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[LP, M, EXP] Tomber sur une tuile - 12/04/35
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Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 2 Mar 2017 - 0:27
J’étais restée dans l’attente d’une réponse de la part d’Elias durant une dizaine de secondes, pour finalement me rendre compte que rien ne filtrait depuis l’appareil. Je ne pus réprimer une grimace de mépris face au manque de courage de cet enculé, bien que je ne doutais pas un seul instant qu’il enverrait un ou plusieurs de ses hommes pour finir le travail. D’un geste dépité, je laissais retomber le talkie aux côtés du cadavre de Sean, puis m’efforçais de me relever, les muscles de mes jambes, encore tremblants et cotonneux, ayant un mal fou à me soutenir. Je devais même m’aider de l’appui de l’une des consoles de contrôle avoisinante pour y parvenir complètement. De petites tâches, des gestes simples sur lesquels je préférais focaliser toute mon attention pour ne pas avoir à revenir sur les atrocités dont j’avais été la victime. Je savais que je m’effondrerai dans le cas contraire, si je me laissais aller. Lentement, difficilement en raison de ma blessure au bras qui n’en cessait pas de me faire souffrir et ruisseler de sang, je tâchais de récupérer mon sac à dos.

Par la suite, à l’aide de mon couteau papillon, je découpais une bande de tissu dans le bas de mon débardeur déjà bien souillé ; bande de tissu que j’enroulais et serrais tant bien que mal autour de ma plaie pour contenir - ou du moins réduire - l’hémorragie. Je n’avais pas eu le temps de faire plus, ni même d’établir le moindre début de plan d’action pour me sortir de cette situation que je pus entendre quelqu’un monter les escaliers métalliques qui menaient à la salle où je me trouvais. Un pas lourd, lent et pesant, qui faisait vibrer jusqu’au sol de croisillons qui se trouvait sous mes pieds. Mon cœur se mit à battre la chamade, je sentis ma tension enfler à nouveau. Je crispais mes doigts autour de la crosse du lourd revolver, cherchant dans une succession de regards de plus en plus affolés un endroit où me cacher pour pouvoir mieux me défendre. Bien rapidement, je jetais mon dévolu sur l’une des barres de consoles qui trônait au centre de la pièce. Aussi rapidement que je le pouvais dans mon état, je contournais le meuble de commande métallique, m’accroupissant derrière l’angle opposé à l’entrée de la pièce.

Cependant, je m’apercevais que les bruits de pas s’étaient estompés, de même que les vibrations. Je tendais l’oreille, désireuse de comprendre pourquoi, d’entendre un souffle ou n’importe quel autre bruit pouvant me laisser penser que mon ou mes agresseurs se trouvaient là. Rien. Rien hormis un cliquetis qui frappa le sol quadrillé à plusieurs reprises. Un petit objet, que je finis par discerner malgré la lumière blafarde qui nimbait les lieux. Mon sang ne fit qu’un tour, j’écarquillais les yeux de surprise comme d’horreur en identifiant l’objet, puis me jetais au sol, en arrière, en espérant pouvoir éviter une partie de la déflagration de la grenade, jurant un “fils de pute” éraillé, presque inaudible, mais bien pensé.

Mais aucune détonation ne survint, aucune gerbe de flamme ni giclée de shrapnel ne vint me déchirer les chairs. Seulement un “psschh” intense et continu qui plongea très rapidement la salle dans l’obscurité la plus complète d’un épais nuage de fumée opaque. J’amenais le col de mon débardeur devant mon nez, prise d’une nouvelle quinte de toux, quand je discernais que mon agresseur - qui semblait être seul d’après le rythme de ses pas - reprenait l’ascension de l’escalier, plus rapidement. Les sons, les coups, gagnaient en intensité et en proximité au fil des secondes, et je me tassais de nouveau derrière la console que je peinais à distinguer à plus de vingt centimètres. Puis, dans un ultime tremblement plus conséquent, je comprenais que mon ennemi était entré dans la pièce. Peut-être se trouvait-il à quelques centimètres de moi que je ne le savais pas. J’espérais qu’il ne soit pas équipé d’un quelconque système de vision thermique, auquel cas il me tomberait dessus sans que je ne puisse réagir.

Cependant, ça ne semblait pas être le cas puisque que je l’entendis marcher, très lentement, distinguant même un aveuglant faisceau de lumière découper l’épais brouillard provoqué, qui fut bien rapidement coupé par son propriétaire. Je ne bougeais pas, retenant ma respiration, mes gestes, voire même les battements de mon cœur si j’avais pu. Je distinguais une voix, murmurée et visiblement soliloquée bien que son intensité, grave et rocailleuse, ne la rendait que plus oppressante.

“Où elle est bon sang ? Elias va pas aimer… Elias va encore me punir.”

Je fronçais légèrement les sourcils à l’entendre s’exprimer de la sorte. C’était moi ou Elias venait d’envoyer un débile pour venir me chercher ? Je me posais la question, guettant son avancée présumée dans l’épais nuage de fumée quand soudainement, une voix s’arracha du talkie - des talkies d’ailleurs - une sorte d’écho résonnant depuis la position du type comme depuis la position de Sean. Je reconnus sans mal la voix de James, qui se mettait à débiter un drôle de speech que je ne tardais pas à interpréter comme totalement bidon et bluffé. Néanmoins, j’étais saisie d’une joie incommensurable de l’entendre, de savoir qu’il était là, qu’ils étaient sûrement tous là. Ma gorge se noua sous l’émotion, sous le soulagement, et j’aurai très certainement chialé si l’autre con ne s’était pas trouvé à quelques pas de moi.

Mais le message du talkie, qui s’éternisait et semblait ne pas en finir, avait eu l’avantage de détourner l’attention de mon agresseur. En effet, j’avais pu sentir les vibrations de ses pas se diriger droit vers le second talkie, vers Sean ; et quelques secondes plus tard, un immense fracas secoua la salle, juste de l’autre côté de la console. Un grognement laborieux se laissa même entendre, à une trentaine de centimètres de ma position, à hauteur du sol, au moment James finissait de parler et que Kyle lui répondait par l’affirmative. Je décidais de saisir cette chance pour agir, quittant ma cachette, toujours accroupie pour contourner la console et revenir sur mes pas. Le canon pointé en avant, je ne tardais pas à repérer le souffle étrangement étouffé de mon maladroit assaillant.

“Bouge pas !” lui ordonnai-je de ma voix éraillée, forçant sur celle-ci pour me faire entendre distinctement. L’émotion de savoir mes amis non loin, prêts à se battre pour nous sauver, n’avait fait que gonfler ma détermination et ma rage. J’appuyais l’extrémité de mon canon contre le type, m’approchant un peu plus pour enfin distinguer les contours de son visage dans l’épais brouillard. Je constatais d’ailleurs qu’il portait un masque à gaz, contre la visière duquel était plaqué l’embouchure de mon silencieux.

L’homme, toujours au sol, se figea ; à l’exception de son souffle qui s’accéléra perceptiblement dans son masque. Tout autour de nous, un cri enragé envahi l’espace de la cimenterie. Un ‘fait chier’ bien audible issu de la bouche d’Elias. Je ne pus retenir un rictus mauvais de satisfaction à l’entendre jurer ainsi. Le message de James avait eu son petit effet. Restait à espérer qu’il soit suivi de bonnes conséquences, quand bien même je doutais qu’un homme comme Elias ne coopère d’une quelconque manière que ce soit. C’était pas le genre de type à accepter de perdre le contrôle d’une situation.

Par la suite, la voix de cet enculé se fit de nouveau entendre, donnant ses instructions et appelant ses hommes à se manifester. Sûrement tentait-il de corroborer les affirmations de James ; tester le bluff du chirurgien. Je renforçais ma pression armée contre le visage du type.

“Répond-lui. Dis-lui que tu m’as neutralisée. Si tu fais le con, j’te crève,” ordonnai-je sèchement à l’inconnu.

“D’accord. D’accord. Mais il faut pas me faire de mal, d’accord ?” accepta-t-il de sa voix très clairement apeurée, dont le timbre ne collait absolument pas à la maturité. J’avais l’impression d’entendre un gosse de douze ans parler avec la voix de mon connard de paternel. Puis, il obtempéra, sans même chercher à reprendre l’initiative alors que je lui accordais une certaine liberté de mouvement, et la liberté de se faire buter s’il faisait le con.

“Jimmy au rapport. Jena neutralisée. Zoulou confirmé. Terminé,” finit-il par répondre à Elias, d’un ton étrangement placide malgré la pression que je lui foutais.

“C’est quoi Zoulou ?” m’enquis-je, désireuse de comprendre ce que ce code désignait. Un endroit ? Un changement de fréquence ? Une contre-stratégie ?

“Je suis pas méchant. Je suis pas méchant. C’est Elias qui m’oblige. C’est vrai. Je suis pas…”


L’éclair de la détonation du Desert Eagle, au son étouffé par le massif silencieux, se diffusa aveuglément dans le nuage de fumée, m’éclatant les rétines. Le recul de l’arme me fit basculer en arrière, se répercutant tout le long des os de mon bras droit ; mais je m’en moquais. J’avais fait rendre l’âme à un autre de ces fils de pute, même si celui-ci se présentait comme particulièrement attardé et peut-être plus innocent que les autres, je n’en avais strictement rien à foutre. Je l’avais abattu froidement, sans prévenir, sans sommation et sans la moindre once de remords. J’aurai pu l’assommer, l’épargner, lui laisser une chance de se racheter dans le futur ; peut-être l’aurai-je encore fait quelques heures plus tôt, s’il n’avait pas été membre du groupe d’Elias.

Mais je comprenais maintenant, plus clairement que jamais, que c’était bien là le genre de conneries à la Nelson ou à la Jefferson qui nous conduirait encore dans ce type de situations à l’avenir. Tendre une main, c’était un beau geste certes ; mais ça laissait toujours la possibilité de se la faire mordre. Et si ce Jimmy n’était pas un méchant ; moi, je comptais bien le devenir. Tant pis pour cette histoire de Zoulou. Quoi que ça pouvait être, ça ne me détournerai pas de ma quête de vengeance. Ce foutu monde était suffisamment petit pour que le destin ne me fasse croiser la route de l’assassin de mon époux, c’était certainement pas pour le laisser filer. C’était tout bonnement hors de question.

A nouveau, la voix d’Elias reprit de plus belle, invectivant le Captain, le menaçant et le défiant, le mettant en garde. Elias vendait la peau de l’ours avant de l’avoir tué, visiblement persuadé que j’étais entre les mains de son débile. Néanmoins, cet enfoiré allait plus loin, illustrant sa menace directement sur Ivy. Je serrais les mâchoires, les poings et les dents en l’entendant la torturer à son tour. Le hurlement qui s’échappa en doublon des talkies présents m’arracha un frisson qui me parcourut des pieds à la tête ; une rage monstre qui brûlait d’un feu de plus en plus intense. La mécano en appelait même James - elle aurait pu éviter de donner son nom quand même - à ne pas la considérer sauvable, à la laisser crever misérablement entre les mains d’Elias pour mieux lui faire sa fête. Choisissait-elle vraiment de se sacrifier pour éviter toute forme de chantage, pour éviter d’être otage ? Je l’espérais, regrettant même en mon for intérieur qu’elle n’ait pas eu le cran de prendre cette décision avant.

Pour autant, si je ne portais pas la jeune femme dans mon coeur - loin s’en fallait - je n’avais pas pu supporter de l’entendre être torturée de la sorte. Elias était un putain de fléau qui donnait toujours plus de grain à moudre à mon moulin. Et le cours de ma vengeance n’avait pas fini de le faire tourner.

Lentement, je me redressais, constatant que le nuage de fumée commençait à se disperser sous les courants d’air qui parcouraient l’usine et à redescendre sous l’effet de son propre poids, diffusant à travers les caillebotis. Je m’engageais dans l’escalier, descendant celui avec lenteur et précaution pour ne pas faire trop de bruit dans les marches. Elias n’était pas seul, il avait encore deux autres acolytes - deux déclarés par radio du moins - et je devais faire preuve de méfiance. Si les types étaient pas trop cons, ils se seraient retranchés dans l’usine pour fuir la menace bidon que James avait lancée. Et puis je devais bien le reconnaître, je n’étais clairement pas en état de me précipiter. J’avais besoin de temps, de soins, de repos. Un affrontement frontal face à ces types se solderait par ma mort, dans le meilleur des cas. Et je ne comptais toujours pas crever. Pas tant qu’Elias serait vivant.

Parvenue au pied de l’escalier, je longeais la salle de repos, à moitié accroupie, les deux mains serrées sur mon revolver. Je progressais lentement en direction de la grande zone de stockage, avançant de piles de palettes en culs de chariots élévateurs en guise de couvert. La pénombre des lieux jouait autant en ma faveur qu’en ma défaveur, me dissimulant aux yeux de mes ennemis comme elle les dissimulait aux miens. C’est à peine si je pouvais distinguer le gigantesque battant le plus proche de l’entrée de la cimenterie, et commencer à entendre de plus en plus distinctement les cris de souffrance d’Ivy. Et avec elle, très probablement la présence d’Elias. Je sentais ma rage enfler encore plus à mesure que les mètres qui me séparaient de cet enculé se réduisaient.

C’était sans compter sur l’apparition dans mon champ de vision d’une silhouette indistincte. Petite et trapue, qui se dirigeait d’un pas vif en direction de la sortie de l’usine, ou d’Elias. Impossible à dire. Celle-ci me tournait le dos, à une quinzaine de mètres devant moi. Sur sa tête, je pouvais aisément discerner les contours d’un casque balistique. Je me stoppais, marquant mes appuis en me mettant en position de tir. Le lourd flingue tremblait au bout de mes bras presque tendus, son poids tirant sur mon bras blessé et m’empêchant d’ajuster ma visée avec autant de stabilité qu’habituellement. Je pressais la détente, à deux reprises. L’une des balles percuta la silhouette au niveau du bras, la deuxième se perdant dans l’immensité de l’usine pour aller finalement briser l’un des carreaux du préfabriqué de l’accueil dans un tintement très audible.

“Putain !!” s’exclama le type dans un cri de souffrance, lâchant l’arme qu’il avait en main pour la porter à son bras blessé. De mon côté, j’avais bien tenté de renouveler mon tir pour achever cet enculé, mais je découvrais avec stupéfaction que la culasse du revolver était demeurée en arrière, une douille coincée dans la fenêtre d’éjection. Le temps de baisser les yeux sur mon arme pour tenter de déloger la douille que je vis le type foncer sur moi dans un sprint féroce.

“J’vais te massacrer connasse !”
beugla-t-il, un bref instant avant se ruer sur moi, armant un crochet du gauche. Je lâchais mon flingue en tentant de relever mon avant-bras en protection de mon visage, mais bien trop tard. Ses phalanges s’écrasèrent contre la pointe de mon menton, me faisant tituber de quelques pas sur le côté tout en me retrouvant légèrement sonnée, une vive douleur dans la mâchoire. J’avais senti ma lèvre inférieure s’ouvrir, ou se rouvrir, je n’étais même plus capable d’estimer mon état, un peu plus de sang venant maculer mon menton et ma gorge déjà rougis de celui du Sean mêlé au mien ; sans même parler de mon débardeur.

Puis l’homme avait fait un pas de plus dans ma direction, apparemment habitué au combat à mains nues à en juger par sa posture et sa garde. Je devinais qu’il portait un épais gilet tactique lui aussi, pour compléter son équipement, ainsi que deux ceintures à munitions croisées sur son torse. Retrouvant mes appuis rapidement, malgré le choc, je contre-attaquais de mon bras gauche - malgré ma blessure - envoyant mon poing en direction de sa blessure par balle. C’était à peu près ma seule chance face à un type pareil, surtout dans mon état. Mon coup fit mouche, avec une force très relative. L’homme grogna de douleur, mais ne se vit pas déstabiliser pour autant.

Au contraire, alors que j’armais mon bras droit pour tenter de lui porter un nouveau, il eut un geste d’esquive et de pivot, son bras gauche s’enroulant autour de mon bras droit en exerçant une torsion. Une clé de bras parfaite qui me laissa sans garde. Une faille qu’il exploita vivement et violemment, envoyant son poing droit frapper à deux reprises mon abdomen, et me portant un dernier légèrement transversal au niveau de la gorge.

Je m’effondrai sous les coups comme un pantin désarticulé, la respiration coupée, mes mains portées à ma gorge tandis que je cherchais mon souffle, le moindre filet d’air. Je me sentais suffoquer, mes jambes battant et raclant le sol dans de grands gestes paniqués. Tout ce que je pus voir avant de perdre conscience, ce fut la silhouette de mon agresseur qui se penchait au-dessus de moi, un sourire mauvais et satisfait sur les lèvres.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 2 Mar 2017 - 11:07
La progression dans cette zone était tendue, à chaque pas il devait se concentrer sur ce qui se passait autour de lui, tout en ayant l'esprit accaparé par sa tentative de bluffe dont il n'avait aucune certitude et dont il attendait le résultat. Il ne fallut pas longtemps pour que Kyle réponde, il avait marché dans le plan et c'était une bonne chose, cela apportait un peu de crédibilité à cette pression qui si elle était complètement illusoire, pouvait largement fonctionner sachant qu'ils avaient neutralisé deux d'entre eux et qu'ils avaient les moyens armés d'abattre ces types, non sans d'énormes risques.

C'est en gagnant un couloir entre deux terrains grillagés qu'il tomba sur un cadavre à quelques pas de lui. Aussitôt il songea à ce que lui avait dit Kyle et de par le fait, il comprenait qu'il était bien sur ses talons et ne s'était pas trompé, néanmoins, il s'approcha tout de même du cadavre, toujours au pas de course avec des foulées contrôlées, pour venir se pencher au-dessus de lui et vérifier de près son état et son apparence. Il ne s'agissait pas de Kyle assurément et cela le rassurait tout de même, car il ne savait toujours pas à quoi s'attendre, tout comme il était possible que son bluffe ai termine en violent retour de bâton s'il avait affaire à des têtes brûlées.

Un indice survint entre-temps : des échanges par talkie, Elias cherchait à faire l'inventaire de ses hommes, et avec seulement trois réponses, puis le stress palpable d'Elias qui cherchait en vain les réponses d'autres hommes, James saisit qu'il y avait plus de morts qu'il ne l'avait compté. Etait-ce Kyle qui en avait neutralisé d'autres en chemin ? Jena qui mettait à exécution sa revanche ?

Après qu'il soit reparti, sans s'attarder sur ce type, il reçut une nouvelle et terrible transmission qui lui était directement adressée cette fois : Elias avait bel et bien marché dans son bluffe et s'il se sentait prendre l'avantage pour lui et son camp, il déchanta rapidement quand il commença à entendre les cris d'Ivy. Ces hurlements étaient tout bonnement insupportables et il s'arrêta, pris d'effroi et de désespoir ; l'écoute de la jeune femme hurler de douleur, imaginer ce qu'il lui faisait subir, tout ça était une torture. Touché au coeur, son visage se tordit d'une douloureuse grimace et il plaqua ses bras sur sa tête en s'accroupissant et en fermant les yeux pour chercher à se maîtriser physiquement par lui-même, attendre que l'abomination passe. Il n'avait qu'une seule envie, foncer dans le tas comme il s'en savait capable, arracher les yeux à ce type et se laisser guider par sa sourde colère, et qu'elle bouillonnait, cette rage par tous ses pores.

Il était envahi d'impulsions et contre toute attente, son esprit l'invectivait tout de même de faits qu'il ne pouvait pas ignorer : Ivy et Jena étaient captives, s'ils tentaient de les prendre de front, la violence de l'affrontement pouvait les tuer directement ou indirectement, en punition ou par accident. Il savait pourtant que cette colère qu'il s'efforçait de museler presque en vain, n'allait pas empêcher Kyle de réagir au quart de tour et puisqu'il avait plus ou moins saisit sa proximité avec les deux filles, c'était inévitable : à sa place et si Elizabeth avait été captive, il ne réfléchirait pas un instant pour se jeter dans la mêlée comme un fauve, il se mettait largement à sa place et en plus de cela, il était encore à une certaine distance de lui pour essayer de faire le garde-fou. La situation avait déjà dérapé, il n'y avait plus de place pour la tactique, cette histoire ne pouvait plus que se régler dans un bain de sang à présent.

Tant pis pour la discrétion, tant pis pour le plan ou pour la méthode, Ivy était en souffrance, Jena était sans doute en souffrance elle aussi, ces porcs n'allaient rien leur épargner c'était une certitude, ce qu'il voulait, c'était les savoir morts et bons à se faire dévorer. Il fallait en finir au plus vite, il fallait récupérer les filles au plus vite, que ces salopards crèvent dans d'horribles souffrance, c'était terminé les beaux discours et les pensées altruistes, le James d'aujourd'hui était en rogne et il n'en avait plus rien à faire de la morale.

Il se redressa et se frappa sèchement du poing de sa main tenant son flingue sur son crâne à plusieurs reprises, pour évacuer une partie de sa frustration extrême par cette assez légère douleur - mais rude - auto-infligée et se donner encore plus de rage, car ce qu'il s'apprêtait à faire, à dire, allait à contrario de tous les discours qu'il avait pu tenir par le passé, de toutes les remises en question et demandes, cela allait contre le chirurgien à l'agonie, mais suivait nettement le combattant qui depuis longtemps avait pris l'ascendant, et sans plus aucun doute, s'enfonçait dans l'extrême. Il se remit à courir, plus vite, plus loin, pour arriver sans tarder sur cette cimenterie et dans sa course, il activa le talkie-walkie ennemi pour y rugir d'une voix colérique et sans pitié, car démontrait à quel point il était hors de lui - il ne perdit pas cependant de la mise en scène qui devait les servir, hors de question de laisser de la marge à ces enfoirés :

« Equipe une, tuez-moi ces connards, mettez-les en pièces ! Ernst ! Ernst Lockhart !! Je sais que tu m'entends, je ne sais pas pourquoi tu n'as pas encore réglé cette histoire, mais tu en es capable ! Je le sais, tu le sais aussi, si quelqu'un peut en finir de façon clair et net, c'est bien toi.

Oublie tout ce que j'ai pu dire, oublie tout ce que l'on a pu vivre, oublie ce que tu as pu subir avant, quoi qu'il se passe, quoi qu'il se soit passé aujourd'hui. Ça suffit d'être victime, tu dois y mettre un terme, maintenant ! Sers-toi de ton don, fais disparaître ces fils de pute une fois pour toutes, venges-toi, sors les filles de là. C'est un ordre ! »


A peine eut-il terminé de gueuler dans l'appareil qu'il se mit à redoubler d'efforts dans sa course, tout en glissant sèchement le talkie à sa ceinture ainsi que son arme de poing dans son dos. Arrivé à une intersection qu'il traversa puis à proximité d'un énième grillage et malgré sa respiration qui s'intensifiait, il ne relâcha pas de sa hargne et poursuivit ses manoeuvres en se saisissant de la bandoulière de son fusil pour pouvoir le reprendre en mains.

Il avait fait ce qu'il pouvait pour attirer l'attention de ces types et faire passer des messages à ses alliés, en particulier, il avait fait passer un message on ne peut plus clair et vindicatif à l'attention d'Ivy, en se servant d'un nom qu'il avait retenu : celui de son père, un nom qu'il n'avait pas oublié car il n'oubliait pas grand chose et ce fut celui que le Vagabond avait livré lors de leur rencontre dans le camion-porteur. Elle seule - et éventuellement Kyle également - pourrait comprendre, c'était tout ou rien à présent et même s'il ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas déjà écraser ces types, chose dont il était absolument certain, elle était la plus capable d'entre eux avec son pouvoir ô combien performant et pratique face à des hommes armés et dans bien d'autres circonstances.

James espérait que son message l'encourage à le faire, quelque soient les conséquences, c'était une décision nécessaire et il préférait vivre avec ça, plutôt qu'avec le souvenir des deux filles, de ce qu'elles pouvaient subir encore et de l'idée qu'elles auraient pu être sauvées. Le moindre mal valait tous les remords.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Ven 3 Mar 2017 - 14:48
Le Talkie-Walkie dérobé sur le corps de ma précédente victime se mit à nouveau à grésiller alors qu’il était resté silencieux jusqu’ici, la voix de ce putain d’enfoiré que je pouvais reconnaître maintenant entre milles qui s’en extirpant à nouveau, crachant ses ordres pour ses effectifs, cherchant à connaitre la vérité sur la situation. J’entendais en écho la transmission identique dans celui du type que je maintenais avec une ardeur renouvelé contre moi alors qu’il gesticulait comme une pucelle effarouchée, émettant quelques gargarismes provenant du fond de son gosier que je soumettais à l’épreuve de plus en plus. Ses mains battaient, essayant de trouver une solution, une échappatoire, je le sentis reprendre prise sur le couteau resté planté dans ma cuisse pour me blesser davantage.

Et alors que j’entendis les hurlements d’Ivy, ma propre voix répondit presque en un écho de rage, de colère puissante mêlée à la douleur, me galvanisant dans mon effort pour accélérer la mise à mort de ce vermisseau dont les assauts faiblissaient petit à petit. Il perdit sans doute conscience bien avant de passer à trépas, mais ce n’était pas ce que je désirais. Je voulais en finir définitivement avec sa vie. Aussi je maintenais la pression plus que nécessaire alors qu’il avait déjà cessé de bouger pour être totalement certain qu’il ne se relèverait pas. Jamais. Il était là le travail d'un guerrier. Tuer ou être tuer. Toujours avancer, toujours progresser, car notre cause plus que quelconque, était juste pour notre patrie.

Poussé par l’adrénaline, je rejetais le corps inerte sans aucune mesure sur le côté pour chercher à me relever, ce dernier s'écrasant mollement face contre terre, oubliant même l’espace de quelques secondes cette douleur qui me déchirait la jambe. Mais elle eut tôt fait de se rappeler à moi de son propre chef, mon poids cédant sous mon incapacité à faire usage de mes muscles mis à l’épreuve, tombant à genou alors que ma main gauche se retenait de justesse au grillage qui me faisait face. Ma main droite tremblait à la fois de déchaînement et de souffrance, m’obligeant à ralentir mon mouvement de bras pour parvenir à attraper le manche de ce putain de couteau toujours planté dans ma chair. Je ne voyais pas clairement le sang se répandre le long de ma jambe mais je sentais parfaitement le tissu devenir à la fois collant et visqueux contre ma peau alors que je retirais avec un empressement certain cette lame en grondant sourdement, la jetant de colère loin sans vraiment me soucier de la direction.

Je me raccrochais à ce que je pouvais pour me hisser sur mes deux jambes et me maintenir debout, cherchant à jauger l’appuis que je pouvais donner à mes gestes pour m’éviter le plus de mal possible. Tandis que je me retournais, essuyant d’un revers de manche la tâche de sang qui stagnait sur ma visière après avoir explosé la face de mon adversaire, j’aperçu dans un halo vert une masse presque uniforme se détachant des ombres de la route faisant office de frontière entre la cimenterie et les premiers bâtiments de la ville. Quatre silhouettes à la démarche errante vinrent se rajouter à mon équation dont je ne contrôlais déjà plus les opérateurs, sans doute attiré par les échos des coups de feu qui avait été tiré peu avant. Il y en aurait peut-être plus mais je ne m’attardais pas sur place pour le savoir, mon objectif bien plus pressant et urgent que nettoyer la zone. La voix de James résonna à nouveau dans le second Talkie, les premiers mots m’étant adressé directement, les seconds destinés à une autre personne dont j'avais du mal à résonner pour comprendre qui, mais peu importait. Oui, j’allais les mettre en pièce, je leur ferais hurler leur mère et pisser dans leur froc d’avoir osé s’en prendre aux filles.

Toujours accroché au grillage d’une main, tressautant pour me saisir de la lanière de mon sniper de l’autre, je tirais ma carcasse boiteuse le long du grillage jusqu’à la brèche, enjambant le type à la tête explosée qui barrait presque le passage pour me faufiler dans l’enceinte de la cimenterie. J’avais retrouvé un peu d’aplomb à force de mouvement, occultant presque la blessure dont je devais subir le handicap toutefois, mais poussé dans ma détermination d’en finir quoi qu’il m’en coûtait. Je ne pouvais plus m’arrêter à moins de tomber dans l’inconscience, ou pire. Je balançais mon fusil en travers de mon dos sans m'arrêter, serrant la bretelle de ce dernier au maximum pour le fixer ainsi malgré la présence de mon sac, me permettant d’agripper le FN entre mes deux mains instables. Les créatures dans mon dos devaient sans doute se traîner à la même vitesse que moi, j'espérais moins, mais je comptais bien sur mes deux camarades restés en arrière pour les occuper un tant soit peu.

« Louveteau à Captain… hostiles en approche… flanc Est. Je suis entré dans le chenil mais … l’accès est condamné. Deux corps pour les ralentir… seulement temporairement. » Informais-je James à travers nos radios personnels connectées sur le nouveau canal de transmission d’une voix essoufflée et assez basse. « J’vais fumer ces enculés. J’vais les massacrer. » Avais-je trouvé nécessaire de préciser ensuite d’un ton beaucoup plus grave et déterminé.

C’était gravé dans le marbre et rien ni personne ne pouvait plus m’arrêter. Je suivais donc les deux rails vers la grande porte qui se dessinait devant moi, esquivant le silo pour le contourner jusqu’à trouver appuis contre la grande porte du bâtiment, non loin d’une plus petite laissée grande ouverte. Ma vue se troublait à mesure que je donnais du souffle, n’arrivant plus à le trouver. J’ai cru un instant que j’allais tourner de l’œil, mais la vérité était qu’un autre événement me vrilla mon lobe temporale avec une force inouï. Les dernières fois que j’avais ressenti cette manifestation se produire était à mon réveil, bien que d’un tout autre genre, mais également lors de l’attaque près de l’ancienne planque du Camp Snatch. Ironiquement, ma jambe s'était également retrouvé planté ce jour là... juste avant de me prendre une balle dans le dos.

Je me tordais légèrement sous la douleur supplémentaire sans chercher à freiner cette sensation qui envahissait l’un de mes sens, me privant du reste de mes sensations comme plongé dans le néant. Mes oreilles me rapportaient bien d’étranges informations, avec une douleur supplémentaire, me dévoilant des sons que je n’avais jusque lors jamais entendu mais dont je n’avais pas bien de difficulté à en connaitre l’origine. Cette fois-ci, ce ne fut pas mon odorat qui était soumis à quelconque faculté extraordinaire, découpant dans la masse environnante le bruit du déchirement de la chair par les morts qui avaient trouvé enfin le premier corps tout frai servit, les respirations bien distinctes de quatre personne différentes dont un qui était soumis à une grande difficulté à l’intérieur du bâtiment couplés aux battements de leur cœur. La précision de l’information était si intense qu’elle me permettait de les disposer géographiquement dans mon environnement spatial, ou du moins à peu près, appréhendant leur mouvement par le bruissement de leur vêtement et celui de leur pas, jusqu’à en deviner presque leur posture. Je parvenais même, aussi étrange que cela pouvait être, à différencier les deux filles. J'identifiais clairement la respiration d'Ivy, gémissante, ainsi que par déduction celle de Jena parmi les plus chaotique et en détresse.

Je n’avais pas les moyens de faire pression sur eux alors qu’ils disposaient chacun d’un otage conséquent pour le faire pour moi. Les menacer ? A quoi bon, ils me forceraient à poser mon arme à terre. Ma seule solution était d’agir immédiatement pour les surprendre. De tenter un tir rapide et presque réflexe sur l’une des deux positions, mais et là était toute la difficulté, je devais faire un choix. La voix d’Ivy résonnait encore dans ma tête et je ne pouvais pas me permettre de laisser cette enflure continuer de la mettre au supplice.  Egalement, la respiration vacillante me faisait craindre le pire pour Jena. Lorsque ma vue me revint et mon souffle avec, je frappais mon crâne pour reprendre mes esprits, relevant la visière de mon casque pour me permettre de mieux user de la lunette fixée sur le viseur de mon arme.

La seconde d’après, je me retournais en un demi-tour ample pour franchir le perron de la fameuse petite porte, braquant mon flingue alternativement sur les deux positions que j’avais estimé espérant ne pas avoir à prendre plus d’un quart de seconde pour estimer la cible que j’aurais à abattre, le doigt pressant la gâchette.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 3 Mar 2017 - 20:37
Les mots du Libérateur n’en cessaient pas de résonner en échos sous mon crâne, se délitant d’intensité et de profondeur à mesure que mon esprit les faisait tourner en boucle, noyant mes pensées. Elias s’était relevé, libérant mes mains. Dans un réflexe de souffrance, je basculais sur le flanc, ramenant ma main mutilée, amputée d’un doigt et pissant le sang avec abondance contre mon abdomen. J’enserrai mon poing droit fermé au cœur de ma main gauche, pressant le tissu de mon débardeur sur la plaie en guise d’éponge de fortune. Je grognais, gémissait, chialait de douleur, les larmes quittant mes yeux et inondant mon visage presque autant que le sang qui imprégnait mes fringues et venait me coller à la peau dans un épanchement chaud et visqueux.

J’avais affreusement mal, j’en chiais férocement, mais je ne ressentais plus aucune peur, pas même celle de souffrir un peu plus. Cette émotion m’avait fui au moment même où j’avais accepté, fataliste, l’inéluctabilité de mon avenir. Mourir pour préserver les miens. Une pensée qui - bien que lourde de conséquences - m’avait paradoxalement allégé d’un fardeau de conscience. Le groupe se porterait bien mieux sans moi. Sans moi, Jena ne serait jamais venue ici, ni les autres ensuite. Sans mon orgueil, l’assurance démesurée que j’avais placée en mon don, je n’aurais jamais pris les risques que j’avais choisi d’affronter. Tout ce qui s’était produit cette nuit était de ma faute, de me responsabilité, une fois encore. Alors disparaître était la meilleure solution possible. Le plus grand service que je pouvais leur rendre à tous. J’allais mourir, une nouvelle fois, mais sans crainte cette fois-ci. Pleine de regrets, de remords, d’actes à me faire pardonner et de non-dits, mais sans peur.

“Je n’oublierai plus, je n’oublierai plus…”
Je répétais ces quelques mots en boucle dans quelques marmonnements très laborieux, d’une voix tremblante et distordue de souffrance, ma tête basculant légèrement d’avant en arrière. Puis la voix de James me parvint à nouveau, par l’intermédiaire du talkie d’Elias. Jamais, au grand jamais, je n’avais pu percevoir une telle fureur, une telle haine dans la voix du chirurgien. La violence qui filtrait depuis l’émetteur de l’appareil était sans pareille, mais ce furent ses mots qui me touchèrent le plus. Il employait le nom de mon père pour s’adresser à moi, réveillant des souvenirs d’autant plus douloureux qu’il m’exhortait d’agir sans penser au conséquences, sans plus aucune retenue.

Fini d’être victime. Fini d’être la proie de ce monde qui m’avait tout arraché, ou presque, et face auquel je n’avais jamais fait preuve que de lâcheté. Je me revoyais dressée dans cet immense champ qui s’étirait à perte de vue. Les herbes hautes d’un vert intense qui dansaient sous les rafales d’un vent chaud et cinglant, complètement indifférentes à l’agonie de notre civilisation qui se déroulait lentement. Je revoyais le visage de mon père, ses yeux dont j’avais hérité la couleur qui me suppliaient dans cette grimace de souffrance, la sueur qui maculait son front, son crâne dégarni. Les projections de sang qui pailletaient ses joues et son menton. Ses mots, sa voix habituellement si douce et apaisante tremblante de peur et de douleur. Je revoyais ce revolver et sa carcasse argentée luisante qui tremblait au bout de mon bras, le canon pointé sur son visage. La peur de le perdre, la souffrance que suscitait cet état de fait, cette implacable vérité, le refus de presser cette détente pour lui offrir la paix qu’il réclamait pourtant.

Je me revoyais jeter cette arme sans lui offrir le repos demandé, gonflée de lâcheté, du refus irrationnel de salir ma conscience, de m‘être fin à ses jours, d’être là pour lui comme il l’avait tant été pour moi. Je me revoyais courir l’étendue de ce champ, traçant ma route droit devant moi en laissant un sillon d’herbes écrasées, le regard noyé de larmes ; traçant ma route droit vers ma propre mort bien plus tard. Je revoyais mes derniers instants, emplis de doute, de fièvre, de peur, de déni et de rage exultée à l’encontre de ce monde décadent. Autant de regrets et de remords que j’avais eu l’occasion de racheter depuis, sans jamais le faire, sans jamais saisir l’opportunité de ne plus être une victime tant je me complaisais dans ce rôle, dans cet état de fait. Il avait toujours été plus simple d’assumer mes actes si ceux-ci répondaient à une première agression. Ça ne faisait pas de moi la coupable en premier lieu… Mais ce n’était plus suffisant… Ce ne serait jamais suffisant pour survivre. *Nous sommes voués…*

*...à la solitude et à l'isolement. Étrangers...* répétais-je mentalement, reprenant chacun des mots du Libérateur avec une sorte de ferveur presque aveugle et automatique, semblable à la répétition d’un psaume. Mais le message de James n’avait pas eu d’impact que sur ma seule personne. Elias n’avait pas répondu aux mots du Captain. Il m’avait à la place saisie par les cheveux, puis par la nuque de ses deux mains, m’arrachant à ma posture comme au sol pour me redresser brutalement. Je grognais et gémissais sous la rudesse de ses actes, me sentant être relevée sur mes deux pieds, bien que mes jambes ne pouvaient me supporter sans le soutien d’Elias. Quelques secondes plus tard, je sentais l’un de ses bras passer autour de mon cou, ma gorge prisonnière au creux de son coude alors que mon dos se trouvait plaqué contre son torse. Son fusil me rentrait dans le dos, et je finis même par me retrouver soulevée du sol, les pieds battant mollement dans le vide alors qu’il m’utilisait comme bouclier humain. Devant moi, je pouvais contempler les immenses portes de la cimenterie, un rectangle plus clair marquant la porte d’accès. Elias savait que le dénouement était proche. Les mots de James étaient autrement plus clairs à ce sujet.

Je portais mes mains à l’avant-bras d’Elias qui m’enserrait la gorge, tentant vainement de lui faire relâcher sa prise. L’homme acculé marchait très difficilement vers la sortie qui ne se trouvait plus qu’à une trentaine de mètres face à nous. Quelque chose vint presser contre ma tempe droite avec vigueur. Un rectangle froid et métallique, que je devinais sans mal comme étant le canon d’un flingue. Par ailleurs, je sentais le souffle rapide, chaud et humide d’Elias qui s’écrasait contre ma nuque, faisant s’agiter quelques mèches de mes cheveux qui en venait à se coller sur mon visage poisseux de sang. Nous n’étions qu’à une quinzaine de mètres de la sortie quand une voix résonna sur notre droite, à une vingtaine de mètres de notre position.

“Elias ! J’ai eu...” Je n’avais pas eu le temps de tourner mon regard dans cette direction qu’une troisième silhouette, une ombre, fit irruption par la porte d’entrée. Casquée, armée, je la vis pointer son arme sur nous, puis sur l’autre type d’un geste rapide. Une silhouette qui m’était familière, bien que je ne l’identifiais pas. Était-ce un autre des hommes d’Elias ? J’en doutais en voyant une flamme surgir dans un souffle du canon de son arme. D’un regard, je voyais la silhouette du pote d’Elias qui s’effondrait au sol, coupé dans ses mots et basculant en arrière dans un grognement. Le flingue d’Elias quitta ma tempe pour se braquer vers l'inconnu dans un hurlement rageur et surpris de la part de son propriétaire, suivi de l’un des miens.

“NON !!” Un cri de refus au moins équivalent à celui de mon bourreau, nourri de la résolution soudaine de protéger ce type de la revanche d’Elias. Je n'avais pas encore idée de son identité, même si les possibilités n'étaient pas vraiment nombreuses, je n'avais pas le temps de réfléchir ni prendre de précautions. Simultanément à mon cri, je vis, puis sentis, puis repoussai l'inconnu en arrière, comme si une obscure force invisible venue de l'extérieur l'aurait saisi par son gilet pour le tirer au-travers du cadre de la porte par laquelle il venait d’entrer une seconde plus tôt. Tout était allé si vite que je mis moi-même un instant à comprendre ce que je venais de faire. Une impulsion sauvage, par laquelle j’avais également rejeté Elias violemment arrière de moi, me servant des renforts de son pare-balle pour réaliser la même manœuvre. Le pistolet résonna pourtant d’une violente détonation et d’un éclair autrement plus intense. J’eus l’impression que mes tympans explosaient sous la détonation qui se répercuta en échos contre les murs de la cimenterie.

Un déchirement qui n’affecta pas que mon ouïe alors que j’avais ressenti en parallèle la lacération de cette ogive qui semblait trancher à vif dans les lignes de champ magnétiques comme le couteau d’Elias avait précédemment tranché dans mes chairs. La balle s’était perdue dans l’obscurité de la nuit, filant par l’ouverture de la porte où s’était trouvé l'inconnu juste avant que je ne le projette malgré moi, par réflexe, par l’entremise des protections métalliques de son gilet tactique. Du moins, c’était ce que j’espérais. La douleur était cinglante ; et l’intensité de tout ce métal qui m’entourait se révéla abruptement à ma perception retrouvée alors que mon bourreau et moi tombions lourdement sur le sol. Je fus moi-même projetée non loin d’Elias, légèrement sonnée, mais cela ne m’empêcha pas d’exploser de colère.

Une rage folle furieuse m’envahit, tant galvanisée par mes souffrances que l’agression d'Elias et la perturbation des champs magnétiques qui semblaient être des extensions sensorielles de ma propre peau. Je hurlai comme une furie plus intensément encore. Elias se redressa en position assise, grognant et gémissant à son tour, l’air complètement ahuri d’incompréhension. Je posais mon regard sur lui, l’observant relever son flingue dans ma direction, juste avant que je ne lui arrache des mains, tordant au passage son index pris dans la torsion du pontet. Son doigt craqua dans un bruit sinistre avant que l’arme ne quitte ses doigts.

Elias poussa un hurlement de douleur en se saisissant de son doigt blessé ; hurlement que j’aurais trouvé particulièrement agréable si seulement j’en avais quelque chose à foutre. Mais ce n’était pas le cas. J’avais l’esprit bien trop aveuglé par ma colère pour prendre conscience des états d’âme de mon bourreau, ou m’en réjouir. Il tenta de s’emparer de son lourd fusil à pompe, suspendu à son torse par une sangle tactique. Une arme dont je tentais de le priver en l’envoyant valdinguer, mais dont la sangle entraînant son porteur dans le même temps. Elias glissa sur le sol bétonné sur une petite dizaine de mètres, entraîné par la projection de son arme, jusqu’à ce qu’il ne heurte assez violemment la carcasse de l’un des Fenwick abandonnés là. L’homme poussa un nouveau cri de souffrance en portant sa main à son épaule cette fois-ci, qui avait frappé le chariot en premier lieu, quelques centièmes de secondes après son fusil. Le choc de l’arme fit même partir la cartouche engagée dans une détonation assourdissante qui se perdit quelque part vers le plafond de l’usine.

Mais une nouvelle série de projectiles, tonitruante, vint trancher les lignes de champs à une dizaine de centimètres de moi, ricochant sur le béton et me détournant de ma lutte initiale contre Elias, donnant plus d’intensité encore à ma frénésie. Je détournai puis posai mon regard sur la silhouette de l’autre type qui s’était redressé, titubant, son bras gauche tendu et son arme à bout de bras. Je pouvais à peine distinguer la silhouette de Jena étendue quelques mètres derrière lui. Cette simple vision suffit à me rendre complètement folle de rage. Je refermais mon poing gauche avec une résolution sauvage.

“CRÈVE BÂTARD !!!”

L’homme poussa un cri abominable et étranglé, lâchant son arme pour pouvoir porter ses mains à sa gorge tandis que les sangles de son casque  s’étaient resserrées autour de son cou. Redressant le bras, je soulevais le casque et son porteur du sol pour les projeter tous deux avec le plus de puissance possible contre l’imposant et lourd panneau de l’une des larges portes coulissantes. L’homme frappa la gigantesque porte avec une violence démesurée, incontrôlable, son corps se désarticulant en retombant sur le sol dans une série de craquements osseux tout à fait sinistre. Son corps acheva de s’effondrer sur le sol, inerte, dans un bruit sourd au moment même où je laissais mon visage, mes bras, s’abattre contre le béton froid et légèrement soulageant. J’étais à bout de souffle et de force, mon rythme cardiaque crevant tous les plafonds en concomitance avec ma respiration rapide et saccadée.

Autour de moi, je sentais les lignes de champs magnétiques qui me baignaient se réajuster dans leur flux initial et naturel, tout comme je pouvais sentir l’approche d’un Elias relevé, mal en point, souffrant et marchant avec difficulté dans ma direction, son couteau logé au creux de sa seule main encore valide.

“J’sais pas ce que t’as fait... ni comment t’as fait... mais j’te jure que je vais te crever putain de monstre…” cracha-t-il avec difficulté entre ses dents serrées, un filet de bave sanguinolent s’échappant de ses lèvres tordues d’un rictus enragé.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 8 Mar 2017 - 16:14
La course du chef de camp l'avait mené jusqu'à un groupement de conteneurs, alignés, qu'il traversait d'intersection à intersection tel un labyrinthe, passant à droite puis à gauche sans freiner son ardeur et malgré la tension surenchéri par cette sensation d'inconnu qui marquait ce lieu étroit et imprévisible. Ses mains moites glissaient presque sur l'arme qu'il tenait toujours aussi durement, du moins tant que faire se peut, son front trempé de sueur tout comme sa chevelure, avait abandonné son aspect plaqué vers l'arrière pour tomber en bataille autour de son crâne et sur son front où ils dégoulinèrent d'autant plus de sueur.

Au moment où il arriva devant les grilles de ce qu'il identifiait sans mal comme la cimenterie, grâce à un coup d'oeil vers le haut qui apercevait la cheminée surplombant tout le décor du dernier complexe usinier de ce coté de la zone, il s'arrêta dans l'angle du dernier conteneur et se plaqua au mur, soucieux de ne pas foncer stupidement dans la mêlée sans savoir ce qui l'attendait réellement ni comment s'en sortait ses amis. Le boxeur prit soin de vérifier que son arme ne lui ferait pas faux bond - après tout, il ne s'en était encore jamais servi et s'il avait nettoyé celle-ci au retour de sa découverte par réflexe, il n'avait pas tiré avec, donc aucune garantie arrêtée quant à sa fiabilité.

Ses gestes rapides, du fait qu'il n'était pas question de traîner non plus sur ça et qu'il devait intervenir rapidement auprès des siens, il vérifia la sécurité, le chargeur et la chambre de tir avec un ensemble de mouvements experts, constatant non sans une certaine tristesse qu'il avait réacquis, et même amélioré, ses connaissances des armes à feu et leur maîtrise, plus qu'il n'avait réacquis ses facultés de médecine et de chirurgie. Un constat amer et qui reflétait la vie qu'ils avaient mené ces derniers mois, un combat permanent, des drames et des souffrances qui, irrémédiablement et inconsciemment, avaient rejoins ce moment-ci. Celui où ils seraient livrés à eux-même contre des salopards sans scrupules, et sans plus compter sur aucune aide cette fois.

Son arme assurée, il redressa la crosse contre le creux de son épaule, son maintien traditionnel et s'apprêtait à sortir en brandissant son arme quand il entendit les claquements de portes de l'autre coté du conteneur, à une certaine distance qui n'en avait pas moins fait écho. Surpris, il se rabattit à peine redressé et marqua un temps en posant la tête contre la paroi métallique. Il porta l'ouïe et bloqua quasiment sa respiration pour se faire le plus discret possible, cherchant à discerner un indice de ce qui pouvait se trouver hors de sa vue, mais rien de particulier ne vint. A la place, un nouveau bruit de porte claqué, moins lourd cette fois, s'entendit et d'un coup il craignit que leurs cibles, peut-être avec les filles, ne cherchent à s'enfuir.

Cette pensée qui traversa son esprit aussi nettement et vivement qu'une lame de samouraï le poussa à sortir brusquement de sa cache en brandissant son arme devant lui, fléchissant les jambes tout en s'extirpant avec risques et périls de sa position. Il tomba alors sur les abords de la cimenterie qui donnaient à un grand portail double, à proximité duquel un van était arrêté. Le véhicule, aussi gris que sale et cela la nuit ne l'empêchait pas de le distinguer, se remarquait d'autant plus par la mitrailleuse qui avait été encastrée sur le toit sans doute découpé à l'arrachée, ce qui demanda quelques instants à l'observateur pour s'en rendre compte, car son regard avait été avant tout attiré par la silhouette qu'il voyait à travers la vitre du coté conducteur.

Il n'avait pas une vue précise, elle était même vague mais cette silhouette semblait s'installer en vue de démarrer son bolide encombrant. James pressa le pas et avança à découvert en pointant son arme en direction de la silhouette énigmatique et potentiellement masculine, prêt à s'en servir peu importe qui il était et ce qu'il cherchait exactement, tout à chacun était un ennemi probable en cette nuit cruelle. Il aurait pu tirer avant cela, par précaution, mais il ne voulait pas risquer de rater sa cible si les choses dégénéraient, ce qui semblait inévitable à présent et dans le doute que cette personne ne soit pas un ennemi, aussi peu possible que cela puisse paraître, il ne voulait pas risquer un accident. Il avait tué ce soir, il avait assassiné une personne de sang-froid, quand bien même son acte avait eu un revêtement de nécessité, c'était très différent des fois précédentes où il s'était défendu.

Cette fois, il avait franchit une nouvelle limite, celle d'être l'agresseur, l'oppresseur, le tueur, qui avait mis fin aux jours d'un jeune tout crétin qu'il était, mais dont il n'avait eu aucune certitude sur ce qu'il avait pu faire ou comptait faire, seulement un jugement à partir de ce qu'il pensait savoir. Plus il avançait, mu par de nouvelles convictions, de nouveaux traumatismes muets qu'il s'efforçait de cacher, plus il allait contre tout ce en quoi il avait pu croire dans sa vie passée, plus la part de bon en lui, celle du chirurgien humaniste et altruiste cherchant la paix et la négociation, était assassiné à petit feu. En quelques mois, il ne restait qu'une parcelle meurtrie du vivant qui se contentait de ressasser les mêmes pensées dans son esprit et qui regardait son Némésis survivant avec tristesse, peur et honte, et ce Némésis lui rendait un regard dur, froid et résigné, qui jour après jour acceptait son besoin d'exister et de faire disparaître son homologue qui avait tout fait pour rester maître du réceptacle.

Il avait fuit l'armée et la guerre, il avait fuit le monde entier, isolé dans sa dépression, pour espérer ne pas sombrer et finalement, le monde avait trouvé le moyen de lui forcer la main. Oh ramener tout cela à lui serait bien trop prétentieux, et stupide, le monde avait forcé la main de tous, le monde s'était retourné contre l'humanité. James s'en rendait bien compte et le pensait au fond de lui, encore plus avec une nuit comme celle-ci même s'il gardait tout cela pour lui de crainte de partager ses pensées fatalistes, que tout depuis le début de l'apocalypse démontrait un but unique : l'annihilation de l'humanité. Les rôdeurs, quoi qu'ils soient, avaient tout ravagé. Les conditions de survie tyranniques traquaient la plus grosse part des survivants et le meilleur pour la fin restait ce qu'il y avait de plus prévisible, les survivants restants s'achevaient entre eux, dans l'espoir désespéré de retarder l'échéance. Leur survie était une misère, une vraie comédie.

Soudain, la silhouette disparue rapidement hors de son champs de vision, en se rabattant vers l'arrière du van où la coque cachait tout de ce qui pouvait s'y tramer. Les battements de cœur du chef de camp s'accélérèrent à la vue de ce rebondissement inexpliqué, risqué et il ralentit le pas, avançant dès lors presque en catimini tandis que ses yeux furetaient de-ci, de-là dans l'attente d'une mauvaise surprise. Et il fut servi : sans crier gare, la silhouette réapparue en sortant du toit du van comme une taupe en plastique apparaîtrait de son trou pour narguer le maillet, à ceci près que le rongeur avait du répondant en l'occurrence. James sursauta et leva aussi rapidement et brusquement les yeux, le buste et le fusil d'assaut dans la direction de l'homme qui attrapa à la hâte les poignées du minigun pour tenter de le tourner aussi vite que possible vers l'intrus : il avait bien repéré James à son grand dam.

L'inconnu eu à peine le temps de braquer le minigun que, sans réfléchir davantage et frappé par son instinct de survie exacerbé à la lumière de la lune, James lâchait une tonitruante et éclatante salve de son M16 qui se mit à brailler dans toute la zone. La crosse sautait à son épaule, l'arme toute entière tremblait et se débattait dans les mains moites mais féroces du tireur qui refusait de lâcher prise et s'efforçait de maintenir sa ligne de tir qui crachait des balles en continue, en rabattant les mouvements de l'arme de droite à gauche pour l'empêcher de tenter sa fuite vers le haut. Il crut que la salve avait duré une éternité là où elle avait insisté bien trois secondes, interminables dans cet exercice pour tuer. L'élan, l'assourdissement, les éclats de lumière successifs et la brutalité de ces instants acharnés brouillèrent l'esprit du boxeur, ce qui ne l'empêcha pas de percevoir les impacts de ses tirs sur la mitrailleuse et le toit du van, mais aussi sur sa cible, qui se retrouvait horriblement criblée de morceaux de métal assassins.

Quand James finit par cesser son assaut sanguinaire, qui avait cherché la certitude de ne laisser aucune chance à cet ennemi, il resta crispé sur son arme et presque figé dans l'attente du terrible résultat de son nouvel élan toujours plus meurtrier, toujours plus enhardi. Le calme se réinstallait, le corps qui un instant resta immobile, s'effondra dans l'absence finale de toute vie sur la mitrailleuse, avant de glisser et s'enfoncer dans l'intérieur du van où il disparu. Sur le coup, il fut à la fois soulagé, et poignardé en plein coeur, tiraillé entre des émotions qu'il ne se pensait plus comprendre et qui avaient échappé à son contrôle. Ses dents claquetaient quelque peu, son souffle était clairement tremblant et irrégulier. Aussi éteint qu'à sa précédente exécution, il se sentait perturbé par cette sensation de vide qui l'envahissait, comme si son âme s'évaporait un peu plus en brume elle aussi dans l'air froid et silencieux, aussi déchiqueté qu'il avait pu le faire du corps de sa victime.

Ses yeux se fermèrent un instant, durant lequel il chercha à calmer son souffle. Il ne réfléchissait plus vraiment, il ne percevait plus la réalité très ancrée, sa conscience se relâchait et se dissipait, comme pour oublier l'après, et l'avant, tel un mécanisme de défense de son mental fragilisé et affecté qui concentrait ses pensées sur l'instant présent et rien d'autre, fermant ainsi les écoutilles des conséquences ; ne pas l'ensabler sous la pleine conscience de ce qu'il venait de faire. Il devait passer à la suite, trouver les filles, trouver Kyle, en finir et... c'est tout, il n'y avait pas d'après, pas pour l'instant. Sans vraiment s'en rendre compte, il se mit à courir vers le van et gagner l'arrière pour vérifier que les filles ne s'y trouvaient pas, l'une ou l'autre, ou les deux, ce type avait semblé préparer le véhicule pour un départ inopiné. Quand il approcha des portes arrières du van, un étrange son pénétra ses oreilles, un bruit aussi surréaliste qu'inattendu. Des pleurs, engagés, crieurs, suppliants, de la voix la plus douce, poignante et la plus enchanteresse qu'il ai entendu de sa vie : c'était le tendre appel d'un bébé.

Cette fois encore, la réalité dépassait ses craintes et ses attentes, assez pour qu'il sursaute presque plus que lorsque ce type avait tenté de se saisir d'une mitrailleuse lourde, tant la stupéfaction venait de le dépasser de loin. James, abasourdi, s'arrêta d'un coup et ne su plus bouger, ses sourcils se fronçant autant que ses traits s'étiraient d'incompréhension. Les pupilles grossies comme il en était possible, il finit par oser s'approcher des portes et poser une main méfiante sur la poignée, le fusil toujours empoigné dans l'autre main, s'attendant presque à une sorte de piège loufoque et pervers digne du Joker de Batman, tant l'idée de réellement trouver un bébé dans ce van semblait inouïe.

Et pourtant, il ouvrit la portière du van et reprit d'un geste son fusil des deux mains pour s'engouffrer à demi dans l'ouverture et braquer l'intérieur de part et d'autre, où il trouvait... un bébé, en chair et en os, et en cris. Il était là, non loin de la porte, emmitouflé dans une couverture, un bonnet sur la tête qui ne laissait se découper qu'un petit visage rougi de pleurs d'une incroyable délicatesse, ses petites mains brandies cherchant un contact dépendant et affectueux dans des gestes lents et brouillés. Il avait été disposé dans un landau au fond gonflé d'une épaisseur de mousse apparente, vraisemblablement ajoutée avec les faibles moyens du bord. Le landau même se trouvait presque dans un coin, entouré de caisses aux formes diverses et encombrantes, qu'elles soient de matériels et autres ressources potentielles, ou bien de déchets, tout était sous couvercle pour le savoir. Au milieu du van, contre un pied artisanal qui donnait sur le trou au toit découpé à la scie avec peu d'esprit artistique pour accéder à la mitrailleuse, le corps sans vie de celui qu'il avait tué, presque recroquevillé sur lui-même dans une position désarticulée. Du sang se répandait peu à peu sur la tôle au sol et le bébé pleurait à chaudes larmes.

Cette surprise qui rien n'aurait pu envisager, estomaquait James qui ne savait plus quoi faire. Il lui fallait rejoindre ses camarades qui avaient sûrement besoin de lui et savoir comment allaient les filles, mais la vue de ce tout jeune bébé et l'idée de l'abandonner ici lui déchirait le cœur qui lui hurla de ne surtout pas le laisser. S'il avait envisagé d'être ralenti ou gêné par divers pièges ou difficultés, celle-ci qui venait à contre-pied de son imagination, surplombait de loin ses appréhensions. La question demeurait cependant : d'où diable venait ce bébé ? Il se mit à passer en revue mécaniquement ce qu'il en savait, c'est à dire les hommes d'Elias, Elias lui-même, Jena, Ivy, Kyle aussi et le couple, dont avait parlé le jeune défunt, Maria, c'était le nom dont il se souvenait à contrario de celui de l'homme qu'il avait occulté en chemin. Serait-ce donc ça qu'il était venu quérir ? Serait-ce pour ça que le couple avait fuit ce monstre ? Pour un enfant à naître ?

La pointe douloureuse qui appuyait sur son cœur malgré tout humain et en l'occurrence, on ne peut plus compatissant, l'immobilisait presque contre sa volonté et il ne pouvait décemment pas bouger. Un enfant, c'était inespéré, impensable, presque impossible, pourtant il y en avait un, là, petit être innocent qui portait l'espoir d'un monde noir, bien trop noir, une proie de choix pour tous les maux du ciel et de la terre. Non, il ne pouvait pas, il ne devait pas, il était impossible qu'il le laisse. James sortit à la hâte du van et se dirigea au pas de course de droite à gauche, pour vérifier les alentours de son coté et devant le van, puis revint en entrant à l'intérieur du véhicule où il déposa au hasard son fusil, concentré à tirer de son autre main la porte qu'il refermait afin de se protéger d'une arrivée subite.

Les gestes stressés, un peu maladroits, il se saisit tant bien que mal de son talkie qui décidément fit de la résistance en restant accroché à sa ceinture et termina par l'en désarçonné d'un mouvement sec sous les hurlements de l'enfant qui redoublait d'efforts à appeler de l'attention.

« Kyle ?! Kyle t'es là ? Où tu en es ? Tu as trouvé les filles ?! » Beugla t-il une demi-seconde après avoir activé la transmission, contraint de lever la voix pour couvrir un minimum les pleurs résonnants de l'enfant cloîtrés qu'ils étaient dans le van.

Il espérait de tout cœur que Kyle réponde positivement, enfin, à son message et qu'il ne soit pas contraint de venir à la rescousse en laissant ce petit ange, fille ou garçon, livré à lui-même et exposé à tous les risques. Il espérait que son acolyte était parvenu à s'en sortir sans son appui direct cette fois, il avait assez confiance pour cela et dépendait de la réaction d'Ivy à son message.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 13 Mar 2017 - 12:30
La sensation me faisait l’effet d’un bélier lancé à toute vitesse sur mon plastron. Tout mon poids était retombé alors lourdement sur le sol, roulant deux ou trois tours - j’en avais perdu le compte - avant de m’arrêter contre l’un des pieds du silo le long des rails à l’extérieur du bâtiment, entre ce dernier et le grillage du périmètre. Des rails que j’avais d’ailleurs bien sentit à l’atterrissage et pendant toute la période de transition jusqu’à m’immobiliser tout seul. Je n’avais pas cherché à m’accrocher ou me retenir à quoi que ce soit, bien trop surpris par cet événement qui me paraissait un poil trop familier d’ailleurs.

A peine j’avais eu le temps d’aligner le réticule de visée de mon flingue et pressé la détente, le coup partant en une déflagration atténuée et se propageant en soupir bien trop plat pour la sentence de mort qu’il annonçait, qu’autre chose m’avait percuté. J’avais délibérément choisis cette cible car la seconde m’était inaccessible et quelque part, dans mon subconscient qui parvenait à penser bien plus vite qu’à agir, je savais que ce choix allait probablement me valoir un retour de bâton en provenance de la seconde menace que j’avais identifié et qui m'avait été inaccessible. Mais je n’avais pas vraiment eu le choix. Les cris de douleur ou l’inconscience des filles m’avaient poussé à agir vite. J’avais néanmoins espéré que mon gilet ou mon casque ne me sauvegarde d’une balle fatale et d'ailleurs, j’étais presque certains que ce n’était pas cela qui m’était arrivé. La puissance de projection était bien trop grande pour un simple flingue et pourtant j’avais entendu le tir partir en léger décalage avec ce qui m’arrivait et de la voix d’Ivy qui m’était venu avec une clarté édifiante.

Je me retrouvais donc gisant au sol, mes douleurs en témoin de ma survie, ma cuisse me déchirant un peu plus encore, mon dos et mes bras commotionnés. Je crois que la seule chose qui me permis de rester encore lucide avait été la présence du casque qui avait amortit le choc de l’atterrissage. Je poussais mes muscles, déjà à bout de force, dans leur dernier retranchement, me redressant sur mes bras alors que ma seule envie était de rester coucher au sol, de fermer les yeux et d’attendre, simplement attendre. Je n’étais pas fait de ce bois-là, de ceux qui abandonnaient, de ceux qui lâchaient l’affaire sous prétexte d’un bon sens ou d'une raison. Il fallait l’admettre, j’étais d’une témérité suicidaire lorsqu’il s’agissait d’agir, et sauf ordre contraire, ma mission était on ne peut plus claire.

Je me mis à ramper sur le sol pour attraper mon flingue qui s’était échappé à mon poing par les chocs, le sifflement à mes oreilles, qui avait un bref instant vrillé mes tympans, s’estompant pour me laisser constater les gargarismes et craquements des créatures derrière moi  dégustant la chaire, le sang et les os de mes deux précédentes victimes. Peut-être que l’une d’entre elle avait franchi le périmètre du grillage pour venir à ma rencontre, je l'ignorais mais je n’en avais vraiment cure.

Ces fils de salauds. Ils avaient osé poser la main sur Ivy. Ils avaient osé les poser sur Jena. Elle était là ma mission, elle était dans mes promesses qui raisonnaient encore à mes oreilles et tournaient dans mon esprit comme un lion en cage qui rugissait d’envie d’être déchaîné. Une fois l’arme en main, je roulais sur le ventre avec toute la difficulté que cela me demandait pour m’aligner correctement, jambe blessée repliée sur le côté et bras tendus vers l’avant. La porte par laquelle j’avais été jeté me faisait face, son cadre accueillant ma silhouette ratatinée au sol. Je n’identifiais pourtant aucune menace directe qui venait à mon encontre. Ma vision était troublée par une traînée sanguinolente qui barrait mon œil droit, mon arcade sourcilière ayant sans doute mal encaissé le choc. Un flux qui se mêlait sous mon casque à ma propre sueur, l’ensemble embarrassant ma respiration déjà bien trop lourde et trop marquée. De gêne, je retirais le casque, le laissant tomber juste à côté pour m’essuyer d’un geste vif et peu précis du revers de la main cette substance poisseuse qui m’empêchait de viser correctement. Je sentais la poussière et la terre se coller à ma peau, craquait même sous mes dents serrés à l’extrême. A l’intérieur, j’entendais des chocs, des tirs, des mouvements, des voix sans parvenir à leur donner un scénario cohérent dans ma tête passée au rouleau compresseur.

C’est alors que m’apparut, à travers la petite lunette fixée à mon arme, une silhouette traînante et menaçante, une lame au poing, qui grandissait à mesure qu’elle approchait d’une Ivy mal en point. La distance et l’angle n’était pas parfait, moi à l’extérieur, sur le pas presque de la porte et lui à l’intérieur, mais c’était maintenant ou jamais. Mes bras me faisaient un mal de chien, mais je gardais toute ma concentration pour stabiliser mon tir.

« Va baiser ta mère en enfer, sale fils de pute. »

Le doigt sur la gâchette, je finis par tirer. La balle traversa l’air, pénétrant dans le bâtiment pour venir percuter ma cible en plein dans la gorge, la perforant de part en part, son exclamation de surprise provoquant un crachat de sang dégueulasse tandis qu’il tombait à genou. Il allait mourir, ce n’était plus qu’une question de secondes maintenant et ma consolation résidait dans la certitude qu’il se verrait partir sans qu’il ne puisse rien y faire, respirant son propre sang et s’y noyant. Mes bras retombaient lourdement comme ma joue sur la terre, le monde disparaissant peu à peu.

«  Kyle… K… »

La voix étouffée de Kat me sortit en un sursaut prodigieux de ma torpeur. Je l’entendais m’appeler, la voix faible et tremblante, empreint de détresse.
Je reprenais pied, entendant derrière, les morts qui commençaient à se presser pour venir à ma rencontre, leur pas traînant la poussière me forçant à retrouver le peu d’énergie qui me restait pour tirer ma carcasse de là. Je rampais les derniers centimètres qui me séparaient de la porte d’entrée après avoir agrippé mon casque abandonné au sol, forçant sur mes bras et mes jambes pour me redresser autant que possible, ma main attrapant la poignée pour la claquer contre le lourd double battant. L’écho résonna dans le grand hangar en un son fracassant, mes pieds dérapant sur le bitume dans l’ultime effort de tourner le loquet, les paumes de mes mains et ma joue gauche accusant cette fois-ci pleinement le choc. J’étais épuisé, arasé, j’avais vraiment tout donné, mais je ne pouvais pas l’abandonner.

« Je suis là… Kat… tiens bon. » Avais-je répondu à l’appel d’une voix bien moins portée que je l’avais espéré, se noyant dans mon souffle court et les gouttes de sueurs et de sang qui coulaient à nouveau le long de mon visage jusqu’à mes lèvres.

Je m’aidais de la paroi de métal pour me relever à nouveau et me trainer vers le corps allongé de cette femme que j’avais cru inconsciente. Je l’entendais m’appeler encore, les tremblements muant en un flot de larmes continues. Ses doigts s’étaient repliés sur son ventre pour essayer de retenir son propre sang qui s’échappait d’une blessure par balle. Je n’avais rien vu venir, ni le tir, ni le coupable. Bien trop pris dans ma rage de vengeance et maintenant, elle payait le prix de mon incapacité à la protéger. Je lui avais pourtant promis, en partant, que tout irait bien, que je les mettrais en sécurité, elle et notre fille. Mais j’avais échoué, lamentablement.

J’arrivais enfin à son niveau, mes bras agrippant maladroitement son corps un peu trop pesant, mes mains lâchant mes affaires pour la recueillir. Ma main droite vint presser sa blessure au ventre tandis que je portais un regard paniqué à son visage. Je murmurais entre mes lèvres quelques mots à son attention, j’étais démunis. Complètement. Désespérément. J’essayais de maintenir sa tête pour capter son regard.

« Regarde-moi. Regarde-moi ! Dis-moi ce que je dois faire. Bébé, reste avec moi. Reste …là… je suis là. »

Ma main essayait de juguler la plaie, d’empêcher le sang de s’échapper, mais rien n’y faisait.

«  J’arrive pas à l’arrêter. Il faut… dis-moi ce que je dois faire. J’appuis, mais ça ne s’arrête pas. J’ai besoin de toi, il faut que tu restes avec moi. Me fais pas ça… me fais pas ça. »

Brusquement, le cri d’un nourrisson transperça ma détresse, mon cœur bondissant dans ma poitrine face à ce nouvel appel qui me saisissait les tripes. Je regardais autours de moi, mais rien ne me permettait de localiser Amber jusqu’à ce que je comprenne que le bruit et le cri provenait de la radio fixé à mon épaule. D’un geste brusque, j’arrachais cette dernière de mon gilet et le portait à mes lèvres. La voix qui sortait de ma gorge était rauque avec cette pression lié à un stresse grandissant.

« Elle est avec toi ? James ? Dis-moi que c’est elle que j’entends et qu’elle va bien. James ! »

Je gardais cette femme que je chérissais dans mes bras, l’empêchant d’y glisser hors à plusieurs reprises, mes bras tremblants et privés de force, la plaquant un peu plus contre mon torse. J’entendais à peine les battements des morts contre la paroi métallique qui grattaient, griffaient et cognaient. Il y avait un espoir. J’essayais de m’y raccrocher.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 14 Mar 2017 - 18:08
La morsure froide du béton contre ma joue gauche battante d’une douleur lancinante provoquait un bien fou, quoique relativement insignifiant en comparaison aux multiples douleurs qui me dévoraient. Mon bras droit, ma main droite, étaient pris de tremblements nombreux et spasmodiques. Dans un effort plus instinctif que voulu, d’une poussée sur mon bras gauche, je me laissais rouler sur le dos, plongeant de nouveau ma mutilée au creux du tissu ensanglanté de mon débardeur. Je pouvais sentir le froid m’envahir le dos, l’arrière de mon crâne poisseux de sueur, et de mon sang collant au sol ; tout comme voir la silhouette approchante d’un Elias titubant, toujours armé et plus haineux encore.

Je tentais de dresser mon bras gauche dans sa direction, d’ouvrir ma main aux doigts recroquevillés dans une énième tentative de le maintenir à distance, voire de l’achever pour de bon, obtenir ma revanche sur toutes les horreurs et souffrances qu’il avait causées, sans succès. J’étais bien trop abrutie de douleur et de fatigue, dans un état presque second, pour espérer pouvoir l’atteindre d’une manière ou d’une autre. Au moins aurais-je eu la satisfaction de l’avoir malmené un minimum avant de disparaître. Maigre consolation.

Ce n’est qu’en sentant une nouvelle lacération traverser les lignes de champs que je comprenais que ce n’était pas encore fini pour moi. Je vis Elias être pris d’un sursaut de surprise, lâchant son couteau pour porter sa main à sa gorge, tentant bien vainement de retenir l’abondant flot de sang qui s’échappait de sa jugulaire déchirée. Il tituba d’un pas ou deux avant de s’effondrer à genoux, à quelques mètres de moi. Je pouvais entendre sa respiration gargouillante, ses tentatives désespérées pour happer un peu d’air alors qu’il se noyait dans ses propres fluides.

Un lourd claquement résonna dans l’espace de l’usine. Quelqu’un venait de fermer la porte avec une certaine brusquerie, et je peinais à quitter un Elias agonisant dans quelques gargarismes du regard pour essayer d’entrevoir la silhouette qui venait de se faufiler au-travers de celle-ci. Il me semblait reconnaître Kyle, sans trop de certitudes avec la pénombre ambiante. Simplement, la mise à mort d’Elias, l’arrêt des combats, des échanges radios comme des échanges de coups de feu, je me laissais gagner par l’idée que c’était fini. Enfin fini.

La silhouette s’était précipitée vers le corps encore immobile de Jena de ce que j’en voyais, et ce n’est que lorsqu’il commença à parler, faire entendre sa voix, ses mots, que je reconnaissais Kyle avec certitude. Ainsi, c’était bel et bien fini, et je me sentais prise d’une immense vague de soulagement. Du moins, c’était sans compter sur les gargouillis de moins en moins intenses d’un Elias qui se mourait lentement. J’espérais qu’il souffrait, qu’il souffrait atrocement en se voyant partir et s’éteindre. Un espoir revanchard qui m’animait d’une détermination nouvelle car quelques coups et grattements se faisaient désormais entendre contre les lourds battants des portes de la cimenterie. Des grognements et des râles sordides qui m’informaient sans doute possible sur la nature de leurs émetteurs. Les infectés se joignaient à la fête, certainement attirés là par le boucan des combats, des cris, l’odeur du sang. Ce n’était peut-être pas la fin des emmerdes. Nous étions saufs, loin d’être sains, mais saufs ; et prisonniers une nouvelle fois des morts qui ne tarderaient pas à envahir les lieux et ceinturer l’usine en nous barrant toute possibilité de repli.

Mais ce qui m’arracha à ma torpeur et mon immobilisme ne fut pas la présence de Kyle, ni celle des morts qui s’invitaient au festin, non ; ce fut la voix de James qui résonna à son tour, depuis la position de Kyle, accompagnée des pleurs retentissants d’un nouveau-né. Immédiatement, je faisais le lien entre l’enfant arraché à la défunte Maria et ces pleurs qui me crevaient le coeur. Bien malgré moi, cette scène d’horreur se rappelait à ma mémoire dans toute sa violence et sa cruauté, me gonflant d’un nouveau sentiment de revanche qui me brûlait la peau et les chairs, une détermination qui me consumait l’âme. Nous autres dégénérés ne serions jamais l’incarnation d’un avenir pour l’humanité. Cet enfant au contraire, natif de ce monde chaotique, constituerait cet avenir à condition que nous soyons capable de le protéger jusque-là. *Sans avenir car notre chair n’est plus saine…*

“...mais pleins d’espoirs car notre âme reste enchaînée à la terre,” me murmurai-je entre deux souffles rapides.

Kyle avait répondu à James. J’avais saisi quelques mots sans rien pouvoir comprendre de quoi il parlait, ni de qui. Je remettais en cause ma propre compréhension plutôt que le smots de mon ancien amant, me persuadant que c’était là encore un moyen détourné de faire passer une information selon un langage établi à l’avance. Lentement, je me tournais sur mon flanc, poussant difficilement sur mon bras gauche pour me redresser en position assise. Mes muscles me faisaient un mal de chien, particulièrement le long de mon dos, et je ne manquais pas de grogner de souffrance.

Plus difficilement encore, je repliais mes jambes, forçant sur celles-ci pour me redresser et me mettre debout. Les muscles de mes jambes étaient tremblants et cotonneux, je luttais férocement et mentalement pour ne pas me laisser retomber au sol, l’échine courbée en avant, mon bras droit toujours replié contre mon abdomen et la main gauche plaquée sur ma cuisse. Je cherchais à récupérer mon souffle comme mon équilibre, seulement animée de cette rage de survivre à n’importe quel prix, pour protéger cette petite vie qui pleurait en arrière-plan de James.

Laborieusement, un pas délicat après l’autre, j’avançais vers le corps désormais inerte de mon bourreau. Je pouvais discerner la flaque sombre de sang qui s’épanchait sur le béton plus clair telle une nappe de pétrole visqueuse et luisante à la fois sur une teinte bien plus mate. Parvenue à ses côté, à hauteur de son torse, je ne pouvais m’empêcher de contempler son visage éteint de toute vie, y découvrant non pas une expression figée de peur ou d’angoisse comme je l’avais pourtant espéré, pas la moindre once de regrets non plus ; seulement un rictus qui manifestait, au-delà de la souffrance, un certain soulagement.

Je me décomposais d’incompréhension et d’un dégoût plus prononcé encore en observant ses traits, ses lèvres crispées dans un demi-sourire d’où le sang avait ruisselé en abondance. Je me trouvais plongée dans mes pensées les plus ignobles, aspirée par mes voeux les plus morbides d’une vengeance qui s’adressait à l’encontre de n’importe quel homme à l’image d’Elias. Je m’affaissais à ses côtés, le tissu de mon pantalon venant éponger et s’imbiber d’une partie du sang du défunt. Pourquoi n’avait-il pas agonisé plus longtemps, souffert plus longtemps ? Pourquoi pouvait-il se permettre d’éprouver du soulagement à mourir après les actes qu’il avait commis ? De quel droit cet enculé osait-il se montrer aussi défiant même dans la mort ? Ce putain de monde était totalement injuste ; j’en prenais conscience comme jamais auparavant. Un sentiment qui me crevait le coeur et m’aurait faite exploser de rage si j’en avais encore eu la force.

Pourquoi un monstre comme Elias avait-il droit d’obtenir ainsi la paix et le repos éternel quand cela m’avait été refusé deux fois déjà ? Est-ce que c’était ça la grande ironie de ce monde, la grande leçon à retenir ? Seuls les salauds s’en tiraient encore pour le mieux ? De mon poing gauche, j’attrapais l’encolure du cadavre, puis la serrais au sein de ma paume. De nombreuses larmes de colère se mettaient à fuir mes yeux, braqués sur le visage d’Elias.

“Reviens…” grommelai-je avec difficulté. “J’en ai pas fini avec toi, sale enculé… alors reviens !” m’écriai-je à moitié d’un phrasé rauque et haché, tentant de secouer, sans succès, le torse de l’homme dont la tête dodelina légèrement de gauche à droite durant de longues dizaines de secondes ; avant de finalement relâcher mon emprise, complètement irrationnelle. “Tu t’en tires bien… putain de lâche… Mais t’es que le premier…”

Une promesse que je lui confiais, à celui qui ne pouvait plus m’entendre. Une promesse que je lui adressais à lui autant qu’à moi-même, consolidant la conviction que j’avais ressentie de nombreux instants plus tôt. Mourir, pour protéger le groupe ; disparaître pour mieux protéger les miens. Traquer et éliminer tous les salauds dont Elias n’était qu’un maigre échantillon. Chacun des fils de pute que ce monde préservait encore connaîtrait un sort similaire à celui de ce taré. Et ni le monde, ni les hommes, ni les morts ne sauront me détourner de ma volonté, ma conviction.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mer 15 Mar 2017 - 0:33
Depuis les limbes de mon inconscience, il me semblait percevoir la voix de Kyle. Rauque, fatiguée, tremblante, pleine de mots qui ne trouvaient presque aucun sens à mes oreilles. Mais en réalité, ce n’était pas depuis les tréfonds de mon esprit que venait cette voix, mais bel et bien de l’extérieur. Je me sentais bougée, légèrement relevée. Je battais des paupières à de nombreuses reprises, cherchant à éclaircir ma vision comme mes idées. Et contre le plafond de l’usine qui se perdait dans l’obscurité, je parvenais enfin à distinguer le visage de l’ex-militaire. Du sang lui barrait la joue, coulant depuis son arcade sourcilière pour ruisseler jusqu’à l’arête de sa mâchoire.

Je fronçais légèrement les sourcils à ses mots. Qu’appuyait-il ? Qu’est-ce qui ne s’arrêtait pas ? Je ne comprenais pas ce qu’il me disait. C’est à peine si je parvenais à sentir la pression dont il me parlait à travers l’épaisseur du gilet pare-balle que je portais. Est-ce que j’avais pris une balle pendant mon inconscience ? Combien de temps avait-elle duré d’ailleurs ? J’avais un mal fou à recoller les morceaux, restant interdite et béate durant de longues secondes où mes sensations physiques se mêlaient avec mon incompréhension, rendant plus chaotique encore le retour à la conscience.

Mais peu à peu, tandis que je retrouvais mon souffle et mes esprits, je me sentais prise d’une tension primaire et instinctive. Mes douleurs se réveillaient à nouveau, plus brûlantes et localisées. Mon bras me faisait un mal de chien, comme mon visage ou encore ma gorge. Finalement, je parvenais enfin à sentir la pression que Kyle exerçait sur mon abdomen avec sa main droite. L’homme semblait paniqué, terrifié et perdu ; pourtant, je ne sentais pas mon sang ruisseler. Je grimaçais d’inconfort comme d’incompréhension, entrouvrant les lèvres avec l’intention de rassurer autant que faire se peut le militaire sur mon état, mais une intrusion de pleurs de nouveau-né coupa court à mon initiative. La voix de James accompagna ces pleurs, ce qui ne fit que renforcer plus encore mon incompréhension de l’instant. Est-ce que j’étais en train de perdre la raison ? Est-ce que tout cela était vraiment réel ?

La réponse de Kyle n’aidait en rien à résoudre ce questionnement interne, mais l’homme ne m’en laissa guère le loisir, me resserrant un peu plus contre lui tandis qu’il répondait au chef de camp. Je serrais les dents de douleur en sentant mon bras être écrasé contre l’homme.

“Je suis là... Je suis là... mais Kyle… tu me fais mal…” articulai-je dans un souffle, la voix hachée de souffrance. Je battais légèrement des jambes en gesticulant pour tenter de me soustraire à son emprise, mais l’homme sembla obtempérer à ma sollicitation en me reposant assez délicatement au sol.

J’aurais pu - j’aurais dû - être soulagée de me trouver ainsi dans les bras de celui que j’affectionnais tant, mais au lieu du contentement et de la satisfaction normalement attendus ; il n’y avait qu’un profond dégoût qui me saisissait à sentir son contact si proche, sa chaleur, l’odeur de sa peau, le timbre de sa voix. Un dégoût accompagné d’une violente nausée qui me prenait aux tripes, me dévorant de l’intérieur à l’image même de la peur, terrible et écrasante qui me gagnait.

Le cœur cognant contre ma poitrine, je me désespérais de ne pas réussir à surmonter cette peur irrationnelle que je jetais entre nous comme un lourd pavé dans la mare. Jusqu’à présent, face à l’adversité et la tension des affrontements, j’avais pu garder une certaine contenance et recul vis-à-vis de ma situation, l’ignominie de Sean, seulement guidée par la rage et la vengeance. Mais la situation avait totalement changée le temps de mon inconscience. Elias était mort à une trentaine de mètres de là, ‘la bataille remportée’ si l’on pouvait dire et ce n’étaient pas les morts grattant contre les portes de l’usine qui seraient suffisant pour me raisonner de devoir en engager une nouvelle. J’aurais pensé pouvoir tenir jusqu’au campement - si tant est que j’avais espéré le regagner vivante - jusqu’à trouver un refuge isolé pour me permettre de craquer, mais ce n’était pas le cas. La tension était retombée bien trop soudainement, aussi violemment qu’elle était montée. Ainsi, après quelques instants qui auraient laissé tout loisir au militaire d’échanger avec James au besoin, j’aurais reculé de quelques mètres pour m’éloigner de l’homme qu’il est ou non tenté une nouvelle approche, un nouveau geste dans ma direction, une grimace de crainte et de dégoût sur le visage, ramenant finalement mon bras droit en protection devant mon visage barré de sang comme de larmes.

“Tu m’approches pas... Tu me touches pas…” le menaçai-je misérablement avant d’être prise d’une nouvelle quinte de toux. “Tu… Restes loin putain d’infecté... Putain de porc… Tu… Tu t’approches pas !” lui lançai-je avec une véhémence déraisonnable.

Je crevais de trouille, littéralement, en contemplant le visage de Kyle. De trouille et de déchirement quand je n’aurais voulu qu’une seule chose en réalité : lui sauter au cou et l’embrasser, me lover au creux de ses bras et l’étreindre comme une bouée de sauvetage. Au lieu de ça, je dressais entre nous une barrière plus immonde que je ne souhaitais pas le voir franchir. J’avais peur de lui, de son sang, de sa nature de dégénéré certes, mais simplement et surtout d’homme tout court.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 21 Mar 2017 - 10:03
Les pleurs ne perdaient pas en intensité, au contraire, la voix stridente de ce petit être isolé résonnait d'autant plus avec les secondes défilantes, si bien que dans leur habitacle de fer quasi-fermé, les résonances commencèrent à faire poindre une migraine à James qui s'efforçait de patienter une réponse à son message. Une goutte de sueur glissa le long de sa paupière et franchit le gouffre de son oeil jusqu'à tomber sur son opposé, le forçant à refermer cet oeil sous l'humidité. Un voile trouble gênait sa vue, il avait l'impression que la tension exacerbée qui faisait d'ailleurs trembler sa main était au moins autant à l'origine de sa migraine que les pleurs non-coupables de l'enfant.

Les instants passaient et à chacun d'entre eux, un vif empressement appuyait de plus en plus sur les battements de son coeur, car il avait pleinement conscience que tout se jouait à chaque seconde et si Kyle avait de bonnes raisons de ne pas répondre à l'instantané, le chef de camp ne se rendait pas compte que pas plus de trois secondes avaient défilé depuis sa transmission. Malgré cela, il avait entamé de replacer le talkie-walkie à sa ceinture quand celui-ci s'activa en retour et laissa filtrer la voix de Kyle, les pleurs de l'enfant ne s'interrompant que trop brièvement pour qu'il ne soit pas contraint de rabattre à la hâte l'engin près de son oreille, les premiers mots de l'ex-militaire lui échappant, il entendit d'abord son propre prénom, puis d'autres mots, sur lesquels il buta subitement.

Elle ? Mais de qui pouvait bien parler Kyle ? Il fronça les sourcils, resta bête et fit foisonner ses pensées tandis qu'il essayait de comprendre ce que son camarade voulait dire et de qui il parlait. C'est tout naturellement qu'il pensa à Jena ou Ivy, espérait-il que l'une d'elles soit avec lui ? Mais pourquoi parlait-il d'entendre quelqu'un ? Il n'y avait que le bébé qui était largement perceptible et couvrait en réalité tout autre bruit potentiel, si tant est qu'il y ai pu en avoir d'autre car hormis James et le bébé, il n'y avait strictement rien.

« Mais, de qui tu parles ? » Eut-il le réflexe de répondre en enclenchant la transmission retour, restant dans l'incompréhension, ses sourcils avaient bloqué sur leur froncement et la ride du lion marquait à présent son front avec la sévérité qui la caractérisait. « Tu parles du bébé ? Tu sais à qui il est ? Qu'est-ce qu'il se passe là-bas Kyle ? Répond à mes demandes BON SANG ! »

Sur la fin, sa voix s'était emportée, la colère reprenant les rênes de son esprit embrouillé et mis à l'épreuve, à deux pas d'un cadavre encore chaud qu'il avait criblé de balles et d'un bébé inconnu dans un landau dont il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il fichait ici. La situation échappait complètement au rationnel dans ces circonstances, à l'improvisation même qu'il avait pu envisager et il était dans le noir total, il ne savait pas comment allaient les filles, ce qu'il en était de ces types et visiblement Kyle lui-même avait décidé d'emmêler encore plus de pinceaux au problème. On pouvait dire que sa patience arrivait en bout de course et franchissait déjà la limite.

« Oui... oui, elle est... Elles sont en vie. Toutes les deux. Ecoute... Les types sont morts. Mais l'accès principal est condamné. Garde la petite en sécurité, surtout, ne prend aucun risque, ok ? Tu peux ... elle adore "Hush, Little Baby", tu peux lui chanter, elle va se calmer. On va essayer de sortir. »

Cette fois-ci, la réponse avait plus de sens et il gagnait à quelques réponses, mais une profonde sensation d'anormalité lui parvenait dans la voix perturbée et incertaine de Kyle, comme si... il n'était pas sincère ? Ou quelque chose se passait, se tramait, hors de sa compréhension puisqu'il n'était pas sur place. Quoi qu'il en soit, quelque chose n'allait pas et si il avait confirmation que les filles s'en étaient sorties vivantes, tout le reste n'était pas moins flou.

Grognant entre ses dents qui se resserraient une nouvelle fois sous la frustration face à cette absence de tout contrôle et de tout clarté, il rangea sèchement son talkie-walkie à sa ceinture comme souhaité au départ et attrapa son fusil d'une main avant de saisir la poignée de porte arrière pour refermer complètement le fourgon. Le claquement seul à supplanter les pleurs, ceux-ci en vinrent tout de même à se calmer quelque peu, qui sait depuis combien de temps ce pauvre enfant pleurait ? La crainte d'une attaque par l'arrière était écartée, du moins rien qui ne puisse être soudain, aussi prit-il le risque de s'approcher du landau à pas de buffle, l'attrapant de son autre main en le soulevant avec plus de délicatesse tout de même, puis il se rendit à l'avant le dos légèrement courbé pour éviter de frôler le toit.

Une fois devant, il jeta un regard à gauche, à droite, scruta le démarreur qui comme pensé avait toujours les clés accrochées dessus, puis posa le landau avec l'enfant sur le siège passager. A l'intérieur, le bébé sanglotait à coup de reniflements mais l'apparition de James et son approche avaient eu l'involontaire impact d'attirer son attention et sa curiosité. La paire d'yeux sombres qui le fixait, au centre de ce visage à peau de crème rougi par les pleurs, perturba au plus au point le gaillard qui s'installa sur le siège conducteur tout en le regardant en retour. Cela lui paraissait toujours aussi surréaliste qu'il y a quelques minutes, pourtant ce bébé était bien là et vraiment là. Caler son fusil ne fut pas chose facile, mais il parvint à le tirer péniblement devant lui pour le poser sur le tableau de bord, après quoi il verrouilla les portières et saisit les clés dans le but de démarrer ce fichu van.

Le moteur se mit à gronder férocement et cela provoqua, sans que James ne s'en rende compte, un tout petit sursaut de l'enfant on ne peut plus concret pour lui qui relancèrent franchement la machine à pleurs. C'était extrêmement dur de parvenir à contenir ses idées et sa réflexion en sachant qu'il avait ce petit garçon, ou cette petite fille selon Kyle, là juste à coté, que ce bébé quelque soit son sexe, était peut-être affamé, avait besoin de soins, d'un million de choses. La vérité c'est qu'il n'avait guère l'instinct de mettre le doigt dessus et dans l'absolu, il aurait été incapable de lui fournir le nécessaire, de toute façon la situation ne s'y prêtait guère, ils étaient encore tous en danger.

D'un geste il enclencha la première et du pied il écrasa l'accélérateur, poussant violemment le van qui n'apprécia guère cette brutalité et répondit en donnant un coup de nez avant d'avancer. Les crissements précédèrent la laborieuse envolée du véhicule, qui avança d'abord péniblement, et puis progressivement gagna en vitesse. James fonçait droit devant lui, ce qui en clair, le conduisait droit sur le portail alors ouvert. Le but ? Retrouver les autres le plus vite possible, si ces types étaient morts comme Kyle l'assurait, il ne devrait pas rencontrer de résistance, mais il avait du mal à prendre cette information pour acquise, tant son acolyte avait semblé perturbé en lui répondant.

Il s'engageait enfin à l'intérieur de la cimenterie et braqua rapidement vers sa gauche pour contourner le bâtiment, esquivant la rangée de voitures en bordure et rejoindre l'avant. Au virage, le van fit un bruit strident des roues rayant le bitume, la carcasse toute entière semblait mise à mal à chaque mouvement un peu brusque, cette bagnole n'était clairement pas de toute fraîcheur et supportait mal l'élan énervé de son nouveau conducteur. C'est en prenant le second virage, après avoir aperçu la brèche qui collait à la description que lui avait donné sa première victime, qu'il vit le comité d'accueil morbide qui l'attendait, ou plutôt, qui s'était agglutiné contre le portail jusqu'à entendre le van et son alarme naturelle qu'étaient les pleurs du bébé, arriver. C'est seulement à cet instant, alors que James freinait sèchement, surpris par cet attroupement de morts-vivants qui avaient fait volte-face et s'avançaient déjà dans sa direction en râlant à tue-tête, qu'il prit conscience que la fenêtre coté bébé était à demi ouverte.

Un juron rageur s'échappa d'entre ses lèvres et il tenta de rabattre le levier de vitesse sur la marche arrière pour dégager le véhicule de ce guet-apens improvisé, néanmoins le van lui fit la désagréable surprise... de caler, aussi soudainement qu'au pire moment. « Saleté de fourgon ! » Beugla James en tenta de redémarrer le petit camion, mais rien n'y fit, il ne voulut tout simplement pas redémarrer. Bien vite, l'attroupement composé d'une dizaine de monstres commençait à se scinder en deux d'un coté et de l'autre de l'avant du van, s'approchant des portières. Pour couronner le tout ils étaient très vite, trop vite arrivés et le van faisant du surplace, s'échapper n'était plus une possibilité. Son premier instinct fut de se jeter sur la portière, se retrouvant au-dessus du landau le corps tordu par le geste impulsif, pour remonter manuellement la vitre du van.

Les pleurs du bébé n'avaient pas cessé mais après des minutes à les encaisser, et aussi stressant, difficile et perturbant que ce soit, il s'efforçait d'en faire fi tant qu'il n'avait pas trouvé le moyen de ramener tout le monde en sécurité. Cette fille, à en croire Kyle encore une fois, ne comprenait certainement rien de ce qui lui arrivait, et il aurait voulu la prendre dans ses bras pour la rassurer, la conforter, s'occuper de ses besoins qu'il ressentait aussi vivement que si ils avaient été les siens, avec plus de peine encore. Mais il ne pouvait pas, plutôt que cela, il ramassa son fusil et se fraya un chemin entre les sièges par-dessus le cadavre, sa seconde victime, pour gagner l'arrière. Les portes étaient verrouillées, ils avaient du temps avant que les rôdeurs ne puissent les menacer, cependant le tout était de sortir et pour cela, il ne pouvait décemment pas risquer de prendre l'enfant.

L'affrontement était la seule issue, il n'était plus à cela près et suite à ses actes meurtriers et autrement plus condamnables, il n'allait pas se faire prier pour une bande de cadavres ambulants. Ses principes, ils les avaient largement revus ces derniers mois, ses mesures également et en dépit de cela, s'il savait que ces morts avaient mérité leur sort, il ne parvenait pas à s'en réjouir ou se persuader qu'il était écarté de tout reproche. Il avait exécuté sommairement ce garçon, d'une balle dans l'arrière du crâne, mis en charpie ce type là derrière lui. Pour l'instant, le choc mesurait la réalité et il y avait bien d'autres choses à penser et à faire, mais, la réalité ne saurait tarder à le rattraper quand tout ça serait fini et il en avait peur.

Il sortit en poussant sèchement la porte et porta la crosse du fusil au creux de son épaule, les mains fermes dessus, le canon prêt au feu, et contourna le van en se mettant presque immédiatement à tirer. Le hurlement des balles tirées en courtes rafales, par six fois, couvrait tout aux alentours, des râles des morts aux pleurs confinés et à tout ce qui pourrait surgir d'ailleurs, l'alerte était donnée mais y avait-il encore quelqu'un ou quelque chose qui n'était pas au courant de leur présence et des combats ici-même ? Les éclats lumineux du canon se mêlant à la nuit très sombre et à la petite distance qui le séparait des morts-vivants gênaient autant sa visée qu'il ne voyait que partiellement les dégâts provoqués par son assaut.

Ce qui fut sûr, c'est qu'un premier tomba en éclaboussant le van, sa vitre et ses propres comparses charognards de l'hémoglobine poisseuse contenue dans son crâne, il en fut de même pour un deuxième, puis un troisième mais dans la foulée, c'était bien la moitié de ses balles qui s'étaient fichées dans la partie haute des corps de ces êtres insensibles à la douleur et à la mort, autrement que par l'unique moyen concevable - stopper le cerveau, sans qu'ils ne tombent. Ou presque, un quatrième fini par s'effondrer un peu par erreur, du moins sa silhouette qui se plia et s'écroula sur une autre lui laissait penser qu'il en avait eu quatre sur six de ce coté.

L'instant d'après, les deux charognards restants enjambèrent sans considération mais avec beaucoup de maladresse les autres pour se rapprocher du boxeur, qui n'avait pas quitté son angle arrière de van. Craignant de perdre l'avantage du tir à distance, il tira presque à la chaîne une puis deux autres courtes rafales avant que le cliquètement infiniment moins bruyant de la détente, sans effet, ne lui fasse comprendre qu'il n'avait plus rien dans le fusil. Le temps d'un coup d'oeil de son fusil aux rôdeurs pour en prendre conscience, un seul des deux avait fait presque volte face en s'effondrant comme une brique, le visage s'écrabouillant sur le bitume, l'autre rôdeur, décidément, refusait de tomber malgré les morceaux de métal qui habitaient maintenant sa chair.

Il savait que d'autres s'en prenaient à la portière de l'enfant et quand il entendit leurs beuglements incompréhensibles se rapprocher de l'autre coté du van, maintenant que les coups de feu avaient cessé, il saisit qu'ils avaient abandonné leur vaine lutte contre la paroi métallique pour contourner le problème et trouver un moyen plus facile d'y accéder, ou tomber sur une proie plus facile d'accès. Cela le rassurait au premier abord, mais au second il fut saisit d'un frisson d'effroi car plus que jamais, la nuit qui embellissait leur apparence terrifiante les rendaient aussi beaucoup plus dangereux pour un homme bien vivant et bien seul. Pris de court, il lâcha purement et simplement son fusil qui percuta lourdement le sol, pour mieux se saisir de son revolver à sa ceinture et le faire poindre vers son dernier adversaire visible en reculant, la sécurité de l'arme sautant d'un geste.

Le coup parti, unique et d'un son différent, qui cette fois enfin percuta la bête quelque part sur le visage pour le faire tomber en arrière. Le tas de cadavre était modéré, mais le fait est qu'il n'en avait jamais tué autant en une fois depuis le début même de l'apocalypse et il n'en avait pas terminé. Il ne fallut qu'une poignée d'instants, tandis qu'il reculait en cherchant à éviter d'être surpris à courte portée, pour voir les quatre autres bêtes apparaître successivement, se bousculant et se faisant bousculer par le van comme des animaux affamés et pressés de manger qui se moquaient bien des conventions sociales, qu'elles soient humaines ou animales.

Son coeur battait la chamade, à croire qu'il allait finir par lâcher tant il l'avait sollicité ce soir et à défaut de l'abandonner, il en ressortait une fatigue accrue qu'il ressentait par le lourd poids de ses propres jambes, ses bras et ses muscles dans leur ensemble. Il redressa tout de même son Colt 45 qu'il emprisonna des deux mains et prit quelques instants à les regarder approcher avec une avidité qui n'était plus à prouver, pour pouvoir les aligner correctement. Il tira, une à une, les balles .45 ACP qu'il avait en magasin. Si le fusil avait déjà endolori ses mains et ses épaules à force d'abuser des reculs successifs, le revolver entama un peu plus l'engourdissement de ses doigts et la rigidité de ses poignets. Une à une, les balles atteignirent leur cible et si la première fit éclater un oeil et perça le cerveau du rôdeur de gauche, la seconde qui avait pourtant semblé frapper le crâne de celui de droite, n'eut pas le même résultat de le faire s'effondrer comme une poupée de bois, bien au contraire, cela ne fit que le pousser un peu plus de l'alignement des deux autres qui en profitèrent pour lui passer devant et devenir les nouvelles cibles.

Les deux coups suivants eurent un résultat inverse, celui de droite tomba après avoir titubé sur quelques pas aussi désarticulés qu'un homme qui avait été la proie d'un k.o, alors que celui de gauche encaissa le coup sous la gorge en n'interrompant qu'un bref instant sa marche convaincue. A force de reculer, James finit par trouver le mur qui encerclait la cimenterie et c'est face à deux silhouettes ombrageuses mais déterminées à lui sauter à la gorge - par ailleurs qui se rejoignaient côte à côte, qu'il finit dos au mur. Il n'avait pas baissé son arme et tenta de tirer encore, mais une fois de plus, la détente et le son caractéristique de son impuissance trahirent ses attentes, cette fois il n'avait définitivement plus de balle.

Son souffle vint caresser sa main armée qu'il ramenait près de son visage en regardant le Colt vide, il ferma ensuite les yeux en maudissant le destin d'être si moqueur avec lui et ce regard qu'il rouvrait résigné, il le donnait en finalité à ces monstres. James rangea son arme à sa ceinture et s'avança d'un pas, relâchant ses bras le long de son corps en patientant l'arrivée des prédateurs qu'il se devait d'affronter à la méthode ancienne, poings contre ongles, haine contre avidité. Les voilà qui arrivaient assez près pour qu'il distingue les yeux autrement plus froids et vides que les siens, tout comme le reste de cette carcasse sèche. Au moins se concentraient-ils sur lui et non sur l'enfant, il ne restait plus qu'à espérer que d'autres ne viennent pas, ou que ses compagnons d'infortune finissent par se faire connaître, mais pour ne pas se déconcentrer, il se convainquit qu'il serait à un contre deux, un combat qui s'annonçait particulièrement périlleux malgré sa force et ses facultés à se battre car à la moindre égratignure subie, s'en était fini de lui.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 22 Mar 2017 - 17:02
Je relâchais la pression de l’interrupteur latéral du Talkie-Walkie alors même que je portais l’objet métallique sur mon front, un profond et insidieux mal de crâne me vrillant subitement les tempes à m’en faire grincer des dents. Je balayais les incohérences de la situation dont je ne parvenais pas à trouver de sens en un claquement du récepteur contre mon crâne, suppliant intérieurement d’entendre à nouveau cette voix qui m’inspirait une certaine confiance sans que je n’arrive plus à lui donner de nom stricto-sensu. Pour l’heure, ce qui m’importait, c’était qu’il me confirme qu’Amber soit en sécurité, à l’abri de tous ces lâches qui s’en étaient pris à nos femmes et qui avaient cru que leur moment de gloire et la libération de leur inhumanité profonde était venu en même temps que ces morts qui avaient envahi nos villes.
 
Je l'avais prédis. Je savais pertinemment que les choses allaient mal tourné, mais j'avais céder à ses caprices, faible que j'étais. J’aurais dû mieux anticiper que plus personne ne serait à l’abris, même soigneusement calfeutré dans leurs demeures privées. En assignant ma famille à la mienne le temps de chercher de l'aide parmi mes anciennes connaissances de l'armée, je l’avais involontairement mais bien consciemment condamné et j’en payais maintenant le prix fort. 
Privé d’elles, je n’avais plus de réelle raison de vivre ni de survivre. Que deviendrais-je alors, errant sans but, à simplement respirer et manger ? Une pâle copie de chair fraîche et de sang des créatures qui avaient déchiré ma patrie. Il m’était impossible de croire, ou même de penser, que j’en viendrais à me retrouver ainsi seul. Kat ne méritait pas de payer pour mon incompétences, mes conneries, ni quiconque d’ailleurs. Mes pensées noires n’eurent pas le temps de dériver plus profondément dans mes profondes abîmes qu’une voix me força à reprendre pieds. Une voix que je n’espérais plus poussant un sursaut vif de surprise alors que je lâchais complètement la radio au sol.
 
Mes yeux se posèrent sur la femme qui se tenait dans mes bras, l’auréole de son propre sang s’étant résorbé par l’opération d’un miracle que je ne cherchais pas même à comprendre par crainte qu’on me retire ce don du ciel sous prétexte d’une divine erreur. Je la déposais alors à sa demande sur le sol en prenant bien soin de ne pas la brusquer, mes bras tremblants sous l’effort, mes muscles prêt à céder. Je ne m’étais jamais sentie emparé d’une telle faiblesse physique pourtant, de tous les maux, celui-ci était bien celui qui passait en dernier plan pour ce que nous venions de vivre. Je fixais mon regard dans ses yeux, captant cette lueur de vie qui me prouvait que je ne devenais pas complètement fou, pas complètement, m’efforçant de déformer mon expression sans doute béate de surprise et de stupeur en un léger sourire que j’espérais au moins réconfortant car dénué de joie.
 
Égoïstement, j’avais supplié Dieu et toutes les divines créatures de la Création de ne pas me priver de cette femme qui était devenu le béton de tout ce que j’avais construit jusque lors, mais je n’avais pas oublié ce qu'il s’était passé avant. Comment effacer ces images de ma mémoire ? Celles qui m’avaient embarqué dans une fureur sans nom, repoussant les propres limites de ma bestialité jusqu'à en perdre la raison. Au final, j’eus presque la pensée coupable qu’il était probable que la mort serait une libération plus agréable pour elle que ce monde dans lequel nous serions forcé de vivre désormais. Et comme un rêve lointain et perdu qui se concrétise, la voix qui s’échappe du Talkie-Walkie me rappel alors à ma précédente inquiétude, alliant les survies des deux êtres les plus cher pour moi. Les cris de bébé redoublaient à travers le combiné tandis que le type me rappelait à l’ordre, me bousculant légèrement dans le flot d’émotion qui me traversait et que je n’arrivais pas à contrôler. J’agrippais à nouveau l’engin pour le porter près de ma bouche, avant de répondre.
 
« Oui… oui, elle est… »
 
Je portais mon regard sur Jena, passant ma main libre sur mon visage pour essuyer le sang qui commençait à sécher et la sueur qui s’y était accumulé avant de relever mon regard un peu plus loin dans la pièce bercée d’ombre et de ténèbres. Je discernais la silhouette floue de l’autre femme qui se déplaçait, me poussant à revoir ma première affirmation.
 
« Elles sont en vie. Toutes les deux. Ecoute... »
 
Je reprenais à nouveau mon souffle, un peu désorienté par tout ceci parce que rien ne m’apparaissait d’une clarté limpide. Mon cœur avait bondit de désespoir et l’instant d’après, avait retrouvé sa raison de battre, le tout en une fraction de seconde qui se mêlait encore d’incompréhension. J’essayais de rester focalisé sur la voix du nourrisson qui déchirait le haut-parleur, la paume de ma main barrant mon front et mon pouce s’enfonçant dans ma tempe gauche pour essayer d’éradiquer cette douleur de plus en plus lancinante.
 
« Les types sont morts. Mais l'accès principal est condamné. Garde la petite en sécurité, surtout, ne prend aucun risque, ok ? Tu peux ... elle adore "Hush, Little Baby", tu peux lui chanter, elle va se calmer. On va essayer de sortir. » 
 
Je déplaçais à nouveau mon regard sur Jena après avoir jeté un léger coup d’œil vers le mur de tôle qui grinçait sous les assauts inlassables des morts à mes trousses. Je me souvenais de sa voix quand elle entonnait cette berceuse. Elle avait commencé à la chanter bien avant la naissance d’Amber, me jurant science et témoignage à l’appui qu’une fois née, elle la reconnaîtrait. Elle m’avait même forcé à l’apprendre par cœur pour que je participe à ses expériences de vie pré-natal et foutu Dieu, coïncidence ou vérité, ça semblait avoir marché.
Mes genoux me faisaient un mal de chien, je ne sentais presque plus ma cuisse blessée, soit par la persistance d’une douleur qui devenait finalement coutumière, ou parce que j’avais perdu trop de sang pour avoir encore une foutue sensibilité dans celle-ci. Je me rapprochais finalement de ma blonde, prêt à l’aider à se relever car j’avais bien conscience qu’il fallait se tirer en vitesse de ce lieu maudit lorsqu’elle eut ce mouvement de recule brusque et inattendu.
 
Avec un léger geste de retrait, à la fois surpris et blessé par les mots qui s’échappaient de sa bouche, je ne pouvais retenir une lueur de colère percer mon regard et une grimace de douleur me traverser le visage. J’avais ma part de responsabilité mais elle avait la sienne, bornée comme pas permis, restant entêtée à vouloir rester dans cette maison que je lui avais juré dangereuse. Mais elle en avait payé le prix fort, plus que moi d’ailleurs.
Cette attitude plein de reproche me revenait en pleine tronche face à ce que nous venions de vivre, ce qu’elle venait de vivre sous mes yeux, sans que je ne parvienne à trouver quoi dire. J’étais totalement démuni et cela augmentait encore plus la colère que je n’avais su apaiser en me débarrassant de ces types. L’injustice voulait que l’on vive désormais avec ce fardeau que je rêvais de pouvoir prendre entièrement sur mes épaules. Je passais la manche de mon vêtement sur mon visage, mes yeux, je voulais à tout prix me montrer le plus fort et solide possible pour elle, rajoutant sans doute un peu plus à la saleté qui marquait mon visage à ce moment précis. Je la laissais donc garder ses distances, serrant des dents alors que je cherchais mes mots, ne pouvant la laissait ainsi sans rien dire, sans réagir.
 
« Je n’aurais jamais dû te laisser. Je savais que c’était une mauvaise idée, que c’était dangereux, mais tu as insisté… » Commençais-je avant de me rendre compte que l’approche était plus que mauvaise.
 
Je frappais légèrement du poing, à plusieurs reprises, sur le sol bitumé à la place de me gifler. Ce n’était vraiment pas le moment de l’accabler de quelques reproches, à quoi cela servirait maintenant ? Le mal était fait et elle n’en était pas responsable.
 
« Tu n’dois sans doute plus avoir confiance en mes promesses, j’ai même pas su te protéger quand tu en avais le plus besoin, mais je te jure… bon sang, je te jure, que je ne te ferais jamais de mal. Bébé, je t’en prie, crois-moi. Tu sais que j’suis prêt à crever pour toi s’il fallait, alors, maintenant, il va falloir… il faut que tu m’écoutes, entièrement. » Je durcirais mes derniers mots pour ne laisser aucune alternative à la protestation. « Tu vas faire ce que je te dis. Il faut qu’on sorte d’ici. Les morts sont à nos trousses… »
 
Je relevais la tête, observant autours de moi, l’étrange migraine revenant à nouveau à la charge, forçant un grimace alors que je cherchais où j’en étais dans mes propos. Je n’arrivais plus à mettre de nom sur la personne que j’avais eu au Talkie quelques instants plus tôt, mais plutôt que de rester dans la confusion silencieuse, je rassemblais mes affaires, déchirais un morceau de tissu d’une de mes manches et ceinturais avec ma cuisse pour le peu que ce soit vraiment utile, avant de me relever tant bien que mal, m’appuyant sur tout ce qui aurait pu se trouver à ma portée pour y parvenir m’écartant un peu plus de Jena.
 
« J’vais passer devant trouver un moyen de sortir. Essaye de voir comment elle va et attend mon signal. »
 
Je désignais l’autre femme d’un geste de la main. Sa sœur devait sans doute être aussi mal en point qu’elle à ceci près qu’elle avait perdu pour sa part son mari. Nous avions encore la chance d’avoir tous survécu à ce tragique événement et je ferais tout pour mettre à profit cette chance inespérée d’un destin qui ne faisait que se jouer de nous. Je prenais la direction de la porte par laquelle j’étais entré, boitant comme un handicapé, balançant le casque à l’intérieur du sac à dos comme je pouvais. Des coups de feu puissants finirent par retentir juste à l’extérieur de notre position à de très nombreuses reprises, me forçant à presser ma démarche. Ces salauds n’étaient pas tous morts ? Les claquements contre la porte avaient cessé, les grondements des morts étaient recouverts par les détonations qui faisaient rage à nouveau sous un calibre bien différent m'empêchant de savoir s'ils avaient tous décidés de s'en prendre à cet ou ces individus ou s'il en restait qui nous barraient la route.
 
J’inspirais et expirais à deux reprises, cherchant mes esprits dans un flot de mouches qui troublaient ma vision dans le peu de clarté qui m’était possible de discerner avant de déverrouiller le loquet et m’extraire hors de la bâtisse en bousculant la porte d’un seul coup. Je portais mon arme à deux mains devant moi, déviant mon axe jusqu’à remarquer la présence de ce van qui n’était pas présent à mon arrivé. Ce dernier cachait l’origine des tirs me forçant à me déplacer vers lui. Je pestais intérieurement contre mon propre corps qui me privait des mouvements les plus élémentaires sans me tirer une vive douleur, puis passais côté passager.
 
C’est à cet instant que j’entendis les pleurs du bébé de l’autre côté de la vitre fermée du véhicule, mon regard se portant immédiatement vers l’intérieur sans que je n’arrive à rien percevoir, la vitre me renvoyant mon propre reflet à la faveur d’une lune toujours aussi présente. Les tirs avaient finalement cessé, me forçant à reporter mon attention sur ce silence, promettant intérieurement à ma fille de revenir très vite pour m’occuper d’elle. Je longeais le flanc droit du Van jusqu’à arriver à l’arrière de ce dernier, pivotant dans son angle en me servant de sa carcasse comme appuis pour découvrir un homme au prise avec deux morts. Quelques cadavres jonchaient déjà le sol, fruit du travail acharné des coups de feu de l’intrus dont je ne parvenais pas à voir le visage mais sans doute propriétaire du véhicule.
 
Rapidement, je levais mon flingue, cherchant à aligner le premier qui passait sous la lunette fixée à mon arme et tira. Le recul et la faiblesse de mes membres me fit perdre mes appuis, ratant ma cible de plusieurs centimètres sur la gauche, mais je n’en tenais pas ombrage, continuant de tirer jusqu’à ce qu’enfin les hostiles finissent par tomber. Le second tir étouffé éclata la boite crânienne de l’un des morts, rependant son contenu en éclaboussure un peu partout autours. Son acolyte suivit finalement sa descente définitive en enfer après avoir lâché deux ogives supplémentaires, me dévoilant finalement l’intrus qui s’était trouvé sur le passage. Je n'avais pas vraiment fait dans la dentelle, poussant le risque à le toucher dans l'assaut, mais je m'en foutais. Le monde était désormais mon ennemi.
 
Je gardais mon arme bien solidement braqué devant moi vers l’intrus, prêt à l’accueillir s’il s’avérait être une menace réelle.

« Bouge pas, connard. »
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