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[Spécial - ???] Un lieu de prédilection - 14/04/35
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Evènements

Anonymous
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Ven 17 Fév - 20:38







Un lieu de prédilection
Interprété par Gabriel Lacroix

Evènements

Anonymous
Invité
Ven 17 Fév - 20:59
Le noir complet, le froid, le néant, plus rien qui existe hormis cette sensation de froid qui revient sans cesse. Est-ce la Mort ? Continuer à ressentir des choses, car cela aurait du être ton dernier souffle, ta dernière inspiration, la dernière saveur de cette bouffée d’air que tu aurais sentie avant de t’éteindre et t’abandonner à l’emprise de cette Mort et de l’obscurité. Mais celle-ci en avait décidé autrement, choisissant de te jouer un tour de prestidigitation dont les rouages et les mécaniques t’échapperaient tout autant qu’elles pourraient se montrer fascinantes ou effrayantes, voire même les deux.

Revenant à toi, revenant tout court, tu te réveilles, aussi difficilement que cela puisse être imaginable et avec le lot de labeur qui l'accompagne. Il te faudra le temps de reprendre tes esprits, d'identifier l'environnement qui t'entoure et de comprendre que tu es en vie. Elle te tombera dessus, l'incompréhension, ce moment de flottement où tu ne sais ni où tu es, ni qui tu es et jusqu'à en avoir oublié ton nom, statufié par un flot d'informations à ton cerveau tout juste remis en marche, si chaotique que de longs instants lui seront nécessaires pour toutes les traiter et les remettre en ordre.

Ton regard s'ouvrira ainsi face à un mur en rondins de bois et tu es couché sur un lit privé de draps, mais rien qu’à l’odeur du matelas et les traces marronnasses qui le recouvrent, tu peux conclure qu’il est loin d’être de toute première fraîcheur et tu n’es pas au bout de tes surprises. Si céder à la panique serait une réaction bien compréhensible en l’état, les douleurs de ton crâne se rappelleront alors volontiers à toi et te cloueront sur place. De quoi te laisser le temps d’observer ton environnement de tes yeux trop longtemps laissés clos avant de tenter de réagir.

Il ne te faudra pas longtemps pour te rendre compte que tu es à l'abri d'une espèce de grande cabane. Les murs ne présentent que deux fenêtres en tout et pour tout, une barricadée par d’épaisses planches de bois qui ne laissent filtrer que de minces filets de lumière, l'autre à moitié détruite, comme si elle avait été défoncée, laisse un trou béant dans la construction, ce qui te permet de constater qu’il fait jour. Le sol est jonché de déchets en tout genre, allant des boites de conserves vides où rampent les cafards et autres détritivores, aux branchages et bouts de bois, en passant par du linge sale entassé, un vieux pneu de 4x4 et des bidons d’essence épuisés et autre contenants en plastique renversés. Il y a même ce qui ressemble à un petit coin cuisine misérable, dont l’émail de l’évier est tâché de nombreuses traces sombres et parfois rougeâtres, si bien qu’il semble impensable qu’il ai pu un jour être blanc. A côté de ce coin, tu aperçois quelques meubles où a été entassée de la vaisselle dans le même état miteux.

C'est loin d'être le plus attrayant pour ton regard et ta conscience : un grand bidon installé près du mur opposé au tiens, non loin de la cuisine, est animé d'un feu évident qui en dévore l'intérieur. Près de ce feu dont tu ne perçois pas la chaleur de ta place, il y a une silhouette, assise à même le sol et adossée au mur. Cette silhouette te semble peu à peu être celle d'un homme, grand de taille, a la tête couverte d'une capuche et penchée vers ce qu'il tient entre les mains, ce qui le cache. Il a a une apparence de vagabond ou de ce que l'on disait à l'époque de la société bien pensante : un clochard. Sa capuche est issue d'une veste qui s'étale sur le sol, tel un imperméable digne d'un détective privé de la belle époque cinématographique, bien que la veste ne soit pas en très bon état. Ses mains sont entourées de bandes grises en plus mauvais état et clairement salies. Dans ses mains, il tient un livre ouvert.

Si ton premier réflexe est de regarder tes blessures, tu auras le constat qu'elles ont, à ta grande surprise, disparu. Comment ? Quand ? Pourquoi ? Des questions naturelles qui relancent la douleur de ton crâne alors que tu sens ton corps loin d'être en pleine forme. Ainsi te voilà vivant, ta peau propre, comme neuve, alors que tes vêtements sont demeurés dans le même état que dans tes derniers souvenirs qui commencent à resurgir, et même ont acquis un degré de saleté et une odeur de moisie repoussante. Une peau propre oui, de la moindre saleté, et même de la moindre trace. Tes cicatrices ayant disparu si tu en avais, tes imperfections gommées si nettement que ta chair semble avoir été remplacée dans ton sommeil, et ce n'est que le début. Car tu n'as pas encore idée de tous les changements qui ont opéré en toi.

Gabriel Lacroix

Anonymous
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Mar 21 Fév - 17:37
Des jours ? Des mois ? Des années ? Gabriel n'avait pas la moindre idée du temps qui s'était écoulé depuis cet atroce éveil. Aux premiers abords, il était perdu, comme si son être était déconnecté du monde qui l'entourait. S'il avait été capable de se qualifier à cet instant présent, il se serait jugé comme étant dans un état qui lui semblerait être végétatif. Peu à peu, il reprit ses esprits, mais la douleur et la torpeur dont il souffrait se réveillèrent avec lui. Cloué au lit, il contempla lentement son environnement comme pour chercher un repaire dans tout ce chaos. Grace au trou béant, il pouvait constater qu'il faisait jour par la lumière entrante, mais cette dernière n'était pas seule à entrer, le froid de l'extérieur l'accompagnait également. Instinctivement, il se mit à grelotter légèrement, jusqu'à que son regard ne tombe sur le bidon qui se présentait devant lui, ainsi que cet étrange individu, dont il n'avait guère remarqué la présence jusqu'à présent. Il le scruta pendant plusieurs minutes, comme pour l'analyser. Ses habits étaient en piteux état, tout comme la pièce où il se trouvait, mais qui pouvait se permettre d'avoir de beaux habits et une belle maison de nos jours ? D'ailleurs, si cet inconnu ressemblait à un clochard, Gabriel se jugeait proche de celui d'un junkie face à sa propre tenue qui était salie et déchirée par endroits. De plus, vu dans quel état il se sentait, sa mine devait être désastreuse rajoutant un peu plus d'effets à cette image. Néanmoins, c'est avec stupéfaction qu'il releva son buste afin de mieux constater ce qu'il était en train de voir. Sa morsure à la cheville avait totalement disparu, seules les traces de dents sur son jean témoignaient encore de cet événement. Il ne pouvait s'empêcher de caresser, de pincer, de gratter sa chaire à cet endroit pour trouver une éventuelle réponse face à l'absence de blessure et de cicatrice.  

Bien qu'il était en train de reprendre peu à peu contact avec ce qui l'entourait, cette information le sidéra. Était-ce réel ? Était-il guéri ? Son questionnement sur le jour et l'endroit où il se trouvait n'avait plus guère d'importance face à cette découverte. Il était à la fois intrigué et soulagé de savoir que son sort n'était plus scellé, du moins, pour le moment. Toujours diminué par les récents événements, il s'était ménagé lorsqu'il décida de se lever pour éviter un plausible malaise. Durant ce court mais intense processus, il ne put s'empêcher de grimacer lorsque les cafards et autres bestioles se mirent à grouiller dans tous les sens. Il était fort étonné de ne pas avoir été mordu ou piqué durant son sommeil par ces petites horreurs, à moins que ce qui lui semblait être une éternité, n'était en réalité que le fruit de quelques heures ? Ou qu'il avait été récemment posé à cet endroit par cet homme dont la stature semblait lui permettre cette action ?

Cependant, les déchets et le linge sale indiquèrent que cette maison était utilisée comme refuge, donc d'un habitat, rendant la thèse d'un changement d'endroit peut plausible. Mais au final, il ne s'était pas rendu tout seul ici, donc quelqu'un l'y avait transporté. Pourquoi ? Pourquoi s'encombrer d'un inconnu mourant ? Serait-il possible, qu'il ait été aussi à l'origine de sa guérison ? C'était tout bonnement impossible, mais sa cheville intacte indiquait le contraire. Il était en train de le faire, c'est ce qu'il faisait toujours d'ailleurs. Toujours à se poser des questions en permanence jusqu'à que sa curiosité ou son anxiété soit soulagée, ou que le fait de se ronger le cerveau le fatigue tellement, qu'elle le force à effectuer une brève trêve dans ses recherches, ce qui était en plus actuellement le cas.

De toute manière, cet homme avait sans doute des réponses et il avait hâte de les entendre. Il se rapprocha lentement de lui,  son buste fut légèrement voûté en avant, comme si ses épaules supportèrent le poids du monde, et sa main fut posée sur son ventre afin de mieux supporter sa peine, et c'est ainsi qu'il se rendit compte de l'odeur de ses habits. Il sentait le mort, ce qui ne l'aidait guère dans son état nauséeux, et il en était ravi au point, qu'il était prêt à se laver, dans cet évier dégueulasse pour retrouver un minimum de dignité malgré son état. Il garda une certaine distance entre lui et son futur interlocuteur tout en se rendant plus proche du trou béant. Il n'avait aucune idée des intentions du clochard, et le fait de fuir dans cet état n'était pas sans doute pas une solution efficace, mais cela le rendait légèrement confiant de savoir qu'il y avait une échappatoire en cas de bavure.

Il avait pensé à le questionner sur sa lecture, ou bien lui demander la permission de profiter du feu avec lui en guise d'introduction. Pourtant, il se contentera d'une simple salutation.

- Bonjour. dit-il. Il aura pris soin, non sans difficulté, de prendre une voix douce avec un petit grain de sensualité, ainsi que d'afficher, le temps de quelques secondes, un sourire en coin sur son visage. Pour le moment, la diplomatie était de mise, et c'est avec attention qu'il était en train d'attendre une plausible réponse ou réaction.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Sam 25 Fév - 22:53
Ce retour à la vie était loin d'être agréable, si tu parvenais à te relever comme espéré, ce n'était pas sans tituber et subir une migraine qui redoublait d'effort à perturber ton esprit et tes sens, si bien qu'une fois debout et après quelques pas, les vertiges furent si prenants et douloureux par une montée en flèche de ces agressions, que tu en tombais presque face contre terre - te retenant éventuellement par quelques efforts qui auront l'air surhumains sur l'instant tant la mise à l'épreuve est forte. Face à toi et ainsi face à cette scène de redécouverte de ton propre corps, l'homme assis et en pleine lecture aura été complètement indifférent, on en croirait même qu'il ne s'était rendu compte de rien et n'avait rien entendu du bruit loin d'être discret, circonstances obligent, de tes manœuvres physiques approximatives.

Lorsque tu rassemblais assez de force pour lui adresser un bonjour presque surréaliste dans le contexte et la situation actuelle dont tu n'avais pas forcément conscience, il lâcha d'une main le bouquin pour lever prestement l'index dans ta direction, gardant la tête baissée et le regard vissé sur sa page dont il prit soin en réalité d'achever le paragraphe qu'il lisait justement. Ce n'est qu'après quelques instants, longs instants tels qu'ils t'apparurent, qu'il se décida à redresser le visage sans te regarder directement, mais en scrutant un point vide devant lui tandis qu'il était la proie d'une soudaine réflexion.

« Bonjour ? » Questionna t-il d'un air décontenancé.

Pour joindre la parole, il plissa un sourcil et posa finalement le regard sur toi en baissant son index qui était resté en suspend et en prolongeant par la même cet air pantois, comme si on venait de lui dire quelque chose d'effectivement surréaliste et inattendu. Il détourna à nouveau le regard, marqua un temps puis lâcha un petit ricanement encore plus absurde d'amusement et d'ironie.

Maintenant que tu pouvais voir son visage, tu parvenais à décrire sa barbe noire et longue, son visage blanc presque mat, qu'il s'agisse de son teint ou du fait qu'il n'ait pas pris sa douche depuis un moment. Il a tout de même une certaine allure et de près un quelque chose dans ses manières qui ont le don d'attirer l'oeil, au-delà de sa barbe qui est vraiment longue et sa moustache, proprement fournie, signe que sa pilosité s'avère être totalement délaissée. Il aborde un aspect ténébreux, inquiétant et de son air qui se veut mystérieux transparaît la malice. Ses yeux sombres frappent d'une intensité et d'une profondeur jouant en faveur d'un aspect de serpent, les fentes en moins - remplacées par des pupilles bien humaines, constamment visible et naturel, quelle que soit son expression ou la situation. Sa voix en revanche est douce et mélodieuse.

« Je crois que je n'ai plus entendu ce mot adressé à moi depuis... au moins des mois. Toi alors. Tu reviens à la vie, alors que tu es censé être mort, tu te réveilles dans cet endroit inconnu et étrange avec un type tout aussi inconnu non loin, tout ce qu'il faut pour perturber et terrifier, et tout ce que tu trouves à dire, c'est bonjour. Tu n'es pas commun, c'est un bon point, ou un mauvais, ça va dépendre de la suite en fait. Bienvenue dans le monde réel et ennuyeux. »

Tel un jeu auquel il s'adonne, ses yeux retrouvent ton regard, un sourire en coin assez dérangeant se dessinant, avant que son regard ne fuit encore quelques instants et décidément, ne revienne à toi.

Gabriel Lacroix

Anonymous
Invité
Mar 28 Fév - 23:22
Alors qu'il était en train de marcher avec difficulté et qu'il s'était permis de commencer à faire des salutations. Il sentit que tout son être était en train de dégouliner de sueurs, car il était proie à une importante bouffée de chaleur au niveau supérieur de son tronc. Sans appui pour le maintenir, il ne tarda pas se plaquer contre le mur afin d'éviter de tomber brutalement contre le sol. Il s'y adossa et se laissa glisser sans ménagement afin de se retrouver en position assise. A deux doigts du malaise, il ne put s'empêcher de haleter et de se présenter ainsi à l'inconnu. Sa tête était victime d'un martèlement continuel par un gourdin invisible et ses pulsations cardiaques étaient si vives qu'il avait l'impression que son cœur allait jaillir hors de sa cage thoracique. Il se maudissait de s'être levé, mais cela avait été plus fort que lui et maintenant, il en payait les conséquences. Il avait sous-estimé son état, car il ne s'était pas rendu compte, de par son esprit embrumé et distrait par le chaos des derniers événements, que son corps était toujours en train de sommeiller.

Face à cet effort, il sentit ses muscles se contracter de douleurs et sa migraine qui fut alimentée par ses questions incessantes, tirailla son esprit, ce qui lui donna l'impression que quelqu'un, ou quelque chose était en train de tirer sur ses nerfs optiques, au point qu'il voulut s'en arracher les yeux.

Finalement, il s'était involontairement écarté du trou béant, mais de toute évidence, il lui était impossible de s'enfuir, maintenant, il était pris au piège avec cet individu. Il avait essayé de se montrer amical avec lui, car il eut pensé qu'il était responsable de sa survie et qu'il pouvait s'en faire ainsi un allié. L'homme qui était à côté de lui semblait être imperturbable, il regarda avec béatitude, à cause des mouches qui lui voilaient partiellement sa vision, l'index qui était pointé sur lui. Il avait comme sensation que ce dernier était en train de le transpercer, mais ce n'était rien en comparaison du regard vil de son interlocuteur.

Hormis son état crasseux et délaissé, Gabriel était conscient du potentiel physique de son voisin, mais la noirceur qui semblait découler de son âme ne lui donna guère l'envie de jouer avec lui. Lui-même était plutôt doué sur le fait de tromper les gens en se faisant passer pour un agneau, afin de mieux agir dans l'ombre grâce à cette couverture, mais lui, lui semblait être totalement à découvert, montrant son vrai visage, ses réelles intentions ce qui lui donnait un air de fou dangereux. De plus, sa voix douce qui était en contradiction avec son aspect de reptile, ne fit qu'accentuer le sentiment de malaise et d'inquiétude qu'il ressentait à son égard. Pourtant, son côté manipulateur, et le fait qu'il lise tranquillement auprès du feu, illustraient le fait qu'il était un homme de réflexion, ce qui laissait sous-entendre que Gabriel avait peut-être encore une ou deux cartes à jouer.

Assis tranquillement, son état était en train de se stabiliser, bien que les douleurs étaient toujours présentes, il fit l'effort d'écouter attentivement le vagabond, car il savait que sa survie allait en découler. Son ressenti était que l'on se moquait de lui, de supposer qu'il était stupide et que le fait d'avoir été ramené à la vie n'était qu'une simple métaphore sur le fait qu'il s'était levé après une longue période de sommeil.

Après cela, il lâcha un profond soupir et tourna légèrement la tête s'écartant du regard de son interlocuteur. Ce qu'il pensait être un atout était finalement un problème, il était sur le point de craquer, il sentait que ses nerfs étaient sur le point de lâcher. Il avait ce besoin maladif de toujours tout contrôler afin de se rassurer, et de ne pas se retrouver dans des situations difficiles, et l'improvisation n'était vraiment pas son fort. Et là, même ses repèrent les plus solides, les fondations du monde et de la réalité en étaient une nouvelle fois chamboulées. Il ne trouva aucune explication logique sur sa mystérieuse guérison, et bien qu'il eût envie de questionner le vagabond, il se ravisa à cause du peu de confiance qu'il lui accordait. Il était coincé avec un fou qui avait l'ascendant sur lui à cause de son état physique. Il supposa que l'isolement avait sûrement dû déteindre sur son hôte à l'image des sans-abris les plus repliés sur eux-mêmes. Le regard baissé et plongé dans le vide, il était encore une fois entrain s'interroger.

Si cet homme m'est venu en aide, ne devrais-je pas le juger trop vite, même si mon intuition me met en état d'alerte ? Pensa-t-il.

Il reposa son regard sur lui, et le regarda longuement afin de finalement lâcher à son tour avec une pointe d'ironie.

-Personnellement, cela fait des années que je n'avais pas vu quelqu'un lire un vrai bouquin.

Après cela, il le regarda avec attention comme un soignant regardant un malade psychiatrique. Il fallait connaître les limites, sans pourtant les dépasser de manière significative, et rester dans le cadre posé pour éviter un éventuel comportement impulsif et démesuré. Il se sentait comme un petit rongeur en train de faire le mort, pour faire en sorte que le chat ne le mange pas trop vite, mais le félin pouvait très bien aimer jouer avec sa nourriture, avant de passer à l'exécution finale. Cela va dépendre de la suite avait-il dit, mais toute la suite dépendait de ce que lui comptait faire.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Mar 7 Mar - 15:12
Le temps que tu affrontes ton propre mal aise et que tu finisses par trouver le soutien du sol rigide, le Vagabond s'était employé à récupérer un morceau de papier, plié plusieurs fois et qui prenait la forme d'un rectangle blanc quelque peu épais. Muni de celui-ci, il le glissa entre les deux pages qu'il voyait ouvertes et ne laissait sortir qu'une moitié de son papier, l'usage logique et commun du marque-page, évidemment. Son repère placé, le voilà qui refermait son ouvrage sans crainte de ne pas retrouver sa lecture et le posait à coté de lui.

A son coté, il y avait plus à voir qu'au premier regard. Un sac à dos, vraisemblablement petit et au design presque primitif car il était d'un cuir brun sans aucun apparat, à croire qu'il avait surgit de plusieurs siècles auparavant. Ce même sac était posé sur ce qui ressemblait - puisque tu ne voyais pas tout à fait directement tout cela - à un drap sale avec le bouquin de fait, trônant à présent à son flanc. Un sachet de chips entamé était ouvert et allongé, dirigé vers son propriétaire, mais ce qu'il y avait de plus alarmant à remarquer, c'était le canon d'un fusil dont tu ne voyais pas plus étant donné qu'il était accolé à cet inconnu sur le mauvais flanc, celui qui était hors de ta vue. Cependant la longueur imaginable et la largeur imposante du canon suggérait au moins un fusil d'assaut, rien qui ne soit trop insuffisant pour déchiqueter un homme.

L'homme en question n'avait pas ramené son regard sur toi depuis la fin de sa prise de parole et quand tu lui répondais, de cette remarque alambiquée, lui plongeait sa main gauche à portée du sac pour en extraire une bouteille. Ladite bouteille n'avait aucun écriteau, aucune bande de papier collée pour définir son usage et son contenu transparent à moitié vide suggérait à ta distance de l'eau, ce qu'un regard plus proche et connaisseur saurait démentir en cause de l'étrange épaisseur du liquide. L'individu à la capuche dévissa le bouchon plastique de la bouteille et la redressa pour la porter à ses lèvres, ingurgitant une gorgée qu'il acheva par un soupir appuyé, mis à l'épreuve, en rabaissant le conteneur de son breuvage. Soit c'était bien de l'eau et elle était très mauvaise, soit il s'agissait de quelque chose de plus fort.

« De la vodka. » Terminait-il par trancher sans que la question ne lui soit posée en refermant la bouteille qu'il observait. « Un cadeau d'une amie. Dans un monde comme le nôtre, les cadeaux se font rares, il faut savoir les savourer. »

Ses yeux se tournèrent enfin dans ta direction, retrouvant ton regard naturellement perturbé quand bien même tu ne l'aurais souhaité, comparé au sien très serein puisqu'il ne souffrait d'aucun mal apparent. Il avait marqué un court temps avant d'étirer ses lèvres en une petit grimace qui relevait ses pommettes.

« Je sais, je ne devrais pas, ce n'est pas très prudent ni très bon pour mon foie. Mais entre nous... la cirrhose n'est-elle pas la façon la moins cruelle de mourir aujourd'hui ? Je crois que mon cher paternel serait d'accord avec ça, tout comme toi et après tout, Shakespeare n'a t-il pas écrit : la mort est une dette que chacun ne peut payer qu'une fois ?

Quoique, je dis ça mais s'il était là aujourd'hui, j'aurais grand plaisir à te traîner par les pieds jusque sous ses yeux pour mettre au placard sa philosophie de ramasse-poubelle. Sans vouloir être grossier évidemment. De toute façon s'il avait vécu ce que nous vivons, il aurait fini dévoré depuis un bout de temps, les philosophes sont parmi les premiers à y passer, parce que tu vois, leur vie se résume à réfléchir des années pour pondre de belles phrases bien faites qui découlent d'une telle évidence que s'en est pitoyable. Le pire c'est que tu as toujours un tas de moutons qui vont te dire que ces mêmes phrases ont changé leur vie, triste non ?

Ils passent leur existence à rêver de tout un tas d'âneries utopiques ou pessimistes pour se donner un genre et croire qu'ils sont au-dessus du lot, mais la réalité elle, ne fait pas dans la finesse. Elle t'arrache la gorge et les yeux, point final. Quant à eux, au moment de mourir, leur sphincter se relâche de l'exact même façon que les autres, sans harmonie. Philosophes, stars de cinéma, religieux, prostituées, alcooliques ou encore bons pères de famille, nous sommes au final tous les mêmes tas de fientes, seul le revêtement social nous donne l'illusion d'être différent, même maintenant. »


D'un geste exagérément appuyé, très théâtral, il fit un mouliner de son bras tenant la bouteille vers le sol pour l'envoyer rouler dans ta direction. La bouteille progressa chaotiquement sur ce plancher abîmé et plein de bosses et de trous, et acheva sa course bruyante sur un prospectus froissé et étalé sur le sol à mi chemin entre vous deux. Le Vagabond avait suivi avec attention la course de son cadeau et quand elle illustra l'échec de sa passe, il fronça le nez et haussa légèrement les épaules avec une mine un peu boudeuse en revenant s'adosser au mur, les bras et mains laissées affalées sur ses jambes qui n'avaient pas donné signe de vie depuis le début.

« Sois gentil, ramasse donc cette bouteille et viens plus près que l'on enchaîne sur la suite, ce n'est pas que je sois pressé mais je m'attendais à plus de réactions de ta part, je dois dire que tu es aussi inerte et inintéressant qu'une huître morte après trois jours passés dans un coffre de voiture sous un soleil de plomb. Une bonne comparaison vu que tu as aussi l'odeur et la chair presque aussi gélatineuse, et range donc ta méfiance, vu ton état, je pourrais si je le voulais t'ouvrir le crâne avec mon livre du Seigneur des Anneaux, premier tome. Il pèse son poids crois-moi. »

Son ton s'était fait beaucoup plus neutre et indifférent, quant à son regard, il s'était détourné vers la laide ouverture qui avait remplacé la probable fenêtre de cabane défoncée. Quelque chose d'étonnant venait de changer dans son attitude, on aurait dit qu'il était plus... mélancolique qu'au premier abord.

Gabriel Lacroix

Anonymous
Invité
Lun 13 Mar - 3:10
Toujours affaibli par son mystérieux retour à la vie, il s'était contenté de d'observer et d'écouter son interlocuteur avec attention. Bien qu'il soit très susceptible, il encaissa sans broncher d'avoir été comparé à un mollusque, car il avait conscience que son attitude pouvait le faire passer pour quelqu'un d'ennuyeux. Après tout, peu d'individus pouvaient le comprendre, surtout lorsque l'on a été éduqué dans une ère où l'on se devait de s'exposer aux autres, par le biais des réseaux sociaux pour prouver qu'on existait. Non, lui, il n'était pas dans cette tendance-là, il était plutôt une sorte de balise de vision très discrète qui passait son temps à observer, analyser et à agir en conséquence. Cela lui donnait aux premiers abords un certain aspect froid, calculateur, mais aussi de plante verte, il n'était donc pas très étonné d'avoir été jugé comme tel. Il ignora cette remarque, et se concentra sur le reste ce qui le rendit mitigé vis-à-vis du vagabond. Sa méfiance et sa peur n'étaient en rien dissipées, mais le fait qu'il ne montra aucun signe d'agressivité dans ses actes, et dans l'intonation de sa voix lui confia de l'espoir sur la suite des événements. De plus, il s'était presque montré amical à lui proposer de l'alcool qui était maintenant devenue une denrée rare, mais ce changement de comportement soudain le laissa perplexe, car il pouvait être interprété de plusieurs manières.

Lorsqu'il termina sa petite tirade, il avait l'impression d'avoir affaire à un homme aigri, mais il ne comprit pas vraiment quelle était la réelle source de ce résultat. Était-il en colère à cause de son père, car il lui avait inculqué des principes, une vision de la vie ou des rêves durant son éducation et qu'il se sentait trahi, car ces derniers étaient devenus obsolètes à cause de l'évolution apocalyptique du monde ? Ou bien se moquait-il des intellectuels, qui déjà avant la tragédie, étaient déjà perchés dans leur tour d'ivoire et que la dureté de la vie actuelle rendait risibles leurs écrits d'antan ? Souffrait-il d'un complexe d'infériorité à cause de la hiérarchisation de la société ou bien était-il tout simplement irrité par cela ? Ce n'était pas comme si on pouvait percer à jour un individu sur un seul regard et unique échange, mais Gabriel était ainsi, il ne put s'empêcher d'entrer une nouvelle fois en ébullition en contraste avec son attitude inerte.

Bien que son attention fût focalisée sur le ressenti de l'homme qui était devant lui, il avait pris soin de noter qu'il était armé, mais cela ne changea rien à la donne, car même sans cela, il se savait physiquement dominé. Il se contenta d'obéir sagement aux recommandations données et c'est avec une difficulté non-dissimulée qu'il allongea son corps afin de récupérer la bouteille qui avait roulé au sol. Au préalable, il s'était mis à quatre pattes en s'approchant, car il ne se sentait guère de retenter un second lever dans cet état. Une fois l'objet en main, il se remit sur ses fesses en position de tailleur et porta son attention sur le contenu du réceptacle en plastique. Il ne put s'empêcher de la secouer légèrement et latéralement tout en la tenant par le bouchon, comme pour mieux l'analyser. En toute honnêteté, c'est uniquement parce qu'il avait bu le breuvage sous ses yeux qu'il le porta également à ses lèvres et qu'il se mit à boire une fine gorgée. Ce n'est pas qu'il ne tenait pas l'alcool ou que ce dernier était trop fort, mais son état d'après-cuite ne le rendait pas très disposé à en consommer. Il porta un instant son attention sur le petit prospectus qui traînait, il le prit afin de mieux le regarder afin de satisfaire sa curiosité et reporta son attention sur son interlocuteur. Il rompit son silence en le regardant dans les yeux.

-Philosophe, star de cinéma, alcoolique, religieux...prostituée. s'exprima-il en marquant un temps et en baissant les yeux de honte après avoir cité la dernière activée évoquée. Puis il reporta une nouvelle fois son regard dans celui du vagabond en continuant.

-Il me manque plus que le père de famille et j'aurais pu faire un bingo. Dit-il en souriant en arquant un sourcil.

Il reprit une seconde et fine gorgée et poursuivit sur sa lancée.

-En effet, je suis resté la même fiente, mais je ne suis du genre à me lamenter sur mon sort. J'essaie d'être quelqu'un de bien en dépit du fait que je ne crois pas au jugement dernier. Je n'essaie pas d'être altruiste par peur de l'enfer, mais parce que je ressens un certain bien être à aider les autres, comme il m'est jouissif de prendre ma revanche sur ceux qui m'ont fait souffrir. La justice n'a jamais existé dans ce monde, et ce n'est pas maintenant à cette époque chaotique que cela va s'améliorer bien au contraire. Cependant, je ne t'apprends rien n'est-ce pas ? Je suis trop fatigué pour jouer la carte d'une plausible séduction ou de tenter de manière détournée à te rallier à ma cause. Le parasite que je suis à besoin des autres pour survivre afin de combler mon inexpérience dans bien des domaines. Néanmoins, je n'en suis pas pour autant inutile, je m'adapte rapidement et j'ai quelques connaissances sur le domaine de la santé. Est-ce que toi ou ton plausible groupe serait intéressé pour un échange de bons procédés ?

Il s'était manifesté de manière directe et franche, à l'image d'un entretien d'embauche, il avait essayé de se vendre sans pour autant paraître désespéré. Il avait pour l'instant mis de côté ses questions sur le pourquoi et du comment il était ici et pourquoi il se sentait si mal et de quel type d'individu il avait face à lui. Il était en train de prendre un risque, mais il paraissait que dame fortune ne s'ouvrait qu'aux audacieux. C'était un survivant, et il fallait continuer d'agir comme tel, étouffer ses sentiments et donc ses inquiétudes pour le moment et continuer à s'endurcir face à la dureté et la brutalité visible qu'était devenu le monde actuel. Il était sans doute le dernier de la secte et il se devait de poursuivre sa mission sacrée et d'honorer la mémoire de ses frères et sœurs de foi en ne sombrant pas dans l'oubli. « Ils passent leur existence à rêver de tout tas d'âneries utopiques » lui avait-il dit, mais Gabriel était lui aussi un rêveur qui avait tant convoité de s'échapper du schéma traditionnel qui lui avait été dicté par la société. L'écroulement de l'humanité et de sa civilisation laissait place au chaos, mais également à des opportunités aux idées nouvelles de se concrétiser. Il fallait voir plus loin que la monotonie de survivre aux bandits et morts-vivants, il fallait se projeter dans quelque chose de plus profond. Cet état d'esprit, c'était pour lui l'unique moyen d'éviter de se retrouver à se tirer une balle dans la tête, et le vagabond pouvait peut-être être le premier pionnier d'une longue série à l'aider dans la réalisation de son rêve.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Lun 20 Mar - 16:47
Un rire s'échappa de sa gorge, franchissant ses lèvres qui s'étaient tissées d'une ironie évidente, sans qu'il ne ramène le regard. De l'encadré de la fenêtre qu'il contemplait, il n'y avait rien à signaler autre que l'aperçu des arbres alentours et le son épars des quelques oiseaux à l'abri de leurs hautes branches. Eux étaient parmi les moins concernés par cette apocalypse, hors de portée des dents et des griffes, si ce n'est des prédateurs du ciel qui n'avaient pas changés avec la fin du monde, tout du moins de celui de l'humanité.

« Tu n'as... aucune connaissance, un vrai marsouin handicapé par la vie. En l'état, tu es un bébé qui vient de naître, ou de renaître, et qui redécouvre le monde avec la même impuissance à défaut d'avoir retrouvé une certaine innocence. Ton inexpérience est aussi lamentable que pleine et entière, dans tous les domaines éprouvés par le nouveau monde, désolé de te faire déchanter.

En fait, à bien y penser, j'entends chaque fois dire que c'est une renaissance, que les gens comme toi redeviennent des nouveaux-nés à qui il faut tout réapprendre, la meilleure comparaison qui apparaît à tout un chacun. Mais en fait, il serait plus juste de parler de petits vieux gâteux, laids et partiellement trisomiques, parfois dépressifs, qu'il est nécessaire de se trimbaler pour espérer en tirer quelque chose qui, sans trop croire à faire découler un vrai bénéfice - j'aime insister, puisse le moment venu rendre l'équivalence. Hm, oui, ça me semble plus approprié, ou du moins je préfère cette image, ça génère moins d'intrigue. »


D'un mouvement peu convaincu et parfaitement nonchalant, il haussa les épaules, mais ne semblait pas plus atteint par ses propos ou la forme désagréable qu'il leur donnait. Il resta dans l'expectative du monde extérieur par la vue d'un simple cadre de bois, quelques instants de plus, puis s'autorisait à lâcher un long et las soupir, avant de s'appuyer de ses mains pour se redresser laborieusement de sa position assise, cherchant à se mettre d'abord accroupi, ce qu'il fit lui-même comme un petit vieux ayant bien du mal à réhabiliter ses jambes presque endormies, ce qui donna l'incongru spectacle du barbu qui titubait un peu sur place en étant courbé. Il parvint à se remettre vraiment debout et bascula dans le mouvement vers l'arrière pour étirer son dos, expirant très rauquement pour marquer sa manœuvre. La question de savoir s'il était au moins en partie ivre pouvait se poser aisément.

Loin d'en avoir fini, il secoua un peu ses bras le long de son corps, plia le cou vers la droite puis la gauche, ce qui finit par le faire craquer intelligiblement et étira en dernier lieux sur ses zygomatiques de par des expressions assez loufoques s'il fallait y assister. Son regard se baladait de-ci, de-là, puis ses yeux roulèrent comme s'il cherchait à se réveiller d'une sieste trop peu revigorante et il se tourna vers ce qui s'avérait bel et bien être une AK-47 au sol, en plus du bouquin et du sac. Et toi dans tout cela ? Il t'avait ignoré, pour ne pas changer de cette attitude sensiblement bipolaire, cette longue minute qui en devenait deux, tandis qu'il retournait se pencher pour ramasser son ouvrage, le mettre dans le sac, attraper ce dernier d'une main, attraper son fusil de la droite et se redresser une seconde fois avec moins de ridicule.

« Et il a fallu que ce soit l'errant que je suis, qui tombe sur toi et ton corps défraîchi en venant dans ce repaire qui me sert à surveiller quelques connaissances de choix. Est-ce un hasard que tu te retrouves près de cette caserne ? Non, évidemment. Ça n'est jamais un hasard, enfin... c'est ce que l'on essaie de nous faire croire, n'est-ce pas ? » Avait-il dit en tournant la tête à ton attention, tout en restant de dos.

Gabriel Lacroix

Anonymous
Invité
Sam 1 Avr - 20:25
La réponse qui avait été donnée ne répondait pas directement à sa question, ce qui eut pour résultat de l'irriter fortement, de plus pour lui, les propos du vagabond étaient devenus totalement incohérents, illogiques et surréalistes. C'était bien sa veine d'être coincé avec un taré injurieux et lorsque ce dernier se mit à utiliser la formule “les gens comme toi”, un électrochoc se produit dans son esprit. O combien de fois il l'avait entendue pour le désigner et ce qu'il pouvait représenter aux yeux des gens. De nombreuses voix se manifestèrent dans son esprit, tantôt féminines, tantôt masculines, tantôt agressives, tantôt bienveillantes, mais toutes portaient un jugement et çà pour lui, il n'y avait rien de plus écoeurant et révoltant que cette attitude malsaine que de donner son piètre opinion sur des sujets dont on ignoraient tout. Ce fameux toi qui était bien mis en évidence histoire de marquer un peu plus la séparation parce qu'il était inenvisageable pour eux d'être assimilé avec quelqu'un comme lui. La phrase était sortie de son contexte, il en avait bien conscience, mais les souvenirs pénibles de son vécu mélangé avec la fatigue, son mal-être physique et psychique décuplèrent son côté émotionnel au point qu'il eut été piqué à vif.

Il se mit à le regarder un certain temps, puis se mis à légèrement plisser ses yeux, et à  doucement basculer sa tête sur le côté.

-Tu es parfait n'est-ce pas ? Dit-il avec un rire ironique. Toi le vagabond, plus perspicace que les philosophes, plus éclairés que la populace moyenne, plus fort que ton père et maintenant, tu me prends de haut à l'aide de métaphores insultantes sur le fait que je suis quelqu'un d'incompétent ? Bravo mon gars, çà fait un sacré paquet de gens que tu méprises, j'espère que tu le vis bien au quotidien, parce que çà doit être bien lourd à porter vu tous les soupirs que tu me souffles dessus depuis le début de notre rencontre. Tu sais quoi ? Tu veux avoir un peu d'importance ? Tu veux m'aider à résoudre un problème ? Parce que mon incompétence, justement, ne me permet pas de trouver de réponse, mais j'imagine que pour un gars comme toi çà devrait être facile.

Son débit avait été rapide, et l'intonation de ses paroles étaient illustrées par la colère qui était en train de monter en lui.

-L'apocalypse arrive, tu te retrouves bloqué dans un wagon du métro. Tu es coincé avec quelques individus de tout bord et de tout horizon. Tu sais très bien que ces gens ne t'ont jamais réellement considéré par le passé. Qu'est-ce que tu fais ? Tu profites de l'opportunité des événements pour prouver ce que tu vaux, en espérant d'être enfin accepté, même s'il y a un risque qu'ils se retournent un jour contre toi. Ou bien, tu te venges d'eux, en les utilisant,et en passant ta personne avant tout, comme çà, tu sais à quoi t'attendre, car tu tires les ficelles en cachette ? Dis-moi Vagabond, apprends donc une leçon de vie au tout nouveau-né que je suis.

Que cela soit de la communication verbale ou non-verbale, tout son être était en train de le mettre au défi sous l'impulsion de la colère, son visage expressif de nature et son regard intense indiquèrent à quel point il était sérieux dans sa démarche. L'homme qui se présentait devant lui était sûrement ivre ou fou, voir les deux, mais il n'en avait que faire. Il avait ressenti le besoin d'expulser sa pulsion, bien qu'il sache qu'elle n'était pas légitime, mais souvent les fantasmes du cœur étaient bien plus forts que les raisonnements du cerveau. Au moins, la plante verte s'était agitée se disait-il intérieurement, mais il n'attendait rien de très constructif à cet échange. Au mieux, il le méprisait une nouvelle fois, au pire, il lui défonçait le crâne avec le plat de son fusil.

Cependant qui sait ce qui allait réellement se passer ? Il était tout de même intrigué de la réaction du vagabond, car il lui semblait assez imprévisible. Il avait été assez bavard jusque-là sans qu'il le stimule alors allait-il donner un plus grand flux d'informations intéressantes maintenant ou au contraire se braquer dans une coquille ? Ce fameux “les gens comme vous” Qu'est-ce qu'il voulait dire par là exactement ? Devait-il vraiment faire attention ce qu'il disait ? Parce que toute cette histoire de renaissance, de destin près de la caserne, il n'y croyait guère. Non pas que cela était impossible à ses yeux, car qui aurait cru qu'un jour que le monde tombe réellement en ruine à cause de l'attaque des zombies, mais parce que le personnage en face de lui ne semblait pas être crédible, et qu'il ne lui faisait tout simplement pas confiance. La seule chose qu'il n'arrivait toujours à expliquer était sa guérison miraculeuse au niveau de sa cheville. Il avait déjà vu en stage des patients qui étaient venus pour des greffes de peau et le résultat n'avait rien à voir avec son propre état cutané actuel. De plus, ce n'était pas dans la crise actuelle de cette époque qu'il allait subir de genre d'intervention. Non, il n'arrivait toujours pas à se l'expliquer.

L'envie de le questionner sur ce sujet le brûlait d'envie, mais il ne voulait pas que le vagabond se détourne de la première intervention pour se focaliser sur celle de sa blessure. C'était important pour lui qu'il y réponde, car il pourrait voir ainsi de quel type d'individu il avait à faire, mais encore fallait-il que lui se sente concerné pour cela. Au final, le vagabond était le seul contact qui lui restait dans ce monde sans pitié, mais il savait au fond de lui qu'il était sur le point de le perdre. Le “Je suis pressé” indiquait bien qu'il avait d'autres objectifs en tête que de se concentrer sur lui, comme si le fait de s'être éveillé lui avait fait perdre tout intérêt sur sa personne. Il avait un livre, une arme, des provisions et de quoi se tenir au chaud, comme s'il avait été à son chevet à veiller qu'aucun mal ne lui soit fait. Après tout, la structure qui l'abrité avait de nombreuses failles, et il aurait été aisé pour qu'un impur ne se repaisse de lui durant son sommeil à la durée toujours indéterminée. Il savait qu'il avait des pièces d'un puzzle, mais il était incapable de trouver un lien logique entre elles, ni même celles qui étaient pertinentes et celles qui étaient à jeter au point qu'il avait l'impression de nager en pleine eau trouble au beau milieu de la nuit.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Dim 2 Avr - 16:50
Un rire fort amusé s'échappa de l'homme encapuchonné qui était resté de dos, avant qu'il ne se décide enfin à se retourner vers toi d'un regard qui reflétait l'ironie continuelle qu'il se voulait afficher, une pointe de clownerie qui se noyait dans la sournoiserie apparente de son attitude, de ses mots et peut-être, mais tu ne pouvais le définir encore, de ses actes. Pourtant, il ne te répondit pas, pas directement, en fait, il releva les yeux au plafond au-dessus de toi en reprenant le fil de son discours, comme si tu n'étais jamais intervenu, ses yeux se plissant avec une mine réellement interrogative, comme s'il échangeait un point de vue sur des idées, des faits ou un accès de folie quand il était évident que tu ne pouvais comprendre grand chose de ce qu'il baragouinait. Pourtant, il paraissait pleine prit dans sa réflexion vraisemblablement intime d'événements et de faits, qui s'ils étaient vraiment réels, semblaient le convaincre en tout cas.

« D'abord chez le vieux fermier, maintenant ici, on dirait que mon ami invisible tient vraiment à ce que les gens comme toi se rassemblent, se trouvent pour avoir une chance. Bon d'accord ça semble logique, quand on imagine ce que ça doit demander de vous faire revenir d'entre les cadavres, vous voir crever bêtement au premier charognard croisé pour cause d'isolement et de fragilité aggravée, ce serait un sacré gâchis, mais...

Ça arrive bien, c'est déjà arrivé et ça arrivera encore, je pense même que la moitié ont fini en casse-croûte improvisé avant d'être parvenu à se débrouiller, mais pourquoi un tel chaos dans la répartition des sacs à infection dans ton genre ? Je veux dire, certains se retrouvent au pied du gentil fermier qui ouvre les bras en grand sans trop se poser de question visiblement sous couvert de la foi - ce qui est très louche il faut le dire, d'autres comme toi se retrouvent à deux pas de leurs semblables, à même de les prendre en charge.

Là, ça va, c'est largement surmontable, mais d'autres sont largués à droite à gauche sans la moindre cohérence, sans le moindre point d'ancrage, un coup sur une air d'autoroute, un autre dans une maison des beaux quartiers, ou dans un appartement en centre-ville, deux autres encore se retrouvent ficelés dans un hangar d'aéroport et encore d'autres aux mains d'un violeur dans un cabanon avec pour seul espoir de ne pas avoir les orifices trop abîmés en fin d'usage. C'est comme si mon ami invisible s'amusait à jouer au loto, tu comprends ?

A larguer des paquets à droite, à gauche, un peu au hasard, en espérant pour le paquet en question qu'il tire le bon numéro et ne se retrouve pas paumé au milieu de la ville encerclé par une armée de grignoteurs, quand au même moment un second est invité à déjeuner dans une jolie maison. Ça n'a aucun fichu sens. C'est pareil quand on regarde l'équipement. »


Tout en continuant de déverser sa réflexion à peine organisée, si encore elle avait la moindre logique, et tintée d'expressions comme de grimaces, de gros yeux ou le froncement à répétition de son nez et ses sourcils, il glissait dans un même temps la sangle de son fusil à son épaule pour installer ce dernier dans son dos, libérant sa main qui suivie ses mots en allant fouiller dans son sac. De ce dernier, il sortit un paquet de cigarette, qu'il balança sur le plancher dans ta direction, puis un briquet, une trousse de secours fort reconnaissable par sa couleur rouge et sa croix caractéristique blanche, visiblement bien garnie d'outils et de produits des premiers soins, et en dernier lieu avec un peu plus d'effort, un petit sac à dos en tissu épais froissé. Sa scène faite, il releva l'index en se figeant de stupeur un instant, puis indiqua les affaires qu'il venait de jeter avec un air passablement incrédule.

« Ce n'est jamais ressemblant, hormis le sac à dos, la nourriture ou souvent une arme, un coup c'est du tabac - à se demander si fumer va t'aider à te débrouiller, un coup ça va être un kit de crochetage, une boussole ou encore des anti-poisons, la moitié du temps et la moitié de ces équipements sont obsolètes dans l'absolu. C'est à n'y rien comprendre, par contre, c'est toujours par trois quand on regarde bien. Si on considère que le briquet va avec le tabac, cela fait trois cadeaux de départ et c'est toujours, exactement, le même nombre. Pourquoi donc ?

Même chose pour le largage dont je parlais juste avant, parfois, sans explication, vous êtes deux, alors que la plupart du temps c'est un par un. Sans aptitudes, sans sens à leur problème, sans explication, munis d'un pauvre équipement fait visiblement avec ce qui est passé sous la main, quand ça n'est pas juste aussi farfelu qu'un sac de course, une boite à outils et une grenade fumigène. Non mais soyons sérieux, qui aurait la bonne idée de penser que qui que ce soit peut se débrouiller avec un bazar pareil ? J'ai beau me triturer les méninges, chercher à déceler un schéma cohérent, j'en tire juste l'impression que les responsables de ce scénario tordu qui essaient de nous faire croire que toutes ces idioties ont un sens, font en vérité, juste n'importe quoi. Qu'en pense-tu ? Ou mieux, aurais-tu à y penser ? Car au fond, mon jeune garçon colérique et bien plus frustré et probablement méprisant que je ne le serais jamais... »


Il s'avança dans ta direction, un pas après l'autre avec une certaine lenteur qui n'avait rien de prudent, bien au contraire, et marcha sans considération sur le petit sac à dos vide au sol jusqu'à arriver au-dessus de toi. Cette distance entre vous coupée, quand bien même tu essaierais de reculer jusqu'à te confronter au mur boisé dans ton dos, il se penchera et viendra planter son regard narquois dans le tiens, une main sur un genou, l'autre retenant son fusil par la sangle afin d'éviter qu'il ne retourne séduire le plancher.

« Tu es mort, et tu as ressuscité. Première vérité. Tu ne sais pas pourquoi et tu n'as aucune idée de tous les changements que cela implique, seconde vérité. Tu te crois différent ? Tu l'as pensé par le passé, une bêtise tout à fait légitime je te l'accorde en tant qu'être humain, tu l'es réellement aujourd'hui, sans imaginer de quelle façon, mais tu restes heureusement le même en surface, je crois constater plus rapide à parler qu'à réfléchir, mais là encore avec ce que tu vis, je te l'accorde aussi, je ne serais sans doute pas bien malin à ta place.

Néanmoins qu'est ce qui te dit que je n'étais pas père et philosophe ? Qu'est-ce qui te fait croire, que je considère être meilleur, mieux considéré ou davantage prompt à considérer quoi que ce soit ou qui que ce soit si ce n'est me juger moi-même ? Qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai la moindre chose à faire ? Tu es en l'état incompétent, de toutes les façons possibles et en globalité, troisième vérité, mais tout ça n'est pas immuable, tout dépend de savoir si ton esprit va rester coincé sur les apparats, tout dépend dans quelle mesure tu donnes de l'importance à tout cela, à moi, à cette cabane, à ta condition, à la vérité et à l'importance que tu penses, je chercherais à me donner. Tu veux une leçon de vie philosophique et d'une évidence accablante ?

Dans le monde réel, tu as bien plus de chances de n'être, ni celui qui profitera de l'opportunité pour prouver quoi que ce soit, ni celui qui se vengera en tirant les ficelles, mais un parmi la masse dont on tirera les ficelles, soumis ou inconscient. Dans ton scénario du wagon, il ne peut y en avoir qu'un seul capable de saisir l'opportunité de prouver ou de se venger, tous les autres seront condamnés à être des victimes à différents degrés de misère, parce qu'il ne peut y avoir qu'un prédateur au sommet de la chaîne. Si tu pars du principe prétentieux et infondé que tu seras l'élu du scénario, si tu as la bêtise, de croire que l'on puisse contrôler quoi que ce soit, alors prépare-toi à te faire tondre mon mouton. La réalité n'a de sens que celle que l'on lui donne... et quoi que tu y fasses dans ton wagon, mouton, berger ou tortionnaire, tu ne pourrais l'empêcher de tomber en panne au milieu du tunnel pour mieux vous laisser dépérir, ou s'écraser contre un comparse inattendu en vous emportant tous avant d'en avoir vu le bout.

On est d'accord, maintenant que j'ai terminé la leçon, que c'est très embêtant de se voir faire la morale par un adepte de philosophie de bar et franchement ce rôle ne m'amuse pas autant que ça en a l'air, disons que je suis très bon comédien. Sur ces bonnes paroles, tu ne m'as posé qu'une question pertinente à laquelle je répondrais... »


Il se releva enfin en t'arrachant des mains la bouteille, si tu ne la lâchais pas volontairement, sa poigne imposante surtout de par ton état général de faiblesse, puis se dirigea vers la porte, près du trou remplaçant la fenêtre à l'opposé de la pièce, en bousculant un bidon vide au passage sans y porter quelconque intérêt tout comme aux détritus papiers et plastiques sur lesquels il marchait. Durant sa marche d'un coup plus motivée, il ponctua :

« Je n'ai rien à t'échanger, toi non plus et je n'ai pas de groupe dont je pourrais faire l'intermédiaire, à vrai dire je me fiche en réalité totalement et bien grassement de ton sort, ce n'est pas gentil je sais, par contre j'en connais un - de groupe - qui pourrait être un peu moins tordu et nébuleux que je ne le suis, si tu veux bien lever ton popotin, et je te la donnerais gratuitement et à contrecœur, ta fichue chance. Sinon... eh bien sinon tu te débrouilles pardi. Vendu ? »

Il n'aura à vocation de ne s'arrêter qu'à la porte dont il saisira la poignée pour l'ouvrir et te porter une attention découlant de l'attente de ta réponse. Cet homme n'avait guère laissé de place à tes rétorques tout au long de ce monologue bien plus emporté et fouillis de paroles que précédemment, mais voilà qu'il te donnait tout loisir de reprendre la main.


Inachevé.
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