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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[LP, M, EXP] Tomber sur une tuile - 12/04/35
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Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 23 Mar - 11:45
Le cœur cognant contre ma poitrine, je me désespérais de ne pas réussir à surmonter cette peur irrationnelle que je venais de jeter entre nous comme un lourd pavé dans la mare. Jusqu’à présent, face à l’adversité et la tension des affrontements, j’avais pu garder une certaine contenance et recul vis-à-vis de ma situation, l’ignominie de Sean, seulement guidée par la rage et la vengeance. Mais la situation avait totalement changée le temps de mon inconscience. Elias était mort à une trentaine de mètres de là, la bataille remportée si l’on pouvait dire et ce n’étaient pas les morts grattant contre les portes de l’usine qui seraient suffisant pour me raisonner de devoir en engager une nouvelle. J’aurais pensé pouvoir tenir jusqu’au campement - si tant est que j’avais espéré le regagner vivante - jusqu’à trouver un refuge isolé pour me permettre de craquer, mais ce n’était pas le cas. La tension était retombée bien trop soudainement, aussi violemment qu’elle était montée.

Je me sentais souillée. J’étouffais autant de honte que de culpabilité de traiter l’ex-militaire de la sorte, mais c’était un sentiment écrasant, impossible à raisonner. Et les mots de Kyle, malgré son évident désarroi, malgré la pointe de colère que je pouvais lire dans ses yeux, n’arrangeait rien à cela. S’il m’était arrivée d’avoir du mal à le suivre, particulièrement dernièrement ; cette fois-ci, il partait clairement beaucoup trop loin pour que je ne puisse le suivre. Était-ce lié à son comportement ou plus simplement mon état de choc ? Je n’étais pas capable de le déterminer en cet instant. Tout ce que j’entendais, c’était encore des mots, des paroles dénuées du moindre sens finalement. Des promesses non tenues, des suppliques de confiance. Il me demandait de le croire sur parole, de m’exécuter à obéir à ses ordres soufflés sur un ton qui ne laissait guère place à la contestation. Je sentais mon sang battre puissamment à mes tempes, me faisant froncer les sourcils quand mes lèvres se figeaient, entrouvertes, sur une réponse verbale qui ne sortait pas malgré que les mots se bousculaient derrière.

Prostrée, immobile et silencieuse, je ne pouvais poser sur lui qu’un regard empli tant d’incompréhension que de méfiance. Je l’observais se relever avec difficulté, puis s’éloigner de moi durant quelques secondes, avant de finalement tourner mon regard en direction de la jeune femme qu’il me désignait. Encore des ordres. Encore cette propension à vouloir tout prendre sur lui, tout assumer comme si j’étais incapable d’assurer ma propre défense, de ma propre initiative. Je laissais mes azurs se poser sur la silhouette effondrée d’Ivy, une étouffante rancœur venant me nouer la gorge. Comment avais-je pu redevenir naïve au point de penser qu’elle ou un autre serait capable de me venir en aide ? Comment avais-je pu me laisser gagner par le faux sentiment de pouvoir compter sur l’un d’eux ? Et Ivy tout particulièrement ?

D’un geste las et lent, je laissais glisser mes mains depuis le sommet de mon front jusqu’à l’arrière de mon crâne, mes doigts se mêlant à ma tignasse poisseuse et désordonnée. Je fermais les paupières dans une grimace douloureuse en cherchant à ravaler la colère qui me gagnait au-delà du simple dépit. Puis enfin, je me redressais très lentement, luttant contre mes jambes engourdies et mon souffle laborieux pour me relever, m’aidant de l’appui d’une pile de palettes non loin de moi. Une série de détonations retentit alors, depuis l’extérieur, faisant cesser les tambourinements macabres des morts contre les portes de la cimenterie.

Mon cœur n’avait pas manqué de faire un bond dans ma poitrine, laissant toute liberté à ma tension de grimper en flèche à nouveau. Ma peau fut parcourue d’un frisson glacial, l’angoisse revenant me saisir aux tripes alors que j’imaginais déjà le pire. D’autres hommes d’Elias, qui étaient arrivés sur les lieux, ou qui s’occupaient du sort des morts-vivants en préambule de nous faire notre fête. Je n’avais pas le temps de me laisser submerger par toutes les questions qui venaient cogner contre mon crâne et mes lèvres. C’est à peine si j’avais pu distinguer Kyle sortant par la porte d’entrée et s’éclipser à mon regard.

Après quoi, je me mettais en quête de ma propre arme, traînant non loin de là près de mon sac à dos, la culasse toujours bloquée en arrière, forçant autant que je le pouvais mon allure avec la ferme intention, nouvellement ragaillardie, de prendre ma revanche sur ces types. Je dégageai la douille de .357 coincée dans la fenêtre d’éjection après avoir ramassé mon sac et glissai le Desert Eagle à l’arrière de mon pantalon. A quelques mètres de là, j’avisais le corps d’un homme, que je reconnaissais quelques secondes plus tard, m’en approchant, comme celui qui m’avait neutralisée de quelques coups bien portés. J’ignorais si c’était le fait de la pénombre ou de sa position, mais je ne parvenais à voir la moindre plaie, que ce fut par balle ou par arme blanche, qui aurait pu causer sa mort. Seulement du sang qui avait ruisselé d’entre ses lèvres closes et ses narines. Je me moquais bien pas mal de savoir qui ou comment il avait rencontré son destin ; mon intérêt ne s’était porté que sur l’arme, relativement compacte, qui se trouvait encore sanglée à son thorax. Je me baissais dans un soupir de souffrance et luttait quelques instants avec l’inanimé pour réussir à le débarrasser de son pistolet-mitrailleur P-90.

Ainsi ré-équipée, j’avançai jusqu’à la massive porte toute proche, m’en servant d’appui pour assurer mon équilibre et ma progression jusqu’à la porte d’entrée. Pourtant, la fusillade extérieure s’était déjà estompée, en même temps que les râles des morts, voire les potentiels mots des vivants. Une bouffée d’inquiétude me saisit. Et si Kyle avait été blessé, ou tué, lors de sa sortie ? Et si toutes ces souffrances, ces combats, n’avaient finalement rimés à rien ? C’était tout bonnement impossible… Pas après tout ce que je venais de franchir, ce que nous venions de traverser… Poussée par l’inquiétude, je pressais légèrement le pas, mon bras droit en appui contre le lourd battant, le pistolet-mitrailleur maintenu au creux de ma main gauche dans une crispation douloureuse qui me tirait sur le bras. Pas après pas, je voyais grossir le rectangle de lumière argentée que la lune projetait au-travers de la porte d’entrée encore ouverte, me rapprochant un peu plus de ma destination et de mes réponses, car je n’avais plus de talkie, ni aucun autre moyen de savoir ce qu’il se tramait au-dehors autre que mes yeux brouillés de larmes.

Mais brusquement, la porte jusque-là encore ouverte se mit à pivoter sur ses gonds et claqua lourdement contre son battant, l’échos du bruit se répercutant dans l’espace vide de la cimenterie. Je me figeais de stupeur et d’incompréhension, comprenant ce qui était en train de se produire quelques seconde trop tard, quand je me sentis être littéralement collée dos au mur de l’usine. Je sentais le tissu du gilet tactique dérobé à Sean me comprimer la poitrine, et la carcasse du Desert Eagle s’écraser dans le creux de mes reins.

“Elias est mort ; alors... c’est à mon tour non ?”

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 23 Mar - 11:51
Toujours prostrée aux côtés du corps d’Elias, je finissais par me ressaisir lentement, récupérant le talkie de Jena et le talkie militaire d’Elias qui se trouvaient fixés à sa ceinture, avant de faire rouler son corps avec beaucoup de difficulté à plat ventre pour récupérer la veste de treillis du défunt. J’étais en train de lutter avec son cadavre inanimé quand la voix de James résonna de nouveau dans l’enceinte de l’usine, toujours en provenance de la position de Kyle ; me rendant alors pleinement compte que l’incompréhension était plus générale. Le chef de camp ne semblait pas comprendre de quoi Kyle avait parlé quelques instants plus tôt, et la réplique de ce dernier ne semblait en rien démêler cet imbroglio verbal.

Mais c’était sans compter la mention de la comptine “Hush little baby”. Les derniers mots de mon amant occasionnel me frappèrent avec une violence psychologique que je n’espérais pas encore ressentir durant cette nuit, faisant rejaillir en mon for intérieur les pires démons que je cherchais tant à fuir. A bien y repenser, c’était marquant, soudainement limpide. Les mots de Kyle, adressés à Jena. Je les avais déjà entendus. Ce langage, ce choix de mots, m’avait été familier bien que brouillon et confus. Ils se rapportaient à la nuit où lui comme moi avions frôlé la mort. N’avait-il pas dit “Bébé” cette nuit-là en s’adressant à moi ? Comme il l’avait dit à Jena ce soir ? De “Bébé”, il n’y en avait réellement eu qu’un seul ce soir, celui qu’Elias avait arraché à la chair palpitante de Maria. C’étaient ses pleurs qui avaient accompagnés la transmission de James. Ses pleurs qui finalement révélaient la grande supercherie de l’homme.

Comment Kyle pouvait-il savoir pour cet enfant ? Comment pouvait-il en connaître le sexe et la comptine avant même qu’il ne fut né ; à moins d’en être le père ? Les questions, tourmentées, revenaient de plus belle. Je m’activais physiquement à récupérer ce que je pouvais sur le corps d’Elias, luttant contre les attaches de son gilet pare-balle que je m’efforçais de défaire alors que mon esprit bouillonnait sous l’assaut de mes soupçons, dont les pièces fragmentées du puzzle s’unissaient à nouveau, les unes dans les autres, jusqu’à former un ensemble cohérent.

Maria avait été captive du Marchand, de l’aveu même d’Elias. Kyle n’avait-il pas, l’autre nuit, tenté de me conduire auprès de nos agresseurs, avant de s’en défendre une semaine plus tard dans la salle de réunion ? Si Kyle était le père de cet enfant né dans l’horreur, cela supposait deux choses. Il avait une filiation directe avec le Marchand et ses sbires, une raison plus que valable d’opérer pour lui ; et mécaniquement, il n’était pas un dégénéré, ce qui pouvait expliquer que je n’avais jamais eu démonstration de son pouvoir. Partant de ça, le fait qu’Elias et ses hommes nous soient tombés dessus ne relevaient plus tellement du hasard. Nous n’avions pas été au mauvais endroit au mauvais moment. N’était-ce pas Kyle qui avait accusé réception de notre situation comme de notre position au début de la soirée ? Tout prenait sens.

Toutes ces hypothèses, ce jeu malsain auquel s’était prêté mon amant et qui se dévoilait enfin, me faisant trembler de tous mes muscles. A un tel point que je galérais horriblement à simplement retirer mon débardeur de sur mes épaules pour l’enrouler tant bien que mal autour de ma main mutilée. Le souffle court et irrégulier, les lèvres tremblantes, je dus m’y reprendre à trois fois pour simplement fixer les attaches du gilet pare-balle autour de mon torse tandis que mes prunelles fixaient plus le vide que mes gestes. Finalement, je parvenais à enfiler la veste d’Elias par-dessus le gilet, m’isolant à peine du froid ambiant alors que le sang poisseux de l’homme me collait déjà à la peau.

De nombreux coups de feu avaient éclatés au-dehors quelques instants auparavant, que j’avais perçus confusément tandis que mon esprits et mes idées vagabondaient en pérégrinations suspicieuses et machiavéliques. Posé contre un fenwick non loin de là, celui où se trouvait justement suspendu le corps de Maria, traînait mon sac à dos. Je jetais rapidement un regard en direction de la position de Kyle et Jena, le premier ayant d’ores et déjà disparu apparemment par la porte qui était de nouveau ouverte, la seconde semblant fouiller le corps du mec que j’avais fracassé contre le mur de l’usine. De quelques titubations laborieuses, j’allais récupérer mon sac et le remettais sur mes épaules, avant de finalement faire demi-tour et me diriger vers la sortie de l’usine à mon tour. Si Elias n’était que le premier, il y avait là-dehors un type qui méritait sa place de second.

J’ignorais par ailleurs tout de ce qu’il pouvait se dérouler de l’autre côté de ces murs, mais si James était effectivement en compagnie de l’enfant de Kyle, il était certain que notre chef de camp courrait un grave danger, qu’il ne verrait certainement pas venir de la part de celui à qui il faisait confiance. D’ailleurs, en voyant Jena se diriger vers la sortie de l’usine, je me mis à craindre pour elle aussi. Kyle jouissait de cette confiance de la part de tous, il n’aurait aucun mal à les prendre par surprise. Je devais intervenir. Je devais l’empêcher de sortir, la convaincre, la rallier à ma cause avant que l’homme ne se débarrasse de nous. D’une simple pensée, d’autant plus pressée par l’urgence, je refermais le battant de la porte d’entrée dans un violent claquement, immobilisant la blonde dans le même temps par l’entremise du gilet tactique qu’elle portait. Il me fallait une raison, un stratagème quelconque pour la retenir, et je ne trouvais dans l’instant rien de mieux à dire.

“Elias est mort ; alors... c’est à mon tour non ?” avais-je finalement articulé avec difficulté.

Je sentis son regard se poser sur moi alors que je continuais d’avancer dans sa direction, m’arrêtant à moins de trois mètres de Jena. Je pouvais voir la stupeur sur son visage, qui se mua rapidement en colère.

“Ivy… A quoi tu…” balbutia-t-elle de sa voix éraillée et tremblante.

“Kyle. Il est avec le Marchand. J’en ai la preuve,” la coupai-je abruptement. “Le bébé ! C’est le sien !”

“Quoi !? Quel bébé ? Qu’est-ce que tu racontes putain ?” Elle était clairement paumée. Elle n’avait pas assisté à la boucherie de Maria, à la naissance forcée de ce gamin. Mais je n’avais pas de temps à perdre, d’autant que je sentais l’emprise de mon pouvoir faiblir en même temps qu’une migraine violente commençait à ourdir et m’enserrer le crâne.

“Ce s’rait trop long à t’expliquer Jena, alors, par pitié, juste une fois, fais-moi confiance. J’ai besoin de ton aide pour neutraliser Kyle… Juste le neutraliser. Après… après, tout sera plus clair. Je t’en prie Jena… Fais-moi confiance…”
Il n’y avait aucune menace dans ma voix, seulement une supplication sincère. Je ne pouvais pas lutter contre mon amant, pas dans mon état de délabrement physique et mental. Pas seule.

Je posais sur la blonde un regard à l’image de mon ton, implorant et désespéré, en attente d’une réponse qui mit de bien trop longues secondes à venir. Je la voyais, doutant, réfléchissant, cherchant des raisons de me faire confiance là où elle n’en avait certainement aucune. Elle perdait du temps, quand celui de James était très probablement compté. Mais finalement, elle sembla se raviser et céder.

“Okay… Okay…” concéda-t-elle à contrecœur malgré tout. Je la relâchais instantanément, un soupir quittant mes lèvres dans la foulée. J’avais le cerveau en compote, l’esprit en bouillie. La femme reprit sa progression vers la porte et finit par ouvrir celle-ci, me lançant un regard déterminé accompagné d’un signe de tête.

“Passe devant... Désarme-le... Je m’occupe du reste…” m’ordonna-t-elle lentement, mais avec fermeté.

“Merci…” soupirai-je en opinant du chef, avant de finalement me diriger vers l’ouverture, resserrant mon poing droit sur le tissu de mon débardeur. Je m’efforçais de me concentrer sur mon sixième sens pour tenter de localiser l’homme à l’extérieur, sans succès immédiat. Je franchissais la porte, laissant mes noisettes courir brièvement dans l’obscurité atténuée par la lumière lunaire, à la recherche de Kyle.

“Kyle !?” l’appelai-je de ma voix rauque. Et bien trop focalisée sur cette tâche, je n’avais perçu que trop tard le métal de l’arme de Jena qui se redressait derrière moi. Le choc, sourd et silencieux, vibra contre l’arrière de mon crâne, puis le noir de l’inconscience me gagna.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 24 Mar - 16:34
Ces deux visages qui le fixait, lui et lui seul, avaient l'un comme l'autre la même imperturbabilité qui relevait moins d'une confiance en soi trop absolue, que d'une absence totale de conscience et c'est bien ce qui faisait le plus craindre James. Avoir affaire à quelqu'un d'humain, même des salopards comme ceux de ce soir, impliquait énormément de facteurs, d'imprévisibilité, d'incertitudes et de vices, beaucoup diront que les vivants sont le plus grand danger des vivants, à cause de l'instinct de survie, du désespoir ou tout simplement de la liberté de pouvoir tout faire, tout infliger sans vraie impunité ni société pour vous passer les menottes et vous flageller sur la place publique.

Une majorité sans doute, iraient dans ce sens, mais pas James, pas forcément. Ces types, de par ce qu'ils avaient fait, auraient mérité de finir sur une table de tortures s'ils n'étaient pas déjà morts, mais au-delà de cette haine légitime, il y avait une certaine lassitude, une normalité, quelque chose d'attendu et limpide, évident de voir que des hommes se laissaient tomber si bas sur l'échelle de l'humanité. Ces créatures en revanche, aussi prévisibles qu'elles peuvent l'être et bien qu'elles aient toutes les mêmes instincts sans profondeur et plus primaires que le plus primaire des animaux du monde, coquilles vides parasitées par le gouffre de la non-âme, il en avait plus peur parce que justement, il ne les comprenait pas.

Saisir un individu n'était pas chose facile, la personnalité, les émotions, les impulsions, les divergences, les contradictions et leur spontanéité, mais c'était possible surtout pour un homme comme James capable d'empathie à l'égard de ses semblables - même les pires. Sans adhérer à quoi que ce soit, ni accepter, il pouvait comprendre en se mettant à la place des gens, en essayant de saisir leur schéma de pensées, sans être agréable ni enrichissant, pas tel que l'on pouvait l'entendre, il y avait une normalité, un fond commun et réel, sans magie. Une banalité en somme, à laquelle personne n'échappait et qu'il saisissait, certes sans nécessairement avoir la bonne réaction ou attitude en retour, par ses erreurs, sa colère permanente, sa haine parfois ou tout simplement son manque de volonté, mais il s'en rendait compte.

Ces créatures, elles, n'avaient pas de personnalité, de pensées, de fond commun ou différent, il n'en ressortait à travers leur apparence, leur attitude et leurs yeux glacials, que la mort et le néant, ce vide aussi infini et sans saveur que celui de l'espace, sombre et chaotique, sans prise à laquelle se raccrocher ni sol sur lequel se retenir, un vide qui vous emporte et vous tiraille en tous sens, lentement, atrocement, sûrement. Le néant, c'était la véritable souffrance, de n'avoir aucune emprise, d'une frustration insupportable sans moyen de lutter, ni adversaire à blâmer et combattre, de douleur vers laquelle se focaliser, juste... rien. C'était ce qui terrifiait le plus l'ex-soldat, chirurgien, boxeur ou autre qualificatif qui n'avait pas plus d'importance que d'utilité, hormis se mousser par pure vanité superflue ou comme moyen de se désigner afin d'être un peu moins comme les autres, il était aussi terrorisé par l'infinité de l'espace et sa façon inévitable et cruelle de dévorer toute liberté d'être, d'exister et d'agir, qu'il était terrifié à l'idée de se noyer dans le grand océan sans fond, aucun qu'il ne puisse jamais atteindre vivant et proie de toutes les créatures de ce monde dans le monde au sein duquel il ne pouvait rien contrôler ni respirer.

L'océan était un monde plus riche, plus vaste et plein de mystères que ne le serait jamais la surface, mais il était caché, inconnu de l'homme qui ne parvenait pas à s'y implanter, échappant en grande partie à son regard et son analyse, bien que ce monde si grand et hors d'atteinte de la fin des temps et la destruction ultime, ai pu être la proie maudite d'un monde terrestre sous contrôle du plus destructeur parasite de tous les temps, l'homme et sa propension sans limite et affligeante à tout assimiler, tout soumettre et tout détruire. Voilà que ces deux univers le terrifiaient comme bien d'autres semblables et si l'un restait loin de lui - niché au milieu du Texas, celui du vide infini, le pire des deux, se reflétait et surgissait par le biais de ces cadavres, comme des failles dimensionnelles incompréhensibles et défiant la science, s'ouvrant entre les deux mondes pour venir les happer dans les ténèbres lointains par l'arrachement des chairs. Une grosse dose d'horreur et de souffrance, avant de rejoindre le néant.

Etaient-ils à ce point antagonistes au fond ? Ces monstres étaient meurtriers, cherchaient sans doute à subsister par tous les moyens - ou leur seul moyen - sans qu'ils ne s'en rendent compte, ils étaient des prédateurs oui, comme James l'était, comme Kyle, Elias et bien d'autres pouvaient l'être, chacun à un niveau différent d'acceptation et d'application, tous à portée de la déchéance s'ils n'étaient pas déjà engloutis. Avoir pour seul point commun avec une créature, la faculté de tuer ne lui permettait pas de comprendre quoi que ce soit de celle-ci, seulement de se sentir dans l'obligation de tuer le premier pour espérer survivre. Néanmoins, ce coup-ci, ce n'était pas lui contre une autre créature de la jungle, mais deux, qui sans se sentir alliées ou membres du même clan, s'ignoraient suffisamment pour ne s'intéresser qu'à James et leur envie de le mettre en pièces. Cette petite voix lui disait qu'il méritait d'être dans sa situation, qu'il n'était qu'un homme, un humain, aussi dégénéré soit-il, parasite et destructeur, un monstre à sa façon, une autre espèce de rôdeur, moins horrible que les vrais rôdeurs, moins terrible qu'Elias et sa bande, mais certainement loin de pouvoir s'en dédouaner.

Il ne comptait pas se laisser mourir pour autant, parce qu'il y avait Elizabeth, le groupe, puisqu'il n'était pas seul, qu'il comptait sur des gens comme ces gens pouvaient compter sur lui, parce qu'au final, ce qui donnait un sens à vivre, c'était d'avoir de l'importance pour quelqu'un d'autre, être proche de quelqu'un d'autre, le reste pouvait se résumer, malgré toutes les élucubrations, à de sérieuses conneries. Il avait tué ce soir, il serait contraint de tuer à nouveau, ou de laisser tuer, c'était une fataliste certitude, mais il ne le faisait ni ne survivait pour lui-même, il vivait et survivait pour Elizabeth, pour le groupe, c'était suffisant pour ne pas accepter son sort. Ses phalanges se pressaient les unes contre les autres à la chaîne, formant un poing de pierre aux muscles tendus et crispés, prêt à détruire et son regard haineux et assassin en disait long sur le fait qu'il était paré à défendre chèrement sa peau face au néant, il ne comptait pas se laisser engloutir aujourd'hui.

Si concentré qu'il s'était fait à l'approche des deux bêtes qui n'étaient plus qu'à quelques courts mètres, il n'avait pas vu venir la silhouette de Kyle dans la nuit, près du van, ni entendu distinctement les détonations étouffées de son arme couverts par les grommellements des morts de leurs mâchoires claquetant, mais il vit clairement gicler l'hémoglobine quand la bête de gauche bascula en avant, abattue. Sur le coup, il eut un retard à réagir et c'est quand les balles suivantes fusèrent qu'il ploya les jambes pour rapidement s'accroupir, un geste tardif qui lui coûta pratiquement la vie, parce que parmi ces balles, certaines étaient venues percuter brutalement le grillage dans un crissement métallique tout près de lui, et l'une d'elles, la plus effrayante de toutes, percuta avec une telle rapidité et une telle surprise sa peau qu'il ecarquilla les yeux en se figeant brusquement, persuadé d'être touché en pleine tête.

Il finit par tomber à genoux et contre le grillage, lourdement, en plaquant d'un coup sa main au-dessus de sa tempe, où une vive douleur lui arracha un grognement de supplice. Sa vie ne défila pas comme on pouvait l'imaginer mais quelques pensées traversèrent à la vitesse de l'éclair son esprit : se voir s'effondrer sans vie, imaginer Elizabeth seule et abandonnée, exister enfermé dans son propre corps décharné à errer en charognard contre tout ce qui vie, il se sentit mourir l'espace d'un instant, avant de se rendre compte que cette vive souffrance n'était accompagnée d'aucune inconscience, d'aucun voile noir éteignant ses pensées. Non, il avait fortement mal et sentait entre ses doigts un liquide chaud se glisser, mais pas de trou béant et horrifiant dans son crâne. A la place, il percevait sa peau fissurée, déchirée en une plaie qui s'arrêtait à moins d'un demi centimètre de sa boîte crânienne. Par une chance inouïe, une des balles l'avait frôlé en ne déchirant que la peau juste au-dessus de sa tempe et en dehors de la douleur, il n'y avait pas de dommage irréparable, il n'en croyait pas son sang.

Sa main vint devant son regard choqué et épouvanté, ses doigts rouges du liquide épais et vital qui coulait entre eux jusqu'à son dos de main, il la ramena à sa plaie qu'il toucha légèrement en grimaçant et sifflant entre ses dents de déplaisir ; s'il ne pouvait pas voir la plaie, il sentait bien par ses connaissances en la matière qu'il n'y avait rien de grave, et pourtant... il avait frôlé le pire. Le temps de cela, Kyle dont il reconnaissait la voix s'était rapproché et pointait une arme dans sa direction en l'insultant et en lui ordonnant de ne pas bouger. Il n'y comprenait rien.

Kyle, son camarade, celui avec qui il était venu aider les filles et en qui il avait tout de même confiance malgré ses doutes, venait de presque le tuer là où ces types n'y étaient pas parvenus. Il l'avait frôlé d'une balle en tirant dans le tas, sans réfléchir, sans imaginer que ces monstres qui avaient du le suivre puisque James les avaient trouvé agglutinés contre la porte de l'usine, puissent s'être dirigés vers lui quand Kyle les attaquaient de dos, sans se douter que tous ces coups de feu dénués d'étouffement ne pouvait provenir que des armes de James qui n'avait pas d'équipement spécialisé, étant donné que c'était Kyle lui-même qui avait assuré que tous ces types étaient morts. Son propre pote venait de lui tirer dessus et à un centimètre, l'aurait privé de vie et du droit de survivre auprès d'Elizabeth, dans ce monde-ci, il avait failli tout gâcher par sa bêtise, par son manque de raisonnement, et maintenant il l'insultait et le menaçait encore d'une arme par-dessus le marché sans poser le moindre doute sur le fait que ce puisse être son allié ?

Ce coup-ci c'était de trop, cette colère, cette rage palpable qui bouillonnait en lui depuis un moment déjà, toute cette frustration, cette haine, de ce qu'il avait été forcé de faire, de vivre, d'imaginer ce que les filles avaient vécu, tous ces risques injustes et rageants, tout cela explosait en lui comme un volcan qui entrait en éruption après avoir tenté vainement de retenir sa fureur. Ses yeux choqués et surpris se transformèrent en deux iris embrasés qui fixèrent Kyle en grand, directement, ses tremblements réguliers et frénétiques depuis qu'il avait découvert l'enfant, disparaissaient subitement, une impression d'accalmie soudaine le prenait et c'est dans une bouffée de chaleur furieuse, de mouvements lents et un regard sidéré mêlé d'une envie meurtrière qu'il se redressa doucement debout, avant de s'approcher de Kyle, un pas après l'autre les bras relâchés le long du corps.

Sa plaie saignait et le faisait toujours souffrir, envenimant son envie sourde de vengeance que cette mort frôlée de très - très - peu avait dirigé sur Kyle. Il avait décidé, il était prêt, à décharger sa haine contre lui qui avait fait débordé le vase de son esprit submergé d'eau bouillante. A l'approche de James, Kyle semblait ne pas réagir hostilement, du moins l'eut-il compris quand il vit le blondinet baisser son bras qui tenait son arme. Il continua de s'approcher, marchant littéralement sur un zombie qui le releva du sol brièvement et poursuivit dans sa direction, sans détourner le regard, sans relâcher son intense fixation, jusqu'à qu'il dessine correctement son visage et n'en vienne, une fois assez près, à distinguer ses yeux.

Quand il fut à deux pas de Kyle, ses cheveux en tous sens dégoulinant de sueur, sa peau luisante d'humidité et le sang qui coulait le long de son visage, sur cette plaie qui lui provoquait une migraine aussi désagréable que vivace avec l'impression que sa tempe battait au rythme de son coeur, il continua jusqu'à s'arrêter à quelques centimètres de lui. Kyle aussi était silencieux et le regardait, l'air déboussolé, mal assurément et son arme baissée, il avait gommé son hostilité, mais James ne réfléchissait plus correctement, il était écrasé dans sa colère qui sous couvert de ce calme piégeur, n'attendait que de surgir au visage de l'autre ex-soldat.

« T'as failli me tuer... » Commença James, murmurant presque d'un ton dangereusement faible et lent, ses sourcils se fronçant d'incompréhension comme de furie, elle était palpable dans sa voix grave et plus rauque que jamais. « Tu ne t'es pas posé de question et t'as tiré, tu as failli me tuer, et tu me braques, tu m'insultes...

Tu as failli me tuer... enfoiré. »


Son insulte fut sortie avec la même lenteur, le même excès de calme tissé par le choc, avant que les muscles de sa mâchoire et ses joues ne se contractent, étirant les traits de son visage, ses dents supérieures sortirent pour se planter dans sa lèvre inférieure plissée et cette fureur brûla son regard quand il crispa tout son corps en fermant férocement le poing près de sa cuisse. Le geste fut brutal, rapide et soudain, il redressa le bras droit qui dissimulait son poing et le replia pour envoyer une véritable droite, comme on le dirait dans la rue, à bout portant et en pleine mâchoire de Kyle. La colère avait emporté son coup qu'il prolongeait dans le choc, repoussant son camarade prit de court, l'explosion de rage était réelle cette fois et cet assaut impulsif, manquant quelque peu d'adresse et de technique, n'en fut pas moins emportée. Il voulait faire mal à Kyle en retour, le secouer lui, ses muscles et ses neurones, faire résonner sa rage dans son crâne autant qu'abîmer sa mâchoire.

Malgré tout, il ne cherchait pas vraiment à le blesser ou mettre toutes ses forces comme s'il voulait blesser un ennemi, puisqu'il agissait sous le coup de la colère envers celui qui restait au fond, son ami. Mais il était trop débordé par l'émotion et toute la frustration et le mal être, la souffrance qu'avait engendré cette terrible nuit, pour prendre davantage sur lui et ne pas juste se déchaîner impulsivement. Kyle avait failli le tuer, celui dont il ne s'y attendait pas du tout et sur le coup, peu importait les circonstances, il le haïssait pour avoir failli gâcher cette nouvelle chance de vivre.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 27 Mar - 10:44
Je voyais enfin la silhouette de ce type se détacher de la pénombre et les contours de son visage se dessiner à travers le voile flou de la sueur qui empreignait mes yeux. Je passais vivement la manche de mon vêtement sur mon visage à nouveau, cette dernière devant certainement me laisser plus de crasse qu’en retirer à force d’être utilisée. J’en profitais pour baisser lentement le canon de mon arme, ne me sentant plus vraiment en danger sans vraiment comprendre pourquoi. J’avais du mal à identifier le mec qui s’approchait de moi, à lui donner un nom, à remettre quelque chose de cohérent à sa présence, mais étrangement et sans que je ne sache expliquer pourquoi, je savais qu’il était de mon côté.
 
J’étais complètement déboussolé, reprenant appuis contre la carcasse du véhicule, pour soulager ma jambe et pour trouver le temps de répondre à mes propres questions, j’avais fait silence le temps qu’il fallait pour qu’il rejoigne ma position. Je gardais mes yeux rivés sur lui, essayant de remettre ma mémoire en ordre, essayant de lui trouver un nom ou une justification cohérente dans ce chaos immonde. Il était salement amoché et du sang, très récente blessure, coulait le long de sa tempe, me donnant un sentiment de malaise et de gêne. Il fallait l’avoué, j’avais tiré sans même essayer de savoir qui se trouvait de l’autre côté de ces morts, et j’avais été intimement persuadé qu’il était impossible que ce soit quiconque d’amical.
Après tout, ces salauds avaient envahi les lieux et dans le décompte que j’avais en mémoire, il me manquait un effectif. Je n’avais jamais espéré la moindre aide ce qui me surprenait autant que me perturbait. Je me raclais la gorge, cette dernière me brûlant par la poussière que j’avais avalé depuis le début de cette cavalcade.
 
Je me redressais doucement sur mes appuis tandis qu’il continuait sa progression dans ma direction, ne s’arrêtant qu’à une proximité certaine, le temps de me laisser voir son regard assez furieux et d’entendre ses murmures de reproche. Je levais légèrement la main droite, celle qui tenait encore le flingue, sans me montrer menaçant avec ce dernier, me servant finalement de la gauche pour essayer de calmer la situation en prenant un ton aussi détaché que possible, trahis sans doute par mon timbre instable.
 
« Ecoute, mec. Y’a pas de lézard… »
 
J’avais à peine commencé ma phrase que j’avais perçu son mouvement d’épaule avant même de sentir son poing écraser ma mâchoire sans pour autant me laisser le temps d’éviter l’impact ou de bloquer le mouvement. Je recevais le coup à m’en décrocher presque les os, basculant sur le côté, tombant sur le genou de ma jambe intacte, l’autre cédant sous mon poids, restant étendue sur le côté. Mon poing percuta le sol alors que je cherchais à me retenir, l'autre main préférant chercher une accroche sur la paroi métallique du van sans m’offrir la moindre prise.
Sous l’impact, ma lèvre avait éclaté, ma joue prenant sans aucun doute une couleur rouge. Je recrachais le sang qui s’était mêlé à ma salive tandis que mes yeux restaient rivés sur le sol aussi sombre qu’il m’apparaissait, sentant brusquement toute la fraîcheur de la nuit me saisir. Si j’avais voulu répondre à l’attaque, j’en étais complètement incapable, mes muscles ne répondant qu’à la seule demande de soutenir encore un peu mon poids et ma tête bien trop sonné pour trouver un accord cohérent entre ma volonté et mes gestes.
 
Je restais donc ainsi retenu au sol, le poids de mon sac à dos me forçant à tomber en siège, dos contre la carlingue, jambe blessée étendue au sol et l’autre repliée pour y soutenir mon bras perché à son sommet. Je voyais des mouches virevolter devant mes yeux, ma tête claquant finalement en arrière pour y trouver également le repos. Un sifflement désagréable persistait à mes oreilles, me rendant à peine conscient de ce qu’il se passait autours de moi. Je recrachais à nouveau le sang accumulé dans ma bouche en un raclement guttural de la gorge en cherchant à retrouver mes esprits.
 
Je me rendais compte que je n’étais plus capable de rien et j’étais particulièrement blessé dans mon orgueil de l’avoir laissé me surprendre ainsi, promettant intérieurement que je lui rendrais monnaie à sa pièce dès que j’en aurais la force, mais rien ne sortait de cohérent, ni de ma bouche ni de mon esprit, rien qu’une respiration difficile et enrouée et un flot discontinu d’images entremêlées. J’acceptais difficilement ma défaite. Les morts, les salauds, mes blessures. Je repensais soudainement à Kat et Amber, mon corps pris d’un sursaut comme s’il avait reçu une décharge électrique brusque et soudaine, cherchant à me relever vivement pour retomber aussi sec au sol, impuissant.
 
« ...les filles... à l’abris… » Avais-je à peine réussis à articuler en grondant, frustré par la situation et épuisé par les efforts fournis jusqu’ici, espérant que celui qui m’avait cogné était aussi digne de confiance que mes pensées continuaient de le croire malgré la situation. Je n'avais pas vraiment le choix de toute manière.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 27 Mar - 15:16
Le pistolet-mitrailleur entre les mains, j’expirai dans quelques souffles rapides toute la tension qui m’avait gagnée suite aux supplications d’Ivy et ses élucubrations complètement ubuesques à propos de Kyle. Une fois le coup de crosse porté à l’arrière de son crâne, j’avais tenté de retenir la chute de son corps inanimé ; sans succès quand j’avais déjà beaucoup de mal à simplement me tenir debout. Ainsi impuissante, j’avais assisté à la chute de ma compagne d’infortune, n’éprouvant qu’une empathie très limitée à son égard. La colère et la rancœur que j’éprouvais n’avaient laissé de place ni à l’hésitation, ni à la retenue. Je n’aurais pas été jusqu’à dire que j’avais ressenti une certaine forme de satisfaction non plus, loin s’en fallait, juste un étrange sentiment de revanche mêlé à un soulagement d’avoir accompli un acte nécessaire de préservation de l’ensemble du groupe.

Le delirium d’Ivy n’en restait pas moins incompréhensible, d’autant que son regard, son ton et son attitude n’avaient laissé aucun doute quant à sa sincérité. Elle ne mentait pas, ne tentait pas de se jouer de moi ou de la situation ; elle était convaincue de ce qu’elle affirmait. Jusqu’à prétendre avoir des preuves de la trahison de Kyle et de sa véritable filiation avec le Marchand et je ne savais quoi d’autre de complètement invraisemblable à propos d’un bébé. Cette nana avait très clairement un problème de persécution ou de parano, qui avait déjà connu un précédent lors de la réunion et de la scission de Snatch. Et si la curiosité se faisait aussi forte que l’incompréhension générale de toute cette mascarade, si des éclaircissements posés et plus construits n’auraient clairement pas fait de mal ; la situation ne s’y prêtait absolument pas. La priorité dans l’instant était de trouver Kyle, trouver James, neutraliser tous les potentiels trous du cul restants sur zone et surtout - enfin - regagner le campement au plus vite.

Mon geste avait certes été rude, porté par traîtrise à l’encontre de la jeune femme, mais face à sa nature, ses capacités dont elle avait osé faire usage sur moi plutôt que contre Elias et ses hommes - et je me jurais intérieurement qu’Ivy aurait en répondre - je n’avais pas eu d’autres solutions dans l’instant pour l’empêcher de s’en prendre à Kyle. Je ne doutais pas des capacités de l’ancien militaire à pouvoir se défendre et combattre, et nul doute qu’il n’aurait pas eu de mal à prendre l’ascendant sur une crevette comme Ivy ; à condition de ne pas compter le facteur “pouvoir surnaturel complètement pété” de ces miraculés qui inversait totalement la balance.

Je m’étais persuadée de comprendre, de saisir ce qu’impliquait de vivre parmi ces dégénérés, sans m’apercevoir que je me voilais complètement la face. J’en étais loin. Très loin. Et je m’en rendais d’autant plus compte qu’en des circonstances différentes, si nous n’avions pas été si mises à mal malgré nous par tous ces enfoirés, j’aurais été dans l’incapacité la plus totale de pouvoir rivaliser, et même plus simplement agir. Le constat en était que plus effrayant, ce qui renforçait paradoxalement ma volonté de devoir rester auprès d’eux. Il me fallait parvenir, d’une manière ou d’une autre, à réussir à les canaliser, les empêcher de déraper comme venait de risquer de le faire la mécano. En cet instant, bien qu’il s’agissait plus d’un ressenti profond de mon subconscient que d’une réflexion construite et mûrie, je saisissais toute l’implication, toute la portée de ce que James m’avait demandé la semaine précédente : les protéger d’eux-mêmes.

Mon regard ne s’était pas détaché du corps inconscient d’Ivy durant une poignée de secondes, prenant conscience que la sincérité de son délire, aussi affabulatoire pouvait-il être, ne pouvait se justifier à partir de rien. L’adage voulait qu’il n’y ait pas de fumée sans feu ; même pour les élucubrations les plus fumeuses. Et si je n’avais aucun doute sur la sincérité de Kyle, sa bonne foi et son appartenance à notre groupe, cela ne le dédouanait pas pour autant d’avoir pu être - par ses mots ou par ses actes - un facteur déclenchant à un moment ou un autre. Mais l’important n’était pas de savoir ce qui relevait de la réalité et du fantasme, mais de garantir la sécurité de tous et de chacun, par rapport au monde et par rapport à eux-mêmes.

Je m’approchais précautionneusement d’Ivy de quelques pas mesurés bien que laborieux, craignant que mon coup n’est pas été suffisant pour l’assommer. J’appréhendais un violent retour de bâton si ce n’était pas le cas, c’est pourquoi j’avais fini par braquer de nouveau mon arme, canon vers l’avant, en direction du corps étendu. Mais au bout de quelques secondes passées ainsi, je me rassurai finalement. Elle était bel et bien hors-jeu pour l’instant. Il ne restait plus qu’à déterminer quels étaient les joueurs encore actifs dans la partie.

Rapidement, je relevais mes azurs pour balayer les environs du regard. Tout se voulait baigné de pénombre, seulement mis en relief par la lumière de la lune, mais je n’apercevais aucune menace immédiate. Neutraliser Ivy n’était qu’une étape. Il fallait maintenant veiller à ce que rien ne lui arrive tant que nous ne serions pas en sécurité, en route pour le campement. Les râles des morts n’en finissaient pas d’emplir les environs, majoritairement distants bien que je parvenais à discerner, assez difficilement, quelques-uns d’entre eux qui s’agglutinaient contre le grillage du périmètre d’enceinte, clairement trop cons pour chercher à le contourner. Mais ce n’était pas là le bruit le plus étrange et perceptible de tous, bien au contraire. Les râles gutturaux des morts faisaient aujourd’hui pleinement partie du paysage auditif de notre monde, comme avaient pu l’être les sonorités du trafic routier, klaxons et autres sirènes, dans les grandes villes auparavant.

Les pleurs d’un bébé par contre, ça n’avait plus rien de commun. J’avais cru les halluciner quand je les avais entendu par l’entremise de la communication de James, comme une mauvaise blague de mon esprit complètement déphasé ; mais cette fois-ci, je comprenais qu’ils étaient bien réels. Il y avait un bébé dans le coin, et mes prunelles azurées ne mirent guère plus de deux secondes à en identifier la source comme étant ce van pourri garé dans la cour d’enceinte, à une dizaine de mètres de moi. Des pleurs qui me poussaient à me demander, le temps d’une fraction de seconde, à quel point le délire d’Ivy était faux, et ce qu’il pouvait bien contenir de véridique. Kyle n’avait-il pas lui-même semblé délirer à propos d’un bébé quelques instants plus tôt ? Cette situation devenait lourdement bordélique ; et je préférai finalement laisser toutes mes interrogations de côté.

Je braquais la bouche du P-90 en direction du van, balayant la zone du regard pour m’assurer une nouvelle fois qu’il n’y avait pas de menace plus humaine que les quelques morts qui se battaient avec le grillage. J’avançais lentement vers le véhicule abandonné - du moins je l’espérais - titubant plus que marchant ; les pleurs s’intensifiant à mesure que la distance se réduisait. Je parvenais finalement à la hauteur de la portière passager, constatant à-travers la vitre, une main en casquette pour voiler la lumière extérieure, qu’effectivement un bébé se trouvait sur le siège passager. Livré à lui-même dans un couffin de fortune, ses petits poings serrés battant l’air en mouvements asynchrones et saccadés. Une vision qui me creva littéralement le cœur, mon visage se décomposant d’effarement et de révolte. Comment pouvait-on laisser un être si merveilleux et si fragile à l’abandon, dans de telles circonstances ?

La question de savoir d’où sortait le nouveau-né et ce qu’il foutait là ne me traversa même pas l’esprit, bien trop accaparée par une soudaine volonté de vouloir m’en saisir, le consoler, le rassurer, l’emmener bien loin d’ici et de ce cauchemar. Et ça me fendait d’autant plus le cœur de ne pas pouvoir le faire dans l’immédiat. Je n’avais pas encore eu de visuel de Kyle, et si la voix de James avait effectivement accompagné les pleurs du nourrisson précédemment, le chef de camp ne s’offrait pas à ma vue. Seulement des cadavres de rôdeurs abattus ceignaient les alentours du van.

Je relevais le regard de la banquette et son précieux passager pour le laisser courir alentour, apercevant finalement, dans le rétroviseur latéral conducteur de l’autre côté, une silhouette qui semblait s’agiter. Je me reculais d’un pas, relevant mon arme à nouveau avant d’engager le contournement du capot avant. Je tâchais de faire particulièrement attention à ne pas poser le pied sur un macchabée décharné qui risquait de me faire vautrer et révéler ma présence à de potentiels hostiles. En réalité, je pensais que je ne trouverais que Kyle - peut-être James - de l’autre côté de ce van, en raison du calme tout relatif des environs et l’absence d’une fusillade digne de ce nom ; mais les évènements de la soirée tâchaient de me garder sur le qui-vive, autant que possible.

Je finis par faire irruption depuis l’angle avant gauche du capot moteur, braquant mon arme en direction de la silhouette que j’avais d’abord repérée par le rétroviseur, avant d’en aviser une seconde. Une mise en joue qui ne perdura qu’un instant, le temps pour moi de reconnaître les tronches de mes compères. Immédiatement, j’avais baissé mon arme, un long soupir de soulagement s’échappant de mes lèvres tandis que la tension se délitait petit à petit. Je dus faire un pas en direction du capot, me soulageant d’une partie de mon poids en prenant appui contre le véhicule, le pistolet-mitrailleur ballant le long de ma cuisse. Les larmes m’étaient montées aux yeux à nouveau, humidifiant mes azurs soulagés, gagnés d’une certaine joie même.

“James…” avais-je soufflé à l’intention du chef de camp, un sourire abattu étirant difficilement mes lèvres.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 28 Mar - 15:21
Ce coup de poing avait été un bref mais conséquent défouloir, qui lui avait permis d'évacuer une partie suffisante de sa frustration et de sa colère, pour que son emportement et sa haine subite à l'égard de Kyle ne se renforce pas. Il avait regardé l'ex-soldat tomber sous le coup, ployer une jambe qu'il comprit blessée très rapidement et finalement s'affaisser contre le van en encaissant aussi bien la douleur justement rendue qu'un épuisement que James percevait également. Dans le feu de l'action, il n'avait pas prêté attention à sa tentative de parlementer, ou tout du moins de calmer la situation, par les mots ou les gestes, trop bouillonnant du choc et de la gravité de ce qu'il venait lui-même d'encaisser. Maintenant qu'il le voyait impuissant subir la douleur de sa revanche, une part de lui fut prise d'un fatal regret de l'avoir malmené si violemment, même si le reste de son être entendait que cette fois-ci, c'était mérité et relativement dérisoire comme revanche.

La respiration assez haletante et la face gauche de son visage aussi douloureuse qu'elle se réchauffait par le sang versé, et s'alourdissait à cause du choc de la balle qui avait failli lui coûter la vie, son regret restait ainsi, malgré qu'il ressentait un certain mal être à voir Kyle dans cet état à cause d'un accident qui au fond pouvait finalement n'être que malheureux, mesuré et il n'eut pas l'envie de s'excuser. Il ne le devait pas, si facilement, cette mort frôlée restait une erreur qui aurait pu être dramatique et que son camarade - un statut qui ne changeait pas pour autant - se devait d'assumer. Sa migraine installée le relança aussi sèchement que la douleur à sa tempe s'intensifiait soudainement, comme une rage de dent qui se rappellerait à sa victime par pure sournoiserie, et cela força le chef de camp à s'appuyer sur un genou pour ne pas tomber en fermant fortement les yeux, la main s'appuyant sur sa blessure dans l'espoir vain de la faire taire et ses traits s'étirant comme sa bouche en une grande grimace s'achevant sur un gémissement guttural comme du fond du coeur.

Il lui fallut de longs instants de nonchalance à demeurer penché en avant, en patientant avec un énervement toujours aussi palpable, que la douleur passe un tantinet et cesse de faire souffrir son souffle malmené, pour se redresser et se passer la main sur ses yeux humides, non de larmes, mais de la sueur qui lui devenait désagréable à force de s'entasser sur sa peau tout le long de son corps rudement mis à l'épreuve ce soir - moins que ses alliés cependant à n'en pas douter. Il prit une inspiration qui se voulait revigorante, ou au moins lui donnait du courage puisque rien n'était achevé quand bien même elle se faisait en réelle pénible. Il restait encore à savoir où et comment allaient les filles. Kyle voulait visiblement lui faire comprendre qu'elles étaient en sécurité - pour ce que cela valait en l'occurrence, il y avait toujours ce bébé inconnu dont la responsabilité leur incombait, lui incombait, à défaut de savoir de qui et d'où il venait, s'il n'était pas tombé du ciel et il en doutait fortement. La pression demeurait, il restait trop de paramètres chaotiques et de risques, avec le raffut des coups de feu, particulièrement les siens, des morts-vivants supplémentaires ne tarderaient pas à se faire connaître.

Il contenait toujours une certaine colère, mais quelque part la compassion qui l'envahissait, suivant sa culpabilité, à l'état de Kyle le poussa malgré ses propres souffrances à se rapprocher en s'efforçant de réguler sa respiration et les soulèvements de son torse sollicité, il avait l'impression de sortir d'un hammam à l'image de ceux qu'il avait vu et fréquenté en Afrique, tant son esprit et son corps étaient incroyablement chauds alors que la température en cette nuit de Mars ne dépassait pas les seize degrés. Quand il arriva au niveau de Kyle, il s'accroupit et le fixa en le saisissant d'une main par une attache de son gilet tactique, on croirait qu'il était prêt à le frapper à nouveau et son regard indigné comme ses lèvres quelque peu tremblantes en disaient long, mais il n'en fit rien. Que cela puisse être une surprise ou non pour le sniper, il soupira en fermant un instant les yeux, autant de fatigue que d'un ras-le-bol certain et le saisit de l'autre main également pour le tirer du sol, cherchant à l'aider - ou le contraindre s'il n'y mettait pas du sien - à se relever.

Le temps de le mettre debout en dépit de ce que grommelait le blondinet, James lui râlant s'il en fallait sous l'effort que cela lui demandait, il finira par le retenir debout en le laissant se plaquer contre le van en appui, mais lui interdisait par les gestes de tomber une nouvelle fois. Puis, sans crier gare, il expira profondément et passa une main derrière la nuque de Kyle afin de ramener sa tête contre sa propre épaule, faisant de même dans ce qui s'apparentait, à n'en pas douter, à l'étreinte d'un frère d'arme. Sa main se resserrait sur la nuque de Kyle, l'autre toujours en appui de son gilet et il resta quelques instants ainsi, à s'excuser en silence par ce geste symbolique, car il se rendait compte, de ces gestes instinctifs qu'il ne contrôlait qu'à moitié, que ce qu'ils pouvaient vivre ne changeait pas le fait qu'il voulait avoir confiance, sentir une fraternité avec ce groupe. James venait de passer du chaud au froid, chamboulé qu'il était par les derniers terribles événements, de la colère à l'affection, mais tout cela ne sortait pas de nulle part. Il ne lui restait rien de son ancienne vie, pas une personne qui aurait pu lui être proche, un lieu ou même un objet prouvant qu'il avait vraiment vécu, toute sa première vie avait été effacée et dans celle-ci, cette nouvelle existence, Kyle, Jena, Ivy et Elizabeth, représentaient ce qu'il avait de plus proche d'un entourage, d'amis, et peut-être quelque part, d'une famille, c'est ce qu'il espérait au plus profond de sa secrète âme.

Il avait beaucoup prit pour ne pas montrer, dévoiler ses espoirs ou ses craintes profondes, ne pas influer sur ses camarades dans un sens ou un autre mais s'il ne pouvait plus retenir sa colère ce soir, il ne parvenait plus à retenir sa part affective non plus et en aidant Kyle à se redresser, il lâcha sa nuque pour venir prendre et serrer son épaule, en acquiesçant légèrement, plusieurs fois, mais sincèrement. C'est pratiquement à ce moment-là, ou quelques secondes après, qu'il entendit cette voix prononcer son nom. Son regard frappé par un mélange hargneux d'émotions qu'étaient la colère, la tristesse, la culpabilité, la détresse et l'espoir de mettre fin à cette horrible nuit ; ce regard plein d'émotions et las se tourna vers ce visage, au sommet de cette silhouette, qu'il reconnu instantanément.

A la vue de Jena, vivante, debout, saine d'apparence et pourtant si sensiblement submergée de tristesse et de souffrance, James vit ses yeux scintiller un peu plus s'ils n'étaient pas déjà éblouis de ses émotions, s'humidifier aussi, et il ne pu s'empêcher de sourire doucement en lâchant une expiration sèche et soulagée. Un sourire de tristesse, le soulagement de la savoir vivante malgré ce qu'il percevait de son empathie exacerbée, il lâcha précautionneusement Kyle, complètement en s'assurant qu'il avait toujours appui et s'approcha de Jena. Quelque part, il craignait qu'elle réagisse mal à sa tentative de venir à elle mais il tenta de venir jusque près d'elle. Sans arrière-pensée, sans piège, il souhaitait juste pouvoir la regarder de plus près, quoi qu'elle ai vécu, elle ou Ivy, il ne voulait pas le savoir tout de suite, simplement les ramener à la maison en sachant qu'elles n'avaient pas de blessure grave.

« Où... où est Ivy ? Tu l'as vu ? Elle va bien ? » Souffla t-il avec une absence pleine et entière de rudesse dans sa voix, bien à l'opposé.

Il espérait qu'Ivy s'en soit au moins aussi bien sortie, qu'elle allait bien, qu'elle était en vie et sauve. C'était tout ce qui importait, tout ce qu'il espérait modestement, à défaut d'oser pour l'instant espérer qu'elles n'aient rien subi. Il voulait juste en finir.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 28 Mar - 19:05
J’avais continué d’observer les deux hommes durant de longues secondes, immobile et interdite au-delà du soulagement qui m’avait gagné. De visu, James semblait soutenir un Kyle particulièrement mal en point, bien que la gueule également ensanglantée du chef de camp me laissait supposer que cette nuit n’avait pas été de tout repos pour eux non plus. Ce ne fut que lorsque James libéra Kyle de son soutien pour s’approcher de moi que j’esquissais un léger mouvement de recul. Mes muscles se crispèrent, m’obligeant à me redresser de mon appui contre le capot. Je repliais mon bras blessé vers ma poitrine, reculant d’un simple et unique pas vers l’arrière, une expression craintive et méfiante grimant fugacement les traits de mon visage avant de nouveau céder place au soulagement et une certaine forme d’apaisement. Je tâchais malgré tout de conserver une distance raisonnable avec le chef de camp qui avait fait quelques pas, ouvrant légèrement la paume de ma main gauche dans sa direction pour lui intimer la volonté muette de ne pas le voir s’approcher plus. Il était évident que je fuyais toute forme de contact, par crainte mêlée de sa nature d’homme et de sa condition de dégénéré infectieux, quand bien même, dans le fond, cela n’était pas personnellement adressé à l’encontre de James, ni de Kyle.

Aux questions du médecin cependant, mon visage se rembrunit visiblement. Et bien que j’en doutais lourdement au plus profond de moi, j’avais l’impression que James accordait bien plus d’importance et d’intérêt à la mécano qu’à moi-même. Le fait que je me tienne devant lui, consciente et les pieds encore relativement sur terre devait bien évidemment expliquer l’intérêt et l’inquiétude du chef de camp à propos du devenir d’Ivy, mais je ne pus m’empêcher de ressentir une certaine colère, et une jalousie plus viscérale encore. Au-delà de l’implication d’Elias et de ses hommes, je ne pouvais m’ôter de la tête l’idée - foncièrement juste - que tout cela était avant tout de la faute, de la responsabilité de la mécanicienne ; et je ne comprenais pas les raisons qui poussaient James à lui accorder plus d’importance qu’à moi-même. C’est finalement d’un ton bien plus sec et tranché que je répondis à ses demandes, entretenant malgré tout un flou volontaire et - je l’estimais justement - nécessaire.

“Elle est devant l’usine… Salement amochée, inconsciente... mais vivante. Suivez-moi,” avais-je finis par souffler de ma voix toujours aussi vacillante et brisée, désignant la direction mentionnée d’un signe de tête pour finir par me détacher complètement de la carlingue du van. Par la suite, je pivotais assez lentement sur moi-même, reprenant le chemin inverse de celui de ma venue. A nouveau la silhouette effondrée d’Ivy s’offrit à mon regard quand les pleurs du nourrisson ne décroissaient pas depuis l’intérieur de l’habitacle. Et si l’envie était forte, immense, d’enfin apporter à ce bébé toute l’attention qu’il réclamait, à défaut de pouvoir le nourrir, je devais avant tout me mettre en quête des clés du Toyota qu’Ivy devait normalement avoir sur elle.

Ainsi, difficilement, j’avançai en direction de la brune de quelques pas titubants à l’équilibre incertain, jusqu’à pouvoir regagner le corps étendu de la brune. Je posais un genou à terre, non sans en ressentir un certain soulagement au niveau des jambes, tâtonnant les poches de l’insconsciente jusqu’à percevoir dans l’une des poches arrières de son jean la forme rectangulaire de la carte de démarrage du Toyota. Je récupérai la clé sans trop de difficulté - Ivy n’ayant pas une morphologie susceptible de remplir ses vêtements - puis me redressais bien plus difficilement, cherchant l’attention du chef de camp où qu’il se soit trouvé à cet instant.

“J’vais chercher la voiture ; qu’on en finisse enfin… Je serai pas longue…”


Puis, honorant mon intention, je me dirigeai vers l’entrée de l’usine pour la dernière fois, j’y comptais bien. Le pistolet-mitrailleur pendant sur mon abdomen, la sangle passée à une de mes épaules, je resserrais mes doigts sur le morceau de plastique tout en traversant l’étendue brute et nue de ciment qui couvrait le sol de la zone de stockage, en direction des quais.

Il ne me fallut que quelques minutes pour me retrouver à la hauteur du corps d’Elias, inanimé et face contre terre. Une vision simple, morbide, qui suscita chez moi un sentiment de revanche particulièrement jouissif, quoique atténué par le fait qu’il n’était pas mort de mes mains. Le résultat n’en restait pas moins semblable et satisfaisant. La mort de mon époux était finalement vengée, bien que le prix de cette revanche fut particulièrement lourd à payer. Je restais ainsi figée durant une longue vingtaine de secondes à simplement contempler ce cadavre, apprécier la mort d’un salaud parmi tant d’autres ; mais un salaud qui m’avait tout pris. Qui avait presque même pris le groupe auquel j’appartenais, ceux auxquels je tenais - à plus ou moins grande échelle.

Mes azurs furent même attirés par un morceau de carton blanchâtre dépassant d’une poche de son futal, que j’identifiais finalement comme le paquet de clopes que j’avais trouvé dans le bureau d’accueil. Je me baissais dans un grognement d’effort, tendant ma main libre vers le paquet cartonné et franchement écrasé pour le récupérer. C’était très clairement une perte de temps tout à fait débile ; c’était du moins ce qu’aurait pu penser un observateur extérieur, mais à mes yeux, récupérer ce qui m’appartenait de facto avait une consonance vitale, presque naturelle. Même s’il s’agissait d’un paquet de sucettes à cancer. Bizarrement, il m’apparaissait utopiquement optimiste de me laisser à penser qu’un cancer pourrait avoir ma peau plutôt que ce monde de merde. Ce serait là l’ironie ultime de cette existence.

Finalement, ce petit interlude pensif et revanchard passé, je reprenais ma progression vers les quais de chargement de l’usine, à la recherche de l’issue de secours qui constituait le repère visuel de l’emplacement du Toyota. Un trajet qui ne se voulait pas long dans l’absolu, largement moins d’une centaine de mètres, mais qui m’offrit un nouveau spectacle, bien plus atroce que ce que j’avais pu voir jusqu’à présent. Suspendu aux fourches d’un chariot élévateur, comme je l’avais été à ce morceau de tuyauterie, un cadavre, féminin. A ses pieds, le cadavre d’un homme, baigné de son propre sang, la gorge ouverte. J’eus la plus grande difficulté du monde à contenir le haut-le-coeur qui me saisit en constatant toute la barbarie des sévices infligés à la femme. Elle avait été éventrée, un large sillon courant d’une crête à l’autre de ses hanches, et le contenu viscéral de son abdomen s’était répandu au sol en un rideau de boyaux parfaitement abject.

Comment des hommes pouvaient-ils simplement se livrer à ce genre d’atrocités sans finir par devenir fous ? Cela me dépassait totalement, et je pouvais pourtant me targuer d’avoir été témoin d’un paquet d’atrocités au cours de l’année écoulée. Je détournais bien vite le regard, pour rejoindre l’issue de secours située à moins d’une dizaine de mètres, forçant même sur mes jambes pour accélérer la cadence. Il fallait que je sorte de cet enfer, ce lieu maudit au plus vite. Mon corps, et mon esprit encore plus, nécessitaient une bonne bouffée d’air frais, un ciel limpide et étoilé ; la vision de quelque chose de lointain, immuable et incorruptible par la folie de l’homme.

Je poussai le battant métallique avec une certaine violence, enfonçant la barre d’ouverture d’un assaut brusque de mon poing serré pour enfin me retrouver à l’air libre sur le palier d’un petit escalier métallique de quelques marches. Au bas de celui-ci, le hayon du Toyota qui me faisait face, son coffre empli ras la gueule de matériel dont je n’avais aucune idée de l’utilité, ni aucune curiosité. Je prenais simplement une longue inspiration, emplissant mes poumons d’un air frais malgré la brûlure de ma gorge malmenée, les deux mains serrées autour de la rambarde. Il me fallut quelques instants de plus pour chasser la nausée qui m’avait gagnée les tripes, à défaut de pouvoir chasser les images de ces horreurs de mon esprit. Puis, je finis par descendre la volée de quelques marches pour gagner le bitume de la cour, contournant le Toyota pour rejoindre la portière conducteur.

Lentement, je m’installais au volant, déposant la carte de démarrage dans le vide poche central du tableau de commande, mon pied droit pressant la pédale de frein au moment où j’appuyais sur le bouton Start du poste de conduite. Le véhicule s’ébroua dans un chuintement particulièrement discret, divers voyants dont la plupart ne signifiaient rien à mon regard illuminant le tableau de bord. Je claquais la portière assez lourdement, puis fit passer le levier de vitesse du neutre vers l’avant, remerciant la fortune d’avoir un véhicule automatique entre les mains. Cela faciliterait au moins le trajet retour. Lentement, après avoir desserré le frein à main, je fis s’avancer le véhicule entre les deux remorques de camions qui le bordaient de part et d’autres, puis gagner l’espace immensément dégagé de la cour de l’usine. Je dirigeais le monospace très silencieux avec une certaine lenteur en direction de mes acolytes, contournant l’angle Nord-Est de l’usine jusqu’à enfin les discerner sous la lumière des phares. Je tâchais de m’arrêter au plus près possible d’eux, pour leur éviter d’avoir à se traîner le corps inanimé d’Ivy sur une trop longue distance. Je m’informerai d’ailleurs de savoir ce qu’il était advenu du bébé entre-temps, espérant que l’un d’eux ait pu prendre l’initiative d’enfin s’occuper de lui, avant de simplement conclure d'un simple mot, plus adressé à moi-même qu'à un quelconque membre du groupe.

"Rentrons..."

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 29 Mar - 10:21
J’avais l’impression que ma tête allait exploser. J’avais du mal à retrouver mon souffle et pour cause, je sentais bien que toute mon endurance n’était pas totalement présente, un peu comme si je m’étais empâté alors qu’à mes derniers souvenirs, j’avais plutôt tout fait pour garder une forme physique optimale. Je rangeais mon arme de poing dans l’une des poches latérales de mon futal après avoir verrouillé la sécurité histoire d’avoir les deux mains libres dans ma tentative de me redresser. Quand je vis le type s’avancer vers moi en levant la main, tout affalé sur le sol et contre le van que j’étais, je levais la main en geste de défense, avec une lenteur qui aurait frisé le ridicule, lui laissant tout le loisir de me saisir par le gilet à deux mains et me tirer vers le haut.
 
Je poussais un grondement assez sourd, grommelant en protestation un « Fous moi la paix, j’me débrouille » sans que j’arrive des gestes à mettre en application cette volonté, glissant sur le sol caillouteux à deux reprises avant de trouver finalement appui contre la carcasse métallique du véhicule et m’en servir d’appui pour stabiliser ma position debout. Je glissais mon regard sur le côté, parcourant le grillage extérieur où j’entendais quelques morts venir s’y accumuler, évitant autant que possible de croiser le regard de celui qui venait de me foutre une droite en plein visage. Je reniflais à deux reprises en me passant le pouce sur l’une de mes narines, davantage pour ne pas rester inactif à reprendre un peu du poil de la bête que pour une véritable raison particulière, jusqu’à ce qu’il décide finalement de me donner l’accolade, mon front gluant de sueur mêlé de sang contre son épaule, je me laissais faire sans y opposer de résistance particulière en glissant à mon tour ma main opposée à son épaule pour la serrer.
 
Son nom m’était revenu aussi clairement qu’une révélation, me damnant d’avoir pu l’omettre à un moment donné au regard de ce qu’on avait déjà partagé. Ma rancœur s’envolait petit à petit pour en oublier finalement le geste, cette situation n’ayant pour moi que la saveur de scènes déjà vécues en OpEx où la tension était si forte s’il arrivait des débordements qui finissaient par être surmontée.
 
«  Ca va, Captain. » Avais-je fini par gronder légèrement en me raclant la gorge et lui donnant une dernière accolade.
 
Mon regard bifurqua sur le côté lorsque j’entendis cette voix si familière à mes oreilles. Je pivotais la tête complètement, grimaçant à l’idée qu’elle n’ai pas écouté mes demandes de rester à l’intérieur en attendant mon signal, mais sans rien rajouter oralement. Je laissais James s’esquiver en sa direction, profitant de cet écart pour me pencher légèrement en avant en posant les mains sur ma jambe valide pour expirer un grand coup. Toute la tension, la pression, accumulée jusqu’ici était retombé et en dépit du fait de savoir que notre situation restait précaire et qu’il fallait rapidement dégageait, je sentais l’afflux d’adrénaline qui m’avait porté jusque-là retomber progressivement, me plongeant dans un environnement bien plus froid de ressenti que la normal jusqu’à en faire trembler mes membres.
 
Je cherchais à reprendre un maximum de force pour la suite, expirant longuement et fortement une dernière fois avant de me redresser et aviser la portière du van qui me permettait d’accéder à Amber. Je fis quelques pas en clopinant, sautillant sur place pour laisser ma jambe droite toucher le sol le moins possible et tirait sur la poignée côté passager après avoir fait le tour du véhicule. Les cris du nourrisson à la fois déchirant et attendrissant finirent par envahir à nouveau l’espace, m’empressant de resserrer le linge qui l’emmitouflait autours de son petit corps tout chétif après avoir passé mes mains sur le tee-shirt sous mon gilet pour les nettoyer autant que possible.
 
« Ca va aller. » Murmurais-je. « Je suis là, on va s’en sortir. »
 
Je savais pertinemment que quoi que je fasse, rien ne pouvait apaiser sa détresse que je supposais lié à une faim cruelle. Je me sentais brusquement impuissant et démuni, ma main s’agitant pour essayer de bercer l’enfant d’un geste que j’espérais au moins apaisant. Je serais les dents à m’en briser la mâchoire, finissant par craquer émotionnellement. J’avais vu Kat mourir dans mes bras avant qu’un miracle ne la ramène à la vie et m’accorde une seconde chance. J’avais cru que tout était fini, définitivement, mais il n’en était rien. Pourtant, cette épreuve restait ancrée en moi en une douleur si vivace comme si rien de magique ne s’était produit, comme si ce monde cruel m’avait réellement et définitivement laissé seul au monde. Ma voix enraillée laissa échappé un grondement presque silencieux de détresse alors que mes yeux se vidaient des dernières eaux que mon corps pouvait encore contenir.
 
Je me sentais littéralement épuisé, tant physiquement que mentalement, tandis que les morts de déchaînaient un peu plus sur le grillage d’enceinte, le secouant vivement. Ma main droite s’était collée à mon front, mes doigts agrippant mes cheveux sur leur courte longueur jusqu’à m’infliger une douleur presque imperceptible. Les pleurs du bébé galvanisaient toute ma peine alors que je me sentais prêt à crever sur place de chagrin.
 
« Ne t'en fais pas. » Murmurais-je à nouveau, plus enroué encore cette fois que la précédente, en reniflant un bon coup comme si ces mots devaient avoir plus d’impact sur moi que sur elle. « On restera ensemble. »
 
J’agrippais finalement le bébé que je soulevais bien emmitouflé dans ses langes avec la légèreté d’une plume et la délicatesse de la porcelaine, casant l’enfant fragile au creux de mon bras, laissant le couffin bien trop encombrant et lourd pour moi pour que je m’en encombre. Qui sait si rien n’allait encore barrait notre route jusqu’à ce qu’on trouve la sécurité d’un lieu. Je soufflais largement avant de faire demi-tour, voyant Jena revenir dans notre direction ce qui apaisa rapidement les douleurs ressenties.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 29 Mar - 10:49
Il n'avait pas prêté à quelconque ressentiment de Jena, d'attention, pour la simple raison qu'il n'en était pas capable en l'état. Accaparé par ses craintes et par la douleur de son crâne, dont il venait toucher légèrement la blessure et constater devant ses yeux ce sang qui calmait sa coulée sans pour autant s'interrompre complètement, il se contenta de rassembler ses esprits suffisamment pour rester concentré et emboîter le pas de Jena vers la silhouette inerte puisque inconsciente d'Ivy.

En s'approchant d'elle, laissant Jena la fouiller à la recherche de clés, pour s'éloigner, il vint s'accroupir à son tour et la regarder de plus près, découvrant avec une pointe douloureuse située à son coeur cette fois, l'amputation qui lui avait été infligée au doigt et les traces de sang qui la recouvraient de parts et d'autres. Elle était salement amochée, peut-être plus que les autres, il n'en savait pas encore assez sur l'état de Jena, mais ces monstres l'avaient privé d'une partie d'elle-même qui ne pourrait être guérie, avec ou sans le don d'un James impuissant cette fois.

A l'extérieur, il n'entendait plus les pleurs de l'enfant, la vitre du van faisant barrage avec la distance, il fallait pour lui s'assurer de ramener Ivy, et l'enfant, à bon port. Il fit appel à ses forces restantes pour soulever Ivy, en prenant soin de ne pas toucher sa main meurtrie ou toute autre blessure visible, et la hisser par les jambes sur son épaule, son fessier près de son visage et son haut-corps dans le vide dans son dos les bras ballants, c'était le mieux qu'il pouvait faire. D'un effort expiré en différents soupirs, il se releva difficilement en s'appuyant d'une jambe à l'autre et tangua un peu une fois debout avant de se stabiliser, puis enfin, prit soin de sortir de par la porte incrustée avec pour vue de rejoindre l'enfant trop longtemps délaissé à son goût depuis qu'il était sorti du van.

Quand il sortit, il s'interrompit et plissa le front et quelque peu les yeux en voyant faire Kyle, qui avait récupéré l'enfant au creux de ses bras. Sa manière d'être, ses gestes le frappèrent d'intimisme, ce qui l'étonna franchement et s'il fit d'abord un pas brusque en craignant que Kyle ne retombe au sol avec un bébé fragile dans les bras, il s'interrompit à nouveau et après réflexion, décida de ne pas briser ce moment, décelant les larmes de son camarade, il ne voulait pas lui prendre l'enfant des bras de cette manière. Plutôt que cela, il s'avança, non sans avoir lui-même des difficultés avec une Ivy qui aussi menue était-elle pesait tout de même son poids, pour récupérer le landau laissé par Kyle.

Une fois Jena revenue avec cette nouvelle voiture très design et moderne, James installa Ivy à l'arrière, coté conducteur. Laissant ses comparses dans la voiture avec le landau à coté d'Ivy, il retournera près du van malgré les morts-vivants qui s'entassaient à près d'une quinzaine contre, heureusement, le grillage opposé sans avoir conscience de la brèche qui les conduiraient directement sur eux. Son objectif : trouver ce qui pouvait être transporté. On pourrait croire que faire de la récupération après les derniers événements serait fou et déplacé, mais James avait un rôle à assurer, quoi qu'il en pense lui-même ou qu'en pensent les autres, il leur fallait de quoi survivre et c'était un besoin permanent qui se moquait des circonstances. Il gagna le van pour aller regarder de plus près le contenu de ses caisses, et il trouva un tas de choses dedans, certaines inutiles, mais d'autres utiles. Il s'autorisa quelques minutes pour déjà rassembler de ce matériel dans l'une des caisses qu'il avait vidé sur le sol de ses déchets, y enfournant : trois électrificateurs de clôture moderne, un kit de secours basique, des pipettes d'injection d'anti-poisons, un bidon d'essence encore plein, une boite à outils et des torches éclairantes.

Il ne lorgnait sur rien, pressé et convaincu que tout était bon à prendre, il se dirigea après un coup d'oeil vers la grille prise d'assaut par les morts-vivants, sur le cadavre de l'homme qu'il avait tué, lui soustrayant un Glock 18C, une lampe-torche dynamo et, dans une poche, une petite sculpture représentant une barque miniature taillée au couteau. C'était une moindre compensation, bien, bien moindre oui, vis à vis de ce qu'ils avaient provoqué et infligé et si c'est la caisse bien chargée que James retourna au coffre de voiture, il marqua un temps au moment où ses mains allaient refermer ledit coffre, puis leva les yeux vers le minigun trônant au sommet du van. Il se pouvait que l'arme soit vissée à la carlingue, mais il se pouvait aussi que le matériel soit plus moderne, aussi somma t-il à ses camarades d'attendre encore tandis qu'il courait une fois de plus au van et grimpait à l'intérieur pour voir de plus près le minigun. Jackpot s'il en était, l'arme s'avérait bel et bien installée par une successions de clipses et d'attaches mécaniques très solides, qui n'exigeaient pas de lui qu'il ai les compétences d'Ivy pour le récupérer ou même des outils spécifiques.

C'est après de nouvelles longues minutes et avec cette énorme arme dans ses bras lourdement chargés, les joues gonflées des soufflements successifs qu'il relâchait rythmés de tiraillement faciaux, qu'il revint au coffre pour enfoncer un peu plus les roues dans le sol sous le poids de cette machine de guerre, enfin il pouvait refermer tout ça.

Il indiquera en finalité à Jena le chemin de la Chrysler et quand celle-ci sera retrouvée un peu plus tard, il sortira avec le landau et s'arrêtera au niveau de Kyle dont il ouvrira la portière pour lui demander, avec son accord très vivement souhaité et attendu, de remettre le bébé dans le landau où il serait plus au chaud et confortable en soulevant l'épuisement de Kyle et les risques, jugeant sans s'en cacher ses alliés plus amochés qu'il ne l'était et moins en mesure d'en prendre soin dans l'immédiat, quitte à froisser Kyle qui paraissait trop familier à cet enfant sans pouvoir en comprendre la raison.

Ensuite ils rentreront, le chef de camp prenant la tête du cortège de deux voitures, il fera le tour de l'aéroport pour éviter l'intérieur de la ville et gagnera le Perchoir par la plaine, puis par le secteur C parcouru au minimum requis. La vue du Perchoir sera, à bien des raisons, la vision la plus réconfortante de cette nuit passée maintenant que les premières lueurs du jour s'étaient accentuées dans le ciel. Pourtant, pour James particulièrement, et Elizabeth qui serait sollicitée après une nuit d'inquiétude certainement, le repos n'était pas encore permis. Deux mots d'ordre auront prôné tout le long du trajet : le silence et la morosité, à l'exception de l'enfant, qui n'en pouvait plus de s'époumoner de détresse.


Fin du jeu.

Evènements

Anonymous
Invité
Mer 29 Mar - 11:46


Excursion Validée

Récompense(s) :

L'équipe a trouvé : Pièces détachées x2 ; Hachette ; Réservoir à gaz ; Éléments de maçonnerie ; Stock de métaux adéquat ; Tabac et/ou Briquet ; Kit de secours basique ; Stock de cuir ; Pack d'anti-poisons ; Talkie-Walkie x2 ; Electrificateur de clôture moderne x3 ; Bidon d'essence ; Boîte à outils ; Lampe-torche dynamo ; Torche éclairante.

L'équipe a trouvé : Toyota FT-BH ; Gilet tactique ; Gilet Pare-balle ; Outils électroportatifs ; Casque Viper Batleskin ; FN P90 ; Talkie-Walkie militaire & accessoires ; Glock 18C ; General Electric Miniguns M134.. (Tombola + Récompense)


Conséquence(s) :
 

Kyle subit une blessure moyenne à la jambe qui nécessite l'usage d'un soin approprié.
Ivy subit une blessure moyenne à la main ainsi qu'une amputation d'un doigt qui nécessite l'usage d'un soin approprié.
Jena & James subissent de multiples blessures légères qui nécessitent l'usage d'un soin approprié. 

Kyle atteint un état d'euphorie : son bien-être a atteint le seuil maximum !
Jena perd 6 points de Stabilité Mentale
James perd 8 points de Stabilité Mentale
Ivy perd 11 points de Stabilité Mentale


Vous avez consommé :
 

Est retirée une utilisation (consommation) sur la Chrysler 200 (1 utilisation restante).
Jena a utilisé une boîte de munitions gros calibre.

Les Scénaristes
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