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[CFJ, B , EXP] Exploration du secteur B - 01/01/35
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 4 Avr - 13:14
Allongée dans l'herbe humide, les doigts crispés dans la terre meuble, mon inquiétude se partageait alternativement entre les râles rauques des infectés arpentant la route au-dessus de ma tête, soudainement plus... excités  ?  ; et le fait qu'Elizabeth et James ne s'étaient toujours pas extirpés du boyau de béton. J'aurais pourtant juré qu'ils étaient derrière moi. Putain... J'étais vraiment toute seule  ? Mon angoisse monta encore d'un cran alors qu'une dizaine de secondes supplémentaires venaient de s'égrainer sans qu'âme qui vive ne jaillisse du conduit à ma suite. N'y tenant plus, je me devais d'aller vérifier ce qu'ils pouvaient bien faire là-dedans.

Lentement, tâchant d'être la plus discrète possible tout en ayant l'impression que mon cœur tambourinant contre ma poitrine allait rameuter tous les zombies du mile avoisinant , je me laissais glisser vers la bouche de béton dont je m'étais extraite quelques instants plus tôt, découvrant avec stupéfaction que Liz' était seule. Aucun James en vue. Sourcils froncés et bouche béate, c'était un visage figé dans l'incompréhension et la crainte qui accueillit la jeune femme, expression gravée dans le marbre de ma peau livide sous laquelle la plus horrible des suppositions venait de naître. Mes noisettes se portèrent sur l'autre extrémité du conduit, visionnant dès lors le découpage géométrique des croisillons de la grille sur le voile laiteux du brouillard.

Si mon esprit un rien cartésien avait d'ores et déjà – dans les bas-fonds de mon subconscient – compris que le médecin se trouvait désormais de l'autre côté de cette grille, je ne parvenais cependant pas à réaliser que cette situation était juste, que c'était arrivé, tant la stupeur me paralysait. Puis vint l'instant où mes noisettes se posèrent sur le visage d'Elizabeth, croisant son regard, partageant et ressentant dans un élan d'empathie cette détresse qui avait dû la gagner alors que James scellait son destin en même temps que cette foutue grille. J'ignorais ce qui était le pire dans cet instant, resté suspendu dans un flottement : mon incapacité à réagir ou mon incapacité à l'admettre.

"Qu'est-ce qui s'est passé !?" demandai-je avec précipitation à la jeune femme, la voix tremblante. "Où est James ? T'es pas blessée ? Dis-moi qu..." Je n'eus pas le temps de finir de pilonner Liz' de mes questions, que j'avais commencé à balancé sans prendre réellement conscience de la hauteur de mon ton, de la portée de ma voix ni du flux des mots paniqués qui s'échappaient de mes lèvres qu'un grognement éraillé, tirant dans les aigus à l'image d'un grincement de mécanique rouillée m'interrompit et frappa contre mon esprit avec la violence toute relative d'une onde de choc, comme si les décibels de cette voix gutturale et désincarnée avaient bousculé les lois même de la physique. Je levais mon regard vers la route nous surplombant pour apercevoir, se détachant contre le brouillard, le crâne décharné d'un rôdeur dont les orbites vides de toute âme et conscience me fixaient. La peur, pour ne pas dire la terreur, que provoqua cet échange pupillaire plutôt unilatéral me figea sur place, yeux écarquillés, lèvres légèrement entrouvertes et désormais silencieuses, le temps se suspendant durant quelques secondes alors que je contemplais la mâchoire du zombie claquer, faisant frémir les quelques lambeaux de peau déchirés qui pendaient  le long de ses maxillaires, mêlés de terre et de sang séchés, visage au teint terne et à la peau marbré sur lequel des mèches de cheveux filandreux s'étaient collées.

Puis le temps reprit son écoulement normal lorsque l'infecté sembla s'ébrouer et fit un pas vers le vide marquant le lit du ruisselet d'eau et la route, prêt à se jeter sur nous sans considération de quelque nature que ce soit pour le danger que représentait le dénivelé. A sa suite, je pouvais déjà apercevoir le sommet du crâne d'un autre rôdeur qui s'élançait à sa suite, comme s'il s'était rallié aux cris du premier. Existerait-il un langage Z ? M'en foutait totalement sur l'instant. Je braquai un regard paniqué et pressant sur la jeune femme, lui tendant ma main droite prise de tremblements pour l'inviter à sortir du conduit tout en désignant les quelques arbres qui composaient la lisière de la forêt de mon index gauche.

"Magne-toi Liz' ! Y'z'arrivent !" lui criai-je sans considération aucune pour ce qu'elle pouvait dire ou penser dans l'instant présent. Nous aurions bien le temps de voir ça plus tard. L'urgence était désormais ailleurs. Que Liz' m'ait suivi ou non, je reculais finalement de quelques pas empressés, mes pieds pataugeant dans le sol mou et instable de lit du ruisseau sans quitter le rôdeur des yeux, lequel fini par basculer dans le vide, ses bras décharnés tendus droit devant comme si nous étions sa seule préoccupation. La créature chuta et s'écrasa dans le ruisseau, un craquement osseux et sinistre ponctuant sa chute alors que je vis les chairs de son mollet droit se déchirer sous la saillie pointue d'un tibia fracturé, son pied formant dès lors un angle impossible avec le reste de sa jambe. Je grimaçai et frissonnai de dégoût face à la scène, puis tournai les talons pour me précipiter vers le tronc d'arbre le plus proche, essayant de garder Elizabeth à mes côtés et l'aidant à progresser d'une main tendue si elle en éprouvait la nécessité.

"Cours putain ! Cours !" lançai-je à nouveau dans un cri, aussi bien pour elle que pour moi, alors que je manquais de peu de me vautrer sur le sol humide, mes godasses détrempées rendant mes foulées encore plus instables tandis que je ne quittais pas le tronc d'arbre le plus proche du regard, premier objectif à atteindre.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 6 Avr - 21:43
La grille avait couiné d'un grincement à faire se redresser chaque poil du corps de l'homme, qui fermait ainsi la possibilité de rejoindre ses camarades et se sortir de ce pétrin. Dans ce conduit, la grille placée, Ivy et Elizabeth ne risqueraient plus la menace du rôdeur qui descendait le dénivelé, se rapprochant à chaque pas de la proie qu'il avait choisi sans la moindre réflexion. Mais ce qui se trouvait de l'autre coté du conduit, à l'entrée de la forêt, demeurait un mystère entier. Avait il prit la bonne décision ? Il avait agit dans l'immédiat, seulement poussé par la volonté d'évacuer Elizabeth des morts qui venaient au moment où il était sorti de sa stupeur.

Les choses étaient maintenant beaucoup plus claires : il n'y avait sûrement plus rien à faire, pour lui et pour ceux qu'il avait connu. Si il voulait survivre, maintenant qu'il était véritablement revenu, il devait trouver sa voie et surtout retrouver ses capacités ici, dans cette ville, dans ce groupe. Ses yeux s'étaient relevés vers le brouillard des hauteurs qui révélait les silhouettes en nombre, arrivant de parts et d'autres de la route pour entamer ce béni dénivelé qui leur avait donné un peu de temps supplémentaire, ce qu'il fallait pour offrir une porte de sortie à l'équipe, du moins aux deux tiers. C'était une horrible vision qui fit reculer l'homme en passant l'écarquillement de son regard face à un terrifiant danger : le rôdeur proche.
En reculant, il voulut se tourner pour commencer à partir aussi loin que possible de ce monstre qui était presque sur lui, mais il trébucha sur une pierre dissimulée par le courant d'eau et tomba à la renverse, emporté par le stress et la tension qui s'étaient emparés de lui à outrance. L'impact sur l'eau qui imbibait ses vêtements et s'insinuait à l'intérieur pour imprégner sa peau anima une intense sensation de froid en cette saison hivernale où l'humidité était de glace, ce qui l'irrita autant que lui donna un coup d'énergie, l'eau ayant eu loisir d'imprégner également les pores de la peau de son visage pour réveiller un peu plus sa vigueur et l'adrénaline envoyée par le contact surnaturel d'Elizabeth qui n'avait pas encore disparu.

Il se redressa sur ses mains et frappa de colère le liquide transparent, maudissant sa maladresse en se relevant à nouveau. Le temps de jeter un nouveau coup d'oeil à la créature qui tendait déjà les bras à quelques mètres de lui, et il bondit d'un grondement vers l'avant en poussant sur ses jambes. Une ardente volonté de vivre avait prit place sur son désespoir et enflammé sa colère qui elle, ne faisait qu'ajouter à sa hargne de ne pas finir à nouveau comme un cadavre en devenir, un misérable à l'article de la mort qui se regarderait périr dans la douleur. Il en avait assez eu d'une fois.
Ses pas frappèrent la coulée d'eau à contresens, battant ensuite l'herbe et la terre après être sorti du courant, pour courir à travers la plaine les bras lancés vers l'avant poings serrés et la veste secouée, les muscles des jambes en mouvement contractés au possible, sa respiration audible rejetait brutalement l'air de ses poumons avant d'en récupérer une nouvelle fournée à chaque parcelle de distance parcourue, ayant peine à rester régulière au moment où les plaintes des morts qui l'avaient discerné dans le brouillard faisaient entendre en échos multiples leur souhait commun de venir déchirer sa faible et risible chair d'humain. La proie courait aussi vite qu'elle le pouvait, tandis que la meute de prédateurs s'était mise en chasse, doucement mais sûrement, suivant la direction et peut être même l'odeur de leur cible. Il n'y avait plus de doute à présent : l'homme n'était plus le dominant sur terre.

James continuait sa course, qui entamait son énergie à chaque pas, constatant qu'il manquait encore cruellement de forme sportive en dépit de sa remise en état des dernières semaines. La mort avait prit toutes ses forces, ses connaissances et il peinera probablement à les récupérer, ce qui mettra son moral à dur épreuve. Il verra cela plus tard, pour le moment, il fallait d'abord garantir sa survie à cette d'ors et déjà difficile excursion. Il avait parcouru une distance incertaine depuis un temps incertain en longeant comme un fou poursuivi par la mort elle-même, l'espace de plaine qui longeait le dénivelé. Il avait en fait eu l'impression de courir depuis de nombreuses minutes et l'adrénaline était retombée, son souffle commençait à manquer et sa vitesse avait grandement diminué. Il s'arrêta, sa respiration très forte à ce stade et avalant l'air comme un affamé dévorerait un repas chaud, le médecin se pencha et s'appuya sur ses genoux pour reprendre son souffle. Il ne devrait pas s'arrêter et pour sa forme, il aurait mieux valu marcher, mais il n'en pouvait plus. Le visage grimaçant et le torse se bombant par interval régulier au rythme de sa respiration, il risqua de regarder derrière lui : aucun signe des rôdeurs, pour l'instant. Pourtant, il avait la sournoise sensation qu'ils étaient toujours après lui et ne tarderaient pas à le rallier si il faisait l'erreur de leur en laisser le temps, comme le lièvre prétentieux avait laissé l'occasion à la tortue de le surprendre. Il avait chaud malgré la température froide, assez pour que l'envie lui prenne brièvement de retirer sa veste et l'abandonner là afin de gagner un peu plus de force à continuer, cependant il n'était pas décidé à se séparer de ce vestige de sa première vie, si l'on pouvait la nommer ainsi. D'un autre coté, il n'allait pas courir en permanence et la chaleur n'était pas de saison.

Il reprit après quoi la marche et grimpa le dénivelé en s'aidant de ses mains, espérant du fond du coeur qu'il n'était pas arrivé malheur aux deux femmes et craignant de ne pas les trouver sur le chemin de la zone. Il n'avait de toute façon pas le choix, à moins de risquer un retour en arrière par l'autre coté de la route, avec les risques et le hasard que cela impliquait, la meilleur façon de s'aider à les retrouver était de rejoindre leur point de ralliement qu'il avait précisé : les abords de la zone B.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 7 Avr - 10:45
Elle avait rampé si rapidement dans le conduit, crasseux et mouillé, qu’elle s’en était écorché les paumes de ses mains et avait déchiré partiellement le tissu qui lui servait de pantalon au niveau des genoux. Elle avait pourtant tenu fermement son arme entre son poing fermé, par crainte de perdre ce si précieux outil qui pourrait à coup sûr, ou du moins selon les aptitudes du moment de son détenteur, assurer leur sécurité … pour peu qu’ils ne soient submergés.

Le visage d’Ivy réapparut à l’embouchure du tuyau de béton, trahissant une expression au début inquiète, et reflétant l’instant d’après une certaine panique lorsqu’elle comprit en balançant son regard le plus loin possible derrière Elizabeth, qu’elle était seule à avoir franchi l’obstacle. Un flot de questions tant tacites par l’image de son regard que verbales finirent de confirmer l’état dans lequel sa comparse s’était elle-même plongé en miroir des propres émotions qui émanaient un peu trop clairement de ses prunelles.
Il n’y avait rien à blâmer, c’était tout à fait justifié. Elle craignait pourtant, sans doute, un verdict beaucoup plus sombre que celui qu’elle allait lui rendre, et proche du bord, elle interrompit sa course pour lui répondre sans même prendre en considération son interruption qu’elle plaça sans doute sur le compte de la panique, et son regard dérivant, qu’elle prit pour un espoir de voir arriver celui qui les escortait, mais transpirant de crainte de ne rien voir encore.

« Il fait le tour. Il tient éloigné les dégénérés pour qu’on puisse filer. Il va nous rejoindre. »

L’ensemble de ses mots tenait plus pour une tentative incertaine de convaincre plus elle-même que son interlocutrice, essayant de masquer ses doutes à ce sujet en rendant ces derniers convaincus et affirmés, mais sans réel résultat. Elle ne pouvait se résoudre à penser que de l’autre côté du tunnel, James était en train de se faire déchirer de toute part, sous les crocs et les griffes acérés de ces créatures qui n’avaient, plus elle y réfléchissait, plus rien d’humain. Et pourtant son esprit déjà torturé  par les derniers évènements, et la perte tragique d’un homme dont elle continuait, à raison, de se sentir coupable achevaient dans l’œuf le moindre espoir. Elle portait déjà sur ses épaules le fardeau d’une nouvelle perte. Une perte dont elle aurait du mal à se remettre si elle s’avérait confirmée et qui ne laisserait plus que la place au désespoir à laquelle elle cédait déjà quelque part de son état, volontiers.

Ses yeux s’humidifièrent, activés par la simple pensée et les simples visions qu’elle venait de se créer dans sa tête. Ses muscles se crispèrent, et elle manqua de repartir en arrière en se disant qu’il n’était sans doute pas trop tard pour lui venir en aide, qu’elle avait été stupide de n’avoir rien fait pour qu’il s’en sorte complètement et qu’elle en ait la certitude, jusqu’à ce que la voix d’Ivy, plus paniqué encore que l’instant d’avant, ne la tire de ses stupides plans et ne lui fasse davantage bondir son cœur dans sa poitrine.

Ils arrivent ? Et non pas il arrive ? Ils ? Avec la bonne liaison bien appuyée du S qui clarifie pleinement l’identité des fameux protagonistes qui voulaient s’inviter à la partie de ce côté-là du chemin ? Mais qu’en était-il de James ? S’ils étaient là, eux, sans lui, est-ce que cela signifiait qu’il … qu’il avait sacrifié sa vie alors pour leur laisser le temps de s’échapper ?
Son cou se tordit à l’extérieur de la bouche d’égout pour constater d’elle-même l’effroyable vérité. Elle avait agrippé la main tendue sans vraiment s’en rendre compte et s’échappa du conduit en manquant presque de perdre l’équilibre.

Elle était tétanisée. Non pas par la vue de ces créatures qui claquaient déjà des mâchoires à l’appel de quelques morceaux de chaire qui tomberaient sous leur immonde sévice, mais bel et bien par l’absence de la silhouette du médecin qui appelait à une terrible conclusion. Elle serait resté sur place si l’esprit clair de son homologue ne l’avait pas tiré hors du lit du ruisseau dans lequel elle avait atterri, face à leur détresse certaine et au danger. Même la chute du corps en décomposition non loin du lieu où elle se trouvait l’instant plus tôt, et la scène peu ragoutante qu’elle offrit, n’aurait pu la résoudre à la faire bouger. Elle eut même du mal à suivre le rythme imposé, aussi lent et chaotique qu’il pouvait être.
Ses yeux bruns guettaient, mêlant espérance et affliction, l’arrête de la bute en hauteur où se trouvait la route. Mais il ne refaisait surface.

« Il avait dit qu’il y arriverait. Qu’il serait plus rapide qu’eux. Il l’avait dit. »

Elles avaient atteint le premier objectif fixé, le tronc d’arbre de la lisière le plus proche, mais ce fut davantage l’éloignement de l’horizon où elle espérait voir cette silhouette tant attendue surgir qui força Elizabeth à lâcher la main d’Ivy. Elle était au bord de l’effondrement moral, torturé intérieurement par les derniers évènements et incapable de trouver la force de continuer comme si rien ne s’était passé, jusqu’à ce qu’un sursaut ne la fasse revenir à la réalité.
Là juste à sa droite, sortant des fourrées de la végétation dense de la forêt, une créature avait tendu ses doigts et commencé à agripper son épaule, lui arrachant plus d’un cri d’effroi que de douleur.

Si son état précédent appelait davantage à l’effondrement, son instinct premier fut celui de la défense, levant son arme dans la direction de son agresseur et appuyant brusquement sur la détente. La détonation résonna dans la plaine sur laquelle s’ouvrait la forêt, et la balle perfora la chaire en putréfaction, traversant de part en part le zombie, ne lui donnant qu’un bref effet de recul à peine voilé, mais laissant l’occasion à la femme de se défaire de la succincte étreinte qu’il avait tenté d’imposer. Un laps de temps non négligeable qui pourrait lui permettre de s’enfuir à nouveau, et qui les forcerait à coup sûr à courir sans plus s’arrêter, droit vers l’Ouest si Ivy lui donnait à nouveau l’impulsion de continuer.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 7 Avr - 23:08
Je dépassais le tronc d'arbre qui avait marqué mon point de repère et objectif à très court terme pour finalement m'arrêter entre deux bosquets d'une végétation dense et épineuse, le souffle déjà bien court et ayant à peine l'attention suffisante pour enregistrer les propos d'Elizabeth derrière moi. Les mains posées sur mes hanches alors que je cherchais tant à retrouver mon souffle que mes idées, prenant à peine le temps de me tourner en direction d'Elizabeth dans le “floc-floc” couinant de mes godasses détrempées que cette dernière poussa un cri dont j'ignorais sur le coup s'il était de douleur ou de trouille. Bref hurlement provoqué par une main décharnée s'accrochant à l'épaule de ma comparse et qui ne tarda pas à susciter une réaction que j'aurai presque pu qualifier de Pavlovienne lorsque le coup de feu, unique et pourtant d'une intensité omniprésente résonna tout autour de nous, offrant à la jeune femme de se séparer de l'étreinte morbide de cet infecté et déclenchant par ailleurs l'envolée d'une proche nuée de piafs croassant leur propre panique.

Je n'avais même pas eu le temps de réaliser la scène, tant l'attaque avait été soudaine. Je me demandais même l'espace d'une seconde si Liz' avait pris – ou simplement eu - le temps d'identifier la nature de son agresseur avant d'ouvrir le feu. Et si ç'avait été James ? Ou un autre être humain ? Voire Matthew le crapahuteur de forêt ? Putain.... Ça commençait à sérieusement partir en sucette toute cette histoire d'expédition, mais le temps n'était même pas à se poser ce genre de question. Avec le raffut provoqué par le coup de feu, nous n'avions désormais guère le loisir de nous interroger sur ce qui pouvait encore bien arriver. D'ailleurs, je savais avec certitude ce qui allait se pointer sous peu : les rôdeurs de la route, et probablement bien d'autres encore. Pas le temps de traîner nos doutes et nos craintes, nos carcasses étaient suffisamment lourdes comme ça.

“Réfléchis pas Liz' !! Pas l'temps ! On s'casse !!” lui ordonnai-je sans détour, d'un ton à la fois paniqué et inquisiteur. Je ne pris cependant pas le risque de l'attraper par le poignet ou la main, par crainte qu'elle ne me colle un pruneau à moi aussi dans un réflexe défensif, sans annoncer mon intention. “Donne-moi ta main. Allez, allez, allez allez... Suis-moi ! Et me lâche surtout pas !!” beuglai-je en lui offrant ma main droite, puis pris une nouvelle fois mes jambes à mon cou, m'enfonçant plus profondément dans les bois une fois certaine qu'Elizabeth me suivait, quitte à la tirer et l'entraîner.

Je levais mon bras libre à hauteur de mon visage pour me protéger des branches et autres tiges griffues qui venaient me fouetter dans ma course, ne prêtant malheureusement pas suffisamment attention aux endroits où je mettais les pieds ; du moins jusqu'à ce que la racine découverte d'un arbre ne me le rappelle. Perdant l'équilibre en sentant mon pied gauche percuter la racine, je lâchais malgré moi la main d'Elizabeth et me vautrais de tout mon long sur le sol dur recouvert d'un très – trop – mince tapis de feuilles mortes, ma mâchoire inférieure claquant douloureusement en embrassant l'humus et mes lunettes trouvant judicieux de quitter mon nez dans ce même élan.

Je roulais sur moi-même durant de précieuses secondes, me massant la mâchoire dans un grognement et une grimace douloureuse avant de finalement m'inquiéter de la perte de ma vision nette, quoique parsemée de chandelles dansantes à ma vue. Me ramassant à quatre pattes, je tâtonnais fébrilement le sol tout en sentant le goût cuivré du sang envahir ma bouche, jusqu'à sentir la monture de plastique sous mes doigts. Je ramassai mes précieux carreaux et les rechaussai dans un soupir de soulagement, bien vite interrompu par une exclamation fortement contrariée.

“Putain d'merde ! 'Sont pétées ! F'chier !”

Je les fourrais presque rageusement dans la poche de mon jean souillé et déchiré avant de me tourner à nouveau vers Elizabeth, et de tendre l'oreille pour guetter le moindre râle de rôdeur, entre deux halètements. Les mains plaquées sur mes cuisses, je portai un regard à la fois énervé, résolu - et franchement flou - sur la jeune femme.

“S'il t'a dit qu'il y'arriv'rait alors...” Long soupir d'expiration “...alors il y'arriv'ra.” Nouveau soupir. “On va y'arriver... Faut qu'on y'arrive d'toute façon...” Encore un soupir. “J'suis pas rev'nue d'entr' les morts pour échouer... Et toi non plus... Pigé ?”

Redressant finalement le but au terme d'un dernier soupir bien plus long que les précédents, comme ponctuant l'avènement du point de côté me sciant le foie, je fermais les yeux en profitant de ce calme qui semblait figé dans le temps pour une poignée de secondes ; juste avant qu'un nouveau désagrément ne se manifeste à nouveau à mon esprit : le chant du globe. *Putain... Je l'avais oublié c'ui-là...* Finalement, la mine bougonne, j'essuyais ma lèvre inférieure fendue d'un revers de manche de ma chemise, avant de dresser mon index vers ce que je "sentais" être l'Ouest.

"Faut qu'on s'remette en route... Par là."

James F. Everett

Anonymous
Invité
Sam 11 Avr - 14:41
Le dénivelé ne fut pas un obstacle difficile malgré la perte de souffle de James, ce qui lui permis d'arriver sur la route. Un coup d'oeil à droite, un autre à gauche, rien à l'horizon. L'homme ne pu s'empêcher de grogner dans sa barbe en tournant autour de lui à la recherche... d'un signe, de quelque chose. Non qu'il souhaitait retrouver les morts-vivants qui le poursuivaient, et poursuivaient peut être également Ivy et Elizabeth, mais se retrouver ainsi seul sans la moindre âme qui vive ou ne vive pas sur la route ou sur les deux plaines séparées par la première, n'était pas pour le rassurer.

Il n'y avait pas tellement d'autre choix, ni de meilleur perspective que d'avancer vers la zone en espérant, toujours en espérant. Espérer était devenu la nouvelle monnaie du monde, celle que l'on peut d'autant plus voler à n'importe quel carrefour de la vie, chaparder d'une seconde à l'autre et d'une audace toujours plus impunie. Il reprit la course et dévala le dénivelé à toute vitesse, s'aidant de son poids pour conserver un équilibre et ne pas goûter au sol à nouveau. La forêt, inquiétante à l'heure d'aujourd'hui se tenait sur sa gauche, à moins d'une quinzaine de mètres, il pouvait la voir clairement maintenant. Le brouillard avait avancé vers le campement qu'ils laissèrent derrière eux et n'affectait quasiment plus cette partie d'avant-ville, laissant enfin loisir au médecin de contempler la plaine dans laquelle il progressait.
Rapidement, il ne couru plus, son souffle s'emballant encore plus vite, très vite même et son corps suppliant de mettre fin à la tentative de son propriétaire de le forcer au delà de ce qu'il pouvait produire. Il marcha, ses jambes lourdes et la tête se mettant à tourner, signe que son énergie retombait à son tour, ce qui lui fit regretter de ne pas avoir prit un véritable repas avant de partir, ce qui lui aurait donné plus de forces qu'il perdait à vouloir éviter la digestion. Le grand espace de plaine, se perdant au loin vers l'ouest, vers cet au-delà où ses yeux ne pouvaient porter sa vue, il n'y avait que le nord qui lui parlait.

La ville était là, droit devant et il pouvait déjà l'observer s'étendre d'un bord à l'autre, là encore se perdant en Est où il ne pouvait la suivre du regard, cet Est qui contenait l'hôpital duquel Matthew les avaient mis en garde. Il n'avait plus la carte mais conservait l'image de ce qu'il avait analysé de celle-ci il y a encore très peu. Loin d'avoir tous les détails dans cette image immatérielle projetée par sa mémoire, il se souvenait d'éléments néanmoins et de la direction qu'ils avaient choisi vers la zone B. Si il en croyait ses souvenirs, les abords devaient être droit devant lui qui coupait dans la plaine en progressant doucement vers l'Ouest sans l'entamer franchement, restant dans une marche en diagonale de la route.

Il ne restait que quelques dizaines de mètres et James demeurait seul. Il s'arrêta là, dans la plaine, le torse se bombant encore régulièrement de sa respiration qui avait souffert de ses efforts. Il ne pouvait aller plus loin, au risque de se mettre en danger de cette ville inconnue en solitaire, ni ne pouvait rebrousser chemin au risque de perdre la possibilité de retrouver les filles en quittant le point de ralliement approximatif qu'il avait donné. Et si elles étaient déjà arrivées aux abords de la ville ? Tiraillé par l'incertitude, il ne se décida pas.

Il resta, balise organique déposée inutilement dans la plaine.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Dim 12 Avr - 14:59
Avant que le dégénéré n'eut à nouveau le temps de poser ses doigts crochus sur les vêtements et la chaire salie d'Elizabeth, cette dernière avait déjà eu son soubresaut de conscience provoquée par la voix d'Ivy qui la rappela à la réalité.
Elle y avait pensé lorsque son index avait pressé la détente et que le coup était parti aussi fulgurant qu'un simple battement de cœur, qui avait d'ailleurs figé le sien. Et si cela n'avait pas été une créature et que la balle avait perforé un corps bel et bien vivant ? Elle imaginait déjà l'air aussi surpris que torturé de douleur qu'aurait pu prendre James s'il s'était trouvé là, à la place du cadavre qui ne faisait que tituber sous l'impact, sans en avoir été perturbé plus que cela. L'effroyable horreur et prise de conscience qui aurait suivit, ponctuant définitivement sur le fait que la mort de l'homme avait bel et bien était de son fait.

Elle avait reculé d'un enchaînement de petit pas qui avait d'ailleurs failli la projeter au sol sous les quelques ronces et racines qui s'étaient insidieusement glissée sur son chemin précipité, mais la main tendue de son acolyte trouva rapidement usage lorsqu'elle se retint à elle. Ses pas étaient lourd, lestés par l'eau qui s'était infiltré quelques instants plus tôt et avait imbibé ses baskets et ses chaussettes, renforçant la crasse dans laquelle elle pataugeait en entier. Elle s'aida de cette main salvatrice pour se stabiliser et enfin complètement retrouver ses esprits.

Elle fut guidée alors à travers les buissons et branchages de la forêt, s'enfonçant à l'intérieur comme si celle-ci leur offrait un abri plus évident que celle de la vaste plaine, parsemés de nombreux piège et de cachette toute aussi sournoise. Malgré les événements, elle avait encore la force de réfléchir et elle trouvait cela de très mauvaise idée, les zombies étant sorti de ce lieu même. Elle essaya à de nombreuses reprises de le faire remarquer à la brunette, mais dans sa panique, elle semblait obscurcir ne serait-ce que le poids mort qu'elle trainait derrière elle et les mots qu'elle tentait vainement de débiter. Elizabeth retrouva pourtant davantage de sa vigueur et de sa volonté, rendue capable de courir par elle-même, jusqu'à ce que la chute de sa comparse n'interrompt sa folle course à travers les fourrées .

Elizabeth observa la scène impuissante, la laissant se remettre finalement d'aplomb seule en observant les alentours pour être sûre d'avoir mis assez de distance entre elles et leurs poursuivants. Le calme environnant l'inquiéta plus que si elle avait perçu plus au loin les silhouettes se dessiner. Ivy semblait tout aussi paniquée qu'elle et le gérait seulement d'une manière différente selon l'appréciation de la femme, c'est pourquoi, plutôt que de la laisser penser qu'elle devait mener seule et raisonner seule, l'ex-psychologue empoigna le bras de la seconde jeune femme avant qu'elle ne se redresse dans le but de l'aider à cet ouvrage.

«T'as raison, on va y arriver. On se met nous même des bâtons dans les roues. Suffit juste... d'un peu de concentration, et de ne pas paniquer. On va se focaliser sur notre objectif.»

L'adage plus facile à dire qu'à faire trouvait tout son sens en cet instant tandis qu'elle tentait de se convaincre plus elle-même que son interlocutrice. Prenant le chemin indiqué par Ivy en lui prêtant toute sa confiance, elle-même perdue par la densité de cette forêt étrange, elle rangea son arme à la ceinture de son pantalon, sécurité cette fois-ci enclenchée ;  elle agrippa à nouveau la main de cette dernière, comme si cela était devenue une habitude qui lui donnait toute la force et le courage nécessaire pour continuer, une espèce d'ancrage dans la réalité, un contact nécessaire dans lequel elle avait trouvé rapidement habitude depuis leur départ du campement.
Moins précipité qu'accoutumé mais toujours dans l'objectif de s'éloigner le plus possible de quelconque menace, elle remonta vers l'Ouest avec, si elle l'avait accepté, la jeune femme à ses côtés. Le reste du chemin sembla plus calme que les derniers événements, et ponctué simplement par de brèves interruptions provoquées par des bruits non identifiés qui ne leur faisaient que davantage presser le pas ou redoubler de prudence.

En suivant cette direction-là, elles ne tarderaient pas alors à déboucher à nouveau hors du couvert des arbres et d'arriver en bordure du Secteur B. Elizabeth priait pour y retrouver James, de tout son cœur, et de toute son âme.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 15 Avr - 19:35
Je hochais la tête de manière répétitive aux paroles d'Elizabeth, tâchant de trouver courage et réconfort dans ses paroles et les idées qu'elles véhiculaient. Ces propos étaient si simples d'évidence et de logique, voire même de mise en pratique que je me demandais comment nous avions pu faire pour ne simplement pas y penser avant. Jusqu'à présent, aussi loin que remontaient mes souvenirs, la panique ne m'avait mené à rien de bon ni de constructif. Et pourtant... C'était si simple et si confortable de paniquer, de laisser libre court à ses pulsions les plus sommaires et instinctives, uniquement guidé par le désir de fuir. De survivre. Et pourtant, rester calme et réfléchi, rationnel dans l'absolu semblait tellement plus efficace. Matthew parvenait à arpenter le monde extérieur, les bois et les ennemis comme si cela constituait sa nature même. D'où pouvait bien lui venir une telle facilité à relativiser cette situation catastrophique ? Je me promettais silencieusement de lui poser la question à notre retour, si toutefois nous revenions de cette expédition dans ces contrées infestées de zombies. Je secouais la tête, toujours muette, pour chasser ses idées défaitistes de mon esprit. Il fallait avancer. Juste avancer.

J'agrippais donc la main tendue par Liz', m'accrochant à ses doigts comme s'ils ne constituaient que le seul repère tangible dans ma réalité désormais floutée. Je serais le guide au-travers de ces bois, et elle serait mes yeux. Je repris donc ma course à sa suite, course à laquelle elle imposa un rythme moins soutenu et surtout moins aléatoire, prenant probablement un peu plus de précautions dans l'attente de notre objectif que ce que j'avais pu le faire jusqu'à présent. Mais malgré cela, l'empressement restait tout à fait perceptible dans nos pas et notre démarche. Il s'agissait de sortir de ce labyrinthe boisé aux multiples dangers dissimulés pour gagner notre objectif, le plus rapidement possible et entières, de préférence.

Il nous fallut encore de nombreuses minutes de marche au-travers des branchages et ronciers divers, arbustes épineux ayant une fâcheuse tendance à entraver notre progression et agripper nos vêtements, provoquant à plusieurs reprises quelques soubresauts chez mon palpitant alors que j'étais rongée par la trouille que ces épines ne se révèlent être des doigts d'infectés. Mais finalement, la lumière du jour finit par se faire plus intense à mesure que nous approchions de la lisière des bois, nous offrant quelques dizaines de mètres plus loin le luxe de voir s'étendre devant nous une vaste plaine nue, parsemée de quelques buissons rachitiques avec en toile de fond le découpage géométrique grisâtre des bâtiments marquant l'entrée de la ville. Je pus distinguer dans ce paysage morne la silhouette dominante et floutée de teintes sombres d'une tour, dont le sommet luisait des rayons du soleil comme un phare diurne perdu en plein océan desséché, maintenant que le brouillard s'était levé pour laisser place à une clarté matinale baignant le paysage de tons pastels, comme émergé d'un rêve. Je levais un index indistinct en direction de cette lumière, lâchant la main d'Elizabeth pour quelques instants afin de plonger ma main dans ma poche et en récupérer mes lunettes que je chaussai de manière éphémère pour observer le paysage en toute netteté.

“Ce machin brillant là-bas,” commençai-je en désignant le point iridescent sur l'horizon. “Ça pourrait être la tour de contrôle de notre aéroport.” Je scrutais les environs avec plus d'insistance, plissant les paupières derrière mes carreaux fêlés qui offraient à mes yeux une vision plutôt kaléidoscopique du paysage, histoire de vérifier qu'aucune silhouette à la démarche saccadée ne se dirige dans notre direction.

“Tu vois un truc bouger ? J'vois rien de menaçant, ou d'vivant dans le coin...” demandai-je et conclus-je dans un même élan à la jeune femme au bout de quelques secondes, jetant un dernier regard craintif par dessus mon épaule vers le bois que nous venions de quitter, avant de remettre mes lunettes dans ma poche.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 17 Avr - 22:56
Ce calme, cet affreux calme était plus désagréable que les plaintes qu'il avait affronté une dizaine de minutes plus tôt, il s'en rendait pleinement compte maintenant qu'il était ici. Un coup d'oeil à gauche, puis à droite, une incertitude aussi vaste que les steppes d'autres pays éloignés, rien de plus ou de moins pour le guider, l'alerter sur la marche à suivre, l'assurer de la bonne action ou réaction à avoir. Perdu, c'était ainsi qu'il était et c'était étrange de ressentir cela. Non que ça ne lui était jamais arrivé, bien que même un homme aussi malléable que lui ne vous dirait pas vraiment la vérité à ce propos.

Il était frustré de ressentir cela maintenant, après toutes les bonnes résolutions qu'il s'était mis en tête, mais il n'y avait pas de temps à perdre, il fallait faire quelque chose...

Grinçant des dents et laissant échapper un grondement d’énervement, toujours envahi de cette terrible colère qui le prenait au coeur et le serrait avec le souhait vibrant de sortir, seulement contenu par la raison immuable de l'homme de paix et de médecine qu'il était, il tourna les talons dos à la ville et choisit de retourner vers la forêt, ou plutôt vers le sud. Plus il bouillonnait de pensées, plus la logique voulait qu'Ivy et Elizabeth, tant est qu'elles aient pu être plus rapides que lui, chose certes possible mais incertaine, n'aurait pas abordé la ville sans attendre de savoir si il s'en était sorti.
Du moins, c'est ce qu'il voulait croire. Pouvait il le croire ? Elizabeth était d'une incorruptible humanité en plus de sa poignante beauté, il l'avait senti dès le début, et Ivy derrière ses airs rustres lui apparaissait comme quelqu'un de parfaitement adorable et touchante. Oh ce n'était qu'impressions des premières rencontres, cela dit James pouvait se targuer depuis fort longtemps d'être plutôt bon à cerner les autres, et son flair instinctif ne l'avait jamais trompé jusqu'ici, quant bien même il n'avait pas eu l'occasion d'affronter les vrais démons de sournoiserie et de vice du genre humain. Lui qui était plus orienté à voir le bon que le moins bon.

Il y croyait, qu'importe les risques, Ivy et Elizabeth ne seraient pas aller au devant du danger de la ville seules et si elles ne venaient pas dans sa direction, c'est qu'elles étaient reparties se réfugier au camp et rester ici ne lui servirait pas d'autre manière que de l'exposer en cible comme un épouvantail au milieu d'un champs taillé à ras. Il parcouru la plaine en sens inverse, régulant maintenant sa respiration d'inspirations et expirations calmes et régulières, ce qui tendait à cacher ses craintes aux yeux des spectateurs invisibles d'un autre plan d'existence, qui devaient sans doute associer le rire au ridicule de cette situation absurde. Croyait il vraiment pouvoir assurer de ses capacités à cette première expédition qui succédait à tout ce qui était déjà arrivé ? C'était peu probable, mais il avait essayé, il essayait toujours.
C'est lorsqu'il arriva à quelques dizaines de mètres de la forêt, contemplant ses abords et du coté de la route, qu'en ramenant le regard sur l'espace de la forêt qui donnait sur sa gauche, il aperçut des silhouettes, deux silhouettes, sortir des tréfonds de ces arbres protecteurs en entamant la plaine à leur tour. Sur le coup, il sentit l'arrêt de sa respiration et son coeur se serra plus fort encore que précédemment. Un vent de frayeur parcouru ses sens, transformant bien vite ces silhouettes indéfinies en marcheurs sans vie qui, tel un couple morbide, allaient vers la ville en quête de proies. Néanmoins au bout de quelques secondes, il ne pu s'empêcher de froncer les sourcils en constatant que les deux silhouettes dont les courbes diminuaient rapidement la possibilité d'hommes vu la corpulence, marchaient vite, très vite, plus qu'aucun rôdeur qu'il avait croisé jusqu'ici.

Des rôdeurs dynamiques ? Impossible, ce ne pouvait pas être ça... il s'approcha malgré lui, en dépit de toute prudence, oubliant la raison pour laisser place à l'appel farouche du coeur qui voulait plus que tout savoir si ces silhouettes étaient celles qu'il recherchait, qu'il espérait ardemment. A mesure qu'il s'approchait, et en dépit du pessimisme de ses pensées qui tendaient à démentir la possibilité que ce soit elles, trop anxieux face à la forte possibilité d'essuyer une lourde déception, il marcha, à son tour, de plus en plus vite, jusqu'à démarrer en petites foulées sans s'en rendre compte. Jetant un bref regard vers la forêt, des fois qu'autre chose en sorte, il revint très vite sur les deux silhouettes qu'il fixait alors et avança, couru, plus rapidement.
Il s'agissait bien de femmes, il en était certain maintenant, une assez petite et menu, l'autre plus grande, les probabilités semblaient jouer en sa faveur, bien que rien n'était gagné. Il avançait en hâte, encore et toujours plus de hâte, quand il constatait qu'elles se tenaient par la main, que l'une était brune, l'autre portait des lunettes.... il se mit à s'élancer dans une pointe de vitesse faisant fi de ses tentatives de regagner de l'énergie qu'il avait perdu dans sa course précédente, et bien que sa respiration s'emballait cette fois à bride abattue, il n'arrêtait plus de courir, car les vêtements et les visages qu'il apercevait à sa distance ne laissaient plus l'ombre d'un doute.

Un large sourire s’échappa dans une expiration affreusement et douloureusement soulagée, tandis qu'il s'élançait aussi vite que ses jambes de mortel le lui permettaient, respirant à grande pompe et lançant d'une forte voix aggravée et projetée par son souffle vivace :

« Elizabeth ! Ivy ! »

Les bras balancés d'avant en arrière, mains crispées par l'effort et la mâchoire resserrée pour endurer l'élan, il prit un virage subite pour braquer sa course vers elles et ne ralenti pas une seconde, fonçant littéralement avec la force d'une nouvelle vague d'adrénaline plus difficile à supporter, mais qu'il trouvait en même temps que l'espoir refaisait place en lui. Quand il arriva sur elles, l'on aurait cru qu'il s'apprêtait à leur rentrer dedans d'une ardente sauvagerie, cependant à la place il se jeta sur les deux femmes d'une affection parfaitement gratuite et les prit toutes les deux dans ses bras en profitant de leur proximité, les soulevant presque sous l'impulsion, mettant de coté tout ce qui l'avait retenu jusqu'alors : timidité, extrême politesse, crainte du contact, habitudes en société. Tout disparaissait pour ne laisser s'exprimer que les émotions d'un homme qui l'espace de plusieurs minutes semblables à une éternité, cru ne jamais revoir ces deux visages.

« Si vous saviez comme j'ai eu peur... » Lâcha t-il d'une voix consolée.

Tant d'émotions subies en si peu de temps.
Qu'il était difficile de vivre dans ce monde, lui qui vous rendait plus vivant que jamais.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Dim 19 Avr - 1:32
L'extérieur de cette forêt qui paraissait aussi oppressant à Elizabeth qu'un claustrophobe coincé dans un ascenseur trouva enfin épilogue lorsqu'elles franchirent la lisière de cette dernière, rattrapant l'immensité aride d'une plaine Texane en plein hiver. Bien que le danger, et elle en était consciente, pût se trouver de toute part et surgir de n'importe où, le couvert contenu des bois lui donnait bien trop de peine et attirait son regard sur bien trop d'ombres et de feuillages en mouvement pour laisser les pulsations de son coeur au repos plus d'un dixième de seconde.

Sa délivrance se présenta à elle, enfin, sous l'annonce de cette bordure, de la densité de la lumière du soleil qui perçait dans le voile d'horizon, laissant comprendre la fin de son calvaire. La crispation de sa main dans celle de sa comparse trouva également fin lorsqu'elles s'avancèrent de plus d'un pas au-delà du dernier buisson et qu'une brève inspection des arrières fut entreprise. Le soulagement.
De son côté, Ivy se contenta d'observer le paysage, désignant de l'index après avoir équipé ses lunettes cassées devant son regard, un haut bâtiment qui pourrait servir de tour de contrôle, et quoique que le regard d'Elizabeth s'y posait, l'intérêt n'y était pas de mise. Son esprit était bien trop occupé à se débarrasser de tout le stress jusqu'ici accumulé et de se concentrer sur des questions bien plus insignifiantes qui ne faisaient pourtant que revenir comme une marée vivace chaque fois qu'elle tentait de les balayer. Combien de temps était-il partit du campement ? Que ferait-elle en cette journée si le monde n'avait pas changé ? Cette année aurait vu la naissance de quel enfant-star ? Et si les zombies savaient courir ? ...

C'est cet instant, et en lien avec cette dernière pensée parasite la raccrochant à la réalité, que son regard fut attiré à sa droite, sur un mouvement rapide qui remit en fonction les palpitations de son coeur qui avait pris repos trop peu de temps auparavant. Quelque chose s'était lancé à pleine vitesse dans leur direction et courait comme un damné, la silhouette grandissant à mesure que cela se rapprochait. Par instinct et pour répondre à sa dernière interrogation, elle agrippa le bras d'Ivy qui, si elle n'y avait pas réagi, aurait au moins la prudence de lui signaler un danger potentiel et imminent, et surtout de la faire reculer de plusieurs pas en arrière.
Et si les zombies savaient courir ? Et si toutes les théories et les planifications qu'elle avait établi jusque lors, basé sur ses maigres connaissances étaient tout bonnement futile puisque biaisée, dressée sur des compréhensions et des idées bancales ? Et si cette créature qui fonçait droit sur elle avait également la vivacité d'esprit d'anticiper une quelconque réaction ? Le monde aurait-il à ce moment-là encore un quelconque espoir pour l'être humain vivant ? Un quelconque espoir pour elle ?

Et alors que sa main droite cherchait frénétiquement dans son dos à faire poigne de la crosse de son arme, un cri grave et tonnant lancé simultanément avec l'illumination de la vérité sur ce que cette chose était résonna à l'instar d'une lumière éblouissante d'un phare en pleine nuit, la bloquant dans son geste. Les zombies ne parlent pas, n'est-ce pas ? Grand Dieu, car si c'était le cas, alors elle se serait abandonné à l'hilarité une fraction de seconde avant de trépasser.
Au lieu d'une bouche béante qui cherchait à la dévorer, c'est l'étreinte forcée d'un homme qui semblait avoir tout perdu qui la bouscula dans son élan. La surprise et le soulagement provoqué par la découverte de ce visage si amical avant qu'il ne décide de s'élancer sur elles, l'avaient tétanisé de joie semblablement à la réaction qu'elle aurait eue si la peur l'avait saisi.
James était là, bel et bien vivant, bel et bien en bonne santé - même si le sifflement strident de sa respiration prouvait qu'il avait donné plus que de raison - et surtout, en meilleur état qu'elles ne pouvaient l'être elles.

La pression, la peur, le panique, tout s'évacua à l'instant même où elle sentit la chaleur de l'homme, ainsi que celle de la jeune femme qui se pressaient contre elle, cédant à une allégresse nerveuse qui s'échappait de sa gorge en escorte de bref sanglot.

« Dieu soit loué... » Eut-elle seulement le temps et l'énergie de répondre, tandis que son corps était toujours pris d'une fixité certaine, sa bouche d'un rire étrange, et ses yeux d'une pluie de larmes.

Quelque chose se jouait en cet instant, sans qu'elle ne sache bien quoi. Quelque chose qu'elle avait toujours redouté, ou même espéré. Quelque chose que son esprit recherchait avec appréhension et espoir, en défi de son corps qui se rétractait toujours à l'instant fatidique et criait à l'autre partie d'elle-même de revenir à la raison. Une raison illogique.
Cette chose, cet événement-là, cette magie qui opérait, elle ne pourrait jamais l'oublier. Quelque chose s'était tissé, en seulement quelques instants, sans vraiment avoir pris le temps de bien connaitre et de bien comprendre, entre elle-même, Ivy, et James. Quelque chose que seul ce genre d'expérience pouvait procurer et que le monde véritable, celui qu'elle avait toujours connu, n'aurait jamais pu lui céder.

Malgré tout, malgré cette prise de conscience et ces troubles qui ne cessaient de croître et de décroître en elle, elle ne fit qu'attendre que cet événement passe, séchant simplement les larmes qui avaient creusé de lourds sillons sur le visage de sa peau à la fois livide et salie par cette aventure si banale dans ce nouveau monde.

« C'est stupide. On est tous stupide. Tu es en vie... »

Elle ne pouvait nier qu'elle n'ait jamais pensé, ni même cru l'inverse. Elle ne pouvait prétendre qu'elle n'avait, ne serait-ce qu'un instant, pas pensé que James avait succombé par sa faute. Et maintenant, il était là, vivant. Tout ce qu'il y avait de plus vivant.
Elle reprit son souffle, car l'adrénaline ne cessait de lui jouer des tours, et remercia le ciel d'un bref regard. Si le sort s'acharnait sur elle, ce n'était que par sa propre volonté.

Elle souriait.
Une hilarité qu'elle se plaisait à croire qu'elle pourrait garder vivace, mais qu'il n'en serait rien, et qu'elle devra à un moment ou à un autre refaire face à la fatalité.

« On y est arrivé, hein. On a surmonté notre connerie. »

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 19 Avr - 14:18
Je serrais les dents en sentant les ongles d'Elizabeth s'enfoncer dans mon avant-bras dans un élan instinctif et crispé, probablement la jeune femme n'avait-elle pas conscience de la force qu'elle avait mis dans sa poigne, quand mon regard dut se résoudre à suivre la direction pointée de son doigt dressé. Je m'obligeais à plisser les yeux pour parvenir à distinguer au loin une silhouette floue, tâche sombre se découpant dans un paysage de sable clair mais qui me semblait grossir légèrement au fil des secondes s'écoulant. Quoique ce fut, ça se dirigeait vers nous, à un rythme soutenu. Si je n'y voyais pas suffisamment clair pour distinguer les traits ou la nature-même de cette silhouette, je sentis par contre mon palpitant décidément intensément sollicité renouveler les quelques bonds qu'il avait d'ores et déjà accompli dans ma cage thoracique. Et voir Liz' se mettre en quête de son arme de poing n'arrangea en rien l'appréhension qui me gagnait également. Encore un de ces putains de rôdeurs, en conclus-je précocement, cédant à la prudence, et il avait l'air sacrément rapide celui-là. Trop même. Je fronçais les sourcils dans une noue dubitative, me laissant atteindre par l'idée que la silhouette n'était peut être pas aussi dégénérée qu'un rôdeur au vu de sa condition physique. Et si je souhaitais éperdument qu'il s'agissait de James dans un premier temps, une autre idée, bien moins plaisante vint frapper aux portes de mon esprit.

*C'est un pillard ! Un putain d'détrousseur qui va nous abattre ! Dans l'meilleur des cas... Putain faut qu'on se casse d'là,* commençai-je à paniquer, sentant mes cuisses et mes mollets se tendre sous l'effet de l'épinéphrine qui inondait déjà mon système vasculaire ; du moins jusqu'à ce qu'une voix grave et tonitruante ne scande nos noms, ma peur panique retombant soudainement comme la surface d'un soufflé au fromage sorti du four trop vite pour finalement laisser place à un soulagement d'une intensité équivalente, la joie irradiant dans mes tripes en guise d'accompagnement.

Et au barbu de se jeter sur nous et nous étreindre avec force. Je sentis les semelles détrempées de mes godasses quitter le sol l'espace de quelques secondes, la puissance et l'enthousiasme non-contenus de James – outre ce que cela avait de démonstratif et donc inhabituel pour quiconque avait côtoyé l'homme – me coupant la respiration durant de brèves secondes. Mais malgré ce choc et cette proximité physique qui avaient depuis longtemps pénétré mon espace vital de manière intrusive, la somme des émotions positives de l'instant faisait largement pencher la balance en faveur du chirurgien. A commencer par mon regard qui s'embuait de larmes et dont je me faisais violence de réussir à contenir pour ne céder place qu'à un sourire de soulagement sincère qui traduirait là avec retenue toute l'étendue de mes sentiments.

Il nous relâcha enfin, juste avant que j'étouffe tandis que je cherchais toujours à récupérer mon souffle qui devait encore se trouver quelque part dans les bois derrière nous. Je reculais de quelques pas, dévisageant tour-à-tour mes deux partenaires, passant ma main droite derrière ma nuque pour me grattouiller l'arrière du crâne d'une moue gênée tandis que Liz' lâchait cette petite phrase fataliste et pourtant, optimiste quelque part. Du moins jusqu'à ce qu'une pointe de colère orgueilleuse ne se rappelle à ma mémoire quant à James et son crochet, me remémorant ses reproches quelques dizaines de minutes plus tôt.

“C'est donc ça ta définition de 'rester groupés' ?” lui lançai-je d'un ton réprobateur et sarcastique, pointant un doigt que je voulais menaçant dans sa direction avant d'afficher un sourire sincère à son intention, s'achevant d'un mince sourire en coin plein d'espièglerie. “C'est ma façon d'te dire que j'suis contente de te retrouver sain et sauf... Mais n'refais jamais ça, compris ?” Je conclus ma phrase d'un clin d'oeil, puis me tournais finalement en direction du point lumineux brillant à l'horizon, désignant celui-ci d'un geste du bras.

“Comme je l'disais à Liz', ce point lumineux pourrait être la tour de contrôle de l'aéroport, et on d'vrait se magner le train de suivre ce phare avant que le soleil ne soit trop haut et que l'reflet ne disparaisse. Ces saloperies d'rôdeurs nous ont suffisamment retardé comme ça. Faut qu'on s'remette en route et qu'on parvienne là-bas. J'pourrais pas rentrer au camp la tête haute et les mains vides... Alors en route.”
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