raison cohérente. J’avais encore du mal à remettre ce qu’il s’était passé réellement, j’espérais ne jamais avoir à m’en souvenir, mais le résultat avait été bien trop sanglant. Kat était morte. Je refusais que ça ne se reproduise à nouveau. Je finis par lever la main gauche à son attention, paume ouverte pour l’empêcher de répondre à ma démonstration de colère.

« Ok. Ok. » J’avais pris le temps d’inspirer profondément pour rassembler mes idées, avant de continuer. « On fait ça. Ici, prend à droite. »

Je tendais l’index dans la direction donnée jusqu’à ce que la voiture s’y engage. Je me doutais bien que mon indication de route était inutile et qu’il la connaissait sans doute mieux que moi, mais je ne pouvais m’empêcher de continuer à être inactif à défaut de ne pas pouvoir appuyer sur la pédale d’accélérateur par moi-même, d’embrayer les vitesses ou de tourner le volant. Je me contentais passivement d’attendre d’atteindre cette destination qui se faisait désirer. La voiture filait, mais je ne la trouvais jamais assez rapide.

« Ils sont plusieurs, c’est certain. Trois minimum. Armés. Jena ne se serait pas laissé avoir par moins que ça. Ivy non plus. »

Je me massais le poing, observant droit devant moi, avant de ramasser le Talkie, baissant le volume résigné à ne rien entendre en sortir pour le fixer à mon épaule. Quelques morts défilaient sur le bas-côté, ils faisaient partit du décors. Les quinze minutes de route furent un vrai supplice, chaque seconde me paraissant une éternité. Les tressautements de mes jambes n’avaient réussis à se calmer que lorsque le véhicule fut enfin stoppé et que je pu bondir hors de cette boite de conserve bien trop étroite. Je jetais immédiatement mon sac sur mes épaules, clipsant les attaches, tirant sur les sangles pour que ce dernier colle complètement mon dos et ne me soit d’aucune gêne. J’engageais également la première cartouche 7.62 de mon sniper avant de passer la sangle à mon épaule, faisant de même avec le Five-seveN, désengageant la sécurité en conservant cette dernière au poing.
Le secteur était plongé dans le noir et seule la clarté de la lune heureusement découvert de tout nuage nous offrait une luminosité suffisante pour progresser mais pas assez pour estimer immédiatement notre destination. Les quelques usines se découpaient droit devant, les masses sombres symbolisant des bâtiments n’offrant aucun indice pour nous permettre de reconnaitre la fameuse cimenterie.

« Allons-y » Avais-je simplement déclaré  à l’attention de James, refermant la portière sans la claquer.

Je prenais donc les devants de la progression, levant assez les pieds pour ne pas me prendre les pieds dans les anfractuosités du terrain, cherchant à atteindre la première clôture qui faisait obstacle devant nous sans perdre de vue les alentours. J’avais du mal à discerner les mouvements, si bien que je faillis être surpris par la proximité de la première silhouette errante qui fit irruption sur la gauche. La plaine était vaste et dégagée, mais il était vraiment difficile de voir quoi que ce soit de précis surtout que je refusais d’allumer la moindre lampe torche. Je voulais tomber sur ces fils de chien comme la misère du monde avant même que ma promesse de leur en faire baver ne leur revienne en mémoire. C’est son râle, sourd et caractéristique qui m’informa en premier de sa présence, me forçant à faire halte pour identifier cette menace et la supprimer, le son étouffé par le cylindre du silencieux fixé dessus. Le pointeur laser placé à gauche du canon m’aida dans la manœuvre, le corps retombant sur le sol en un bruit assez sourd, m’autorisant seulement alors à reprendre ma progression d’un pas très rapide.

Je ne m’assurais pas que James suivait, je faisais suffisamment confiance en ces talents pour ne pas avoir à surveiller ses gestes. Juste avant d’atteindre la première clôture, je renouvelais l’opération de nettoyage des hostiles qui gênaient notre progression. A nouveau, le mort s’écroula sous le joug de ma précision que j’estimais bien meilleure qu’auparavant, surtout au regard des conditions. Ces accessoires que j’avais emprunté à la femme de James avaient une importance capitale pour cette mission que je n’aurais pu accomplir sans. Cette nouvelle halte me fit apercevoir la colonne d’ombre montante d’un poteau électrique, ce qui pouvait offrir un point de vue satisfaisant pour notre recherche.

Je fis signe à mon collègue d’un geste du bras assez ample pour être perceptible, attendant qu’il arrive à ma hauteur avant de glisser d’une voix plutôt basse sans pour autant être murmuré.

« Grimpe là-haut. A ras du sol, on perd trop de temps. Je te couvre. »

Avec le monoculaire qu’il avait embarqué, il aurait une chance bien meilleure de trouver l’objectif et j’aurais pu en faire autant avec mon F2 si le perchoir choisi n’avait pas été aussi casse-gueule pour espérer déployer l’engin. J’aurais gardé l’accès à ce poteau safe le temps de la manœuvre.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 24 Fév - 11:28
La nuit coupait beaucoup de leur visibilité, au point qu'un rôdeur pouvait surgir au moindre pas, sachant que ces saletés, si d'ordinaire manquaient de discrétion, pouvaient parfois inexplicablement bondir du néant avec un grand silence jusqu'à avoir franchit l'espace intime et vital de leurs proies. En l'occurrence, James restait à l'affût, la voiture disparaissant dans leur dos, il avait calé la crosse de son arme dans le creux de son épaule, mécaniquement et tenait son fusil des deux mains en visant de préférence le sol devant lui, tant qu'il n'avait pas une cible à abattre nécessairement, puisque Elizabeth avait confié son matériel silencieux à Kyle, il était préférable qu'il le laisse s'occuper des gêneurs. Celui-ci ne tarda pas à éliminer un, puis deux monstres qui heureusement ne s'étaient guère montrés futés.

Quand ils gagnèrent la clôture, Kyle s'arrêta en levant les yeux. Dans la manœuvre, James leva automatiquement le regard à la suite et observa ce poteau électrique qui semblait intéresser l'ex-soldat. S'il se questionna sur l'intérêt que pouvait lui porter ce dernier, il déchanta rapidement quand le même énergumène lui demandait prestement de grimper ce poteau pour explorer visuellement les environs avec le monoculaire qui était posé sur son buste et dont la sangle faisait le tour de son cou. Sur le coup, il crut à une blague, mais visiblement le blondinet était sérieux. James posa à nouveau le regard sur le poteau et soupira.

« Bah bien sûr, tant qu'à faire. »

Son ton ronchonnant entendait parfaitement qu'il n'était vraiment pas emballé par cette idée, on ne pouvait pas dire que grimper ce genre de chose était simple et s'il avait réhabilité une bonne partie de sa musculature, il était loin d'être le plus agile du groupe, il en était même très loin et pouvait facilement concurrencer avec les plus rigides physiquement des survivants du pays, chose plutôt avantageuse dans un affrontement brutal, mais diabolique quand il s'agissait de faire de l'escalade. Il prit une grande inspiration, se motivant car il ne fallait vraiment pas perdre de temps pour retrouver les filles - un point sur lequel Kyle avait raison, et prit son fusil par la lanière pour la glisser sur son épaule et équiper l'arme à son dos, de façon à libérer ses mains.

Dès que ce fut fait, il se frotta les mains et crispa par intervalle les doigts pour les étirer en contemplant l'objet de ses efforts imminents. Il n'y voyait pas grand chose, mais ce qu'il distinguait clairement, c'est qu'hormis des cercles métalliques espacés le long du poteau, il n'y avait pas vraiment de quoi s'accrocher. Pourtant il devait essayer, ne serait-ce que pour tenter de se dépêcher de voir la zone en hauteur et savoir s'il en serait capable dans cette nouvelle vie, mais clairement il ne le sentait pas. Il posa les mains, nues de fait, sur le premier cercle et tenta de s'y accrocher aussi péniblement que sa peau vivait très mal cette pression trop fine pour ses mains de maçon. En serrant les dents et presque sur le bout des doigts, il parvint laborieusement à s'accrocher pour se hisser et poser la pointe des pieds contre la structure du poteau afin de prendre appui, puis se hissa suffisamment pour tendre une main, l'autre tremblante en unique véritable maintien sur le premier cercle, dans le but d'attraper le second un mètre plus haut.

Ce second cercle atteint, telle une petite victoire pour l'enclume qu'était James, il parvint à poser le pied sur le premier cercle et dresser sa seconde main pour prendre appui en hauteur, réussissant à poser le second pied en dessous. Sa posture était loin d'être flatteuse, il se sentait comme marchant sur une corde si fine que le moindre geste un peu incertain l'enverrait se casser la figure au sol. Et la bonne blague ? Il n'y manqua pas...

A peine tentait-il de se redresser sur ses très faibles appuis pour tendre la main vers le troisième cercle métallique, que son pied ripa et il perdit instantanément tous ses appuis, tombant comme une pierre les fesses les premières qui amortirent douloureusement le choc à même le sol terreux et sableux, moins que son coude droit qui y passa en second quand il bascula sur son flanc dans la chute, ses os vibrant et grinçant jusque dans ses doigts, il n'empêcha pas un grognement rauque de s'échapper de ses entrailles sous les chocs consécutifs qui le secouèrent tout entier.

Prit d'un vif énervement en constatant la perte de temps bien réelle qu'avait été cette ridicule et stupide tentative, surtout à quel point ce fut douloureux et désagréable au possible, il bascula sur le ventre et s'appuya de ses mains pour se relever avec une certaine rage aussi latente qu'instantanée, se redressant sur ses jambes, son jean et sa veste salis, il secoua une fois et vigoureusement le bras qui avait subi le plus la chute, son intérieur bouillonnant passablement, puis il tira violemment la sangle de son fusil pour le reprendre en main et enfin lâcha d'un ton fort sec à l'attention de Kyle :

« La prochaine fois que tu as une idée de ce genre, tu l'appliques comme un grand ou tu te la gardes. »

Son fusil réapproprié et canon vers le sol, il avança vivement et passa devant Kyle, très contrarié par la situation ridicule et l'échec qu'il venait d'essuyer. Ce qu'il venait de dire à son camarade était assez injuste, il fallait l'admettre, comment pouvait-il deviner que James n'était vraiment pas fait pour ça ? Entre la situation, vis à vis de Jena et Ivy, et la tension qui le prenait quant à cette sortie hautement dangereuse et son rôle qui alourdissait son implication, il ne vivait pas très bien tout cela. Il n'en avait pas vraiment parlé jusqu'ici, mais il ne vivait vraiment pas bien son statut de chef de groupe, le fait de devoir prendre les décisions et avoir la responsabilité des faits et des actions de celui-ci. Il savait que si ça tournait mal pour Ivy et Jena, il se sentirait entièrement responsable de cela, de les avoir laissé sortir, de ne pas être parti les chercher immédiatement - même s'il n'était pas vraiment au courant, et de l'échec de cette mission de sauvetage.

Que celle-ci commence par cette lamentable tentative lui mettait passablement les nerfs d'entrée de jeu et il se blâmait tout autant de ne pas avoir juste laissé tomber tout de suite pour chercher un autre point de vue. Mais ils en étaient là et il fallait nécessairement avancer, aussi passait-il au pas de course pour rattraper le temps perdu sur ce stupide exercice et longeait le grillage sur leur chemin pour trouver une entrée. Fort heureusement, car il ne comptait plus tenter quelconque exercice de grimpe, il trouva une ouverture un peu plus loin vers l'est : le grillage avait été brutalement ouvert, sans doute par une pince ou autre outil et tout un morceau était plié. Il jeta un oeil derrière lui pour vérifier que Kyle n'était pas resté en arrière et se pencha en appuyant sur le grillage plié pour passer cette ouverture.

Dès qu'il fut de l'autre coté, il se redressa et jeta un oeil autour de lui : pas de rôdeur dans l'immédiat, c'était déjà ça de pris et cette vaste propriété présentait un immense hangar. Sur une grande parcelle de terrain à sa droite, des montagnes et des montagnes de troncs d'arbres scellés par d'énormes sangles laissaient immédiatement suggérer qu'ils avaient - à priori - à faire à une grande scierie. Il n'y avait, en dehors du vraisemblable labyrinthe de stocks de troncs aux hauteurs vertigineuses et des machines porteuses et autres camions à benne incroyablement hauts et longs à l'arrêt, aucune construction à proprement parlé dans leur champs de vision. Peut-être des préfabriqués annexes étaient installés de l'autre coté mais pour l'instant, il n'y avait que l'immense hangar long et haut sur des mètres et des mètres, il serait incapable de dire combien. Si Kyle voulait éviter toute perte de temps, chose sur laquelle le chef de groupe le rejoignait toujours, la réflexion qu'il s'autorisa quelques instants finie par une idée qu'il ne tardait pas à exprimer à son camarade :

« Ecoute, la grimpe c'est pas mon truc et c'est sans doute pas le tiens non plus mais tu n'as pas tort, on ne doit pas perdre de temps et trouver cette cimenterie de nuit dans une zone inconnue risque d'être bien trop long. Je voulais pas prendre ce genre de risque mais tant pis : on va se séparer. »

Il n'était vraiment pas emballé à cette idée, qui allait à contrario de ce qu'il avait pu dire à Kyle dans la voiture, mais force est de constater que cette zone industrielle était probablement trop vaste pour deux et qu'ils risquaient de mettre beaucoup trop de temps à trouver la cimenterie, plus qu'il ne l'avait envisagé avant d'arriver ici. Il se tourna vers Kyle et poursuivit en dressant une main dans sa direction.

« Traverse le terrain et essai d'avancer comme tu peux, s'il te plait, je te le demande, évite tant que tu peux de prendre des risques dont tu peux te passer quoi que tu vois ou entends. Je vais dans ce hangar, il doit certainement y avoir un moyen d'accéder au toit ou en tout cas à une hauteur suffisante pour balayer la zone avec le monoculaire. On garde le contact radio avec la fréquence de rechange, dès que j'ai localisé la cimenterie, je te guide et tu y fonces. Je te rejoins au plus vite. Fais attention à toi. Allez file ! »

Il n'y avait pas de place pour la discussion ou le débat, d'une façon ou d'une autre, il n'avait pas voulu arriver à cette situation qui lui donnait l'impression de perdre le contrôle de la situation qu'il souhaitait tant, trop peut-être et qui indéniablement décuplait le danger, mais le temps pressait de plus en plus, et plus ils approchaient de l'endroit où se trouvaient les filles, plus ils s'empressaient et étaient poussés à accélérer le mouvement quitte à improviser des décisions imprévues. James n'attendit pas quelconque réponse, sans pour autant ignorer Kyle s'il avait quelque chose à lui dire, mais entamait dans tous les cas une course à pieds hâtive en direction du hangar.

Kyle ne s'en rendait sûrement pas compte, mais en le laissant avancer seul, il plaçait beaucoup de sa confiance et ses espoirs en lui, car il choisissait foncièrement de se mettre en retrait pour raccourcir la manoeuvre de sauvetage en laissant l'ex-soldat tenir le rôle principal de ce plan. S'il pétait les plombs, tout serait foutu, on peut dire qu'ils marchaient vraiment sur un fil. Peut-être James exagérait ses craintes, mais l'épisode de la laverie l'avait sérieusement perturbé à son propos, un peu comme ça avait été le cas avec Jordan qui n'était plus de ce monde maintenant.

Après des dizaines de mètres de course, James arriva au hangar et scruta les épais murs en métal ondulés qui le composait. Contraint de se rapprocher presque contre pour y voir suffisamment, il longea ce mur jusqu'à parvenir à une petite porte surélevée accessible via un escalier en pierre avec rambarde de fer. Sans doute la porte de service. C'était bien suffisant pour lui et probablement le mieux : entrer par les grandes portes du hangar, sachant qu'il pouvait abriter une horde entière, était tout sauf une bonne idée. Trois par trois, le boxeur grimpa les marches et vint tester la porte en tournant sa poignée, cette dernière s'ouvrait. Soulagé, il tira la porte et fut surpris par le grincement excessif qui résonna dans tout le hangar ou presque, d'autant plus que le reste était plongé dans le noir et le silence. Cette surprise le fit grimacer et retenir un juron, avant de s'engouffrer à la va-vite dans le hangar.

Il n'avait ni lampe ni torche et le hangar était encore plus sombre que l'extérieur au point que l'on y voyait presque rien. Si lui ne voyait rien, cela sous-entendait que les habitants morts-vivants potentiels non plus et la discrétion était de mise, surtout après l'entrée audible qu'il avait offert. Il n'était pas complètement démuni pour autant et si ce n'était pas idéal, il partit s'accroupir dans un coin du hangar non loin de la porte et contre le mur, se faisant le plus silencieux possible à tel point qu'il retenait autant que faire se peut sa respiration et glissa doucement la lanière de son arme à son épaule comme précédemment afin de l'installer dans son dos. Après quoi, il tira de sa main droite son Colt-45 à sa ceinture, retirant lentement la sécurité puis tâtonna son monoculaire pour activer à l'instinct la vision nocturne.

Ce devait être bon et en prenant de cette même main le monoculaire pour le plaquer à son oeil droit, il constatait que son instinct avait été bon : il voyait à présent devant lui, certes soumis à un filtre nocturne verdâtre, mais il n'avait pas besoin de plus. James se redressa et se mit à avancer, jambes fléchies pour maximiser sa discrétion avec un pas rapide, il fallait qu'il se dépêche et avait pris assez de temps pour se préparer. Ce qu'il décrivit à la vision nocturne, c'était de longs rangs de machines qui partaient presque d'un bout du hangar jusqu'à l'autre plausiblement. Ces couloirs étaient assez larges et les machines en question, étonnamment hautes par parcelles, il n'en voyait que la forme sans rien connaître ni comprendre de leur but ou de leur fonctionnement. Sans chercher plus loin, il progressa le long des colonnes sans s'engager dans aucun couloir, son but étant de faire le tour de la structure principale en quête de bureaux surélevés ou d'un quelconque autre accès en hauteur ou vers le toit.

Quand il arriva à l'angle du hangar, il n'y trouva qu'un préfabriqué sans étage bien qu'imposant, quel-qu’en soit l'utilité, ce n'était pas ce dont il avait besoin et il se tourna sur le flanc de la bâtisse dans le but d'en rejoindre l'autre bout. A peine avait-il commencé à avancer qu'il entendit des grattements suspects, assez diffus mais ces murs métalliques et ce vaste espace offraient un excellent écho. Aussitôt sur le qui-vive, il se retourna de tout son corps dans son dos puis chercha à droite entre les machines un quelconque signe de présence, tournant et se retournant tel un automate qui suivait de très très près le champs de son monoculaire fermement tenu en main. Après les premières machines, tandis qu'il avançait, James contempla de longs tapis roulant à l'arrêt, sur lesquels étaient disposés des troncs en file indienne, ce qui coupait en grande partie la visibilité des couloirs voisins. Il continua sa progression sans trop de gêne sur un certain nombre de mètres, jusqu'à parvenir à de nouvelles imposantes machines sur sa droite qui délimitaient la fin de ces couloirs, du moins de la première partie du hangar : les colonnes de production semblaient coupées en deux et un grand et très spacieux couloir en perpendiculaire, laissait l'accès d'un bout à l'autre du hangar sur ses flancs.

Bien vite, il compris qu'il avait atteint les entrées principales aux colossales portes doubles de métal complètement ouvertes, laissant un trou béant dans la structure du hangar vers l'extérieur. C'est passant devant qu'il observa la présence des grillages au dehors beaucoup plus proches, et de petites constructions préfabriquées à la chaîne avec des accès routiers. En y regardant de plus près, il y avait plus que ça : non loin de l'entrée, couvrant la vue d'une des petite bâtisses, une pile de barques superposées étaient sanglées au sol pour tenir, il comprenait mieux à quel genre d'usine il avait à faire, de la transformation de bois brut en planches pour la fabrication de barques et sans doutes d'autres fabrications de bois. Dans l'absolu, on pourrait se dire que ça n'avait aucune importance de savoir ça, mais pour James, c'était une bonne information, ça sous-entendait que l'usine avait eu une forte organisation pour gérer le tout, soit des bureaux et locaux certainement édifiés au hangar même comme c'était souvent le cas.

Un râle si porté qu'il le fit sursauté le poussa a tourné sur lui-même sans lâcher son monoculaire pour voir de quoi il en retournait : d'abord un qui entrait dans un des couloirs du coté dont il venait, puis trois autres qui se suivaient en plein milieu du hangar, puis cinq de plus qui venaient depuis les couloirs opposés, et deux autres encore au moins visibles au fond dont un disparaissait l'instant d'après dans un autre couloir. Plus d'une dizaine de créatures au physique terrifiant embelli par la nuit et aux yeux froids illuminés par la vision nocturne, venaient de parts et d'autres du hangar et se dirigeaient probablement vers l'origine du bruit qu'il avait produit avec la porte de service. Le coeur du vivant s'accéléra grandement et il fit le tour de lui-même pratiquement deux fois, jusqu'à regarder les coins et les recoins autour de lui, à la recherche d'un autre mort-vivant qui viendrait lui sauter dessus dans le noir. A son autrement plus grand soulagement, il n'en était rien, il était chanceux. Il fallait qu'il se dépêche, vite, très vite, qui sait quelle était la progression de Kyle ou comment allaient les filles.

Il se mit à marcher plus vite, droit sur ses jambes sans qu'il s'en soit vraiment rendu compte, poussé par la peur pour lui-même et la crainte pour les siens, à rejoindre le fond du hangar par ce nouveau couloir presque identique, à la différence que les machines avaient des formes différentes, étaient plus nombreuses et les tapis roulant, tout aussi larges, ne voyaient pas des troncs êtres disposés, mais des barques désassemblés, à moitié faites ou carrément des monceaux de pièces détachées. Cette fois il avança plus vite et en approchant enfin du fond du hangar, qui était pas mal plus profond que son opposé par lequel il était entré, il vit enfin un véritable petit bâtiment, fait de préfabriqués montés sur plusieurs étages et investissant un large pan de mur avec quelques escaliers métalliques aux abords.

Il y arrivait enfin et se mit presque à courir à la vue du Saint-Graal. Cependant il crut que son cœur allait sortir de sa poitrine sous la surprise, quand il vit un faisceau de lumière apparaître des ténèbres depuis une fenêtre du second étage des bureaux. D'un coup il s'arrêta, s'accroupit et respira plus fort en espérant qu'il n'ait pas été repéré, par qui ? Il n'en savait foutrement rien, à croire que cette zone était plus peuplée de vivants que celles qu'ils avaient pu fréquenter. Une chose était sûre, il y avait quelqu'un d'autre dans ce hangar et si Kyle possédait une lampe-torche cédée par Elizabeth, il était certain que ce n'était pas lui qui l'avait devancé dans ces bureaux.

Il se rendit compte qu'il avait baissé son monoculaire en prenant conscience qu'il ne voyait plus grand chose et le redressa aussitôt contre son oeil au contour humidifié, il transpirait, à cause du stress plus que des efforts, il était en réalité vraiment moite du front et des mains, maintenant qu'il y pensait. Autant que faire se peut, il garda son calme et reprit son avancée, il ne pouvait pas reculer, qui que soit cette personne dans ces bureaux, il fallait absolument qu'il grimpe car ce n'était que de ce coté que pouvait se trouver un balcon ou un accès par trappe, échelle, qu'en savait-il, vers le toit. Quoi qu'il puisse y trouver, il ne pouvait assurément pas abandonner cette nouvelle quête d'un point de vue sur la zone industrielle. Il se demanda alors, si cette personne, ou ces personnes en fait, avaient quelconque lien avec les ravisseurs d'Ivy et Jena : et si elles se trouvaient ici en finalité ? Auraient-elles été déplacées et Kyle se dirigeait-il dans une mauvaise direction ?

Cette fois, les raisons d'aller à ces fichus bureaux prenaient le pas sur celles de s'en aller. Il conserva le monoculaire à l'oeil, étira sa main tenant son Colt et resserra sa prise, l'index sur la détente, puis progressa jusqu'à ces bureaux. Quand il arriva, un peu après, à l'escalier le plus proche, il reposa le monoculaire sur son buste et resta à l'arme de poing, dans des lieux étroits, son fusil ne lui serait d'aucun secours et il lui fallait les mains libres pour pouvoir se défendre au corps à corps le cas échéant, c'était encore le mode de combat avec lequel il avait le plus ses chances, même s'ils étaient plusieurs à être armés, cela reviendrait pratiquement au même. Il s'était demandé s'il ne devait pas alerter Kyle, mais le problème c'était que s'il se trompait, il ferait quasiment échouer le sauvetage par le temps bien plus lourd qui serait perdu, quand bien même il aurait préféré ne pas être seul et avoir un appui, sans parler des morts-vivants qui rôdaient dans le coin, il pouvait dire qu'il prenait aujourd'hui plus de risque que jamais auparavant.

Ah non, moins que sa virée suicidaire en ville pour trouver Elizabeth, en fait, il avait l'art de se mettre dans la mouise et se demandait encore comment il avait survécu à toutes ces situations. James rassemblait tout le sang-froid dont il était capable pour contrôler sa respiration, il devait la faire encore moins audible que ce n'était déjà le cas. Une main sur la poignée de porte, il la poussa en découvrant qu'elle était déjà entrouverte. A l'intérieur, un secrétariat sans fenêtre, de la paperasse étalée partout sur le bureau, l'ordinateur, le canapé contre le mur opposé, le sol presque entièrement et même la plante artificielle en coin, c'est simple, il n'avait jamais vu autant de documents dans un espace restreint et les armoires au fond étaient littéralement éventrées, elles avaient été forcées. James ne s'attardait pas, puisqu'il n'y avait personne à surprendre ici, il ressortit et jaugea l'escalier métallique en zigzag qui grimpait le long des étages, donnant sur des portes à gauche et à droite, chaque bureau, de chaque étage, semblait indépendant, ce qui appuyait la préfabrication. Un autre escalier avait été monté au bord opposé du bâtiment mais le faisceau de lumière qu'il avait perçu venait d'au-dessus de lui.

En parlant de ça, il perçut une porte grincer légèrement, être furtivement ouverte et compris qu'on sortait. Sur le coup, il se cacha sous l'arche du bureau qu'il venait de visiter et dont la porte était restée ouverte et patienta en levant les yeux, parfaitement silencieux. Il faisait noir, vraiment sombre et si les entrées imposantes laissaient passer la lumière de la lune, c'était faiblement. Néanmoins s'il ne voyait pas ce qui se tramait au-dessus de lui, il entendait les bruits de pas qui descendaient, lentement, les escaliers métalliques dont on se serait passé en terme de discrétion. A l'oreille, il crut ne percevoir que deux chaussures qui descendaient, donc une seule personne, mais il n'était pas spécialiste aussi pouvait-il se tromper. Quand il compris que cette personne, homme ou femme, arrivait entre le premier étage et le rez-de-chaussée, il recula vivement et se rapprocha du bureau en essayant d'éviter un maximum le bruit en marchant sur les papiers éparpillés, puis s'accroupit.

Soudain, un son de radio enclenchée s'entendit, même très bien et la personne qui était arrivée au rez-de-chaussée entra alors vivement et avec beaucoup moins de précaution dans le bureau où se trouvait James, piétinant les tas de feuilles, puis poussa la porte qui claqua derrière lui, ou elle. Entre-temps, une voix était sortie du talkie-walkie qu'il portait sûrement :

« Papa Schultz à Snickers, t'en es où dans ta fouille ? »

La voix qui en était sortie avait été très masculine, très grave, ce qui suggérait ici un homme d'âge mûre et à l'écoute des surnoms absurdes donnés, presque plus que lui avec son groupe, il avait de l'assurance. Ce qui était bien moins le cas de celui qui se trouvait dans la même pièce que James, beaucoup plus anxieux, nerveux et s'il identifiait, sans le voir car il se trouvait derrière son bureau, également un homme, il semblait plus jeune et son timbre de voix était très peu grave.

« Putain Curtis ! » Se plaignait-il en enclenchant la transmission. « J'avais dit pas d'appel radio tant que j'ai pas donné le feu vert, tu veux me faire tuer ou quoi ? Il y a du monde ici. »

« Arrête de pleurnicher et je t'ai déjà dit de pas utiliser les noms crétin, répond à ma question. » Rétorquait l'interlocuteur, aussi posé que ferme.

« J'en suis que je fouille des bureaux de merde tout seul en pleine nuit ! Et j'ai rien trouvé d'intéressant. »

« C'est bien ce que je pensais, tu sers à rien. Bon, on discutera de ça plus tard, ramène-toi à la cimenterie, le boss a trouvé deux poulettes tout à l'heure, on va avoir de la distraction. On se rejoint sur place. »

« Attend attend ! » S'alarma le plus jeune dont la voix était aussi proche que distincte pour le boxeur planqué dans la même pièce. « Tu me largues seul pour aller jusque là-bas ? »

« Je t'ai pas dit d'arrêter de pleurnicher ? Ramène tes fesses fissa et si c'est pas les charognes qui te les bouffent, c'est moi qui vais te les botter si tu tardes. A toi de voir si tu veux devenir un vrai survivant et faire partie du groupe ou être définitivement un sac à viande abandonné qui va mouiller son froc avant de se faire étriper. T'as intérêt à faire ton choix sans tarder, j'aime pas les boulets et j'ai bien assez de boulot pour perdre mon temps. »

« Ok ok Papa... j'arrive. Donne-moi cinq minutes je vois vite-fait si il y a rien dans les bureaux d'à coté. »

« Bien. Tu vois quand tu veux ? Traîne pas si tu veux ta part, c'est chaud dans le coin. »

« Oui bah je l'avais remarqué. Sérieux, il est trop con ce mec... »

Quand la radio interrompit une dernière fois la réception - coupée avant qu'il ne s'autorise l'insulte visiblement, le jeune inconnu, de son mètre quatre vingt et portant un jogging souple, une veste en sky, une casquette aux couleurs de l'équipe de basket de Dallas et un pistolet automatique de type Skorpion, se mit à marmonner quelques râles et injures supplémentaires en allumant sa lampe-torche équipée à son arme pour mieux la vérifier. C'est quand la faisceau lumineux apparu qu'il distingua sur la porte devant lui l'ombre d'un homme qui avait bondit de nulle part et tombait dans son dos comme la misère sur le monde. Pris d'une rage endiablée, James était sorti de son couvert en écrasant sans aucune discrétion les papiers au sol et se jeta sur l'homme qu'il plaqua dans le dos. Avant même que ce dernier n'ai eu le temps de réaliser l'agression, il sentit dans le brutal plaquage une main saisir l'arrière de son crâne et envoyer sa tête heurter violemment la porte nez le premier.

Le choc le sonna sur le coup et résonna dans son crâne en faisant siffler ses tympans. Aussitôt, son agresseur emporté de colère le saisit par la veste et le fit basculer sèchement en arrière en le secouant comme un sac de sable qu'il retourna sur le ventre avant qu'il ne percute le sol. Le pistolet automatique toujours dans la main, elle s'y crispa et l'équilibre terrassé, il s'effondra lamentablement, dépassé par les événements. Son instinct lui hurla d'utiliser son arme, dernier recours malgré le danger des rôdeurs qui venaient de passer en second plan de celui d'un inconnu qui le malmenait douloureusement et violemment sans qu'il ne comprenne pourquoi. Une fois encore, il fut devancé par une main qui saisit le poignet de la sienne tenant l'arme et subit l'exercice par les doigts et leurs ongles d'une pression extrêmement forte entre ses muscles qui fut si atroce après quelques courts instants qu'il lâcha un cri de douleur et son arme par la même occasion, étirant toutes ses phalanges à la vue de l'assaillant tandis que le canon du Colt 45 de James se mit à presser désagréablement sa nuque de son solide canon.

Dans le même enchaînement, James s'était mit sur lui en posant un genou contre son dos, le long de sa colonne vertébrale afin de garantir l'effet de sa domination, son pied calé contre la cuisse la plus proche du jeune, il ne relâcha pas la pression sur son poignet malgré qu'il ai lâché le pistolet.

« J'ai lâché mon arme regardez ! J'ai lâché ! Rhaaaa ! Arrêtez ça fait trop mal ! » Supplia le jeune homme qui ne supportait pas la torture de cette pression musculaire.

« LA FERME ! » Gronda lourdement James d'une voix si grave et rugissante qu'elle ne lui ressemblait plus.

Il cessa la pression exercée, ce qui soulagea le jeune homme qui recroquevilla sa main près de son visage, puis James attrapa le pistolet automatique qu'il balança au hasard de l'autre coté du bureau avant de saisir sa victime entre la nuque et la mâchoire de ses doigts crispés et d'une fermeté impitoyable. Le bougre ne pouvait pas le voir, mais les yeux de James étaient rouges de colère, la veine de sa tempe sortie et épaisse, les traits de son visage étirés au possible, il fumait de rage après les propos inacceptables qu'il avait entendu à l'égard de ses deux amies.

« Je te donne trois secondes petit con pour me dire où est la cimenterie, après je mets en pièces tes bras et tes jambes et je te donne en pâture aux rôdeurs qui vont pas tarder vu que tu as crié comme une foutue pucelle. »

« Non, non non non ! » S'emporta le jeune homme, suintant déjà de transpiration et d'affolement, sa voix emportée résonnait encore plus par la porte entrouverte, ce qui accru l'empressement et l'anxiété palpable de James qui pressa plus fortement le canon sur son crâne, écrasant son visage contre le sol par son autre prise au point de gêner sa bouche quand il reprit la parole. « Faites pas ça ! Je vais parler je vais parler ! La cimenterie elle... oh non ils vont me faire la peau... elle se trouve au sud-est. »

« PARLE ! » Rugit encore plus fort le boxeur, qui se pencha près de son oreille pour lui intégrer sa parole en profondeur.

Pressant les yeux qu'il fermait et prit de panique qu'il en avait le regard déformé, le jeune homme n'osait pas bouger de sa posture face contre terre et ne perdit pas une demi-seconde pour répondre en retour.

« Elle - elle est haute, avec une énorme cheminée, on peut pas la louper ! L'endroit est grillagé mais on avait repéré une brèche pour entrer coté est ! »

« Quelle est votre fréquence de transmission ?! »

« La - la fréquence ? Mais, mais... je sais plus... 467 - quelque chose.... j'en sais rien j'ai pas retenu ! »

L'instant d'après, la main libre de James lâcha la tête du jeune homme pour attraper une fois de plus son poignet et en quelques instants, l'insupportable pression qu'il avait exercé peu avant revint en mettant au supplice encore plus douloureusement la victime qui se mit à brailler en se secouant sous le poids de son agresseur. Il ne faisait pas ce genre de genre habituellement, mais James savait parfaitement comment faire mal sans blesser, son passif à l'armée le lui avait sournoisement enseigné et ses mains étaient très sûres aujourd'hui par rapport aux mois passés.

« 25 ! 25 !! 6625 !! » S’exclama t-il tout à coup en gémissant.

Juste à la suite, James épargna le jeune homme d'insister son exercice de douleur et saisit son talkie-walkie à la ceinture pour le porter à ses lèvres. Ces salauds utilisaient bien la même fréquence que celle choisie par le groupe, ce qui expliquait sans doute la capture d'Ivy et Jena, puisqu'elles avaient communiqué avec le camp pour signaler leur position, cette malchance avait été une aubaine pour cette bande de rapaces. Kyle, Elizabeth et lui avaient arrangé une fréquence différente de celle habituelle avant leur départ, de façon à prendre l'avantage le cas échéant, et l'échéance était au rendez-vous. Il n'était pas impossible pour autant qu'ils soient interceptés eux-même. Malgré cela, il était nécessaire qu'il aiguillonne Kyle vers la cible avant de poursuivre son interrogatoire. Isoler ce garçon pour le mettre à l'épreuve avait été aussi dangereux et cruel que cela s'avérait à leur insu une grave erreur de leur part, tout comme le fait de les avoir sous-estimés. James comptait bien en tirer profit pour affirmer leur avantage tactique, le temps pressait, les rôles étaient changés.

« Captain à Louveteau, cible au sud-est. Identifiée par le couloir du père noël, accès facile à la niche par l'est. J'ai un chien isolé sous la main, je vais le faire aboyer pour en savoir plus sur les autres cabots, c'est bien une meute. Donne-moi deux minutes. Terminé. »

« Mais vous êtes qui putain ?! »

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Ven 24 Fév - 23:54
La chute de James du poteau m’arracha un sursaut de surprise tant je ne m’attendais pas à une telle situation et une grimace apparu immédiatement sur mon visage avant de froncer les sourcils à sa remarque me forçant à grincer des dents d’un air désapprobateur. Mais nous n’avions pas de temps à perdre en inutile querelle, le temps pressait, nous n’avions toujours aucune idée de la direction à prendre, et ce foutu Talkie restait éperdument silencieux ce qui ne m’aidait en rien à me détendre.

« Laisse tomber. On va trouver autre chose. » Avais-je simplement soufflé, le regard se perdant à nouveau dans le décor sombre de cette vaste plaine d’un côté et de toutes ses ombres immenses et immobiles de l’autre.

Je suivais le pas de James en forçant sur l’allure, quelques cailloux roulant sous mes godasses et autres buissons que dans la précipitation et la nuit, je n’avais pas vu, ces derniers frottant le tissu de mon pantalon et mes mollets laissés à découvert. On remontait le long du grillage, ce qui permettait de réduire le champ d’observation de notre progression à un seul côté, fort heureusement, aucun autre hostile ne vint nous chercher querelle. Courir de la sorte, me concentrer sur notre objectif, avancer toujours, ça me permettait de ne penser à rien d’autre. Je sentais bien que si je m’autorisais ne serait-ce qu’à imaginer ce qui aurait bien pu arriver entre temps aux filles, je n’arriverais plus à me concentrer assez pour optimiser ce sauvetage. Si mon cœur battait si pleinement dans ma poitrine, sur les veines de ma gorge et de ma tempe, ça n’avait rien à voir avec cette course, ou du moins seulement en partie. Mon état de stress important me jouait des tours assez difficilement supportable mais je devais à tout prix tenir le coup. Pour Jena, pour Ivy, pour garder l’objectif en tête de les retrouver saine et sauve coûte que coûte. Ensuite seulement je m’occuperais de ces types. Ensuite seulement je leur montrerais qu'ils s'étaient attaqués aux mauvaises personnes.

Je filais au train d’Everett sans même me poser de question. Toutes les directions pouvaient bien nous conduire à destination car nous n’avions aucune idée de laquelle prendre et j’espérais réellement qu’on puisse l’atteindre par une chance incroyable, mais si je devais comptais sur ma chance, c’était déjà peine perdu. La portion de grillage sectionnée nous offrait le loisir de pouvoir entrer dans cet espace sans avoir à le contourner entièrement, je m’y engageais prestement, prenant le relais sur la main de James qui maintenait ce dernier plié et permettre mon passage. Une fois fait, je fis un léger tour d’horizon supplémentaire pour essayer de deviner les ombres qui se dressaient maintenant dans la cour. Rien ne laissait penser qu’on avait mis les pieds dans l’enceinte de la fameuse cimenterie tant espérée, bien au contraire. Pas de grande structure métallique comme j’en imaginais les contours, des tas de bois accumulés un peu partout, des alcôves en métal, un assez grand édifice carré semblable à un hangar qui devait être le cœur du métier.

Je m’apprêtais à me remettre en marche, adoptant la même allure, quand la voix de James me parvient ce qui stoppa net mon avancé. Je jetais un regard rapide dans sa direction, inspirant profondément, avant d’hocher la tête et de lâcher sur un ton entendu :

« Reçu. »

J’accompagnais mes mots par une franche tape sur l’épaule, pour qu’il soit rassuré et qu’il sache qu’on continuait de coopérer ensemble, gardant toute la confiance que notre binôme m'inspirait. Je basculais ensuite la radio à mon épaule sur la fréquence de secours qui avait été décidé et pré-programmé avant notre départ, puis enclenchait le mode silencieux avant de me remettre en route d’un pas vif. Je pressais l’allure, profitant d’être seul pour ne pas avoir à me soucier d’être suivi ou non, slalomant dans un premier temps entre les piles de bois qui couvraient la cour et me baignaient dans un presque labyrinthe. J’essayais de garder au possible la même direction, traçant droit devant moi, contournant les obstacles quand ils se présentaient sur mon chemin avant de reprendre la même route. Dans l’enceinte de la scierie, je ne croisais absolument aucun mort, seul le bruit de mes pas sur la terre gravillonneuse me parvenait aux oreilles en même temps que ma respiration. Je n’avais toujours pas retrouvé ma condition physique, et en dépit de mes efforts à la salle de musculation, je continuais à me retrouver très vite à bout de souffle, ayant plus développé sans doute ma force qu’autre chose, mon matériel sur le dos n’arrangeant rien à cela.

Au terme, je fini pas atteindre à nouveau le grillage de délimitation, presque de plein face d’ailleurs, mes pieds dérapant sur la terre avant que mon épaule ne s’affale contre le tressage de fer en un souple amortissement bien que sonore. Au travers, j’observais un autre bâtiment devant sans pour autant que je n’arrive à savoir de quoi il s’agissait, une structure haute et carrée. Mes doigts s’accrochèrent à la grille, estimant cette dernière bien trop souple et sans grande prise pour que j’arrive correctement à l’escalader, je reprenais alors ma course en glissant sur ma droite ayant aperçu ce qui s’apparentait à un portail un peu plus loin. Une fois ce dernier atteint, je déchantais bien vite en constatant la lourde chaîne qui en condamnait l’accès, scellé par un cadenas assez imposant. Je soufflais des narines, expirant toute l’air qui s’était accumulé en reculant de deux pas pour prendre un petit instant d'observation. Les secondes, les minutes, j’en avais presque perdu la notion réelle du temps, défilaient dans ma tête à la vitesse de la lumière. Je décidais finalement de prendre de mon élan et de me hisser à la force de mes bras en haut du portail avant de basculer de l’autre côté en un roulement qui me demandait plus de bras que de souplesse.

A nouveau à terre, je jetais un coup d’œil en arrière pour estimer la direction qu’avait pris James, ne discernant déjà plus très bien le bâtiment qu’il avait pris pour cible. Le talkie restant résolument inactif, je supposais qu’il n’avait pas encore atteint le toit et l’absence de coup de feu entendu m’informa également qu’il n’avait pas rencontré de difficulté. Je priais pour qu’il me donne une direction, mais rien ne vint. Plutôt que de rester inactif et statique, je me remettais en chemin, entamant cette nouvelle portion de terrain à toute vitesse et ce qui devait arriver arriva.
Je me vautrais lamentablement après avoir trébuché sur un tas de ferraille que je n’avais pas remarqué. J’avais mangé littéralement la poussière en pestant et grondant, les coudes, les genoux mit en souffrance, relevant immédiatement la tête pour observer les alentours et espérer que personne, mort comme vivant ne me tombe dessus en profitant de la situation, mais tout resta profondément silencieux. Je me relevais rapidement, me mettant en tête d’être plus prudent, prenant le temps de bien m’orienter avant de me lancer dans un quelconque sprint. Je découvrais rapidement un entassement de véhicule que j'avais cru être un bâtiment à l'origine, les tôles enfoncées de toute part, formant un véritable mur d’au moins cinq mètre de haut, me bouchant la vue sur le reste du terrain.

Je pestais à nouveau, longeant les hauts obstacles de tôle compactées, tombant finalement sur une série de chariots moteurs qui servaient sans aucun doute à entasser les engins. Je commençais à m’impatienter largement de ce nouveau dédale bien plus imposant que le précédent qui ralentissait ma progression, jusqu'à tomber sur une série de hauts conteneurs, jetant mon dévolu sur l'un d'eux pour enfin m’élever en hauteur et trouver une sortie.
Le talkie manifesta sa présence à cet instant et immédiatement, je commutais ce dernier pour retirer le mode silencieux, écoutant la voix de James enfin s’en extraire. Sud-Est ? Bordel, je n’avais foutrement aucune notion de mes points cardinaux tellement j’avais tourné et retourné dans tous les sens, mais la suite me donna un point de repère qui me convenait davantage. Une cheminée.

« Reçu. » Sifflais-je dans la radio sans rien ajouter de plus, reprenant mon acte avec une énergie renouvelée.

Les barreaux de l’échelle furent très rapidement avalés et sans perdre une seconde de plus, je rangeais mon arme de poing pour déployer le sniper, redressant les obturateurs en un geste précis et connaisseur, mon souffle puissant envahissant l’espace et résonnant dans ma tête, le battement de mon cœur cadençant presque mes gestes. Je fixais ensuite mon œil dans la lunette, activant immédiatement la vision nocturne en braquant le fusil droit devant moi. J’avais posé un genou à terre, l’autre redressé servant de support à mon coude qui stabilisait mon arme.
Je me retrouvais rapidement envahi par un monochrome vert assez familier, me dévoilant le paysage comme si j’étais en plein jour. Je bénissais la faveur de la lune qui offrait une lueur suffisante pour me dévoiler une distance très appréciable et maudissait ma tension musculaire qui faisait trembler l’ensemble de mes appuis. Je réduisais la portée de ma lunette à un niveau correct pour avoir une vue d’ensemble, laissant courir le canon sur une large portion d’horizon avant de tomber sur la fameuse cheminée estimée à environ 550 mètres de distance de ma position.

Un faisceau lumineux reflété par une bande blanche bien visible sur le coin inférieur droit de ma lentille attira mon attention. Je déportais immédiatement l’axe de mon tir dans la direction, dévoilant une silhouette en mouvement rapide se dirigeant droit vers la cimenterie, cherchant à rejoindre sa position. Cette nouvelle cible n’était qu’à 200 mètres de moi et je me sentais tout à fait capable de l’abattre. Je doutais qu’il soit une créature morte errante au regard de son trajet bien trop précis pour être le fruit du hasard et de la source lumineuse qui lui servait sans aucun doute à s’orienter dans le noir.

Je me jetais, ventre à terre, ou plutôt ventre contre le plafond de métal du conteneur, déployant à la vitesse de l’éclaire le trépied équipé pour poser le tout sur le sol. Je n’avais pas beaucoup de temps pour agir, car ma visée serait bientôt coupée par un mur de véhicule qui gênait grandement ma vision. Si je ratais ma fenêtre de tir, je n’aurais pas de chance supplémentaire avant que ce type n’arrive à rejoindre les lieux, m’ôtant l’opportunité d’une proie solitaire.

Je réglais hâtivement ma lunette de visée, ajustant un maximum de paramètre possible, me retrouvant seul à les estimer alors que j’avais eu l’habitude d’un observateur à mes côtés avant d’aligner à nouveau la silhouette. J’avais poussé la lunette au niveau de son zoom, me donnant un détail bien plus précis sur le type qui marchait hâtivement, lampe en main et flingue dans l’autre. Ce n’était pas James, ni Jena, ni Ivy. Conclusion, une cible à abattre. Mes doigts se crispaient d’appréhension face à un échec car c’était bien la première fois que je faisais usage de mon nouveau jouet depuis mon retour parmi les vivants et surtout parce que bien trop de chose dépendaient de cette réussite.
Le coup de feu partie à l’instant même où j’avais décidé de retenir ma respiration, restant en apnée le temps qu’il fallait pour assurer mon geste. Le coup de feu ne produit qu’un soufflement audible à quelques mètres seulement et sous mon regard, je contemplais la cible s'effondrer en silence.

L’instant d’après, je déportais à nouveau le canon de mon fusil en enclenchant une nouvelle cartouche dans la chambre, dévoilant la cheminée de la cimenterie et son périmètre de grillage. Je passais en vision thermique pour avoir plus de chance de desceller quelque chose et je fus récompensé. Près du grillage, dans un angle peu convenable et à l’extrême frontière du mur de carcasse dans mon champ de vision, deux zones d’un rouge flamboyant apparurent non loin l’une de l’autre.  

Galvanisé par ma précédente réussite, j’alignais celui qui frôlait très justement les voitures, un tir bien plus difficile que l’autre mais qui m’assurait d’être capable de passer à l’autre type aisément. Le doigt sur la détente, mesure prise, le bruit d’un coup sur la tôle métallique du conteneur sur lequel je siégeais me fit sursauter alors que mon index frôlait la gâchette. Le coup partit tout seul, la balle percutant le mur de véhicule à 50 mètres devant moi, provoquant un claquement aiguë. Peu de chance que les types en face ne l’ai perçu vu la distance, mais j’insultais mentalement cette nouvelle perte de temps. J’abandonnais ma tentative à cet échec, retrouvant un semblant de lucidité et surtout ne voulant pas trainer plus dans les parages. Je rangeais mon fusil sur mon épaule après avoir occulté la lunette, attrapant mon arme de poing pour descendre de mon perchoir. Les doigts tendus et la gorge grondant son festin, mon opposant se dessinait par le contour de sa silhouette, ses ongles grattant le métal pour espérer m’atteindre.

Je n’eus aucun mal à supprimer cette nouvelle cible, crachant un « Ta gueule connard. » entre mes dents serré par la colère qui refaisait surface, ma position me donnant largement l’avantage. Je sautais enfin à terre, prenant la direction de la cimenterie, ou plus précisément du premier type que j’avais abattu sans rencontrer de nouvel obstacle, la casse n’offrant pas de clôture sur cet axe de terrain. Je reprenais alors ma course dans le noir, gobant les mètres à une vitesse effrénée.

« J’arrive Jena. Je ne t’abandonnerais pas. Tiens le coup. »

Ivy Lockhart

Anonymous
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Sam 25 Fév - 17:19
Malgré mes protestations, malgré les battements de jambes de Maria, l’inexorable horreur survint, nous cueillant avec toute la lenteur dont elle jouissait du fait de notre impuissance. La lame d’Elias s’enfonça quelque peu à travers le tissu et les chairs de Maria, juste au dessus du sommet de sa hanche, pour trancher d’un geste vif un long sillon sanguinolent qui épousa la courbure de son ventre. La femme hurla à plein poumons, ses hurlements me glacèrent le sang jusqu’aux os et se répercutèrent en échos dans toute l’usine. Jamais de ma vie, je n’avais pu entendre un tel cri, déchirant, inhumain. Une telle souffrance me me terrifiait. Je me débattai moi-même, dans quelques hurlements étouffés, tentai d’échapper à la poigne de Jimmy qui m’obligeait à assister à cette folie, à cette avalanche d’horreur qui n’en finissait pas.

Le liquide amniotique mêlé de sang se déversait dans une cascade violente et éphémère, éclaboussant Javier qui lui-même n’en pouvait de hurler et supplier, se lamenter. Maria se vidait de son sang, de ses eaux ; de sa progéniture même quand Elias, non content de son acte barbare, plongea ses mains dans le sillon de chairs à vifs, encore palpitant et assisté d’un Papi au visage plus fermé, inquiet et concentré sur l’horreur qui avait lieu sous nos yeux. Les deux hommes luttaient contre les battements, soubresauts et hurlements d’une Maria à l’agonie à qui l’on arrachait chairs et enfant. Le vieux médecin - boucher même - parvint à retirer une maigre masse, informe, jaune verdâtre sous mes prunelles, certainement plus rose-violacée à la vue d’autres, d’où se détachait de plus en plus visiblement le cordon ombilical, suivant la chute du sac amniotique au sol dans un bruit aussi visqueux que sinistre.

Je cherchais à fermer les paupières ou détourner le regard, sans succès sous la prise d’un Jimmy qui accomplissait sa tâche à la perfection. Je ne manquais pas une miette du plus horrible des spectacles qui m’ait été donné de voir. Elias me paraissait entièrement focalisé sur le petit être qui se trouvait dans les bras du docteur, sans même prêter attention à la mère qu’il venait d’éventrer sauvagement. Il ne semblait pris d’aucun remord, ni d’aucun dégoût. D’un geste de son couteau, il trancha le cordon, sous les conseils inaudibles du médecin qui lui tenait compagnie. Je pus le voir parler à ce dernier, puis se tourner vers un Javier suppliant et s’écriant, tentant de se traîner au sol malgré ses jambes brisées, malgré sa faiblesse physique, l’homme semblait animé tant de rage que de désespoir. Quant à Maria, elle avait finit par se taire, oscillant mollement au bout de ses liens, la tête affaissée entre ses épaules. Probablement morte. Je l’espérais pour elle. Je ne pouvais guère faire mieux hormis espérer à son trépas, qu’elle puisse trouver le repos et la paix.

Le nouveau-né finit par pousser un premier cri. Des pleurs déchirants et éraillés qui marquèrent la fin de mon propre calvaire, qui ne me semblait rien en comparaison de celui du couple offert en pâture à ce monstre d’Elias. Jimmy retira ses mains, presque vivement comme si celles-ci lui brûlaient. Je ne le vis pas directement, mais je pus le sentir se retourner derrière moi, l’entendre dégueuler. Et je criais enfin. Je hurlais, me déchirais la gorge et m’embrasais les poumons, m’agitant et pleurant, me débattant de tout mon corps. Je souffrais, affreusement, par empathie, par compassion, par monstruosité. La culpabilité m’assommait alors que je savais que j’aurais pu, j’aurais dû faire quelque chose pour éviter ça. J’en avais normalement le pouvoir, bien que celui-ci restait toujours aussi sourd et muet, malgré mes appels, ma concentration, mes supplications intérieures à le voir se manifester.

J’ignorais ce qu’il m’arrivait, pour quelles raisons cela m’arrivait ; mais je payais le prix de cette inexpugnable horreur qui resterait gravée sur mes rétines, dans ma mémoire, et sûrement dans mes chairs. Je vis Papi s’éloigner rapidement avec le nourrisson, droit vers la sortie de la cimenterie au moment où Elias, accroupi, se saisissait de Javier par le col de sa chemise, lui parlant à nouveau d’un ton bien trop bas pour que je puisse l’entendre. Puis, d’un geste aussi franc et sauvage, il trancha la gorge de sa victime sans aucun état d’âme, rejetant en arrière le corps convulsant du latino comme s’il n’était rien, bien moins qu’un être humain. J’allais perdre la raison pour de bon. Je me savais condamnée dans le meilleur de cas, et un autre jouet entre les mains sadiques d’Elias dans le pire. Mes pensées n’avaient plus aucun sens, plus aucune logique autre que celle de résister, déverser ma rage, ma souffrance, ma haine envers Elias et ses hommes.

“T’es qu’un putain de monstre !!” avais-je finalement réussi à hurler, une bonne minute après que Javier ait rendu son dernier souffle dans un gargarisme. J’explosais de rage, je l’insultais des pires choses que mon esprit en pleine dérive était capable d’exprimer. “Pourquoi tu fais ça sale taré !? Fils de pute ! J’te jure que j’vais te crever !” J’y allais de ma haine la plus sincère, sans retenue car sans espoir, à mesure qu’il se rapprochait de moi. Puis parvenu à ma hauteur, il me balança un violent coup de poing en plein dans l’estomac, me coupant le souffle à nouveau avant de glisser sa main dans mes cheveux, à l’arrière de mon crâne pour me tirer le visage en arrière. Il plaqua son autre main autour de ma gorge et commença à serrer. Je suffoquais en plantant mes noisettes brouillées de larmes dans ses prunelles aux reflets de jade.

“Mais ferme ta gueule ! T’es juste bonne à chialer et menacer...” s’énerva-t-il au creux de mon oreille, avec une rage enjouée et débordante. Je me sentais prise de spasmes, mon regard se voilant d’étoiles et d’une pénombre en périphérie. Je hoquetais, crachotais, mes poumons brûlaient ardemment.

“Tout ce que t’as, c’est une bouche bien trop grande pour cracher des menaces insignifiantes...” me glissa-t-il d’un ton plus hargneux, transpirant de folie et de colère. “Tu penses que parce que tu as assisté à une petite scène d’horreur insignifiante, tu penses tout savoir de moi ? En connaître assez pour me traiter de monstre ?” Je me sentais partir, j’abandonnais, lorsqu’il relâcha enfin sa pression. Je prenais une longue inspiration rauque, puis toussais à de nombreuses reprises, une salive sanguinolente s’échappant de mes lèvres légèrement cyanosées.

“Javier et Maria… Je leur ai offert ma protection. Un groupe, un toit, de la nourriture, des médocs. Je les ai pris sous mon aile pour les arracher aux mains du Marchand. Mais ils se sont enfuis. Ils m’ont volé, ils m’ont trahi et pire encore, ils ont tué ma fille !” hurla-t-il finalement en continuant de me tirer les cheveux en arrière pour m’obliger à soutenir son regard fou furieux. “C’est pas une simple question de ‘monstre’ ou ‘pas monstre’ ; c’est une question de justice élémentaire ! Alors ferme ta gueule !” rugit-il en ponctuant sa phrase d’un nouveau coup de poing envoyé dans mon estomac.

Je suffoquais encore plus, peinant à rassembler mes esprits et à rester consciente tant je sentais mon cœur battre férocement contre ma poitrine. Une violente migraine commençait à me prendre le crâne, digérant les horreurs de l’instants comme essayant de donner un semblant de cohérence au récit d’Elias. S’il croyait que j‘allais ressentir la moindre empathie pour lui après ce qu’il venait de faire, il se plantait lourdement. Une telle cruauté était tout bonnement  injustifiable. Je secouais faiblement la tête malgré son emprise, crachant et toussant de plus belle sous la rudesse de ses coups répétés.

Il finit par me relâcher et reculer de quelques pas, s’allumant une clope de ses mains encore humides de liquide et de glaires empestant l’ammoniaque. Je l’observais par en-dessous, d’un regard toujours aussi farouche et haineux, alors qu’il tirait une première latte sur sa sucette à cancer avant de reprendre, me soufflant la fumée à la figure.

“T’as mal ? T’as la haine hein... Alors dis-toi que ce n’est que le début ma chère Ivy. Je t’écraserai lentement. Ta colère, ta raison, ta dignité... jusqu’à la dernière lueur d’espoir de ton regard. Je vais te faire cracher tout ce que tu sais, tu finiras par me supplier de te tuer pour t’arracher à ton désespoir et tes souffrances. Tu entraîneras tout tes potes avec toi. J’irais trouver chacun d’entre eux pour leur faire connaître un sort encore moins enviable avant de les refiler au Marchand, à commencer par Jena… Elle au moins a eu les couilles de vouloir mettre ses menaces à exécution avant qu’on ne la réduise en bouillie. Papa doit bien s’amuser avec Maman pendant que tu gémis tes insultes et autres petites menaces sans fondement…” cracha-t-il d’un ton particulièrement mauvais, empli de promesses que je ne voulais pas le voir tenir. Il ne masqua pas son rictus de mépris amusé en portant sa main au talkie fixé à sa ceinture, avant de presser le commutateur de celui-ci et lancer un appel dont je n’avais aucun mal à deviner le destinataire.

“Sean ? Et si tu nous faisais profiter des doux hurlements de Jena ?”

Jena Higgins

Anonymous
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Dim 26 Fév - 13:24
Déconnectée, j’attendais la fin de mon calvaire que serait l’apothéose de cette pourriture. Savoir qu’il y avait une fin à cela était le seul et unique fil ténu d’espoir qui me restait. Les assauts s’enchaînaient pourtant, semblaient ne plus en finir, chacun d’entre eux plus déchirant que le précédent, gonflant ma nausée qui n’avait même plus la force de s’extérioriser autrement que par gémissements malsains et apathiques.Le dégoût le plus profond et pugnace m’étouffait, au point de ressentir une haine farouche à l’égard de mon propre corps supplicié qu’à l’égard de mon bourreau. Les menottes étaient une bien faible prison en comparaison de mes chairs en cet instant.

Il ne restait que cet espoir ténu d’attendre la fin, attendre ce moment de faiblesse qui m’offrirait la dernière chance de prendre une bien maigre revanche sur ce porc, mettre en jeu la seule et dernière chose qu’il me restait de concrète - ma vie - dans un ultime combat. Je le méprisais tant, je le haïssais tant, chacun de ses souffles, chacun syllabes de chacune de ses injures avilissantes, la violence de ses à-coups frénétiques et indésirable. Je me promettais de lui offrir le plus beau des carnages en guise de dernière étreinte.

Car je n’étais pas la seule victime de cette ignominie. Au-dessus de ma tête, de part et d’autres de mes poignets, je pouvais sentir la canalisation qui commençait à ployer de quelques grincements stridents. Si mes seuls muscles crispés, mon maigre poids et mon endurance n’avaient pas été suffisants à la faire céder, la violence lubrique de Sean se mettait à changer la donne. Et je le sentais venir, plus fébrile, plus agité encore. Je serrais les mâchoires à m’en faire péter les dents, je serrais les poings de la même manière autour du conduit, le métal rugueux me râpant la pulpe des doigts et faisant crisser mes ongles.

Et lorsque l’ultime souillure survint enfin, lorsque je sentais cet immonde porc venir en moi, j’étais prête. Je passais à l’attaque. Une attaque désespérée, qui se solderait fatalement par la mort de l’un de nous. Tendu et absorbé à savourer le fruit de son immondice, je profitais de la faiblesse de l’homme pour basculer la tête en avant. Mon visage s’enfonça dans le creux de son cou. J’ouvris la bouche et découvris mes dents que je plantai avec férocité dans sa chair palpitante de son rythme cardiaque effréné. Le goût moite et salé de sa peau envahit ma bouche juste avant la saveur cuivrée de son sang quand j’arrachais finalement la jugulaire de ce fils de pute.

Il poussa un grand cri, un hurlement qui s’étouffa bien vite dans un gargarisme bouillonnant alors qu’il tituba en arrière, porta ses mains à sa gorge, les yeux écarquillés de surprise et d’effroi. Je recrachais le sang et le lambeau de peau élastique dans sa direction. Jamais, au cours de toute ma vie, je n’aurais pensé éprouver une telle satisfaction à voir quelqu’un agoniser et mourir. Il chercha à revenir vers moi, sûrement pour me faire payer mon acte avant de s’éteindre. Je pus sentir ses mains poisseuses de sang venir enserrer ma gorge, une lueur à la fois terrifiée et profondément haineuse animant son regard paniqué. Cette étreinte qu’il avait voulu mortelle dans ses intentions ne dura guère plus de quelques secondes avant que ses doigts ne se referment sur mes épaules, puis le tissu de mon débardeur tandis qu’il vacillait dans un râle laborieux.

Et tout comme sa volonté de vivre, la conduite finit elle aussi par céder. Je m’effondrais lourdement au sol, en compagnie de l’homme, m’affalant en travers de sa poitrine engluée de son sang. Je me débattais difficilement pour m’éloigner de lui, me reculant finalement pour pouvoir mieux le contempler en train de crever dans quelques spasmes gargouillant, le souffle haletant. D’abord silencieuse face à ma petite victoire, j’avais fini par me laisser aller. Je me recroquevillais sur moi-même, en position fœtale, sentant les ignobles brûlures me déchirer les entrailles comme l’âme. Je pleurais, hurlais, la tête entre les mains, encore et encore, jusqu’à sentir ma voix s’érailler comme si je pouvais laver la souillure par la seule force de mes cris. De longues minutes s’écoulèrent par la suite, durant lesquelles j’étais demeurée amorphe et déconnectée comme jamais. Je n’avais le goût de rien, véritablement éteinte ; jusqu’à ce qu’un effroyable cri d’agonie me parvint, distant, porté en échos par la structure de la bâtisse.

Un cri féminin, indiscernable et méconnaissable. Je ne pouvais penser qu’à Ivy, et aux atrocités qu’ils pouvaient bien lui faire subir. Je n’osais m’imaginer qu’ils puissent lui réserver le même sort ; tout comme je n’osais penser que la petite mécano n’ait pas déjà fait usage de son don pour se tirer de ce mauvais pas. Pourtant, elle n’était pas venue m’aider, m’avait laissée à la merci de Sean et d’Elias. Je ressentis une haine démesurée à l’égard de la jeune femme, qui ne saurait trouver d’apaisement qu’avec - peut-être - la connaissance d’un sort bien pire encore. Le cri dura de longs instants, suffisant pour malgré tout parvenir à me glacer les os. Il me rappelait ô combien je devais sortir de ce merdier, juste pour aller faire sa peau à cet enculé d’assassin qui m’avait tout pris.

Lentement, je ramenais à leur place ma culotte et mon pantalon, tâchant de me focaliser sur la nécessité de devoir sortir d’ici plutôt que sur mon traumatisme. Je me répétais et m’aveuglais de ce simple objectif auquel je devais me raccrocher pour ne pas simplement sombrer et m’abandonner : buter Elias. Obtenir ma vengeance. Toutes ces épreuves, tout ce temps passé auprès des dégénérés, tous ces sentiments à l’égard de ces gens, ce groupe, de Kyle ; pour en revenir au final à mon plus vieux et efficace moteur de survie : la vengeance, froide et aveugle.

Je restais allongée quelques instants supplémentaires, rassemblant mes pensées, mes forces et ma volonté. Les hurlements s’étaient éteints depuis, ou devenus imperceptibles depuis ma position. Je me relevais ensuite avec grande difficulté, les jambes ankylosées pour dominer enfin le cadavre de Sean. Et là, je ne pus contenir ma haine plus longtemps, piétinant à grand coup de semelles le visage de ce porc avec acharnement, à grands renforts de cris et d’insultes féroces, dans un équilibre particulièrement précaire.

Je regrettais amèrement qu’il ne puisse déjà plus souffrir, qu’il soit mort si rapidement là où je me serai faite une joie de lui rendre la monnaie de sa pièce, lambeaux de chair après lambeaux. Finalement, je m’effondrais de nouveau à genoux à ses côtés, fouillant ses poches à la recherche des clés des menottes. Quand je les trouvais enfin, il me fallut quelques instants pour parvenir à les ôter, la clé tremblant fébrilement entre mes doigts crispés. La plaie à mon bras gauche me faisait un mal de chien, la douleur cognant et diffusant sous ma peau mieux qu’une profonde brûlure, le sang épais ruisselant lentement le long de mon avant-bras.

Je me débarrassais finalement des bracelets argentés, puis rampais en direction de mon sac à dos abandonné par Elias au pied du tabouret dans un grognement de labeur. A l’intérieur, je retrouvais l’ensemble de mon équipement, à l’exception de mon talkie. J’y récupérais mon flingue et mon couteau, laissant le Steyr Aug dans le sac quand une voix crépita soudainement dans la salle de contrôle, s’échappant du talkie glissé à la ceinture de l’autre porc.

“Sean ? Et si tu nous faisais profiter des doux hurlements de Jena ?”

Mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines en reconnaissant la voix d’Elias. Traînant mon sac et ma carcasse jusqu’au cadavre, je m’emparai du petit appareil de communication et le portai à mes lèvres. Pourtant, je n’enclenchais pas immédiatement la transmission. Non… J’allais laisser s’écouler quelques instants pour faire mariner cet enfant de salaud, lui laissait le temps de douter. A la place, je m’occupais de défaire les attaches du gilet tactique porté par Sean, faisant rouler son cadavre d’une poussée de jambe pour finalement récupérer le vêtement de protection dont je m’arnachais.

“Seaaaan ? Sois pas si pudique mon vieux… Notre chère Ivy risque de penser que je bluffe,” semblait s’amuser Elias d’un ton lancinant de l’autre côté de l’appareil de transmission au bout d’une petite minute. Je reprenais l’appareil en main, et pressais le commutateur après l’avoir porté à mes lèvres.

“J’t’ai dit que j’te crèverai Elias...” soufflai-je très difficilement de ma voix éraillée dans le talkie, avant d’être prise d’une quinte de toux assez rauque. “Sean est mort… Toi, t’es le prochain. Et tu diras à cette salope d’Ivy qu’elle sera la suivante…”

James F. Everett

Anonymous
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Mar 28 Fév - 10:59
« Mais vous êtes qui putain ?! »

Cette question, aussi terrifiée et emportée était-elle de la part de ce vaux-rien, fit monter d'un cran le taux d’énervement de James qui répondit en le frappant violemment, sans chercher à l'assommer, avec le talkie qu'il avait en main. Le jeune homme lâcha un gémissement douloureux et ferma les yeux à nouveau sur le coup, incapable de bouger la majeure partie du corps et n'osant pas le faire avec ce qu'il avait de libre, soit ses mains essentiellement.

« Les coqs, fumier. » Grondait le boxeur de surcroît, en réponse.

« Les coqs ? » S'interrogeait en retour sa victime qui rouvrait les yeux. « De quoi vous... »

Alors il compris, après un instant de réflexion, la référence on ne peut plus explicite au terme insultant qu'avait utilisé son acolyte pour qualifier Jena et Ivy, et si le jeune homme n'avait aucune idée de ce qui se tramait vraiment à la cimenterie, il ne lui en fallut pas plus pour que la sueur de son front ne s'imprègne davantage et que son regard désarçonné et gagné par la peur, ne soit concrètement apeuré et résigné.

« Non non non, vous énervez pas, ok ? On s'énerve pas ! J'y suis pour rien moi je vous jure ! On m'a envoyé ici pour fouiller le coin, je sais pas qui sont ces filles et pourquoi elles ont été capturées. J'ai rien à voir avec ça ! »

« Ah bon ?! Tu m'en diras tant espèce de lâche ! » Rugit James à lui postillonner sur le visage sans la moindre gêne. S'il s'écoutait, il lui cracherait dessus carrément.

Il se pencha près de son oreille en pressant de manière éprouvante le canon de son revolver contre son crâne, son regard planté dans celui de profil de cet inconnu qu'il méprisait et voulait rouer de coups pour venger ne serait-ce que le fait même d'avoir agressé et insulté les filles, car il n'avait pas idée de ce qu'il se passait vraiment, même si son imagination envisageait déjà le pire. De quoi l'enrager encore plus.

« Tes potes ont agressé mes amies et parlent de se distraire avec. Je jure sur la Bible et sa Sainte Vierge que s'il leur arrive le moindre mal, je ne m'arrêterais pas tant que vous ne serez pas tous morts et je ne serais pas le seul à le vouloir. Je te garantie que vous allez payer, toi le premier... »

« Pitié ! » Suppliait sa victime, qui grimaçait de plus en plus sous la pression du canon, l’entièreté des muscles de ses mains tendus, elles ne parvenaient pas à rester à plat contre le sol. « Je suis pas un criminel ! Je les connais à peine ces gars, je suis tombé sur eux il y a quelques semaines et ils m'ont proposé d'intégrer leur groupe. Je cherche juste à survivre ! Je suis comme tout le monde, comme vous, je pouvais pas rester seul ! Alors j'ai accepté. Ok, ok... je sais bien qu'ils sont pas nets, ils sont même carrément cinglés surtout Elias, m- mais j'avais pas d'autre choix, c'était ça ou rester seul et à la rue et me faire tuer. J'essaie juste de m'en sortir, je suis pas comme ça, je suis pas comme eux, je suis pas un tueur, un violeur, ou un truc du genre, j'ai jamais fait de mal à qui que ce soit, je vous le jure ! »

« Arrête de me baratiner !! J'ai pas le temps pour tes conneries ! » Cette fois, il lui hurlait presque dans l'oreille, malgré qu'il ai conscience de la présence de rôdeurs dans le hangar, il savait que le temps était compté mais aussi que ça n'avait plus d'importance. « Les charognards arrivent, alors ça va être simple : tu vas me dire combien vous êtes, comment vous êtes équipés et qui est votre chef. Je veux tout savoir ! »

A ce moment-là, le talkie tombé au sol, au milieu d'un tas de feuilles, s'activa, coupant presque James dans sa lancée. Ce dernier braqua aussitôt le regard dessus, il en fut de même du jeune homme, moins hâtivement et l'un comme l'autre purent assister à l'échange radio, éloignés et impuissants. Il entendit cet Elias, ce qu'il disait à propos de Jena, à propos de ce Sean. Son sang manqua de ne faire qu'un tour, ses yeux lentement s'écarquillaient, à la demande d'entendre les cris de Jena. Les cris de Jena... qu'est-ce que ces monstres pouvaient bien lui faire subir ? Bouillonnant à deux cent degrés, il voulut en finir avec le gamin et courir à toute allure pour rejoindre Kyle et la cimenterie, mais il resta silencieux, en suspens, à observer ce talkie-walkie, à craindre, durant le laps de temps entre les deux premières communications, d'entendre les cris déchirants de son amie. Déchirants, pour James en l'occurrence, à son échelle.

Mais au lieu de cela, rien. Le jeune homme à terre, n'osait rien dire, attendait. De longs instants passèrent, qui semblèrent durer une éternité, puis ce même type, dont il exécrait déjà la voix et qu'il haïssait d'office, sans même voir son visage ou l'avoir jamais croisé, rappelait son acolyte qui ne répondait pas. A la place, il perçut la voix de Jena, une voix méconnaissable, meurtrie, il le ressentait dans tout son corps à en faire frissonner ses os. Elle avait souffert, elle était enragée et voulait faire la peau à ce salaud, il imaginait à raison, oh oui, mais ce qui le perturba était cette menace de s'en prendre à Ivy. La tuer même. Que s'était-il passé ?

James revint à sa victime et ferma le plus fort possible les yeux, il se sentait presque exploser et se défigurant d'une violente grimace, il finit par rouvrir le regard en lâchant un râle emporté, crieur et enragé, son visage rougissant tel un diable et ses traits gonflant sur son visage. Il raffermit sa prise sur son revolver et posa l'index sur la détente, qu'il appuya très légèrement, prêt à faire exploser la caboche de ce garçon et ce dernier l'avait ressenti, puisqu'il paniqua vraiment cette fois.

« JE VAIS TOUT VOUS DIRE ! Je vais tout vous dire ! On est treize ! Non onze, ONZE ! On est onze ! »

« Tu viens de dire TREIZE !! » Hurla James, cette fois, il n'y avait plus aucune discrétion à l'égard des morts-vivants. Cette fois, il fallait se dépêcher pour un tas de raison, pour toutes les raisons du monde.

« Non non ! On était treize mais on en a perdu deux la semaine dernière ! Ils sont aller en ville et ils sont jamais revenus. Nous sommes onze, Elias est notre chef. On a des fusils, des flingues et quelques couteaux et grenades, du matos genre paramilitaire. Elias, il porte un masque à gaz pour se protéger, vous le reconnaîtrez comme ça. La cimenterie, je connais pas, j'ai à peine eu le temps de voir, Elias voulait y aller aujourd'hui, enfin hier, pour trouver deux personnes qui se sont tirées du groupe, un couple. On a été envoyés en fouille, Papa, moi et un autre. Il y en a... six, six dans la cimenterie. C'est tout ce que je peux dire juré ! Je vous en prie, me tuez pas ! J'ai rien à voir avec ça ! Je suis différent d'eux !! »

« Deux hommes ? » Coupait quasiment James, sa voix redescendue d'un coup.

Il n'avait pas percuté immédiatement, mais en y repensant quelques instants après, tandis que le jeune homme était lancé dans sa tirade, il buta sur l'information en fronçant les sourcils. Un grand doute le pris, en repensant à ses malheurs de la semaine passée en compagnie de Kyle. Ça n'avait peut-être rien à voir, mais l'évocation de deux hommes en particulier, la même semaine, ne lui échappait pas, le faisant redescendre aussitôt qu'il était emporté par un ascenseur émotionnel intense et chaotique.

« Qu-quoi deux hommes ? » Rétorquait le garçon qui était trop perturbé et terrifié pour tisser une phrase plus complexe que cela, s'efforçant de répondre à son agresseur pour sauver sa vie, il n'y avait pas de doute, cette question le laissait en suspens.

« C'était dimanche dernier ? C'est ce jour-là que ces deux types ont disparu ? » Reprit James qui tenait un ton ferme mais ne criait plus, en total contraste avec ses impulsions précédentes.

« C-comment tu sais ? C'est-c'est vous ? C'est vous qui les avez tué ? » Répondait le jeune homme, d'abord surpris, puis peu à peu intimidé par l'idée qu'un rôle ai été joué dans leur disparition.

« Est-ce que l'un d'eux créchait dans un avion à l'aéroport ? »

« Quoi ? Mais- »

« RÉPOND ! »

« Oui !! Oui, Steven. Il m'a raconté qu'il avait passé un bout de temps dans un avion, avant de se faire dépouiller par des opportunistes. Il parlait souvent de les retrouver, il faisait déjà partie du groupe quand je suis arrivé, il était surtout pote avec Trevor, l'autre gars qui a disparu. Vous les avez tué c'est ça ? Et maintenant vous voulez tuer les autres à cause de ces filles ? » Il marqua un temps, et une mine déconfite, qui prenait pleinement conscience des enjeux, sans avoir besoin des détails. « S'il vous plait, je vous jure que je dirais rien, je vous embêterais pas, je me tire très loin de Snyder pour de bon. Je vous en supplie... j'ai pas envie de mourir. »

Il ne pouvait le voir, mais le visage de James était devenu livide, à cette découverte plus inattendue que le reste. Ainsi c'était ce groupe, celui qui avait accueilli ce monstre, un salaud parmi des salauds, avec qui il avait commis les horreurs qu'il lui avait fait entrevoir. Cette fille dont Steven avait parlé, ce qu'ils lui avaient fait, à elle et à d'autres, leur barbarie, et c'est entre les mains de salopards dans ce genre qu'étaient Ivy et Jena. C'était un cauchemar.

« Non. » Tranchait cruellement James avec un calme fataliste.

« Mec... pitié fais pas ça. Je ferais ce que tu veux, je vous aiderais même si tu veux ! Mais fais pas ça... je te jure que je suis pas comme eux. Je suis pas un criminel putain. Je suis pas comme eux... »

« Mais tu es avec eux. » Répondit James, dont le ton changé était cette fois très posé, très froid, glacial même.

Son regard le fixait, toujours blanc et comme figé, gelé par tout ce qu'il écouvrait, par cette situation, par ce qu'il avait craint qu'il arrive et qu'ils vivaient, lui et le groupe, aujourd'hui. C'était comme si tout le mal du monde était lié et avait décidé de s'en prendre à eux, cette nuit, maintenant.

« Tu as cautionné dès le départ, tu savais et tu as marché avec ces types. Tu as accepté et tu ne me feras pas croire que tu ne t'es pas sali les mains, que tu n'as pas participé et profité. Je ne te crois pas et je ne peux pas te laisser partir, même si je le voulais et je ne le veux pas, parce que tu les préviendras, et même si, je te ne laisserais jamais partir, ni être une menace pour nous ou qui que ce soit d'autre. Vous avez fait assez de mal. »

« Je... » Le jeune homme ne savait plus quoi dire pour plaider sa cause, désespéré, des larmes commencèrent à humidifier ses yeux et couler sur ses joues, lentement. « J'ai du faire des choses... dont je suis pas fier. J'en avais pas envie mais on m'a pas laissé le choix. C'est cette vie, c'est ce putain de monde ! Laisse-moi une chance, laisse-moi essayer de survivre autrement. Je sais qu'ils sont déjà foutus, je les préviendrais pas. Pitié, je te demande pitié... »

« Tu as fait tes choix et tu dois mourir à cause de ça. J'ai fais les miens, et je vivrais avec. Ce qui compte ce sont ces gens, c'est mon groupe, il n'y a que ça qui me reste, seulement ça qui m'intéresse et nous sommes en guerre contre le monde. On ne livre pas une guerre avec des pensées, et de belles paroles. »

La détonation fut d'une brutalité sans précédent. Elle avait déchiré l'air et transpercé les parois du hangar, d'un bout à l'autre, d'un écho hurlant. L'éclair de lumière avait percé le regard et flashé les yeux de James, jusqu'au plus profond de leurs rétines, puis ce fut le carmin qui suivi. Une vague de sang, jaillissant, explosant au visage de l'ex-chirurgien, qui ferma à peine les yeux pour éviter d'être aveuglé, puis les rouvrit. Il était inerte, fermé, éteint, tout comme le garçon qu'il venait de tuer. Son regard à présent rouge de sang, qui coulait jusqu'à sa gorge, n'exprimait plus rien cette fois. La goutte de sang avait fait déborder le vase et l'avait déversé dans l'océan rouge saturé de peine, de lassitude, de haine et de tristesse. Cette détonation, qui venait de répandre le crâne de ce garçon à travers la pièce et les murs, avait aussi répandu une partie de son âme dans le gouffre du monde, d'où rien ne réapparaissait jamais.

Il se redressa, détournant le regard morose, une main ramassa négligemment, sans aucune énergie, le talkie-walkie du défunt au passage. Il se rendit compte alors, que l'on râlait et grognait à travers la porte. Si la horde avait eu la bonne mesure de ne pas les surprendre durant cette misérable rencontre, elle ne se faisait pas prier pour arriver aux portes du bâtiment préfabriqué, prête à suivre la piste du sang et de la chair qu'il avait achevé d'indiquer avec le coup de feu. Sur le coup, il ne bougea pas, il était comme déphasé, emporté quelque part, sans trop savoir où, drogué par une forme d'absence d'émotion qui le mettait en stase avec son propre esprit et laissait son regard courir sur le sol sans but.

C'est quand, au pic d'un rassemblement de râles et de grincements, il vit la porte s'ouvrir à la volée et le premier cadavre entrer, le visage à moitié grignoté, une bonne partie de la mâchoire apparente et le regard aussi vide - qui n'en cachait pas la bestialité et l'ardent désir de mort et de chair, qu'une dose d'adrénaline arracha instantanément sa conscience de cet état amorphe incontrôlé. Il était déjà trop tard, le premier monstre entrait à deux pas de lui et venait se jeter sur sa proie, suivi d'autres dans son dos que James pouvait distinguer sans trop de mal.

Alors qu'il semblait condamné pour de bon, ses pupilles grossirent et son corps se crispa, porté par un élan alimenté de la colère et l'inacceptation qui revenaient à l'assaut de son âme morcelée, il se jeta en avant, tête baissée et les bras - dont les mains tenaient toujours le revolver et le talkie-walkie - lancés vers le buste du charognard tel un bélier et plaqua cet ennemi de la vie farouchement. Si les morts-vivants avaient l'endurance et l'absence de toute peur et de toute douleur, l'homme et en particulier James, avait la rage et la puissance physique pour remporter le choc. Il parvint à bousculer son adversaire qui percuta et déséquilibra le suivant qui lui tombait à son tour contre le troisième encore traînard dans les escaliers. La chance de James était que l'accès soit surélevé, étroit et qu'il n'ai pas à affronter un attroupement de front qui ne lui aurait laissé aucune chance, pourtant rien n'était joué et sa vie, mise sur la table, ne tenait qu'à quelques instants et quelques décisions instinctives, impulsives et incertaines.

Le monstre, pris de court par cette assaut au corps à corps brutal, ne parvint pas à faire mieux que d'agripper la veste d'aviateur du boxeur, tentant en vain de planter ses dents dans son crâne car il tombait en arrière en provoquant un effet domino sur quatre à cinq autres créatures qui avaient eu pour projet d'escalader les escaliers métalliques jusqu'à leurs proies. C'était quatorze monstres qui s'étaient accordés pour rejoindre le bureau et le reste attendait son tour. Malgré qu'il ai prit l'ascendant, James ne s'arrêta pas dans son élan ni ne persévéra à les affronter : cela aurait signé son arrêt mort. Plutôt que cela, il lâcha après quelques pas la créature qui alla percuter la rambarde derrière elle, son crâne frappant sans aucun dommage la première barre avant qu'il ne s'étale au sol, puis le survivant se jeta d'un bond sur sa gauche par-dessus l'angle de cette même rambarde, à l'opposé des escaliers. Il eut pour résultat de passer littéralement par dessus pour tomber de tout son corps, épaule la première, sur le sol.

Le choc fut loin d'être aisé et il sentit la douleur étreindre son bras, heureusement, il avait réacquis parmi ses connaissances, les bons gestes physiques pour se prémunir de ce genre d'élan et pu se hisser debout par l'appui de ses mains et ses jambes, avant de se mettre à courir vers le flanc opposé du hangar, droit devant lui. Dans sa course, il sentit au bout d'un mètre seulement une main agripper le cuir de sa veste au bras et sans réfléchir un quart de seconde, il se retourna et envoya un lourd crochet du poing gauche fermé sur le talkie dans la mâchoire du rôdeur avant que ce dernier, ou plutôt cette dernière, n'attrape son visage de son autre main griffue et dégoûtante, mais le frôla tout de même assez pour qu'il ai eu chaud. La créature tituba sur le coté et finit sa marche désarticulée contre le mur du bâtiment préfabriqué.

James put reprendre sa course en grimaçant, ses phalanges n'ayant pas apprécié la pression du talkie dans le choc, et filer à toute allure, le monoculaire à son buste sautillait un peu, tout comme son fusil dans son dos. Il contourna le dernier couloir et traça droit devant lui malgré qu'il soit quasi-aveugle avec ce manque effarant de lumière. Grâce à sa bonne étoile, il ne fut stoppé par aucun rôdeur ici et braqua à gauche dans sa course pour passer les grandes portes ouvertes. Derrière, il ne manquait pas d'entendre les appels colériques des rôdeurs qui grondaient en chœur désorganisé. Se retrouvant face au labyrinthe de troncs d'arbres, il regarda à gauche, puis à droite, déjà plus avisé avec l'aide de la lumière des étoiles et de la lune, après quoi, il choisit de repartir sur sa droite pour contourner complètement le hangar en suivant le même itinéraire que Kyle.

Quand il arriva sur l'autre parcelle de terrain de la scierie, il slaloma entre les petites constructions préfabriquées et les piles de troncs qui avaient été ajoutés sur une partie du terrain. Par deux fois, contrairement à son collègue parti depuis un moment et en route pour la cimenterie, il tomba presque nez à nez avec un mort-vivant qui s'enorgueillissait de découvrir un être de chair et de sang bien vivant à dévorer, s'empressant de l'appeler des mains et le poursuivre. James stoppa sa course dans les deux cas et changeait de direction, cherchant à tout prix à éviter l'affrontement, il finit enfin par arriver devant le grillage de ce coté, constatant que le sol était boueux sous ses pieds et le fameux grillage, sans ouverture cette fois. Il rangea son revolver à sa ceinture, ainsi que son second talkie-walkie volé et s'accrocha au grillage pour le grimper péniblement. C'était toujours aussi compliqué pour lui et il eut un certain mal à se stabiliser, devant arrêter sa progression par deux fois le temps que le grillage trop souple à son goût ne cesse de bouger frénétiquement.

Quand il parvint à surmonter cette épreuve, se laissant plus tomber une fois de l'autre coté, il se réappropria ses appuis ainsi que sa respiration, le temps de reprendre son souffle et essayer de réfléchir à la situation. Il venait de tuer un homme, encore une fois mais ce coup-ci, il savait, ou du moins il essayait de se convaincre, qu'il avait fait le nécessaire. Avant le coup de feu fatidique, il avait utilisé instinctivement les mots employés par Elizabeth quelques jours auparavant et auxquels il s'était accroché les instants précédent son acte meurtrier, tout comme il avait pensé à la vidéo qu'il avait réalisé et montré aux siens, dans laquelle il promettait avec conviction la mort à ceux qui s'en prendraient à eux. Cette conviction s'avérait dur à assumer sur le fait accompli, mais il s'était engagé pour protéger les siens, quitte à sacrifier ce qu'il restait de juste en lui - le peu. James avait fait ce qu'il fallait, ça avait été nécessaire mais rien n'était fini, loin de là. Dans un premier temps, il prit son propre talkie qu'il activait, sans se soucier du bruit maintenant qu'il était du bon coté du grillage et transmit pour Kyle :

« Captain à Louveteau, je ne sais pas si tu as entendu, mais je vois que tu n'as pas encore répondu, alors ne le fait pas tout de suite, j'ai une idée. Dis-moi où tu en es ? »

Il interrompit la transmission, de façon à autoriser la réception et patienta quelques instants, quand il reçut une réponse qui quelque part, le soulageait.

« Ici Louveteau. J'ai entendu, récupéré sur un cabot abattu. Position à 200 mètres du chenil sur la piste de deux Dobermans pour euthanasie. Contact imminent. »

« Reçu, je suis en route. J'en ai éliminé un aussi. Il en reste sept, Elias est leur chef, ce Sean en moins d'après Jena, ça fait six dont un en vadrouille et cinq dans la cimenterie. Ils ont des fusils, des flingues, des couteaux et des grenades, fais gaffe en combat rapproché. D'après celui que j'ai interrogé, ils étaient venus chercher un couple en fuite. Je me dépêche. »

Kyle n'allait pas tarder à intervenir et il savait que des deux, ce dernier était le mieux placé pour une attaque agressive et meurtrière, néanmoins, si la surprise avait un avantage tactique, il avait beaucoup d'appréhension et d'empressement, après l'échange radio qui avait accéléré la situation. Kyle était sur le point d'intervenir mais arrivera t-il à temps ? Trouvera t-il Ivy et Jena sauves ? Empêchera t-il ces hommes de les tuer ou encore empêcher Jena de s'en prendre à Ivy ? La pression était forte et il était envahi de zones d'ombres, le choix qu'il s'apprêtait à faire sera décisif et plus il y réfléchissait, plus il se disait que l'élément de surprise devait être sacrifié pour faire gagner du temps. Cette idée, ce n'était rien d'autre qu'un gros bluffe qui avait pour but de mettre la pression sur ces types, les déstabiliser, transformer les acquis et la situation afin de permettre aux filles peut-être, à Kyle et lui-même qui allait les rejoindre sans tarder, de prendre l'avantage voir de régler tout ça prestement en jouant sur la peur et l'impuissance suggérée. Si l'envie de se servir du talkie prit au défunt pour menacer cet Elias et lui assurer qu'ils arrivaient, était présente, James avait conscience que ça n'aurait strictement aucun intérêt, même fonctionnerait contre eux et comme un doublon grotesque de la promesse de Jena qui se suffisait en elle-même.

Non, mieux que cela, il allait faire comme si de rien était, et simuler un mensonge avec suffisamment de crédibilité sans s'adresser aux ravisseurs directement, de façon à perturber cette assurance irritante qu'il avait perçu dans la voix d'Elias. Pour cela, il échangea les talkies-walkies et prit une grande inspiration, fermant les yeux un instant pour se concentrer, avant de tourner les talons et se mettre à courir en petite foulée vers ce qu'il jugeait être l'Est de mémoire pour mieux gagner la cimenterie à son sud. Pour cette communication bluffeuse, il comptait essentiellement sur la compréhension rapide de Kyle, de Jena et peut-être d'Ivy si elle entendait, pour reconnaître sa voix, marcher dans son plan et faire tourner la machine, comprendre le message qu'il leur ferait indirectement passer et utiliser cette tentative à leur avantage. Sa voix, il la raffermissait et simulait une neutralité totalement hors de contexte, rassemblant ses forces mentales pour la rendre la plus calme et intransigeante possible.  

« Ici le Captain, tous en position autour de la cimenterie et ouvrez vos oreilles. Je veux que les snipers gardent leurs deux yeux sur les portails et la brèche et que les grappins soient sortis. Unités d'intervention prêtes à prendre d'assaut les lieux simultanément, faites ça proprement, les mitrailleuses en arrière. Deux cibles ont déjà été éliminées, six sur place et un septième localisé, lui je m'en charge personnellement, ça devrait pas vous poser de problème non ?

L'extraction des filles est une priorité. Éliminez tous ceux qui tentent de résister et sécurisez les autres pour interrogatoire, autrement pas de quartier. Je répète : neutralisez-moi ces connards fissa, je me fous pas mal de qui ils sont, on règle cette affaire en deux temps trois mouvements, je veux pouvoir me détendre sur mon canapé avant la fin de la nuit. Terminé. »

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 1 Mar - 12:16
Seule ma détermination me poussait aller toujours plus vite, toujours plus en avant. Je m’étais montré assez prudent durant mon déplacement vers l’estimée position de ma cible pour ne pas attirer l’attention sur une parcelle de terrain qui s’avérait découverte. Cette démarche ne s’était pas fait sur un coup de tête ou sans raison particulière, car si je n’avais écouté que mon instinct, j’aurais foncé directement à la cimenterie. Ce très léger détour, car ce n’en était un que partiellement, le cadavre se trouvant presque sur le chemin, avait pour objectif de mettre la main sur une radio. Le silence de la fréquence utilisée par Jena lors de nos échanges, puis par Ivy et cet enculé, m’avait conforté dans l’idée qu’ils possédaient sans doute leurs propres appareils, surtout s’ils étaient aussi séparés par cette distance remarquable entre leurs membres. Entre la cimenterie et la scierie, il y avait quand même plusieurs centaines de mètres d’écart et il était logique de penser qu’en ces temps, se séparer du groupe sans moyen de communication n’était pas dans les mœurs habituels. Je ne serais pas déçu.

Je dérapais au dernier moment en observant juste un peu plus sur la gauche de la direction que j’avais prise, la silhouette d’une ombre volumineuse qui se détachait du sol caillouteux. Je corrigeais ma trajectoire, piquant droit vers ce nouvelle objectif maintenant pleinement visible ne m’arrêtant qu’au pied de ce dernier pour constater la présence d'une seconde personne penché au dessus de la première. Le son peu appétissant qui s'échappait de quelques déchirement de chair ne pouvait me tromper sur la nature de cette apparition ni sur ses actes. Pointant mon FN vers sa tête, je dû abattre la créature qui était déjà en train de dévorer ma victime. Ces voraces étaient vraiment les pires charognards que je connaissais. Sans aucun doute il s’était trouvé non loin au moment de la chute du type et avait profité de son immobilité pour achever ses souffrances si mon tir ne l’avait pas tué sur le coup – ce qui était peu probable. La puissance d’un tir de sniper était bien différente de celle d’une arme quelconque, et il m’était déjà arriver de voir un corps littéralement privé d’un membre par un tir précis. C’est qu’il fallait en développer des joules pour atteindre plus de deux kilomètres de distance en portée efficace.

Je me trouvais donc là, à contempler les deux corps au-dessus desquels que me tenais, tous deux définitivement mort, une sombre auréole rouge teintant le sable et la poussière, tandis que les chairs avaient commencé à être entamé. Le type abattu avait la face contre terre, ce qui m’empêchait de voir quoi que ce soit de détaillé, seulement supposant un certain âge, les cheveux poivre et sel. L’autre était un homme également, difficile de déterminer son âge également tant il était marqué par la pourriture et l’infection, son crâne perforé par une balle bien placée ajoutant à l’horrifique vision dont je tenais même plus rigueur.

Le temps que je m’accroupisse à leur côté pour dégager le premier corps du second, qu’un chuchotement lointain me parvient, une voix sortant de l’objet de ma quête étouffée par la présence du corps par-dessus l’appareil, m’empêchant d’en comprendre le sens et l’origine. Dans un ultime effort de dégager ce dernier, mes mains plongeant sur le tissu imbibé de sang de toute part de ma victime, je parvins enfin à mettre la main sur le boitier rectangulaire à l’instant même où la voix repris sur un ton qui arguait l’impatience juste avant que celle bien plus familière de Jena ne s’en extirpe, la colère clairement audible malgré la qualité médiocre de la communication. D’un côté, je me trouvais soulagé de l’entendre et de comprendre qu’elle était bien en état de se battre. D’un autre, je n’arrivais pas à retirer de mon esprit que les minutes avaient trop longuement défilée pour que rien ne se soit passé, surtout en relevant le contenu de la fin du message. Comment les deux femmes en étaient venue à vouloir se foutre sur la gueule l’une l’autre ? L’autre confirmation était qu’Ivy n’avait pas écouté mes propos de rester caché le plus longtemps possible bien qu’elle était bel et bien vivante elle aussi. Il fallait que je me presse et que j’intervienne avant que les choses n’empirent et ne deviennent aussi catastrophique que mon esprit fataliste me laissait imager.

J'éteignais sa lampe torche et m’emparais du Talkie du type et le fixais également non loin du premier, son arme m’apparaissant dans un état si lamentable que m’en saisir aurait été une perte de temps en plus d’une gêne certaine, en revanche son sac à dos me semblait assez rebondi et je plongeais la main à l’intérieur avec un grand empressement en espérant que mon tir n’ai pas abîmé quoi que ce soit qui aurait pu être utile. La balle avait effectivement traversé la matière et une boite de premier secours complètement déchiré et inutilisable me tomba entre les mains, ce que je pestais intérieurement. Cependant mes trouvailles ne s’arrêtèrent pas là. J’extirpais ce qui me parut de premier abord comme un casque de moto, ce à quoi ça ressemblait d’un regard rapide pour un néophyte mais que je reconnus au final aisément. Soit ce type avait sous-estimé réellement le potentiel de ce casque pour qu'il ne s'en soit pas équipé soit il n’avait pas su s’en servir, ce qui se révélait une véritable bénédiction pour moi. La balle avait percuté le casque sans doute en ricochet car je constatais une légère marque sur le dessus, une bosse creusé dans la matière, mais il était encore en bon état.
Rapidement, je glissais ma tête à l’intérieur du Casque Viper Batleskin, tâtonnant du bout des doigts l’arrière de l’engin pour le mettre en fonctionnement. Ces engins étaient parfois assez capricieux au niveau de l’électronique et je n’hésitais pas à lui foutre une claque bien placé, réminiscence d’un souvenir d’utilisation antérieure, pour le mettre en route. L’interface s’initialisa et le module vision nocturne se mit immédiatement en marche. Je redressais donc la tête en observant la masse d’un seul coup bien dessiné de la cimenterie droit devant moi noyé dans un océan dégradé de vert. Des petites lueurs luminescentes m’apparaissaient à quelques centaines de mètre issus des extrémités ardentes des cigarettes qu’ils tenaient en main à travers l’épaisseur du grillage qui me faisait obstacle. Je ne voyais pas clairement s’ils avaient reçu ou entendu le même message que moi, mais les deux types semblaient tenir fermement sur leur position, leur regard porté maintenant vers l’intérieur du périmètre, armes en main, ce qui me permettait de pouvoir progresser avec plus d’aisance.

Droit devant moi, je voyais ce qui me semblait être un parking intérieur, avec quelques masses sombres, sans doute des véhicules, stationnés juste derrière un large portail qui avait la capacité de laisser passer les véhicules. Je m’étais attardé sans doute un peu trop longtemps sur place mais cela en valait la chandelle car j’étais maintenant pleinement opérationnel pour être le plus efficace possible. Je me remis en route, bifurquant légèrement sur la gauche pour atteindre le fameux versant Est de la cimenterie, me remettant au pas de course avec un empressement certain, restant flexible sur mes appuis pour ne pas être une masse énorme qui se détachait des ombres. J’ignorais encore combien de type étaient cachés là-dedans et j’espérais qu’aucun d’entre eux ne possédait le matériel suffisant pour me voir arriver en pleine nuit.

Au bout de plusieurs foulée, ma radio personnelle se mit à émettre le signal d’alerte d’une communication entrante, Everett était à nouveau en ligne pour me donner les informations qu’ils m’avaient promise.

« Captain à Louveteau, je ne sais pas si tu as entendu, mais je vois que tu n'as pas encore répondu, alors ne le fait pas tout de suite, j'ai une idée. Dis-moi où tu en es ? »

Je ne mis pas longtemps à lui répondre, réduisant l’allure de ma course, mais le souffle assez court toutefois en preuve de mes précédents efforts mais surtout de mes capacités encore bien loin d’être revenue. La voix aurait sans doute pu paraître également étouffé par la présence du casque.

« Ici Louveteau. J'ai entendu, récupéré sur un cabot abattu. Position à 200 mètres du chenil sur la piste de deux Dobermans pour euthanasie. Contact imminent. »

« Reçu, je suis en route. J'en ai éliminé un aussi. Il en reste sept, Elias est leur chef, ce Sean en moins d'après Jena, ça fait six dont un en vadrouille et cinq dans la cimenterie. Ils ont des fusils, des flingues, des couteaux et des grenades, fais gaffe en combat rapproché. D'après celui que j'ai interrogé, ils étaient venus chercher un couple en fuite. Je me dépêche. »

Elias oui. J’avais reconnu la voix qui était sorti du combiné lorsque cet enfoiré avait intercepté la transmission d’Ivy. Ce même connard que Jena avait promis de fumer et si elle ne le faisait pas la première, je prendrais plaisir à le faire pleurer avant de mettre un terme à ses jours. Je concluais par un « Reçu. Terminé. » pour achever la conversation et accélérais à nouveau le pas. Ma progression m’avait emmené derrière un enchevêtrement de structure métallique qui me coupait en partit la visibilité de l’accès principal en plus du mauvais angle et du grillage assez épais. Avant que je ne commence quelconque action la voix de James s’extirpa de nouveau mais cette fois-ci de la seconde radio à mon épaule. Je restais un moment silencieux à écouter cette conversation, me demandant quelques secondes à quelle manœuvre il voulait se prêter. Je pris alors le second Talkie, laissant le casque sur ma tête, et glissant à voix distincte.

« Equipe une, reçu. »

Je filais ensuite le long du grillage pour atteindre le versant Est et j’épaulais mon sniper, mettant genou à terre tout contre le grillage pour observer d’un point de vue thermique l’évolution de mes deux gaillards après avoir relevé ma visière. Je voyais les deux silhouettes aux contours un peu diffus se détacher du reste du paysage, l’un d’eux décidant de se séparer du second pour se diriger vers le bâtiment, ce dernier restant sur place, ou quasiment, se détachant du grillage pour observer les alentours, sans doute tous les sens en alerte face à une éventuelle attaque. C’était l’occasion rêvée.

Je restais accroupis pour un tir à genou, espérant que les tremblements de mes bras et ma respiration parviendraient à trouver une accalmie juste le temps de quelques secondes. Je repensais à Jena, à cette captivité qu'elle avait supporté jusqu’à présent, à sa haine palpable à travers la radio. Elle s’en était sortie mais ce n’était pas fini. Rien n’étais jamais fini. Je fermais les yeux un bref instant, mes fantômes me revenant en tête, ce corps tremblant entre mes bras, ses lèvres à l’auréole carmin et son regard qui se perdait un peu plus chaque seconde vers un autre monde qui lui tendait les bras. Son murmure me suppliait de l’aider, mais j’étais impuissant. Je lui suppliais à mon tour de me dire comment, de me dire quoi faire. Ses yeux, ils me hantaient, jours et nuits. La détresse, la peur, l’horreur qui s’en dégageaient. Je me sentais gonflé d’une profonde volonté de vengeance, de souffrance. Une décharge d’adrénaline me saisissait le corps et me faisait complètement basculer par-delà la frontière de la raison. Je ne resterais pas les bras croisés avec cet étourdissement qui m’empêchait d’agir, hors de question.

J’ouvrais les yeux, réglais les paramètres de distance et alignait le réticule. Je suivais le mouvement de ma cible, inspirais, bloquais ma respiration et tirais. La crosse du fusil s'enfonça dans mon épaule sous l'effet du recul. La lunette thermique me renvoya l’éclat d’une gerbe de sang qui macula le grillage à côté, laissant une empreinte d’un rouge pâle de circonstance tandis que la masse de l’homme s’effondrait au sol. J’avais visé la tête et il était maintenant fort à parier que cette dernière avait fini complètement explosée brusquement. Le cylindre fixé au bout de mon canon avait étouffé le tir, mais je n’avais pas pu empêcher la déflagration de produire une légère lueur dans le noir profond de la nuit. Mon temps de discrétion était maintenant compté.

Je me relevais, rabaissant la visière du casque qui me renvoya aussitôt l'image des lieux, m’apprêtant à foncer directement vers le grillage pour pénétrer sur les lieux lorsqu’un frottement sur le sol me parvint comme une série de pas de course qui se rapprochait de ma position juste dans mon dos. Rapidement, je jetais mon fusil au sol et me retournais pour me préparer à accueillir l’intrus, armant un coup de poing avant même de savoir de qui il s’agissait, mais un tir, puissant, résonna près de ma tête, mon corps accusant un faible pouvoir d’arrêt dont la balle qui avait fini sa course hors de mon gilet. Je ressentais la douleur atténuée par la chance d'un angle de tir bordeline poussée par mon mouvement de buste, transperçant seulement le kevlar avant de s'extraire en frôlant le métal. Je retrouvais bien vite mes esprits, me jetant sur ma cible au moment où l’homme amorçait un second tir, ce dernier se perdant dans les airs en un nouveau bruit déchirant alors que j’avais réussis à dévier l’axe de son bras en frappant d’un coup sec dans son biceps. Cette manœuvre eu pour effet de lui faire lâcher le flingue, son pied profitant de l’élan pour frapper de plein fouet ma cuisse, meurtrissant mes muscles déjà en tension. Le bougre était sans aucun doute un fin bagarreur car il ne me laissait pas vraiment de répit pour enchaîner mes assauts, plongeant systématiquement dans sa garde lorsque je tentais de le frapper. La faveur de la nuit m’aidait à faire échouer les siennes. J’avais cet avantage de porter suffisamment de protection pour ne lui laisser que peu d’alternative pour frapper, cet équipement se révélant en revanche pour moi comme un handicap qui ralentissait mes mouvements et ma précision. Ses coups de pieds étaient de véritable marteau, m’envoyant finalement contre le grillage qui amortit ma chute alors que mes bras s’étendaient pour m’accrocher à lui et me retenir.

Un grondement sortit de ma gorge semblable à celui d'un ours importuné, décidant de faire de ma faiblesse mon arme, me relevant brusquement en un appui du pied sur le grillage qui vibra à l'impact pour envoyer ma tête en plein dans le visage de mon adversaire, le casque faisant office d’enclume percutant son nez et sa mâchoire de plein fouet. Je voyais le type tituber, assez sonné pour en avoir perdu ses repères, me permettant de le saisir en une prise efficace qui l’envoya à terre, moi avec. Mon bras droit était passé autours de sa gorge alors que je m'étais placé dans son dos et mes jambes cherchaient à bloquer les siennes pour qu’il ne parvienne pas à s’échapper de ma prise. Je resserrais la pression autours de son cou, me mettant à l’esprit de ne pas relâcher la pression jusqu’à ce qu’il cesse de bouger. Mais avant d’avoir pu l’entendre pousser son dernier soupir, je sentais une douleur lancinante envahir ma cuisse, la lame d’un couteau tranchant ma chair brusquement.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 1 Mar - 17:30
Battant des paupières à plusieurs reprises, je posais un regard empli d’appréhension et de crainte d’entendre les cris de Jena jaillir depuis le talkie en retour. J’ignorais si c’était le fait de mon esprit tournant au ralenti, hagard et assommé par les nombreux coups d’Elias, mais le temps me paraissait s’étirer en de très lentes secondes, à l’écoulement laborieux. Pourtant, rien ne semblait venir en retour. Pas de cri, pas de souffle, pas même le moindre mot de la part de ce Sean. Je pus voir Elias froncer légèrement les sourcils, circonspect, avant qu’un léger sourire plus amusé n’étire ses lèvres et qu’il ne reprenne la parole.

“Seaaaan ? Sois pas si pudique mon vieux… Notre chère Ivy risque de penser que je bluffe,” s’amusa-t-il, la voix plus lancinante alors que ses yeux verts et méprisants se posaient de nouveau sur moi. Des yeux qui ne manquèrent pas de s’écarquiller d’une surprise non feinte quand ce fut la voix de Jena qui s’extirpa finalement de l’appareil. Une surprise que je partageais bien malgré moi, rapidement supplantée par un profond soulagement. Cependant, je pouvais sentir ma culpabilité gonfler d’autant plus, à l’entente de la voix déchirée et laborieuse de ma camarade d’infortune. Mais au-delà de sa souffrance aisément perceptible, je ne comprenais pas les raisons qu’elle avait soudainement de vouloir me tuer également. Je n’en croyais pas mes oreilles, me persuadant presque d’avoir mal compris le sens de sa phrase qui suppurait pourtant la détermination la plus endiablée.

Mais ce n’était en réalité pas le plus effrayant de l’instant. Lentement, la surprise d’Elias s’était muée en une profonde colère, un rictus mauvais et revanchard déformant de plus en plus les traits de son faciès, gommant par la même son précédent sourire. Visiblement, la perte de Sean le marquait plus profondément que je n’aurais pu le laisser penser aux vues de ses agissements, moi qui l’avait pris pour un ignoble enfoiré qui se moquait de tout et de tout le monde. Mais je ne pouvais ressentir nulle empathie à ce qu’il vivait. Cet enculé et sa bande récoltaient ce qu’ils avaient semés en préambule à tout cela.

La voix de Jena éteinte, Elias resta interdit durant de longues secondes, ses pupilles oscillant rapidement de droite à gauche alors qu’il était la proie d’intenses et profondes réflexions. Finalement, il pressa son talkie, d’un geste rageur contre ses lèvres, apparemment déterminé à répondre à Jena. Les lèvres légèrement entrouvertes, sa langue les humectant très rapidement, je le vis finalement renoncer à son intention initiale en abaissant l’appareil de communication, plantant son regard sur Jimmy finalement. Rapidement, il porta la main à l’arrière de sa ceinture, récupérant son masque à gaz qu’il lança au colosse d’un geste vif.

“Gaze-moi cette pute et ramène-la moi,” ordonna-t-il d’un ton sec et tranchant avant de reporter son attention sur moi. A nouveau, je pouvais constater qu’il n’y avait plus aucun lueur d’amusement sur ses traits, ni même dans son comportement. Seulement une détermination farouche, animée d’une colère sauvage. “Si seule. Si désemparée. Même ton amie veut ta peau…” me lança-t-il à la figure dans une expression de haine pure, ponctuée d’un ricanement dédaigneux et méprisant.

“Finalement, peut-être que je m’y suis mal pris avec toi. Peut-être que j’ai fais l’erreur de penser que ton groupe serait semblable au mien, que vous comptiez les uns sur les autres, les uns pour les autres… Jena était si déterminée à ne rien me dire, à ne pas trahir les tiens ; et pourtant, elle veut te tuer malgré que tu te sois livrée à moi pour espérer l’épargner. Une telle ingratitude… Si tu avais été l’une des miennes, ça ne…”

“Ta gueule !!” m’écriai-je avec colère, la voix sanglotante. Je ne voulais pas entendre ses mots, ses mensonges. Il voulait m’embrouiller l’esprit, me pousser à trahir. Même dans mon état d’esprit égaré et flottant, je pouvais voir venir sa manœuvre aussi clairement que son pif au milieu de sa figure. Pourtant, je ne parvenais pas à comprendre les mots de Jena, sa volonté de vouloir me buter. Je n’avais que peu de doutes concernant ce que ces salauds lui avait fait subir, bien que je n’en voulais aucune certitude. Elle devait sûrement être paumée, délirer… Elle avait sûrement voulu dire autre chose. C’était la seule explication logique.

Mais Elias ne me laissa guère le temps de m’aventurer plus dans mes pensées et mes interrogations laborieuses, sanctionnant mon emportement d’un énième coup de poing porté contre mon visage cette fois-ci. Sous la violence du coup, je pus sentir ma pommette gauche éclater et le sang ruisseler abondamment le long de l’arête de ma mâchoire et envahir ma bouche de nouveau, de multiples étoiles venant danser au devant de mon regard. Je geignis douloureusement puis recrachai un mélange de sang et de salive qui s’écoula de mon menton pour souiller mon débardeur.

“Parle !” aboya furieusement Elias. Dans un geste désespéré, je lui balançai un coup de pied, sans force ni précision qui alla mollement frapper le flanc de sa cuisse droite. Un geste de refus et de protestation bien vain, qui ne fit que mettre un peu plus à mal sa patience et sa contenance. Je pus le sentir, plus que le voir de mon regard brouillé, empoigner le col de mon débardeur et tirer sur celui-ci avec brutalité. Il recula de quelques pas, me tirant vers lui. Je sentais le métal des menottes me scier la chair de mes poignets à mesure que celle-ci glissaient le long de la fourche du Fenwick où je me trouvais suspendue, m’arrachant une nouvelle complainte de douleur. Puis, je me sentis tomber quand celles-ci parvinrent en bout de course.

Je chutais lourdement aux pieds de l’homme, mes coudes frappant le sol bétonné dans un réflexe de protection. Une fois de plus, j’eus le souffle coupé, la douleur irradiant le long des os de mes bras, comme depuis mes genoux. Je toussais, cherchais mon souffle, buvait la fraîcheur du sol qui ne parvenait pourtant pas à apaiser l’irradiante chaleur des douleurs dont je me trouvais perclus.

“Parle salope !”
hurla Elias de plus belle, véritablement enragé. Il m’agrippa par les cheveux, à l’arrière du crâne, relevant ma tête de contre le sol bien malgré moi, malgré mes gémissements et mes faibles débattements. “Personne ne viendra pour toi ! Pas même Jena ! T’es seule Ivy ! Alors rends-toi service et épargne-toi cette douleur ! Parle !”

Il mentait. Je le savais. Il mentait depuis le début. Elias était pire qu’un animal. C’était un monstre de sadisme et de cruauté ; mais pourtant je sentais déjà ma volonté défaillir, mon instinct de préservation me hurlant de tout lui dire juste pour entretenir l’espoir qu’il puisse me foutre enfin la paix. Je devais puiser au plus profond de mes ressources mentales déjà bien entamées pour continuer de résister. J’orientais toutes mes pensées vers Elizabeth, vers James, tournais et répétais en boucle toujours la même scène, le même souvenir empli de bonheur que j’avais d’eux, ces longues secondes d’immenses joies quand je les avais enfin retrouvés cette nuit-là, à Snatch. Je ne pouvais pas détruire ça à nouveau. Je ne devais pas laisser Elias, ni quiconque, détruire ça par simple égoïsme et volonté de survivre.

“Va t’faire foutre…” réussi-je finalement à articuler dans un sanglot de douleur ; qui se solda par un nouveau coup de poing. Putain… J’avais le sentiment - légitime - d’être complètement défoncée. J’avais même l’impression d’entendre la voix de James, toute proche. Ça y était… Je finissais par complètement perdre les pédales. Du moins le crus-je durant quelques secondes avant de me rendre compte que la voix du chirurgien n’était pas le simple fait de mon esprit divaguant, mais flottait bel et bien au-dessus de moi. Je sentis Elias relâcher ma tignasse, ma tête retombant lourdement sur le ciment tandis que je me recroquevillais sur mon côté droit en ramenant mes bras en protection de mon visage meurtri et tuméfié, essayant de tendre l’oreille pour capter la nature de la transmission.

Qu’est-ce que c’était que ces conneries ? Je ne comprenais rien à ce que racontait le médecin, ce qui me laissait de plus en plus douter sur la réalité de ce que j’entendais. Étaient-ils vraiment là ? Tous ? Il n’avait fallu que la voix de Kyle qui ne surgisse à la suite de celle de James pour me confirmer que je ne délirais pas complètement ; et les actes d’Elias qui s’était redressé en me délaissant totalement. Entre mes doigts repliés, de ma vue toujours plus brouillée de larmes, je pouvais distinguer sa silhouette, haute et agitée, commencer à faire les cent pas, ses deux mains serrées autour du talkie, son faciès à la fois rageur et désemparé.

“FAIT CHIER !”
hurla-t-il finalement avant de se stopper dans son agitation. Je le vis passer une main dans ses cheveux, puis frictionner l’arrière de son crâne. Pour ma part, commençant à recoller les morceaux des propos de James, je comprenais peu à peu que le chef de camp tablait sur un énorme bluff. C’était couillu, et je n’avais aucune idée de la manière, ni des ressources d’ailleurs, dont pouvait encore disposer mon bourreau. Finalement, au terme de quelques minutes, Elias se remit à parler dans son talkie.

“Pete ! Ramène ton cul fissa. On place Zoulou. Les autres, au rapport ! A vous.” ordonna-t-il avec empressement. Le stress était complètement palpable dans le ton de sa voix rendue tremblante. Bien rapidement, une série de transmissions arrivèrent en retour.

“Ici Pete. Bien reçu ! Zoulou confirmé. Terminé.”


“Papi au rapport. RAS sur Evac’, colis en sûreté et Zoulou confirmé. Terminé.”

“Jimmy au rapport. Jena neutralisée. Zoulou confirmé. Terminé.”

Puis le silence, durant de longues secondes, avant qu’Elias ne reprenne. “Les autres ? Lou ? Snickers ? Merde merde merde !” cracha le chef du groupe dans son talkie avant de mettre fin à la transmission, sans pour autant ranger son talkie. “Papi ! Ramène l’Evac sur place !” Pour ma part, j’avais commencé à ramper en direction de la zone de stockage très difficilement, laissant dans mon sillage quelques traînées de sang étalé au sol par mes vêtements. Je n’avais pas dû faire plus de trois mètres quand Elias s’intéressa de nouveau à moi, d’un ordre enragé.

“Viens par là toi !”


Quelques secondes plus tard, je le sentais de nouveau auprès de moi, m’assénant un coup de pied de la pointe de sa botte dans le flanc de mon abdomen. Je criais de douleur, encore plus quand la-dite botte vint écraser mon avant-bras droit de tout son poids. L’homme mit son autre genou à terre, écrasant le dos de ma main droite. Il était fou de rage, je pouvais le voir, le sentir dans ses gestes brutaux et sans plus aucune retenue ni mesure dans leur violence.

“Hey le Capitaine !” reprit-il dans son talkie, s’adressant très clairement à James, d’un ton colérique, mais extrêmement défiant. “Tu veux récupérer tes filles ? C’est ça ? Alors garde tes hommes loin de cette putain d’usine ! Sinon, tu pourras toujours te détendre en recollant leurs morceaux ! N’est-ce pas Ivy ?” me demanda-t-il soudainement, plaçant le talkie à proximité de mon visage d’une main, communication toujours ouverte, s’emparant de son couteau de son autre main. Sa silhouette me masquait une bonne partie de ses intentions, mais c’est quand je sentis la froide morsure de la pointe de sa lame venir se presser à la jointure entre mon auriculaire et ma main que je les devinais.

“Non ! Pitié ! NON ! N…” Je n’eus pas le temps de finir de protester qu’une violente décharge de douleur me frappa de plein fouet. Je poussais un hurlement de douleur à m’en faire péter les cordes vocales, serrant et crispant mes poings alors que je me débattais et tortillais sur le sol à mesure que la lame me tranchait les chairs, les tendons et les nerfs. Le supplice me parut durer une éternité, mes cris se mêlant à quelques éclats de rires d’un Elias complètement dingue et puant d’un sadisme exalté.

“Tue-moi James !! Bute-les...” parvins-je à crier dans le talkie tant de rage que de souffrance, avant qu’Elias ne me coupe dans mon élan qu’un coup rageur de talkie en travers de la tronche conclut d’un “La ferme !” tonitruant. Je me sentais basculer à nouveau, ma tête dodelinant, mon regard se voilant de ténèbres malgré les martèlements de mon cœur, de mon sang contre mes tempes. Je ne souhaitais pas que James, Kyle, Liz’, Léonard, voire d’autres encore, ne tombent entre les mains d’Elias, ou autres trous du cul assimilés, simplement par ma faute, par ma responsabilité de m’être faite avoir. Non, je devais solutionner ce problème seule, et accepter de me sacrifier était la seule solution envisageable pour ne plus être une source de chantage auprès des miens.

Je ne souhaitais bien évidemment pas mourir, je ne voulais pas souffrir non plus, mais seulement, par-dessus tout, je ne comptais plus trahir les miens, ni leur faire de tort. Je m’étais tellement défendue et excusée de vouloir protéger le groupe que je parvenais enfin à saisir tout le poids, tout le sens, de ce que cette volonté impliquait comme sacrifice. Si je voulais les protéger, je ne devais pas me contenter d’espérer sur mon seul don qui s’était éteint pour d’obscures raisons pour y parvenir, pas plus que je ne pouvais les protéger par de simples réflexions et pensées, par de sournoises cachotteries faites de crainte, de paranoïa et de mensonges. Je devais être la plus sincère et résolue possible, envers eux et surtout envers moi-même : je ne souhaitais pas mourir, mais je le devais, pour les empêcher d’intervenir, les empêcher de risquer leurs vies à nouveau.

Si longtemps j’avais refusé la réalité, détourné le regard de ma véritable nature pour ne pas avoir à l’affronter quand Jena en avait parlé. J’avais fui, encore, comme toujours. A refuser ma condition, à refuser de faire le choix de simplement accepter ce que j’étais pour mieux me conforter dans mes illusions, dans mes fausses raisons, ignorer mes peurs au lieu de les affronter, mon esprit avait fini par se verrouiller. Et avec ce refus, ce rejet, toute ma nature avait fini par se soustraire à ma conscience. Ma nature et tout ce que cela impliquait de manifestation consciente. Il avait fallu les coups, la violence, la barbarie la plus atroce, les promesses de l’aube de la mort de la main d’un monstre conscient de sa nature pour provoquer le déclic, gommer les peurs, faire taire les démons sournois qui me susurraient de ne pas choisir, qui me persuadaient de pouvoir être le blanc et le noir en même temps plutôt que d’accepter de n’être qu’un gris uni. Équilibré.

Comme avait pu l'être cette voix enrouée au souffle laborieux, qui semblait surgir d'outre-tombe depuis le plus profond abysse de mes pensées du moment. *Tu n'as pas à avoir peur, ce n'est plus notre office l'as-tu oublié ?*
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