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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Petite mise au point - 08/04/2035
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 23 Jan - 17:38
Interprété par Kyle Collins et Jena Higgins.


Le grand édifice se découpait peu à peu dans la frondaison des arbres, me ramenant au repère que je m’étais établis avant de commencer à aborder quelques sujets épineux. Les conditions n’étaient pas idéale, j’en étais le premier convaincu, mais il était fort possible qu’il n’y en aurait pas de meilleure et que je devais alors me contenter du moins pire. Mon trophée de chasse pendait à mon épaule alors que j’avais accroché les pattes du lièvre à l’une des sangles du sac à dos que j’avais pris avec moi. Il m’était difficile de sentir son corps encore chaud à travers mes vêtements mais je l’imaginais à chacun de mes pas, davantage satisfait par la perspective de pouvoir enfin se mettre autre chose sous la dent qu’une foutue boite de conserve que l’idée d’avoir ôté la vie, par deux fois.

Kaitlin était morte, son amante de quelques instants avait été vengé, et je n’arrivais pas à éprouver de peine ou de crainte pour ce que je venais de commettre. J’étais certains d’avoir fait le bon choix, la présence et la volonté d’Higgins à mes côtés appuyant cette idée, m’ôtant toute idée de culpabilité. C’était un guerre dure, sans foi, ni loi, ni remord. Tuer ou se faire tuer, dans cet adage, je me plaçais volontiers en meurtrier si le besoin de survie s’en faisait sentir. Nous aurions pu la laisser fuir, la laisser continuer de vivre, mais chaque acte avait son prix à payer, tôt ou tard. Je lui avais laissé le choix, mon doigt sur la détente n’avait été que le résultat de ce dernier, ni plus, ni moins. Je m’étais fait de la protection de ce campement un devoir, un objectif dont je ne pouvais me détourner, en tant que soldat.

La pluie qui s’était abattu sur nos épaules n’avait pas trouvé de temps mort et bientôt, le couvert que nous offrait les feuillages des hauts arbres ne pourraient plus nous protéger des intempéries. De temps à autres, je jetais un regard sur la jeune femme, sentant qu’à mesure que nos pas portaient sur le chemin du retour, ce dernier se faisait plus insistant encore. Etrangement, je m’étais sentit plus à l’aise lors de cette traque qui ne m’avait pas laissé le temps de la méditation sur la finalité, que cette discussion que je voulais à tout prix amorcer. Je lui devais des explications, et aussi des excuses. D’un geste assez lent et désinvolte, j’arrachais une feuille d’un buisson à proximité duquel nous passions pour la découper en petit morceau, me focalisant sur l’acte pour avoir à éviter un autre regard qui se serait vu être un peu trop insistant peut-être.

Je me raclais finalement la gorge, toujours aussi peu à l’aise avec les échanges sociaux, en amorce des mots qui allaient suivre.

« On a pas encore eu l'occasion... de parler... toi et moi. »

Sans vraiment le vouloir, un long soupir s’extirpe de mes lèvres que je maudis à peine sortit, ne pouvant refreiner mes poings de se serrer sur l’une des sangles de mon sac à dos, l’autre ayant eu le réflexe de se voiler dans l’une de mes poches de pantalon.

« Enfin… Disons plutôt que j'ai tout fait pour ne pas avoir à te parler. Désolé… . Je pourrais me trouver tout un tas d’excuses, les circonstances, les événements, la pluie, le vent, mais la vérité, c’est que c’est des conneries, j’ai rien d’honnête à te sortir.»

Je dois avoir l’air complètement embarrassé, et pour tout avouer, je le suis réellement. Je me suis déjà fait à l’idée qu’une inévitable baffe viendrait ponctuer mes premiers mots dès qu’ils franchiraient mes lèvres. C’était sans doute ce que je méritais de mieux parce que viendrait ensuite le temps des aveux. On avait franchi la délimitation du parking qui nous assurait une certaine protection sous le couvert de la sentinelle qui se tenait sur le toit. Je ne savais plus vraiment qui était de consigne ce jour, et je priais pour que le destin n’ai pas désigné Ivy, mais j’étais déjà absolument sur qu’une paire d’yeux c’était posé sur nous, sur notre retour.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 23 Jan - 19:42
La bretelle du sac à dos de Kaitlin passée à mon épaule gauche, retenu par ma main, je pouvais sentir son contenu ballotter au rythme de mes pas rendus un peu plus incertains par l’instabilité relative de l’humus détrempé par la pluie. A l’intérieur, le matériel - sans trop grande valeur - de la défunte et l’une des proies que j’avais réussi à chasser en compagnie de Kyle. J’avais tenté de sangler tant bien que mal le reste des proies qui oscillaient dans mon sillage, frappant parfois l’arrière de mes cuisses sans que je n’en ressente le moindre frisson. Mes pensées avaient divagué bien loin de ces considérations matérialistes, ne pouvant m’empêcher de ressasser les conséquences de mon acte, nos actes, à Kyle et moi ; la perspective de ce fantôme qui viendrait hanter mes cauchemars aux-côtés d’autres. Et si je cherchais à relativiser cela par la conviction de la nécessité, que ç’avait été là la seule issue possible pour garantir la sécurité du campement, cela n’allégeait en rien les remords qui me taraudaient la conscience.

A quelques occasions j’avais pu saisir les regards lancés par Kyle dans ma direction, et je me demandais bien comment l’ancien militaire pouvait vivre tout cela. Je tâchais de ne rien lui montrer, mais je le remerciais en mon for intérieur d’avoir pris l’initiative d’abattre la jeune femme à ma place, quand bien même j’avais moi-même tout fait pour que cela arrive. En toute connaissance de cause de ce que cela impliquerait pour moi, pour lui, pour le groupe et les regards, les pensées que les autres pourraient avoir pour nous, j’avais su en quittant le campement en compagnie de Kyle ce qu’il nous fallait faire. C’était une nécessité. Une simple, mais affreuse nécessité. Un argument que je me répétais en boucle dans les méandres silencieux de mes pensées pour tenter de mieux me déculpabiliser.

Et dans les regards que je croisais avec l’homme, durant de très fugaces instants, je pouvais ressentir sans me l’expliquer - ou plus exactement l’identifier - le malaise qui flottait entre nous au-delà d’un silence qui en disait long, seulement rompu par le chuintement de nos semelles sur le sol humide ou encore les gouttes de pluie frappant les feuilles et branchages de la végétation. Je pressentais qu’il avait quelque chose à me dire, et il avait plutôt intérêt à le faire. Je n’avais toujours pas digéré son mutisme, son ignorance et son effacement malgré que j’en sache désormais la raison la plus probable suite à ce que James m’eut expliqué la semaine passée à propos de sa condition de dégénéré. Et si dans la forme, j’aurais dû lui être reconnaissante de prendre ses distances dans une probable volonté de me protéger de son potentiel infectieux ; dans le fond, je lui en voulais à mort. Enfin, il était mal convenu de parler de mort après ce que nous venions d’accomplir, mais je n’étais pas certaine du tout de pouvoir lui pardonner son comportement. Ce qu’il était, ce que je risquais, cette impasse, j’aurais voulu l’entendre de sa bouche. Pas de celle de James, à devoir lui exposer mes doutes et presque lui tirer les vers du nez.

Et finalement, il prit la parole. C’était presque pas trop tôt… Seulement beaucoup trop tard ; mais enfin il déballait son sac. Il n’était pas à l’aise, je le voyais en me rapprochant à sa hauteur. Et j’avais été trop optimiste, posant sur lui un regard à la fois dur, et pourtant exigeant, presque suppliant d’entendre ses raisons, découvrir ce qui l’avait tant effrayé chez moi qu’il n’ait pas trouvé le cran de venir me parler avant. Je serrai fortement les dents, crispant mes mâchoires comme mes poings, en l’entendant m’annoncer qu’il n’avait rien d’honnête à me dire. Je plissai les paupières et le foudroyai du regard en cherchant à plonger mes yeux dans les siens. Est-ce qu’il se foutait de moi ? Je n’en avais même pas l’impression. Je laissais un long soupir fulminant s’enfuir de mes narines tandis que je secouais lentement la tête de droite à gauche, sentant mon énervement gagner en ampleur. Je me mordis la lèvre inférieure au moment où un petit rire sec et nerveux, parfaitement ironique se fit entendre depuis ma gorge.

“Alors là. Ne crois pas que tu vas t’en tirer à si bon compte mon cher ami. C’est certainement pas un simple ‘désolé d’avoir été un trouduc’ qui va te dédouaner de quoi que ce soit…” avais-je commencé à m’emporter d’un ton particulièrement froid et cinglant, sentant mon regard s’humidifier plus que de raison. Je déglutis avec difficulté en essayant de ravaler une partie de ma colère. “Je croyais qu’on faisait une bonne équipe tous les deux, et sur bien des plans. Tu viens me promettre des… des... et puis clac ! Tu te mets à m’ignorer sans la moindre explication, la moindre raison. Alors excuses ou pas, honnête ou pas ; t’as foutrement intérêt à t’expliquer…” lui lançai-je d’un ton presque menaçant.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 23 Jan - 22:35
Elle n'allait pas me laisser m'en tirer à si bon compte et je n'espérais pas qu'elle le fasse de toute manière. C'était peut-être idiot, mais j'avais souhaité réellement qu'elle se mette en colère et qu'elle l'exprime sur moi, les joues tintées de rouge, le regard froid et colérique, les poings serrés. Je l'aurais serré dans mes bras, elle m'aurais giflé, je l'aurais embrassé et elle m'aurais repoussé. Non, au final ce n'était pas une si bonne idée. Est-ce que ça me permettrait de me sentir mieux ? Sans aucun doute pour la partie égoïste de l'affaire, mais ce que j'espérais par-dessus tout c'était qu'elle se sente, elle, mieux après cela. J'en exigeais beaucoup, je ne m'en sentais pas particulièrement capable, mais après tout, hé, il fallait bien que ça commence par quelque chose.
L'indifférence était sans doute le pire sentiment que l'on pouvait donner à quelqu'un qui attendait de nous. Ni amour ni rancœur, du simple dédain, et c'est ce que je lui avais infligé dans mon comportement parfaitement nombriliste. J'aurais pu l'assumer jusqu'au bout, l'air de rien, continuant de feindre que tout ce qu'on avait vécu, ou le peu d'ailleurs, n'avait été que du vent, mais ça serait me mentir. J'avais vu quelque chose en elle qui m'avait plu et le destin a préféré étouffer ça dans l'oeuf avant même que ce quelque chose n'ai pu être sublimé. Une malice supplémentaire du monde actuel que j'avais fini par accepter, et dont je m'étais ardemment vengé dans les bras d'une autre femme.

J'entrouvris les lèvres entre ses deux tirades, essayant de prononcer son prénom, mais un simple murmure s'en extirpa qui ne put enrayer sa fureur. Mes pas s'arrêtèrent sur le bitume recouvert d’un mince filet d’eau, la boue se décrassant de sous mes semelles en une auréole maronnasse. Je levais enfin mes yeux du bout de mes chaussures que je n’avais pas arrêté de fusiller jusque lors. Ses yeux brillants qui n'avaient rien à voir avec la pluie fine qui tombait sur nos épaules me frappèrent assez sèchement, sentant ma culpabilité monter un peu plus encore d'un cran, me renfrognant davantage.

« On forme une bonne équipe, y’a pas à discuter là-dessus. » J’haussais les épaules en fronçant les sourcils, jetant un coup d’œil dernière nous pour appuyer mes dires sur les deux dernières chasses que nous venions d’accomplir avant de reposer mon regard sur elle, fixant le bleu pâle de ses yeux.

« Et quoi ? Tu aurais voulu que je fasse quoi ? James nous avait demandé de garder le silence. T’aurais voulu que je débarque dans ta chambre avec un bouquet de fleurs. Hey, salut ma belle, grande nouvelle, j’suis contaminé et contagieux, mais on peut s’tripoter quand même ? »

J’enfonçais ma seconde main dans mon autre poche, prenant un air assez nonchalant et penaud devant la nullité de mes derniers mots, déviant mon regard vers l’édifice pour ne pas avoir à affronter son regard accusateur et sans doute offusqué une seconde de plus.

« C’est pas ça que j’attendais de toi. C’est pas ça que j’espérais de nous. Je t’avais fait une promesse et je serais complètement incapable de la tenir, et ça me fout la rage, crois-moi. J’préfère encore que tu me détestes. La haine est meilleur vecteur que le désespoir. »

Oui, c’était ce que je pensais. Mais j’avais tort. Cette histoire avait pris une proportion différente de ce que j’avais spéculé, Ivy ayant rajouté une part incontrôlable, et ces excuses avaient été nécessaire pour la cohésion du groupe. L'avouer ? Hors de question. J’préférais encore ne pas perdre la face et garder mon aplomb. Ma main gauche vint ensuite frotter mon visage de l’eau ruisselante,  hésitant à reprendre la route. Je ne voulais pas lui donner l’impression que je fermais la discussion alors que c’était moi qui l’avais voulue, alors j'attendais, peu à peu trempé.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 24 Jan - 14:05
Aux mots de Kyle, et son ironie aussi flagrante que détestable, je pus sentir ma colère gonfler encore un peu plus, à l’image de mon incompréhension. A un point tel que je ne trouvais même pas la répartie nécessaire pour le couper dans son élan. Si j’avais détesté l’homme, je n’aurais eu aucun remord ni aucune retenue quant au fait de le mettre plus bas que terre. Si je l’avais détesté. Si seulement j’avais pu...

Sauf que ce n’était bien évidemment pas le cas, d’où ma colère. D’où les regards assassins que je lui jetais malgré qu’il ait détourné le visage pour sans doute ne pas les soutenir. Une réaction qui m’étonna autant qu’elle ne m’énerva, d’autant plus que je n’avais pas de lui l’image ni l’idée d’être un lâche. Je me rendais cependant compte que je m’étais trompée, du moins sur le plan des conflits humains. Sa petite réplique à propos de sa condition et du secret gardé ne m’avait pas tant blessée qu’elle m’avait déçue, comme la suite de ses interrogations et sa justification bancale et dans un sens, affreusement manichéenne.

De ma main droite, je venais lui saisir l’avant-bras, tirant sans brusquerie sur celui-ci pour l’inviter à me faire face, à soutenir mon visage et ma présence. Le cas échéant, il aurait pu y lire bien plus que de la colère. Il aurait pu y voir la tristesse et surtout, l’incompréhension douloureuse qui en étaient les causes sous-jacentes.

“De la haine ou du désespoir ?” répétai-je d’une voix rendue tremblante par l’émotion. Je secouais la tête avec plus de vigueur, refusant d’admettre, entendre et encore plus comprendre la simple dualité du choix auquel il pensait m’avoir soumise.

“C’est ça que t’attendais de moi ? Que j’en vienne à te détester à force de m’ignorer ?” l’interrogeai-je dans une rhétorique, avec une déception évidente. Je n’avais même pas le goût de m’emporter à nouveau pour laisser éclater ma colère ruminante. A quoi bon ? C’était clairement ce qu’il semblait vouloir de moi. Que je le conforte dans sa connerie, que je le haïsse pour lui rendre la tâche plus aisée et la culpabilité moindre.

“T’es vraiment trop con mon pauvre,” lui balançai-je un peu plus sèchement en pleine figure. “Parce que t’es contagieux, tu pensais que j’allais te repousser soudainement ? Par peur, ou par déception, ou par frustration, ou je ne sais encore quelle autre connerie dont tu pourrais te persuader ? T’as été l’un des seuls à ne pas me faire remarquer que j’étais ‘juste’ normale, ‘juste’ une fille qui avait survécu sans revenir d’entre les morts. L’un des seuls à ne pas me tenir à l’écart. Tu m’as rappelé le bien que cela faisait de se sentir désirée, trouver du réconfort dans tes bras, dans tes lèvres et tes promesses. Alors oui, j’aurais été déçue, et très frustrée de ne pas pouvoir aller plus loin ; mais j’aurais très bien compris. J’aurais même fini par me faire une raison.”

Mon ton s’était légèrement calmé, trahissant désormais bien plus les regrets que la colère. D’un geste rapide, j’avais essuyé les quelques larmes qui avaient débordées de mes paupières, sans pour autant m’interrompre dans mon flot de paroles.

“James a fini par me dire que vous étiez contagieux, que vous présentiez un risque infectieux pour les gens normaux ; mais je suis toujours là, non ? Je ne suis pas partie, je ne vous ai pas repoussé, j’ai rien perdu de cet espoir. Mais vois-tu, c’est de ta bouche que j’aurais voulu l’apprendre, dès que tu l’as su, et peu importe que James t’ait demandé de garder le silence. Et si tu pensais me protéger, sache que je suis venue à votre secours, à toi et Ivy le soir où vous avez été blessés. J’ai eu votre sang sur les mains, sans savoir ce que je risquais à cet instant, sans prendre la moindre précaution. J’avais la trouille de te perdre, la haine rivée au corps à l’encontre du fils de pute qui t’a fait ça. J’étais incapable de penser à autre chose que venir à ton secours.

Tout ce que j’aurais voulu de toi, c’étaient pas des remerciements, ni de la reconnaissance ou de la condescendance. J’aurais juste voulu que tu me fasses confiance.”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mar 24 Jan - 15:28
Higgins tira mon bras et je portais sur elle un regard plus dur que je l’avais réellement souhaité. Je me laissais complètement déborder par les sentiments que j’avais porté à son égard et qui m’apparaissait aussi claire maintenant que la vérité et la mort de Kateryn m’était revenu à la mémoire, une vérité que je ne voulais plus jamais affronter. Ca n’avait rien à voir avec les insultes, ce n’était pas comme si c’était la première fois qu’on me prêtait la comparaison à quelques noms d’oiseaux. Cette colère n’émergeait que parce qu’elle me forçait à l’éprouver, la raison pour laquelle je parvenais clairement et nettement à la maitriser.
Je fixais donc mon regard sur son visage, gardant toute ma hauteur pour la défier de cet aplomb, contemplant toute sa peine qui me revenait en plein estomac comme un couteau à la lame aiguisée. Je détestais me sentir pris au piège de cette manière-là, captif de son tourment et comme punition le chagrin dont je me savais pleinement responsable.

Je ne voulais pas m’avouer vaincu pour autant. Je lui avais prêté mes excuses et elle ne semblait pas s’en satisfaire pour agrémenter sa colère. A quoi s’attendait-elle au juste ? Et moi ? A quoi je m’étais réellement attendu ?
Elle avait raison et je le savais. Je l’avais toujours su, dès les premières secondes qui avaient suivi l’aveu, j'avais pleinement imaginé à quel point elle avait pu s'attacher à moi et à quelle point notre relation avait commencé à prendre une tournure assez sérieuse. J'aurais préféré n'en avoir jamais conscience et me départir de tout ça comme du menu fretin.

J’entendais sa voix qui raisonnait en écho sur le dernier mot qui s’échappa de ses lèvres et que j'estimais complètement hors sujet. Je me servais donc de son contact qu’elle n’avait pas rompu et de sa proximité pour l’attraper à mon tour avec une fermeté exagérée, l’entraînant vers le bâtiment à l’abris de la pluie, lui laissant pourtant l’occasion de se dégager si l’affront l’avait forcé à s'en sentir obligé. Et si elle s'était dégagé, d'un simple et brusque mouvement de main, je me serais simplement déplacé vers l’arche, entre le pilier d’accès à la structure supérieure et le large garage, attendant son passage le temps qu'il fallait en portant mon regard à son attention, pour l’agripper à nouveau et ne lui laisser d’autre choix qu’une immobilisation complète qui aurait valu quelques coups pour s’en défaire si elle l’avait voulu. Sous l'édifice, la pluie aurait cessé de battre, l'eau ruisselant de mes cheveux trempés pour marteler mon front et les arrêtes de ma mâchoire.

« Tu ne comprends pas ! Ces excuses, je les fais, pas parce que j'espère que tu me pardonnes, peut-être parce que je pense que tu te porteras mieux après ça, mais surtout parce que c'est la seule chose à faire ! Parce que j’étais complètement dingue de toi, complètement dingue de penser à toi, à avoir beau essayer de me défiler, de te laisser sur le côté, j’arrivais pas à penser à autre chose que toi. »

Si coups il devait y avoir, je les aurais encaissé sans broncher et l’aurais relâché. Je n’aurais de toute façon pas eu la force de la maintenir plus encore après cet aveu, déportant à nouveau mon regard sur le côté pour ne pas continuer à déverser ma colère sur elle alors qu’elle ne le méritait pas. Je gardais pourtant la mâchoire serrée, tout comme mon poing, lorgnant sur le béton du bâtiment qui se portait silencieusement volontaire pour soutenir mes coups si j'avais voulu le faire.

« Grand bien te fasse si tu t’estimais capable de te faire une raison. Moi, je ne l'étais pas. »

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 24 Jan - 18:41
Lorsque Kyle se saisit de mon bras, je n’avais pas cherché à me dégager de son emprise malgré sa forte poigne et la légère douleur que cela suscita. En réalité, je craignais bien trop de le voir simplement tourner les talons et me laisser plantée là, sous la pluie avec ma colère et mon incompréhension pour seules compagnies. Cette discussion n’était ni la plus agréable, ni la plus simple que j’avais pu avoir depuis des semaines ; et sûrement même la plus difficile. Pour autant, je ne pouvais me risquer de voir Kyle m’échapper à nouveau. Nous devions en passer par là. Il était clair qu’il en avait besoin, tout autant que moi. Un peu comme pour le sort réservé à Kaitlin : une nécessité.

Aussi m’étais-je laissée entraîner en direction de l’arche, calant mon pas sur celui de l’homme sans protester, ni même en rajouter. J’avais bien vu dans son regard et dans sa posture, que mes mots faisaient mouche. Et si en apparence je n’avais rien craint, pas même cillée en soutenant l’éclat pénétrant de ses iris d’acier et sa colère de mes lèvres pincées, je me trouvais bien loin d’être insensible aux émotions qu’il avait affichées. Mais quand il reprit, s’emportant à son tour, je ne pouvais plus en dire autant. Les actes, les postures, c’était une chose, mais les mots avaient une bien plus grande portée, un impact beaucoup plus déstabilisant que n’importe quel autre geste.

Je me braquais légèrement en arrière alors qu’il m’accusait de ne pas comprendre, me confiant par la suite toute la peine, tout la souffrance qu’il avait sur le coeur. Des propos qui me frappaient en plein coeur, me coupaient le souffle jusqu’à ce qu’une nausée commença à se faire sentir. Et sous son emprise physique que je sentais faiblir au fil des secondes et des syllabes, je ne pouvais plus supporter son regard, voir la colère autant que la peine que j’avais suscitées chez lui. Tout cela, ces confessions, ces aveux, je les avais souhaités. Au fond de moi, je pouvais même ressentir une certaine satisfaction à enfin les entendre ; une satisfaction qui me faisait d’autant plus culpabiliser.

Je baissais le regard, fermant mes paupières et secouant lentement la tête, pour me soustraire à sa franchise qui se révélait désormais presque aussi douloureuse que ses silences. Mais ce fut sa dernière remarque qui marqua l’apogée de la crispation qui me cisaillait le ventre. Grand bien me fasse… Une expression des plus mal choisie en réalité car je n’avais retiré aucun plaisir, aucune satisfaction à tenter de me convaincre qu’il me fallait renoncer. Je ne doutais pas de parvenir à me faire une raison avec le temps, mais il en faudrait bien plus qui s’écoule avant que la raison ne l’emporte sur les sentiments. Ce qui ne m’empêchait pas d’exploser au bout de quelques secondes, relevant mon regard courroucé et perdu sur l’homme, entre sanglots et véhémence.

“C’est toi qui comprends rien ! J’en veux pas de tes excuses ! J’ai pas besoin de tes excuses ! Tu crois que ça ne me rend pas complètement folle de te voir si proche et pourtant inaccessible ? Ce qui m’a blessée, c’est pas que tu m’ais ignorée en espérant que ce stratagème finirait par fonctionner, non ! Ce qui me fait mal, c’est le sentiment de rejet, de différence et de solitude que t’avais été le seul à effacer jusque là ; et que tu me rebalances en pleine poire de la pire manière qui soit, au pire moment qui soit !”

Je marquais une brève pause tant pour reprendre mon souffle que pour remettre un semblant d’ordre dans mes idées. Je sentais ma gorge commencer à me brûler d’avoir trop forcé sur ma voix. Je déglutissais à quelques reprises avant de reprendre d’un ton plus las et posé, la voix légèrement éraillée et plus hésitante.

“Je sais que tu ne pensais pas à mal, que tu pensais agir selon ce qui était le mieux pour nous, à devoir faire avec ta nature… Je sais que j’ai pas le droit de t’en vouloir pour ça. Mais je t’en veux quand même. Je t’en veux à mort…”
lui glissai-je, sans réussir à masquer tant ma honte que mon désarroi. “Je t’en veux parce que je n’arrive pas à te détester. Parce que tu ne le mérites pas, parce que je ne le veux pas non plus. Je sais que ça me passera, que je te pardonnerai un jour et que ce ne sera plus qu’un très mauvais souvenir ; mais c’est pas pour autant que j’ai besoin ou envie d’entendre des excuses. Je veux t’entendre dire que tu vas arrêter tes conneries de nous faire souffrir, qu’on pourra de nouveau compter l’un sur l’autre malgré cette barrière ; ou alors, si c’est vraiment trop difficile pour toi, dis-moi juste de partir. Je comprendrais…”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 26 Jan - 11:23
Je roulais des yeux dans mes orbites lorsque l’envie irrépressible de la prendre dans mes bras me saisit à nouveau et me torturait au point de montrer quelques mouvements particulièrement hésitant. Les sanglots dans sa voix et ses yeux tintés de larme me mettait davantage en colère, m’ouvrant d’autres perspectives à mon hésitation déjà torturé par l’envie de déguerpir, de frapper ou de la prendre dans mes bras. Je n’étais pas un grand planificateur en terme de relation humaine, la plupart du temps, je me jetais tête baissée dans une idée, persuadé qu’elle est la seule chose à faire et la meilleure possible, ou à défaut la moins pire. Un comportement du jour le jour qui m’avait déjà valu de nombreuse galère, appréciant à mes dépends toute la complexité de l’âme humaine.

Je fulminais du risque de perdre le contrôle sur la situation et de la laisser dominer cette conversation alors qu’elle refusait de se mettre en colère et de donner enfin une véritable raison à ma peine, qu’elle parvenait à garder une certaine lucidité et une sagesse. Ca n’avait rien de nouveau et je ne crois pas l’en avoir caché d’ailleurs que le social était de loin la chose que je maitrisais le moins. Il fallait croire que cette attirance mutuelle, ou plutôt ce désir et ces sentiments car à tout réfléchir, c’était le cap que ça avait franchi, n’avait été possible que par le fruit de nos espoirs et de nos attentes, mais pas de la réalité. Rien que cette idée qui me traversait l’esprit suffisait à accroître davantage la colère que je ressentais et dont j’étais certains de ne pas arriver à m’en départir à moins de l’essouffler.

Dans un geste de rage, je me débarrassais de mon sac à dos et de la carcasse sanguinolente qui y était attachée, ce dernier frappant dans un bruit étouffé le mur du pilier d’accès qui s’était trouvé derrière moi avant de choir lamentablement sur le sol. Je faisais suivre le même sort à mon arme, avant de franchir l’espace qui me séparait d’Higgins d’un pas lourd et déterminé. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler de mes gestes simplement motivés par le besoin de me décharger de toute cette colère que j’avais emmagasiné et dont je me savais seul responsable.

Cette fois encore, je ne lui laissais pas d’alternative, quitte à y mettre la force si elle cherchait à se dérober, me saisissant de ses épaules et la poussant assez brusquement contre le mur derrière elle. J’aurais juste fermé ma gueule, n’ayant de toute manière aucun mot plus intelligent à sortir, attaquant ses lèvres des miennes dans un baiser sauvage, plus douloureux que tendre. Si ça avait l’air d’un geste complètement inconsidéré, je savais que je pouvais me le permettre pour le nombre de fois où on s’était embrassé sans avoir risqué quoi que ce soit. J’aurais fait pression de mon corps pour l’immobiliser et garder un certains contrôle sur elle jusqu’à ce que je décide moi-même de rompre ce contact forcé. D’une main, j’aurais fini par condamner sa bouche de toute protestation verbale une fois libérée de mes lèvres intrusives pour continuer à lui intimer le silence, mon regard entièrement fixé dans le siens.

« Tu me détesteras Jena. Tu me détesteras. J’ai tué des hommes, des femmes, des enfants. Si je n’en ai jamais éprouvé le moindre plaisir, c’est parce que je préférais à ça la fierté d’avoir accompli mon devoir. Comme Kaitlin, comme ce type à la laverie, comme tous les autres. Je ne suis pas un type bien. Garde ça à l’esprit. »

Le ton de ma voix avait retrouvé un tant soit peu de son calme, même s’il demeurait dur et vindicatif.

« J’aurais aimé pouvoir te promettre de ne plus te faire souffrir, mais je sais d'avance que c'est faux. Je ne te dirais pas toutes ces conneries comme quoi tu mérites mieux que moi, ça serait hypocrite. Tout ce que je peux te dire, c’est que si tu as un jour besoin de moi, je serais là. »

J’aurais relâché ma main avec une immense lenteur, sans quitter son regard, un peu plus apaisé maintenant, le souffle long.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 26 Jan - 13:27
Est-ce que j’avais désiré le geste de Kyle ? Oh que oui. Lorsqu’il m’avait plaquée contre ce mur, avec sa rudesse, son impétuosité si familière et pourtant à chaque fois plus surprenante, je n’avais pu m’empêcher de lui rendre son baiser avec toute la passion, fougueuse et frustrée, que j’avais accumulée jusqu’à lors. Mes mains étaient venues trouver ses hanches, sa taille ; mes doigts s’étaient refermés sur le tissu qui recouvrait ses flancs, plantant mes pulpes dans sa chair pour l’attirer vers moi, posséder le peu et pourtant le maximum que je pouvais me le permettre. Je savais ce simple contact, ce baiser, être sans conséquence pour ma santé, ma santé physique du moins, car côté cœur et esprit, c’était une véritable souffrance sucrée. Une pomme empoisonnée.

Car si je l’avais désiré, je ne l’avais pourtant pas voulu. J’avais espéré pouvoir tenir, ou le repousser quand ça se produirait. Car je savais pertinemment que ça allait arriver. C’était magnétique, presque indissociable de notre relation ; et j’avais voulu m’en préserver. Mais ç’avait surtout été un vœu bien pieux, une belle illusion que d’essayer de me persuader que j’étais capable de résister à cet homme. Ma raison n’était qu’un fétu de paille face à la tempête de mes sentiments. Elle n’avait ni poids, ni accroche solide à laquelle se retenir. Alors j’avais savouré ce baiser, ses lèvres avec la satisfaction d’y goûter à nouveau, et la terrible frustration de savoir que ça ne pourrait aller plus loin. Jamais. Ce qui rendait cet instant encore plus précieux.

Mais Kyle finit par rompre le contact - bien trop tôt - tout en plaquant sa main contre mes lèvres pour me maintenir au silence. Cela ne me laissa pour lui parler que l’envie mêlée de douleur et de surprise de mes prunelles azurées qui se voulaient toujours aussi humides. Les mot qu’il avait eus étaient durs, violents, emplis de promesses comme de confessions que je refusais d’entendre. Quoi qu’il puisse dire ou faire, je savais que je ne pouvais le détester. Quels qu’aient pu être ses actes, je ne lui en tenais pas rigueur. Il était un soldat, lui-même avouait soulager sa conscience dans la satisfaction du devoir accompli. Encore une fois, cette notion de nécessité revenait hanter nos épaules et nous draper de son voile éprouvant. Un fardeau qu’il nous fallait porter, malgré son horreur et les souillures qu’il répandait dans son sillage.

Kyle n’était pas un type bien. Je m’offusquai silencieusement de cet aveu - même pas un secret de polichinelle - dans un souffle chassé de mes narines. Bien sûr qu’il n’était pas un type bien. Aucun de ceux qui avaient survécus jusqu’à présent ne pouvaient être des types biens. Les types comme James étaient bien plus des exceptions que la règle, et ce dernier commençait déjà à montrer des signes de vacillement. Chacun voyait midi à sa porte. Kyle, moi, le Perchoir tout entier, étions certainement les salopards d’autres survivants. C’était là une réalité que j’avais acceptée depuis longtemps, une chimère que je ne chassais plus.

Mais finalement, j’obtenais en partie ce que je voulais : la certitude de pouvoir retrouver Kyle quand je le souhaitais. La certitude de pouvoir compter sur lui quand j’en aurais besoin. Une dernière promesse que je prenais avec quelques réserves. Celles-ci n’engageaient-elles pas ceux qui les écoutaient ? Je n’avais pas besoin de le voir me promettre d’être là. Il serait là, par défaut et par devoir, je le savais. Et s’il ne pouvait être là quand le moment viendrait, j’avais malgré tout la certitude de savoir qu’il serait occupé autre part, à tenter d’honorer une autre promesse, un autre devoir. Il ne m’échappait pas que Kyle était ainsi fait. Certainement pas un type bien, mais au moins un gars loyal et dévoué, prêt et préparé à tous les sacrifices en dépit de ses souhaits.

A peine retira-t-il sa main que la mienne se porta contre son visage, effleurant sa joue hirsute, la pulpe de mon pouce caressant le sommet de sa pommette avec tendresse.

“Qui te dit que je veux d’un type bien ? Tu me prends pour Blanche-Neige ?” avais-je répliqué dans une plaisanterie ironique et douce à la fois, bien que ma voix se trouvait encore hachée par l’émotion. Puis j’avais retiré ma main, baissant mon regard sur mes godasses, reprenant d’un ton beaucoup plus dur et froid. “Vois-tu, si les circonstances avaient été différentes, lors de ma rencontre avec Melody ; si j’avais été en position de force à ce moment-là, je l’aurais purement et simplement dépouillée avant de me tirer. Et vu son caractère, ça aurait mal fini pour l’une de nous. Mais les circonstances n’étaient pas à mon avantage. J’ai dû adapter mon discours, mes gestes et mes intentions pour survivre.

Alors je l’ai suivie, curieuse de découvrir son groupe, évaluer le potentiel butin qu’ils pouvaient tous représenter. Il y avait beaucoup de gens biens, des gens complètement paumés surtout ; et je ne savais pas encore pourquoi à l’époque. A mes yeux, ce n’était qu’une belle bande de guignols désorganisée et gérée par un clown, qu’il aurait été facile de démolir. C’aurait été injuste et ignoble, ils ne le méritaient pas. Tout comme mon époux ne le méritait pas, contrairement à moi. Sauf que lui est mort, et moi, bien vivante. Parce que j’ai été une garce, parce que j’ai laissé des gens mourir quand j’aurai pu les aider. Rares sont ceux qui méritent vraiment leur sort et le reçoivent.”


C’était bien la première fois que je me confiais à ce point-là sur mes intentions réelles et premières à avoir rejoint le campement Jefferson. Pas même James n’avait eu ce “privilège”.

“Les choses ont bien changées depuis. Moi-même, j’ai bien changée et cette bande de guignols a fini par devenir ma raison de vivre. Ça fait pas de moi une fille bien pour autant, ça fera pas de nous des gens biens. Juste des survivants qui, parfois, ont la chance de pouvoir faire le bien. Voilà pourquoi je n’arriverai pas à te détester…” aurai-je finalement conclu en relevant mon regard - beaucoup plus lourd et coupable - vers Kyle.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Ven 27 Jan - 15:33
Mon front était venu se coller contre le siens. La réponse qu’avait apporté Jena, physiquement, m’avait réellement surpris et électrisé mon ardeur au constat de l’emprise que j’exerçais sur elle. Tout du long de notre conversation et de mon corps-à-corps forcé, je m’étais attendu à une révolte, une gifle, un coup de genou, n'importe quoi qui aurait pu me tenir éloigner d'elle, mais rien, rien de tout ça. J’avais étouffé sans le vouloir toute forme de rébellion et si dans certaines circonstances j’en aurais été plus que flatté, je devais avouer que la frustration de notre distance contrainte gagnait en volume à une vitesse fulgurante. J’en avais fait appel à toute ma volonté pour ne pas céder, bien qu’un peu vexé de ne pas avoir suscité de colère en elle tel que je l’avais souhaité, ce qui me renvoyait à une situation des plus tordues ou mes attentes, mes désirs, ma raison et ma logique entraient tous en conflits les uns contre les autres en  laissant dans mon esprit un immense bordel que ses mots et son regard ne firent qu’accroître.

Je poussais un soupir résigné, le souffle chaud de mes lèvres chatouillant sans doute les siennes, mes yeux fixant toujours ses prunelles, allant jusqu’à sonder son âme. Je n’avais pas trouvé le courage de la relâcher davantage, la coinçant toujours immobile entre moi et le mur, ma gorge finissant par protester d’un grondement atténué au terme de quelques très longues secondes de silence.

« T’aurais pas pu… juste la fermer. Juste te taire. C’est absolument cette situation que je voulais éviter. Tellement désirable que j’en perds la tête. Tu me rends fou, Jena. Tu sais très bien ce qu’il va arriver, j’vais juste crever sur place pour pas avoir le droit de t’aimer assez. Merde… »

Je quittais son regard pour souffler à nouveau. Bien sûr qu’elle en viendrait à me détester, ça serait plus facile pour moi et pour elle d’ailleurs, c’était indéniable, j’avais tout fait pour. Tout.

« J’ai rien d’un survivant. Juste... pas tout à fait mort et sans aucun avenir à offrir. Alors par pitié … continue d’être une garce et moi, juste un pauvre con, c’est sans doute le seul moyen d’arriver à rester en vie. Ne crois pas que ça me tue pas ce que je suis en train de dire là. » Je me demandais d’ailleurs à quel point elle était capable de l’imaginer ou en l’occurrence, de le sentir, trahis par mon propre corps sans pouvoir m’empêcher de lui permettre de savoir, imposant jusqu’à ma présence. « Tu ne me détestes peut-être pas … et putain j’aurais préféré, vraiment, mais crois-moi, quand ça viendra, souviens-toi de ça : juste un pauvre con. »

J’essayais de prendre un maximum d’air, fondant à nouveau sur ses lèvres avec un calme dont je fus le premier étonné, le cœur battant à cent à l’heure, la gorge nouée mais parfaitement sûr de ce que je faisais. Ça donnait l’impression d’un baiser d’adieu, j’en étais parfaitement conscient et ça l’était d’ailleurs. Mais je nous devais bien ça. Ça avait un gout de regret et d’amertume, un gout de trop peu, de pas assez. Mais c’était sans doute le maximum qu’on pouvait faire. J’aurais duré jusqu’à ce qu’on ait plus assez de souffle, gorgé de désir, noué de tristesse, puis l’aurais laissé, me détachant d’elle en l'embrassant une ultime fois sur le front avant de récupérer mes affaires et d'espérer ne pas me retourner.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 28 Jan - 13:48
Je laissais le regard d’acier de Kyle m’ausculter de l’intérieur, ravalant ma salive à défaut de pouvoir en faire autant avec les larmes qui s’échappaient toujours de la bordure de mes yeux. Ses aveux, sa détresse, tout ce qui émanait de lui à cet instant, jusqu’à ce soupir chaud qui glissa entre ses lèvres, me fendait le coeur et ne faisait que rendre la réalité plus difficile à accepter encore. Je le trouvais magnifique dans sa fragilité soudaine, je nous trouvais magnifiques dans cette impasse sentimentale digne de Shakespeare. J’amenai mes mains à se poser sur sa taille, agrippant de nouveau le tissu pour garder au plus près de moi, pour encore le plus longtemps possible, le chaleur de Kyle, sa présence qui était non moins réconfortante que frustrante.

Je ne pus empêcher de nouvelles larmes de venir rouler sur mes joues, me mordant la lèvre inférieure de désarroi - de colère, de dépit et d'un tas d’autres émotions entremêlées, analogues et contradictoires - secouant très légèrement la tête. J’avais beau tenter de me faire une raison, l’expression de mes sentiments impétueux et tourbillonnants ne pouvait se tarir. J’aurais tout donné pour être capable, comme Kyle le souhaitait, comme je devais très certainement le souhaiter au plus profond de moi, de le haïr, de l’envoyer chier et passer à autre chose. Mais je ne pouvais me résoudre à le laisser derrière moi. Je voulais marcher, parler, vivre à ses côtés. Si seulement notre proximité pouvait se faire plus platonique ; si seulement ce désir, cette complémentarité pouvaient disparaître par la simple expression de quelques mots. Si seulement je pouvais redevenir la garce détestable que j’avais été, être de nouveau capable de me moquer et me désintéresser de leurs sorts de dégénérés sans avenir, en sursis perpétuel d’une mort qui les avait rejetés.

Mais les sentiments que j’éprouvais pour Kyle étaient au moins aussi résistants que les cadavres qui peuplaient désormais la surface du globe : irrépréhensibles, imperméables à toute forme de raisonnement. Ils continueraient d’exister tant que des individus feraient l’effort de résister, de vivre avec. Leur existence ne pouvait s’effacer que de la plus arrêtée des manières, et je n’avais pas pour projet, à court comme à long terme, d’être en paix. C’est pourquoi, lorsqu’il fondit sur mes lèvres une nouvelle fois, j’acceptais et lui rendais son baiser avec toute la passion et la déraison que j’éprouvais.

De mes bras, je resserrai mon étreinte autour de lui, me l’appropriai une dernière fois, car c’était là un baiser à la saveur toute particulière. Acide par cette brûlure dévorante qui me consumait l’esprit comme le bas-ventre, qui n’appelait qu’à être éteinte, et amère de regrets, de frustration. Sucrée du plaisir, de cette pointe de folie d’être ce point désirée, et salée des larmes qui venaient s’y mêler de savoir que c’était la fin ; que la dernière page se tournait et que bientôt, nous n’aurions plus que le synopsis de la quatrième couverture de ce bouquin à relire pour se rappeler du plaisir que nous avions eu à découvrir cette histoire.

Une dernière étreinte que je rendais langoureuse, pour retarder au maximum l’inéluctable, offrant à l’homme jusqu’à l’extrémité de mon dernier souffle, jusqu’à retenir entre mes dents serrées sans trop de force la pulpe de ses lèvres qui m’échappaient. Je posais sur Kyle un regard empli de regrets, presque suppliant de ne pas partir à nouveau, de ne pas me laisser après avoir gratifié mon front d’une dernière caresse. Je le suivais des yeux alors qu’il s’éloignait vers l’entrée du campement, là où j’étais moi-même bien incapable de pouvoir bouger. J’amenais mes prunelles à se poser sur le sol humide, parsemé de quelques flaques dont l’une me renvoyait un reflet ondulant. Je me penchais en avant, le souffle court et laborieux, plaquais mes mains sur mes cuisses pour tenter de mieux le retrouver, et fermais les paupières, fondant en larmes toujours plus chaudes et abondantes. J’avais l’impression de sentir une lame s’immiscer directement dans mon cœur et le réduire en poussière. La glace avait fondu, et coeur de pierre ne serait plus.


Fin du jeu.
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