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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Débordements incontrôlés - 13/04/2035
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Ven 31 Mar - 14:40
Interprété par James Everett et Kyle Collins.

C’est un mal de crâne terrible qui me réveilla finalement, me laissant dans un état particulièrement confus, alors que je peinais à reconnaître les lieux, voir même à connaitre le jour et le mois. J'ouvrais les yeux en rivant la peinture du plafond comme si je découvrais un nouveau décors issu de mes rêves profonds. La pièce où je me trouvais était inondée d’un soleil particulièrement agréable sur la pente descendante de la fin de journée, l’ensemble des fenêtres qui couvraient le mur qui me faisait face laissant entrer ces rayons que je sentais d’une certaine chaleur. Je me redressais sur mes coudes, un peu hébété, restant ainsi immobile le regard complètement perdu droit devant moi à simplement écouter ma respiration calme et profonde. Il flottait dans les airs un sentiment de solitude, le silence environnant m’apparaissant complètement déphasé face à un sentiment attendu plus chaotique sans que je ne parvienne à en trouver les raisons.

Après de longues minutes d'aphasie, je basculais mes deux jambes par-dessus le rebord du lit, mes pieds nus se positionnant à plat sur le sol froid tandis que mes fesses gardaient l’assise de ce matelas assez confortable. Je plantais mes deux avant-bras sur le milieu de mes cuisses me penchant en avant pour vriller mon regard sur le carrelage, me laissant le temps de remettre mes idées et mes souvenirs en place. Je voyais immédiatement et très nettement la large bande qui cerclait le haut de ma jambe droite dont la douleur s’éveillait également peu à peu et me renvoyait les images issues de cette blessure de plein fouet, une légère auréole rouge marquant le tissu. J’avais livré un espèce de combat au corps à corps contre un type qui avait fini par planter la lame de son couteau dans mon quadriceps alors que je tentais furieusement de lui ôter la vie.

J’avais beau creuser mon esprit, rien d’autre pour le moment me revenait. Mes mains grimpèrent vers mon visage, massant mes tempes et mes sinus pour soulager la tension qui me provoquait ce mal insidieux, découvrant également en même temps les différents pansements qui le recouvraient. Au coin des lèvres, sur ma joue, à l'arcade sourcilière. Découvrir ces blessures ne m’étonnaient pas particulièrement en dépit du fait que j’avais un mal fou à remettre le scénario de ma nuit en ordre et surtout les raisons qui m’y avaient conduit. Je ressentais plus un sentiment attendu de fatalisme et d'acceptation. Je redressais ensuite mon dos, mes bras quittant leurs appuis, pour observer mon corps des pieds au torse, cherchant çà et là les différentes blessures apparemment soignées mais qui me laissaient encore quelques vestiges douloureuses de leur présence.

Je décidais de profiter du calme ambiant de cette fin de journée pour me glisser dans la salle de bain du dortoir, me plaçant face à un miroir brisé pour observer mon reflet entrecoupé d'éclat. J’avais éprouvé un certain mal à m’y traîner d’ailleurs, sous le poids des courbatures qui rigidifiaient toute ma stature, j’avais l’impression de ressembler à un robot boiteux. Je prenais appuis contre l’évier, me détaillant vaguement avant qu’une odeur assez désagréable de transpiration ne m’agresse les narines. Je me débarrassais rapidement du tee-shirt partiellement responsable, le jetant dans un coin de la pièce sans plus m’en soucier, avant d’entreprendre une toilette rapide faute de pouvoir me glisser entièrement sous la douche et gâcher l’ensemble des bandages et autres pansements qui couvraient ma peau.
Comme une vidéo mise en lecture arrière, je me revoyais grimper les escaliers de la tour du Perchoir, James me servant de béquille face à cette épreuve assez laborieuse, avant d’être laissé dans cette chambre. Les médicaments qu’il m’avaient filé avaient été particulièrement efficace sur mon corps qui les avaient sans doute ardemment réclamé, me plongeant dans un sommeil du juste des heures durant. D’ailleurs, combien de temps j’avais dormis ?

Je m’aspergeais la nuque et les épaules d’eau froide pour me rafraîchir les idées, refaisant le film des événements passés au fur et à mesure dans ma tête tandis que mes pas me portaient à nouveau dans le dortoir commun désespérément vide. J’ouvrais le placard à proximité du lit où je m’étais réveillé, constatant la présence de plusieurs vêtements suspendu à quelques cintres ou pliés, jetant mon dévolu sur un nouveau tee-shirt qui me semblait être plus propre que le précédent. C’est en refermant la porte du meuble, restant dans cette simple tenue fait d'un boxer et d'un tee-shirt, que des souvenirs bien plus important que le reste me revint enfin en tête, me gravant au fer rouge le prénom de Katryn et celui d’Amber. Ma femme ne se trouvait pas dans les parages alors que j’étais persuadé qu’elle avait survécu à ce coup de feu tragique par un miracle que je n'expliquais pas. J'étais d'un seul coup, profondément inquiet, des sueurs froides me donnant quelques frissons incontrôlés.

« Amber… »

Ce prénom sortit de ma bouche tout seul alors que mes pensées insistaient lourdement dessus, me rappelant mon bébé récupéré la nuit précédente que j’avais emmené jusqu’ici. Par faute de pouvoir m’en occuper seul, en trop mauvais état à ce moment-là, je l’avais confié à James non sans une grande réticence, davantage poussé par la raison que par le cœur. Mais maintenant que je me sentais mieux, capable d’en prendre soin moi-même et surtout particulièrement inquiet de ne pas la savoir près de moi, je décidais de sortir à la recherche de ma fille, atterrissant dans le couloir desservant les deux dortoirs, comme un drogué en manque de son contact poupin et de son odeur lacté. Dans l’empressement, ma voix se porta rapidement pour appeler le concerné assez fortement d’ailleurs, celui qui serait capable de me dire où elle se trouvait.

« James ?! »

Je remontais le couloir jusqu’au bout, toujours boitant, bifurquant sur ma gauche pour longer le bloc sanitaire. Je m’arrêtais finalement devant la porte du dortoir officier de la caserne où je savais de manière plus instinctive que de mémoire que je pourrais l’y trouver, frappant à trois reprises sur le battant. Je me sentais soudainement pris d'une certaine panique face à quoi que ce soit qui pouvait lui arriver en mon absence, aussi je réitérais le geste assez brutalement sans même avoir patienté une seconde.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 2 Avr - 17:57
Plongé dans un sommeil réparateur et bien mérité, James ne s'était pas rendu compte que le bébé lui avait été soutiré par Elizabeth, ni du passage d'Ivy quittant à l'insu de tous le Perchoir, épuisé qu'il avait été par la nuit précédente et la journée même, il était resté dans l'inconscience des heures durant, étalé sur le canapé du salon sans refaire surface un seul instant. C'est à l'appel de Kyle,, fort et unique dans le silence ambiant, que le chef de camp se réveilla d'une phase de sommeil plus sensible en sursaut, s'appuyant subitement sur ses mains et ses jambes pour se redresser du canapé. Il était pris par une lourdeur générale de son corps qui avait été tiré avant l'heure du repos nécessaire et ses muscles mirent quelques instants avant de répondre pleinement à ses ordres.

Redressé mais à demi dans les vapes, ses yeux vagabondèrent de parts et d'autres à la recherche de la compréhension, à la fois de la raison qui l'avait tiré de son sommeil - incontrôlé - que de remettre le lieu et les événements dans leur contexte. Il cligna de ces mêmes yeux plusieurs fois et finit par se mettre assis en se passant de gestes fermes et en manque de retenu, les mains sur les yeux et le visage. Si son esprit avait été très vif au son comme aux idées, son corps avait besoin de plus de temps pour réhabiliter ses capacités et il resta quelques instants de plus dans l'impasse à synchroniser les deux, sa vue prise de vertiges et son crâne assez migraineux sur l'instant. Les coups portés au dortoir officier lui parvenaient très clairement, il n'y avait, à coté de cela, ni pleurs ni barouf quelconque, c'était littéralement le calme plat en dehors de cet acharnement isolé contre une pauvre porte innocente de ce qui lui était infligé.

Finalement, il parvint à se hisser debout avec l'appui de ses mains et le front interrogatif d'un plissement poussé, comme ses yeux là encore mis à contribution le temps de bien éclairer ses sens, il passa le regard du couloir coté dortoirs à la porte du réfectoire devant lui, puis à celle de l'infirmerie à sa droite, constatant l'absence de vie. C'est à ce moment-là, retrouvant sa correcte lucidité et son malaise se gommant progressivement, qu'il comprit que cette voix avait été celle de Kyle et que cette porte sur laquelle il frappait été probablement celle de son dortoir, où il était probable qu'Elizabeth et le nouveau-né se trouvaient, ce qui poussa James à presser le pas pour rejoindre le couloir puis le dortoir d'un instinct d'alerte piqué à vif.

C'est ainsi qu'il arriva près de l'ex-militaire, celui-ci toujours affaibli de ses blessures mais visiblement électrisé, au semi-pas de course jusqu'à l'interpeller en portant la main contre le torse de ce dernier, tandis qu'il venait lui passer devant pour faire barrage à la porte, ce qui impliquait une très grande proximité qu'il ne désamorçait que d'un mesuré geste sur le buste de l'homme en arrière. Sa venue et sa méthode d'action qui se voulait défensive avaient été assez approximatifs dans l'application, le tout était d'y être parvenu suffisamment pour interrompre l'emportement de celui qui lui faisait face.

« Hey, Hey ! Qu'est-ce qui te prend à cogner sur la porte comme ça ? Ça va pas ? »

Une profonde stupeur l'avait envahi, son regard plongé dans celui de Kyle dessinait un clair étonnement ponctué d'une appréhension tout aussi instinctive et il ressentit la nécessité de laisser sa main en protection contre le torse de Kyle - ou près de lui si ce dernier avait reculé au contact. Si son attention se voulait concentrée sur Kyle, son oreille gauche près de la porte du fait qu'il était pratiquement de profil, s'intéressait discrètement à la chambre dont il ne percevait aucun bruit pour le moment. Il était soulagé, sans vraiment pouvoir en expliquer la raison, que Kyle ne soit pas entré et par association qu'Elizabeth ne soit pas sortie, avec pour résultat de se retrouver face au blondinet qui paraissait franchement bousculé. Par quoi ? Il n'en savait encore rien mais cela ne lui disait étrangement rien qui vaille.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mar 4 Avr - 15:41
Les secondes m’avaient paru une éternité et je crois que j’étais au bord de perdre patience quand j’entendis les pas d’une première manifestation humaine dans mon dos. Je lui fis immédiatement face, pivotant sur mes faibles appuis tout en suivant sa position qui en une fraction de seconde se trouva à me barrer l’accès à la porte comme s’il cherchait à la défendre. Je reculais de quelques faibles pas en jetant un œil dans le couloir qu’il avait emprunté pour attester de l’absence de présence supplémentaire avant de reporter mon attention sur l’intervenant en un souffle de soulagement sans pour autant que mes angoisses disparaissent comme par magie.

«  J’viens de me lever, j’suis un peu dans le coaltar. Tu sais… tu sais où sont Kat et Amber ? Je crois… putain, je crois que Kat était sérieusement blessée hier… dis-moi qu’elle a rien et qu’elle est en vie. Je comprendrais si elle veut pas me voir, mais dis-moi juste où est la petite. Qui s’en occupe ? »

Je sentais mon taux de stress monter de plus en plus et mon cœur battre à un rythme si effréné que j’avais l’impression de m’être tapé un sprint pendant une bonne demi-heure au moins et pour accroitre cette impression, je sentais mon front se couvrir légèrement d’une légère pellicule de sudation qui me fit frémir. Je ne savais pas pourquoi je ressentais toute ces angoisses alors que dans mes derniers souvenirs, les deux allaient très bien, je gardais pourtant en tête ces inquiétudes qui me susurraient que ce n’était en rien le cas et que tout ce qui m’effrayait depuis les quelques minutes qui avaient suivi mon réveil était vraie, réelle, avérée.

J’avais parlé un peu vite sans doute, un peu court sur la voix, dû à mes pressentiments mais j’étais persuadé que James les comprenaient amplement. Après tout, c’était lui qui avait récupéré la petite pour prendre soin d’elle le temps que je récupère. Le fait que James ne soit pas en sa compagnie signifiait qu’il l’avait confié à quelqu’un d’autre et si évidemment je me doutais que Kat s’en était sans doute chargé, je devais avoir l’absolue certitude que ce soit bien le cas et qu’elle soit évidemment en l’état de le faire. Je l’avais saisi par les épaules en même temps pour presser un peu sa réaction. Mes propres pensées commençaient à s’embrouiller et j’avais crainte qu’il n’arrive pas à suivre mon résonnement, aussi je prenais un peu appuis sur lui pour essayer de me recentrer, secouant la tête à plusieurs reprises, expirant toute l’air contenu dans mes poumons comme si je cherchais à reprendre pied après un vertige, avant de reprendre sur un ton toujours égal au précédent.

« C’est Kat ? Elles sont à l’infirmerie ? Dis-moi juste ça et je te laisse tranquille. »

Je ne savais pas vraiment si les tremblements de mes bras étaient dû aux douleurs que je ressentais à nouveau pleinement ou à cette attente qui me semblait interminable, mais je n’avais aucun moyen de les freiner. Ma jambe, mon crâne, ma lèvre et ma joue, quelques muscles dont j’avais oublié jusqu’ici l’existence, je prenais vraiment conscience du piètre état dans lequel j’étais, des événements accomplis la vieille – ou peut-être plus ? – et pourtant, je n’arrivais pas à justifier ce qui me rendait fébrile à ce point.

Le silence continuait de régner dans le bâtiment, ce qui me laissa une impression étrange d’inhabituel.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 5 Avr - 16:07
Incrédule, James resta hébété en écoutant Kyle lui répondre en évoquant des noms qui ne correspondaient à personne ici, et plus encore lorsqu'il demanda des nouvelles du bébé avec une familiarité déconcertante. James n'avait pas eu la vocation d'être parent, mais il était un médecin assez compétent - ou tout du moins l'avait-il été par le passé - pour pouvoir jauger et juger d'éléments comme le fait que ce nouveau-né n'avait même pas vingt-quatre heures, et que rien n'expliquait que Kyle puisse le connaître d'une façon ou d'une autre étant donné les circonstances de sa découverte.

Mais ce qui interpellait également James se cumulait d'éléments : le fait qu'il le prenne aux épaules n'était pas dans ses habitudes, James était de nature tactile et avait à plusieurs reprises eu des gestes fraternels à l'égard de Kyle, mais ce dernier n'était pas allé plus loin que la mesurée tape sur l'épaule. Plus encore et plus concret, il avait le souffle court, se trouvait en sueur et paraissait en conséquence très angoissé, trop même et c'était particulièrement palpable.

Son regard perdu, perturbé, sa manière de se soutenir à James qui n'avait eu pour réaction que de poser ses mains sur ses bras pour le soutenir tout en s'octroyant une certaine tenue sur la pression exercée par Kyle, cette angoisse, cette tension et cette attitude qui ne lui ressemblait pas, ces noms... c'est comme un flashback suggéré par son esprit qui lui vint et avec lequel il recoupa logiquement la scène de la laverie une semaine plus tôt. Il retrouva alors une certain familiarité dans la tension inhabituelle de Kyle mais surtout dans l'incompréhension des propos qu'il tenait et la manière vengeresse et familière dont il avait battu à mort l'homme de l'avion, avec qui il n'avait eu pourtant aucun lien, James en était à peu près sûr. Peu à peu, son esprit vogua du coté de ses souvenirs beaucoup plus lointains, remontant à une époque que Kyle et lui avaient connu indépendamment de l'autre : leur parcours militaire.

Les propos incohérents dans le contexte, des noms qui n'avaient pas lieu d'être évoqués, l'attitude angoissée, stressée, désorientée, l'impulsivité inattendue, tous ces éléments regroupés lui rappelaient un phénomène qu'il avait eu à affronter dans ses soutiens psychologiques à un certain nombre de camarades de l'époque, rôle qu'il cumulait à celui prioritaire de médecin-chirurgien, car il était commun dans ce milieu d'un peu tout faire quand on en était capable, la dur vie sur le terrain ne permettant guère de faire la fine bouche à tous les niveaux. Il ne lui avait pas fallu plus de quelques moments de réflexion cette fois, traduisant un silence imposé par James de longs instants, pour qu'il croise des images et des éléments afin de recouper finalement les cas de perte de lucidité et d'hallucinations, qu'elles soient auditives ou visuelles, résultant des chocs et traumas que les soldats de terrain avaient pu subir.

Lui-même n'en était pas étranger, bien que ses propres traumatismes n'aient pas entraîné un état de choc post-trauma lourd ou permanent, tout ce qu'il avait vécu de beau comme d'effroyable là-bas, l'avait poursuivi dans la vie civile et isolée des années durant, de jour comme de nuit, il se souvint de tous ces rêves éveillés, ses cauchemars endormi plus vrais que vrai, toutes ces sensations se rappelant à sa mémoire, à son ouïe de touchers, de goûts, de sons et de bruits divers détournés de leur réalité première par son esprit blessé. Il avait pu s'en remettre en partie et malgré les peines qui ne s'étaient jamais enfuies dans sa première vie, cette renaissance-ci avait eu au moins le bénéfice - pas immédiat mais il y avait abouti - de l'éloigner de ses traumas pour ne plus en faire que les souvenirs qu'ils auraient du être, présents, ressassés par moments, mais assez distants afin de ne pas être harcelés par eux.

Il était évident à James, comme une claque méritée pour ce qu'il n'avait pas su déceler avant alors que c'était si évident à présent, que Kyle souffrait d'un choc post-traumatique lourd, assez pour que les événements violents et cruels de la nuit dernière ne l'ai replongé dans ces souvenirs, cependant il n'était pas question de soldats, de batailles et d'événements qui pouvaient s'apparenter à la vie militaire. Non, il parlait d'une femme, d'une fille, la sienne. Une pointe douloureuse traversa l'échine de James, qui compris ainsi que tout ce cinéma de Kyle, commencé la veille, n'en était pas un, mais qu'il ramenait à la réalité les souffrances de sa vie antérieure et la perte probable d'une femme et d'une fille, ce qui submergea l'empathie de James et sa conscience de peine, de compassion et d'effroi.

Le pire, qui s'imposa à cette histoire, c'était qu'hormis chercher à lui faire retrouver la raison, il ne savait en l'état et dans l'urgence pas comment l'aider mieux, ni ne pouvait lui confier ce bébé sur lequel il projetait - et James en était profondément touché - l'existence perdue de sa propre fille par déduction. Ses mains remontèrent des bras de Kyle jusqu'à ses épaules, le chef de camp fermant les yeux brièvement en lâchant également un long et difficile soupir. Il n'aimait déjà pas la réaction qu'il était contraint d'avoir et malgré le risque évident que la condition de Kyle pouvait amener, l'expérience ayant démontré la violence et le déni qui étaient communs à ce genre de trauma profond, il rouvrit le regard et le planta directement - mais calmement - dans celui de Kyle, ouvrant les yeux et la tête quelque peu penchée vers l'avant pour capter pleinement ce qu'il était capable de concentration et d'attention.

« Kyle, Kyle, Kyle... » Il répétait son prénom en espaçant chaque prononciation, volontairement, une des choses qu'il avait apprise, c'était que la répétition des mots et des réalités était l'une des meilleures façons, du moins parmi les plus aptes à aider, de faire revenir le concerné ou la concernée aux faits et à la vue réelle en diminuant l'intense crédibilité que pouvait avoir l'irréel. Il était commun même hors du domaine de la psychologie que répéter des sons, des images, des idées ou des mots multipliait les chances de les imposer à autrui, ou se les imposer à soi-même, ce qui par un cercle vicieux expliquait aussi la persévérance des traumatismes. Cela et les descriptions, les détails, comme leur situation et celle de la nuit passée vis à vis du présent permettrait peut-être de raisonner Kyle, mais rien n'était moins sûr.

« Ecoute-moi bien, nous sommes à la caserne de pompiers, au Perchoir, nous sommes, en Avril 2035, à Snyder. Tu comprends ? Tu es là, toi, Kyle, moi, James, Ivy, Jena et Elizabeth. Cette nuit, nous sommes allés chercher Jena et Ivy qui ont été agressées, par des hommes dans une cimenterie, et elles ont été blessées. Jena, et Ivy, dans une cimenterie, mais elles sont ici et sont sauves. Il n'y a personne au Perchoir qui s'appelle Kat, ni Amber. Ce bébé vient tout juste de naître Kyle. Tu m'entends ? Il vient tout juste de naître, il y a moins d'un jour, il n'a pas de nom, ce bébé n'est pas le tien. Amber n'est pas ici, Kat non plus. Ce n'est pas Amber. Ce bébé n'a pas de nom, il n'a pas une journée. Je suis désolé Kyle... je suis vraiment désolé. »

Il avait fait de son mieux pour obtenir la voix la plus douce et la plus calme possible, entrecoupant la plupart de ses propos, ne lâchant pas les yeux de Kyle des siens une seconde, ni par la suite, il gardera ses mains sur ses épaules, conservant cette proximité mais y accordant une certaine fermeté, afin d'être prêt à réagir si Kyle devait ne pas supporter le moindre début d'acceptation. James se mettait pleinement à sa place, il ne pouvait imaginer ce qu'il avait pu vivre s'il avait vraiment perdu une femme et une enfant, c'était tout bonnement horrible et atroce, le pire qui soit sur cette terre. Aussi ne comptait-il pas le laisser dans sa désorientation, ni vouloir le contraindre à accepter sèchement de revenir à la réalité, mais il fallait y parvenir plus en douceur car il ne pouvait pas, pour le bien de Kyle et la sécurité du groupe, le laisser sombrer plus que la folie de cette nuit avait pu le faire, ce dont James n'avait pas toute la mesure pour ne pas connaître tout ce qui affectait son état mental.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 6 Avr - 14:26
Je relevais doucement les yeux vers James alors qu’il prononçait mon nom à plusieurs reprises, captant entièrement mon attention par rapport à ce qu’il avait à dire, ou les réponses qu’il avait à donner. D’un seul coup, et avant même qu’il ne commence à parler de nouveau, j’eus une subite envie de partir à travers ce couloir, de foncer en direction de l’infirmerie pour avoir les réponses que je cherchais. Chaque seconde, chaque inspiration, devenait une éternité d’attente et l’appréhension qui me saisissait ne faisait que renforcer le sentiment d’urgence qui m’agitait et me tétanisait à la fois.

Mes yeux grands ouvert, je fixais ce regard droit sans m’en détourner, cherchant un sens réel à ce qu’il me disait. J’avais vraiment l’impression qu’il me prenait pour un demeuré et je ne m’étais certainement pas attendu à cette attitude. Qu’il me guide vers la bonne direction ou qu’il m’envoi chier, ça, d’accord, je n’aurais peut-être pas accepté dans le second cas, mais j’y aurais trouvé un sens réel. Mais pour le coup, tout ça me paraissait nébuleux, voir irréel et pourtant je restais muet et immobile face à chacun de ses mots, retardant mes inquiétudes qui ne trouvaient toujours aucune réponse, mon coeur accélérant drastiquement ses battements dans ma cage thoracique alors même que ma respiration s'emballait. J’aurais pu l’envoyer promener, le bousculer, me débrouiller tout seul comme un grand puisque je ne pouvais compter sur les autres, mais non. Rien ne venait, rien hormis une série d’image qui se superposaient les unes aux autres et dans lesquels j’associais les noms, la date, qu'il venait de prononcer à quelque chose d’à la fois lointain et tangible, de vrai et d'imaginaire.

Les incohérences de mes propres souvenirs de la nuit dernière m’apparaissaient tandis que je forçais pour me rappeler du cheminement exact de la nuit et maudissait mon état un peu trop faiblard à mon goût. Foutu médicament. C’était sans doute eux qui me mettaient dans un flou pareil alors que tout m’était apparu d’une clarté limpide hier. J’avais reçu un appel radio, j’avais échangé avec l’un de ces salops lorsque j’avais pris conscience que les filles étaient en danger, j’avais … non, ce n’était pas ça, ça n’avait rien à voir. Non, j’étais sorti de la maison. Kat ne voulait rien entendre alors que je lui assurais que la maison était loin d’être sécurisé et qu’il fallait absolument qu’on parte pour trouver un abris, un refuge. Sa sœur et son con de mari l’avaient soutenu, la rendant encore plus bornée dans sa décision, mais je devais absolument trouver un endroit pour les protéger, c'était mon devoir de mari et surtout de père. Qu'elle décide de volontairement se mettre en danger, c'était d'une débilité sans nom, mais ça aurait été son choix. Mais qu'elle décide de mettre notre fille en danger malgré mes préventions, je ne pouvais pas l'accepter. Il me fallait de l'aide et un endroit sûr. J’avais pris la voiture avec James, filant tout droit vers la frontière en direction du comté de Wichita non loin de la frontière.

Putain non, c’était pas ça. Je me redressais légèrement, pressant la paume droite de ma main contre ma tempe alors que je prenais un peu de recul pour mieux me remettre les idées en place. J’avais l’impression d’être devenu complètement fou, mais je ne pouvais nier les souvenirs qui me revenaient à mesure. Les morts avaient envahi la frontière, et même les premières villes à proximité, m'empêchant d'atteindre ma destination. J'avais espéré trouver de l'aide à Sheppard, mais je prenais finalement toute la mesure de la menace qui venait de détruire notre quarantaine et nous enfoncer à notre tour dans la déchéance. Nous n'avions plus le choix désormais, et s'il fallait l’assommer pour me faire entendre, alors je le ferais. Je voyais mon retour et ces types armés à notre baraque. Ma femme, morte. Ma fuite avec Amber alors que ma putain de blessure commençait à s’infecter et prendre une couleur bien trop inquiétante. Et puis. Non. Non ...

« NON !! »

Je hurlais avec la force d’un lion en rage, repoussant James de toute tentative de maintien en dressant un doigt accusateur en sa direction, l'autre poing serré si fortement que je sentais mes phalanges soumises au supplice, tous les muscles en tension.

« T’es qu’un foutu menteur !! Elles étaient là, hier, toutes les deux. En vie ! Elles étaient vie ! »

Je me pressais de descendre le couloir en direction de la seconde partie du bâtiment, sentant cette colère bouillir en moi comme un volcan prêt à entrer en irruption et à lâcher toute sa haine et sa rage de manière incontrôlé, quitte à ignorer la douleur de ma jambe qui m’apparaissait bien superflu en rapport à ce que je pouvais ressentir à l'intérieur de moi. Avant d’arriver au coude et de tourner à droite, je fis demi-tour pour faire face à James à nouveau et bloquer toute tentative de m’empêcher de continuer, dressant cette menace face à lui et vociférant de plus belle.

« Pourquoi tu l’as laissé mourir ?! Tu m’as dit que tu t’en occuperais et tu l’as abandonné ! Elle n’avait que deux mois James ! Ce n’était qu’un bébé. Et toi, tu l’as abandonné ! »

Je ne pouvais pas croire que c’était arrivé. Où l’humanité avait dépérit au point que nous n’étions plus capable de prendre soin des êtres qui nous étaient cher, et qu’un rien, trois fois rien, pouvait nous les arracher en balayant avec nos raisons de vivre, nos existences toute entière, notre humanité. Tout ce sang et ces morts, je reniais complètement leur existence. Elles n’étaient que les images de mon esprit angoissé et torturé à l’idée de les perdre, toutes les deux, forçant cette chose en moi à se briser à nouveau. C’était faux, c’était forcément faux. Elles étaient là, quelque part, à m’attendre bien sagement. A attendre mon retour. Comme avant. La journée aurait été dure, les créances, les contrats qui s’enchaînaient, mais rien ne pouvait alors briser notre lien.

Je reprenais ma route furibond, essayant de traverser le couloir du salon, mon regard furieux cherchant désespérément ces visages familiers et si cher.


Inachevé.
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