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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35
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Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1120/2000[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (20/2000)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1065/100[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (65/100)
Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Dim 20 Oct - 19:45
Interprété par Ivy Lockhart.

14 Avril 2035 ~ Day One

Le faisceau de la lampe-torche découpait les carcasses de voitures abandonnées de lueurs fantomatiques. J’avais attendu de m’être suffisamment éloignée du Perchoir avant de prendre le risque de l’allumer et éclairer mon chemin. Je jouissais d’une chance effrontée à profiter de l’absence d’un guetteur sur le toit de la caserne au moment de m’éclipser. Je n’avais alors compté que sur la perception de mon don et mes yeux fraîchement lentillés pour avancer dans l’obscurité à peine dispersée par la lumière d’un premier quartier de Lune, jusqu’à ce que la silhouette du Perchoir s’efface, engloutie par la nuit. Deux rôdeurs isolés étaient retournés au trépas, d’un simple coup de couteau mu par une pensée tout à fait indifférente à ceux qu’ils avaient pu être, ou auraient pu être. Ces considérations que j’avais eues quelques mois auparavant, lors de cette sortie désastreuse à l’école, n’étaient plus qu’un cuisant souvenir que j’avais trop longtemps porté comme un fardeau. J’en avais fini avec ces putains de conneries, parce que d’autres plus menaçantes accaparaient désormais mes pensées.

Quant à mon attention de l’instant, elle était toute focalisée sur le fait de continuer d’avancer. Un pas après l’autre, rien de plus, rien de moins. Une tâche simple, normalement automatique mais que la raideur de mes muscles endoloris rendait délicate. Et je ne parlais même pas du sang qui tambourinait dans ma main meurtrie dans des élancements douloureux alors que les antalgiques avaient cessé de faire effet depuis quelques heures maintenant. Chargée comme une mule, parcourir la route était un chemin de croix en soi, aussi bien physiquement que mentalement.

Et il me fallut quelques heures sous les étoiles pour atteindre la lisière du centre-ville. Les grognements des rôdeurs aux démarches erratiques emplissaient le calme nocturne. J’avais laissé d’autres victimes infectées dans mon sillage, m’épuisant un peu plus à chaque fois, rendant en réalité ma piste bien aisée à remonter. De nombreuses fois, ma trajectoire rectiligne avait dû être rectifiée par des rues parallèles, des chemins détournés qui évitaient au possible les groupes les plus compacts de zombies. Finalement, je me résignais à trouver un endroit où dormir. J’avisais le parking engoncé dans l’arrière-cour d’un petit immeuble d’habitation, examinant les quelques véhicules abandonnés là. Je m’écroulais après quelques minutes sur la banquette arrière d’un break aux vitres crasseuses mais intactes, verrouillant les portières derrière moi.

Et je m’endormais d’un sommeil tout à fait étrange. À la fois lourd et agité, tranché de cauchemars et de réveils en sursauts, trempés de sueurs froides. Le rire fou d’Elias, la césarienne sadique de Maria, les souffles aux échos métalliques du Libérateur, les cris de ce bébé, les miens, les ordres de James, le tout mêlé aux herbes hautes balayées par les vents dans lesquelles se dessinait le visage de mon père agonisant. Des cauchemars qui suppuraient les conséquences de ma lâcheté dans un entremêlement des souvenirs de celle-ci, hantés des trop nombreux visages de ceux qui avaient disparus. Les craquements des branches dans cette forêt de merde où j’avais fui l’école, la boue collante à mes semelles, cette putain de pluie qui n’en cessait pas de tout détremper comme l’horreur que ce monde nous pissait à la tronche, autant de gouttes qui tambourinaient aux fenêtres de mon esprit.

Mais dans les premières lueurs de l’aube, ce n’étaient plus des gouttes qui frappaient le verre. Seulement les mains décharnées de quelques rôdeurs massés contre la carrosserie de la voiture, les lèvres et les chicots écrasés de l’autre côté de cette mince protection de verre, claquant des mâchoires qu’ils devaient d’ores et déjà imaginer plantées dans ma chair. Un réveil qui n’avait plus rien de la tranquillité de ceux du Perchoir, ni de leur confort. Pas de matelas confortable, ni la chaleur cocoonante d’une couette. Pas même l’espoir de croiser un visage amical avec qui partager une tasse de café chaud. Juste l’amer constat d’une solitude éprouvante dans un monde dépouillé. Une pauvre carcasse de bagnole comme seul rempart à la cruauté banale de mes nouveaux quotidiens. C’était là le prix à payer pour ma lâcheté, pour les souffrances causées. Karma ou justice divine ? Je m’en battais les couilles… Je prenais mon destin en main. Je me prenais en main pour de bon cette fois-ci, sans plus me réfugier derrière mes pleurnicheries et mes accusations, ni derrière les excuses pitoyables que j’avais servies à tour de bras à ceux qui voulaient bien les entendre.

Je posais mes noisettes sur le visage de ce rôdeur et ses compagnons d’errance qu’il avait rameutés. J’en dénombrais au moins cinq à s’acharner sur cette vieille Honda Civic d’une autre époque, grattant sur les portières et le hayon du coffre, se bousculant entre eux sans se prêter la moindre attention comme les décérébrés qu’ils étaient. Je sentais mon coeur se gonfler de haine et de dégoût envers chacun d’eux, pour tout ce qu’ils m’avaient volé. Mes parents et ma vie d’avant. Mes semblables, mes amis et ma vie d’hier. Je les haïssais qu’insatiables, ils venaient chercher ma vie d’aujourd’hui. Je les haïssais de m’avoir même volé cette peur viscérale qui m’avait jusque-là caractérisée et avait donné un semblant de courage à mes trop rares actes.

Je sentis la carcasse du break se mettre à trembler légèrement, sa carrosserie craquer dans une série de quelques grincements aigus et distordus. Premières mesures d’un concerto pour presse hydraulique joué de l’accord de mon majeur dressé bien droit à la face de ce monde et ses cadavériques représentants. La portière s’arracha de la carrosserie, sautant comme un bouchon de champagne dans un hurlement de tôle froissée, entraînant avec elle les deux débiles qui désespéraient tant à la voir s’ouvrir. Les voilà servis. Quant aux autres, je leur réservais le même sort qu'à ceux de veille de quelques pensées affûtées.

Un bref moment plus tard, j’essuyais les lames de mes couteaux sur le tissu de la banquette arrière avant de les ranger, reprenant mes affaires dans un grognement rauque, passablement contrariée de voir mon repos raccourci de quelques heures précieuses. Surtout que je n’avais pour l’instant aucune idée d’où traîner ma carcasse pour continuer mon existence solitaire. C’est donc par dépit que je me dirigeais vers l’immeuble d’habitation, puisant toujours un peu plus dans mes ressources psychiques pour déverrouiller les portes qui m’étaient closes. Je montais au dernier étage et investissais un appartement quelconque.

La porte d’entrée avait été forcée, la serrure défoncée par un coup de pied ou un outil. Deux cadavres y gisaient, l’odeur de leur décomposition imprégnant les lieux. La clarté s’y voulait encore précaire, la lumière de l’aube filtrée par les persiennes des fenêtres à guillotine, mais suffisante pour m’assurer d’être la seule occupante de l’endroit. Une odeur dont je m’accommodais bien malgré moi, qui n’était pas sans me rappeler mon calvaire infectieux dans la chambre froide de cette boucherie. À bien y repenser, cet appartement pouvait m’apparaître presque luxueux en comparaison ; et parfaitement miteux lorsque je le rapprochais du Perchoir. Inutile de me bercer d’illusions : j’avais renoncé à ce confort pour le bien de ses autres occupants. Il n’appartenait qu’à moi d’endurer les conséquences de mes actes.

Je bloquais la porte d’entrée de cet appartement avec l’imposante carcasse du frigo déjà pillé, me réfugiant dans l’unique chambre dont les armoires avaient été vidées, les tiroirs retournés par d’autres survivants avant moi. J’en ressentais une légère frustration, mais je n’étais en quête que de sommeil. Je bloquais la poignée de porte de la chambre avec le dossier d’une chaise calée contre celle-ci, un tiroir vide posé en équilibre précaire sur l’assise. Une alarme improvisée pour me sortir de mon sommeil dont je savais d’avance qu’il serait léger, perturbé des mêmes cauchemars et hachés des mêmes rengaines paranoïaques. Cela faisait deux mois maintenant. Et j’étais de nouveau seule.
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
Lampe dynamo
Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
Outils Électroportatifs (15)

Coffre 32/400
Ford F-150
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Carburant (10)
Trousse de soins (2)

Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
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Etat Mental:
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Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Mar 22 Oct - 1:14
Mais de tous les réveils possibles, ce fut le plus improbable d’entre tous qui me tira de mon sommeil. Pas un tiroir tombé au sol, pas un râle grotesque ni un coup de feu. Juste une voix grésillante, étouffée et difficilement discernable. Il me fallut de longues secondes pour en comprendre l’origine. Ce talkie-walkie, réglé sur la fréquence du poste-radio du Perchoir qui éructait ses parasites étouffés depuis l’une des poches de mon sac à dos.

Je me redressais péniblement, abrutie des bribes de ce sommeil éprouvant et de ces douleurs qui ne se taisaient qu’à peine. J’attrapais le sac à dos d’où s’échappait désormais la voix de James, ses syllabes étouffées par le tissu, puis m’asseyais sur le rebord du lit pour en extraire l’appareil de communication. Il était redevenu silencieux et le resta de longues secondes, me poussant à me demander si cela n’avait pas été un énième fantasme onirique. Je me contentais de fixer le boîtier bêtement, clignant des yeux à de nombreuses reprises pour en chasser quelques résidus de sommeil et m’éclaircissant la gorge d’un autre grommellement.

Et j’avais senti mes doigts se serrer sur le talkie. Ce simple dispositif de communication logé au creux de mes mains qui se voyaient gagnées de tremblements de plus en plus intenses à mesure que les mots en jaillissaient, lourds de sens et de conséquences. Matthew. La prononciation de ce simple nom, conjointement à celui de Melody, fit presque instantanément ressurgir les démons qui m’avaient tant dévorés, et la colère qui les accompagnait. Je sentis une atroce migraine me vriller le crâne et le comprimer comme s’il s’était trouvé dans un étau. Je n’étais pas vraiment surprise, néanmoins je fulminais à entendre confirmation des propos que j’avais vomis lors de la réunion à Snatch, cela même de la bouche de Nelson. Le talkie-walkie me glissa des mains, atterrissant sur le matelas entre mes cuisses tandis que la conversation continuait de se dérouler.

Hope n’était plus. Démoli par Soulstrange. Le Libérateur était venu honorer sa promesse. Il avait emporté Melody… Un soupir moqueur et véritablement mauvais s’échappa de mes lèvres quand j’apprenais le sort de la chasseresse. J’étais vraiment curieuse de découvrir jusqu’au tiendrait son indéfectible courage face au Libérateur et ses sévices.

“Nous verrons bien qui est la plus lâche après ça, pouffiasse…” m’étais-je murmurée dans la plus gratuite des méchancetés, une rancune aussi odieuse que tenace dans la voix.

Mais cela ne dura guère lorsque la voix caverneuse du vieux fermier céda la place à celle de James. Son ton, sa voix, ses mots. L’ensemble me creva le coeur plus efficacement que si je m’y étais moi-même enfoncée l’une de mes propres lames. La rage demeura. Les larmes l’accompagnèrent. Car la menace suggérée était parfaitement tangible, et la détresse du chirurgien faisait naître en moi l’envie, atroce et viscérale, de faire demi-tour et les rejoindre pour combattre à leurs côtés. N’étais-je pas quelque part la plus à-même de le faire ? Je secouais la tête sèchement, me trouvant de nouveau à combattre mes propres pensées.

“Non !” m’écriai-je à moi-même, dressant un index résolu devant mon regard, à mi-distance entre ce dernier et le talkie. “Tu dois rester loin d’eux. Tu le leur dois...” me répétai-je à plusieurs reprise comme un sacerdoce, attisant cette conviction profonde avant de venir mordre l’index de mon poing droit serré, le regard maintenu sur le talkie. Je prenais de courtes et bruyantes inspirations, déchirée entre l’envie que j’avais et le devoir que je m’étais fixé. Je m’emparais de l’appareil de communication - peu après que James ait fini d’exposer ses peurs légitimes - puis l’éteignais d’un geste sec. Je ne pouvais plus me permettre de les épier. Je ne pouvais pas risquer de succomber à la tentation de les rejoindre, revenir la queue entre les jambes et la honte dans le regard d’avoir été trop lâche encore. Je passai ma main gauche sur mes joues pour en essuyer les larmes, laissant finalement celle-ci plaquée contre mes lèvres, ravalant un juron en même temps que cette boule qui me nouait la gorge.

“James…” soufflai-je entre mes doigts d’une voix attendrie, quelque peu mélancolique. “N’aie pas peur...” Je caressai l’écran éteint du talkie de la pulpe de mon pouce en ressassant les mots que je lui avais laissés la veille. Je pouvais protéger les gens. Je pouvais faire le bien autour de moi. Elias n’avait été que le premier de tous ces enculés de fils de pute. Non. La rage profonde qui m’animait ne m’avait pas quittée, quand bien même les mots de mon ancien chef de camp m’avaient plus secouée que je ne voulais l’admettre.

Je rangeais le talkie dans mon sac à dos, puis me laissais basculer en arrière, mon corps maigrichon s’enfonçant dans ce matelas trop mou, soulevant un nuage de poussière qui flotta en scintillant dans les raies de lumière découpées par les volets. Je fixais le plafond d’un regard vide, l’esprit empli de pensées, le coeur plein de doutes. Mais aucune peur. Pas la moindre trace d’inquiétude ne parvenait à percer là où j’aurais dû avoir les tripes nouées d’angoisse, à craindre pour leurs vies, leurs avenirs.

Il avait parlé d’un nouveau-né. Je pensais immédiatement à cet enfant arraché au ventre encore palpitant de Maria. Cette vision d’horreur s’imposa à nouveau à moi, gravée sur mes rétines. Je fermais les paupières pour espérer la faire disparaître, chassant les larmes qui m’étaient à nouveau venues aux yeux. Je les sentais glisser le long de ma peau, soulignant mes tempes et se perdre dans ma tignasse, derrière mes oreilles. Je plaquais mes mains sur mes yeux clos, mes doigts se mêlant aux racines de mes cheveux, les empoignant avec force. Je me voyais incapable de retrouver le sommeil alors que j’en avais grand besoin. Je le sentais, je le savais… Je ne tiendrai pas longtemps seule, au dehors. Pas sans la pleine possession de mes moyens.

Mon don était précieux mais pas gratuit ; aussi efficace pour me maintenir en vie que m’épuiser mentalement. Je devais le maîtriser. Me maîtriser aussi dans son usage. Me limiter au strict nécessaire et ne pas en abuser à faire voler des portières ou déplacer des frigos. Préserver mes forces, ne serait-ce que pour faciliter ma récupération. Le temps du n’importe quoi, n’importe comment était révolu. Il était peut-être temps pour moi d’en prendre conscience. Nous étions en guerre. Depuis le début. Tout se résumait à cela, simplement. Tout le reste, ma parano, mes accusations, mes théories du complot, ça n’avait été que du flanc. Une distraction dans laquelle je m’étais laissée happer pour mieux ignorer une réalité trop déplaisante.

Prise d’une frustration excédée, je me frappais le crâne du plat des mains à plusieurs reprises, ponctuant le geste d’un “putain” de circonstance. J’en avais ma claque de ces pensées qui n’en finissaient pas de tourner en boucle. Ces cogitations de merde qui m’épuisaient plus encore que l’usage de mon pouvoir. Un geste qui raviva la douleur de mon auriculaire manquant, auquel je décidais finalement de porter un regard. Le tissu du pansement était gorgé de sang séché auréolé de lymphe. Il fallait vraiment que je m’occupe de nettoyer la plaie et changer ce pansement. Seul problème : je n’avais ni le matériel, ni les compétences pour ça.

Néanmoins, je m’étais levée pour gagner la salle de bain de l’appartement, avec le bien vain espoir d’y trouver quoi que ce soit d’utile. L’armoire à pharmacie avait été aussi dépouillée que le reste. Même l’eau du réservoir des toilettes s’était retrouvée siphonnée. De ma fouille de la pièce, j’obtenais en seuls trophées un pain de savon entamé, une serviette pas trop crade et quelques tampons. Pas de quoi gagner cette guerre, loin s’en fallait. J’ouvrais le robinet du lavabo sans grand espoir, celui-ci rapidement éteint par le bruit de quelques gargarismes et la coulée de quelques gouttes à l’aspect verdâtre, sûrement saturées de rouille.

Résignée, j’avais quitté la salle d’eau pour rejoindre le salon et son coin cuisine. L’odeur nauséabonde s’était dissipée, ou plus exactement, mon odorat semblait s’y être accoutumé. J’entreprenais une fouille plus minutieuse de l’appartement. Chaque tiroir, placard ou meuble de l’endroit était passé au peigne fin, soulevant d’épais nuages de poussière qui m’arrachaient quelques quintes de toux. Tout ce que j’y trouvais d’utile au final, c’est un sac à dos usé, un peu plus grand que le mien, un briquet presque vide et quelques ustensiles de cuisine. Je m’emparais de quelques fourchettes et cuillères, une casserole de taille moyenne, une boîte de filtres à café. Une activité qui semblait relever d’une chasse au trésor particulièrement frustrante, ne parvenant à mettre la main que sur des objets à l’utilité contestable. Certes ces quelques ustensiles sauraient faciliter mon quotidien de clocharde, mais rien de révolutionnaire. Cette ville était visiblement trop habitée et trop misérable pour continuer à offrir quoi que ce soit d’intéressant au premier coin de rue. Je n’osais même pas imaginer la désolation que devaient aujourd’hui renfermer les nombreux commerces de la ville, sûrement plus visités qu’une fille de l’Est s’adonnant au tapin.

Ma fouille terminée, je retournais me cloîtrer dans la chambre, remettant en place le maigre dispositif d’alarme sonore, remplaçant simplement le tiroir par une poêle à frire. Je fouillais les placards de la piaule, extirpant de ceux-ci un drap housse en coton. Le tissu entre les main, je retournais m’asseoir sur le lit, les jambes croisées en tailleur. J’utilisais l’un de mes couteaux de lancer pour y découper quelques bandes grossières de tissu, puis bien plus tard, retirais le pansement imbibé de sang. Une grimace souffreteuse marqua mon visage lorsque je sentis le bandage se décoller de ma plaie en emportant quelques morceaux de chair nécrosée et caillots de sang coagulé.

J’expulsais l’air de mes poumons par les narines, taisant un grognement en arrachant finalement les dernières parcelles de gazes et contemplais la plaie. Il ne me faisait nul doute que James avait dû user de son don pour amoindrir celle-ci car, bien que je n’étais pas connaisseuse des mécaniques de cicatrisation, je constatais que les chairs s’étaient bien refermées sur la périphérie de mes phalanges absentes. Je me demandais stupidement si un rôdeur avait déjà pris soin de grignoter mon doigt manquant, là-bas, dans cette cimenterie où l’enfer de la folie humaine s’était déchaîné l’autre nuit. Un lieu maudit, désormais empli de souvenirs douloureux, comme pouvaient l’être le camp Jefferson, l’école qui nous avait pris Matthew et désormais Hope qui en rejoignait le panthéon. Autant de mausolées sinistres à nos existences passées, dressés puis abandonnés à ceux qui nous traquaient.

De ma main gauche, je m’efforçais d’enrouler ma main blessée dans les bandelettes de coton, très grossièrement, drapant et occultant cette blessure d’une blancheur dont la virginité n’était qu’apparente. En vérité, il n’y avait là aucune symbolique. Juste un manque comme celui qui me creusait le coeur. J’utilisais une seconde bande de tissu pour couvrir la première, la maintenir tandis qu’elle s’auréolait déjà de l’ocre de mon sang, n’arrêtant que lorsque je me sentais satisfaite de mon oeuvre. N’importe quel soignant un minimum consciencieux aurait jugé cela comme du travail de salaud, à n’en pas douter, mais je n’avais d’autre choix que de m’en contenter.

Je relevais ensuite ma manche gauche jusqu’à dévoiler la nécrose qui défigurait mon avant-bras, la masquant sous une autre bande de tissu. Jena avait raison. Je ne pouvais plus me permettre d’afficher cet affront à la Mort et cet aveu de ma condition à la vue du premier connard venu. La curiosité ou la peur étaient des sentiments que je ne pouvais plus me permettre de susciter avec les menaces qui nous couraient au cul. Du moins pas si je voulais protéger ceux que j’avais laissé derrière moi. Mon rafistolage achevé, je me laissais tomber sur le flanc. Le visage englouti dans cet oreiller qui sentait le renfermé et l’esprit noyé dans mes pensées, je sombrai finalement dans le sommeil, une nouvelle fois.

15 Avril 2035 ~ Day Two

J’avais quitté l’appartement aux premières lueurs de l’aube, au terme d’une journée et d’une nuit de sommeils passablement agités, entrecoupés de quelques grignotages frugaux, rationnant les maigres réserves de nourriture qu’il me restait du Perchoir. Mais ce fut l’eau qui vint à manquer très rapidement et me poussa à quitter mon refuge plus précocement que je ne l’avais souhaité. Au moins les longues heures passées à pioncer avaient-elles permis d’atténuer les douleurs. Les larges ecchymoses qui couvraient de nombreuses parties de mon corps et mes membres avaient commencé à réduire, le violacé laissant la place au verdâtre en périphérie de ces auréoles de souffrance. Et si j’étais loin d’être en forme, au moins avais-je les idées plus claires et les nerfs moins à-vifs ; et le sentiment d’être un peu plus reposée malgré tout.

En vérité, c’était bien plus du côté psychologique que je me sentais défaillante. Je percevais un vide étrange, perdue dans cet océan de convictions renouvelées qui n’avaient aucun objectif défini hormis survivre à ce jour, puis les suivants après lui. Protéger le Perchoir en m’éloignant de ses occupants avait beau être un choix logique, un concept presque poétique, mais bien loin d’être en mesure de répondre à la seule question qui prévalait sur toutes les autres : et maintenant ? Où aller ? Que faire ? Comment aborder l’inconnu ? Comment réagir si je tombais sur d’autres survivants ? Si c’étaient des hommes de Soulstrange, la question serait vite tranchée, aussi bien moralement que physiquement… Mais si ce n’étaient que de simples gens ? Comment gagner leur confiance et leur offrir la mienne quand mes actes avaient détruit celle si précieuse que me portaient Liz’, James ou Kyle ?

Tout ce que j’avais en l’instant, c’était une indifférence haineuse pour les charognards de ce monde de merde, et la volonté toute bête de trouver de l’eau. Des souvenirs que j’avais des cartes de la ville, je me rappelais qu’un cours d’eau la traversait du nord au sud, passant par le centre-ville. J’avais donc entrepris de parcourir l’alphabet des avenues de la ville. K, L, M. Je m’arrêtais dans quelques résidences pavillonnaires, les fouillais rapidement avant de repartir, les mains vides et la bouche sèche, toujours plus de cadavres de rôdeurs sporadiques laissés dans mon sillage. J’évitais toujours les groupes plus compacts et massifs que je voyais enfin nettement errer de loin. Non pas que je ne me sentais pas capable d’en venir à bout, fussent-ils des dizaines, mais je m’efforçais de réprimer cet excès de confiance qui m’avait tant joué de mauvais tours.

Je refermais la porte d’entrée d’une énième maison, jetant quelques coups d’oeil aux alentours immédiats lorsque je la sentis avant même de l’entendre. Filante. Une pointe de flèche qui vint se planter dans le bois blanc de la porte en sifflant beaucoup trop près de mon oreille. Elle m’avait manquée de peu, bien trop peu. J’avais senti mon estomac se tordre et mon coeur faire un bond contre ma poitrine en me précipitant de nouveau à l’intérieur de la baraque. Ma respiration s’était accélérée aussi soudainement que mon rythme cardiaque tandis que je me plaquais contre le pan de mur, la porte à ma droite, une fenêtre à ma gauche. Ma langue passa rapidement entre mes lèvres tandis que j’étais toute focalisée sur ma perception magnétique, à l’affût du moindre mouvement de ce qui m’entourait.

Un très mince sourire étira pourtant mes lèvres. Je pensais pouvoir retrouver ma vieille compagne la trouille, qui me hurlerait alors de fuir pour sauver ma peau. J’espérais pouvoir me raccrocher à ce sentiment si familier, mais il n’en était rien. Bien au contraire. Je plissais légèrement les paupières devant son absence, à sa recherche, presque persuadée que j’allais la retrouver juste là, planquée sous le tapis blanc et moumouteux qui occupait le centre du salon qui me faisait face. Mais non. Rien. Cependant, mes noisettes ne manquèrent pas de repérer la silhouette qui se détacha de la fenêtre en face. Je l’avais perçue bien trop tard, concentrée sur ce qu’il pouvait bien arriver par la porte d’entrée. Cette arme entre ses mains qui s’illuminait soudainement à ma conscience, braquée sur moi.

Je ressentis une amère pointe de déception. Une journée ? Je n’aurais tenu qu’une seule putain journée de merde avant de crever criblée de balles comme une merde, dans l’incompréhension la plus totale de savoir pourquoi ? C’était trop débile. Les morts se repaîtront de mon corps et les vivants de mes possessions ; et les deux se contenteraient alors d’un bien maigre butin. Je ramenai mes bras devant mon visage, un geste de protection bien futile. La gâchette de l’arme fut écrasée. Une rafale jaillit du canon, étouffée par le cylindre d’un silencieux. Mais là encore : rien. Pas de brûlure fugace pour me déchirer la chair, pas de souffle coupé ni de néant. Juste un fracas assourdissant de verre brisé et de lignes de champs éprouvées. Un fracas dont j’étais la seule à réellement percevoir toute la symphonie cacophonique.

Car les ogives meurtrières se trouvaient là, simplement là devant mes yeux écarquillés, flottant dans les airs à une trentaine de centimètres de mon visage. Interrompus dans leur course comme mon dernier souffle dans ma gorge. Mes noisettes passèrent de ces trois projectiles à leur expéditeur - expéditrice d’ailleurs - qui semblait partager ma surprise. Son arme cracha deux nouvelles rafales qui ne hurlèrent qu’à l’intérieur de mon esprit quand le champ magnétique, aux lignes densément tressées devant moi, les arrêta. Une violence qui me fit mettre un genou et une main à terre tant je sentais mes forces me quitter pour chaque balle ainsi stoppée, m’obligeant à prendre une profonde inspiration tant l’air me manquait. Mon regard ne s’était pourtant pas détourné de mon assaillante, un rictus mauvais déformant mes lèvres alors que je comprenais quel sentiment m’avait arraché mon précédent sourire. Ce n’était pas la joie ou le soulagement de retrouver la peur, d’y goûter à nouveau. C’était de l’excitation.

L’excitation froide et déplaisante - mais intensément résolue - d’être une proie qui allait devenir prédatrice, mon subconscient ayant déjà réglé la question avant même qu’elle n’affleure à mon esprit. L’idée me vint, très fugace, de dire à cette salope de se barrer sans insister ni demander son reste, mais ce n’était pas la promesse que je m’étais faite. Pas la promesse que je leur avais faite. Elle avait tiré sur moi sans sommation, sans aucune raison. Elias m’avait au moins proposé de me rendre, quand bien même cela n’avait été qu’une fausse invitation pour contenter son sadisme. Cette femme ne s’était même pas donnée cette peine, et je ne devais ma survie qu’à la simple manifestation d’une facette de mon pouvoir que je m’ignorais. J’aurais bien pu me demander pourquoi je n’en faisais l’expérience que maintenant, mais le temps n’était pas à cela ; car une autre pensée, beaucoup plus noire frappa mon esprit. Si ça avait été Elizabeth… Ou James... Ou n’importe lequel d’entre eux… Cette femme aurait pris leurs vies sans sourciller. Alors oui, Elias n’était que le premier, et non le pire.

Les ogives retombèrent au sol en même temps que l’arme qui les avait crachées échappa à l’emprise de sa propriétaire pour venir vers moi. La sangle du fusil d’assaut passée en bandoulière dans son dos l’entraînant sans aucun ménagement à travers la fenêtre, brisant les derniers restes de verre de son corps au prix de quelques entailles plus ou moins profondes.

“JAKE !!” hurla-t-elle dans un cri paniqué, parvenant à se défaire de l’emprise de la sangle après avoir été traînée sur quelques mètres supplémentaires. Je balançai l’arme dans un coin du salon quand la femme attrapa le pistolet glissé à sa hanche, pour le braquer vers moi. Une simple pensée tordue, qui se traduisit par une torsion de son poignet. La bouche du canon s’aligna avec le côté de sa mâchoire à l’instant précipité où son index pressa la queue de détente. Le tir résonna dans la baraque, suivi de l’atroce cri qui s’échappa d’un faciès à la bouche déchiquetée. La gerbe de sang et d’os broyé moucheta le tapis immaculé tandis que la femme se tordait de douleur. La porte d’entrée s’ouvrit violemment et un homme maigrelet, une barbe fournie lui gonflant les joues, s’y engouffra.

“Diana !? DIANA !!”

Il avisa sa compagne agonisante puis son regard gris croisa le mien. Son visage se grima d’un rictus de colère vengeresse quand il avança vers moi. Je ne l’avais pas senti venir cet enfoiré. Au sens de mon pouvoir, il ne portait rien, véritablement à poil. À mes yeux par contre, la batte de baseball en bois tenue dans sa main droite était immanquable. Je la vis décrire une longue courbe pour s’élever au dessus de sa tête. D’une pensée précipitée, j’envoyais l’un de mes couteaux dans sa direction. La lame se ficha dans son abdomen. Le geste de l’homme dévia sous la contraction et la batte en bois percuta mon sac à dos. En partie du moins car j’avais ressenti le choc se diffuser lourdement et douloureusement dans mes côtes déjà bien éprouvées, finissant de me foutre au sol. Je roulais sur le dos, lui faisant face alors que ce Jake titubait pour garder son équilibre. Il arracha la lame de son ventre et voulut la jeter à terre.

Elle n’atteignit le sol que lorsque son visage s’effondra avec, plantée dans son oeil droit, l’acier dans l’acier.
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
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Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
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Coffre 32/400
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Rations saines (5)
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Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1120/2000[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (20/2000)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1065/100[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (65/100)
Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Mer 23 Oct - 1:27
Puis ce fut mon tour. L’arrière de mon crâne retomba lourdement contre le parquet flottant, mon sac à dos aiguillonnant la douleur encore battante de mon flanc droit. Je prenais une profonde inspiration, gonflant mes poumons de l’air qui m’avait paru tant manqué au cours des instants précédents. Mon rythme cardiaque était affolé, le sang battant violemment contre les artères et veines de mon cou, palpitant sous mon crâne. D’un geste laborieux du bras, j’épongeai mon front qui s’était couvert de sueurs, tantôt froides, tantôt moites. Je me sentais subitement lourde, essoufflée - étouffée presque - par la fatigue qui s’abattait sur moi comme une chape bien trop lourde à porter.

C’était un sentiment étrange. Mon corps n’était pas celui qui souffrait véritablement. Mes muscles ne me faisaient pas mal comme lorsque je sortais de mes entraînements matinaux au Perchoir. Ils n’étaient ni chaud, ni pris de ces tremblements qui me gagnaient normalement au terme de la séance, qu’une douche chaude savait ensuite éteindre et relaxer. Non. C’était une lassitude bien différente, que j’avais bien connue par le passé lorsque je sortais d’une colle particulièrement ardue, comme mon prof d’ingénierie aérospatiale savait si bien les poser.

Combien d’étudiants avaient craqué sur les bancs de cet amphi, quand les équations différentielles ne s’accordaient plus à la situation posée, quand les matrices vectorielles et les tenseurs s’acharnaient à mener au déséquilibre de l’ensemble de la poussée moteur, au crash inévitable d’un baril d’explosif de quelques centaines de tonnes ? Cet épuisement psychologique, ridiculement amoindri par la satisfaction d’en avoir enfin terminé, me clouait généralement au lit pour le reste de la soirée, dormant du sommeil du juste. C’était là la sensation que je retrouvais en cet instant si particulier. À la différence qu’il n’y avait eu ni colle, ni équations démesurément complexe à résoudre. La seule qui fut posée demeurait d’ailleurs d’une simplicité affligeante, mais lourde : ç’avait été eux ou moi. La réponse était venue spontanément, ses conséquences avec.

Je grognais de frustration. Toute une journée passée à récupérer de mes blessures, ma fatigue et ma lassitude ; qui parut consumée en quelques minutes par une facette de mon pouvoir qui s’était imposée à moi et mon ignorance. Une nouvelle découverte que je me devais d’appréhender, comprendre, maîtriser. Rien que d’y penser me fatiguait déjà malgré que cela titillait affreusement ma curiosité. Où se situaient véritablement mes limites ? En réalité, j’en ignorai encore beaucoup sur moi ; et ce n’avait pourtant pas été faute d’être égocentrique depuis mon premier retour. Je grognais plus encore en me redressant lentement, mon attention attirée par les gargarismes suffoquant et les gémissements de cette Diana qui rappelaient à mon esprit que je n’étais pas encore seule. Je jetais un regard vers la femme, dont le corps était agité de soubresauts. Je roulais sur le côté, me mettais à genoux avant de me relever avec difficulté.

J’avançais ensuite dans sa direction, d’un pas lent et lourd, mes noisettes braquées sur son agonie. Des gerbes et bulles de sang jaillissaient de son visage mutilé, sa langue battant le vide de ses chairs arrachées. Je ramassais le flingue qu’elle avait lâché, braquant le canon en direction de sa tête, à presque bout portant. Mais je ne pressais pas la queue de détente, pas encore. Je sentis les larmes me monter aux yeux, embuant mon regard alors que nombre de pensées se déversaient dans mon esprit, n’appelant qu’à sortir de quelques mots prononcés. Mais ces pensées n’étaient en rien responsables de mes larmes. L’amer constat des douleurs, des horreurs que j’avais provoquées en était l’origine. Parce que je ne ressentais ni regret, ni plaisir à prendre sa vie, à la voir lutter en vain contre une fin aussi misérable qu’inéluctable. L’excitation s’était tue car finalement, je vivrai et elle non. Car finalement, une pensée, un souvenir ardent aux résonances de promesses venait dominer tout le reste.

“Je ne prends aucun plaisir à t'infliger tout cela...” *...et je n'en aurais aucun à vous faire tous souffrir.*

J’avais murmuré d’un ton las, désabusé, répétant les mots si marquants, si terrifiants du Libérateur comme le psaume précédant l’extrême-onction. Je plantais mon regard dans le sien, rougis par la douleur et pourtant suppliant de lui rendre grâce, abréger ses souffrances car c’était là le seul espoir qu’il devait lui rester. “Mais je n’oublierai pas ton nom Diana.” Je pressais la détente, mettant fin à son calvaire d’un simple geste. L’écho de la détonation résonna dans toute la baraque. Je balançais le flingue à ses côtés, comme un vulgaire déchet tandis que les vibrations du tir continuaient de se répercuter le long des os de mon bras.

Puis je me baissais pour lui faire les poches, comme la pillarde que j’étais devenue. Je forçais sur mes bras pour la retourner, fouiller son sac à dos sans aucune considération pour son cadavre. Je n’avais pas le temps pour ça, et en vérité, je m’en ressentais détachée. Ignoblement détachée. Je n’y trouvais qu’une boîte de soupe en conserve, à l’étiquette usée, presque entièrement effacée. Un véritable trésor à mes yeux néanmoins, tout comme le paraissait sa bouteille d’eau encore à moitié pleine. J’en avalais de nombreuses gorgées, me découvrant bien plus assoiffée que je ne le pensais. Quelques rasades de flotte qui étaient les bienvenues, semblant soulager ma fatigue mentale bien que j’avais conscience qu’il n’en était rien. Une simple once de soulagement qui serait aussi éphémère que ma présence ici.

Car les râles gutturaux des morts, certainement attirés par les coups de feu, se laissaient entendre de l’autre côté de la bâtisse, me parvenant par l’ouverture de cette fenêtre fracassée et cette porte encore grande ouverte, qui tanguait silencieusement sur ses gonds au gré des courants d’air. Je fourrais l’utile dans mon sac à dos avec une précipitation que mon épuisement mesurait puis me dirigeais vers le dénommé Jake. J’extrayais ma lame de son oeil, choisissant de me salir les mains plutôt qu’à user de mon pouvoir. Je devais me modérer, me préserver plus encore.

Un regard vers l’extérieur par le cadre de la porte me laissa voir le basculement d’un corps décharné par-dessus la clôture en bois qui ceinturait la baraque. D’autres allaient suivre. Mais je me découvrai un point commun avec l’homme. Il ne possédait rien. Son sac à dos était vide, littéralement, avec pour seul contenu une gourde en plastique rouge presque pleine. Autrement, seul son arc en fibres de carbone et ses quelques flèches présentaient un intérêt à mes yeux. Je m’emparai de l’arc et le passai à mon épaule, les mots de James se rappelant à mon souvenir lorsqu’il m’avait confié ce flingue ridicule. Je ne pouvais pas uniquement compter sur mon pouvoir. Et il avait eu parfaitement raison.

Elias lui avait donné toute raison à ce sujet. Je n’avais été qu’une faiblarde, tout du long depuis les premiers jours. Incapable de se défendre, incapable d’offrir ni même montrer aux autres ma valeur en tant qu’ingénieur, hormis pour réparer un camion que j’avais offert à un parfait inconnu sournois, dans le seul but d’obtenir de sa part des réponses qui ne m’avaient rien apporté. Incapable même de venir en aide à Jena dans cette cimenterie, contrainte là encore de subir et souffrir jusqu’à ce que les mots d’un ami ne viennent secouer ma conscience. Une conscience prise de ce que j’avais d’affligeant et destructeur dans mon comportement. Une conscience qui venait de prendre deux vies encore, quand bien même l’avaient-elles cherché.

Le Vagabond aussi avait eu raison alors. J’étais insignifiante. À un point tel que James ne semblait même pas s’être aperçu de mon départ. Du moins était-ce ce que j’en avais compris de son échange avec Nelson, confiant sa peur de me perdre alors que je n’étais déjà plus parmi eux. Je n’étais rien d’autre qu’une âme égarée, devenue aussi vagabonde et oubliable qu’un de ces putains de rôdeurs. Un animal de compagnie qui avait fui, blessée dans son orgueil, consumée par son amertume. Je pensais avoir trouvé une clarté, un idéal dans mon renoncement, mais une fois encore je m’étais fourvoyée. Il n’y avait en réalité qu’un vide conscient, une absence de peur qui me rendait déraisonnable, dangereuse même.

Et parlant de déraison, les morts arrivaient. Je ne devais pas traîner, je n’étais clairement plus en mesure de forcer encore sur mes capacités et me débarrasser de cette flopée de débiles. Je me redressais en titubant, fuyant le corps dépouillé de Jake, la carcasse mutilée de Diana pour m’enfoncer plus avant dans ce pavillon que j’avais déjà fouillé. Il y avait une salle de bain au fond du couloir opposé. Je m’y engouffrais, puis m’échappais par la fenêtre quand les morts envahissaient les lieux, se délectant à ronger les chairs et rogner les os des deux cadavres supplémentaires que je laissais derrière moi. Je marchais avec difficulté dans le carré de pelouse redevenue sauvage. Un peu comme moi quand acculée, je devenais irréfléchie, débridée, sauvage.

Comme une bête.

***


J’observais le couchant qui s’effaçait sur l’horizon, enflammant l’atmosphère de ses nuances d’or et de jade et traçant les ombres de mes pieds battant le vide qui s’offrait à eux, immense, angoissant, reposant. La main droite crispée sur l’épais rebord de la cheminée qui soutenait mon séant, la gauche tenant le talkie-walkie relié par un fil jusqu’à l’antenne bricolée coincée dans la jointure de deux plaques de céramique. Sous mes yeux, le paysage urbain de Snyder s’étirait et s’étiolait rapidement pour laisser place à de grande  plaines sèches. La nature reprenait très lentement ses droits, gommant les sentiers tracés par le passage des pneus et des véhicules agricoles, des engins de chantier.

Les squelettes immobiles et rachitiques de quelques pompes à pétrole, figés dans une mission qui n’avait plus de sens se découpaient comme autant d’ombres étirées sous la lumière de ce jour mourant. De vieilles reliques, symboles d’un capitalisme qui nous avait abruti au fil des décennies, tout gâtés de luxe, de confort et de facilités que nous étions alors ; démunis face à l’austérité et la simplicité d’un quotidien nouveau et impitoyable. Les plans de carrière et les projets de vie s’étaient éteints en même temps que les morts s’étaient ravivés, relevés, déterminés à se nourrir des vivants eux-même et se répandre comme une peste hors de contrôle.

Je prenais une profonde inspiration, paisible, à me contenter de la tranquillité de ce début de nuit dont Vénus et Sirius s’illuminaient d’ouvrir le ballet des astres nocturnes. J’écoutais le calme des lieux, l’absence de râles qui ne pouvaient m’atteindre à cette hauteur, l’absence de cri, de cette folie qui demeurait pourtant là, spectrale, cinquante mètres plus bas. J’avais le sentiment de dominer le monde tout autant que mes pensées et sentiments, ainsi perchée et solitaire. Depuis mon départ du Perchoir, j’éprouvais enfin la plénitude d’une tranquillité reposante, dénuée de tensions, d’interrogations, de convictions même. Il n’y avait que moi et l’immensité de l’espace qui se dévoilait peu-à-peu. Je laissais mon regard et mon esprit se perdre dans la contemplation de ce ciel qui se garnissait d’étoiles, plus nombreuses à chaque minutes, jusqu’à l’obscurité presque totale.

La lumière de la Lune approchant de sa plénitude ne me permettrait pas d’observer la Voie Lactée cette nuit ; cela attendrait, mais je me mettais néanmoins en quête de quelques repères familiers. Mars, Jupiter, Saturne. Je ne mettais pas longtemps à les repérer au fur et à mesure que les constellations se dessinaient de plus en plus nettement, celle du Bélier effleurant avec grande peine la ligne zodiacale qui se soustrayait à sa domination. Brèves conneries réminiscentes de l’astrologie qui se rappelaient à moi. Les minutes s’étaient finalement groupées en une bonne heure, jusqu’à éteindre totalement la lumière du Soleil pour laisser le monde baigner dans la nuit la plus franche quand enfin je me décidais à presser le commutateur du talkie pour répondre.



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Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Jeu 24 Oct - 1:11
Comme une bête oui. J’avais progressé ainsi tapie, d’arrières-allées en jardins. Mon coeur continuait de battre la chamade car les morts n’en avaient pas cessé de converger vers la maison où reposaient en buffet froid les corps de Jake et Diana. Et je m’efforçais de les éviter autant que possible, agenouillé à l’angle d’une clotûre, accroupie derrière le coffre d’une voiture. En vérité, je progressais très lentement alors que le soleil continuait de monter dans le ciel. Mais je constatais une vérité simple, toute bête mais qui ne me percutait véritablement qu’en cet instant, de toute sa stupide évidence. Je n’avais pas besoin d’user de mon don et m’user l’esprit à décimer ces charognards l’un après l’autre. Tant qu’ils se trouvaient isolés, je n’avais qu’à marcher pour maintenir la distance, puis courir quand leurs râles affamés rameutaient trop de leurs congénères. Moi qui avais toujours eu l’habitude de fuir face à ces horreurs, je comprenais qu’ils n’étaient pas vraiment une menace tant que je conservais une échappatoire. M’enfermer dans un bâtiment, les laisser s’y masser aux alentours et me piéger, elle était là leur seule véritable menace. Ça ou les voir groupés en hordes d’innombrables têtes.

Mais dans l’absolu, dans l’instant, il me fallait simplement veiller à ne pas me laisser surprendre. Je ne devais redouter que les vivants, ceux doués de conscience et d’intelligence, véritablement capables de me traquer, suivre mon rythme et certainement le dépasser car ma condition physique était loin d’être exceptionnelle, même quand j’étais en parfaite santé. Mais je n’avais pas vraiment souvenir d’à quand remontait la dernière fois où j’avais pu me targuer d’être en pleine forme, physiquement et psychologiquement en même temps. Tout n’avait été depuis mon réveil que perdition des sens, de mes principes, mes certitudes ; ou morsures de rôdeur, de balles et de lames, tortures du Libérateur et d’Elias. Tout n’avait été que folie, et je prenais conscience de la chance que j’avais d’être encore vivante. Ce n’était pas grâce à moi, ni même mon don, bien au contraire, mais grâce à ceux que j’avais abandonné. C’était pour leur bien, évidemment. Du moins je m’en persuadais pour ne pas laisser ma volonté défaillir. Ç’aurait été la pire des choses qui puissent m’arriver à présent. Un nouvel échec. Je n’étais vraiment pas certaine de pouvoir l’accepter.

Alors je me répétais les mots que j’avais couchés sur le papier à l’attention de James comme un leitmotiv presque désincarné. Je fouillais en dedans cette résolution particulièrement froide et creuse, presque morbide, qui m’avait saisi lorsque j’étais prête à mourir entre les mains d’Elias. Ce détachement qui m’avait rendue sourde et distante, effaçant les peurs qui m’avaient toujours accompagnées depuis que les morts s’étaient relevés ; et même celles antérieures. Quand les mots de Soulstrange avaient enfin trouvé la résonance et atteint la portée que j’avais donnée au pyromancien ; véritablement libérateurs. Et plus ils tournaient dans mon esprit, plus je me les appropriais et plus limpide apparaissait ma condition d’aujourd’hui, sa réalité. La lâche, la victime, la folle, la pleurnicheuse, la parano... La tête figurativement aussi tranchée que ne l’avait littéralement été mon doigt. La petite Ivy était morte cette nuit-là. Et cette cimenterie s’y dressait désormais en un énième mausolée pour cette part d’humanité perdue, sacrifiée.

Et comme un lieu de renaissance, désormais habité de la symbolique d’être mon nouveau point de départ. Le lieu où Elias fut le premier. Le premier à succomber, le premier nom inscrit au registre des actes terribles - commis et à venir - de ma bienveillance. Et l’évidence me frappa alors, comme une autre claque dans la tronche. Je redessinais rapidement la carte mentale des lieux, de cette cimenterie que j’avais explorée alors que je traversais une énième rue déserte. Le bâtiment, sa disposition, clôturé de grillage et empli de machines gigantesques, monstrueuses. Des tonnes d’acier dans lesquelles je pouvais baigner, comme un poisson dans l’eau. L’endroit était certes immense, mais sa structure, sa nature même me correspondait parfaitement. Et il présentait un avantage indéniable : c’était très certainement le dernier endroit où l’on viendrait me chercher. Théâtre de tant d’horreurs et de souffrances que n’importe quel esprit un tant soit peu sain les ayant vécues chercherait à fuir. La planque parfaite.

La grande cheminée de l’atomiseur pouvait offrir une vue dégagée sur des centaines de mètres, dominant le paysage de la zone industrielle. Ses grandes portes, ses quais pouvaient abriter et dissimuler des véhicules, les bureaux constituer un lieu de vie. N’était-ce pas cet endroit que Javier et Maria avaient choisi comme refuge à leur misère, quand bien même Elias les avait rattrapé ? Il y avait tant d’opportunités qui s’offraient à moi là-bas. Je pouvais en faire le centre névralgique de ma croisade bienveillante.

Mais l’excitation retomba aussi vite qu’elle était venue. Car il fallait des chevaliers, des soldats pour mener croisade. Une logistique aussi. Même moi, toute orgueilleuse que j’étais, ne pouvais me bercer de cette illusion aberrante : je ne tiendrai pas longtemps seule. Je ne pouvais pas m’opposer aux hommes de Soulstrange seule. C’était simplement impossible, utopique. J’aurais besoin d’aide, d’alliés sur qui compter et qui ne soient pas membres du Perchoir. Je ne pouvais me résoudre à mettre Elizabeth et James en péril, leur demander de se joindre à moi et m’aider dans cette folie. Peut-être aurais-je pu convaincre le Vagabond de le faire si seulement je savais où le trouver. Je secouais la tête. Il finirait bien par me trouver, encore.

Et alors je repensais à l’échange radio capté la veille, entre James et Nelson. La situation de Hope et la fuite du frangin de Melody. Un dégénéré en déroute. Cela n’était pas sans me rappeler ma propre condition, bien qu’aucun sbire de Soulstrange ne courrait après mon cul. Pour l’instant du moins. Si je pouvais le trouver - s’il n’était pas déjà mort - je pourrais utiliser la captivité de sa soeur comme motivation à rejoindre mon combat. J’ignorais tout de ce gars-là, qui partait malgré tout avec le franc désavantage d’être le frangin de Melody, mais c’était mieux que rien. Je devais foutre la main sur ce type avant le Libérateur. Mais en premier lieu, je devais me foutre en sécurité et me reposer, me remettre de mes blessures et ma fatigue. C’était une priorité.

16 Avril 2035 ~ Day Three

Plaquée contre le mur, jetant quelques oeillades à la fenêtre depuis le deuxième étage, j’observais l’avancée des quatre hommes qui s’étaient précipités hors de ce pick-up double-cabine, une arme lourde montée sur le plateau, à peine celui-ci immobilisé en travers de la 180, à quelques dizaines de mètres seulement de l’appartement où j’avais fini par trouver refuge. Une pluie fine battait la ville, détrempant la crasse des déchets jonchant la large avenue que le vent soufflant en rafale soulevait et emportait plus loin. Deux des hommes du quatuor demeuraient proches du véhicule, leurs armes balayant la quatre voie, leurs silencieux débarrassant l’endroit des quelques rôdeurs attirés par l’animation. J’ignorais qui étaient ces types, mais leur organisation, leurs mouvements m’apparaissaient comme bien établis et coordonnés. Pas le genre de noob de ma trempe.

L’un des deux autres types traversant la quatre voies au pas de course eut un geste du bras pointé en direction de mon immeuble. Je fronçais les sourcils d’une mine circonspecte, pourtant persuadée de ne pas avoir été suivie la veille lors de mon arrivée. Comment savaient-ils que je me trouvais là ? Car la question n’avait pas eu à tourner longtemps dans mon esprit. Ces gars-là venaient pour moi. Jake et Diana, une coïncidence, une rencontre aussi hasardeuse que malencontreuse. Eux ? Certainement pas. Ce n’étaient pas de vulgaires survivants en quête de ressources. Mon refuge du jour n’avait rien de tentant. Un immeuble décrépi qui bordait une avenue autrefois chargée de circulation. Typiquement le genre de bien immobilier modeste, avec un emplacement désagréable bien que jouissant d’une proximité certaine avec le centre-ville. Mais il n’était en rien luxueux, plus sécuritaire ou avantageux qu’un de ses voisins. D’une banalité affligeante en réalité.

Le second des deux hommes visiblement lancé à mes trousses s’arrêta quelques secondes, portant à ses yeux une paire de jumelles dont les lentilles luisaient de reflets verdâtres. Je plissais les paupières depuis mon observatoire à l’angle de vue restreint. Et lorsque ses jumelles s’attardèrent dans ma direction, il eut un léger sursaut, puis pointa ma fenêtre d’un index. Je lâchais un juron au moment où il reprenait sa course, apparemment plus pressé. Mais ce ne fut pas le plus ennuyeux. L’un des hommes resté près du véhicule grimpa à l’arrière et prit position derrière l’arme auto-portée. Une arme dont le design n’était pas vraiment proche d’une simple mitrailleuse, comme l’était la grosse pétoire au Perchoir pour laquelle James m’avait demandé de concevoir un support. Une arme dont la gueule se tourna elle aussi dans ma direction, sans pour autant ouvrir le feu. Pour l’instant. Je n’attendais pas de découvrir à quel moment ce type se déciderait à le faire. Je ramassai mon sac à dos et mes quelques affaires précipitamment. Puis je décampais de là, courant lourdement contre le carrelage crasseux du couloir, ouvrant la porte d’entrée sans la refermer derrière moi, poussée par un sentiment d’urgence. Les escaliers. Vite. Plus vite.

Mon sixième sens m’informa de la présence des deux hommes qui venaient d’entrer dans le hall de l’immeuble, huit mètres plus bas, progressant plus vite que moi. Je me penchais par-dessus la rambarde de la cage d’escalier, avisant le premier d’entre eux qui commençait à monter les premières marches. Il avait levé la tête, la canon de son arme suivant son regard avant de crier à mon attention.

“BOUGE PAS !!”

Je désobéissais et prenais mes jambes à mon cou, m’engageant dans la volée de marches qui grimpait vers les étages supérieurs. Troisième. Quatrième. Il me rattrapait. Je le percevais. Son acolyte avait quant à lui disparu de mon champ de perception. Cinquième étage. Les semelles de mes chaussures couinèrent sur le sol dans un dérapage à peine contrôlé alors que je m’écrasai, épaule la première, contre la porte close d’un appartement. Le battant me résista. La porte n’était pas verrouillée, mais refusait de s’ouvrir de plus de quelques centimètres. Barricadée très probablement. Je me détournai de celle-ci et me dirigeai vers la suivante, l’épaule endolorie par le choc précédent, mais je m’en moquais. Le second battant ne me présenta presque aucune résistance. Je me sentis déséquilibrée, vacillant dans une chute en avant sans rien pour me rattraper. Je m’étalais de tout mon long sur le carrelage poussiéreux mais battais des jambes pour me relever avec hâte, le souffle court, le coeur bondissant. Je frappais le battant du pied pour refermer la porte dans un claquement, puis dévalais le couloir encombré de quelques pas, les poumons brûlants d’un air manquant, comme trop appauvri de ce précieux oxygène. Je tournais sur ma droite dans un autre crissement de semelle, renversant une chaise de la table à manger parmi les meubles entassés dans cet espace trop exigu.

La porte d'entrée claqua fois derrière moi, tremblant sur ses gonds, résonnant dans tout l’appartement. Un infecté jaillit alors de l’une des chambres qui jouxtait le salon en râlant et grognant. Il avança vers moi sans ne prêter aucune attention aux pas lourds qui frappaient le sol de mon agresseur venant à notre rencontre. J’ouvrai la fenêtre à guillotine et m’engouffrai sur le caillebotis métallique de l’escalier de secours.

“REVIENS !!” gueula le type d’un ordre tonitruant, exécutant le rôdeur qui s’était lancé à ma suite de quelques tirs étouffés. Il parla ensuite dans son talkie, sans que je ne puisse saisir le sens de ses mots. Je n’écoutais toujours pas, dévalant les marches métalliques, abruptes et rendues glissantes par la pluie pour espérer regagner le plancher des vaches. Troisième. La structure métallique gémissait sous l’indélicatesse brutale de mes pieds martelant le fer. Jusqu’à ce que le second type, dont j’avais perdu la trace depuis le début de cette poursuite, reparut dans mon champ de perception en même temps que mon champ de vision. Ou plus exactement l’un de ses bras jaillissant par l’ouverture d’une fenêtre du second étage qui vint me faucher dans ma course en me percutant en pleine poitrine. Je basculais à la renverse, heurtant durement le sol en ferraille qui trembla, tandis que je vis un canon long et fin s’extirper par la fenêtre pour me braquer.

“On t’avait dit de n’pas bouger.”
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Ivy Lockhart

Ven 25 Oct - 21:58
Je ne bougeais pas, bien que je me tenais prête à réagir au moindre effleurement de la queue de détente de l’arme qui me braquait. J’avais eu le souffle coupé par le choc, les bras repliés sur mon thorax. Je toussais, grognais, jurais. J’aurais pu en finir, là, tout de suite. Mais le simple fait que ces types ne m’aient pas canardé à vue quand les occasions s’étaient présentées me laissait perplexe, laissant en suspens les pensées meurtrières qui auraient pu me venir. En vérité, j’en avais surtout ma claque. Trois jours que j’étais partie du Perchoir, et trois jours que je tirais sur la corde à tenter de survivre. Je me rationnais en nourriture, en eau, en sommeil, en hygiène. Depuis cette nuit fatidique où j’abandonnais les miens, je n’avais fait qu’avancer, d’espoirs en désillusions, de certitudes en doutes. Et au moment où je me trouvais enfin un objectif à atteindre, une volonté nouvelle, cette foutue destinée s’acharnait en me balançant un plein wagon de casses-couilles qui me voulaient je-ne-savais-quoi. À croire que mon pouvoir faisait aussi de moi un aimant à emmerdes.

J’en avais plein le cul de ne pas réussir à trouver un peu de répit, quelques jours de repos, c’était tout ce que je demandais. J’essayais de m’économiser autant que possible, j’avais tenté de fuir pour ne pas faire usage de mon pouvoir, choisissant une fatigue au détriment d’une autre. Le type était demeuré assis sur le rebord de la fenêtre, son arme toujours braquée sur moi, attentif, presque passif à me maintenir en joug. Les vibrations métalliques de l’escalier s’amplifièrent lorsque son acolyte nous rejoignit. Il ne paraissait que modérément essoufflé par cette poursuite, là où j’étais à deux doigts de cracher mes poumons. Sans un mot, pas même un juron de frustration ni de satisfaction, il se pencha sur moi, m’attrapant par les bretelles de mon sac à dos pour me relever sans trop d’effort. Des mains épaisses et gantées, situées aux extrémités d’avant-bras larges. Il avait une stature très athlétique, sans être un véritable colosse. Un type visiblement rompu aux exercices physiques. Et j’avais cru posséder une chance de le semer ? Quelle conne je pouvais bien être.

“On la tient. Deuxième étage,” résuma très brièvement et clairement l’homme au flingue dans sa radio, avant de se lever sans pour autant baisser sa garde. L’autre mec m’invita à franchir la fenêtre d’une brève poussée dans le dos. Je m’exécutai, à la fois lasse et intriguée de découvrir ce qu’ils pouvaient bien me vouloir, car j’obtenais confirmation qu’ils étaient bel et bien là pour moi, sans comprendre comment ils avaient pu me tomber dessus aussi facilement. J’avais bien laissé d’autres cadavres derrière moi dans mon cheminement de la veille, jusqu’à trouver refuge ici, mais cela ne pouvait pas expliquer la précision ni le timing de leur arrivée. Quelque chose m’échappait. Un quelque chose de perturbant, qui invoquait sournoisement les démons de ma parano à revenir me harceler. Qui savait que j’étais là, dans cet immeuble ? Personne. Qui pouvait le savoir ? Un seul homme.

Je fermai les paupières quelques instants en finissant d’enjamber la fenêtre, entrant dans le salon de l’appartement voisin de celui où j’avais passé la nuit. J’échappai un bref souffle lorsque le type le plus costaud m’incita à m’asseoir sur une chaise après m’avoir délestée de mon sac à dos. Je crevais de chaud, malgré mes fringues trempées. Je me sentais sale, poisseuse, les cheveux collés en mèches contre mes joues, mon front. Ma main me faisait un mal de chien, mon épaule également. Je me contentais de reprendre mon souffle et mes esprits, laisser mon coeur se calmer et mes muscles se refroidir de quelques tremblements.

“Qu’est-ce que vous me voulez ?” demandai-je aux deux types d’une voix lasse. Je n’obtenais aucune réponse en retour. Juste un silence pesant. Je dévisageai celui qui, ayant pris place sur une chaise en face de moi, continuait de me tenir en joug. Un visage fermé à la mâchoire carrée, une barbe de quelques jours nuancée de poivre et sel. Des yeux noirs, passablement inexpressifs à l’image de ses lèvres qui venaient se serrer sur une cigarette roulée d’un geste lent. À bien l’observer, il ne me paraissait ni bon, ni mauvais. Juste un type qui prenait le temps, de quelques mouvements lents, mesurés. Une force tranquille qui semblait attendre la venue de celui qu’il avait contacté quelques instants plus tôt, sa mission à lui semblant accomplie. Je trouvais qu’il y avait une certaine beauté dans son indifférence apparente, qui détonnait d’autant plus avec ma propre dégaine.

Mes avant-bras étaient venus se poser en travers de mes cuisses, le regard finalement baissé sur le sol, sur mes pieds, à contempler les gouttes d’eau qui s’écrasaient sur le carrelage depuis la pointe de mon menton. Le second homme me débarrassait du reste de mes armes. Je paraissais résignée, comme une condamnée qui attendait sa sentence sans se bercer d’illusion ou d’espoir ; malgré que je ne savais toujours rien de ce qu’ils me voulaient.

Mon attention fut attirée par le craquement d’un scotch que l’on commence à dérouler. Je posais mon regard sur le ruban argenté que le costaud comptait visiblement utiliser pour m’entraver. Je poussais un profond soupir, redressant mon dos dans un grognement pour amener mes bras derrière le dossier de la chaise ; une coopération fataliste qui sembla surprendre les deux hommes un bref instant.

“Pas la peine,” souffla finalement l’homme aux yeux noirs. “Elle va pas s’enfuir.”

“Comme tu veux,” rétorqua l’autre type, rangeant son rouleau de scotch avant de quitter le salon, attiré vers le couloir par quelques coups secs qui avaient résonné contre la porte. Je reprenais ma posture précédente, gardant cependant mon regard dirigé vers l’homme qui me faisait face, puis le glissai vers l’entrée du salon quand les pas d’un troisième homme se laissèrent entendre. Il apparut dans le cadre de la porte, suivi du costaud. Mes sourcils se haussèrent d’une surprise non feinte en le reconnaissant.

“James ?” m’étonnai-je, avant de me rendre compte de mon erreur. Bien évidemment que non. Mon esprit m’avait joué un sale tour, quand bien même le type lui ressemblait beaucoup. La trentaine, une barbe brune épaisse et des cheveux un peu trop longs, lisses et très légèrement ondulés, un regard bleu clair, presque aussi pastel qu’un ciel d’aube, limpide, une certaine amabilité sur le visage. Mais il était bien plus petit que James, plus maigre. Il semblait plus nerveux aussi ; de coutume ou de circonstance ? Je l’ignorais encore.

“Non,” répondit-il très sobrement au bout de quelques secondes. Il s’approcha jusqu’à se trouver à moins d’un mètre de moi. Il resta debout, croisant ses bras sur le gilet qui recouvrait sa poitrine, me dévisageant avant de prendre une longue inspiration. “Cette voix rauque… Ce doigt manquant… Ivy je suppose ?” me demanda-t-il.

J’acquiesçai d’un simple mouvement de tête, ayant relevé la tête pour soutenir son regard cristallin. Ses quelques mots me ramenèrent aux souvenirs de cette nuit, dans la cimenterie. Je commençais à comprendre ce que ces types me voulaient. Pourquoi ils me voulaient. Et je lui répondis, déblatérant même un flot de paroles qui lui balançait à la figure l’ombre d’une conversation à venir qu’il s’était déjà probablement imaginée, avec une résignation amère de cette réalité que je ne laisserai pas advenir.

“Et je suppose que vous voulez savoir où se trouve le reste de mon groupe ? Ce à quoi je vais vous répondre d’aller vous faire voir, puis vous allez me coller une beigne et menacer de me torturer, voire me violer comme Jena. Après tout, il me reste neuf doigts et encore tous mes orteils. Donc avant d’en arriver là, est-ce qu’on pourrait pas, juste une fois, prendre quelques minutes pour discuter ? Ça fait des jours que je n’ai croisé personne et j’en ai ma claque. Juste quelques minutes de tranquillité, okay ?”

Je ponctuais ma tirade d’un long soupir. Un bref sourire trahissant une surprise sincère gagna l’homme après quelques secondes de silence. Il passa sa langue sur le bord de ses lèvres, jetant un regard interrogatif à ses deux compères avant de revenir sur moi, secouant légèrement la tête avec un certain malaise, et une profonde empathie.

“Je reconnais bien là l’oeuvre d’Elias. L’apathie qu’il laisse comme une empreinte sur ceux qu’il a marqué de sa folie,” constata-t-il avec une certaine amertume. Il décroisa ses bras avec lenteur, une hésitation dans le geste avant de me tendre sa main en signe de salut. Je fixai sa paluche durant quelques secondes, puis y glissai la mienne. À quand remontait la dernière poignée de main que j’avais pu ainsi serrer, comme une relique précieuse du monde quand il ne s’était pas encore effondré ? Je ne m’en souvenais même pas.

“Hugh. Lowell,” finit-il par se présenter, avant de poursuivre en relâchant ma main. “Ancien flic, l’ancien équipier d’Elias quand le monde s’est effondré, et son second au sein du petit groupe qu’on a... qu’on avait monté. J’étais au camp lorsqu’ils vous sont tombés dessus. Je n’ai rien manqué des échanges radios mais pour être tout à fait honnête... Ça devait finir par arriver. Depuis la perte de sa fille, Elias ne vivait plus vraiment que pour mourir, affligeant les autres de sa douleur furieuse. La fuite de Javier et Maria, voir cet enfant lui échapper, a fini de le faire basculer.” Il y avait une tristesse désabusée, à peine dissimulée dans les mots de Hugh. L’homme me paraissait véritablement peiné, presque meurtri, de ce qu’il s’y était déroulé. “Je sais que ça n’excuse rien des actes qu’il a commis, tout comme ça ne m’excuse pas de l’avoir laissé faire, de ne pas avoir réussi à le raisonner ou lui imposer une limite. Je ne suis pas du genre à torturer les gens. Mais si tu peux juste… Dis-moi juste si le bébé va bien,” finit-il par demander, une angoisse authentique dans le ton.

L’homme aux yeux noirs avait plissé les lèvres dans une moue circonspecte, jetant quelques oeillades de travers au prénommé Hugh sans piper mot, ni ne manifesta d'aucun geste l’impatience qui semblait pourtant le gagner. À croire qu’il n’attendait que la fin de cet échange pour finir sa besogne et partir, comme un fonctionnaire guettant l’heure de la débauche. Son acolyte fut moins avare en réactions néanmoins, faisant craquer ses phalanges puis ses cervicales, jouant de ses épaules pour marquer son empressement à passer à autre chose. Les deux types qui semblaient pourtant répondre aux ordres de ce Hugh n’avaient pas l’air d’approuver ce début de familiarité. Un simple échange, bien que lourd de souvenirs, chargé d’émotions retenues et d’aveux d’humanité dont on semblait culpabiliser dans le monde actuel.

“Oui. Le bébé est entre les meilleures mains qui soient après celles de sa mère. Ce sont vraiment des gens biens,” confiai-je non sans une certaine mélancolie, ramenant mes noisettes sur l’homme. “J’ai jamais été taillée pour affronter ce monde. Je ne suis qu'une mécanicienne. Juste une loque épuisée, à bout de forces. Pas une survivante. Je sais ce que vous attendez de moi, mais je ne peux pas vous l’offrir. Plus maintenant... Pas après ce qu’Elias m’a fait…”

Le baraqué s’éclaircit la gorge d’un grognement rauque, dandinant d’un pied sur l’autre avant de prendre la parole de quelques mots mesurés mais francs en s’adressant à Hugh, et à moi plus indirectement.

“Je connais ce regard. Ton Elias ne lui a pas arraché qu’un doigt. Tu ne la convaincras pas avec de belles paroles. T’obtiendras rien d’elle. Alors laisse-nous faire notre boulot qu’on puisse rentrer au chaud.”

L'intéressé écouta les paroles de l’homme, acquiesçant de quelques mouvements de tête. Il redressa cependant ses index et majeurs droits dressés à l’attention du gars. “Deux minutes…” Puis il amena de nouveau son regard à croiser le mien, la tête basse, visiblement abattu à d’ores et déjà imaginer les actes dont il serait l’indirect témoin.  

“Ton pote a raison,” renchéris-je. “Je ne supplierai pas. Je n'abdiquerai pas. Je ne dirai rien à propos de mon groupe. Ni leur nombre, ni où ils se trouvent. Je les ai quitté parce qu’ils n’avaient pas besoin d’une fouteuse de merde comme moi. Ils ont juste besoin qu’on les laisse tranquilles. Laissez-les tranquilles, simplement.”

Hugh poussa un long soupir, visiblement aussi résigné que moi, secouant lentement la tête en se passant la main dans sa barbe, se massant le bas du visage, les paupières plissées sur un regard aux lueurs d’abdication.

“J’aimerai pouvoir, mais ce n’est pas comme ça que ça marche aujourd’hui. J’aimerais que tu puisses comprendre, mais je ne peux pas, Ivy. J’ai… J’ai besoin de les trouver. Les gens de ton groupe. Il le faut.”

Hugh était apeuré en réalité, bien qu’il semblait se débattre avec ses émotions pour garder une certaine contenance. J’opinais du chef à ses mots, les lèvres légèrement tremblantes tant je me sentais le coeur serré devant la situation de l’homme. S’il n’avait pas été l’ami d’Elias, un responsable du désastre de la cimenterie quand bien même il avait été passif, j’aurais pu envisager de l’épargner. J’aurais pu nous débarrasser des deux molosses qui n’étaient clairement pas ses amis ni d’autres rescapés du groupe d’Elias et tenter de le convaincre de me rejoindre, m'aider. Seulement, l’image du corps suspendu de Maria aux fourches de ce chariot élévateur ne pouvait quitter mon esprit, pas plus que les souvenirs de ses hurlements.

Se rendre complice de pareille cruauté était tout simplement impardonnable, même s’il y avait chez lui une détresse que je me reconnaissais quelque part. Celle de demeurer incomprise. Ce sentiment de ne pas être à sa place, ne pas être au bon endroit et malgré tout devoir tenir, la tête haute pour espérer la garder hors des eaux tumultueuses d’un océan d’incompréhension. J’amenais ma main blessée contre mon abdomen, serrant le poing sur ce bandage crasseux et bien trop épais. Mon autre main glissait dans mes cheveux, le long de mon crâne jusqu’à l’arrière de ma nuque. Je fermais les yeux. J’avalais ma salive, sentant quelques larmes naître, puis fuir du coin de mes yeux pour se mêler au reste de pluie qui me mouillait les joues. Je percevais les battements de mon coeur résonner sous mon crâne ; véritable métronome qui donnaient les premières mesures vibrantes et graves d’un rythme de basse. Prélude d’une symphonie commençante.

“T’as vraiment l’air d’être un type bien Hugh. J’aurais apprécié de te rencontrer dans d’autres circonstances ; mais… juste… Je suis vraiment désolée. Moi non plus, je ne peux pas… Mais sache que je n’oublierai pas ton nom.”
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
Lampe dynamo
Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
Outils Électroportatifs (15)

Coffre 32/400
Ford F-150
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Carburant (10)
Trousse de soins (2)

Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1120/2000[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (20/2000)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1065/100[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (65/100)
Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Sam 26 Oct - 19:56
Un coup. Deux coups. Le troisième fut le bon. Le corps bascula sur le côté, puis se renversa du siège conducteur pour tomber lourdement sur le bitume par la portière ouverte. Le cul vissé sur le siège passager du pick-up, une main derrière l’appui-tête, l’autre contre la boîte à gants, il m’avait fallu forcer sur mes jambes pour virer le cadavre du poste de conduite à grand renfort de semelles. Puis je prenais sa place, sentant l’humidité chaude et poisseuse de son sang qui avait imbibé l’assise du siège, comme il avait éclaboussé le volant, le tableau de bord et le pare-brise en s’échappant de sa gorge tranchée.

Je tournais alors la clé de contact, faisant vrombir le moteur d’un ronronnement suave, puis amenais le nez du véhicule en direction de l’ouest, en direction de la zone industrielle qui m’appelait. Je n’en étais pas loin. Je pouvais voir l’immense cheminée de l’atomiseur se détacher, comme une allumette fine et carbonisée, contre la grisaille de ce ciel pluvieux à moins d’un mile de ma position. Je démarrais lentement, m’accrochant au volant de mes deux mains comme pour ne pas défaillir moi-même. Ma vue s’était brouillée, du reste de larmes de tristesse, des larmes de colère aussi, celles de l’épuisement et de l’inconfort de ces lentilles qui me brûlaient les yeux et les paupières.

J’étais prise de violentes migraines et de nausées, l’estomac si creux, mes batteries si vides. C’était à peine si je parvenais à garder la tête droite, le regard sur la route. User de mon pouvoir, encore, toujours, pour me débarrasser des quatre hommes avait été la goutte de trop. Je devais dormir. Je devais avaler quelque chose de consistant. Mais je n’avais rien d’autre qu’une pauvre soupe et ce pick-up bien trop rutilant, trop voyant avec sa mitrailleuse montée. Ma planque du jour avait été découverte je ne savais trop comment, au point de me demander s’il y avait un lieu dans cette ville où je pourrais vraiment trouver la paix. Juste un peu de tranquillité.

Mais pour ne pas changer, le destin m’emmerda de nouveau en plaçant sur ma route un embouteillage monstrueux qui bloquait alors l’accès à la sortie de la ville, semblant se prolonger dans une immensité de carcasses abandonnées. Je jurais devant l’obstacle, me souvenant sans certitude avoir lu une annotation signalant cet embouteillage sur une carte d’un camp. Je ne savais plus où, ni quand, ni par qui… La frustration, le découragement… Je laissais mon front tomber lourdement sur le centre du volant, accompagné d’un énième putain ; et sursautais quand le klaxon retentit. Je sentis mon coeur s'accélérer, encore. Je faisais demi-tour, observant quelques silhouettes dégingandées se découper dans le rideau de flotte qui gagnait peu-à-peu en intensité, noyant le paysage urbain et ses menaces les plus lointaines.

Je roulais lentement, usant du peu d’énergie qu’il me restait pour ne pas caler ni finir dans le décor. Je revenais sur mes traces, fendant les flaques en gerbes épaisses qui détrempaient tout. J’entrais en ville, fouillais ma mémoire pour essayer de me souvenir du trajet emprunté quelques jours plus tôt en compagnie de Jena pour rejoindre l’usine. Mais mes repères se brouillaient, mes souvenirs avec eux. Je tournais vers le sud, m’engageant sur El Paso Avenue et longeant une série de nouvelles baraques et petits commerces. Je braquais le volant une nouvelle fois sur la droite pour m’engager dans la cour d’une maison particulièrement décrépie. Je contournais la maison, roulant dans le jardin sans considération pour la flore et les quelques nains de jardins renversés que j’écrasais de mes pneus, la cabine secouée de quelques cahots. Je me garais à l’arrière, dans un dernier ronflement de moteur avant de couper le contact et les phares.

Je verrouillais les portières et me contorsionnais pour passer à l’arrière de la double-cabine. Je m’affalais lourdement, couchée en travers de la banquette, à attendre, guetter que d’éventuels rôdeurs ne viennent cogner aux fenêtres. Les minutes passèrent ainsi, simplement rythmées par le tambourinement de la pluie contre la tôle de la carrosserie, et les martèlements du sang contre mon crâne migraineux. Je grelottais de froid et d’épuisement. Mais pour une fois, rien ne vint. Je soufflais au creux de mes mains humides, maculée de sang pour tenter de réchauffer mes doigts fourmillants. Je m’assoupissais dans ce calme inconfortable. Un sommeil lourd cette fois-ci, tant je ne devais même plus avoir la force mentale de m’y agiter ni le peupler de cauchemars.

Je n’en émergeai que de nombreuses heures plus tard, bien que la nuit n’était pas encore tombée au-dehors. Seulement une pénombre grise et humide, embuant les vitres et me masquant la vue de ce début de soirée précoce. La pluie avait cessé, remplacée par une averse de parasites radio. Je fronçai les sourcils, reniflant en sentant mon nez et ma gorge être pris, serrés d’une étreinte douloureuse. Je toussais puis me passais la main sur le front, le badigeonnant de traînées de sang séché. J’étais fiévreuse. Manquait plus que ça. Fiévreuse et épuisée. J’allais crever avant la fin de la semaine à ce rythme-là. Mais les parasites reprirent.

“...D…9…” crachotta une voix inconnue, rendue à peine audible tant la qualité était mauvaise. Je n’avais saisi que ça avant que le silence ne revienne. Je fronçais les sourcils, me demandant d’où sortait cette transmission radio avant de m’en souvenir. Je portais la main à ma ceinture, déclipsant le talkie pris sur le corps du type aux yeux noirs. La batterie de l’appareil était faible. Je soupirais en me redressant. J’avais mal partout. Je m’étirais autant que l’habitacle du véhicule ne me le permettait avant de basculer vers l’avant de la cabine, tirant sur une bretelle de mon sac à dos posé au pied du siège passager pour ensuite en extirper mon propre talkie. Je le rallumais avec une certaine appréhension, presque désireuse d’entendre une voix connue m’appeler depuis le Perchoir. Mais rien. Qu’est-ce que je m’imaginais ?

Déception et colère. C’était tout ce que je leur avais laissé, en plus de les avoir volé. C’était mieux ainsi finalement. J’amenais les deux boitiers côte-à-côte, mémorisant de nombreuses oeillades la fréquence inconnue. Puis je paramétrais mon talkie, gardant la fréquence du Perchoir - la dernière que je connaissais du moins - mémorisée sur un canal avant de basculer sur un autre. J’entrais puis mémorisais la fréquence inconnue sur ce second canal, observant les diodes lumineuses de l’écran demeurer éteintes. Le calme plat régnait aussi sur les ondes, du moins à ma portée. Mon estomac gargouilla bruyamment, se tordant sur le néant de son contenu. Je grimaçais. J’éteignis le talkie du type, le laissant tomber sur le siège et rangeais le mien à sa place, lui préférant pour l’instant la compagnie moins conviviale mais plus appétissante de la conserve de soupe.

J’arrachais l’opercule d’une main tremblante avant d’en avaler le contenu à même la boîte. Froide et au poisson. Doublement détestable putain. Mais ça ne m’empêcha pas d’en racler les parois à l’aide d’une cuillère pour en déguster jusqu’à la dernière goutte, car c’était là mon dernier repas certain. Je n’avais plus rien à avaler hormis de l’eau. Je dressais là l’amer constat qu’il me fallait absolument trouver de la nourriture, très rapidement, avant que je ne sois aspirée dans une spirale de faiblesse croissante qui rendrait cette quête plus difficile chaque jour. Jusqu’à ce que ne me vienne l’idée de commencer là. Dans ce véhicule que la précipitation, puis la fatigue m’avaient tour-à-tour empêché de fouiller.

Sans trop de conviction, j’avais passé mes mains sous la banquette, puis sous les sièges. Et j’eus l’agréable surprise de découvrir un petit sac à dos glissé sous le siège conducteur. Comme une enfant impatiente au pied d’un sapin de Noël garni de cadeaux, j’ouvrais la fermeture éclair et renversais son contenu sur la banquette. Une trousse de premier secours entamée, un flacon orange et translucide contenant quelques comprimés, une gourde de flotte, une flasque en inox et surtout deux rations MRE dans leur emballage marron. Voilà pour l’essentiel, l’utile, le nécessaire même. Un trousseau de clés avec un porte-clé Homer Simpson, une boussole, une carte de la ville - de ses anciennes lignes de bus en fait - un vieux polaroïd et quelques photos froissées, un paquet de clopes - trois pauvres tiges à l’intérieur - et un paquet de chewing-gum.

Je défonçais l’une des rations sans aucune retenue, dévorant les fruits secs et les noix en lisant les instructions d’utilisation du sachet chauffant, me régalant d’avance en voyant la brève description de la boîte. Tortellini au fromage et sauce marinara. Je versai suffisamment d’eau dans le sachet et y glissai le plat sous vide avant de refermer le sachet, laissant le temps à la réaction thermochimique de faire son effet. Dix à quinze minutes… Je n’étais pas certaine d’avoir encore la patience d’attendre aussi longtemps. Aussi la pris-je en mal en regardant les quelques photos tombées du sac.

Quelques photos anciennes se mêlaient à celles plus récentes visiblement prises avec le polaroïd, en trahissait la différence de format. J’y reconnaissais deux visages. Pantalon noir, flingue et badge à la ceinture, chemise beige, stetson de la même teinte sur le crâne. Un regard vert pétillant. Un regard bleu pastel plus réservé. Deux sourires radieux, pleins de vie, trahissant une solide amitié et une accolade. Elias et Hugh, bras passés dans le dos de l’autre, les visages plus rondouillards, les traits moins marqués, les joues glabres. Souvenir d’un autre monde, où avaient vécu ces deux hommes depuis longtemps disparus. Une autre photo, toujours d’avant, montrait les deux coéquipiers en civil, dans un jardin florissant. Un jour resplendissant, la lumière vive saturant quelque peu l’image cadrée légèrement de travers. Ils étaient assis à une table, où se trouvaient installés quelques gosses et une femme. Au centre de la photo, en point d’intérêt, une fillette aux cheveux noirs, en carré, qui soufflait les neuf bougies de son gâteau d’anniversaire, la truffe d’un golden retriever gourmand qui dépassait du rebord de la table.

Je sentis mes pouces se crisper sur le papier glacé. Ma gorge se nouer de nouveau sous mon souffle plus laborieux. C’était donc ça… Je saisissais toute l’ampleur de la dévastation que ce monde jetait sur nous. L’émotion triste me gagnait à contempler l’image de celui qui m’avait tranché un doigt, s’était livré aux pires abominations que j’avais pu voir, en simple père de famille. La raison de sa folie, sa violence. J’en tenais une bribe insignifiante entre les doigts. Moi qui n’avais rien possédé de tout cela, ni vie rangée, ni gamin, ni ami à l’exception Ron et de mon père. À contempler ce bout de papier, je me sentais vraiment idiote, pathétique, quand je n’avais finalement que si peu perdu comparé à ces deux gars-là. Je me mordis la lèvre inférieure, réprimant un sanglot. Hugh avait eu raison plus tôt. Je ne comprenais rien. Je ne comprenais rien et je l’avais pourtant tué. Tellement aveuglée par ma colère, tellement sourde à sa détresse et obstinée à protéger ma vie et celles de mes amis que j’en avais perdu toute capacité à pardonner, à comprendre. Ce meurtre, plus qu’aucun autre, avait marqué le passage d’un point de non-retour me concernant. Comme si toute ma part d’humanité se trouvait alors logée dans mon auriculaire manquant et qu’Elias avait tout arraché.

Je fermais les yeux en laissant tomber la photo sur la banquette, soudainement assaillie par les souvenirs d’autres voix qui résonnaient dans mon esprit. Deux plus particulièrement, aux mots touchants. Toutes deux résolues, dans des registres bien différents cependant. Une si douce, aimable et triste à la fois. L’autre profonde, métallique et hachée de souffles profonds.

*Les choses ne sont pas du tout comme elles devraient être. C'est un monde dur, cruel. C'est pour ça que nous existons, nous les champions. Peu importe d'où nous venons, ce que nous avons fait ou enduré… ... tant de choses qui te sont nécessaire de découvrir pour comprendre mes actes et tu connaîtras bien des épreuves, mais au final… ...nous vivons conformément à notre idéal afin de montrer au monde ce qu'un jour… ...pas aujourd'hui, ni demain mais un jour, quand tu auras embrassé pleinement le chaos et que tu auras souffert plus que de raison… ...non pas en s'y complaisant, mais en devenant les parias de cet idéal, prendre la décision que peu d'autres oseraient prendre… ...à ce moment où tu ne devais rien à personne sinon les ténèbres et tu y adhéreras… ...par nécessité, accomplir ce qui ne devrait pas être accompli et préserver la multitude. Devenir… ...un masque et tu n'auras plus de peur, plus d'incertitude, tu ne seras plus perdue et torturée. Tu seras menée par une mission qui nécessitera toutes les méthodes, qui justifiera tous les actes… ...plus qu'un vulgaire héros : être utiles… ...la plus puissante des armes que ni les vivants, ni les morts et le monde ne pourront jamais t'offrir : la conviction… ...Reniés et incompris...*

“...mais indispensables à l'équilibre des forces,” murmurai-je finalement.
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
Lampe dynamo
Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
Outils Électroportatifs (15)

Coffre 32/400
Ford F-150
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Carburant (10)
Trousse de soins (2)

Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1120/2000[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (20/2000)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1065/100[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (65/100)
Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Dim 27 Oct - 20:45
Je sanglotais misérablement, éprise de cette folie qui taisait son nom, m’y accrochant de ces quelques murmures pour y trouver un semblant d’ordre. Je portai les mains à mes oreilles, enserrai mon crâne, plantai mes doigts dans mes cheveux quand les mots, les voix, reprenaient cet échange de plus belle, à quelques infimes variations près, s’ajustant, s’opposant puis s’additionnant pour finalement se diviser à nouveau dans un déchirement fracassant. Quelques heures de sommeil qui s’étaient révélées bien insuffisantes en réalité. Malgré le réconfort de mes quelques trouvailles, goutte d’espoir distillée dans une mélasse visqueuse et oppressante, je restais suspendue à un fil de rasoir, attirée par ce gouffre béant qui semblait m’appeler de toute sa tranquillité. Un vide, un néant à l’appétit d’ogre qui réclamait sa pitance, à savoir les miettes de lucidité qu’il me restait. Ce désir de faire le bien, protéger les miens, cette culpabilité qui me dévorait.

*T’es juste bonne à chialer…* Je suppliais ces démons obstinés, crispant mes paupières closes, mon regard à la recherche d’une image, un souvenir qui aurait pu s’afficher sur ce mur noir. *Personne ne viendra pour toi…* Mais il n’y avait rien. *T’es seule Ivy.*

“Je sais… Juste... Taisez-vous… Laissez-moi tranquille…” soupirai-je d’une voix hachée, vacillante, implorante. Je me sentais dépouillée, écorchée à vif, une couche après l’autre comme un vulgaire oignon, jusqu’à en atteindre le coeur et d’un coup de talon, être réduie *en purée, en gratin, en soupe, au barbecue, à l'eau, sautés, rissolées… Allons trouver de quoi cultiver ces patates.*

“Des boxs hors-sol, Liz’... J’t’ai déjà dis que…” Je reniflais en taisant mes mots, frappée d’un éclair de lucidité. J’ouvrais légèrement les paupières pour voir soudainement le visage de la belle ténébreuse et son ton rieur s’évaporer. Ma main gauche avait quitté mon oreille pour essayer de rattraper cette illusion fugace du bout des doigts dans un geste précipité, avant de les replier lentement dans le vide. “J’t’ai dit que je voulais construire quelque chose de durable avec toi… Avec vous… Mais… J’t’ai encore abandonnée Liz’... J’t’ai trahie,” balbutiai-je, coupable. Une grimace d’amertume, d’un dégoût abject crispa les traits de mon visage avant que d’autres mots ne s’échappent, plus résolus. “Mais je tiendrai ma promesse…”

Je me raccrochais à cette branche minuscule, mais qui me semblait être une véritable bouffée d’air frais, vivifiante. Une brindille d’espoir que je pouvais faire mieux, devais faire mieux, refusant d’admettre qu’il était en réalité déjà trop tard. *...la vérité c’est que c’est toi qui est contre le monde !* Atteindre la cimenterie. Trouver Matt Campbell. Répondre aux hostilités. En paria déguenillée que je devenais. Je pensais pouvoir protéger ma Liz’ en m’éloignant d’elle, mais c’était faux. Insuffisant. Je la protègerai bien mieux en détournant l’attention de nos ennemis, en attirant leurs foudres, leurs balles, leurs chiens fous et leurs flammes. À tous ces Elias en puissance et compagnie. Jusqu’à embrasser plus pleinement encore le chaos dont ils seraient les messagers et en retour, offrir à leur coeur ce dont ils m’avaient privé. *La peur est l'arme des esprits vivants pour se prémunir de la mort et garantir leur survie.* Une peur terrible, pour qu’ils puissent préserver leurs vies, mettre fin cette guerre qui n’avait aucun sens.

Tout comme ces photographies qui n’avaient plus de sens, de portée autre que celle de nous faire souffrir, nous livrer en pâture à ce monde qui n’était plus fait que de souvenirs douloureux, nous baignant de regrets, de réminiscences de notre chute. Mais je ne pouvais m’empêcher de les contempler malgré tout. Je faisais défiler les polaroïds entre mes doigts, contemplant ces scènes rendues intemporelles. Celle d’un simple repas festif que partageaient Elias et son groupe, dont je reconnaissais les visages de certains, d’autres non, qui apparaissaient puis disparaissent au fil des clichés, des photos de lieux qui ne me disaient rien.

Des instants de joie saisis dans la spontanéité de l’action. Celle de son groupe qui posait fièrement, devant un minivan bariolé, équipé pour ce monde, une mitrailleuse lourde sur le toit. Fat Boy était gribouillé au dos la photo, en date du 15 Novembre 2034. J’identifiais le grand Jimmy, une adolescente sur les épaules - celle de la photo d’anniversaire, la fille d’Elias très probablement - deux sourires insouciants sur le visage. Je reconnaissais Maria, le ventre déjà arrondi, et son compagnon. Tout ce que nous aurions pu être, devenir s’il n’y avait pas eu tant d’épreuves, de pertes, d’incompréhension. Si nous avions pu avoir le temps de nous habituer à affronter le monde, s’il n’y avait pas eu tant de rancoeur et de déchirure… Quelques photos presque anonymes et je nageais dans un putain d’océan de regrets.

Je les délaissais, les unes après les autres, les jetant presque négligemment sur le sol ou la banquette comme l'on effeuillait les pétales d’une fleur. Mon repas m’attendait. Le sachet s’était gonflé de vapeur. Je l’ouvris avec précaution, prenant mon temps pour récupérer celui qui se trouvait à l’intérieur malgré mon impatience affamée. L’odeur me faisait saliver en remplissant l’habitacle. Bien évidemment, je me brûlais les lèvres à la première bouchée mais enfin, je pouvais manger. Chaud, consistant, à ma faim. Objectivement, c’était tout bonnement dégueulasse. De l’ultra-déshydraté au goût de fromage saucé chimique, néanmoins cette ration avait une allure de festin, un arrière-goût de requinquant. La nuit avait fini par tomber, plongeant l’habitacle dans une noirceur de plus en plus épaisse que je ne parvenais à briser que par quelques moulinets de dynamo sur la lampe-torche. Juste quelques reflets suffisants pour achever mon repas avant de m’allonger de nouveau sur la banquette, repue. Quelques gorgées de flotte, et repos. Je n’avais pas mis longtemps à m’endormir ; dans l’humidité de mes fringues, encore, les arômes de fromage et marinara, toujours, et la tranquillité du sourire de ma Liz’ en point d’équilibre, enfin.

17 Avril 2035 ~ Day Four

Lorsque je me réveillais, le soleil était déjà levé depuis quelques heures, flirtant avec son zénith. Il me fallut de nombreuses minutes pour parvenir à émerger totalement de ce sommeil, faire taire les derniers échos de voix qui s’étaient donnée la réplique dans un imbroglio onirique de souvenirs et de fantasmes. Néanmoins, je me sentais reposée. Loin d’être au top, mais en bien meilleure forme que la veille, lorsque je frôlais la rupture. L’avais-je seulement frôlée d’ailleurs ? Je l’ignorais mais qu’il quoi en était, je me sentais le coeur gonflé, ragaillardi de nouvelles certitudes.

Je me redressais lentement sur la banquette et m’approchais des fenêtres embuées. Le poing serré sur ma manche, j’essuyais la fine pellicule opaque pour jeter un oeil à l’extérieur. Les frondaisons d’un arbre venaient chatouiller le sommet d’un portique pour enfant aux couleurs bariolées, ternies par la crasse et picorées par la rouille. Je laissais mes noisettes s’attarder sur les environs de ce jardin à l’abandon, à la recherche d’une trace de vie ou de non-vie, le moindre mouvement qui aurait pu m’inquiéter. Mais je commençais à croire que la chance tournait enfin à ma faveur. Une demie-journée et une nuit sans emmerde. C’était presque incroyable. Je glissais de l’autre côté de la banquette, répétant l’opération sur la vitre opposée pour découvrir la même tranquillité sobre.

Les dernières traces de brumes se dissipaient lentement sous les rayons d’un nouveau jour. Je grignottais les deux cookies restants de la ration MRE, avant de regrouper mes affaires et la ration restante dans mon sac à dos. Je dressais l’inventaire de la petite trousse de secours. Une petite paire de ciseaux, une bande de gaze et un flacon d’alcool purifié vidé au deux tiers. Je fourrais l’ensemble dans mon sac à dos, avant de m’intéresser au flacon de médicaments. Elena Mathison. Le nom de la personne à qui il avait appartenu. Diosmine 600mg. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était. Je regrettais le temps béni des smartphones et d’internet quand, affairés sur un chiotte, nous gardions néanmoins tout le savoir humain à portée de doigt. Je me sentais si conne, la gorge enrouée et dans l’incapacité de savoir si ce flacon avait le moindre intérêt, ni pouvait me guérir.

Je glissais un regard vers mon sac à dos, une pensée fugace pour le talkie. James devait sûrement le savoir. Il ne me manquait en réalité que le courage de l’appeler, et la modestie de l’admettre. Ou l’inverse. Je conservais ce petit flacon, au cas où je parviendrai à en découvrir l’usage. Je rassemblais cette fois-ci l’ensemble de mes affaires, bourrant ce sac à dos qui devenait vraiment pesant sur mes épaules. J’avais en tête de fouiller la maison, nourrissant malgré tout bien peu d’espoir d’y découvrir quoi que ce soit d’utile. Depuis le temps, ce bled avait dû être ratissée de long en large. Le sac et l’arc sur les épaules, la hachette à la main, je m’étais dirigée vers la fenêtre la plus proche, jetant des regards inquiets autour de moi.

Il n’y avait pas de râle, pas de grognement. Rien qui n’indiquait la présence de rôdeurs, ni même de vie à l’exception de quelques pépiements d’oiseaux. J’essuyais la poussière qui avait recouvert la vitre, plongeant mon regard à la découverte de l’intérieur de la maison. Une chambre d’enfant, au sol couvert de jouets. Des poupées barbies, une grande maison Playmobil dans un coin d’une pièce, juste à côté d’une armoire. Mais pas la moindre trace de vie. Je glissais mes doigts sous le rebord de la fenêtre, essayant de soulever la guillotine, sans succès. Alors je me dirigeais vers la porte et posais une main sur la poignée. Verrouillée. Je sentis mes espoirs revenir, très discrètement.

Je posais mon sac à mes pieds, fouillant dans celui-ci pour en retirer le kit de crochetage. Il ne m’aurait fallu qu’un instant en usant de mon don, mais le spectre charognard de la fatigue qui en accompagnait l’usage ne me quittait plus. Je devais m’efforcer de survivre en ne faisant appel à lui qu’en cas d’urgence, de nécessité absolue. Et apprendre à vivre, survivre comme une vraie, comme Jena. Compter sur mes ressources bien humaines, les développer. Je me targuais d’être intelligente, bien au-dessus de la moyenne, il était temps pour moi de l’utiliser à bon escient plutôt que de la gaspiller à nourrir mes suspicions farfelues. Une pensée qui me rappela les mots de Nelson captés quelques jours plus tôt. Ce qu’il avait dit à propos de Matthew. Peut-être pas si farfelues que ça en fait, mais tout du moins déplacées. Hors de propos.

C’était un apprentissage que je me devais de faire. Concentrer mes efforts, mes pensées, mes ressources sur le nécessaire, garder le reste comme un luxe, une distraction si j’en avais le temps. Apprendre à faire la part des choses et arrêter de partir dans tous les sens. Exactement ce que j’étais encore en train de faire à cet instant. Je m’insultais silencieusement en extirpant deux crochets de leur sacoche pour me concentrer sur cette serrure. Un geste qui me renvoyait à la nuit de mon départ, quand j’avais crocheté la porte du bureau de James puis celle de l’armurerie. Sans l’appréhension de me faire prendre, cette serrure-ci se voulut bien moins complexe à crocheter. Une minute, peut-être moins, et je m’engouffrais à l’intérieur de la maison. Je rangeais le kit de crochetage dans le sac à dos et commençais ma fouille.

La hachette au coeur de mon poing gauche, je progressais méthodiquement, explorant toutes les pièces une à une sans m’y attarder pour m’assurer de l’absence d’un quelconque infecté, voire vivant. Mais si mon arrivée de la veille n’avait suscité aucune agitation, à l’extérieur comme à l’intérieur, je n’avais guère de raison de m’inquiéter sur ma solitude en ces lieux. Une solitude qui se confirmait une dizaine de minutes plus tard. Je refaisais le trajet en sens inverse, reprenant depuis le départ pour fouiller la cuisine en premier lieu. Mais il n’y avait rien. Ni eau potable, ni nourriture. Seulement des ustensiles ô combien communs et devenus inutiles. Le seul véritable intérêt de cette pièce semblait résider dans les appareils électroménagers, non pas pour leur utilité, mais pour les nombreux composants que je pouvais récupérer dessus en les désossant. Je rangeais l’idée dans un recoin de mon esprit, là où finiraient toutes les conneries du genre, les plans sur la comète qui ne m’apportaient rien dans l’instant.

Le salon non plus ne présentait pas grand intérêt à l’exception d’une bibliothèque qui s’était vue renversée de ses nombreux livres, seule véritable valeur de l’endroit. Je basculais le meuble dans un grognement d’effort pour révéler la multitude de bouquins qui se trouvaient en dessous. Des romans, des thrillers et autres conneries à l’eau de rose, des magazines automobiles, people et sportifs. Pas un bouquin scientifique. Pas une revue utile aux temps présents. Un tas de combustible tout au mieux. Je me rendais dans la chambre de la gamine. Rien. La chambre des parents, guère mieux, si ce n’était un placard rempli de fringues. Et dans son ouverture, le constat m’avait frappé que je devais me changer, me laver un minimum. Plus encore quand j’atteignais la salle de bain et dévisageais mon reflet dans un miroir.

J’avais les traits creusés, les pommettes plus saillantes encore qu’à mon départ. Le front et les joues souillés de traces brunes, crasses, les cheveux poisseux. Des cernes profondes qui se confondaient presque avec les restes du coquard de mon oeil gauche. Je guérissais, lentement, mais les stigmates des coups d’Elias restaient bien présents, palpables. Je me dirigeais vers les toilettes pour y découvrir - miracle - que l’eau de son réservoir n’avait pas été siphonnée. Certainement pas potable, mais encore suffisamment limpide pour m’en servir. Je retournais dans la chambre des parents, faisait le tri dans les vêtements disponibles. La femme qui avait vécue là devait être d’un gabarit proche du mien, car ses habits  étaient à peine trop grands. Une taille plus grande, deux tout au plus. Je faisais ma sélection. Un jean noir, un chemisier gris, un gilet beige et kaki au col haut, une brassière et d’autres sous-vêtements propres piochés dans un tiroir.

Je vidais mon sac à dos, abandonnais cette tente inutile à côté du lit pour y loger les quelques affaires. Je récupérais la casserole vide, le morceau de savon, la serviette et retournais vers la salle de bain. J’y déposais les affaires, allais aux chiottes remplir la casserole d’un peu d’eau, puis revenais, me déshabillais lentement, tirant sur mes muscles pour enlever mes habits humides et les jeter négligemment dans un coin. Je schlinguais la sueur, la poussière, l’humidité. La survie à la dure. Je déroulais les bandages qui me ceinturaient la poitrine, la peau en-dessous blanchie et marquée par les motifs de tissage, lui donnant un aspect granuleux. Je prenais le risque d’inspirer profondément, titillant les douleurs de mon flanc droit que le large hématome d’une rencontre avec une batte de baseball ravivaient. Bien d’autres demeuraient, des membres à l’abdomen, verdissant avec les jours passés.

Je plongeais mes mains dans l’eau froide, les mouillant, les frictionnant avec le savon, brouillant déjà la clarté du liquide de ce simple geste. Je tremblai sous la fraîcheur du liquide, un frisson qui m’arracha une quinte de toux grasse. L’eau ruisselait le long de mes courbes osseuses, se chargeant de saleté et découpant des sillons albâtre. Le bandage s’imbibait lorsque je mettais mes mains en coupe pour recueillir plus d’eau, tremper mes cheveux et les dépouiller de cette crasse qui s’écoulait en filets marronnasses sur le carrelage de la salle de bain. Goutte après goutte, je me sentais revivre, comme si de ces quelques gestes, je gommais les souillures qui entachèrent mon esprit ces derniers jours.

Je me séchais, longuement et précautionneusement, quelques grimaces sur le visage lorsque j’appuyais trop fortement sur les endroits encore marqués d’ecchymoses. Je faisais la découverte de quelques cicatrices sur mes joues, encore sensibles au toucher. J’enroulais mes cheveux dans la serviette et traversais cul nu le morceau de couloir pour gagner la chambre, me vêtir lentement en fredonnant un vieux morceau de Lindemann, reprenant le refrain d’une voix aussi mesurée que fausse, yaourtant le germanique en dodelinant de la tête. Je m’asseyais sur le bord du lit, retirant les bandages grossiers de ma main meurtrie. J’avais sorti le flacon d’alcool de la trousse de soin, le tenant entre mes doigts et le fixant avec une appréhension fataliste, telle que je me glissais un coin de la serviette dans la bouche, tenue entre les dents en prévision du cri qui allait quitter ma gorge.

Cent-vingt degré et quelques. Voilà l’angle parcouru par le goulot du flacon entre mes doigts. Un tiers de tour qui faisait toute la différence pour que le liquide translucide et odorant ne s’écoule de sa prison de plastique, ruisselant sur ma plaie. J’avais mordu dans le morceau de tissu, un cri rauque et étouffé contenu derrière mes lèvres quand la putain de sa race de brûlure, violente, vivace me fit l’effet d’une seconde amputation. Des gouttes de sueurs froides étaient venues perler sur mon front comme les larmes à mes noisettes. Je basculais vers l’avant, repliant mon bras droit contre mon abdomen et le coinçant dans le repli de mon aine. Quelques secondes, une dizaine tout au plus et je me retrouvais à vivement secouer ma main endolorie pour en chasser les dernières gouttes et le feu qui la consumait. Par la suite, je l’enroulais de la bande de gaze restante, grossièrement une fois encore, galérant à faire tenir cette dernière malgré la souplesse peu-à-peu retrouvée de mes phalanges.

Enfin, après un temps que je n’avais pas calculé, j’avais remballé l’ensemble de mes affaires, la tente en moins, pour regagner le pick-up, m’approcher de mon objectif. Une longue hésitation m'avait saisie, car je désirais profondément continuer à profiter de cette accalmie. Mais je me rappelais à l'ordre, m'y efforçais. Atteindre la cimenterie. Trouver Matt Campbell. Je rejoignais le monde des morts et des presque vivants, mettant un terme à cette trêve bienvenue, dont je doutais pouvoir goûter à nouveau avant quelques temps. Aujourd'hui, il n'y avait pas encore de cadavre dans mon sillage, seulement l’oeil d’un cyclone.
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
Lampe dynamo
Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
Outils Électroportatifs (15)

Coffre 32/400
Ford F-150
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Carburant (10)
Trousse de soins (2)

Nelson Wallace


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba110/0[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (0/0)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba100/0[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (0/0)
Informations scénaristiques:
Nelson Wallace
Protagoniste
Lun 28 Oct - 22:47
Un grondement était survenu dans le talkie-walkie d'Ivy, comme des marmonnements graves étouffés par une distorsion de la fréquence, dévorée par un torrent de parasites chaotiques lui donnant l'impression d'un semblant de voix lointaine et indescriptible. Ce baragouin s'était répété, plusieurs fois en l'espace de quelques minutes, sans parvenir à l'atteindre quand bien même Ivy tenterait de manipuler l'ajustement de fréquence. Au dernier crachat du talkie-walkie, une voix se sera faite un brin plus distincte, comme si elle lui passait à coté et elle aura perçu ce qui semblait constituer deux phrases, toujours indéchiffrables.

Ce n'est qu'une bonne heure plus tard que l'engin se sera de nouveau activé d'une réception chaotique, mais cette fois, au fur et à mesure des grésillements tantôt stridents, tantôt grignotés, l'incompréhensible s'affinait pour dessiner un timbre de voix lourd et grave qui finit par laisser filer de presque perceptibles syllabes. Quelques minutes plus tard, une première communication très parasitée, puis une seconde brusquement plus nette, malgré quelques grognements, finirent par se percevoir :

« ... cher, - ... parlions, c'est urgent. Je répète, à celle qui a salopé mon plancher, est-ce que tu me reçois ? Si tu me reçois, il faut que nous parlions, c'est urgent. A celle qui a salopé mon plancher... c'est urgent. A vous. »

Le message sera répété une nouvelle fois, avec un ton et une articulation un brin différente laissant comprendre que ce n'était pas un message enregistré mais bel et bien une transmission en temps réel, avant que celle-ci ne cesse, libérant la fréquence.
Equipement Porté :
N/A
Accessoires Pratiques :
N/A
Contenants Personnels :
N/A

Ivy Lockhart


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1120/2000[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (20/2000)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba1065/100[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (65/100)
Informations scénaristiques:
Ivy Lockhart

Mer 30 Oct - 13:01
J’avais roulé en maintenant une vitesse lente, à la limite du sous-régime pour réduire au maximum les vrombissements du diesel ronronnant et n’attirer l’attention que des rôdeurs les plus proches dans la centaine de mètres alentours. Une vitesse plus excessive ne m’aurait rien apporté d’autre que des ennuis, et un temps de réaction moindre si un obstacle venait à surgir devant mon capot. L’envie ne m’en manquait pourtant pas, d’enfoncer cette pédale et sentir les vibrations du moteur, les cahots de la route, la vitesse et les accélérations latérales. Je ne doutais pas que l’occasion finirait par se présenter.

J’avais contourné l’embouteillage de la veille en m’enfonçant en plein coeur du secteur M, tentant une approche par le sud. Les habitations s’étaient faites plus rares, plus isolées et plus cossues dans le même temps, associant pour la plupart lieu de vie et lieu de travail quand leurs terrains accueillaient les restes d’une activité professionnelle. Garage automobile ou entreprise d’artisanat quelconque. De vraies mines d’or à mes yeux quand j’imaginais les découvertes que je pourrais y faire, malgré que je ne devais sûrement pas être la première à l’envisager. J’avais quitté la trentième rue pour m’engager sur une route plus étroite encore, qui s’enfonçait dans les prémices de la zone industrielle, la grande cheminée de la cimenterie  grossissant au rythme de mon avancée.

Je plantais un brusque coup de patin en reconnaissant la voix de Nelson surgir dans mon oreillette, associée au talkie posé sur le siège passager, lui-même relié à la console de bord du véhicule par son câble de charge USB. Le pick-up s’immobilisa au milieu de la rue dans un très bref crissement de pneus, attirant un peu plus l’attention des charognards déjà excités par le ronronnement du puissant diesel. Je n’avais que peu prêté attention aux parasites inintelligibles qui s’en étaient extraits une heure auparavant, sans que je ne parvienne à discerner la moindre syllabe. Je m’étais encore attendue à percevoir ces informations étranges et dénuées de sens, qui me parvenaient par bribes de langage codé de temps en temps. Les mots “frère”, ”trois” et “huit” furent les seuls que j’avais réussi à saisir dans un océan de parasites, et à aucun moment je n’aurais imaginé que la voix du vieux fermier en surgirait des flots.

Mes doigts s’étaient un peu plus crispés sur le volant à l’écoute de ces quelques mots, car ils m’étaient adressés, du moins en étais-je convaincue, incapable de savoir si d’autres que moi avaient salopé son plancher. Je contemplais le boîtier de communication grésillant, me raisonnant quant à l’envie soudaine de plonger dessus, l’attraper à deux mains et répondre au vieil homme. Non pas que je ne le souhaitais pas, bien au contraire, mais je savais déjà que ce serait inutile. La portée effective du talkie ne me permettait pas d’atteindre la ferme, pas à une telle distance. Il me fallait mettre la main sur un émetteur plus puissant, un poste radio et une antenne capable de relayer la transmission. Je mémorisais néanmoins la fréquence utilisée par le fermier avant de glisser un regard vers le poste de radio intégré au poste de conduite, secouant mollement la tête.

L’électronique et l’informatique avaient toujours été mes points faibles, ceux que Ron savait combler et qui avait rendu notre amitié et notre binôme si complémentaire, si efficace. Un pincement au coeur me saisit, poignant, à repenser à mon meilleur pote que je n’avais aucune chance de retrouver. Si seulement il avait pu être là, depuis le départ, les choses auraient été bien différentes. Livrée à moi-même, esseulée avec mes pensées, je remontais plus loin encore dans mes souvenirs, bien avant que James et Elizabeth n’entrent dans mon existence, et que je ne m’immisce dans la leur, vouée sans le désirer à toujours plus leur faire de mal, toujours plus les décevoir. Je prenais pleinement conscience que l’épaule et l’oreille de Ron me manquaient, atrocement. Si compréhensif, si rassurant, si philosophe aussi. Jamais Soulstrange n’aurait pu foutre une telle merde dans mon esprit s’il avait été là, j’en étais persuadée.

Je l’imaginais sans mal se foutre amicalement de ma gueule s’il avait pu me voir à ce moment-là tenter de démêler dans mes lointains souvenirs ce qu’il était ou non possible de faire à partir d’un simple autoradio. Ron aurait résolu ça en un putain de claquement de doigts là où j’avais les sourcils froncés et le nez plissé dans une moue de réflexion. Je me raisonnais une nouvelle fois, non sans exprimer ma frustration d’un “Merde !” bien senti. C’était trop loin, trop vague, et ma seconde mort avait rendu plus difficile encore la réappropriation de mes souvenirs d’antan. Un sentiment déjà ressenti lorsque je me trouvais perchée au-dessus du moteur du camion-porteur, à Jefferson. Ça n’avait pas été grand chose, rien de vraiment perceptible pour des yeux néophytes, mais pas pour les miens. Il m’avait fallu des poignées de secondes supplémentaires à chaque fois pour me réapproprier les noms des pièces, leurs fonctions et leurs mécaniques propres, les isoler dans mon esprit pour en trouver la défaillance. Rien de bien méchant en soi, mais suffisamment remarquable pour l’être.

Je devais trouver un émetteur radio pour répondre à Nelson, savoir quelle était l’urgence dont il voulait absolument me faire part. J’avais fermé les yeux quelques secondes supplémentaires, me pinçant l’arête du nez pour me concentrer, chercher une solution. Et celle-ci se manifesta lorsqu’un de ces putains de cadavres vint frapper contre ma vitre. Je sursautais sous le choc de ses mains osseuses et ses dents cherchant à franchir le carreau. Je le fixais l’espace d’une seconde, puis portais mon regard aux environs immédiats du véhicule. Bien d’autres de ses congénères approchaient, le pas traînant, mais l’appétit vif. Je redémarrais en braquant le volant, accélérant plus violemment pour faire chasser le cul du véhicule dans un demi-tour serré, renversant l’autre débile sans gêne ni compassion.

Je revenais sur mes traces, rejoignais de nouveau la trentième rue jusqu’à remettre le cap au sud, puis bifurquais vers l’ouest sur la trente-deuxième rue. Et il était encore là, aussi misérable que moi. Les charognards aussi se trouvaient toujours là. Même constat de misère. Je garais le pick-up à quelques mètres de mon objectif et coupait le contact. Je m’emparais rapidement du kit d’outillage et de ma hachette, fourrais les clés du pick-up dans la poche de mon jean et déployais pleinement mon champ de perception avant de sortir. Oeillade à droite, oeillade à gauche pour apprécier la distance qui me séparait des quelques infectés qui commençaient déjà à converger dans ma direction. Je ne traînais pas en contournant la face avant du camion de pompier. Je risquais un coup d’oeil pour m’assurer qu’aucune de ses saloperies n’allaient surgir de l’angle du camion pour me tomber dessus, laissant mon regard dériver vers le rideau métallique de la boucherie. J’étais morte ici. Je ne comptais pas renouveler l’expérience.

J’ouvrai la portière du camion et jetai mon bordel dans la cabine avant de monter à mon tour, verrouillant derrière moi. Je m’autorisais un soupir de soulagement en découvrant que l’unité radio n’avait pas bougée depuis que j’y avais enregistré mes adieux. La différence cette fois-ci était que je ne venais pas faire mes adieux. Contrairement à la dernière fois où mon cul avait reposé sur ce siège, je n’avais ni le temps, ni le sentiment d’avoir à le prendre car je n’étais plus condamnée à mourir. Je n’étais pas là pour envoyer un message, seulement pour récupérer l'appareil le plus rapidement possible et foutre le camp. J’utilisais mon don pour repérer les vis et les prisonniers qui maintenaient la façade plastique du tableau de bord en place. Le temps et les morts jouaient contre moi, alors j’allais au plus direct. Je fracassais le plastique aux endroits stratégiques sans risquer d’abîmer le poste de quelques coups de hachette, remplissant l’habitacle de nombreux débris. Puis, je m’attelais à démonter le reste de quelques tours de visseuse, jusqu’à désolidariser le poste-radio de son support et le sortir de son logement d’un coup sec. Je débranchais les connecteurs rapidement, ainsi que le câble d’antenne et récupérais enfin l'appareil.

L’opération n’avait pas dû me prendre plus de dix minutes chrono, mais cela avait été suffisamment long pour permettre aux morts d’encercler la cabine, cognant contre la tôle, le sommet de leurs doigts grattant aux vitres. J’avais un poste-radio, certes, mais j’avais l’air sacrément maline désormais. Je tâchais de réfléchir, ma respiration s’accélérant quelque peu. La vérité était très simple en réalité, je n’avais qu’à faire usage de mon pouvoir, encore, et m’en débarrasser, mais j’avais pris la résolution quelques heures plus tôt d’agir comme une vraie de vraie. Que ferait Jena ? Que ferait Kyle ? James ? Elizabeth ? Que feraient-ils à ma place ?

“Ils ne s’y seraient jamais retrouvés à ta place, espèce de dinde,” houspillai-je à voix haute contre moi-même. “T’es encore allée te foutre dans une merde sans nom…”

Et putain, j’avais raison. Jamais Jena ne se serait engouffrée dans cette cabine de camion sans avoir nettoyé le coin. En réalité, mon raisonnement était faux, alambiqué. Aucun d’entre eux n’auraient pu se retrouver à ma place car ils pensaient en groupe, agissaient en groupe. James ne se serait jamais retrouvé à ma place car jamais il n’aurait permis que l’un d’entre nous ne parte seul. S’il avait été là, il y aurait eu Liz’, Jena ou Kyle dehors, pour le couvrir, pour lui demander de dégager quand le risque serait devenu trop grand. Voilà ce qu’il se serait passé. Voilà pourquoi j’étais morte ici. Voilà pourquoi Takashi était mort ici. Et voilà pourquoi je commettais la même erreur trois mois plus tard. Il fallait toujours que je cherche à me prouver ce que je n’étais pas. J’étais juste la putain de mécano, c’était quand même pas si compliqué que ça à comprendre… La raison pour laquelle j’étais seule aujourd’hui, loin d’eux. Mais à vouloir agir seule, je devais me démerder seule. C’était là l'unique et bien maigre avantage que je parvenais à trouver dans ma situation : pour une fois, je n’avais entraîné personne d’autre dans mes conneries.

Un gars de la trempe de Matthew lui-même avait traîné avec le Vagabond. Qu’est-ce que j’espérais sérieux, livrée à moi-même ? Je n’étais et ne serais sûrement jamais une vraie de vraie. Juste une cruche bercée d’illusions.  Je me maudissais intérieurement, car le fantôme demeurait bien présent. Je récupérais difficilement de ma fatigue et de mes blessures, et pourtant je continuais de faire n’importe quoi, à me foutre dans des situations idiotes. Au final, il m’apparaissait que je n’avais que deux dons : celui pour me foutre dans la merde, et celui pour m’en sortir. J’avais clairement abusé du premier, il était temps d’en faire autant du second.

***

Je grelottais de fièvre, emmitouflée sous plusieurs couches de vêtements et allongée sur la banquette arrière du pick-up, dans l’obscurité la plus complète. J’avais trouvé refuge dans le garage clos d’une baraque abandonnée parmi tant d’autres, une de celles repérées lorsque j’avais tenté d’atteindre la cimenterie quelques heures plus tôt. Ma main droite était prise de terribles élancements chauds et douloureux qui se diffusaient depuis ma blessure. J’avais avalé la dernière ration MRE pour récupérer un peu de force, épuisée de l’utilisation de mon pouvoir à me sortir de ce foutu camion de pompier et débarrasser cette maison des quelques rôdeurs qui l’infestaient. Puis j’avais profité des derniers rayons du jour pour bricoler le poste-radio récupéré, le raccorder à l’alimentation électrique du pick-up en désossant une bonne partie du tableau de bord pour accéder aux connecteurs. L’appareil fonctionnait, posé sur le siège passager, une ribambelle de fils au cul qui disparaissaient sous le plastique de la console de bord comme une bouchée de spaghettis.

J’avais usé de ma perception magnétique pour repérer le câble d’antenne qui courait dans les murs de la maison, me fatiguant plus encore à l’en arracher pour venir bidouiller un raccordement éphémère avec l’antenne du pick-up. De quoi - je l’espérais - obtenir une portée d’émission suffisante pour atteindre la ferme. Je me faisais la réflexion, bien trop longtemps après d’ailleurs, que j’aurais certainement eu moins d’emmerdes à me rendre directement chez Nelson et discuter de vive-voix. Une solution simple, si ce n’était la plus simple de toute d’ailleurs, mais dans mon refus obstiné à vouloir mettre en péril qui que ce soit, je ne l’avais même pas considérée en premier lieu, préférant me focaliser sur la recherche d’un poste-radio.

Sauf que cette fierté résolue, que d’aucun pourrait qualifier de foncièrement idiote, risquait d’avoir un prix très fort à payer. La plaie de mon auriculaire s’était très certainement infectée. Nul besoin d’être médecin pour le deviner au vu de mes symptômes. J’avais besoin d’aide, de médocs, d’un médecin. Mais surtout pas James. Je ne leur demandais plus rien. C’étaient parmi les derniers mots que je lui avais laissé. Une promesse de tranquillité.

Les fréquences du poste-radio et de mon talkie synchronisées, paramétrées sur celle où la voix de Nelson m’avait parlée de nombreuses heures plus tôt, je prenais enfin le risque de dévoiler ma présence sur les ondes, pressant le laryngophone.

“Salopeuse pour propriétaire de plancher. Est-ce que vous me recevez ? Je répète. Ici salopeuse pour propriétaire de plancher. Est-ce que vous me recevez ? À vous.” Je relâchais le commutateur du laryngophone après avoir parlé d’une voix rendue éraillée et tremblante par la fièvre qui me consumait et me faisait transpirer à grosses gouttes. Puis je serais restée à attendre une éventuelle réponse en retour, sans certitude sur l’efficacité de mon bricolage, réitérant le message à plusieurs reprises s’il l’avait fallu, sur un intervalle de deux heures.
Equipement Porté :
Capacité : 3/5
Herbertz 3C
Redhead Toxik Flec.
Lampe dynamo
Accessoires Pratiques :
Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : Gilet pare-balles
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/5
Ford F-150 3/3
VHF-ANT-SAL
HK21 50C 7,62
Contenants Personnels :
Dos 24/30
Grand sac
Talkie Militaire (2)
Hachette (4)
Kit de crochetage (3)
Outils Électroportatifs (15)

Coffre 32/400
Ford F-150
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Rations saines (5)
Carburant (10)
Trousse de soins (2)

Clark Blackcorn


Fiche de personnage
Points de RP:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba110/0[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (0/0)
Etat Mental:
[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Debuba100/0[Secteur O] Comme une bête - 14/04/35 Videba10  (0/0)
Informations scénaristiques:
Clark Blackcorn
Protagoniste
Mer 30 Oct - 21:50
Au contraire de ce qu'aurait pu croire Ivy, de par le temps passé avant qu'elle ne réponde à la transmission du fermier, il ne fallut qu'une poignée d'instants pour que le poste-radio ne s'active dans un amas de grésillements soudains et stridents, bien que l'écho qui s'en extirpa à la suite fut assez net, les parasites se faisant très modérés elle pouvait percevoir un timbre de voix plus doux et aiguë que celui du vieil homme. Le ton paraissait surtout emballé, permettant de deviner l'empressement que son message avait du provoquer et le volume de la voix était assez porté, comme si le jeune homme à l'autre bout du fil craignait de ne pas être correctement entendu.

« Ivy ?! Ivy tu me reçois ?! C'est Clark ! Je t'ai entendu - Nelson !! Nelson Ivy a répondu !! - Ecoute, si tu me reçois surtout ne coupe pas ton talkie-walkie, Nelson aimerait vraiment te parler, on s'inquiète tous beaucoup pour toi. Hey c'est Ivy ! »

Alors que la transmission était toujours en cours, le blondinet conservant vraisemblablement la pression du boitier retour, une autre voix vint presque s'imposer sur la précédente, d'un timbre clairement plus grave que celui de Clark, bien qu'il était loin d'un James ou d'un Nelson, et plus emprunt également, d'une forme harmonieuse de virilité juvénile.

« Arrête de t'énerver Clark ! » Grondait-il presque, avec un écho plus lointain qui fut rapidement gommé, laissant comprendre qu'il était venu jusqu'au boitier.

« T'imagine si elle est entourée de rôdeurs ou d'une autre emmerde ? Doucement avec le micro - Ivy c'est Ricky, si tu nous reçois, Nelson veut te parler mais on aimerait tous savoir si tu vas bien. Je sais pas pourquoi tu es partie seule, mais c'est de la folie, n'importe qui serait en danger de mort au-dehors et sans soutien. Je sais que ça a pas toujours été rose entre nous et que l'on a pas eu beaucoup de temps pour apprendre à s'apprécier... mais t'es l'une des nôtres, tu l'a toujours été.

Le camp du motel, Le Perchoir, la ferme... c'est du pareil au même. Tous ensemble dans la même galère. Alors si tu nous entend, répond s'il te plait... »


Quelques instants de flottement, tintés de grésillements de fond comme si du papier aluminium était froissé, suivirent avant d'être couverts à nouveau.

« Lâche cette putain de transmission. Comment tu veux qu'elle rép - »

La communication se coupa brusquement, libérant la fréquence.
Equipement Porté :
N/A
Accessoires Pratiques :
N/A
Contenants Personnels :
N/A
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