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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CFJ, B , EXP] Exploration du secteur B - 01/01/35
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Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Sam 14 Mar - 13:01
Le geste était plus que nerveux. Sa main se crispait à maintes reprises sur la crosse de l'arme, pestant intérieurement sur les sensations qu'elle éprouvaient à travers le maintien de cet objet qui lui semblait si étranger. A l'époque de ses classes, elle n'avait jamais éprouvé la moindre sensation au touché de ce que certains réprouvaient ou craignaient. Ni sentiment de puissance, ni frayeur. Pour elle, ça n'avait jamais été qu'un outil dont elle était persuadée à l'époque que jamais elle n'aurait à s'en servir. Après tout, dans sa tête, sa destination était déjà toute tracée, et cela ne la dynamitait aucunement dans les premiers rangs d'assaut. Bien que la criminelle était son objectif, elle était davantage une scientifique, vouée à devenir une experte dans le domaine comportementale.
C'était la raison pour laquelle elle avait toujours porté attention à démystifier cette arme, afin que jamais cela ne l'empêche d'atteindre son but. Mais maintenant, la donne avait changé. Elle avait fait usage de son arme pour se défendre contre des créatures qu'elle jugeait devenue plus monstre des enfers qu'humain. A nouveau sa conscience reprenait le dessus, et les questions se bousculaient. Et si elle avait privé volontairement ces personnes de guérir naturellement comme elle avait sans doute eu le droit ?

Elle pouvait paraitre extérieurement sûre d'elle, très professionnelle ou encore sans crainte et sans reproche. Mais la paroi de chaire cachait davantage une âme meurtrie. Elle n'avait pas encore la sensation d'avoir trouvé sa place en dépit des derniers jours qui s'étaient presque installé comme une routine. Elle n'était pas encore calibrée à pouvoir affronter les maux que la terre déversait sur leur monde, à pouvoir faire preuve d'une maitrise parfaite, à se lancer dans la mêlée comme si cela avait été toujours ainsi.
Elizabeth ne s'était pas même rendu compte du brouillard qui stagnait sur la route déserte. Elle avait tenté de faire un point d'honneur à être prudente, elle ne pouvait réfréner tout le cauchemar extérieur qui s'engouffrait en elle, comme si le brouillard lui-même submergeait son propre esprit. Elle ne percuta pas même l'approche l'Ivy et ne fut certaine de sa présence que lorsque le contact entre leurs deux mains se fit. Elle faillit avoir une réaction très violente à ce qu'elle avait cru être, dans ses pensées voilées, une agression, mais très vite ses yeux avaient identifié l'origine de cette "attaque" et s'était calmée en l'espace de quelques secondes, ne laissant le temps au contact que d'éprouver une légère décharge électrique, se laissant ensuite faire pour comprendre les raisons. La main se serra dans la sienne d'une légère pression avant qu'une voix légère vienne justifier.

La confidence, à défaut de lui remonter le moral, l'apaisa un tantinet. Savoir qu'elle n'était pas la seule à éprouver cette crainte immense et grandissant à l'approche de leur "mission" qu'ils s'étaient eux-mêmes confiés, soulageait un tant soit peu ses préoccupations, jusqu'à lui faire prendre conscience d'une chose évidente qu'elle avait oublié depuis quelques pas à peine : elle n'était pas seule. Son regard se leva un bref instant des prunelles noisettes de la femme à ses côtés pour se porter sur James, dont elle croisa également le regard furtivement avant qu'il ne reprenne son chemin, guidant leur pas.

Elle inspira longuement avant de leur répondre.

« Je ne suis pas bien à l'aise non plus dans la forêt. Encore moins quand je n'y vois rien. »

Elle reporta son attention sur Ivy et hocha la tête en guise de remerciement, pressant à son tour sa main pour lui rendre la pareille, accompagné d'un fugace et léger sourire.

« On va essayer de faire en sorte que ça ne tourne pas à la catastrophe, hein... »

Ses pas la portèrent avec un peu plus d'assurance, son regard se reportant à nouveau sur l'horizon en y prêtant plus d'attention, tentant de percer le voile de brouillard qui leur faisait barrage et leur empêcherait assurément de voir venir le danger d'aussi loin que possible. Etait-ce sa paranoïa toujours bien présente qui lui avait fait reconnaitre une ombre distincte sur leur route ? A moins que ce ne soit un quelconque panneau routier annoncer une direction à suivre, un kilométrage indicatif, ou tout autre élément.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 16 Mar - 14:56
J'acquiesçais aux propos d'Elizabeth d'un bref hochement de tête. Faire en sorte que ça ne tourne pas à la catastrophe... Facile à dire, facile à envisager, facile à penser. Restait juste à s'assurer d'un point crucial : facile à faire ? Avec suffisamment de vigilance, ça se pourrait. Mais c'était bien là tout mon problème que j'espérais ne pas partager avec mes compagnons de voyage : je n'avais pas réellement acquis les compétences ni les automatismes nécessaires à l'application d'une vigilance efficace. A mes yeux – et le brouillard ne faisait que renforcer ce sentiment – tout était susceptible d'attirer et retenir mon attention. La moindre forme abstraite, le moindre bruit se distinguant de l'ambiance sonore de notre environnement, tout comme la simple absence d'une de ces deux choses. Comment discerner la normalité d'une situation de ce qui pouvait la rendre  suspecte, alors que je me sentais encore étrangère à mon propre corps et ses nouvelles facultés ?

Je posais cependant un regard encourageant sur Liz', cherchant à me rassurer de sa présence, rationalisant au maximum la situation pour en retirer la bonification de mes espérances. Nous pouvions nous adapter, surmonter les dangers de ce monde et y retrouver une place. Un raisonnement Cartésien, Darwinien, qui parvenait à ramener mon esprit et mes pensées dans leur zone de confort. J'avais eu la chance de survivre à ma morsure, preuve que mon corps avait su s'adapter, et même se renforcer comme pouvait en témoigner l'absence de mes cicatrices ou encore la perception que j'avais des champs magnétiques. D'ailleurs, je pouvais parfaitement ressentir la présence du flingue d'Elizabeth, juste par les interférences qu'il générait dans le champ magnétique terrestre qui m'imprégnait. Mon esprit se devait de suivre le même chemin. S'habituer et évoluer. Là encore, c'était facile à dire...

Encore plus lorsque, ne quittant pas vraiment Liz' du regard, je discernais les contours flous d'une ombre sur notre droite. Je sentis mon estomac se contracter dans une appréhension tandis que mon rythme cardiaque s'accélérait. Je plissai les paupières derrière mes verres  pour essayer de mieux en distinguer les contours et tendis l'oreille en espérant percevoir un son indiquant une éventuelle nature organique de la forme. Sans réellement m'en rendre compte, je m'étais stoppée net, à l'affût, mon attention entièrement accaparée vers cette inconnue qui venait d'apparaître dans notre équation. Et dans mon stoïcisme haletant, je me sentais déchirée entre deux sentiments opposés. Mon instinct me suggérer très fortement de tracer la route et d'ignorer la question, et ma raison rongée de curiosité me poussait à chasser le doute et vérifier la nature de cette ombre ; et le cas échéant ses intentions.

Je lâchais la main d'Elizabeth pour m'approcher à pas feutrés de l'informité, soufflant un "Bougez pas..." dans un murmure avant de faire un premier pas en direction de la silhouette. Et pour chaque centimètre gommé entre ce truc et moi, je sentais mon rythme cardiaque augmenter et ma pression artérielle crever des plafonds. La curiosité était-elle un vice ou une vertu ? Ni l'un ni l'autre, c'était juste une question de contexte et de conséquences selon moi... Et pour le coup, j'allais – nous allions – être fixé. Deux pas de plus me révélèrent finalement qu'il ne s'agissait que de l'ombre froide et dure, aux contours plus nets et géométriques, d'un panneau de signalisation indiquant la présence d'un hôpital droit devant nous, sur lequel un arbuste avait pris le temps de croître, enveloppant le panneau de quelques branchages rachitiques. Je poussai un profond soupir de soulagement en me tournant vers mes deux acolytes.

"C'est juste un con d'panneau..." soupirai-je, ne pouvant dissimuler un sourire moqueur en mon encontre tandis que je sentais ma tension redescendre, atterrée de m'être laissée gagner par une intense appréhension – se révélant ridicule - à l'égard d'un simple panneau.

"Désolée... J'supporte pas d'rester dans l'ignorance," crus-je bon d'ajouter pour espérer justifier la trouille qui m'avait dévoré les tripes. Je comblais de quelques pas les quelques mètres qui me séparaient de James et Elizabeth, avisant dès lors la lisière de la forêt bien plus éparse sur notre gauche.

"C'est pas quelque part par là qu'on d'vrait bifurquer ?" demandai-je à notre cartographe en chef. "On dirait qu'on arrive au bout d'la forêt non ?" ajoutai-je en pointant du doigt le mur de végétation épars.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 17 Mar - 19:57
James avançait en observant de ci de là, craignant - à raison - de rencontrer chose sans vie qui marche, et à vrai dire il craignait même de rencontrer vivant qui erre. Car en dépit de tous ses bons sentiments, il n'était pas crédule aux risques liés à la vue d'hommes bien vivants qui, à l'instar des morts, avaient l'âme gangrenée par un instinct primaire et violent de prendre ce qu'ils souhaitaient sans demander droit à leurs victimes. Il mentirait de croire, toujours en conversation avec ses pensées, qu'il ne connaissait rien à ce fléau qu'était l'homme sans lois, d'une certaine façon il en avait déjà croisé, et le simple fait d'imaginer les atrocités que pouvait provoquer ce genre d'êtres faisait les rôdeurs plus peut être nobles, aussi risible et cruel soit il de penser cela, puisqu'eux n'étaient que les victimes de leurs pulsions incorruptibles et incontrôlables.

Il s'arrêta subitement en entendant les premiers mots de la jeune Ivy, se retournant vivement dans l'instant qui suivait. Il observa la femme marcher dans le brouillard et à son tour, discernait la forme qu'elle guettait. Sans savoir ce à quoi elle avait à faire, il ouvrit les yeux, horrifié aux pensées de peur qui traversèrent son esprit et en une fraction de seconde lui firent vivre les pires scénarios, son esprit lui jouant sans doute des tours, mettant en scène la forme ombrageuse comme celle d'un mort.

« Hé, hé hé ! » Murmurait il presque tout en s'approchant de pas rapides.

Il était prit de surprise et de crainte, et dans l'effleurement de la panique subite, ne trouva rien d'autre à dire que de l'interpeller de ces simples sons déconstruits de phrases cohérentes. Lorsqu'il se rendit compte qu'il avait prit le pas de course et avait rejoint Ivy au sursaut du sac vide dans son dos, il retrouva la vision de la jeune femme dans le brouillard qui revenait vers eux en prétextant avoir trouvé un panneau. Il se stoppa et soupira à son tour, d'un soulagement plus agacé, alors qu'elle s'empressait d'enchaîner sur la lisière de la forêt et leur trajectoire, ne se rendant peut être pas compte du risque généré une seconde plus tôt. James fronça alors les sourcils de l'air d'un instituteur ayant prit sur le fait une élève commettant une bêtise.

« Mais qu'est-ce qui t'a prit ? » Lança t-il d'un ton lourd de reproche et d'une voix grondante.

Il se rendit compte juste après de la dureté de sa voix et prit une inspiration en levant une main vers elle, essayant de rester calme en dépit de son incompréhension à ce manque de prudence élémentaire, bien qu'il comprenait parallèlement et d'une certaine façon cette curiosité vibrante dans le moi profond de chaque humain, il n'était vraisemblablement pas pour ce genre d'acte impulsif.

« Curiosité ou pas, ne refais jamais ça. Allons... reprit il d'un ton plus doux, se voulant le moins répréhensible possible bien que le fond restait perceptible. Et si ça avait été un rôdeur ? Tu n'as pas d'arme Ivy et il t'aurait sauté dessus. Si ça avait été le cas, je ne sais pas ce que l'on aurait fait. »

Il ferma brièvement les yeux pour essayer de s'adoucir davantage, grimaçant légèrement un instant.

« Celle qui est armée ici, c'est Elizabeth et elle ne s'en sert qu'à distance. Si il y avait eu une attaque, dans ce brouillard, elle n'aurait pas pu te sortir de là et peut être moi non plus, pas avant qu'il  n'y ai vraiment malheur. Si on démarre comme ça, imagines ce que ce sera à l'aéroport, imagines qu'il soit bondé ? S'il te plait, à l'avenir on reste grou- »

Il s'était lancé dans un explicatif de ses appréhensions quand il se tue tout à coup. Son corps se raidit subitement et un éclair de terreur traversa ses yeux et lui hérissa les poils. Il avait été le premier à les percevoir, mais bien vite il ne serait plus le seul : des grognements, des plaintes, et des claquements quelques instants après. Se retournant plus lentement cette fois vers la forêt, ce n'était plus une simple forme dans le brouillard qu'il vit.

Des formes, et des formes... une, deux, trois, cinq, une dizaine, une quinzaine...

Elles étaient apparues du tréfonds des arbres, s'extirpant des ombres de la forêt dans leurs inquiétants pas errants, groupés telle une horde qui n'avait trouvé satisfaction dans les bois et partait maintenant vers la route. Ils ne les avaient pas aperçu sur le moment, l'avantage d'être lent d'esprit peut être, mais ce ne fut pas source de soulagement cette fois-ci. La vue de cette horde apparaissant plus nettement qu'il ne l'aurait voulu, et la vue plus particulière de cet ancien-homme à la chair pourrie dégoulinant de son bras écharpé tandis qu'il était presque face à eux sur la route, poussa James à reculer d'un pas avant de courir brusquement vers le panneau qui avait été l'origine de leurs premières craintes infondées en attrapant le bras d'Ivy par automatisme.

« Vite ! Cachez-vous ! »

Cette fois, il avait bien murmuré malgré le fait que son intonation aurait voulu claironner sous l'impulsion, faisant un signe hâtif et nerveux à Elizabeth de venir, les yeux eux criants de l'effroi qui l'empoignait alors.

Se servir du panneau pour se planquer, se mettre au sol en profitant du dénivelé de la route par rapport au contrebas herbeux, voilà son souhait premier. Il ne pouvait cependant se résoudre à avancer tant qu'il n'était pas suivi par Elizabeth et Ivy qu'il gardait au mieux en vue tout en se précipitant.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mer 18 Mar - 22:45
Elle n'avait pas eu le temps d'intervenir. Trop concentrée sur l'ombre qu'elle avait deviné dans le brouillard, sur leur chemin et à plusieurs pas de là, elle n'avait pas fait attention que son regard avait attiré la curiosité de sa comparse qui voyageait à ses côtés, et que, sans vraiment réfléchir, sa vigilance l'avait poussé à observer d'elle-même de plus près, en ignorant toutes les précautions d'usage, et surtout la dernière phrase d'Elizabeth qui avait plutôt appelé à la prudence.

Elle entrouvrit les lèvres pour l'interpeler en voyant Ivy s'échapper vers la direction potentiellement hostile, mais James trouva les mots avant elle, ou tout du moins l'usage de la parole le premier. Il héla l'imprudente avant que cette dernière ne rende finalement le verdict de son enquête, d'un air presque penaud.
Elizabeth s'était figée l'espace de cet instant qui lui avait presque semblé interminable. D'un côté, elle comprenait très bien le besoin d'avoir été vérifier que tout était sûr de ce côté, mais condamnait intérieurement l'initiative qu'elle avait prise seule à y aller sans même avoir laissé le temps à quiconque de réagir au cas où.
Lorsque James entonna son début de sermon avant de revenir à une simple désapprobation sans avoir l'air hostile, Elizabeth s'approcha du duo afin de ne pas trop rester à l'écart d'un air assez neutre, mais n'hésita pas à rajouter d'une voix un peu plus basse, non pas par crainte d'être entendu, mais afin de ne pas paraître couper la parole à quiconque, entre deux mots de James, appelant à soutenir James autant qu'à excuser le comportement d'Ivy.

« Faut juste qu'on apprenne à se coordonner...»

Elle ne réfuta néanmoins pas l'affirmation du docteur à son propos. Elle n'était pas bien sûre de pouvoir atteindre un zombie en pleine tête, même par temps clair et avec un vent nul. Elle avait presque failli rater sa cible à bout portant la dernière fois, et la sensation qui s'était dégagé de ces doigts à cet instant-là, trahissant la pauvreté de ses réflexes antérieurs la poussaient fortement à douter d'elle. A cela se rajoutait sans doute la crainte d'avoir désormais à donner la mort à ces choses qu'elle avait peut-être été quelques semaines plus tôt, et le cocktail donnerait surement doute une tétanisation complète.
Quelque part, il avait même été un peu trop optimiste à sous-entendre que le brouillard serait le seul fautif de son échec à les défendre, mais personnes, pas même elle, n'avait besoin d'être défaitiste sur ce sujet, car en cet instant, il aurait été bien mieux de faire demi-tour.

Elle inspira profondément, jusqu'à ce que la voix et le regard de l'homme ne se figent ensuite en plein plaidoyer, forçant Elizabeth à porter un regard craintif vers ce qui avait alarmé le barbu. Elle n'avait pas vraiment eu à attendre l'invitation de James à fuir ce danger, lui, bel et bien réel, pour les accompagner dans leur planque de fortune. A peine était-ils sortis d'une situation sans réel risque, qu'une autre leur arrivait en plein dessus sans leur demander leur reste.
Les silhouettes, cette fois-ci bien discernable, et surtout notable, d'une démarche lente et boiteuse, accompagnées d'un chant des plus glaçant et reconnaissable. Il n'y avait pas de doute possible. Nul panneau sortait cette fois-ci d'entre les fourrées d'un pas instable.
La main droite toujours crispée sur son arme à feu, elle se laissa tomber lourdement sur le sol pentu que provoquait le dénivelé derrière lequel il était possible de se cacher selon les attentes de James. L'appréhension, et la crainte, poussa son cœur à battre la chamade. L'adrénaline de cette situation brusque, soudaine, et surtout périlleuse lança ce muscle dans un concert si intense qui lui bouchait les oreilles, retentissant à l'instar d'une caisse de tambour.

Elle s'était retourné sur le ventre, braquant le haut de la bute qui accueillait alors la route, et la potentielle venue de ces dégénérés, avec son arme soutenue par deux mains fébriles et tremblantes. Elle se sentait prête. Prête à faire feu à quiconque les aurait suivit. A quiconque les dénicherait et d'une attaque hostile, chercherait à en finir de leur vie. Elle garda le silence, aussi longtemps que possible, bloquant jusqu'à sa respiration en craignant que les créatures ne les aient déjà remarqué, ou n'aient usé de leur sens olfactif pour les détecter à cette distance.

Ils étaient du mauvais côté de la route, et s'ils devaient fuir, ils s'éloigneraient alors de leur objectif : l'aéroport, dont la bifurcation était à quelques pas. C'est en jetant un regard attentif vers ses camarades, en espérant qu'ils l'aient rejoint, qu'elle remarqua alors l'espèce de cylindre de béton qui facilitait le passage d'écoulement d'une espèce de très fine rivière qui ne contenait plus la même quantité qu'elle avait jadis portée, juste en contrebas, sur leur droite. Ce passage leur permettrait de se faufiler sous la route, débouchant elle l'espérait, de l'autre côté. Ils pourraient ainsi ne pas attirer l'attention des zombies et tracer rapidement vers leur destination en les abandonnant à leur errance autant que possible.
Si l'un des deux l'observait alors, elle lui indiquerait ce qu'elle avait vu, en priant pour qu'ils alignent leur pensée à la sienne.

Elle n'était pas une combattante, et s'il existait un moyen qui leur permettrait de se soustraire du danger sans anicroche et sans risque, quitte à fuir, alors elle le ferait sans avoir crainte de salir une quelconque fierté.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 24 Mar - 0:22
Je reculais légèrement mon buste lorsque le barbu m'interpella sans trop de diligence dans un premier temps, d'un ton dur qui me fit monter la moutarde au nez en une poignée de secondes. J'allais répliquer pour défendre ma position sur un ton emporté à peu près similaire lorsque ce dernier sembla se calmer. Je ravalais ma colère et mes propos dans une moue boudeuse, ponctuée d'un bref soupir. Il n'avait pas tort dans le fond, et probablement pas dans la forme non plus, mais je ne pouvais mettre mon orgueil de côté en reconnaissant mon erreur ouvertement. Après tout, je n'avais fait qu'une partie de ce que j'estimais être mon job dans notre groupe : couvrir nos arrières. Je hochais imperceptiblement la tête pour signifier au médecin que j'avais bien compris le sens de ces propos et les raisons qui poussaient à sa colère et nourrissaient ses reproches à mon égard, mon imagination s'illustrant parfaitement la situation dans laquelle je nous aurais foutu si ce con de panneau avait été une saloperie d'infecté aux appétits anthropophages.  Je glissai un regard désolé mais dur - ce deuxième qualificatif s'adressant en réalité en mon encontre -  en direction d'Elizabeth, acquiesçant derechef à ses propos.

"Ouais... Ouais... J'ferais gaffe... Promis," finis-je par répondre non sans masquer une certaine désinvolture dans mon ton, non pas par inconscience du danger ou mépris de leurs remarques et leurs craintes, mais simplement par fierté.

Puis ce fut comme si une chappe de plomb venait soudainement de s'abattre autour de nous, laissant flotter un silence morbide que quelques grognements rauques, reconnaissables et redoutés ne tardèrent pas à briser. Je braquais un regard empli d'appréhension dans la direction de leur provenance, sentant mon estomac se contracter et m'obliger à retenir mon souffle. Peu à peu, le voile laiteux du brouillard qui nous baignait se laissa déchira par des silhouettes floues, mais dont les démarches saccadées et laborieuses ne me laissèrent guère de doute quant à leur nature. L'injonction de James nous incitant à planquer nos miches ressucitées dans les plus brefs délais ne tomba pas dans l'oreille d'une sourde, et j'offris à l'hypothétique vue des morts-vivants le dos de ma chemise froisée et crasseuse alors que je me précipitai en direction du panneau arborscent, portant peu d'intérêt à la surface que mes pieds foulaient à ce moment-là.

Je me laissais littéralement glisser contre la pente du dénivelé entre le terrain et la route, m'allongeant dans les herbes rachitiques et humidifées par la brume aux côtés d'Elizabeth, n'osant même pas risquer de relever le nez pour voir ce qui progressait sur la route. Le souffle court, je serrais les dents sur les intérieurs de mes joues pour garder profondément enfoui dans mes entrailles la moindre plainte de panique. Mon coeur battait la chamade et je sentais ma carotide bondir le long de mon cou tandis qu'une trouille tenace me gagnait et menacer de me paralyser sur place. Tout ce que je pus me contenter de faire, ce fut de poser un regard inquiet sur le pistolet qu'Elizabeth tenait braqué en direction de la route, me raccrochant à cette image pour y chercher une once de réconfort. C'est alors que la jeune femme sembla leur désigner un point d'intérêt du regard, point d'intérêt qui se révéla être une buse d'évacuation des eaux de ruisselement qui s'enfonçait dans les entrailles du sol, semblant filer droit sous la route encombrée de cadavres ambulants. Je lorgnais soudainement sur l'orifice sombre et béant, contemplant cette bouche de béton qui pouvait nous offrir un sauf-conduit. Bien maigre réconfort en réalité... Je n'étais pas franchement à l'aise à l'idée de me faufiler dans ce truc... Trop étroit, trop sombre...

*Je vais y rester coincée...* commençai-je à me morfondre dans un questionnement s'ouvrant de plus en plus à la panique, déglutissant avec difficulté en posant un regard presque suppliant sur la jeune femme, secouant la tête en proie à des tremblements craintifs. Mon teint venait très certainement de virer plus pâle que le brouillard lui-même. Merde... Je détestais les espaces restreints, et ce n'est qu'un râle zombiesque un peu plus proche que les autres qui me poussa à m'allonger encore plus contre le sol humide, souhaitant soudainement que la végétation m'engloutisse et me dissimule à leurs sens. Je pris quelques instants pour me tourner vers le médecin, cherchant à puiser chez lui une éventuelle détermination ou force de décision qui me faisait horriblement défaut sur le moment, avant de revenir à Elizabeth et prendre une longue inspiration, les yeux fermés, tentant de me calmer et me défaire des entraves de mes émotions les plus craintives. Finalement, je rouvris les yeux, à peine calmée par l'idée qu'une bouche en béton valait mieux qu'une armada de bouches voraces. Je hochais la tête d'un mouvement sec face à la jeune femme, lui signifiant ainsi mon approbation quant à les suivre dans ce conduit.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 27 Mar - 0:54
Il n'y avait pas besoin de rejoindre l'autre bout de la région pour trouver le danger, James le savait bien avant même d'être sorti de la tanière à ciel ouvert qui lui avait servi d'abri, mais fallait il vraiment que le danger se révèle à deux pas du camp ? Ils n'avaient pas longé la plaine, contourné la forêt et foulé le territoire à explorer pour lequel ils étaient parti qu'une horde, ou un morceau de horde, avait fait irruption si peu de temps après leur départ, si frais, n'ayant guère laissé loisir au trio de se renforcer suffisamment, de se préparer pleinement à faire face à l'irréel et à ce qui dépassait le rationnel.

Cette pensée paraissait si stupide, car il n'était pas surprenant qu'il n'ai pas été préparé. Qui aurait pu sortir de ce camp prêt à confronter des orbites vides, un bras en charpie ou la vue de griffes jaunâtres qui avaient servi autrefois de simples ongles bien moins agressifs ? Il s'était, à l'instar de ses camarades, étalé sur le flanc de la route, posant le corps et la tête contre l'herbe légèrement humide et fraîche qui lui caressait les oreilles, sa respiration s'étant emballée durant un temps affreusement long, et pourtant véritablement court, avant qu'il n'impose à ses poumons un rythme plus discipliné. Les mains agrippant les éléments verts sous ses paumes, son buste basculant de coté pour faire de nouveau face à la route et la crainte si humaine de redresser la tête, de peur de croiser un visage décomposé qui pourrait découvrir simultanément l'emplacement d'un bien somptueux repas.

Il avait pourtant déjà fait face aux rôdeurs, mais cette fois c'était différent. Pourquoi était-ce si différent ? Il avait le sentiment de n'être que chair et os fragiles en mesure de se briser d'un simple contact brusque, que sa force, fusse t-elle celle d'un homme encore en âge d'une poigne féroce, pourrait s'envoler sous la paralysie irrationnelle pour laisser son maître à la merci de ce qui n'avait pas d'âme.
Diable, qu'il était ardu de revivre, pouvoir respirer à nouveau en contrepartie de la sensation toujours présente des griffes déchirant sa peau comme l'on arracherait celle d'une orange, à l'image d'un membre fantôme qui ne cesserait de clamer son existence en dépit de sa disparition. Son cerveau envoya alors une information inattendue : la douleur, dans son bras, semblable à une intense brûlure. Cela ne dura qu'un instant et pourtant il eu le réflexe barbare de tirer la manche de sa veste et saisir son avant-bras gauche, braquant des yeux de braise sur sa peau. Celle-ci n'avait pourtant pas l'ombre d'une égratignure. Ainsi c'était plus qu'un terrible souvenir pire qu'un cauchemar poignant, cette douleur sauvage était toujours inscrite dans son corps, elle était là...

Frappé de stupeur, de colère envers lui-même et d'incompréhension, il releva finalement le visage vers Ivy, qui le fixait déjà. En voulant trouver réconfort et force de volonté, elle ne pouvait voir que peine et incertitude. Il devait, en mâle qu'il était, assurer la protection de ses congénères du sexe gracieux, mais il n'avait jamais été aussi peu sûr de pouvoir se protéger lui-même, avant de s'inquiéter de sa capacité à aider les autres. C'était une douleur pire encore, la peur de l'échec et de la faiblesse, le fait de penser l'être, penser que la vie précédente perdue avait emporté tout ce qu'il y avait de solide et de confiant en vous. La pensée de n'être plus que l'ombre de soi-même. Ses yeux distraient glissèrent lentement vers la seconde personne présente.
Cette fois, son esprit s'était réellement déconnecté, soudainement, brusquement, car il se passait quelque chose en lui, il se passait quelque chose de terrible. Il voyait Elizabeth et Ivy comme à travers une vitre de verre embué. Les sons, les signes, les traits physiques, l'air et la terre, tout n'était plus que des images qu'il captait et voyait tel un spectateur assis au fin fond d'une salle de cinéma, encastré dans son fauteuil et le regard figé et fixé sur l'écran qui mettait en scène sa propre vie. Il ne s'en rendit pratiquement pas compte, qu'il avait acquiescé. Un acquiescement pour confirmer ce à quoi il ne faisait en fait plus vraiment attention, se redressant accroupi, ou presque debout, il ne prêtait plus attention à tel point qu'il aurait certainement pu prendre le risque d'être vu, tandis qu'il longeait le dénivelé en entendant que son propre souffle semi-éteint, d'un contradictoire et étrange calme.

Il rejoignait machinalement l'arche de béton, le pas approximatif et trébuchant, discernant à la volée l'humidité de l'herbe qu'il écrasait sous ses paumes dans sa course, à chaque retombée sur l'herbe, manquant tant de concentration et de hâte que les deux femmes le dépasseraient sûrement dans l'objectif de se planquer à l'abri du passage des morts qui marchaient, de ces choses qui ne cessaient d'être là, et de marcher, partout et tout le temps.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Sam 28 Mar - 12:22
Tandis que son coeur battait toujours à un rythme endiablé, qu'il imitait un métronome déchainé, un léger sifflement et bourdonnement avaient fait écho crescendo dans ses oreilles la coupant étrangement du reste du monde. Ses mains tremblaient toujours sur la crosse de son arme qu'elle tenait avec une poigne si serrée que les jointures de ses doigts blanchirent rapidement sous la pression.

Elle ignorait si l'un d'eux avait parlé, et le grondement des morts qui marchaient plus haut n'était plus qu'un chuintement indistinct, mêlé à l'acouphène étrange qui s'échappait de son système auditif. Ivy avait acquiescé de la tête, bien que sa crainte était tout aussi palpable que celle d'Elizabeth, et que l'expression de son visage n'était que le reflet miroir de ses propres traits. De l'autre côté du frêle corps tapis de la jeune femme à lunettes, James semblait dans un état tout aussi second, peut-être encore davantage que l'addition de ses deux homologues.
Il se redressa sur ses jambes, comme si lui-même était un mort qui n'avait plus d'autre objectif que de suivre celui que lui dictait son instinct. A demi-levé, à demi-accroupi, il longea le dénivelé, d'un pas qui parut à Elizabeth lourd et maladroit, chutant à quelques reprises avant de se redresser fébrilement.

Plus que sa propre crainte, elle eut alors la peur envahissante qu'il ne se fasse prendre et dévorer par ses mangeurs de chair. Qu'il tombe et succombe sur cette herbe moite et boueuse sous des crocs déchirants sans avoir eu le temps de réagir, ou de se défendre.
Plus le sifflement dans ses oreilles devenait menaçant, plus elle sentait en son instinct primaire que quelques créatures se rapprochaient d'eux et frôlaient l'instant où l'un les sentirait, et appellerait d'un grondement angoissant ses acolytes à proximité.

La pression sanguine qui s'accumulait dans son corps sous l'effet de l'adrénaline, les pupilles dilatées au maximum de leur capacité. Elle sentit ses jambes se détendre sous l'impulsion de l'hormone qui se diffusait dans son corps, et lui donnait le besoin immédiat de fuir le danger, et surtout d'emmener loin de lui James. Elle n'avait plus le temps de réfléchir sereinement, elle agissait par pur instinct, même s'il se révélerait contradictoire avec ses propres blocages psychologiques.

Si Ivy ne s'était pas elle-même légèrement redressé pour suivre l'exemple du médecin, elle l'aurait contourné par le bas sur ses genoux et ses mains, et aurait accroché sans aucune forme de procès la main du barbu pour le forcer à se baisser davantage dans sa progression vers la bouche de béton. Elle n'avait pas même anticipé une seule seconde si ce contact serait le bienvenu pour lui, s'il y réagirait prestement ou se laisserait faire simplement. Elle-même n'avait plus pensé à ses propres barrages qui l'avait tenue depuis sa plus tendre enfance à se tenir loin des hommes et du contact physique.
Mais là encore, un nouvel élément prendrait le pas sur toutes les réalités attendues, imaginables ou justifiées. Une impulsion déchaînée traverse son corps, de la surface haute de son crâne jusqu'à la plante de ses pieds, pénétrant jusqu'à son échine, sa colonne vertébrale et l'ensemble de ses muscles. Cela lui donna la sensation d'avoir touché les deux bornes d'une batterie de voiture. Une secousse si improbable, qu'elle en resta figée. Cela dure quelques secondes à peine, le temps pourtant de se dire que notre heure est certainement venue et qu'il ne s'agit là que du cœur qui lâche, se contracte et se tord, foudroyant d'une mort certaine une si jeune personne.
Il n'en était pourtant rien. Rien ne vint, rien ne se passa. Elle retomba sur l'effet de cette décharge et emporta dans son sillage tous les sons, tous les bruits et tout ce qui se passait autour d'elle comme un raz-de-marée qui balaierait d'une force les dernières secondes écoulées. Et quoi ?
Que s'était-il passé ? Elle ne voyait rien qui justifierait cette réaction de son corps, hormis ses deux mains qui avaient scellé leur accroche, la droite sur son arme et la gauche dans celle de James. Elle le lâcha presque brutalement, par crainte de ne lui avoir provoqué quelque chose de très mauvais, ou que ce contact n'ai été étrangement destructeur.

Toujours elle-même tapis dans l'herbe, près de la bouche de béton, elle porta son regard sur le médecin, priant pour que ses pensées ne soient que craintes déraisonnées, et que les derniers évènements ne furent que le fruit de sa psychologie fragile et délirante. Elle jurerait pourtant que quelque chose s'était produit tant son cerveau restait figé dans cette appréhension. Elle restait immobile, incapable de rien sinon attendre le verdict qui à coup sûr lui glacerait le sang.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 28 Mar - 14:34
Je ne trouvais visiblement pas chez le barbu la moindre once de ce que j'étais venu y chercher d'un simple regard, rendant ma position au sein du groupe encore plus inconfortable tant notre absence de préparation semblait flagrante, malgré le temps passé à nous préparer à affronter le monde extérieur au campement. Les pensées défilant dans mon esprit n'aidaient en rien à calmer le doute qui m'habitait, un doute d'autant plus poignant que je m'apercevais maintenant du véritable soutien psychologique que représentait le simple fait de savoir Matthew veiller sur nous, être et errer dans les environs de notre campement de fortune. La simple présence abstraite de notre misanthropique chef de camp avait quelque chose de rassurant, inconsciemment, et c'est en me heurtant à la dure réalité de ce monde froid que son importance prenait véritablement tout son sens.

Je dévisageai tour-à-tour mes compagnons, chacun semblant conscient de sa propre faiblesse, sa propre crainte face à cette petite horde. Et dire que nous n'étions que sur une route tracée au beau milieu d'une étendue désertique, à peine à l'orée de la ville ; et que déjà nous faisions face à notre propre inexpérience. Tous ces plans, toute cette théorie de la pratique des quinze derniers jours qui volaient en éclat, déchiquetés par la présence d'un groupe d'infectés qui ne nous avait même pas remarqué, pour l'instant. Je secouais la tête en réponse à mes incertitudes, et surtout en réponse à ce début de colère qui naissait au plus profond de mes entrailles pour remonter le long de mes os, courant sur mes nerfs et tendant mes muscles. Mon visage se crispa, mes lèvres se pincèrent sur mes dents serrées sous l'emprise de cette colère qui m'insultait ; injuriant mon orgueil et mon ego. Depuis quand pouvais-je bien choisir de m'enterrer dans ma faiblesse et m'apitoyer sur mon sort plutôt que d''affronter une épreuve pour en ressortir plus expérimentée et grandie ? Peut-être depuis qu'une simple erreur ne se soldait plus par un pathétique B- sur une feuille de papier, mais pouvait trancher la question entre "Toi, tu vis ; Toi, tu meurs..."

A nouveau je posais mes noisettes sur la bouche de béton, imposant à mon esprit de taire cette crainte irraisonnée par rapport aux ignominies cadavériques rôdant au-dessus de ma tête bien trop pensante. Il était plus que temps de se mettre un coup de pied au cul sauce instinct de survie ; lequel fini enfin par prendre le dessus sur mes réflexions craintives en me poussant à me redresser légèrement pour entamer une progression accroupie et maladroite vers l'arche de béton, contournant mes deux compagnons qui me paraissaient eux-mêmes figés dans leurs propres craintes et réflexions pour finalement me présenter devant l'ouverture qu me paraissait bien étroite, malgré ma frêle constitution. Je plissais les paupières derrière mes lunettes pour bien distinguer visualiser la sortie, orifice aux lueurs grisâtres baigné de brouillard, et surtout espérer y distinguer la présence ou non d'une silhouette entre l'entrée et la sortie, espérant ne rien y croiser de malencontreux. Constatant une absence d'obstacle, je décidais de finalement m'y engouffrer, ouvrant la voie à mes compagnons.

Je plaquais ma main droite sur la surface rugueuse de béton, progressant toujours accroupie dans le boyau, un souffle craintif et embué s'échappant de mes lèvres à chaque pas. D'un point de vue rationnel, la situation semblait presque ridicule. Mettre autant de temps et nourrir tant d'appréhension à parcourir un tunnel en béton qui ne devait pas excéder les six mètres de longueur d'un bout à l'autre ; et pourtant, je ne m'étais rarement sentie aussi concentrée dans l'exécution d'une tâche aussi simple. La trouille de cet environnement aussi hostile qu'inconnu me rongeant les tripes et me poussant de ce fait à une extrême prudence dirigée vers tout et son contraire. J'en venais même à craindre que le groupe de marcheurs ne passe à-travers le sol, fissurant le tunnel au-travers du bitume craquelé pour ensuite se repaître de nos chairs ensevelies sous les gravats.

*Mais putain j'suis trop débile... C'est juste un putain d'conduit en béton...* me sermonnai-je en continuant d'avancer, jetant une œillade par-dessus mon épaule pour m'assurer qu'Elizabeth et James aient fini par me suivre à leur tour. Il était hors de question pour moi de leur donner l'impression de les laisser derrière, ou leur faire croire à un nouvel élan de témérité inconsidéré et égoïste de ma part. Parvenue au pas de la sortie du conduit, je m'arrêtai pour observer l'environnement immédiat, tendant l'oreille pour distinguer les sons des rôdeurs, tâchant d'en évaluer la distance au-travers des bruits parasites de ma respiration hâtive. A quelques mètres devant moi, par-delà une mince langue d'herbe humide, se dressait l'ombre d'un tronc d'arbre marquant la lisière de la forêt que nous tâchions de contourner. Comme si soudainement ce bois craint et probablement empli de dangers inconnus se drapait d'une toute nouvelle vertu ; à savoir celle de nous dissimuler aux regards des rôdeurs.

Je me risquais finalement à mettre le nez hors de la bouche du conduit, presque ragaillardie d'avoir franchi ce conduit en un seul morceau comme s'il s'était agi-là d'un piège mortel, me nourrissant surtout de cette maigre auto-satisfaction d'avoir surmonté une de mes craintes les plus irrationnelles qui soit. Je portais mon regard aux alentours immédiat de la bouche de béton, choisissant d'aller me terrer à nouveau contre la pente  du dénivelé qui montait vers la route, ayant préalablement pris soin de faire un signe d'encouragement à mes deux compagnons leur signifiant que la voie était libre. Et puis je ne voulais surtout pas restée seule et désarmée de ce côté-ci de la route trop longtemps. Mon "courage" était encore bien loin d'égaler ma trouille.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 29 Mar - 19:01
C'était sans aucun doute la pire sensation qu'il eut depuis que la vie avait reprit sa place en lui. Une sensation qui balayait tout ce qu'il pensait, ou tout ce qu'il pensait savoir, la sensation... de revenir à la réalité.

Depuis ce moment où il avait ouvert les yeux, allongé sur ce sol bétonné de l'air de route - non le campement revisité mais la première qu'il fréquenta, lieu de sa résurrection - jusqu'à il y a quelques instants, il n'était pas vraiment revenu. Il l'avait cru, d'abord persuadé d'être mort, de se retrouver dans l'au-delà, puis cette semi-réalité dans laquelle il avait vécu. Ça avait été à la fois si facile et si ardu, une contradiction entre le paraître et la pensée, ce que l'on croyait savoir et ce que l'on savait. Il avait beau eu essayer de se dire qu'il était bien dans la réalité, que cette vie était une vrai vie, que toutes ces personnes étaient de vrais personnes, mais au fond était demeurée cette étincelle, qui le réconfortait à son insu, qui persistait malgré l'air de ses poumons, la douleur de son crâne, la peur aux tripes.
Cette infime et si dérisoire pensée, graine plantée par la volonté de l'inconscient oeuvrant au conscient, incrustant le déni. Car depuis son réveil, il n'avait jamais pu réaliser vraiment que tout ceci était vrai. A la vérité inavouable, il avait véritablement cru derrière les apparences, que rien de tout ceci n'était vrai, que ce n'était qu'un cauchemar, ou un rêve déguisé, une réalité alternative issue d'une force dont il ne pouvait soupçonner le projet. Il était resté mort, mort à l'intérieur, mort dans sa foi, n'ayant fait que semblant de vivre et d'être présent, ici, là-bas, au campement, auprès de ces personnes qui n'étaient qu'illusion. Une affreuse comédie à lui-même, une trahison à cette seconde chance qui lui était offerte et dont il n'aurait pas voulu, parce que ce n'était pas une seconde chance, c'était une nouvelle torture.

Il était bien revenu, il était bien vivant. Tout ceci était vrai, toutes ces personnes étaient réelles, son agonie, ses dernières douleurs si atroces avant d'être happé par la faucheuse, toujours vivaces. Et ces mois, ces longs mois qui avaient disparu de son existence, l'avaient vraiment été. Son ancien campement, ses anciens compagnons... Jessica, ils devaient déjà être partis, ils étaient... elle était peut être déjà morte. Ce n'était pas un rêve, il ne les reverraient jamais, il avait échoué, encore. Il n'a pas tenu sa promesse.
Son esprit était surelevé, projection astrale de sa conscience alors qu'il ressuscitait bel et bien cette fois. Il ne se rendait plus compte, de sa marche dans l'herbe glissante, de ses mains agrippant le sol instinctivement à chaque fois qu'il trébuchait, de la main d'Elizabeth qui venait le supporter pour l'aider à avancer. Le parfum naturel de la femme à ses cotés, si ses narines pouvaient le percevoir comme tout mâle ne pouvait que le ressentir, semblait si lointain qu'il ne s'en rendait pas davantage compte. Il s'était déconnecté, en transition entre la vie et la mort, son monde, cette fois, avait réellement disparu.

Il aurait pu rester comme ça, demeurer dans une insondable faiblesse qu'avait engendré l'implacable prise de conscience qui anéantissait tout ce qu'il avait faussement préparé, faussement pensé, faussement espéré... la façon dont il avait faussement existé. Mais, tandis qu'il était en proie à sa terrible détresse, ce fut au tour de l'ange brun qui l'accompagnait de lui porter secours, sans doute mieux qu'il n'avait fait semblant de le faire dans ce camion qui l'avait mené à rencontrer Matthew et les autres.
Une vive décharge parcourue son corps quelques brefs instants après que ce fut le cas d'Elizabeth, ne prenant qu'à moitié conscience qu'il provenait de son toucher, ou plus raisonnablement d'elle-même. Il la ressentie comme une décharge, ou une injection, d'adrénaline à forte dose, un surplus d'énergie brutale qui mit en branle le déphasage qui avait frappé son esprit, le ramenant sur terre d'une secousse digne d'une claque lancée par une massive main. L'emballement de son coeur et de ses pensées ajouta à la décharge, un soupçon de vertige qui le fit tituber un instant, se rattrapant à la surface de pierre qui entourait la bouche de béton.

Il plaqua sa main contre son front, ressentant l'énergie parcourir avec vivacité son corps, mais aussi animer la colère qui montait en lui depuis que la sensation de la morsure avait traversé sa peau, amplifiant la tristesse et la douleur de s'être rendu compte qu'il avait, en dépit de son retour à la vie, perdu tout ce, et ceux, qu'il avait. Son poing se serra alors qu'il abaissait la main, ses yeux s'humidifiaient et lui restait ainsi, appuyé sur la pierre et le regard rivé sur le sol.

« Jess... Oh non, non... non... »

Sa voix avait murmuré, s'était déchirée d'une grave sonorité qu'Elizabeth ne pouvait qu'à peine percevoir. Ses yeux se fermèrent et il se laissa tomber debout contre la paroi de pierre, venant accoler ses mains contre son visage en restant suspendu une seconde, pour les laisser glisser le long de son visage en chagrin. L'humidité était maintenant pleinement visible, ses traits tirés et ses dents serrés de rage, une larme venant couler le long de sa joue. Un supplice qu'il faisait peut être subir à Elizabeth sans le réaliser, elle qui était prise de crainte à ce qu'elle venait de vivre. C'était une véritable comédie dramatique et moqueuse. Ils n'étaient qu'à quelques lieux du camp, ils n'avaient pas encore rejoint la zone de leur exploration, et déjà leurs démons tapis les harassaient pour leur faire vivre leurs tourments avides, laissant Ivy progresser dans cette bouche dans la peur et l'incertitude probable de la menace qui planait, associée à la détresse incompréhensible que vivait ses compagnons. Peut être en avaient ils besoin pour tourner la page.

Les mains de James se mirent à trembler, l'adrénaline parcourait ses veines et criait à l'action, à l'effort, pour assouvir ce boost physique qui surprenait ses muscles. Le médecin braqua alors ses yeux sur Elizabeth, comme si ce gain de force lui octroyait par la même un gain de volonté qui le faisait passer de la prise de conscience à la détresse, pour enfin retrouver la pleine réalité de la situation. Une plainte surgit à cet instant où l'homme regardait cette femme et sa crainte. Le premier rôdeur avait traversé la route et entamait le dénivelé, ne tardant pas à ressentir, sentir, voir, capter... les deux survivants.
James ouvrit un peu plus les yeux à la vue de cette chose sans vie, et revint subitement à Elizabeth. Tout était vrai, cette femme était réelle, sa vie était réelle, si il avait tout perdu lui-même et si sa propre vie semblait aussi dérisoire, il ne lui restait plus qu'une chose à faire : s'assurer qu'elle, ne perde pas cette vie. Il avait échoué, il avait perdu la jeune Jessica, il ne laissera pas quelqu'un d'autre mourir à cause de son incompétence et ses fautes. Il se redressa de son appui et vint aider Elizabeth à achever sa progression, la supportant si il le fallait pour qu'elle atteigne l'entrée de la bouche de passage du cours d'eau.

« Entres à l'intérieur ! Tu dois sortir d'ici, je vais attirer leur attention et les contourner pour vous rejoindre dans la plaine près de la zone. J'y arriverais, je serais plus rapide qu'eux. Entres maintenant et ne m'attendez pas ! »

Il la pousserait à l'intérieur si besoin en glissant la carte dans sa main, lui répéterait d'entrer en levant la voix si elle contestait, la peine ayant maintenant pleinement laissé place à la colère de son coeur, affirmant sa volonté de la voir éviter la marée des morts, qu'elle se protège des risques. L'adrénaline coulait dans ses veines, et si elle devait s'enfuir sous peu, il avait intérêt à ne pas perdre de temps. Il attendrait qu'elle entre, tandis que le rôdeur progressait plus difficilement sur le dénivelé, manquant de tomber à chaque pas, et d'autres silhouettes apparaissaient dans le brouillard et sur les hauteurs de la route, vision d'ombres et d'enfer venus d'en haut.
James laissait les deux femmes progresser, Ivy peut être induite en erreur par l'étroitesse de la bouche qui ne pouvait lui permettre de voir si James suivait Elizabeth, la pousserait à finir sa progression aussi. Quoi qu'il en soit, l'homme se redressa vivement et regarda autour de lui avec hâte, frappé d'une pensée évidente : si conduit il y avait, il devait forcément y avoir à l'origine une grille de protection.  Cette première pensée rationnelle et intelligente depuis l'arrivée des morts fut payée quand il vit la grille pratiquement dissimulée par l'eau, les herbes et le sable de la plaine. Il se rua dessus et la dégagea aussi vite que possible, s’écorchant les doigts d'une main sur quelques cailloux nichés entre les fentes de la grille qu'il souleva en ignorant le reste. Il reparti plaquer la grille contre l'entrée, jetant un regard furtif au rôdeur qui était de plus en plus proche, et autres soldats de la mort qui se révélaient de parts et d'autres des hauteurs...

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 30 Mar - 14:13
Tout ça allait trop vite pour elle pour qu’elle comprenne dans les détails ce qui était en train de se passer. Un bref instant, elle vit James sombrer dans un abandon total, comme s’il venait de prendre conscience de l’horreur qui les entourait, des différentes pertes qu’il avait subi, et du cauchemar dans lequel ils étaient, comme si les dernières semaines, et même les mois précédant cela n’avait pas existé. Elle le vit chanceler au point de devoir se retenir avant que ses forces de défaillissent et qu’il ne finisse par s’effondrer d’un chagrin immense.

Elle ignorait encore ce qu’elle avait bien pu faire et ce qui se passait. Elle n’avait qu’à peine prêté attention à Ivy qui les doublait et s’engouffrait alors dans la bouche de béton, disparaissant dans l’obscurité et la noirceur, incertaine de la réaction du médecin qui venait de perdre complètement pieds.
Dans son esprit, il valait mieux abandonner. Faire demi-tour, rentrer au campement et dire qu’ils n’avaient pas été prêts. Qu’ils le seraient sans doute un jour, mais qu’ils devaient mieux se préparer sur le plan psychologique. A moins qu’ils n’étaient tout simplement pas faits pour jouer les aventuriers et qu’ils devraient se contenter de rester au camp s’occuper de ce qui pourrait être fait.

Dans un environnement classique, non soumis à un stress si dense, elle aurait certainement su quoi faire. Assise dans son siège tandis que son patient serait allongé à raconter ses angoisses au point d’en perdre la raison. Elle l’aurait incité à se confier, à parler. Elle l’aurait écouté avec attention et aurait tenté de mettre le doigt sur la corde sensible. Au bout d’un certain temps, elle aurait même pu lui enseigner quelques techniques de relaxation auto-concentrative, mais tout ceci était tellement loin de la réalité. Ca n’avait plus de sens, et balayait toutes les certitudes fondées à ce propos. Peut-être arriverait-elle à quelque chose en le secouant, en lui parlant pour le ramener dans le vrai monde, aussi merdique soit-il pour qu’il ne reprenne conscience que…

Oh bordel. Elle n’y avait plus prêté attention, et déjà l’un des dégénérés trouvait chemin vers eux, les ayant sentis, et sans doute se préparant déjà à faire un fabuleux festin de leur chair, de leur sang, et même à ronger goulument leur os. La plainte qu’il émit lui glaça le sang, revoyant les boyaux et les cadavres de quelques victimes qu’elle avait croisé sur son chemin avant sa propre mort.
Elle voulut réagir mais James fut bien plus prompt qu’elle, l’arrachant de sa, pourtant très furtive, tétanie, pour la faire grimper dans le conduit. Elle n’émit aucune protestation, sans doute parce qu’il n’y mit aucune force et qu’elle était sans doute parvenue toute seule à s’y hisser, sans véritable mal. Elle ne comprenait toujours pas ce qui s’était passé et les différentes émotions qui avaient traversé James en quelques fractions à peine. Il avait retrouvé de son entrain, de sa vigueur et de ses convictions si bien qu’elle ne prêta qu’à peine attention à ces faits et geste alors qu’elle lui laissait la place de la suivre, persuadée qu’il en ferait de même.

Comme une pile électrique, il déblatéra cette phrase qui restait en suspens semblable à la résonance d’une cloche, la poussant à l’intérieur pour l’empêcher de le contredire dans ses gestes, et bloquant l’instant après l’accès par cette grille à moitié ravagée qui aurait au moins le bénéfice de lui laisser assez de temps pour atteindre l’autre côté avant de voir un mort s’en débarrasser.

« Non ! James ! »

Mais c’était trop tard.
Elle savait pertinemment que plus de discussion ne ferait que le retarder, et surtout elle voyait bien que son regard ne laissait aucune place aux protestations qui ne seraient, de toute évidence que tombé dans l’oreille d’un sourd au pire, ou au mieux face à un regard convaincu d’avoir fait le bon choix et obstiné à s’y tenir. Elle fut déjà bien étonnée qu’il put avoir assez de temps pour cela avant que le zombie ne l’atteigne. Ses doigts crochetèrent la grille sans tenter de la retirer, simplement observant la scène de ses grands yeux écarquillés, avant qu’elle ne se décide à obtempérer lorsqu’il conclut finalement en se détournant d’elle, prêt à fuir le décharné.
Elle rampa dans le fin filet d’eau qui gisait dans ce trou d’égout à la suite de la brune qui les accompagnait et sentit l’eau glacée s’imprégner des tissus de ses vêtements jusqu’à en devenir éponge, mais le frisson que cela aurait dû provoquer ne la toucha d’aucune manière. Elle s’entêtait simplement à souhaiter, sans jeter quelconque regard en arrière, que le médecin trouve solution pour s’échapper et les rejoigne de l’autre côté du tunnel.

Devant elle, Ivy sortait du boyau en béton, lui laissant la place de profiter de la vue extérieure qui se rapprochait petit à petit.

Ils n’étaient pas prêts. Non, pas prêts…
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