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Samuel "La Baguette" Freeman
 :: Memorial :: Mémoires

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Sam 23 Mai - 0:44
17 Novembre 2024 - Harlingen (Texas)

Droit comme un piquet, le bras tendu, ses doigts serraient fébrilement la crosse de son arme alors qu'il appuyait à répétition sur la gâchette sans en obtenir l'effet escompté. Pris par une sensation de panique, Samuel quitta sa cible du regard durant une malheureuse seconde, cette inattention lui fut fatale lorsque le projectile ennemi heurta la barrière de l'écran de télévision.

"Ha ! C'est pas tout d'appuyer sur le bouton au bon moment, sur ce jeu là, il faut savoir viser aussi."

Un léger soupire s'échappa des lèvres du jeune homme avant qu'il ne tourne la tête vers son interlocuteur, un type robuste aux longues jambes se prélassant dans un fauteuil paraissant tout neuf. Lorsque leurs regards se croisèrent, ce dernier émis une autre exclamation, visiblement amusé, et glissa sa cigarette a moitié consumée entre ses lèvres avant de se lever et de tendre la main.

"Allez, file moi ça et va aider Terry avant qu'il ne s'endorme sur le catalogue."

Avec un petit sourire en coin, Samuel s’exécuta, passant la manette en forme d'arme à cette armoire à glace approchant de la quarantaine avant que tous deux ne retournent leur regards vers l'homme prénommé Terry, un vieux bonhomme consommant visiblement sa sixième décennie d'existence avec certaines difficultés. En tout cas, bien plus que son remplaçant, ce fringuant jeune homme de vingt-deux ans, tout juste diplômé, qui semblait avoir plus d'énergie à revendre que ne le laissait paraitre sa carrure de minet.

Le pauvre vieil homme tournait les pages d'un énorme classeur bourré de fiches plastifiées, accoudé à une table circulaire autour de laquelle étaient disposées six chaises. Quelques bouteilles en verre vide trônaient au centre de la table, bières et sodas en modèle trente-trois centilitres pour la plupart.

Délesté de la manette de jeu, Samuel quitta son emplacement pour aller s'asseoir en face du futur retraité et taper un peu sur la table, ce qui fit quelques peu sursauter l'autre protagoniste, jusqu'alors complètement absorbé par l'observation de toutes les données contenues dans la classeur. Devant cette réaction quelques peu inattendue de la part du jeune gringalet, il s'en excusa immédiatement malgré le sourire aimable de l'autre attablé :


"Excuse moi Terry, je ne pensais pas te surprendre à ce point. Impossible d'avancer sur Time Crisis 8, Will m'a dit que t'aurais bien besoin d'un coup de main, donc... Me voila.

- Excuses acceptées Sam. Pour le catalogue, j'admets que je suis un peu fatigué, Arnold est un chic type mais il aurait du partir à la retraite bien avant moi. Toutes ces fiches, sa comptabilité sur papier, ça nous immunise bien contre la traque informatique mais le style Al Capone est vieux d'un siècle, c'est crevant ces conneries, répondit-il, la voix à la fois rocailleuse et un peu éteinte.

Doucement, il fit tourner le classeur avant de l'envoyer glisser vers Samuel en révélant la fiche sur laquelle Terry s'était longuement arrêté, l'index des cigarettes de contrefaçons. Le jeune homme ne s'y attarda qu'un très bref instant avant de faire défiler les fiches plastifiées. Drogues, alcool, arme, contrefaçon, marchandises volées, la grande encyclopédie des objets les moins chers et les plus illégaux du marché américain, mais tous d'origine mexicaine.


- Je n'arrête pas de me demander comment ça se fait que vous ayez tenus jusque là. A moins que le plus étonnant, ce soit de se demander comment les types en face ne se sont pas fait défoncer par leurs patrons. Regarde ça, chez eux, apparemment ils chambrent leurs Springfield au 5,56, comme leurs AKM. Heureusement que leurs usines sont plus pros que leurs commerciaux, on croirait que ça a été écrit par un journaliste.

Le nez dans les fiches, Samuel s'exprimait rapidement, pointant ça et là les erreurs qu'il voyait et qu'il faisait en partie remarquer pour ostensiblement démontrer qu'il s'était donné du mal pour se documenter et connaitre les produits qu'il comptait marchander. De l'autre côté de la table, passablement insensible à ces remarques, Terry se pencha sur le côté, tendant le bras pour atteindre le minibar sur roulettes et se saisir des quelques feuilles trônant sur son sommet.

- Las Pesetas veux un lot de semi-automatique, mais ils savent pas se décider et j'en ai marre d'me taper trente minutes de route pour me faire appeler papy. J'te souhaite bien du courage Samuel, des branleurs pareil, ça mérite notre attention seulement par ce qu'on leur vend pas mal de merde avec une sacré marge bénéficiaire.

En revanche, le vieux Terrence, il va se garder le contrat WhiteDust. Franchement, pour une milice néonazie, ils sont drôlement aimables. En revanche, on fermera l'agence de Edinburg, McAllen et Mercedes, tu t'en chargeras Sam, j'te laisse Will pour gérer les clients mécontents."


En guise de réponse, le jeune Samuel s'affala sur sa chaise, geignant d'une manière quelque peu ridicule pour signifier sa forte désapprobation à l'égard de cette nouvelle. Cependant, sa protestation fut balayée d'un simple mouvement de main.

"Rien du tout gamin, plus ça parait facile, plus tu as de raison de te méfier. Fais pas cette tête, j'suis sur qu'un de tes profs te l'as déjà dit. C'est pas la dernière fois que tu te ferras engueuler par quelques connards qui ne savent pas lire une pancarte annonçant une future fermeture exceptionnelle. Moi, en revanche, je n'aimerais pas que ce soit la dernière fois que je vais récupérer de l'argent sale.

Un ricanement s’éleva sur leur côté. En y jetant un œil, les deux hommes virent l'armoire à glace faire tourner le pistolet en plastique autour de son index pendant qu'une cinématique se déroulait sur l'écran. Un très mince filet de fumée s’élevait de sa cigarette devenu mégot sur le point de s'éteindre.

- Faut bien être matelot avant d'être capitaine. Si t'es pas capable de renvoyer un client chez lui avec le sourire, t'imagine pas rencontrer El Condor de sitôt, c'est un vrai-"

Un filet de lumière éclaira soudainement le mur, suivit de deux détonations semi-étouffée qui sonnèrent Samuel, le laissant légèrement hébété et les oreilles sifflantes. La seconde suivante, l'écran de télévision perdit son image alors que Will se lançait sur le côté, esquivant par la même les deux trous de balle qui lui étaient destinés.

Les mains fermement serrées sur le classeur, le jeune homme l'emporta avec lui alors que la table se renversait, soulevée par le vieil homme qui démontrait là toute la ressource et les réflexes qu'il avait conservé. La panique qui envahit le jeune homme lui fut salutaire car la troisième détonation fut pour lui, la balle rentrant dans la classeur sans parvenir à s'en extirper mais emportant le grand gamin dans une bonne chute.

Arrivé au sol, il jeta l'ouvrage sur le côté et se retourna pour ramper vers le meuble le plus proche. Dans son dos, il commençait à percevoir la réplique, sans silencieux. William, de son côté, s'était dégoté un vieux Uzi caché sous le siège de son fauteuil pendant que Terrence avait dégaine son P99. De son côté, monsieur Freeman tâtonnait sous une commode, couvert par ses compagnons pendant qu'il se saisissait d'un vieux Colt .45.

Sans réellement comprendre ce qu'il faisait, le jeune commercial pointa l'encadrement de la porte, totalement libéré de cette dernière alors parfaitement ouverte, et tira à plusieurs reprises sans quitter son emplacement ni changer de position, ce qui lui permis de trouer le mur en maints endroits sans arriver à en mettre une seule dans le couloir dont la lumière continuait d'émaner vers l'appartement.

Cependant, aussitôt, leur agresseur cessa de se montrer, les laissant tous trois dans l'expectative mais encore assez alerte. Ce n'est qu'à cet instant que Samuel prit pleinement conscience de tous les dangers qu'il avait pris en restant là. Sans attendre, il fouilla encore sous le meuble, tirant fort sur le chargeur demeuré scotché la dessous pour l'emporter avec lui jusqu'à la table renversé.

Devant lui, il voyait bien cet homme aussi vieux que son propre père s'agiter et remuer les lèvres, cependant, il n'entendit que les coups sourd de son propre cœur battant dans ses tempes. Le pauvre vieux compris bien rapidement le problème, lui tapotant l'épaule pour lui intimer l'ordre de rester caché, ce qui offrit l'opportunité au canadien de changer de chargeur, ce qu'il fit avec une lenteur qu'il trouva des plus terribles en se comparant avec quelques héros du grand écran.

A peine avait-il réussis à tirer la culasse pour engager la première cartouche dedans qu'il sentit sa propre chemise le soulever sans réellement s'apercevoir que c'étaient les deux hommes qui la tirait par les épaules pour le faire lever. Toujours sourd, l'hébété regarda son vieux collègue lui faire signe de s'en aller, ce à quoi il répondit en tendant simplement son arme et le chargeur vide.

Brièvement, son "interlocuteur" laissa transparaitre un sourire et repoussa ses pognes remplies du monstre de métal jusqu'à le ramener à son torse, puis, tout en sortant son téléphone portable, il lui fit à nouveau signe de s'en aller, ce que le jeune homme fit sans même réellement s'en apercevoir. Il ne garda que le souvenir du cadavre dans le couloir et la mine quelques peu hilare de ce grand balaise qui n'en revenait visiblement pas que leur agresseur ait succombé à cause d'une balle ayant littéralement percé le mur pour l'atteindre dans le dos.

Ce n'est qu'en arrivant à la porte d'entrée de l'immeuble qu'il reprit pleinement ses esprits. Entre-ouverte, un courant d'air frais eut le temps de lui frapper le visage avant qu'une main puissante ne renvoie la pauvre porte claquer. Regardant par dessus son épaule, Samuel vit son robuste compagnon le saisir par les épaules pour le tourner face à lui et se saisir de l'arme qu'il continuait à cramponner.

Sa voix, comme lointaine, feutrée, lui parvint difficilement aux oreilles en se frayant un chemin par dessus les battements de son cœur et le sifflement strident qui lui envahissait encore l'esprit.


"Donne moi ça, tu vas avoir l'air suffisamment suspects comme ça."

Toujours incapable d'aligner quelques pensées cohérentes, le bien jeune homme se laissa déposséder du pistolet ainsi que du chargeur vide, troqués par sa veste grise qu'il avait oublié dans l'appartement. Alors que le Colt .45 disparaissait dans le dos du colosse, le malheureux enfila sa veste, fort lentement. Une fois bien en place, et ce avec l'aide de ce type qui n'apportait pourtant pas tant d'efforts à sa propre élégance, il se fit glisser une petite liasse de billet qui fut enfoncée dans sa poche intérieure.

"Tiens, avec les compliments d'un type que tu n'as jamais vu, vivant ou mort, ça te paieras l'ORL. Allez, traine pas gamin, par derrière."

Visiblement un peu trop immobile, il fut un peu bousculé puis emmené de l'autre côté de la bâtisse, vers une issue somme toutes bien plus discrète étant donné que tout le quartier devait guetter la rue depuis sa fenêtre. De là, il se contenta de balbutier quelques remerciement avant de prendre la tangente.

Une fois au dehors, l'air bien frais, le ciel clair, l'odeur typique de la ville lui remis rapidement les idées en place ou, tout du moins, suffisamment pour qu'il retrouve sa voiture, garée à l'écart du quartier comme on le lui avait appris le jour même de son arrivée en ville. Le quart d'heure qu'il lui fallut pour la démarrer lui parut être une éternité, un temps infini qu'il avait passé à se remémorer cette scène qui n'avait durée qu'une toute petite minute, encore et encore, jusqu'à soupirer, longuement, un soupire empreint de soulagement et de dépit.



Trop heureux de continuer à se dire qu'il n'a jamais tué quelqu'un, trop aigri de ne pas avoir réalisé un tir aussi chanceux.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Sam 22 Aoû - 23:25
14 Mars 2025 - Raymondville (Texas)

"Buenas noches Enrique.

- Buenas noches señor Freeman."

D'un signe de main amical, le bien jeune canadien, tout à sa fierté de commencer à convenablement parler espagnol, salua le gardien de nuit, les deux hommes échangeant un sourire franc avant que le manager ne sorte du bâtiment pour l'entendre être verrouillé derrière lui.

L'heure était assez tardive mais il n'était pas anormal que Samuel reste tard pour s'assurer des matinées tranquille, sans appels de tels ou tels employés afin de les éclairer sur certaines de ses décisions. Le manager Freeman aimait laisser des instructions on ne peut plus claire afin de motiver le personnel à avoir confiance en ses capacités, le temps de motiver leur esprit d'initiative viendrait plus tard.

En complet gris, cravate mauve sur chemise blanche, attaché-caisse dans la main droite, le jeune homme avançait paisiblement sur le parking de l'agence d'impression et de vente. Devant ses yeux, son véhicule, une magnifique Infiniti Q50, un modèle vieux de plus de dix ans et c'est bien pour ça que son propriétaire l'avait choisis. Luxueuse mais pas trop chère, puissante mais pas suspecte, old-school mais pas passé de mode.

Tout à sa contemplation, sa main gauche plongea dans la poche de son pantalon afin de saisir, presque par réflexe, le trousseau de clé qui s'y trouvait. Son bras se redressa ensuite, tendu vers le véhicule, son pouce trouva aisément la commande d'ouverture à distance. La seconde suivante, la voiture s'éclaira, démontrant de fait que le déverrouillage avait été effectué.

La surprise vint d'un peu plus loin, juste à l'extérieur du parking. Les portières d'un véhicule sombre s'ouvrirent calmement pour en laisser émerger deux personnes. Les deux larrons n'étaient qu'à une dizaine de mètre et pourtant le canadien ne réagissait pas plus que cela. Plus absorbé par l'idée de rentrer se reposer que de craindre quoi que ce soit de la part de deux inconnus garés dans la rue.

Son petit doigt ne commença à lui causer qu'une fois son propre véhicule atteint. Lorsqu'il perçut finalement que les deux silhouettes dans la nuit éclairées se trouvaient être un homme et une femme, très convenablement habillés. Leur pas était rapide et, en le voyant ouvrir sa portière, la voix féminine du duo l'interpella :


"Monsieur Freeman, attendez s'il vous plait !"

Bien que la formulation ait fait preuve de politesse, le ton ne l'était pas du tout, faisant retentir cette demande comme un ordre direct et expéditif. Sans protester, le dénommé Freeman se stoppa dans son mouvement puis, une seconde plus tard, repoussa vivement la portière de sa voiture afin de la refermer avant de se tourner vers le duo qui arrivait déjà sur lui.

De plus près, il put noter quelques choses intéressantes, comme le fait qu'une femme au visage si doux puisse avoir une telle autorité, que cette même femme était plus grande que son compagnon qui, de son côté, arborait un physique plus difficile contrastant avec un étrange sourire, entre la malice et la méchanceté.

D'un geste souple, Samuel leva son poignet gauche devant son visage et jeta un coup d’œil à se montre. Il était exactement vingt heures et dix huit minutes. Il relaissa tomber son bras mollement puis s'exprima, calibré sur un ton totalement décalé, celui d'un commercial.


"Madame, monsieur, veuillez m'excuser mais je ne réalise pas d'entretien sur le parking de la société, il parait que ça fait jaser. Tenez, je vais vous donner ma carte, vous appellerez ma secrétaire pour prendre rendez-vous."

On ne peut plus professionnel sous le regard de ces deux inconnues, le jeune homme laissa retomber son trousseau dans sa poche puis glissa sa main sous sa veste, plongeant son index et son majeur dans sa poche intérieure pendant que son pouce caressait la crosse de son arme, solidement accrochée à son holster. Enfin, d'un mouvement sec, la main s'extirpa de sous sa veste, provoquant un léger sursaut de la part des deux inconnus alors qu'il leur tendait, comme il l'avait dit, sa carte de visite.

Ré-ajustant sa propre veste, le femme lui lança un vif regard noir et sortis à son tour une carte. De ses doigts agiles, elle parvint à se saisir de la carte du manager avant de glisser la sienne son index et son majeur.


"A première vue, pas de nouvelles informations qui puissent nous intéresser, la mienne devrait vous plaire en revanche.

Intrigué, le canadien ramena la carte vers ses yeux bleus afin d'en lire le contenu à haute-voix :

- Astrid Terens, bureau fédéral d'enquête de San Antonio. Ma foi, c'est intéressant, mais vous devriez contacter monsieur... Hum... Trent, c'est lui qui est en charge de ce secteur.

Cette fois, c'est l'homme qui répliqua, montrant ainsi qu'il pouvait se montrer aussi autoritaire que sa co-équipière. D'autres part, bien qu'il soit plus petit que madame Terens et monsieur Freeman ici présent, il s'exprimait avec une clarté et une neutralité qui ne laissait sous-entendre aucun complexe.

- Monsieur Freeman, nous ne sommes pas là pour discuter des contrats établis entre notre agence et l'entreprise qui vous emploie. Comme vous le savez, après avoir découverts la corruption de certains agents de polices de la région, nos services ont ré-ouvert de nombreux dossiers, dont l'échange de coups de feux qui s'est déroulé au domicile de monsieur Terrence Argyle.

Feignant l'indifférence, le canadien leva un sourcil. Pour sur qu'il était au courant de la chose puisqu'il avait fallut faire des pieds et des mains pour que même les contacts policiers de Terry ignorent la présence de Samuel sur le lieu du crime, et quand bien même il se savait parfaitement couvert, tous ses efforts allèrent à masquer ses craintes pour ses deux amis qui avaient déjà du subir bien des visites auprès des autorités compétentes afin d'apporter les preuves qu'il ne s'agissait que d'une malheureuse méprise...

Une méprise impliquant une poignées d'armes à feux et, sur trois tireurs déclarés, un manquant.


- C'est exact. Comment aurais-je put ne pas être au courant puisque cela chamboule beaucoup la gestion des filiales du secteur ? En attendant, madame Terens, monsieur, j'ignore ce que vous pouvez bien me vouloir. Être témoins de moralité pour monsieur Argyle et Anderson ne saurait me rendre complice de leurs actes, n'est ce pas ?

Cette fois, les deux sourcils étaient levés et le ton avait bien changé. Malgré le fait qu'il demeure aussi sympathique et avenant que possible, son sourire laissait paraitre une pointe d'amusement malsain qu'il avait volé à l'homme qui lui faisait face. Évidemment, même aussi inexpérimenté, Samuel s'était bien préparé à ce genre de réponses depuis qu'il avait du paraitre au poste de police puis au tribunal, en revanche, le contrôle des émotions, ce n'était pas encore ça.

- La situation vous amuserait-elle monsieur Freeman ? Nous parlons là d'une enquête qui vous englobe également et vous lie à des personnes soupçonnées d'homicide, je doute fort que votre carte verte vous permette longtemps de buller sur le territoire américain puisque c'est par votre emploi que vous l'avez obtenue. Que ferras Impritech lorsqu'elle devra faire une croix sur vos filiales ?

Sans laisser le temps de répondre à un Samuel mi-angoissé, mi-hilare, la femme enchaina aussi sec afin de faire peser autant que possibles leurs menaces sur le jeune homme.

- Vous n'avez aucun intérêt à subir les conséquences des erreurs de vos collègues, encore moins à y participer. En revanche, toute information de votre part ne pourra que nous être mutuellement bénéfique. Le FBI n'a pas pour vocation de repousser les honnêtes travailleurs du sol américain, en particulier lorsqu'ils ont un avenir aussi brillant que le vôtre."

Pour toute réponse, le bien jeune homme se contenta de hausser les épaules tout en glissant la carte de son interlocutrice dans une poche extérieure de sa veste. Visiblement, il ne trouvait pas tellement à redire, ces deux personnes suivait un schéma classique, mettre des coups d'épée dans l'eau en espérant frapper un poisson. Le tout était de paraitre suffisamment ignorant mais pas indifférent... Jusque là, son attitude n'avait sans doute pas aidé à susciter une telle impression, mais il n'allait pas improviser pour si peu.

"Monsieur Freeman ? Auriez vous quelque chose à nous dire ?

- Non, bien sur que non. Écoutez, je ne nierais pas le fait que mes filiales n'aient rien à se reprocher, des notes de frais un peu lourdes, des clients pas toujours très clairs, mais même si j'ai fait trois milles bornes pour venir travailler ici, je n'ai pas peur de devoir retourner au Canada si Impritech doit se passer de moi. Je n'ai aucune intention de charger la barque avec des accusations imaginaires mais, soyez en certains, je ferrais appel à vous si je décelais quoi que ce soit de suspect autour de moi."

Doucement, les deux agents se décrispèrent un peu devant le sérieux de Samuel. Si il y avait bien une chose qu'on avaient pas besoin de lui apprendre, c'est à mentir éhontément tout en préservant une façade aussi froide que possible. Comme si Samuel en était à flouer sa première figure d'autorité...

"Très bien, dans ce cas, nous comptons sur votre vigilance. Bien sur, pour votre sécurité, nous vous conseillons de garder cette rencontre secrète."

D'un hochement de tête, le jeune homme confirma avoir perçut et compris ces informations, ce sur quoi le couple lui adressa conjointement son propre acquiescement suivis d'un simple :

"Au revoir monsieur Freeman, passez une bonne soirée."

Sur ce, ils repartirent d'un pas vif vers leur propre voiture. Imperturbable, le canadien repris ses clés de voitures et pénétra à l'intérieur. D'un mouvement plein de flegme, il posa sa mallette sur la place passager, libérant ainsi sa main droite pour mettre le contact. Un coup d’œil dans le rétroviseur montra le duo d'agent pénétrer dans leur propre voiture.

Après un bref instant d'hésitation, il se pencha sur la gauche et fouilla dans la poche de son pantalon afin de sortir son téléphone portable. En quelques mouvements de doigts, l'appel fut lancé. Une sonnerie, deux, décrochage, une voix de femme se fit entendre :


"Sam ?

- Qui d'autres ? Héhé, je viens de sortir du bureau donc je serais là dans une petite demi-heure, d'accord ?"

Au lieu d'une réponse, le manager ne put que percevoir un long soupire exaspéré suivis d'un silence on ne peut plus pesant. La voix soudainement plus inquiète, il reprit la parole :

"Angela ?

- J'en ai assez que tu finisses à des heures pas possibles. Comme d'habitude, on va manger réchauffé puis tu iras t'écrouler sur le lit. Je te l'ai assez dit, je ne suis pas ta mère !

Soupirant à son tour, le jeune homme baissa la tête, se frottant le visage avec sa main gauche. A l'autre bout du "fil", les reproches défilaient sans discontinuer, boulot par ci, potes par là, absences injustifiées, comportement trop secret, pour une relation vieille de deux mois, il aurait bien convenu du fait que c'était surement un peu trop lui demander que de se focaliser sur une relation aussi fraîche plutôt que sur son travail.

Cependant, il n'avait pas affaire à un client cette fois...


- É... Écoute Angela. Stop ! Écoute moi s'il te plait. Ce n'est pas le moment ni la bonne manière d'en parler. Si tu y tiens, on voit ça quand je suis à l'appartement, d'accord ? Dans trente minutes, je suis tout à toi, et ce, pour tout le week-end.

- Ce week-end ? Je pensais que tu étais déjà pris...

- Eh bien considère que c'est annulé. Le temps d'arriver, tu me laisse me débarbouiller un coup et ensuite, rien que toi et moi pendant deux jours.

- Heu... Okay ! Super, à tout à l'heure alors.

- A tout à l'heure. Et ho... Angela ?

- Hum ?

- Je t'aime.

- Je t'aime, fais attention sur la route."

Retrouvant finalement le sourire, le manager décolla enfin l'appareil de son oreille afin de raccrocher. En deux temps trois mouvements, le téléphone retrouva immédiatement sa place dans sa poche, de toute façon, il n'avait aucune intention de s'arrêter pour prendre le moindre appel, aussi, inutile de le laisser trainer sur un siège ou le tableau de bord.

Un nouveau coup d’œil dans son rétroviseur lui indiqua que pendant qu'il s'échinait à calmer sa jeune moitié, les deux zozos qui avaient eut leur entrevue étaient finalement partis. Aussi, ne désirant pas perdre une minute de plus, il démarra enfin sa voiture et se mit en route, rapide mais pas imprudent.

Sur la route séparant Raymondville de Harlingen, il jeta fréquemment des coups d’œils dans ses rétroviseurs, ne sachant discerner si la précédente rencontre l'avait rendu plus attentif aux véhicules préservant leur place derrière lui ou si il se laissait prendre par une légère paranoïa, quoi qu'il en soit, il ne put distinguer quoi que ce soit et, finalement, se força à en détourner son attention pour rentrer chez lui.


"Déjà ? Tu as fais vite."

A peine le temps de refermer la porte et de poser son attaché-caisse que Samuel dut attraper et soutenir la jeune femme qui lui avait sautée dessus. Il n'était pas très fort, même vraiment pas du tout, mais à dire vrai, le modèle de petite amie qu'il avait choisie convenait amplement, si fluette qu'on craindraient de la voir s'envoler à la moindre bourrasque.

Malgré cette facilité, il la reposa prestement au sol et baissa la tête pour déposer un baiser sur ses lèvres, suivis d'un autre, plus appuyé. Au contraire de Samuel, cette petite minette rousse était pour le moins débraillée et échevelée, si bien qu'au lieu de ses vingts et un printemps bel et bien attestés, elle paraissait encore plongée dans l'adolescence.

Loin d'encore penser à tout cela, Samuel se décida enfin à rompre ce doux contact pour afficher un doux sourire :


"Allez, on a tout le temps pour ça. Je vais me décrasser vite fait, tu dois être morte de faim.

- Hum... Oui, un peu, allez, vas y."

Relâchant son étreinte sur la jeune femme, Samuel lui offrit encore un bref baiser avant de s'écarter d'elle et d'avancer plus en avant dans l'appartement. En chemin, après avoir ôté sa veste et tout en défaisant sa cravate, il jeta un coup d’œil à la télévision allumée sur quelques sottises sans intérêt. Pour sur, la petite pouvait lui réciter par cœur ses cours d'ingénierie mais cela ne l'empêchait pas de se laisser aller à regarder ce que Samuel considérait comme un vaste champs de connerie télévisée.

Malgré tout, ne désirant pas faire de fausse note et contrairement à son habitude lorsqu'il voyait cela, il ne toucha pas à la télécommande et continua de se diriger vers la salle de bain tout en ôtant sa chemise.

Prestement, il pénétra dans la petite salle de bain et referma la porte, hésitant à la verrouiller avant de s’exécuter en tournant le loquet très en douceur afin que l'autre occupante de l'appartement ne l'entende pas. Ceci fait, il s'en retourna vers le lavabo et ouvrit le robinet en grand, ne restait alors plus qu'à aller attraper une boite de compresse trainant en haut d'une étagère et en extraire le téléphone portable contenu dedans.

Démarrage, entrée du code, appel, et le voila immédiatement rendu sur une boite vocale à laquelle il se mit à parler, juste assez fort pour couvrir le son de l'eau mais pas assez pour que sa voix soit perceptible à l'extérieur de la salle de bain :


"Ils sont venus me voir pour m'inciter à parler. Je ne sais pas si j'ai été suivi ou si je suis sur écoute. Je suis hors de la transaction de ce week-end et je reste avec la petite."

A peine les mots lâchés, il raccrocha et soupira, replaçant le téléphone dans son contenant avant que ce dernier ne retrouve lui-même sa place, là ou nul ne pourrait le trouver si ce n'est en allant expressément le chercher. Enfin, rendu devant le lavabo, il baissa légèrement le débit se lança un peu d'eau sur le visage avant de se regarder dans le miroir...

Juste un instant...

Juste assez pour avoir un hoquet et sentir une remontée acide lui bruler le fond de la gorge.


"Hum... P'tain d'estomac. T'as vraiment une sale mine vieux..."

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Lun 1 Fév - 23:59
23 Juillet 2025 - Poste de police de Combes

"Tiens, voila des cigarettes mais... Pour la quatrième fois, t'es certain de ne pas vouloir passer à l'hosto avant ?"

Le paquet de Lucky Strike tomba légèrement sur l’extrémité du bureau, stoppée dans un élan qui aurait put la faire chuter par une main gauche couverte de bleu, la main droite se posa à son tour sur le meuble, tremblante, et ouvrit le paquet pour en faire sortir la cigarette.

"Non, pour la quatrième fois, je t'assures que ça va. C'est pas la première fois que je me fait casser la gueule, et pas non plus la première fois que je porte plainte dans cet état. Je vais te faire ma déposition et ensuite je pourrais tranquillement y aller, de toute façon, il n'y a rien à recoudre."

Malgré la mine déconfite du manager, ses deux yeux pochés, sa lèvre fendue et sa blanche dentition ce soir teintée du sang s'écoulant de ses gencives, l'officier de police qu'il tutoyait haussa finalement les épaules et s'installa à son poste tout en repoussant convenablement un cendrier et un briquet vers le blessé.

Ce dernier, les mains toujours tremblante, ajusta le bâton de tabac entre ses lèvres puis se saisit lentement du briquet pour l'allumer avant de tirer une longue bouffée qui fut aussitôt rejetée vers le plafond d'un blanc immaculé. Alors que le pauvre Samuel ramait donc, le flic commença à taper sur son clavier sans même lui jeter un regard.

Cela dura pendant un long instant, assez pour que le petit bureau ne commence à bien sentir la cigarette malgré la fenêtre ouverte sur la ville. Ce soir, la température n'était pas trop écrasante et les climatisation allaient souffler... C'était là également une aubaine pour éviter d'enfumer la salle et de laisser une vilaine odeur l’imprégner, elle puerait juste quelques heures tout au plus et c'était bien pour ça qu'on avaient autorisé l'éclaté à s'en griller à volonté en faisant sa déposition.


"Je suis prêt. Je t'écoute, tu sais comment ça fonctionne, plus on a de détails, mieux c'est donc ne lésine pas."

A cela, Samuel répondit en hochant la tête tout en soufflant deux longs volutes de fumées par le nez. Il tapa ensuite sa cigarette au dessus du cendrier avant de commencer son récit. Sa voix était alors fatiguée et fréquemment coupée par l'avalement de sa salive ou une légère quinte de toux :

"Ouais... Donc, je rentrais du bureau à Raymondville. Comme d'habitude, il était plutôt tard déjà, je suis souvent le dernier parti pour bien organiser la journée, comme ça, je peux me lever plus tard. Bref, il devait bien être vingt et une heure quand j'ai quitté le bureau, j'ai pris ma voiture et je me suis mis en route.

J'ai un trajet d'environ trente minutes pour rejoindre mon appartement, et comme ce soir j'étais seul chez moi, je me suis dit que j'allais juste acheter un truc facile à cuisiner, manger devant la télé et puis dormir, bref, je me suis arrêté en route, l'épicier au coin de Woodrow et Reeve, celui qui m’appelle "La Baguette". Je lui ait pris quelques bricoles et je suis sortis pour tout mettre dans ma voiture.

A peine j'ai finis mon dépôt... Ha oui, j'étais garé sur le parking à côté, on y accède par Staton, tu vois ?


L'officier, totalement concentré sur la tape de la déposition, acquiesça sans même émettre le moindre soin, permettant quand même à Samuel de tirer une bouffée sur sa cigarette avant de poursuivre ses explications.

"Bref, à peine j'ai finis, un type m'a agrippé, retourné et m'a cogné droit dans l’œil droit. J'ai vu trente six chandelles mais je me suis rapidement débattu et j'ai réussi à lui mettre mon coude dans la gueule sans même le vouloir. Ensuite, tout s'emmêle, on s'est battus, j'ai reçu, j'ai donné... J'y allais vraiment à l'instinct, je me suis déjà battu mais ça a toujours été très brouillon... Pour lui aussi j'imagine.

Tout ce que j'arrive à me remettre, c'est qu'à un moment, j'étais en train de prendre cher, tellement cher que je suis étonné d'avoir toutes mes dents, et vos officiers sont arrivés pour m'éviter de finir le crâne écrasé par terre. J'ai refusé d'aller à l’hôpital et ils m'ont envoyés une voiture par ce qu'ils refusaient que je vienne en prenant la mienne dans mon état."


A la fin de sa phrase, le jeune homme émis un long reniflement et écrasa la clope consumée dans le cendrier. Sans même qu'il ne le voit vraiment venir, un mouchoir en papier commença à s'agiter près de sa main gauche se trouvant alors au dessus du cendrier. Sans même se poser de question, Samuel s'en saisit et leva son regard, quelques peu obstrué par les boursouflures, vers son interlocuteur.

"T'es pas en train de pleurer vieux, ton nez pisse le sang, éponge ça."

Pour toute réponse, l'officier entendit un nouveau reniflement, le canadien ayant tôt fait de déployer le mouchoir et obstruer son nez. Puis, comme dans une pièce de théâtre bien rythmée, l'on frappa à la porte du bureau. D'une simple onomatopée, le flic installé en face de Samuel autorisa l'intrus à pénétrer dans la salle. Ce dernier, un autre officier, jeta un coup d’œil vers la "victime" épongeant toujours son tarin avant de reporter son attention sur son collègue.

"Excuse moi Fred. Tu peux venir une seconde ?"

Pas spécialement étonné, l'homme susnommé Fred se leva de sa chaise et quitta le bureau après avoir fait signe au jeune manager de rester à sa place. S'ensuivirent de très longues minutes d'attentes, suffisamment longue pour que l'hémorragie nasale ne soit stoppée, puis une autre cigarette fumée dans le silence relatif de la vie urbaine en ce début de nuit.

Lorsque, finalement, les deux policiers revinrent, sans prévenir de leur entrée, Samuel s'était posté vers la fenêtre entre-ouverte, observant les alentours à travers les barreaux installés là pour empêcher les petits malfrats d'être assez cons pour fuir un poste de police en traversant une fenêtre... Au premier étage. Mais eh, la prévention n'a jamais été le fort des administrations, pour sûr que quelqu'un avait déjà du essayer.


"Sam. Viens, on doit te changer de salle. Laisse tes affaires ici."

Se retournant sans esquisser autre chose qu'une surprise factice, le canadien s’exécuta, boitant légèrement jusqu'aux deux hommes qui lui ouvraient une voie bien encadrée, il venait de passer de victime à suspect, ce qui était à prévoir. Ainsi, encadré mais pas contraints, il fut calmement emmené jusqu'à une salle voisine dont l'ameublement fut bien plus minimaliste. Une table et une pile de chaise empilées, sans oublier la caméra vintage braquant la dite table.

En deux temps trois mouvements, quatre chaise furent disposées de chaque côté de la table. L'on y installa le suspect avant que les deux flics ne prennent place de l'autre côté.


"Vous savez pourquoi nous faisons ça monsieur Freeman ?"

Aux côtés de son interlocuteur, l'officier nommé Fred demeura clairement en retrait, tant géographiquement que dans son attitude. Une posture des plus évocatrice mais Samuel n'en attendait pas moins de cet homme, facile à soudoyer mais peu discret... Sans doute finirait-il lui aussi entre les mains du FBI mais, comme la dernière fois, l'officier incriminé ne pourrait éclabousser personne.

Quoi qu'il en soit, prenant son air le plus neutre, le questionné posa le mouchoir ensanglanté qu'il avait gardé en main, puis répondit :


"Je me demande ce qui a put vous prendre autant de temps pour me faire venir ici en fait. Votre collègue tenait-il à vérifier que mon agresseur portait bel et bien plainte contre moi ?"

Devant cette théorie, les deux officiers se regardèrent l'espace d'une seconde. Du haut de ses vingt-trois ans et encore fort de son accent canadien des plus aimable, Samuel demanda alors, souriant, presque commercial malgré ses dents rougies par sa salive teintée de son sang épais.

"Messieurs ? Suis-je en état d'arrestation ? Si c'est le cas, faites votre travail je vous prie."

Si, à gauche, le Fred se contenta de hausser les sourcils sans surprise, son comparse, loin d'être aussi beau, élégant et agréable qu'une Ginger, grinça brièvement des dents. Malgré cet état, il se lança derechef dans son laïus, énumérant ses droits au jeune cadre préservant un fin sourire.

Ce n'est qu'au bout de ce bref monologue que, comme tous s'y attendaient, la demande tomba :


"Messieurs, puis-je contacter ou compter sur vous pour contacter Maître Lawrence ? Law-rence."

Pavanant légèrement en tournant et retournant son index et son majeur pour inviter ses deux interlocuteurs à saisir un jeu de mot qui n'aurait rien voulu dire en français et qui restait des plus pitoyable en anglais, il ne put récolter qu'un sourire furtif de la part de Fred avant que les deux hommes ne se lèvent et n'aillent pour quitter la salle.

"Monsieur Freeman, nous allons contacter monsieur Lawrence."

Sans même un regard, le plus intègre des deux hommes ouvrit la porte et quitta la salle d'interrogatoire, n'y demeura alors que Samuel et son "ripou" qui s'arrêta dans l'encadrement de la porte, demandant simplement :

"Burger King ?

- Un Big King, frites et Sprite."

Lorsque, finalement, la porte se referma en douceur, le canadien regarda le mur en face de lui avant de laisser son regard glisser vers la caméra braquée sur lui. Pendant plusieurs minutes, il soutint son observation pendant que sa langue cheminait encore et encore sur ses dents et l'intérieur de ses joues, essayant en vain de laver ce gout de sang teintant toute sa bouche.

Puis, finalement, il croisa les bras sur la table pour y enfouir son visage boursouflé et ô combien douloureux. Pour un œil extérieur, il ressemblait à un simple homme de bureau éprouvé par une soirée pleine d’inattendu, mais même en l'absence de miroir, Samuel avait tout le loisir de s'observer, s'aimer, se haïr, mesurer toutes les implications de cette soirée et de ses actes.

A quoi bon échapper à la justice des uns si c'est pour tomber sous le coup de la justice des autres ?


"Sam ? Hey, tu dors ?"

Déboussolé, le canadien releva la tête, son regard tombant sur un sac en papier frappé d'un logo fort bien connu. Une forte odeur en émanait, faisant saliver le jeune homme sans même qu'il eut à y penser. Machinalement, ses mains vinrent vers le sac pour l'ouvrir et en sortir le "repas" qui s'y trouvait.

"Marian a appelé Lawrence, il sera là dans trente minutes."

Levant la tête vers son interlocuteur, Samuel se surprit à y lire du malaise mêlé à une certaine crainte. Il lui fallut deux longues secondes avant de réaliser l'état dans lequel il était en train de se présenter, un jeune cadre dans un pays étranger, la gueule cassée et les yeux assez rouges... Le vrai visage du jeune Samuel Freeman.

Et puis, finalement, tout sembla disparaitre, sourcils levés, sourire aux lèvres, il se reprit en une fraction de seconde, tentant tant bien que mal de continuer à donner le change avec un élément en qui il n'avait pas bien confiance :


"Merci. Et merci pour le repas."

Doucement, il leva le burger enveloppé de papier, hochant la tête pour inciter l'autre protagoniste à déguerpir avec ces remerciements et ne pas trop réfléchir à ce qu'il avait vu, ce qu'il fit. Ainsi, le canadien put se restaurer dans le douleur, de nombreuses bouchées ayant la mauvaise manie de se glisser vers des secteurs plus endommagés que d'autres, et quand même un peu dans les délices... Plus le gamin vient de la haute, mieux il aimera manger de la merde... Mais aucun ne l'admettra.

Quoi qu'il en soit, quarante minutes plus tard, un homme à l'air quelque peu bougon entra dans la salle d'interrogatoire. Avec une certaine minutie mêlée d'empressement, il referma la porte derrière lui et vint poser sa mallette sur la table, repoussant les déchets sur son passage.


"Des gens perdent leur carte verte pour moins que ça depuis avant ta naissance Freeman, depuis trois mois avant ta naissance pour être exact."

Une fois assis, l'avocat, un homme fort semblable à son homologue manager, si l'on excepte l'âge et la gueule cassée, plongea son regard dans celui du suspect, révélant un troisième visage, assez méconnu. La gêne, la honte et même de la soumission, Samuel n'était pas habitué à montrer ça, mais ce soir, ce n'était pas le moment de faire de l’esbroufe.

"Même un dealer, c'est un citoyen américain, et toi, même un cadre dans un secteur économique florissant, tu n'es qu'un étranger. Qu'est ce qui t'as pris, hein ? Je te parle tête de linotte !

Du plat de la main, l'homme frappa la table sans faire sursauter le canadien, cependant, loin de vouloir le surprendre et l'intimider, il s'agissait clairement de l'inciter à vider son sac sur le champs, ce qu'il fit d'une manière bien plus hésitante et mal assurée que pour son autre version :

- Daniel... Ce connard. Il fourgue sa merde à Angela, alors... J'voulais lui donner une leçon."

- Han oui ! Quelle leçon ! Un petit costard cravate qui lui envoie trois gnons, juste assez pour légitimer une plainte, y'a pas à dire, un vrai cas d'école en matière de connerie. Par contre, foutre une rouste à ta hippie rousse, ça t'as pas effleuré l'esprit."

Quelques peu désarçonné, le jeune manager ne su faire quoi dire que d'ouvrir et refermer la bouche, cherchant ses mots sans les trouver. Visiblement blasé, l'homme de loi soupira, se frottant les yeux.

"Maintenant, tu vas m'expliquer, exactement, comment s'est déroulé cette histoire. Je ne veux pas savoir pourquoi, je veux juste savoir comment tu t'es fourré dans ce merdier. A toi !"

Le cœur battant, le jeune homme pris une longue inspiration et s'adossa à sa chaise, le regard tourné vers la table pour éviter de croiser celui de son "auditoire" :

"Je savais qu'il squattait le parking vers Staton donc j'avais une bonne excuse pour être dans le coin. Je suis allé faire les courses comme souvent et une fois que j'ai tout déposé dans ma voiture... Je suis allé le voir, simplement. Je voulais lui faire peur, c'est tout, juste lui parler. Ça s'est vite envenimé, il a voulu jouer au caïd et... Enfin- Daniel, j'te jure, c'est lui qui m'a frappé en premier.

Et moi, je... J'sais pas faire avec ce genre de types, pas tout seul. J'voulais repartir mais il m'a poursuivi jusqu'à la voiture, alors j'ai rendu les coups, jusqu'à ce qu'on nous séparent. Je pensais bien qu'il allait tenter de retourner l'histoire à son avantage, pas qu'il y aurait une saloperie d'insigne pour lui accorder du crédit."


Visiblement stressé et presque réduit à un gamin avouant ses bêtises à son père, le petit Samuel daigna enfin lever le regard vers son avocat, croisant son regard pour le moins fatigué et blasé. Pendant un long instant, ni l'un ni l'autre n'émirent le moindre son, se toisant dans un étrange mélange, la crainte et la honte du blanc-bec contre la tranquille lassitude du vétéran.

Et puis, finalement, ce dernier se releva doucement avant de se pencher en avant, appuyé sur les côtés de sa mallette dans une posture des plus menaçante :


"T'as intérêt à avoir une meilleure histoire pour Terry. Être le benêt de service, c'est une chose, passer pour un con en public, ça ne rend service à personne, et surtout pas ceux qui comptent sur toi."

Puis il se redressa, emportant avec lui son outil de travail.

"Finis ton soda, je te ramène chez toi dans cinq minutes. Et puis arrange toi fiston, à quoi bon gagner si tu fais une gueule d'enterrement, hein ? Ha, les jeunes..."
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