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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Au mur de véhicules - 16/12/34
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 16 Fév - 1:09
Interprété par James Everett, Elizabeth Evans & Ivy Lockhart.


William Shakespeare a dit : La mort est une dette que chacun ne peut payer qu'une fois. Au cours de sa vie, et malgré lui, James avait frôlé à plusieurs reprises la mort et l'avait côtoyé plus de fois qu'il ne l'aurait voulu, que ce soit dans les vieux quartiers de son enfance, sous un pont, au chevet de sa défunte compagne ou sur le front, quand les balles fusaient et que les tirs d'obus faisaient exploser des parcelles de terre, d'arbres et de maisons sans discernement, ignorant jusqu'à la valeur de la vie au profit d'une supériorité qui ne pouvait être qu’éphémère, car la guerre appelait à la guerre.

Quand il était petit, James avait eu plaisir à s'émerveiller devant les films et les séries qui parlaient d'histoires héroïques, dramatiques ou plus réalistes, avec un point commun à chaque fois : d'une façon ou d'une autre, lorsque l'un des personnages avait été touché par la mort ou l'avait évitée de peu, la moquant ouvertement comme savait si bien le faire les réalisations hollywoodiennes, ces scènes avaient systématiquement eu une dimension à la fois magnifique et touchante, débordante d'imagination et de cette sensation d'exception qui faisait rêver les garçons comme lui.
Quelle déception ce fut que de la côtoyer dans la vie réelle, si différente. A chaque fois qu'il avait manqué de perdre la vie, James avait été horriblement déçu car il n'y avait jamais eu aucun héroïsme, aucun spectacle ni spectateurs pour le soutenir, à chaque fois jeté dans le fossé de l'incertitude à tomber dans les limbes infinies de façon risible et ridicule à souhait, car la mort en réalité était affreusement banale et ridicule pour bien des individus. Il n'avait pas dérogé à la règle, même lorsqu'il mourrait de faim dans les rues de Washington, même lorsqu'il pleurait au chevet de sa défunte emportée par la maladie, même lorsqu'il se démenait dans des pays si lointains de sa patrie, à lutter les mains pleines de sang pour sauver la vie de ses camarades dans des lieux où la guerre menaçait la sienne.

L'ironie des médecins comme lui, lorsqu'ils avaient connu la guerre, était qu'ils avaient eu l'occasion d'être au moins une fois à la place de ceux qu'ils soignaient, et de passer de sauveteur à sauvé pour comprendre ce que ressentaient ces hommes qui arrivaient dans des états parfois horribles, sacrifiant de leur âme et de leur corps à une cause qui au final dépendait des lubies d'hommes et de femmes de pouvoir à qui l'on attribuait tels des moutons d'un système dénué de sens, des droits dont ils abusaient sans vergogne au nom de la « démocratie ».
Toutes ces choses, ces souvenirs et ces pensées, l'avaient harcelé la nuit durant tandis qu'il avait dormi sous sa tente où pour le moment, il vivait seul faute de réponse à sa proposition de partage. C'était normal après tout, il ne connaissait aucune des personnes qui avaient atterri dans ce camp et aucune d'elles ne le connaissaient non plus, ce qui limitait drastiquement les possibilités de confiance en l'état. Son réveil en sursaut l'avait ramené à la réalité, et regardant autour de lui le décor de cette petite mais rassurante tente Tunnel qui lui donnait l'impression de le protéger des dangers du monde extérieur, quand bien même ce n'était pas le cas, lui rappela que tout ce dont il avait rêvé n'était plus, plus du tout.

Plus rien n'existait, ni la société, ni le système, ni la guerre, ni le front, ni l'académie où il avait étudié Shakespeare, des visages portant le pouvoir égoïste aux camarades avec qui il avait vécu une partie à la fois intense et triste de sa vie, tout avait disparu. Emporté par la contamination et la ruine, une claque qui le ramenait au monde réel et dont il ne savait toujours pas, après tous ces mois, quoi penser, quoi vouloir. Devait il se réjouir que le système destructeur ai disparu ? Non, il ne s'en était jamais vraiment occupé au final, ayant vécu sa vie, accompli le service militaire dans lequel il s'était engagé en croyant pouvoir servir la médecine parmi des héros, et était revenu à la vie civile plein de désillusions et de regrets en reprenant un quotidien isolé et portant le poids des douleurs passées. Devait il pleurer ceux qu'il avait connu et qui étaient morts pour leur pays ? Il n'y arrivait pas, car quelque part il se disait qu'eux au moins n'avaient pas eu à voir l'horreur et les ravages subis par ce pays qu'ils avaient si ardemment défendu, et dont il ne restait que des cendres.

Il s'était frotté le visage frénétiquement pour faire sortir ces pensées et ces questions de son esprit, symboliquement, puis avait soupiré, une, deux, trois fois, restant là assis des minutes durant dans sa tente, avant de s'en extirper sans aucune conviction. Six mois, six mois de son existence s'étaient envolés sans crier gare, sans aucune raison ni bon vouloir vers lequel se tourner afin de comprendre. Il avait été mordu, avait agonisé d'une des pires façons qu'il avait imaginé, seul et sans repères, pour mourir. Mais alors qu'il avait pensé sa dette payée à la mort, on l'avait arraché d'elle pour le ramener sur terre, et sans juger lui devoir la moindre justification.
Depuis l'arrivée au camp, il n'avait pas particulièrement côtoyé qui que ce soit, se contentant l'avant-veille de faire acte de présence afin d'entendre le discours du chef du campement, ce Matthew Jefferson, pour ensuite retourner à son état d'errance, passant en fait le plus clair de ces deux derniers jours dans sa tente à se reposer et surtout à penser, en silence et seul à tout cela et à rien en même temps. C'est pourquoi réveillé de bon matin, aux environs de sept heures, il se dit qu'il serait peut être temps de se ressaisir un peu, et d'essayer au moins. D'essayer quoi ? Il ne le savait pas encore, il n'avait aucune idée de la place qu'il avait, qu'il pourrait avoir ou qu'il souhaiterait prendre au sein de cette fraîche communauté, et à vrai dire il n'avait pas nécessairement envie d'y penser. Il avait besoin d'un peu de temps pour se remettre sur pieds et considérait que la nourriture qu'il avait découvert à son réveil et déposé dans les stocks du campement serviraient à justifier sa présence au moins quelques jours, le temps de comprendre, trouver des raisons de continuer.

Il portait toujours sa veste en cuir fermée jusqu'en haut, cachant son tee-shirt gris en dessous, un jean tout ce qu'il y avait de plus classique et des bottes simples de couleur marron aux pieds, n'ayant à priori rien de particulier qui le démarquerait des autres vestimentairement parlant. Il alla chercher de l'eau au lac dans le périmètre du camp, veillant à surveiller qu'aucun rôdeur ne traînait dans le coin et se satisfaisant de savoir que la plaine ouverte lui permettrait de ne pas être surpris. Il se dit d'ailleurs que ce n'était pas une mauvaise idée que cet emplacement finalement, du moins tant que seuls quelques rôdeurs puissent être une menace.
Se rafraîchissant et se désaltérant, prenant le temps de souffler et de respirer, s'autorisant même à fermer les yeux quelques instants avec la certitude d'être le seul être, vivant ou non, présent dans l'endroit. Assez rapidement revenu pour ne prendre aucun risque, il longea le motel en ruines et l'observait, mettant les mains dans les poches de son jean en faisant sa petite marche, se demandant ce qui avait bien pu arriver à ce bâtiment pour qu'il soit ainsi en ruines, imaginant les scénarios de sa destruction sans chercher à donner plus de crédit à l'une qu'à l'autre, avant de tomber sur la longue rangée de voitures formant un mur improvisé.

N'ayant de toute façon rien de plus profitable à faire en cette heure et même cette journée, il vint jeter un oeil aux voitures, par pure curiosité en réalité, longeant le mur qui faisait un demi-cercle en constatant l'état d'abandon de tous ces véhicules, jusqu'à tomber sur une silhouette qui était encore en plein sommeil. Se laissant à un sourire amusé en coin, il s'approcha un peu plus et regarda par la vitre qui d'entre eux avait pensé que dormir dans ce genre de carcasse serait une meilleur idée, reconnaissant la chevelure noire et les traits doux et gracieux d'Elizabeth. A cet instant, il fut à la fois content de la voir et en même temps se sentait coupable.
Après ce qu'il s'était passé, l'air de route avec le fast-food où ils s'étaient réveillés en compagnie de Seth et Jared, l'enlèvement, la situation stressante du camion et les événements difficiles qui avaient suivi au sauvetage de Rani et d'un des autres survivants, il n'avait pas prit le temps de venir la voir et savoir comment elle allait. Entre le traumatisme d'un retour à la vie qu'il partageait, les douleurs physiques et morales qu'elle avait subie, et la perte de Zach dont elle se sentait probablement coupable, il ne pu s'empêcher de se dire qu'il avait été idiot de ne pas venir vers elle plus tôt, si ancré dans ses propres doutes.

Prenant un instant de réflexion, il retourna à sa tente, prit un récipient emprunté la veille au camp et retourna au lac, où il récupéra de l'eau pour revenir à nouveau jusqu'à la voiture d'Elizabeth. Le grand bol d'eau dans les mains, pensant que ce serait une attention convenable pour se faire pardonner, il vint au niveau de la voiture et toqua doucement de son poing droit sur la vitre, patientant qu'elle se réveille pour lui montrer son « attention » et solliciter d'un léger et involontairement triste mais sincère sourire un échange avec elle.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Mer 18 Fév - 16:21
Il y avait des nuits comme ça, en dépit de toute notre volonté à tenter de trouver le sommeil, ce n’était ni le froid, ni l’inconfort qui empêcher ce dernier de livrer son repos tant demandé, mais bien des pensées en ébullition. Elle en avait déjà perdu l’appétit, et voilà que le sommeil se dérobait maintenant à elle.
Elle n’arrêtait pas de ressasser ses pensées, et les événements qui s’étaient déroulés. Elle luttait pourtant corps et âme à se dire que cela ne servait à rien, mais irrémédiablement, le fil de ses pensées qui ne pouvaient se taire la ramenait à ce profond sentiment de culpabilité qui avait fait laisser un homme en arrière à cause de ses petites crises d’hystérie incontrôlées.

Elle savait pertinemment qu’elle n’était sans doute pas la seule responsable et qu’il y aurait sans doute eu encore à faire si le soi-disant chef de ce campement n’en avait pas décidé autrement. Et maintenant ? Elle était là, à attendre que le temps passe et que les aléas aient finalement pitié d’elle et l’emportent loin de ce cauchemar.

La lune avait déjà bien entamé sa course dans le ciel, si bien que son antithèse avait trouvé le temps de tourner suffisamment autour de la terre pour paraître sur l'autre horizon, avant que l’épuisement total n’arrive à achever Elizabeth, en la plongeant à nouveau dans un sommeil loin d’être réparateur.
Ses rêves, ses cauchemars, étaient nappés de monstres et de danger, superposés à un passé nébuleux qu’elle aurait préféré oublier. Il n’y avait plus aucune cohérence dans les frayeurs qui immergeaient de son subconscient un peu trop actif, assimilant les scènes, les mêlant les unes aux autres sans vraiment d’homogénéité, impression connue, et visage méconnu. Entité du passé décharné par la maladie dégénérée. Du sang, des tripes, des membres pendent au bout d’un squelette rachitique, et un poids oppressant qui comprimait sa poitrine à en lui en couper le souffle, comme si sa cage thoracique s’était retrouvée coincée entre un pneu et la route.
Elle suffoquait dans son sommeil, et s’agitait.

C’était sans doute pour cette raison que James avait largement eu le temps de vaquer à quelques occupations avant de la trouver toujours endormie dans la voiture privée de roue dans laquelle elle s’était réfugié pour la deuxième fois consécutive. Avec un peu de chance si on le lui permettait, elle arriverait à y installer un minimum de confort pour qu’elle en fasse son « domaine privée » à défaut de tente à devoir partager – ce qui était au-dessus de ses forces.

Le bruit léger des jointures de phalange cognant contre la vitre presque embuée de la voiture fit sursauter la jeune femme dont le cœur se mit à nouveau brusquement à battre à tout rompre dans sa poitrine, comme si les propres monstres de ses nuits avaient surgi hors de sa conscience et pris consistances dans une réalité si proche de cette vision nébuleuse. Lorsqu’elle aperçue au-delà de la paroi transparente le visage amical du chirurgien arborant un demi-sourire tout à fait de circonstance, tout en brandissant une espèce de récipient, elle soupira à la fois d’aise et de soulagement. Elle ne lui en voudrait certainement pas pour avoir retiré à son repos ces démons d’outre-tombe, bien que la vraie vie n’ait rien à y envier. Mais chaque chose en son heure.
En l’observant, elle se demanda si c’était déjà le déjeuner pour qu’il vienne s’inquiéter de son absence au repas et décide de lui apporter son dû, bien qu’elle ne l’estimait pas du tout de cette manière. Si c’était le cas, alors elle s’attendait à de sérieuses remontrances. Peut-être pas de lui, mais si ça se trouve, il ne faisait que préparer le terrain ?

Les paumes de ses mains se collèrent tout contre son visage, qu’elle frotta avec vigueur, espérant se débarrasser ainsi du reste de fatigue qui avait imprimé ses marques au pourtour de ses yeux, ainsi que sur l’ensemble de son visage, profitant au passage pour se rendre une certaine contenance.
Installé de l’autre côté du siège arrière, les jambes simplement recroquevillées sur elles-mêmes, les pieds posés à plat sur l’assise, elle se déplaça finalement vers l’autre portière et abaissa la vitre grâce au levier manuel.
Heureusement que toutes les technologies hypermodernes n’avaient pas complètement occupé le monde avant que cette épidémie ne fasse rage car auquel cas, il était fort possible qu’il y aurait eu moitié moins de survivants, voir quasiment aucun.

A l’ouverture, elle sentit l’air frai extérieur s’engouffrer dans son domaine, et vivifier son visage d’un courant pur et sain, bien que mordant.

« Salut », dit-elle simplement, la voix à moitié engourdie par son sommeil, tandis que ses yeux se levaient vers son visiteur. « Il est tard, c’est ça ? J’suis désolée… je me suis assoupie et j’ai … je sais, il y a sans doute fort à faire au campement. Je me lève… »

Elle n’avait pas perdu de mémoire le discours tenu par le prénommé Matthew. C’était le genre de tirade franche qui avait dû marquer pas mal d’entre eux, et elle savait que certains avaient très vite tourné la page pour se consacrer pleinement aux besoins premiers et primaires des lieux. Elle savait pertinemment qu’il faudrait qu’elle se secoue à un moment ou à un autre, qu’elle se baffe un bon coup et qu’elle prenne son courage à deux mains pour donner et participer. Ne pas rester un poids mort éternellement.

Contrairement à d’autres, elle avait l’impression de n’avoir rien à offrir. Psychologue sans en être une. Membre du bureau fédéral d’investigation déclassée tout juste recyclée en analyste dans un bureau privé d’étude du comportement. C’était ridicule et cela faisait peine à voir. Rien d'utile en temps apocalyptique.
Ce n’était pas pour autant qu’elle n’était capable de rien. Avec la bonne dose de volonté, elle aurait sans doute les capacités d’essayer n’importe quoi, comme un baril d'essence n'attendant plus que l'étincelle pour le faire exploser.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Sam 21 Fév - 17:48
James avait patienté à la vitre, observant Elizabeth se frotter le visage et effacer la fatigue. Se redressant pour ne pas se faire intrusif, et ne pouvant plus la voir, il resta avec son récipient entre les mains et scruta les alentours du camp. Il n'avait pas jugé bon de s'imposer auprès des nouveaux membres du groupe arrivés deux jours plus tôt au retour de Matthew, et s'était contenté de prendre de brèves nouvelles des blessés par acquis. L'idée que quelque chose puisse être là dehors, à les menacer, ne le rassurait pas du tout.

Ce Marchand, cet homme régnant sur une bande de bandits dont Matthew avait signifié le danger et qui kidnappaient les rescapés, des gens qui étaient peut être responsables des blessures des nouveaux arrivants bien qu'il n'en savait encore rien, comment des individus comme eux pouvaient oser accabler les vivants alors que les morts cherchaient à prendre leur chair et leur vie ? Des tyrans, des profiteurs, il y en avait toujours eu et le monde n'avait finalement pas attendu l'arrivée d'une apocalypse pour connaitre les pires horreurs, mais maintenant qu'il n'y avait plus de système, de structures et de lois pour les protéger du règne homme-animal, c'était sans doute pire encore. Finalement le système avait aussi du bon.
Il n'imaginait pas ce qui pouvait se passer, en ce moment même, plus tôt dans la matinée ou ce soir, dans Snyder ou à l'autre bout du pays, peut être du monde, les insupportables sévices que les uns pouvaient infliger à d'autres, c'était tragique rien que d'y penser et révoltant. Il n'avait encore aucune vrai idée des gens à qui il avait à faire ici, mais une chose était certaine, il ne pouvait que se rendre compte que cela aurait pu être bien pire. Un campement, de l'eau, de la nourriture, une tente et quelqu'un pour veiller de jour comme de nuit sur les environs sans restreindre leur liberté et leurs droits à vivre, nul ne pouvait nier qu'ils étaient fondamentalement chanceux, bien que la chance soit devenue quelque chose d'abstrait en ce jour.

Matthew, ce chef de camp, dégageait froideur et strict attitude, et en dépit de cela James ne tenait pas vraiment rigueur de ses mots brutaux et directs, après tout il avait toujours connu des hommes comme lui et il préférait davantage cela que de tomber sur une personne trop malléable et agréable, pour cacher un vice aux lourds conséquences le jour où il se dévoilerait. Bien sûr le juste milieu existait, il en était d'une certaine façon la preuve, ni vicieux, ni froid pour autant, on pouvait avoir vécu des moments difficiles sans perdre un peu de mesure pour équilibrer sa propre vie, une théorie que bien des individus jetteraient au prétexte de la survie. Quelque chose lui disait que ce Matthew avait vécu des choses plus que difficiles, l'évocation de Ricky à la perte de leur soeur, la façon dont les choses s'étaient déroulées et ce retour avec le cadavre de leur famille et d'un aîné couvert de sang ne laissait qu'à peine présager ce qui avait bien pu lui arriver, sans parler de l'impact sur le jeune Ricky. Non, il ne lui en tiendrait pas rigueur et ne se plaindrait pas, pas aujourd'hui.

La jeune femme vint à la fenêtre et abaissa la vitre pour lui parler. A ses mots il s'empressa de lever une main du récipient et de la secouer légèrement pour la rassurer au plus vite. Elle avait l'air fatiguée, nécessitant sans doute plus de repos et il se rendit compte que venir en cette heure matinale n'avait en fait pas été la chose la plus ingénieuse qu'il ai fait ces deniers jours, ce qui relevait toute son absurdité.

« Oh non, non, je venais juste prendre des nouvelles et dire bonjour. D'ailleurs, bonjour. Il sourit un peu plus franchement, se sentant un brin idiot de la situation avec son bol dans les mains à venir aussi spontanément, et reprit après un instant de flottement à regarder la portière. Il est encore tôt, assez tôt même certains dorment encore, j'ai apporté un peu d'eau, je me suis dit que... ça te ferait du bien. Désolé si je te dérange en plein repos, et si je ne suis pas venu avant. Je crois que j'avais besoin de m'isoler un peu, toi aussi peut être, je tombe mal. »

Il marqua un nouveau temps, comme si il avait un mal fou à communiquer, se comportant comme un homme hiberné depuis des années qui redécouvrait le contact social et fini par tendre le bol à la fenêtre en ajoutant avec un ton plus décontracté.

« Prends-le tout de même, je reviendrais plus tard. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Dim 22 Fév - 19:03
Le regard perdu dans le vide sans vraiment savoir comment réagir ni quoi faire, elle se laissa guider par les automatismes lorsqu'il lui tendit le bol, dont elle inspecta enfin le contenu : de l'eau.
Elle assigna à ses mots un certain sens qui, même s'il n'était pas voulu, ne pouvait être que consenti par la jeune femme. Sans doute n'avait-il pas été témoin de toute la scène, et qu'il ne pouvait pas la juger coupable, mais le simple fait qu'elle sache elle-même qu'elle avait un mort sur la conscience la rendait suffisamment honteuse et coupable. C'était un poids très lourd sur sa conscience, elle qui avait toujours cherché la justice et l'équité.  Mais elle avait assez trainé comme cela et elle s'était assez isolée, c'était certain. Il était surement temps qu'elle se reprenne en main même si sa dette ne pourrait jamais être racheté.
Son comportement avait eu raison d'un homme, qu'importait son caractère, qu'importait ses gestes et ses intentions.

Les derniers mots de James eurent l'effet d'une décharge électrique dans son aphasie et alors qu'il n'avait pas encore fait le moindre signe de départ, elle lui attrapa la manche bien maladroitement dans le but de le retenir, comme s'il avait eu la capacité de s'évaporer instantanément. Un geste qui manqua de renverser le contenu de l'offrande qu'il venait de lui apporter, et fut de justesse rattrapé.

« Pardon. Je suis... non, je ne suis pas très bien réveillée mais... attends, donne moi une minute. »

Elle finit par lui laisser le bol et ouvrit la portière, sans être trop rapide pour lui laisser le temps de s'écarter de l'ouverture avant de se hisser hors de la carcasse à moitié rouillée qui lui avait servi d'abri. Elle avait assez été maladroite comme cela.
Gardant les yeux rivés vers le sol, elle reprit alors le contenant des mains du médecin, s'il la laissait toujours s'en emparer, et vint le déposer sur le capot du véhicule pour s'en servir comme support. Gardant le silence, elle plongea ses doigts froids dans l'eau tout aussi gelée avant de venir s'en asperger légèrement le visage.

En l'instant, elle aurait rêvé d'une douche embuée, et de pouvoir y rester des heures sans compter le gaspillage d'eau et d'électricité que cela pouvait engendrer. Elle aurait patienté sous l'eau jusqu'à ce que les vapeurs ne l'empêchent de respirer, laissant l'ensemble des pores de sa peau s'imprégner des parfums de miel, de safran et de grenade qui flotteraient dans les granules d'eau cristalline.
Rien que d'y penser, son corps en frissonnait, laissant s'échapper une réelle tension qui s'était accumulé sur ses épaules. Même le froid de l'air à l'annonce des périodes des fêtes hivernales de jadis n'eut raison du bien-être que ses propres pensées venaient de lui accorder.

Pourtant, il fallait revenir à la réalité. Celle d'un environnement hostile, dur, qui ne pouvait plus laisser de place ni à la détente, ni aux plaisirs autre que ceux des souvenirs.

« Merci », se contenta-t-elle alors de dire du bout des lèvres.

Elle espérait qu'il ne se soit pas enfui pendant qu'elle se ressourçait les esprits et qu'il ait patiemment attendus.
Elle rabattit les quelques mèches qui s'étaient collées à ses joues derrière ses oreilles sans même prendre le temps d'arranger une coiffure qui ressemblait davantage aux épis raides des garnitures d'épouvantails qu'à une véritable chevelure de femme. Elle ne s'était jamais véritablement occupé de son apparence, même lorsque les temps étaient des plus "normaux", alors pourquoi cela aurait-il changé maintenant qu'il n'y avait même plus de quoi prendre soin de la plus élémentaire hygiène ?

« De m'avoir ramené dans le camion. Et aussi de m'avoir aidé quand je ... partait en vrille. Je n'ai même pas pris la peine de te le dire mais... merci. » Elle se permit alors un regard franc et direct. « Je ne sais pas si je l'ai vraiment mérité, en tout cas, je n'ai rien fait pour mais, j'essayerai de me rattraper. Je te dois quelque chose. »

Elle essuya les mains sur le haut de son pantalon avant de les mettre au chaud dans les poches de ce dernier alors qu'elle dérivait son regard par-dessus l'épaule de James, elle-même à moitié perdu dans le labyrinthe nébuleux de ses pensées.

« Ce Zach... s'il est resté en arrière, c'est de ma faute. Alors, il faut que je prouve ne pas servir à rien... »

Ivy Lockhart

Anonymous
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Dim 22 Fév - 20:15
Trois nuits passées ici. Des nuits froides et agitées, où la crispation de mes muscles endoloris ne faisait que s'ajouter à l'absence persistante de réponse à mes interrogations devenues presque existencielles. Et je devais bien avouer que malgré les instructions - pour ne pas dire injonctions - de Matthew à notre arrivée de nous bouger le cul pour satisfaire aux besoins élémentaires du campement, je n'avais pas fait grand chose ces deux derniers jours au service de la communauté, hormis me décider à déposer le matériel trouvé à mes côtés dans la caravane et échanger quelques mots polis avec Clark sans vraiment m'investir outre-mesure. Cependant, j'avais pris le temps de réfléchir. Enormément réfléchir même à la place que je pouvais bien occuper dans notre petit groupe, l'aide que je pourrais y apporter, pour finalement décider que mes années d'études, ajoutées aux week-end et soirées passés avec mon père dans son garage à Détroit, ne seraient pas totalement vaines. C'est pourquoi je m'étais décidée ce matin, le moral un peu plus ragaillardi et surtout avec la certitude que de toute manière, tourner et retourner mes interrogations ne les résolverait pas pour autant ; qu'il était temps de mettre fin à cette espèce de tourmente intellectuelle pour se concentrer sur du concret : faire le tour des véhicules usagés pour voir ce qu'il y avait de récupérable.

Vu la tronche que tiraient les épaves disposées en-travers de l'entrée Ouest du campement, je doutais fort pouvoir en remettre une en état de rouler, à moins de la désosser jusqu'à la carcasse ; encore fallait-il pour cela posséder le matériel adéquat... Néanmoins, avec quelques clés, j'espérais au moins pouvoir déloger les sièges et banquettes arrières de certaines d'entre elles, histoire d'offrir des couchages un peu plus confortables au campement que l'aridité et la fraîcheur du sol nu. Cela faisait maintenant quelques minutes que j'étais allongée sur la banquette arrière du véhicule marquant l'extrémité du mur, à plat ventre et mes doigts en train de tâtonner sous la banquette à la recherche des boulons de fixations, essayant tant bien que mal de discerner les objets de ma convoitise de mon regard myope, sans parvenir à les voir entre les plis de la moquette et l'obscurité toute relative de l'habitacle. Le pire n'était cependant pas l'inconfort de ma position ou mon incapacité à discerner clairement les boulons, c'étaient que ces derniers apparaissaient totalement étrangers à mes doigts quand je les cernais enfin, comme si ma sensibilité tactile s'était envolée en même temps que toutes mes cicatrices.

“Putain... Mais c'est du treize ou du quinze c'te putain de saloperie ???” grommelai-je en sentant le bouton de métal résister à mon jugement tactile. “Quelle idée d'aller les foutre aussi loin aussi ces putains d'vis... Connards d'ingénieurs d'mes deux...” râlai-je plus fortement en retirant finalement ma main dans un geste d'exaspération et me retournant pour m'asseoir sur la banquette, les jambes pendantes hors de l'habitacle. Je poussais un soupir résigné en m'essuyant les mains.

“D'toute façon, j'arriverais à rien sans outil. Ça sert à rien de se casser l'cul...” Passablement contrariée par ma mésaventure de ce début de journée, j'allais me décider à aller voir Clark dans sa caravane lorsque j'aperçus un type sur ma gauche - le barbu répondant au nom de James si ma mémoire ne me faisait pas défaut – en train de discuter avec la vitre arrière d'une autre bagnole. Je fronçais les sourcils en observant la scène, concluant qu'un autre survivant devait se trouver à l'arrière du véhicule, juste avant qu'une jeune femme ne s'en extirpe finalement. Peut être qu'au-delà de vouloir démonter des sièges de bagnoles, il était temps pour moi de cesser de jouer les sauvageonnes et commencer à nouer des liens avec mes compagnons d'infortune. Je restais stoïque durant quelques secondes, les observant discuter, avant de finalement me décider d'aller les saluer.

D'une impulsion de mes avant-bras, j'arrachais mon fessier à la banquette arrière du véhicule pour finalement me diriger dans leur direction, relevant les manches de ma chemise au niveau de mes coudes et rajustant mes lunettes sur mon pif. A vrai dire, à mesure que la distance se réduisait entre eux et moi, je sentais une légère angoisse me saisir aux tripes. Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir leur dire ? “Salut ! J'écoutais votre conversation juste à côté et j'me suis dit pourquoi pas m'incruster ?” Non... Trop flippant comme accroche. Mieux valait partir sur des bases de politesse et de courtoisie standards. C'est alors que je perçus distinctement les derniers  mots que la jeune femme adressât à James, maintenant que mes tympans se trouvaient suffisamment proches d'eux pour faire leur job.

“...il faut que je prouve ne pas servir à rien...”

“Super idée ! J'cherchais justement des volontaires pour m'accompagner en ville et...” Merde, je venais de foirer mon entrée, stoppant soudainement ma progression à quelques pas d'eux. Je levais ma main droite en guise de salut alors que mon visage affichait une grimace manifestant ma gêne quant à mon intervention inopinée.

“Désolée. Pardon... J'voulais pas débarquer comme ça sans prévenir... Je... hum... J'm'appelle Ivy.  J'traînais pas loin et j'vous ai vu alors j'me suis dit que ce s'rait bien d'venir vous saluer. Voilà quoi...” Ma voix se voulait mal assurée, et mon ton était si empressé que je doutais que les deux survivants aient pigé la moitié des mots quittant mes lèvres. Je lâchai un long soupir en inclinant légèrement la tête en avant, la secouant avec exaspération.

“Désolée. J'suis franchement pas douée pour les présentations. J'ai juste un peu d'mal à m'adapter à la situation... et aux gens et...” je désignai le campement d'un arc de cercle horizontal avec mon bras droit “... et à tout ça en fait...” avant de finalement tendre ma main droite vers la jeune femme en guise de salut.

“Je m'appelle Ivy Lockhart,” répétai-je avec un peu plus d'assurance.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 23 Fév - 1:45
James s'était vraiment senti inconvenant, et tandis qu'il s'apprêtait à s'éloigner, il fut attrapé au bras par Elizabeth. Surpris, il ne bougea plus d'un poil et se contenta d'un bref coup d'oeil à sa prise sans faire preuve de la moindre résistance, du moindre réflexe, la laissant faire. Se contentant d'un bref sourire un peu gêné, non pas par son geste mais par sa propre difficulté à la sociabilisation, il prit le bol machinalement et recula pour lui laisser libre champs.

Elle semblait avoir besoin de compagnie, contrairement à sa première impression. Cela semblait surréaliste, aussi bien qu'il avait pu perdre de son aptitude au contact humain, il avait l'impression de ne plus rien voir chez les autres. Plus qu'un médecin, il avait été un fervent adepte de la psychologie et de la compréhension des humains, de leurs gestes et de leurs attitudes, des traits de leur visages, ayant apprit à discerner les émotions et les ressentis d'autrui pour mieux les aider à avancer. Pourtant là, il ne voyait rien, absolument rien, son séjour dans les ténèbres l'avait il privé de tout le savoir qu'il avait accumulé ? C'était la seule explication, du moins la seule qui n'implique pas qu'il fasse lui-même un blocage psychologique peut être issu d'un traumatisme.
Le traumatisme, il n'était pas complètement étranger mais se sentir aussi incapable de comprendre et d'aider alors qu'il n'arrivait pas à s'aider lui-même animait une frustration qu'il cachait tant bien que mal pour demeurer sympathique auprès d'Elizabeth, elle n'avait vraiment pas besoin de ça. Un instant, il se rendit compte qu'il avait également été perturbé par le contact avec la femme, c'était stupide dit ainsi mais même inculte d'incertaines connaissances en psychologie perdues, il s'en rendait bien compte. Pourquoi se sentait il tellement affecté par elle ? Il l'avait trouvée belle et touchante dès le début, quelque chose dans ses traits, son regard et son visage l'interpellant d'une profonde bouffée d'air frais, de la pure connexion d'une âme à une autre involontaire mais véritable. Une illusion assurément qui n'allait que dans un sens, c'était un fait mais il n'avait plus l'âge pour ce genre de coup de coeur et honnêtement, il n'avait pas la tête à ça, il avait déjà trop souffert de s'être attaché à une personne qui plus est il ne la connaissait pas après seulement une journée même si ils avaient vécu une situation intense. Cependant il ressentait quelque chose d'étrange et de familier à la fois, c'était certain. Aussi se contentait il de chasser cette impression de son esprit pour lui donner le bol une fois sa vis à vis à l'extérieur.

Il patienta, sereinement, glissant le premier les mains dans ses poches par instinct en balayant le campement du regard pendant ce temps. Au « Merci » qu'elle prononça, il revint subitement à elle avec l'air de s'extirper de ses pensées rêveuses et plissa les sourcils en écoutant la suite de ses paroles. Son geste pour chasser ses cheveux derrière l'oreille était mignon au possible. Sombre idiot s'injuria t-il intérieurement.

« Non, tu ne me dois rien allons. T'avoir aidé quand nous étions attachés m'a tout autant aidé, je me sentais complètement inutile depuis mon réveil et tu m'as donné l'occasion de me raccrocher à quelque chose, c'est moi qui te remercie. Tu n'as en aucun cas besoin de te sentir reconnaissante. »

Elle semblait vraiment mal mentalement, et il senti de nouveau cette immense tristesse empathique en la regardant, ayant l'impression de ressentir chaque coup de poignard que lui faisait subir sa culpabilité et sa conscience. Il voulu avoir les mots justes pour lui remonter le moral, pouvoir la rassurer, l'aider plus que ses quelques paroles désuètes qu'il avait eu dans le camion. Si il avait pu, il l'aurait prise dans ses bras pour la réconforter, mais il ne l'oserait jamais car il ne lui était pas proche, du moins pas en relation bien que lui se sentait à ce moment proche. Cela n'avait rien à voir avec cette attirance qu'il semblait ressentir, il était ainsi, vouloir prendre dans ses bras le monde entier pour le rassurer et pour mettre fin au doute et à la peur, afin de pouvoir par l'occasion se rassurer lui-même.
Il ne se sentait pas capable de faire preuve d'un véritable instinct de survie primaire, d'accomplir des actes durs et d'être antipathique et rustre envers autrui afin de garder le contrôle et impressionner quiconque. Pourquoi vouloir faire de la méfiance et de la domination les mots d'ordre quand la confiance et le soutien pouvaient avoir de meilleurs résultats ? C'était sans doute vieux jeu, beaucoup verraient cela inapproprié, en tous les cas c'était sa façon de voir le monde et sa manière d'appréhender la difficulté et l'incertitude, il ne voudrait pas en changer.

Quand elle exprima sa culpabilité ouvertement, voyant ses yeux fuyants si blessés, il voulu répondre et ouvrit à ce but les lèvres mais l'arrivée d'une troisième personne l'interrompit. Il n'y avait pas du tout fait attention, encore heureux qu'il ne s'agisse pas d'un bandit ou d'un profiteur, il aurait été pour le coup réellement l'idiot par excellence et se dit qu'il devrait quand même être plus attentif. Heureusement ce n'était ni l'un ni l'autre, une jeune femme qu'il reconnaissait comme l'une des personnes arrivées avec le vieil homme après son groupe. Elle jeta un vent d’enthousiasme l'espace de quelques secondes et la grimace gênée qui suivie tissa automatiquement un sourire amusé aux lèvres de James, qui répondit tranquillement au geste de main.
Il n'avait rien d'autre à dire à ses mots désolés, elle qui se justifiait de montrer un peu de cette sociabilité qui semblait lui manquer et dans ce cas, il ne pouvait qu'être admiratif, aussi attendit il qu'elle salue Elizabeth pour venir à son tour tendre la main afin de serrer la sienne, n'ayant avancé que de quelques pas pour se retrouver à coté d'Elizabeth et se pencher un peu à son geste.

« Moi c'est James, James Everett. Il y a pas de mal, au contraire, c'est un plaisir de faire connaissance avec une autre... rescapée. On peut dire ça comme ça. Je crois que l'on aurait tous besoin de mettre la main à la pâte, ça nous permettrait de penser à autre chose qu'à ce qui a pu se passer, car aucun de nous n'est fautif. »

Il parlait en s'adressant à Ivy et tourna le regard, équivoque, vers Elizabeth à ses derniers mots qu'il voulait sous-entendus et tout à fait pensés, ne croyant pas un seul instant que la personne à ses cotés puisse être responsable de la mort de cet homme. Il n'avait certes, pas vu ce qu'il s'était passé, mais ce dont il se souvenait en revanche, c'est que ce type était rustre et bourru, comme il avait due se jeter à l'arrière du camion pour récupérer Elizabeth qui s'apprêtait à basculer hors du véhicule en pleine marche. Non, elle n'était certainement pas responsable d'une mort.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 24 Fév - 0:29
Il était encore plus altruiste qu'elle ne le pensait, à moins que ses sens et ses pensées ne la trompent. Elle le laissa s'affirmer dans son retournement de situation qui semblait vouloir la protéger de ses propres accablements. C'était à la fois attendrissant et idiot, car elle savait qu'un jour, ce genre d'attitude pourrait bien lui couter très cher surtout si la personne qui se tenait en face de lui était tout à fait malveillante. Après tout, il ne la connaissait pas, alors cette démonstration de protection n'était sans doute dû qu'à sa gentillesse naturelle.

Pourtant, en dépit de ses mots, la culpabilité de s'échappa pas de ses pensées. Elle se savait responsable et n'avait pas besoin qu'on lui donne tort ou raison, juste qu'on lui donne sa chance de se racheter.

L'interruption ne vint pas de là où elle s'y attendait le plus. Tandis que son regard s'était brièvement perdu dans le ciel bleu hivernal, une petite voix s'échappa d'un nouveau protagoniste venue se joindre à la conversation. Une voix qui appartenait à une petit et frêle brunette, à l'apparence chétive et maladive, qui dénotait contradictoirement avec son attitude plutôt franche, bien qu'également peu en phase avec  ses propres paroles qui ne cessaient de s'excuser.

Si au départ Elizabeth parue assez surprise de cette impromptue irruption en pleine milieu d'une conversation, sinon intime, portait au moins le caractère de privée, elle fut néanmoins rassurer de constater celle qui avait, sans volonté aucune, écouté au moins une partie de leur dialogue.
La surprise, sans montrer d'hostilité, laissa bien vite place à de l'amusement très peu perceptible pourtant lorsqu'elle écouta le brin de jeune femme essayer de se dépatouiller d'une situation qu'elle même avait sans doute jugé d'inconvenante.

Elle lui tendit la main, à la fin de son petit discours, reprenant de son assurance qui s'accordait plus volontiers avec sa posture, se présentant plus officiellement par la même occasion.
Si Elizabeth éprouva une légère hésitation à ce geste, elle ne le laissa pas idiotement ignoré, et se saisit de la main de la prénommée Ivy pour y répondre d'une poigne très légère, calme et douce.
Elle n'avait aucun complexe vis-à-vis de toutes les personnes de la gente féminine, et si elle avait été lesbienne, cela aurait sans aucun doute facilité son immersion sociale et sa guérison. Mais non. En dépit de quelques tentatives lors de sa tumultueuse adolescence, toutes s'étaient montrées bien infructueuses avant qu'elle ne se rende à la parfaite évidence que cette solution était bien trop simple pour un esprit aussi torturé que le siens.

« Elizabeth. Evans. »

Vint ensuite James, qui la rejoignant à ses côtés, pris également part aux présentations, rajoutant un petit sous-entendu qui n'échappa nullement à la psychologue. Il persistait à essayer de la déculpabiliser de tous ses torts en ignorant que ces choses là étaient pourtant bels et bien acquises pour elle et que ses mots n'y pourraient plus rien. Elle se contenta d'hocher brièvement la tête à l'encontre de la jeune brune qui leur faisait face avec sa proposition bien évidente.

« Tu cherches des volontaires pour aller en ville ? Tu cherches quelque chose de précis ou c'est simplement pour mettre la main sur de la nourriture ?  On doit tous s'y mettre à un moment donné mais... s'il faut le faire, alors autant être franche : je n'ai aucune foutue notion de survie dans ce genre de territoire ... peuplé de ces créatures...»

Au moins, elle avait écarté tout concept de stricte inutilité et se contentait de parler de vérité sincère.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 24 Fév - 18:15
James et Elizabeth. Je tâchais de graver leurs noms dans ma mémoire en les écoutant, mes noisettes passant tour-à-tour sur chacun d'entre eux. J'acquiesçai à leurs propos de quelques brefs hochements de tête périodiques, avant de finalement répondre aux dernières interrogations de la jeune femme me faisant face, fourrant mes mains oisives dans les poches raidies de crasse de mon jean.

“Si ça peut t'rassurer, j'suis pas plus calée que toi en survie, mais vu que j'supporte pas de rester dans l'ignorance, autant que j'm'y mettes au plus vite... Et puis ça m'donne autre chose à penser comme ça.”

Je baissais légèrement la tête pour contempler le sol gravillonné à mes pieds, traçant une sorte d'arc de cercle dans la poussière de la pointe de ma tennis droite tandis que mes pensées digressèrent de  nouveau vers ma – notre – situation passablement incompréhensible. J'ignorais si mes deux interlocuteurs ressentaient ce même gouffre béant d'incertitudes, simplement empli des pensées noires et déstructurées.

“Sinon ouais, je comptais m'rendre en ville... Déjà pour essayer de trouver d'la bouffe, mais aussi des vêtements plus propres, et surtout plus chauds... J'ai un peu fait le tour du campement hier et à part des ruines, quelques tentes et ces carcasses de bagnoles pour nous protéger, tout est à faire ici. J'réfléchissais déjà à quelques idées d'installations à mettre en place, précaires certes, mais en fait, y a même pas d'équipement pour travailler, pas même un foutu tournevis. Et puis un peu de savon ce s'rait pas du luxe non plus tant qu'à faire, et puis p'têtre des armes, ou d'autres trucs utiles...”

Je relevais mon nez de sur le sol, soustrayant à mon regard les figures géométriques divagantes tracées de la pointe d ema godasse et rajustais mes lunettes en dévisageant de nouveau James et Elizabeth. Je me souvenais que quelques-uns de mes compagnons d'infortune – dont Scott et Samuel – étaient partis en ville s'informer sur l'éventuelle présence d'autres survivants, avec pour conséquences probables de compter quelques bouches à nourrir de plus d'ici les heures à venir, souhaitant au plus profondément de moi que ce ne soit pas quelques bouches de moins et que les trois hommes reviennent sains et saufs de leurs missions de sauvetage.

“Donc bon, si ça vous dit d'm'accompagner ; vous êtes les bienvenus. Ça pourrait être un bon moyen d'faire connaissance entre nous, et avec ce monde qui semble être le nôtre désormais...”

James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 26 Fév - 21:47
James scruta d'un regard discret et aimable les deux femmes avec qui il se trouvait en ce moment. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé coincé entre deux statures féminines, ce qui ne laissait pas si indifférent. Aucune ambiguïté dans ces mots, simplement qu'il était toujours plus simple pour un homme de converser avec un homme, et une femme avec une femme. Le sexe opposé fonctionnait, pensait et réagissait de façon très distincte pour l'un comme pour l'autre, une réciprocité que l'on essayait d'enfouir sous l'idée de la théorie du genre depuis des dizaines d'années maintenant, alors que les faits étaient là.

James avait beau avoir eu un passif en psychologie et être capable d'empathie, il lui était bien plus difficile de saisir la façon de penser féminine et anticiper leurs réactions, en l'état se retrouver entre ces deux femmes en ayant perdu ses facultés le laissait fatalement à l'écart car elles devaient se percevoir plus aisément qu'avec lui. Il perçu en revanche assez fluidement que ses paroles n'avaient pas d'impact sur Elizabeth, il comprenait que la culpabilité et la tristesse ne s'effaçaient pas de quelques mots et ceux d'un inconnu comme lui en avaient encore moins, mais au moins il avait essayé. Le bleu clair de ses yeux passait du marron noisette à une intonation plus brune, individuellement à chacune d'elles et il ne dit pas mot durant leur échange, se contentant d'écouter en réinstallant ses deux mains dans ses poches.
Il pensa qu'il faisait bon en cette matinée, une fraîcheur qui donnait du tonus aux os et réveillait la peau en instillant un souffle de vie au corps. Ô certes, il faisait autant froid et ce n'était pas particulièrement doux à ressentir mais la vérité était que James n'était pas vraiment fan du soleil, alors ce temps-ci était plus sujet à en profiter pour lui, sans être un igloo en mesure de supporter une température glaciale. La franchise d'Elizabeth et d'Ivy tira un sourire en coin à l'homme, non d'amusement mais de compassion pour être dans un état similaire, basculant avec l'idée que Ivy était un joli prénom.

« Je pense que l'on est tous d'accord pour dire que la survie n'est pas notre spécialité et moi-même je n'ai que quelques connaissances dont j'ai à peu près gardé des bases qui datent de l'armée, mais rien de bien fou. En tout cas ce qui est sûr c'est qu'il faut bien apprendre et si il faut aller en ville, je suis prêt à me dévouer, c'est la meilleur façon d'apprendre.

En plus de ça, je ne sais pas vous mais rester aux crochets de quelqu'un d'autre me mettrait mal à l'aise, comme l'a dit Elizabeth, on doit tous s'y mettre. »


Demeurant prostré sur lui-même, les bras collés au corps à cause du froid matinal, il regardait autour d'eux en prenant un instant de réflexion.

« Tout est à faire, mais cet endroit m'inspire... la confiance. Je crois que l'on peut vivre ici, et faire de cet endroit quelque chose de plus confortable. Ce Matthew n'est pas la personne la plus tendre que j'ai rencontré mais je crois qu'il est fiable, il se serait contenté de nous dépouiller sinon, au moins des bras supplémentaires pour survivre en groupe l'attirent plus que le maigre contenu de nos poches. Il sait visiblement de quoi il parle, même si je ne sais pas trop quoi penser de cette histoire de Marchand.

C'est vrai... un type qui traque les rescapés comme du bétail, ça ne donne pas envie de tenter sa chance seul, mais je me demande quand même ce qu'il peut passer par la tête de ce genre d'homme pour tomber dans des travers comme ceux-ci alors que le monde s'écroule autour de nous et que nous sommes de moins en moins. »


Il prit une inspiration et les regarda tour à tour, prenant un air gêné en regardant le sol avant de laisser entendre d'un ton involontairement dramatique et sincèrement attristé.

« Ça fait six mois pour moi. »

Il reporta ses yeux sur elles en appréhendant leurs réactions. Il ne se montrait ni curieux ni insistant, la vérité est que bien qu'il puisse comprendre qu'elles aient envie de penser à autre chose, rester dans le flou de l'autre partie de l'histoire, la "résurrection", le torturait mentalement depuis son réveil. Indirectement, il espérait en savoir un peu plus, ne serait-ce que le temps passé après leur agonie les concernant. C'était dur, mais ne pas avoir une piste sur la dimension de ce phénomène qui les touchaient était frustrant. Il se pouvait qu'elles ne disent rien, pourtant il préférait tenter et parler en toute honnêteté que de faire semblant de ne pas être perdu par tout ça, il ne leur en voudrait pas néanmoins si elles voulaient garder le silence et ne pas aborder le sujet, passer à autre chose.
Chacun avait sa façon d'affronter les événements difficiles, pour James il n'y avait que deux possibilités : le dialogue, pour soutenir et être soutenu, pour se serrer les coudes et faire front ensemble, ou s'enfermer dans une pièce quelconque - ou une tente - avec une bouteille et disparaître de la vue de tous, s'enterrer dans sa tragédie. Il ne souhait pas s'enterrer aujourd'hui, il ne savait pas pourquoi mais son esprit ressassait l'idée que trop de choses étaient en jeu. Leur résurrection, ce camp, Snyder, ce bond dans le temps... et Jessica. Il pensait à elle et au reste de son précédent groupe tout le temps, c'était presque insupportable.

Précédent... un terme fataliste, ces six mois passés ne laissaient que peu d'espoir à James de les retrouver même si il rejoignait Fort Worth, tellement de choses avaient pu avoir lieu, tant d'évolutions brutales et tant de choses étaient encore possible le temps qu'il s'extirpe de cette accalmie ambiante pour prendre la route et arriver sur place en un temps indéfini, si il pouvait y parvenir seulement par lui-même.

Le danger sur la route, et le danger qu'il pouvait représenter tant qu'il ne savait pas exactement ce qui lui était arrivé, si sa contamination avait bien disparue... non, il ne pouvait pas. Pas comme ça.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Ven 27 Fév - 16:57
« Et des vêtements plus chaud aussi... . Je ne suis pas sûre que clouée au lit avec 39 de fièvre aiderait quiconque au campement. »

Elle avait certes pu dégoter quelques petites affaires à droite et à gauche, elle ne se sentait toujours pas à l'aise à l'idée d'emprunter des affaires qui auraient pu servir à quiconque autre tandis qu'elle restait là à rien faire. Au moins, elle avait trouvé d'autres personnes qui étaient prêtes à le faire mais qui hésitaient encore, par crainte, ou par malaise. Elle savait qu'elle n'était sans doute pas seule à faire face à des difficultés et à se trouver dans le même état d'esprit, mais elle félicitait James d'abord, et cette Ivy ensuite, intérieurement, pour avoir fait le premier pas. Il n'y avait plus qu'à saisir maintenant le bon moment, la bonne stratégie et le bon rythme pour se lançer à l'assaut du monde extérieur.

Le chirurgien lança alors plusieurs nouveaux sujets. Le leader de ce campement qui sous ses airs bourrus ne pouvait être qu'une bonne chose, le Marchand et son gang de tarés, comme si les zombies n'avaient pas été suffisant à gérer dans ce nouveau monde complètement décalé. Et enfin un temps. Un temps passé qui résumait aussi bien les faits que l'expression qui se dégagea au même instant de son visage.
On leur avait révélé qu'ils se trouvaient sans doute à la mi-décembre, dans cette période de félicité où chacun se préparait en temps normal à célébrer Noël. Thanksgiving était passé, et fort heureusement d'ailleurs, car elle aurait eu du mal à savoir à qui dire merci, qui remercier pour avoir foutu son monde, pour avoir foutu le monde en l'air à ce point.
Elle ne se sentait pas l'âme à penser aux festivités et aurait préféré encore se murer dans l'ignorance plutôt qu'on lui impose de cette manière. Elle voulait ne plus y penser, ne plus se soucier du temps qui passait, comme si le calendrier lui-même était tombé en même temps que la société. Mais plus qu'une période actuelle, c'était des mois de sa vie qui avait été effacé de sa mémoire.
Etait-il possible qu'elle se soit transformée comme chacun après sa morsure, et qu'elle soit revenue à la vie ? Etait-elle potentiellement encore contagieuse, ou pouvait-elle rechuter à tout moment dans cette maladie ? Représentait-elle un risque pour elle-même ou pour les autres. Pire que cela, car si ces élucubrations avaient une part de vérité, est-ce que tous les dégénérés qu'elle avait tués ou vu mourir jusque lors avaient été privés de pouvoir eux aussi se relever comme elle, comme les autres, et revenir alors à la vie ? Et s'il existait une sorte de vaccin qui coulait dans ses propres veines ? Après tout, elle était plus que certaine avoir succombé à la fièvre...

C'était des pensées qui la perturbaient au plus haut point, et le trouble se lisait dans son regard, dans sa posture et marquait chaque pli de son visage. Combien de temps pour elle ? Elle n'avait pas de date précise à donner mais, elle savait.

« Fin Mai. Presque 7 mois. Je n'ai pas tenue énormément de temps... »

Elle sentait encore sur sa peau les crocs qui avaient déchiré sa chair et la douleur insoutenable que cela lui avait procurée. Le sang l'avait inondé se tirant avec l'énergie du désespoir hors de portée, mais déjà consciente que cela ne servait plus à rien de lutter. Ensuite, ça ne fut plus qu'une question d'heures. La fièvre, le délire, les visions, et puis le trou noir jusqu'à ces rêves étranges.

« Je ne sais pas ce qui s'est passé. Pourquoi nous sommes visiblement si nombreux à avoir été... ramené à la vie, comment ou par qui. En moi flotte l'incompréhension, et j'ai beau me torturer l'esprit de mille manières, je crois que nous n'aurons jamais les réponses à ces questions.
Et si tous les morts qui trainent là-bas, dehors, pouvaient être potentiellement  guéri comme on l'a été ? Et si en les tuant on supprimait une vie qui aurait pu revenir comme nous à la vie ? Tout ce dont je me souviens, c'est d'un rêve étrange, de voix, de silhouettes qui se sont imprimés dans ma tête, comme un film, un délire post-traumatique sans doute issu d'une mémoire désintégrée d'un passé oublié.»


Elle secoua la tête, poussant un soupir d'exaspération. C'était le genre d'état dont elle se mettait à chaque fois qu'elle y avait pensé, seule, et la première fois qu'elle l'exprimait à haute voix.

« A quoi bon se torturer ? On devrait penser au plus urgent. De la nourriture, du matériel. Si vous en êtes, alors, allons-y... »

Elle ouvrit la portière du véhicule qui lui avait servi de couche depuis plusieurs nuits, s'empara d'un large pull d'homme qu'elle avait trouvé au campement en arrivant et qui lui avait permis de tenir dans les froides nuits avant de l'enfiler. Trop ample, trop grand, et terriblement pas féminin, mais qu'importait pour elle l'esthétique. Il faisait son office, c'était tout ce qu'elle lui demandait.
Elle était en colère oui. Non pas contre eux, ni contre personne en vérité. C'était bien la le noeud du problème. Elle avait une colère en elle qu'elle ne pouvait dégager sur personne faute de coupable désigné, alors elle l'emmagasinait sans parvenir à vraiment le voiler.
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