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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Une dernière tombe à creuser - 08/04/35
 :: Memorial :: Hopeless Life : First Season :: Camp Hope :: Périmètre

Carl Wilson

Anonymous
Invité
Sam 1 Avr - 19:32
Interprété par Carl Wilson et Matt Campbell.


Cela faisait une journée ou presque, depuis qu'il avait fuit cette maison et son danger toxique. Une journée, depuis cet événement incompréhensible, que son cerveau tournait et retournait dans tous les sens sans y trouver une logique ou une substance qui ne soit pas simplement chaotique. Son esprit avait subit un crash, mêlant le réel à l'irréel et il avait couru à s'en tordre les côtes, à s'en faire suffoquer et à épuiser ses jambes, zigzaguant entre les propriétés, courant presque au hasard en cherchant une échappatoire qui n'était jamais venue, rencontrant par moments des morts-vivants qui envenimaient toujours plus sa terreur exacerbée et sa folie du moment.

Finalement, il s'était engouffré dans une cave, par des portes extérieures de ces caves à l'américaine dont on accédait par une façade de maison, arrière et cachée de préférence. Dedans, il avait trouvé des étagères vides, des paniers en osier, des pièces isolées par de vieilles portes de bois, ce lieu avait servi de réserve à une chose ou une autre et n'était plus qu'un amas de salissures et de pailles vide. Là-dedans, avalant des tonnes de particules de poussière volant par ses grandes respirations, il s'était recroquevillé dans un coin comme un enfant et avait ramené ses jambes contre lui, enfonçant sa tête entre elles et se recouvrant de ses bras. Il avait tout fait pour se cacher de ce monde irréaliste et terrible, s'était balancé au rythme de murmures désarticulés de sens, des incompréhensions à lui-même et des pensées filant par dizaines à une vitesse ahurissante dans son esprit.

Refusant le risque de regarder le monde, il était resté dans cette bulle des heures durant, terminant par calmer sa respiration et son balancement pour se faire statique et calme, puis ce fut à son esprit de se calmer à son tour, jusqu'à ce que la fatigue, à force de rester dans l'attente et dans le silence, se fasse ressentir par la lourdeur de ses paupières et l'engourdissement de ses membres. C'est sur ce sol pailleux et inconfortable qu'il se sera endormi, s'infligeant au réveil presque à l'aube - pour un gros sommeil d'où il avait eu un mal fou à s'extraire - de douloureuses courbatures et un mal être entier. Ledit réveil avait été une nouvelle épreuve et c'est titubant et prêt à s'effondrer, les yeux persévérants d'imposer à son regard un trouble général, qu'il se sentit le besoin de sortir de cette cave pour goûter à l'air frais. Son nez et sa gorge étaient secs, gênés et saturés de poussière, il toussait régulièrement et fortement, tandis qu'il retrouvait ce monde qui en dépit de son départ pour l'inconscience, n'avait pas changé.

Malgré qu'il ai finit par se ressaisir et retrouver une certaine conscience des choses et de son corps, au demeurant lourd et mollasson, il se souvint des événements du jour passé avec une distance incertaine, un morcellement et un flot d'incertitudes. Comme si tout ce qu'il avait vu et vécu n'avait pas été tout à fait réel, mêlés à sa crise de panique, conservant l'irréel comme l'irréel mais associant par la même occasion pratique et nébuleuse des faits réels à l'irréel, ces visions d'araignées et de la femme morte-vivante en voulant à sa peau prenaient la même consistance de rêve que d'être passé à travers mur. Comptant son sommeil très agité par une multitude de cauchemars et son esprit avait fait l'impasse sur le plus difficile à admettre, rangeant bien correctement l'inexplicable dans le tiroir de la folie ou du rêve pour mieux le débarrasser de sa crise.

Il ressentait une fraîcheur intérieure due à cette nuit sans rien pour le couvrir, qui fit trembler ses membres et c'est dans une marche assez pénible et laborieuse qu'il suivit les propriétés par l'arrière, évitant soigneusement de risquer à passer par la rue intérieure après tout ce qui avait pu se passer. Cela dura un certain temps, des minutes qui parurent des heures, se cumulant, sa cuisse droite un peu plus douloureuse à cause des collets dans sa poche qui avaient du se presser contre sa cuisse durant son sommeil, étant donné qu'il avait changé de coté de nombreuses fois. C'était d'ailleurs tout ce qui lui restait, son arbalète elle perdue, entre les mains des forcenés qui en avaient voulu à sa vie, il ne se risquerait pas à y retourner.

Il était en mauvaise, très mauvaise posture, même si son esprit restait embrouillé, il avait en revanche pleinement conscience que ses chances de survie en l'état atteignaient un stade critique, le moindre rôdeur qui débarquerait d'une propriété droit sur lui, et ce serait le drame. Cette crainte rythma sa marche et le poussa à guetter chaque recoin, d'une haie, d'un jardin, de murets, tandis qu'il cherchait à presser le pas dans la direction qu'il pensait être la bonne et donc son objectif : le campement dont la fille avait parlé. C'était sa seule opportunité et il n'avait plus du tout le choix, quoi qu'il fasse, il était pris au piège de sa propre condition désastreuse, abandonné et sans repères, il ne pourrait continuer longtemps et cette nouvelle vie, ou survie, difficile à déterminer, risquait de tourner très court.

Mais voilà qu'il ne rencontra personne, à son grand soulagement, jusqu'à parvenir à la dernière propriété de ce coté du quartier, parvenant à une maison qui présentait une baie vitrée, un puits condamné un peu plus loin et un étage, rien de particulier en soi, cependant l'absence de muret, de haie et ce bâtiment en long et plus petit sur sa droite, mais surtout le positionnement de cette propriété que la fille avait bien stipulé au croisement sud-ouest du quartier, tendaient à lui faire espérer qu'il soit tombé sur le bon endroit. C'est alors, arrivant à la propriété le long de la haie voisine, qu'il aperçu, à sa grande appréhension mêlée d'une certaine horreur, une tombe, là-bas devant lui, se distinguant par la caractéristique surélévation de la terre qui avait été récemment retournée. Il savait très bien ce qu'était une tombe pour ne pas avoir à réfléchir à cela, comme il constatait le silence qui provenait de la propriété entière.

En arrivant à la baie vitrée, après avoir longuement observé la cour qui se dessinait au devant et une voiture garée le long du petit bâtiment voisin, il ne trouva rien d'autre à faire, que de toquer à la vitre assez fort pour être entendu par un habitant quelconque. Ses mains tremblaient toujours et il s'attendait autant à être surpris par des gens armés, que par des morts-vivants ou peut-être... par rien ni personne.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Dim 2 Avr - 0:38
La journée s’était voulue des plus chargées en évènements pour l’aîné Campbell, malgré une heure relativement peu avancée, avoisinant seulement midi, peut-être une heure de l’après-midi. Bien plus tôt dans la matinée, alors qu’il revenait de la rivière voisine quoique assez lointaine, les bras chargés d’eau, il avait eu la très désagréable surprise de trouver sa soeur, bien éveillée, aux bras d’un autre homme et son accompagnatrice. Et si la nature d’une telle relation, un tel rapprochement auquel s’était livré sa cadette n’était pas pour l’inquiéter outre mesure d’un danger, faire la connaissance du Matthew qu’il estimait responsable des nombreux maux qu’avaient tant subi que provoqué sa frangine ne l’avait pas laissé indifférent, loin s’en fallait.

Pris d’une véritable colère comme il n’en connaissait que rarement, il s’était laissé déborder par ses émotions et sa rancœur, sans parler de son désir de protection et la jalousie qu’il éprouvait envers tout autre mâle qui tournait trop près de sa Mel’. Il avait été à l’origine d’une dispute, particulièrement hostile et malsaine, nombreux de ses mots ayant alors dépassé ses pensées. Mais Melody avait toujours été un sujet sensible à ses yeux, encore plus quand il s’agissait de ses fréquentations. Une dispute qui fut aussi intense qu’elle fut de courte durée, un nouveau malaise extrêmement prononcé, se saisissant de sa soeur encore trop fébrile et bien trop peu remise de sa maladie. L’aîné Campbell n’en avait que plus mal réagi encore à l’encontre des deux visiteurs parfaitement inopportuns en ce tout début de matinée, et ces derniers avaient fini par repartir, laissant la fratrie à son isolement.

Matt n’était pas homme à quémander de l’aide, encore moins quand il s’agissait de sa cadette, et il avait particulièrement pris à coeur de s’occuper d’elle à nouveau, ou pour ne pas changer, plus inquiet que jamais. Pourtant, ce nouveau malaise se voulait bien plus intense et terrifiant que jamais ; laissant Matt dans une détresse plus grande encore. Il avait beau avoir un stock assez varié de quelques médicaments, il n’avait aucune idée de quels étaient les effets de chacun, ni même quelle était la nature du mal qui semblait gagner sa soeur. Et ce n’était pas dans les quelques livres que renfermait leur petit domicile que se trouvait les réponses qu’il cherchait. S’il l’avait pu, il aurait bien pris sur lui d’aller demander de l’aide au groupe de James disparu, mais il n’avait aucun moyen de les contacter ; et il doutait que l’homme accepte de lui venir en aide après le comportement impardonnable qu’avait eu sa Mel’ la semaine précédente.

Pour résumer, il se trouvait dans une impasse, contraint de faire face au mal de sa soeur comme de son impuissance plus grande encore, ruminant et maugréant son incapacité à pouvoir lui venir en aide, agité qu’il était, pensif qu’il se trouvait. Et la présence du loup rouge qui tantôt siestait, tantôt tentait d’arracher notre homme à ses sombres pensées en voulant simplement jouer, n’avait en réalité rien d’apaisant pour l’ancien archéologue. Ce dernier avait passé les quelques heures écoulées depuis les départs de Matthew et Jenny à multiplier les allers-retours entre la caravane et la maison, sous la couverture nuageuse grisâtre qui de temps à autre se muait en une averse brève, mais diluvienne. Lui qui se voulait pourtant être d’une nature calme et posée, il commençait par perdre beaucoup de sa patience face aux épreuves, et la présence, les révélations et les mises en garde de cette Angela la veille qui l’avait aidé à y voir plus clair dans les choix qui s’offraient à lui.

La menace planante de ce Soulstrange, dont il avait su faire le lien entre les explications de la jeune femme et les révélations de sa soeur, se trouvait bien être le cadet de ses soucis. Matt aurait même concédé à accorder un soupçon de crédit et de confiance à cet étrange pyromane si cela pouvait lui permettre de s’assurer de la remise sur pieds de sa Mel’ souffrante. C’était ainsi que Matt, livré à lui-même autant qu’à ses pensées se trouvait. Engoncé dans le canapé du salon, le loup rouge roulé en boule à ses côtés sur l’un des coussins molletonnés, un livre ouvert entre les mains dont ses émeraudes fixaient sans la lire la même page depuis plus d’une dizaine de minutes. Les coups portés contre la baie vitrée l’avait fait sursauter, littéralement, sur son assise, et il lui fallut quelques secondes pour réagir et reprendre pied avec la réalité.

L’animal s’était pour sa part montré bien plus réactif, sautant à bas du canapé pour se planter au milieu du salon en grognant, au pied de la table sur laquelle reposait le lourd fusil à pompe de l’aîné Campbell. Ce dernier se releva finalement dans un élancement de jambes, abandonnant son bouquin pour s’emparer dudit fusil, puis s’enquérir de savoir ce qui pouvait bien frapper à la baie vitrée. Un rôdeur ou un homme ? Une question qui trouva un rapide réponse quand son regard se posa sur la silhouette corpulente de son visiteur, bien humain. Une inquiétude tout à fait légitime courut le long de la peau de l’ancien archéologue quant à la perspective que cet individu pouvait bien être animé de mauvaises intentions.

Une pensée qui fit se renfrogner les traits de Matt, poussant un long soupir qui fusa par ses narines. Voici qu’il se mettait à se méfier de tout, adoptant une attitude intransigeante qui ne lui plaisait en réalité absolument pas. C’était typiquement cet excès de prudence et de méfiance qui conduisait les hommes à s’entre'déchirer selon lui, plutôt que de s’entraider. Et s’il avait lui-même suivi cette ligne de conduite par le passé, durant les premières semaines de l’apocalypse, il n’en avait pas été moins épargné et n’en était pas ressorti indemne pour autant. Aussi, si son premier geste avait été de braquer brièvement le canon de son fusil vers l’inconnu, son apparente absence d’une quelconque arme entre les mains le dissuada bien rapidement de maintenir sa menace. Finalement, il se serait approché de la baie vitrée de quelques lents et mesurés, cherchant à jauger l’individu et ses intentions par le maigre aperçu que pouvait laisser voir une baie vitrée interposée, fronçant les sourcils et serrant ses lèvres qui se noyèrent dans le volume de sa barbe. Il ne s’arrêta qu’à quelques pas de la surface vitrée, sans l’ouvrir et son fusil toujours tenu entre ses deux mains, bien que son canon soit braqué sur le côté et non vers l’homme.

« Qui êtes-vous !? Que voulez-vous !? »

Carl Wilson

Anonymous
Invité
Dim 2 Avr - 18:37
De prime abord, il ne voyait personne et n'avait rien décelé du canapé contre le mur à droite, aussi fut-il surpris de voir bondir de celui-ci d'abord un jeune loup, vraisemblablement très jeune bien qu'il paraissait suffisamment grand pour montrer les crocs, puis un type qui semblait aussi surpris que lui mais réagissait avec beaucoup plus de stress en ramassant ni plus ni moins qu'un fusil à pompe pour pointer Carl. Son air inquiet, cette tension frappant aux yeux autant que sa grosse barbe qui se mariait bien avec le fusil et lui donnait un air sévère, coupèrent toute envie à Carl de faire le malin, ce qui n'était de toute façon pas au programme et il recula vivement d'un pas ou deux en levant très haut les mains, son regard se changeant de la surprise à l'angoisse, il était clairement horrifié à l'idée de se faire plomber à travers une vitre par une multitude de morceaux de plomb, mais devait-il être vraiment étonné de cette réaction face à l'inconnu qu'il était ?

Le fait est qu'il avait le sentiment vivace que braquer des inconnus était devenu un sport national, pour cause, il avait été braqué pas moins de cinq fois en trois jours, un record même pour un homme qui comme lui, avait été amené faire des conneries et à fréquenter une prison. De ce fait, après que l'homme se soit approché pour le questionner d'un ton intransigeant et malgré qu'il ai baissé son arme, entre la menace de ce dernier et celle des crocs du loup, il n'y avait guère à tergiverser, Carl ne permit aucun silence s'installer afin de couper court à toute interprétation possible, de lui, de ses raisons d'être ici ou de ce qu'il voulait.

« Je ne vous veux aucun mal ! » Entendit-il, comme une rengaine qui s'était installé là encore depuis trois jours maintenant, d'un ton cherchant à rassurer et convaincre, mais assez fort pour ne pas risquer d'être mal compris. « Je... »

Il hésita tout de même, car il se questionnait toujours sur le bien fondé de tout ce que cette fille lui avait dit, elle qui l'avait envoyé dans ce coin avec les déboires qu'il avait subi et les risques que cela avait inclus, mais quelque part, il n'avait pas d'autre argument à présenter et dans son état, il ne pouvait pas se permettre de jouer avec la vérité. Après tout, il avait traversé vingt quatre heures terribles pour parvenir à ce lieu qui lui avait été conseillé et contre toute attente, puisqu'il n'y avait pas vraiment cru, il y avait bien âme qui vive. Ce type ne semblait pas vouloir l'hostilité, il ne lui avait pas demandé de se mettre à genoux, ni ne l'avait menacé gratuitement, il voulait savoir ce que Carl l'inconnu cherchait en venant ici et semblait autant appréhensif que lui.

Il ne connaissait pas l'hôte de cette maison, mais il avait déjà bien plus de raisons d'être franc et honnête, que les trois cinglés de la veille avaient pu lui en donner. C'est pourquoi il finit par prendre une inspiration en fermant brièvement les yeux, puis les rouvrit pour calmer son propre stress et livrer sa vérité avec toute la crainte légitime à ce que les propos de cette fille n'aient pu être au final, qu'un piège sadique.

« On m'a indiqué cette maison. Je me suis... je me suis réveillé en ville, avec quelqu'un d'autre que je ne connaissais pas et on a rencontré une femme, jeune avec les cheveux noirs, qui m'a parlé de cet endroit. Elle m'a dit que si j'arrivais jusqu'ici, je trouverais des gens comme moi, qui se sont réveillés alors... alors qu'ils n'auraient pas du. Elle m'a certifié que si je venais ici, on m'aiderait, à comprendre ce qu'il m'arrive, que je trouverais un refuge. On a été poursuivi juste après par des types armés et j'ai été séparé des autres.

Ecoutez. Je ne suis pas ici pour vous créer des problèmes, ou pour m'imposer, je devais arriver hier mais j'ai été coincé par des morts et par d'autres gens que j'ai croisé par loin d'ici et qui m'ont menacé. Je n'avais qu'une arbalète et des collets trouvés à mon réveil, je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai plus d'arme, je vous le jure. On me l'a prise. S'il vous plait, juste... aidez-moi. Rien ne vous y oblige je le sais bien, mais ça va faire trois jours que je me suis réveillé dans cette ville que je ne connais pas, je n'ai rien mangé, pratiquement rien bu, je suis épuisé. Si je dois repartir maintenant, je sais que je ne passerais pas la nuit. Je vous demande juste... un coup de main, même seulement pour aujourd'hui. Je suis désolé de vous demander ça, mais j'ai pas le choix, je n'ai que mes collets mais je vous les donnerais si vous voulez. »


Son regard n'était pas marqué que par l'appréhension, on y lisait aisément la détresse, la fatigue et la désorientation latente qui l'animaient. Son visage était sale, tout comme ses vêtements et de sa poche, on ne voyait dépasser que quelques fils métalliques des collets qu'il possédait effectivement. Dans l'attente de ce que cet homme pourrait lui dire, au risque qu'il le jette simplement et dans l'absolu il s'y attendait très fortement, il gardait les mains levées en signe de non-hostilité. Au moins, s'il devait se faire dépouiller, se disait-il qu'il n'avait de toute façon rien qui puisse satisfaire. Une bien maigre consolation car ses mots, s'ils donnaient l'impression de vouloir faire pleurer dans les chaumières, étaient emprunts d'une vérité doublée d'une lucidité de la part de Carl.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Dim 2 Avr - 19:55
Au-travers de la baie vitrée comme du regard de l’ancien archéologue, il n’avait pas été difficile de constater la réaction presque instinctive de recul adoptée par l’inconnu. Une posture de crainte, ou tout du moins de survie tout à fait compréhensible, surtout pour un homme tel que Matt. L’angoisse perceptible de son visiteur faisait d’ores et déjà regretter l’attitude qu’il avait adopté pour aller à sa rencontre, quand bien même il cherchait à se déculpabiliser de ses ressentiments en se convaincant que c’était là une mesure nécessaire, la nouvelle norme d’un monde plus dangereux que jamais. Et les premiers mots du visiteur ne firent que renforcer son malaise qui s’il n’avait pas été palpable dans les premiers instants, commençait à le dominer lentement et prendre le pas sur sa droiture.

Pour autant, l’aîné Campbell ne fit aucun geste en direction de cet homme qui lui présentait ses intentions et son périple avec une honnêteté qu’il s’avérait difficile de remettre en cause. Aucune menace supplémentaire, comme aucune avance plus avenante. En réalité, Matt se tenait immobile, seule sa poitrine se soulevant et s’affaissant sous les mailles de son pull au rythme de sa respiration, jaugeant le pour et le contre de la situation dans laquelle cet inconnu le plongeait. A n’en pas douter. Chaque homme représentait une menace, pour lui et plus particulièrement encore pour sa soeur en bien mauvaise posture ; mais chaque homme représentait aussi une nouvelle chance de pouvoir compter sur quelqu’un, jouir d’un repos plus tranquille. Mieux encore, quoi qu’il fallait là encore relativiser les choses, Matt ne pouvait pas vraiment se permettre de cracher sur l’aide de quiconque de bien intentionné, et son instinct lui disait qu’il faisait face à ce genre d’homme.

Il avait attentivement écouté les mots de son interlocuteur, qui avait dû hausser le ton pour que ceux-ci puissent franchir la transparente barrière de verre qui se dressait encore entre eux. Il ne faisait aucun doute, à ce qu’il racontait, qu’il avait connu la même expérience de résurrection que lui-même, quoi que dans des conditions bien plus difficiles et moins souhaitables. Ce pauvre homme n’avait pas eu la chance d’être ramené chez ce vieil homme débordant d’humanité, loin s’en fallait à entendre son histoire ; et cela l’ennuya grandement, ne serait-ce que par empathie. Matt n’était pas dupe, il devait littéralement la vie à Nelson ; et par voie de faits, il se devait de rendre la pareille à ses semblables. Il avait voulu le faire avec Angela, bien que la jeune femme eut décidé de suivre une autre voie, il se devait d’en faire autant avec cet homme-là.

C’est pourquoi l’aîné Campbell finit par se défaire de son fusil avec une lenteur mesurée pour le déposer sur le meuble de cuisine le plus proche, libérant ses mains de l’arme comme l’inconnu de sa menace latente et ombrageuse. Puis il fit quelques pas, plus appuyés et pressés en direction de la baie vitrée pour finalement en faire coulisser l’un des battants et ouvrir la voie libre à son visiteur, adressant à celui-ci un sourire mince et compatissant qui fit saillir le volume de sa barbe sur ses pommettes et marquer plus profondément les quelques rides de son front et du contour de ses yeux en une expression plutôt amicale.

« Je ne vous veux aucun mal non plus. Entrez. »

Matt avait fait en sorte de parler d’une voix calme, qui se voulait rassurante et apaisante bien que cela ne l’empêcha pas de passer le visage par l’ouverture afin de vérifier les environs et l’absence d’autres vivants dans les parages. Si mal il y avait à subir, alors celui-ci n’aurait sûrement pas tardé à se manifester en provenance d’ailleurs, mais il n’avait pas le sentiment, même inconscient d’être menacé de quelque manière que ce soit. Bien évidemment, son visiteur pouvait se révéler être un habile comédien et ne pas être ce qu’il prétendait, mais à se méfier de tous et de tout, il ne faisait pas l’ombre d’un doute que l’ancien archéologue finirait par se noyer dans sa propre paranoïa, rendu fou par l’isolement forcé. Et cela, il n’y tenait absolument pas.

Il se sera finalement reculé de quelques pas dans la cuisine après avoir refermé et verrouillé la baie vitrée une fois l’inconnu entré à l’intérieur, ne prenant malgré tout pas le risque de détacher son regard émeraude de ce visiteur quoi que fussent ses agissements ensuite.

« J’ignore qui cette fille dont vous me parlez, mais elle vous a dit vrai, en partie du moins... Vous et moi avons vraisemblablement vécu la même chose, mais je doute pouvoir vous aider à comprendre le pourquoi, et encore moins le comment. Néanmoins, sans parler de refuge, considérez que vous êtes à l’abri ici, bien que nul endroit ne soit vraiment abrité des morts et des bandits, vous n’avez déjà rien à craindre de moi. C’est peu, mais mieux que rien. Je m’appelle Matt au fait. »

Tout du long, il avait fait en sorte de parler d’une voix calme et posée, espérant rendre son attitude assez communicative pour désarmer l’angoisse de cet inconnu et calmer la tension ambiante. Matt s’était livré à un véritable effort pour dissimuler sa propre inquiétude, non pas celle qu’il avait eue à l’encontre de l’homme et qui s’était bien tassée, seulement celle qui lui occupait l’esprit de manière continue depuis plus d’une semaine désormais.

Carl Wilson

Anonymous
Invité
Mer 5 Avr - 12:20
Carl n'y avait pratiquement pas cru, profondément sceptique à recevoir une réponse favorable, il fut d'autant plus surpris de voir l'homme se défaire de son arme et la déposer pour commencer, changer d'expression de visage et même, l'inviter à entrer avec un sourire mince et sans doute un peu forcé, mais qui se voulait amical. Il avait l'impression - l'affirmation en fait - que c'était la première fois en ces trois jours qu'il recevait un peu d'humanité et de normalité de la part d'un autre être vivant, et cela l'emplit d'une vague de chaleur dans son cœur refroidi par un trop plein de brutalité, de stress et de risques.

Pris de court, il resta bête quelques instants, puis baissa les bras lentement et opina du chef, mu d'une certaine gêne de s'imposer ainsi dans la vie de cet homme et son groupe potentiel qui n'avaient sans doute rien demandé, et devaient avoir autre chose à penser, puis rendit un sourire en coin plus léger encore. Il était sincère, néanmoins ses escapades l'avaient assez perturbé pour qu'il perdre facilement ses moyens dans une situation de calme comme celle-ci et qu'il ne puisse s'empêcher d'être toujours aussi tendu et méfiant, allant à contrario de ses émotions, ce qui créait un paradoxe encore plus perturbant pour lui.

Il entra, ses bottes pressant les lattes du plancher lorsqu'il grimpa dessus puis fit quelques timides pas de plus pour ne pas bloquer l'entrée, n'osant pas aller plus loin tant qu'il n'y aura pas été invité. Son regard craintif et ridé entre ses sourcils demeurant quelque peu froncés se posa sur le loup. Ce dernier ne grognait plus, mais c'était un loup, un authentique et réel canidé sauvage de nature au pelage roux et aux crocs acérés. Voir un tel animal vraisemblablement domestiqué - certes sa jeunesse devait beaucoup y jouer - et vivant auprès de l'homme à ses cotés avait quelque chose d'extraordinaire, lui qui avant l'apocalypse n'avait jamais vu personne dresser un loup, il était encore plus impressionné qu'un carnivore comme celui-ci puisse être un compagnon de vie loyal dans cette situation de survie apocalyptique.

Ne sachant trop où mettre ses mains, Carl laissa ses bras le long de son corps avec une droiture un peu exagérée et un manque conséquent de relaxation, on croirait un jeune passant un oral devant une assemblée de jurés en vue de décrocher un concours, ce qui ne risquait plus de lui arriver étant donné la décadence et la folie qui s'étaient emparées du monde et avaient balayé ces institutions. Il finit par décrocher après plusieurs secondes du loup et s'intéressa à son hôte qui venait de verrouiller derrière lui la baie. Carl était sans doute plus tendu et moins rassuré que cet homme qui entendait se nommer Matt, ce que ce dernier n'aurait aucun mal à voir et c'est pourquoi après l'avoir écouté attentivement, il mouva les lèvres dans le but de parler sans que rien n'en sorte dans un premier temps, marquant des instants d'hésitation au bout desquelles il se décida à répondre avec le même choix de la franchise pure et simple.

Il n'avait pas les moyens, les compétences ou l'envie de se jouer de Matt, de se prendre de comédie ou de chercher à dominer la situation ou encore en tirer avantage, il était trop fatigué et désintéressé pour cela, sa voix avait la même simplicité dans le ton et le choix des mots que la première fois, qu'il ponctuait par un regard vagabondant dans le vague devant lui, incapable de se décider à le poser sur quoi ou qui que ce soit, il se concentrait sur ce qu'il cherchait à dire et le bien fondé de ses idées.

« Je m'appelle Carl, Carl Wilson. Je vous avoues que je m'attendais vraiment à me faire jeter, ça surprend presque autant que de savoir que vous comprenez ce dont je parle, parce que pour tout vous dire, en m'écoutant raconter ça, j'ai l'impression d'être devenu dingue ou d'avoir des espèces de troubles mentaux, même si j'ai le sentiment d'être lucide et de n'avoir rien rêvé... enfin, je ne sais pas, je ne sais plus, tout se mélange dans ma tête ça tourne sans arrêt et à toute vitesse...

Mais cette fille, elle était à l'étage où je me suis réveillé dans ce bâtiment de bord de ville, ça j'en suis sûr, avec ce type aux cheveux longs qui s'était réveillé à coté de moi. Elle était plutôt jeune, la vingtaine peut-être, tout au plus, elle avait les cheveux noirs, de grands yeux et... elle était habillée sombre. Des types ont débarqué alors que l'on discutait et on s'est enfuit par la cage d'escaliers, quand on est arrivé en bas je me suis rendu compte que celui aux cheveux longs avait disparu, ensuite on a couru et on s'est réfugié dans un magasin, elle m'a expliqué que ces hommes étaient avec un tyran appelé le Marchand et que je devais me cacher d'eux, puis elle est partie en m'indiquant la route. Elle a dit s'appeler Gretel et son ami Hansel - un mensonge j'imagine, et elle a parlé d'un certain Mickael.

Je saurais pas quoi vous dire de plus. En tout cas merci de ne pas m'envoyer me faire voir dans cette plaine, vraiment, je vous suis redevable. Je ne reconnais rien, j'ai pourtant pensé qu'elle fabulait en parlant de Snyder, pourtant je suis sûr de ne jamais être venu ici. Si c'est l'endroit auquel je pense... ça voudrait dire que j'ai fais au moins une centaine de kilomètres, alors que je suis censé être mort... ça n'a pas de sens ? »


Il acheva ses derniers mots qui avaient impliqué une certaine ironie par un souffle du même acabit, et terminé par une question qui espérait de façon très hasardeuse une réponse de cet homme paraissant vraiment comprendre de quoi il parlait. Dans l'attente de cette réponse, il rapporta finalement ses yeux vers lui, la détresse encore profondément ancrée malgré le début de sentiment de sécurité qui se diffusait en lui.

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Mer 5 Avr - 14:17
Matt laissa tout le loisir et le temps nécessaire à celui qui se présentait premièrement comme Carl, de lui raconter une partie de son histoire, à grand renfort de détails comme de doutes. Et si l’ancien archéologue n’avait pas bougé de sa position au début, il finit par se diriger vers l’un des meubles haut de la cuisine pour en sortir une bouteille d’eau entreposée-là parmi de nombreuses autres. De l’eau potable, filtrée et bouillie qu’il avait préparée la veille en discutant avec la jeune Angela.

L’aîné Campbell avait par la suite tendue la bouteille à Carl, dans un geste somme toute banal, mais qui en ces temps obscurs, revêtait pour lui une symbolique toute particulière : celle de la solidarité. Tout cela le temps que Carl ne finisse de parler, concluant sur une question qui semblait plus relever de la rhétorique que du réel questionnement. Effectivement, même pour un individu comme Matt revenu à lui depuis quelques semaines déjà, bien des choses n’avaient toujours aucun sens. Mais la recherche de réponses, certainement aux origines divines, mystiques ou hautement scientifiques n’était pas sa priorité immédiate ni le centre de ses inquiétudes. C’est pourquoi il avait marqué un silence, long de quelques secondes quand son invité eut fini de parler, mâchouillant pensivement ses lèvres, une main glissant râpeusement dans l’épaisseur hirsute de sa barbe le long de sa mâchoire.

« Je ne vois toujours pas qui est cette fille, ni même qui serait ce Mickael dont vous me parlez. Néanmoins, je sais que nous avons des alliés, disséminés ça et là, particulièrement discrets et distants pour des raisons que je ne m’explique pas. Et eux non plus. Peut-être craignent-ils de nous fréquenter, ou craignent-ils plus simplement de nous mettre en danger. Mystère... »


Il avait soufflé ce dernier mot avec une pointe d’incompréhension et d’irritation dans la voix, peu à l’aise avec l’idée que les gens qu’il côtoyait très indirectement, ces individus qui avaient tant de réponses à leur donner, soient si absents et avares d’informations en réalité. C’est pourquoi il préféra ramener la conversation sur des faits plus terre-à-terre, qui les concernaient tous deux, à plus ou moins grande échelle et impact.

« En ce qui me concerne, lors de mon propre réveil il y a quelques semaines de cela, je me suis retrouvé dans une petite ferme à plusieurs kilomètres de la ville. Un homme tout particulièrement, un vieux fermier nommé Nelson, apparemment un allié de longue date et très certainement un habitué du phénomène, a eu l’humanité et la gentillesse de m’accueillir sous son toit, m’offrant gîte et couvert quand je me trouvais au plus mal, tout comme vous. Mon retour a été bien moins mouvementé que le vôtre, je l’admets volontiers. Ni bandit, ni mort-vivant, ni fuite désespérée dans une ville inconnue et dangereuse ; et malgré cela, il m’a fallu un long moment pour accepter le fait que tout cela était bien réel, et non un fantasme de mon esprit rendu déliquescent par ma mort qui s’est produite bien loin d’ici également. C’est pour rendre hommage à la bonté de cet homme, perpétuer son humanité et ne pas la rendre totalement vaine et vide de sens qu’il est de mon devoir moral de vous rendre la pareille en vous accueillant ici. »


Matt marqua ses derniers mots d’un sourire plus franc et affirmé à l’adresse de Carl durant quelques instants avant que son visage ne se renfrogne quelque peu.

« Mais pour être tout à fait franc avec vous, la situation ici n’est pas au beau fixe. Du groupe, des gens comme vous et moi dont on vous a parlé, il ne reste plus que ma soeur et moi ici. Il y a encore peu, nous étions presque une vingtaine à vivre ici, mais des tensions et des désaccords en ont poussé un certain nombre à partir. Ceux qui sont restés n’ont pas tardé à leur emboîter le pas et… »

Il désigna la tombe visible par la baie vitrée.

« ...certains ont connu un sort moins enviable encore. Il y a un autre groupe comme nous, quelque part là-dehors, mais je ne sais ni où ils se trouvent, ni même s’ils vont bien. Je ne peux que l’espérer. Et pour couronner le tout, ma soeur Melody est souffrante depuis plus d’une semaine maintenant, et ne semble pas réussir à se rétablir. Je me retrouve donc seul, et sincèrement, je suis passablement dépassé par la situation. Il y a beaucoup à faire pour un seul homme, même plein d’entrain et de volonté. Une jeune fille est arrivée l’avant-veille, comme vous, comme moi, qui a vraisemblablement eu la malchance de tomber sur les hommes de ce Marchand à son réveil, mais elle n’a pas souhaité rester ici. La situation est bien loin d’être idéale donc, mais je ne compte pas abandonner pour autant. Je reste convaincu qu’en nous serrant les coudes, en s’entraidant les uns les autres, on peut faire en sorte que les choses s’améliorent. »

Il marqua une nouvelle pause au terme de sa palabre plutôt fataliste, mais pas résigné pour autant, hochant imperceptiblement de la tête comme s’il réfléchissait et exposait ses mots autant à Carl qu’à lui-même, avant de ramener son regard émeraude fatigué sur l’homme à la stature plus imposante.

« Je ne souhaite pas vous effrayer, ni mettre une quelconque pression  ou une quelconque condition à votre présence ici. Nous avons de l’eau, de la nourriture, des lits et de quoi nous défendre. Vous êtes le bienvenu ici, quelles que soient votre histoire ou vos envies. Mangez, buvez, prenez tout le repos et le temps de réflexion qu’il vous faudra pour vous remettre et prendre votre décision. Si vous souhaitez partir ensuite, je ne vous retiendrais pas. Si vous souhaitez rester, m’aider à construire quelque chose et accueillir ceux qui viendront sûrement ensuite, je serais extrêmement soulagé de pouvoir compter sur quelqu’un. »

Pour marquer sa conclusion, l’aîné Campbell désigna du doigt la porte close qui se trouvait sur sa droite, à quelques mètres de la baie vitrée.

« Il y a un peu de nourriture en conserve dans ce cellier. Servez-vous, mangez à votre faim. C’est le peu que je puisse vous offrir pour l’instant.  »

Carl Wilson

Anonymous
Invité
Jeu 6 Avr - 13:03
Carl avait profité que Matt aille chercher une bouteille d'eau dans la cuisine pour, après avoir répondu, jeter un coup d'oeil sur le canapé dans son dos et s'autoriser à reculer d'un pas afin de s'y asseoir en soufflant l'intégralité ou presque - philosophiquement - de l'air de ses poumons, ressentant un fort baume reposant à être assis sur une surface aussi confortable, très différente de la nuit oppressante et propice aux courbatures sur un sol de cave.

Quand Matt revint lui proposer la bouteille d'eau, le jeune homme divaguant un peu dans cet enivrement du confort les mains appuyées sur le canapé, celui-ci mit un instant à réagir et à lever le regard sur l'hôte, puis la bouteille, avant de se redresser un peu plus et prendre la bouteille avec un acquiescement reconnaissant.

« Merci beaucoup. » Lui semblait-il nécessaire et naturel de ponctuer.

Sa gorge était, il s'en rendait d'autant plus compte, affreusement sèche et la vue du liquide transparent vivifiant dans cette bouteille qui n'en cachait rien, lui rappela cette soif tiraillante qu'il subissait depuis plus d'une journée. C'est donc un peu honteux mais plein d'instincts humains qu'il ouvrit prestement la bouteille pour porter, avec une hâte fulgurante, le goulot à ses lèvres. Ce fut une incroyable sensation de fraîcheur et de soulagement qui dégringolait en cascade dans sa gorge et se frayait un chemin à travers son corps, l'eau accomplissant sa tâche miraculeuse d'annihiler la sécheresse de son être et de détendre son corps, ricochant sur son moral qui recevait une dose d'adoucissement meilleure encore que le moelleux sous son fessier avait pu le faire.

Il ne parvint pas à s'interrompre, tandis que Matt lui répondait et l'éclairait de différents faits qu'il l'intéressaient grandement, malgré qu'il semble focalisé sur la bouteille d'eau, il en ingurgita la moitié du contenu d'une traite avant de basculer quelque peu en avant et soupirer longuement, clignant lentement des yeux au point de les fermer l'espace d'un instant, son soulagement ayant franchi un palier le ramenant un peu plus à la réalité et à la lucidité, ce que son état fragile savait remercier. Il ramena alors son attention pleine et entière à Matt en refermant la bouteille et écouta jusqu'à la fin de ses explications, ou ce qui voulait s'en rapprocher.

Ainsi son cas n'était vraiment pas si rare qu'il avait pu le croire, du moins un certain nombre d'autres personnes l'avaient vécu, mais cet apaisement qui s'installait progressivement, entre les bienfaits du canapé, de l'eau et d'avoir vraiment trouvé un groupe de personnes qui seraient à même de le comprendre et de se montrer solidaires comme cet homme face à lui, déchanta peu après lorsque Matt lui annonçait qu'ils n'étaient plus que deux dans cette maison, quand bien même ils avaient été une vingtaine au départ. Il serait beaucoup dire que Carl se soit pris un coup de massue à ces révélations, car il ne s'attendait à rien à l'origine, il avait d'ailleurs été au contraire très pessimiste, mais apprendre que des gens comme lui existaient pour entendre ensuite que tous étaient partis, avait cet effet d'ascenseur entre l'espoir et le fatalisme qui laissait un certain goût amer à endurer.

Puis Matt entendit que tous n'étaient pas partis, certains étaient passés de vie à trépas et l'indication de l'homme mis en lumière la raison d'être de la tombe qu'il avait croisé non sans une surprise et une peur très fondées vraisemblablement. Son être et son regard étaient mitigés, de découvrir cet endroit, d'être témoin et bénéficiaire de l'aide d'un homme qui entendait vouloir construire quelque chose de réel, de bon, et la destruction récente en déduisait-il, de leur groupe pour d'obscures raisons, que Carl pensa peut-être en lien avec ce qui avait pu leur arriver et ce qui leur arrivait encore maintenant, à Matt, aux autres partis ailleurs et à Carl même. Matt s'avérait plus encore dans une situation extrêmement tendue, seul à défendre cette maison et à s'occuper de sa sœur malade, il n'imaginait pas l'angoisse qu'il devait vivre et s'étonnait même qu'il ne lui ai pas réservé un accueil encore plus amer ou colérique, surtout en sachant que l'avant-veille une autre était venue profiter de son aide pour ensuite prendre la tangente.  

Il n'en imaginait rien, se savait incapable d'aider sa sœur et même sur ce qu'il pensait savoir et connaître, il n'était plus sûr de quoi que ce soit, Carl avait le sentiment d'être totalement à la merci des dangers et des affres du destin, en toute obsolescence. Au terme, clignant des yeux à plusieurs reprises et se passant la langue sur ses lèvres très humides maintenant, durant son temps de silence, il termina par un nouvel acquiescement, qui se voulait conciliant. Son ton n'était plus aussi désorienté et effrayé, mais il ne sortait pas complètement de son malaise ni de ses profondes incertitudes et incompréhensions. Toujours assis, il lui fallait lever davantage les yeux pour voir et regarder Matt, son propre regard fuyant de-ci, de-là par intervalles.

« Il y a quelques jours, je mourrais. C'était... injuste, et incroyablement douloureux, mais quelque part je me sentais soulagé, en me disant que toute cette horreur était terminée. Au moins pour moi. Et comme un instant après, je me suis réveillé, dans ce bureau, à coté d'un inconnu, mes blessures avaient disparu, je sentais et je sens encore les égouts et la moisissure, et je ne comprends pas ce qu'il se passe, ni comment j'ai pu revenir, pourquoi je ne suis plus infecté et la raison pour laquelle je ne suis pas un de ces cadavres ambulants. »

Il marqua un temps en avalant amèrement sa salive, baissant la tête en fixant le sol quelques secondes, puis rapporta un regard marqué par une expression beaucoup plus fatiguée et lasse, blasée qui prenait Carl aux tripes.

« Je ne devais pas me réveiller, c'était dans l'ordre des choses, je suis mort et j'aurais dû le rester. Je ne sais pas encore si tout ça est un rêve, ou si c'est une nouvelle vie dans... autre chose, ça me dépasse sûrement plus que vous, mais ce que je sais, c'est que j'aimerais pouvoir arrêter de courir, avoir le temps de penser, de chercher à comprendre et surtout, je sais que si je repars je ne survivrais pas longtemps et je ne veux plus endurer ce que j'ai enduré et mourir à petit feu en ayant l'impression que mon corps tout entier brûle sur un bûcher truffé de pointes qui me percent la chair et raclent mes os.

Ecoutez... je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas, je suis désolé pour ce qu'il vous arrive, pour votre sœur et je serais honnêtement incapable de vous aider à la soigner, je ne suis pas médecin, mais si vous cherchez vraiment des gens pour s'entraider et protéger cette maison, si vous êtes sérieux quand vous me proposez de rester et de partager ce que vous avez, en espérant pouvoir reconstruire, alors j'accepte. Ça pourrait être un coup fourré, mais franchement je n'ai pas envie de me poser de questions et je sais bien que ça a demandé un vrai effort d'ouvrir cette porte et de me laisser entrer. Je ne sais pas si je serais quelqu'un de très utile, mais je vais faire de mon mieux, sur ce que je peux, même si je ne sais plus... ce que je peux. »

Matt Campbell

Anonymous
Invité
Jeu 6 Avr - 15:37
Matt n’avait pu s’empêcher de sourire légèrement en voyant son invité étancher sa soif de longues et amples gorgées, une certaine chaleur irradiant depuis le plus profond de ses entrailles, nourrie par la satisfaction d’offrir un peu de bien-être à son prochain, d’être à l’origine d’un peu de bienfait dans un monde toujours plus dur et brutal. L’aîné Campbell avait fini par rejoindre Carl à proximité du canapé dans lequel ce dernier avait pris place, lui-même tirant l’une des chaises rangées sous la table pour s’asseoir face à lui. Le buste légèrement avachi, les avant-bras reposant sur le sommet de ses cuisses et ses doigts entrelacés entre ses genoux, il laissait son regard sinople balader sur l’homme, évaluant son état, gravant les traits de son visage et les émotions qui celui-ci pouvait laisser deviner au cœur de son esprit.

Silencieux, jusqu’à ce que Carl ne finisse de parler et n’accepte finalement son offre. Une décision qui, si elle souffrait peut-être d’un manque de réflexion et de repos, ne manqua pas de satisfaire derechef l’ancien archéologue dont le sourire se fit plus affirmé et jovial. Matt n’avait relevé que quelques points dans le discours de l’homme qui semblaient mériter d’y revenir plus en profondeur, afin de permettre à Carl de bien se situer et mieux appréhender sa situation. Si la géographie était juste, il semblait pourtant lui manquer la chronologie des évènements. A moins qu’il ne soit réellement mort au cours des derniers jours, ce qui ferait de son retour l’un des plus rapides dont Matt ait entendu parler par l’entremise de sa frangine. Par ailleurs, c’est à peine s’il tiqua quand Carl évoqua l’idée d’un potentiel coup fourré. Cela lui fit repenser à la visite de Matthew plus tôt dans la matinée, lui laissant le sentiment que si coup fourré il y avait quelque part dans toute cette histoire, alors lui-même en était une victime inconsciente.

Après avoir laissé planer un silence de quelques secondes, Matt fit claquer sa langue contre son palais puis s’humecta les lèvres pensivement, reprenant la parole de sa voix posée et amicale.

« Tout homme, toute vie et toute aide est précieuse. Peu importe ce que vous savez faire, ou ce que vous sachiez faire par le passé. Vous parviendrez à trouver votre place et votre rôle ici bas. Moi-même, je n’étais qu’un archéologue et professeur d’histoire. J’ai eu quelques connaissances en médecine légale, mais notre retour à la vie s’accompagne d’un oubli de tout ce que nous savions faire, ce que nous avions appris. Les choses semblent revenir petit-à-petit, à force de réflexion ou de pratique, mais même pour moi, c’est encore très flou et incertain. Et pour ne rien arrangé, histoire de flouter un peu plus la frontière entre rêve et réalité, il semblerait que les gens comme nous développions des capacités très étranges, défiant les lois les plus élémentaires de la physique.

Ma sœur par exemple, qui est revenue bien des semaines avant moi, montre une capacité complètement inexplicable de télékinésie, ou quelque chose d’approchant, capable de déplacer des objets par sa seule pensée. Elle m’a aussi confié être devenue nyctalope, capable de voir dans la nuit comme en plein jour. Dans un registre bien différent, l’un des hommes qui nous traque, un homme affilié à l’organisation du Marchand et répondant au pseudonyme de Soulstrange, semble posséder la capacité de générer et contrôler les flammes. Je ne l’ai pas rencontré personnellement, et je m’en félicite, mais deux personnes différentes, qui ne se sont jamais rencontrées, m’ont raconté la même histoire. Est-ce un mythe ou la réalité, je ne saurais le dire, d’autant que très personnellement, je n’ai pas manifesté ni ressenti la moindre capacité anormale. Quoi qu’il en soit, je suis content que vous choisissiez de rester ici. »


Une fois son ressenti livré, Matt prit une longue et profonde inspiration, gonflant ses poumons et redressant quelque peu son buste, plissant les paupières dans une moue pensive et silencieuse sur un regard qui se perdit dans ses réflexions, ses inquiétudes. L’occasion pour lui de pleinement prendre conscience qu’effectivement son invité sentait la mort et la décomposition, comme il l’avait lui-même expérimenté des semaines plus tôt. Dénouant ses doigts pour plaquer ses paumes de mains sur ses cuisses, il se redressa dans un souffle d’effort, dévoilant sa fatigue qui était en réalité bien plus nerveuse que physique.

Lentement, il rangea la chaise à sa place pour se rendre vers la cuisine à nouveau. Sans brusquerie, il avait récupéré son imposant fusil à pompe dans l’une de ses mains, puis commença à revenir vers le salon, je tant un nouveau regard en direction de Carl et pointant l’index de sa main libre vers le plafond de la pièce.

« Je dois retourner prendre soin de ma sœur. En attendant, si vous le souhaitez, il y a une salle de bain à l’étage avec de quoi faire un brin de toilette, ainsi que des chambres inoccupées. Vous y trouverez des affaires propres dans les armoires. Lavez-vous, changez-vous, je m’occuperai de préparer le repas pendant ce temps. Nous pourrons discuter plus longuement à ce moment. »


Inachevé.
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