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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CFJ, B, 1] Les yeux dans les yeux - 27/01/35
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 9 Aoû - 23:00
Interprété par James Everett et Elizabeth Evans.


Je n'en revenais toujours pas, c'était un coup de poignard en pleine poitrine. Il, qui donc ? Un salopard, un mercenaire sans âme, un inconscient qui prenait ça pour un jeu, qui qu'il ai ou qu'elle ai pu être, cette personne avait déchiré le thorax de Calvin sous nos yeux. Je revois encore le sang gicler sur Samuel, sa mine paniquée, son délire en direct et nous autres, à courir dans tous les sens, à nous efforcer de nous mettre à l'abri, les uns pour eux-même, les autres pour des compagnons sous le choc. J'imagine comme il a du bien en rire, à nous regarder nous démener et nous agiter, nous disperser pour nous rejoindre au camp, dans la peur d'être la prochaine cible de son arme et à la fois sous le coup de cette morte que l'on ne réalisait pas.

Après avoir ramené Clark avec moi, ce pauvre garçon qui n'avait pas bougé et avait fixé son ami à l'agonie en oubliant le danger contre lui-même, quand je suis venu jusqu'à Calvin pour me rendre compte qu'il était déjà mort, les yeux envahis par la souffrance et la peine. Quand j'ai vu Ivy, sa douleur... tout a prit fin. Notre dispute, nos différences, notre conviction. Tout a volé en éclats, à cause d'un morceau de métal, à cause d'un putain de morceau de métal.
Si je tenais l'assassin, je crois que je le massacrerais, que je le frapperais jusqu'à lui enfoncer le nez dans le visage, jusqu'à lui exploser la mâchoire, jusqu'à lui coller mes pouces dans les orbites pour faire imploser son crâne. Toutes ces pensées de fureur, cette envie de meurtre, cela faisait tellement longtemps que j'avais pas ressenti ça, tellement longtemps que j'avais tenté de refouler cette part de moi. Mais elle était toujours présente, là, aux cotés de ma culpabilité plus insupportable que jamais. Et si j'avais pu le sauver ? Et si j'avais laissé Clark s'en sortir seul et que j'avais utilisé mon... pouvoir sur lui ? Et si j'avais pu le sauver...

Je ne sais pas combien de temps est passé, une heure, deux, trois ? Accolé à un reste de pierre de ce qui fut un mur du motel maintenant en ruines. J'avais tenté, j'avais essayé, de venir auprès d'Ivy, de tenter d'utiliser ce foutu don qui avait refusé de ramener notre camarade à la vie, de m'abandonner au moment où nous en avions le plus besoin. Tout ce que j'avais récolté à cette tentative, c'était du sang du cow-boy qui imprégnait mes mains. Contre ce bloc de pierre, assis à même le sol sur la poussière, les yeux rivés sur ce sable de plaine, je ressassais, ressassais et ressassais encore ce qui s'était passé.
Je n'arrivais toujours pas à l'admettre, à l'accepter. L'espace de longues minutes et dizaines de minutes, je sombrais à nouveau dans ce refus de la réalité qui m'entourait, jusqu'à me rendre compte que je m'étais passé les mains sur le visage en cherchant à évacuer de ma peau le stress qui y vibrait, me recouvrant le faciès de cette substance écarlate mêlée à de la poussière. Comment avions-nous pu en arriver là ? Comment avions-nous pu perdre autant de gens en si peu de temps ? Comment j'avais pu être si irresponsable à manquer de mon devoir d'investissement dans cette communauté qui m'avait pourtant permise de rester en vie ?

On avait tout raté, tout échoué. J'avais échoué, de long en large. Ce ne fut que lorsque Ricky et Clark revinrent, habités par ce terrible chagrin, que je daignais sortir de ma torpeur, constater leur demande et me joindre à eux pour creuser la terre et offrir à Calvin une sépulture descente. Ivy était là, avec nous et je me refusais à la regarder, à lui parler, à lui imposer mon regard. Elle avait eu besoin de moi quand il mourrait et je n'avais pas répondu à ce besoin. J'avais privilégié Clark et même si je commençais à accepter le fait que je n'aurais rien pu faire, que j'avais fait le choix d'une vie vis à vis d'une autre, de ce jeune opérateur qui aurait pu être abattu, je m'en voulais toujours autant et plus encore.
Je restas là, les mains l'une contre l'autre contre mon estomac, à prier pour l'âme de cet homme qui avait été bon avec nous, nous des inconnus à qui il ne devait rien et pour qui il a fait plus que la plupart des gens n'auraient jamais fait. Lui qui a voulu, en l'honneur de sa promesse, protéger ces deux garçons bien que cela impliquait de nous laisser. Que je le comprenais, comme j'aurais voulu pouvoir en faire autant quand sa position était la mienne, comme j'aurais voulu qu'il puisse aller jusqu'au bout de sa promesse. En ce dernier moment avec cet homme, je lui jurais que si l'avenir me demandait d'honorer cette promesse qu'il n'avait pu tenir, alors que dieu m'en soit témoin dans sa miséricorde : je m'en chargerais en sa mémoire, quoi qu'il m'en coûte. C'était ma décision.

Ce n'est que plus tard que je pris conscience que mon visage avait gardé les traces du cow-boy en sa substance vitale perdue. Je me rendis au lac, muni d'une bassine afin de ne pas polluer l'eau qui nous était précieuse et plongeait le récipient pour en prendre un peu et me nettoyer le visage à quelques pas du point d'eau, accroupi et fatigué. C'est une autre pensée qui prit le pas, une pensée qui s'était discrètement manifestée depuis quelques heures et qui à présent prenait le pas sur tout le reste : Elizabeth. Je n'imaginais pas ce qu'elle devait ressentir, l'état dans lequel elle devait se trouver et peut-être seule avec cette peine qu'au final nous partagions.
J'avais envie de lui dire tant de choses, de m'excuser auprès d'elle, de lui dire à quel point je tenais à elle, quant bien même nous nous connaissions depuis si peu, j'avais envie qu'elle sache que je serais maintenant là pour elle et que plus jamais je ne l'abandonnerais. Quelque chose en moi demeurait pourtant bloqué, refusait de laisser la vérité sortir, de placer des mots intelligibles sur ces pensées. Je ne savais pas si il était bon d'aller la voir maintenant, après tout je n'étais pas en position d'être l'épaule qui la réconforterait, pas pour le moment. Même si je crevais d'envie en mon fort intérieur d'aller la voir et de lui parler, de la regarder, de partager sa peine et la prendre dans mes bras, je n'en fis rien. Il me faudrait prendre mon mal en patience.

Je jetais un regard sur le campement, je repensais encore à ce coup de feu qui nous était venu et faisant fi de toute prudence et du danger peut-être toujours bien présent, ma colère et ma hargne grondant dans mon coeur, je me redressais en laissant sur place ma bassine pour me diriger là où aucun de nous ne devrait aller en cette nuit dominante : j'allais vers la route, vers le point d'où le tir semblait être venu comme l'avait dit Elizabeth. Je pris mon arme restée dans mon dos, je la chargeais, me souvenant de la façon dont ces petites bêtes devaient être utilisées. Une bonne inspiration et j'avançais, pour inspecter, espérant peut-être tomber sur un indice, ou bien découvrir que notre agresseur était toujours là tapis dans l'ombre.

La nuit pourrait être mon alliée ou mon ennemie, en tous les cas je ne reculais plus. Je comptais bien en savoir plus et si je ne devais rien savoir, être là où le meurtrier - ou la meurtrière - s'était tenu pour mieux vouloir sa mort.


***

Je revenais au camp par la route, scrutant les abords de la forêt tout du long avec prudence et attention, des fois qu'un décérébré n'arrive de nulle part pour me prendre en proie. C'est en m'approchant du mur de voitures que j'entendis le vrombissement d'un moteur s'élever du calme entourant, me faisant sursauter. Je pris presque panique et me précipitais à foulée modérée, partagé entre le besoin de savoir de quoi il retournait et cette voix qui me disait de me décider à être prudent. Quand j'atteignis le panneau du motel, je vis la voiture, la petite Chevy Spark ramenée d'une excursion il n'y a pas si longtemps qui se dirigeait vers moi et sortait sous mes yeux - distinguant les jeunes Clark et Ricky - pour s'engager sur la route, en direction de Snyder.
Je marquais un temps, abasourdi de les voir ainsi s'en aller sans un mot, ou en tout cas aucun que je pu entendre, pour partir là où nous ne les suivions pas. Et tandis que la voiture s'éloignait, me vint à l'esprit cette pensée logique qu'ils allaient sans doute là où Calvin aurait dû les accompagner. Je ne connaissais pas cette ferme et son maître, mais si le défunt cow-boy disait vrai, ils s'en sortiraient peut-être mieux là-bas qu'ici. Je revins au camp, passait devant la tente d'Elizabeth en me demandant comment elle pouvait aller, si elle dormait, et rejoignait ma tente. Une fois à l'intérieur, je m'allongeais lentement et observais, sans sommeil, la toile qui avait fait office de décor durant mes journées et mes nuits de lamentation. Maintenant, elle m'aidait à réfléchir à quoi faire de ma vie, quoi faire de ce camp, quoi faire pour que je puisse, que nous puissions, croire en un avenir.


La journée suivante fut calme, simple, morose. James fit le tour du camp, plusieurs fois pour vérifier que rien ne les surprendraient. Il n'était peut-être pas le seul mais ne chercha pas particulièrement de compagnie. Il cogita, encore et encore, demeura un temps auprès du feu, se nettoya au lac et lava ses affaires avec ce qu'il avait sous la main, soit de l'eau et une vieille brosse trouvée il y a peu parmi le fourre-tout de la caravane.

Ce n'est qu'à la nuit tombée qu'il trouva enfin le sommeil et s'accorda un repos qu'il ne savait pas si il était mérité, mais en tout cas nécessaire. Au lendemain matin, aux alentours de huit heures, il se décida à faire ce qu'il aurait déjà du faire depuis un moment. Il sorti de sa tente et s'installa au feu de camp maintenant éteint, grignota tout en se remettant de son sommeil lourd dans une conserve une macédoine rafraîchie par la nuit et avala le fond de jus, avant de poser la boite à coté de l'entrée de sa tente. Durant son très modeste repas, il avait observé en direction de la tente d'Elizabeth et Ivy, pesant et re-pesant le choix de ses mots, la réflexion du discours qu'il pourrait lui présenter en rédemption, ou bien au contraire l'en épargner pour lui montrer qu'il voulait passer à la suite.

Les bras le long du corps et la main droite se frottant l'index et le majeur contre le pouce, mécaniquement, il s'approcha de la tente et marqua un temps, inspirant et expirant légèrement pour ensuite s'accroupir et adosser ses coudes sur ses genoux. Scrutant la toile, il finit par faire entendre sa voix en portant le regard sur le sol à ses pieds.

« Elizabeth ? » Il marqua un temps et reprit. « Elizabeth tu es là ? Il faut que l'on parle tous les deux. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 10 Aoû - 15:01
Cyclique.

Si ce nouveau monde pouvait porter un nom, Elizabeth l'aurait nommé Ouroboros, le symbole même de l’éternel recommencement. Non pas pour l'aspect de renaissance, tel qu'il inspirait certaine interprétation, mais par sa contenance inéluctable, qu'importait ce qui était tenté, le malheur reprenait toujours source en dépit d'une volonté d'ascension.
L'idée même du gouffre ou du puit dans lequel nous tombions pour s'en relever ne trouvait aucune grâce dans l'apocalypse. Eternellement, nous tombions dans cette fosse, moisie et poisseuse, nous rappelant à quel point cette dernière était sale, vide, profonde et surtout infranchissable.

Ainsi était le cycle établit. La mort, le désespoir, la souffrance, la peine, l'incompréhension, la remise en question, la décision, la volonté, et puis la mort. A nouveau. Perpétuellement.

Ses rêves n'étaient plus que tintés du rouge carmin du sang, celui qui avait germé comme une rose écarlate sur une chemise déchirée. Elle avait éclot en un éclair et emportée dans son sillage l'espoir, le balayant comme on essuyait la poussière, d'un geste négligé, méprisé. Lorsque ses yeux trouvaient abris derrière la cloison sombre de ses paupières, naissaient alors les songes les plus cauchemardesques, nappés de l'inéluctable, de l'infaillible souffrance qui avait saisit le cœur d'un groupe qui pensait survivre.
Elle ne parvenait à le fuir, le fatidique écho de son âme fragmenté qui s'emmêlait dans une décrépitude si profonde qu'il était désormais impossible de l'en extraire. Elle était témoin du sable mouvant qui avait capturé ses chevilles et l'avait enseveli jusqu'au cou, sentant la pression de la terre et des eaux sur son corps, tandis qu'elle suffoquait déjà à l'idée de périr ainsi, pieds et poings liés par cette force mystique qu'incarnait sa désespérance.

Cette soirée-là, l'impensable c'était produit. Ils avaient eu crainte du danger portant le nom du Marchand. Qu'il vienne les saisir dans leur moment de doute et de perdition face à une disparition qui les mettait tous en émoi. Et dans l'idée qu'ils n'étaient plus à l'abris avait éclaté une dissension qui avait forcé à recentrer leur vigilance  au point d'en oublier la prudence. Et il avait frappé, telle la foudre s'abattant sur un arbre, point culminant de la plaine, venant de nul part pour cueillir le fruit de sa terreur.

Elizabeth avait depuis l'impression qu'un acouphène permanent vrillait ses oreilles, la plongeant dans une torpeur aphasique. Si elle avait été soulagé de constater que son amie n'avait été la victime du tir, le choc suivant eut raison de son esprit.
Depuis lors, cette image douloureuse c'était imprimée sur la rétine de ses yeux, chaque fois qu'elle avait tenté de fermer les paupières, elle voyait cette scène, ce décors.

Cloisonné dans sa tente, n'ayant pu supporter de participer à l'enterrement qui avait suivit, elle avait rivé son regard sur le tissu imperméable qui se dressait au dessus de sa tête et ainsi passé le reste de la soirée, de la nuit, à contempler le vide, les yeux grands ouverts pour que ces visions angoissante ne viennent plus hanter ses rêves. Pas même le bruit de la voiture désertant l'abris ne l'avait fait réagir, s'imageant ainsi que son propre esprit escortait leur fuite, compréhensible.

Cela pouvait donner l'impression qu'à mesure des obstacles qui se dressaient sur sa route, elle en devenait plus forte, et plus aguerrit, mais c'était une erreur. Si elle n'avait ni pleuré ni sombré dans une profonde dépression chargée de : pourquoi le monde est-il si cruel, ce n'était pas par force, mais par fatalisme. La fatalité, oui, que rien ne pouvait changer cela, pas même un positivisme exacerbé. Elle avait sombré d'une manière différente des autres fois et s'était détachée de tout.

Le surlendemain du drame, cet état n'avait pas changé. Elle s'était octroyée quelque mécanisme de survie de base, tel que dormir et manger, jusqu'à ce que dans ses réflexions profondes, entre la lumière du feu, et l'obscurité de la tente, elle s'était rendu compte que personne n'avait payé, qu'aucune justice n'avait été rendu pour tous ces malheurs. Le Marchand continuait de vivre et de sévir, quelque part dans la vie, et raflait, supprimait, les éventuels survivants qui auraient pu échouer dans le coin.
C'était peut-être déplacé, mais cette dernière idée, elle s'en désintéressa rapidement. Non, ce qui comptait, c'était un Calvin partit bien trop tôt. Un Calvin qui, même si elle ne l'avait guère connu, avait été un homme simple, posé, et armé d'une indéfectible humanité qui lui avait donné ce côté attachant. C'était un peu le nounours cow-boy du camp, et sa perte sonnait comme un glas pour chacun : si le meilleur d'entre nous était tombé, combien de temps nous restait-il à vivre ?
Tant que le Marchand vivrait, elle ne trouverait ni repos, ni sommeil. Elle se rendait à l'évidence qu'elle n'était pas une héroïne de comics ou de bande dessiné, invulnérable de pas sa seule incarnation. Elle n'avait rien d'une héroïne d'ailleurs. Pas même une agent capable de se débrouiller pour avoir son insigne du premier coup. Elle n'avait rien d'exceptionnel hormis sa volonté indéfectible de vengeance. Mais lorsqu'ils se lanceraient tous à l'assaut, elle s'assurerait alors d'avoir son arme chargée au maximum, juste pour avoir le plaisir de le vider dans le crâne de cet enfoiré qu'importait si un autre lui avait rendu justice à sa place.

Au matin du vingt-septième jours du mois de Janvier, une voix parvint à son attention à travers le tissu de son habitat. Une voix qu'elle n'aurait pu ne pas reconnaitre. Un timbre chaud en dépit des variations qui s'y greffaient lorsque ses émotions l'envahissaient, un timbre qu'elle aurait aimé entendre plus tôt, plus près de son oreille.
Oh, certes, il avait déjà essayé de venir à elle, et elle s'était contenté alors de le repousser improprement, n'ayant pu digéré son abandon. Cela la ramenait d'ailleurs au beau discours qu'elle avait tenu à Ivy et Melody, des jours plutôt. Sa réflexion la trahissait toujours lorsqu'il s'agissait de James, comme si elle était incapable de raisonner avec l'esprit et la sagesse. Mais bon sang, combien de jour avait-il attendu ? N'aurait-il pas pu la forcer tout simplement à l'écouter ? A lui faire entendre son histoire, et lui prouver qu'elle était dans le tort ? Elle lui en voulait d'être resté à l'écart d'elle, comme si elle avait été la dernière des inconnues et que ses sentiments n'avaient jamais compté. De l'avoir laissé à l'écart au lieu de venir se confier.
La vérité, c'est qu'elle s'en voulait davantage à elle-même de ne pouvoir contrôler ses pensées, et ne lui en voulait à lui que pour provoquer cet état de fait, trouvant toutes les excuses les plus féminines possible pour lui reprocher davantage et ne pas laisser cela à la seule raison de son coeur.

Et c'était ainsi qu'il se présenta à elle, alors que le brun de ses yeux fixaient encore et toujours la profondeur de la toile, abandonnée à ses pensées.
Parler ? De quoi voulait-il donc parler ? Le délai était dépassé pour les excuses.
Son regard bifurqua vers l'ouverture, alors qu'elle gardait le silence, les lèvres pincées. Elle mourrait d'envie d'ouvrir cette cloison et de voir son visage, mais sa fierté et sa colère la poussa à rester prostrée.

Après un long silence, qui aurait pu laisser à penser que la tente était vide, elle entrouvrit les lèvres pour laisser échapper le son de sa voix avant qu'il ne décide à partir.

"J't'écoute..."

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 11 Aoû - 2:00
Il n'avait eu aucune réponse, rien, pas même un murmure ou un bruit quelconque qui laisserait suggérer qu'elle ou Ivy soit présente. Au lieu de cela, le simple silence qui commençait à lui faire penser qu'il parlait à une tente vide et demeurait ici bêtement accroupi. Il ne pouvait s'empêcher de se demander si elle n'était pas déjà levée à vadrouiller ailleurs en ressassant à quel point elle lui en voulait et sans doute à quel point elle était triste des événements, ce dont il ne doutait pas. Il n'imaginait pas que cela pourtant, son esprit farceur lui mis en scène une autre éventualité bien moins plaisante et plus douloureuse pour lui, celle qu'Elizabeth avait trouvé réconfort auprès d'un autre que lui, dans un autre lieu, une autre tente peut-être.
Comment allait-il bien pouvoir réagir si c'était le cas ? Il ne saurait déjà que difficilement expliquer qu'il soit ainsi accroupi devant une tente inhabitée si elle arrivait d'une quelconque promenade, alors que pourrait-il bien dire si elle sortait d'une tente aux cotés de Samuel, de Lucas ou de Brooks encore ? Il serait le parfait idiot, un crétin qui se serait loupé d'un bout à l'autre et dont les mots seraient dans tous les cas l'objet d'une ardente médiocrité. Il regarda autour de lui en réfléchissant à ce qu'il pourrait bien faire quand il entendit une douce et retenue voix lui répondre à travers le tissu de la tente.

Il eut, en dépit de toute cette situation et de toutes les autres, un léger sourire en coin qui lui vint aux lèvres. Elle était là, elle n'avait pas quitté sa tente. En fait il perdit aussitôt le sourire en se demandant si finalement, elle n'aurait pas tout simplement trouvé réconfort avec un autre dans sa propre tente. La logique lui dirait qu'elle aurait pu le faire avant et que rien n'indiquait que ce soit son genre, mais elle susurrait aussi que les derniers événements avaient pu justifier qu'elle cherche une forme de soulagement, que cela ai été son genre ou pas, après tout, il aurait pu se faire planter à force de traîner. Ce serait le moment de dire qu'il s'était planté, sans aucune autre forme de procès, si c'était effectivement le cas.

Il resta accroupi et se passa la main sur la barbe, se la frottant machinalement avant de remonter sur sa joue et s'en détacher nerveusement pour revenir croiser les doigts coudes sur les genoux, cherchant à stabiliser le flot de ses pensées. Il fallait maintenant choisir les bons mots et ça, c'était plus facile à dire qu'à faire. C'était en réalité une véritable corvée si laborieuse qu'il laissa couler près d'une minute de silence à regarder de ci de là, à entrouvrir les lèvres avant de les clore sans que la réflexion et les nombreux discours décousus qui lui passaient en tête ne le mènent à quelque chose de satisfaisant.

« Il y a quelqu'un avec toi ? »

Il s'entendit parler et grimaça en redressant un poing serré l'espace d'un instant, se sentant plus obsolète que jamais. Il n'avait vraiment rien trouvé de mieux ? C'était quoi cette question ? Un sous-entendu nigaud pour savoir si elle avait invité un autre homme à partager sa couchette ? Même si c'était faux, il y avait probablement Ivy puisqu'elles dormaient sous la même tente de base. Et si Ivy s'en trouvait plus de son goût ? Il se sentait moins gêné par cette éventualité. Non ça suffisait les bêtises, il avait l'impression de se comporter comme un adolescent jaloux d'une fille qu'il n'avait pas. C'était encore un coup à agrémenter la réticence à son égard et il avait intérêt à se reprendre très vite.

« Je te dois des excuses. Enfin... »  Il ferma les yeux brièvement. « Je te dois des explications, ou au moins une discussion. Tu veux bien venir ? Ce serait mieux si on parlait seul à seul et j'avais l'intention de retourner à l'aéroport jeter un oeil aux avions que l'on a laissé, si ce n'est pas trop dangereux. J'aimerais avoir ta compagnie, si... enfin si tu l'acceptes en tout cas. »

Il s'était répété mais voilà qui était déjà mieux et ouvrait une porte plus intelligente vers un dialogue. De toute façon, quand il s'agissait de discuter avec une psychologue - ou ancienne psychologue, la meilleure chose à faire restait encore de faire preuve de raisonnement dans le dialogue, pour espérer arriver à quelque chose qui ne soit pas trop foireux.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Jeu 13 Aoû - 0:22
Elizabeth s'était redressée, à demi assise dans sa couchette de fortune, les genoux redressés au plus près de son buste et les bras enlaçant ses jambes avec une certaine vigueur. Son regard s'échappait sur ses doigts qui s'articulaient sous la pression de fils invisibles, telles des marionnettes jouant sans aucune mise en scène, les unes avec les autres. Elle tripotait ses ongles, la pulpe de ses pouces grattant nerveusement, jonglant avec des objets invisibles, sans avoir vraiment conscience de ce qu'elle faisait.

Sa lèvre inférieure subissait le même sort de trouble tandis qu'elle pliait sans cesse sous quelques mordillages. Les sourcils froncés, elle garda le silence à sa première question. Un coup d'oeil à sa couche attestait que cette dernière était vide, sa locataire ayant choisi sans doute de séjourner en cet instant en un autre lieu. Vadrouille, sortie, petit-dej ? Qu'importait.
La véritable question était plutôt de savoir pourquoi cela l'intéressait tant ? Avait-il eut l'intention de s'inviter à l'intérieur si elle y avait répondu par la négative ? Pensait-il vraiment qu'elle accepterait une telle intimité alors qu'elle lui en voulait encore affreusement - et également, alors que sa phobie ne l'avait pas quitté ?

Elle bascula d'avant en arrière une seule et unique fois, en signe d'agacement, les sourcils froncés, se disant que la discussion commençait plutôt mal.
Et puis, après un certain silence partagé, il reprit assez étonnement sur des mots qu'elle ne pensait pas vraiment entendre si rapidement. Levant le regard vers la fermeture éclair de la tente qui la séparait de son interlocuteur, elle joua encore quelques secondes avec ses doigts, pensant le pour et le contre d'une véritable rencontre en face à face, avant de céder à la raison en levant les yeux au ciel.
Elle se trouvait tellement puérile en cet instant qu'elle détesta sa propre réaction.

Plaçant son arme qu'elle avait abandonné à ses côtés dans son dos, entre la ceinture et sa peau, elle se saisit également du sac à dos trainant dans un coin et sa paire de basket noire de crasse.
D'un geste sec et vif, elle éventra la toile et s'extrada de l'intérieur en se relevant prestement, sans tenir compte de la position de James et encore moins de le bousculer s'il s'était placé bien trop près de son élan, histoire de garder sa contenance et du crédit à son agacement.

" Ok. " déclara t-elle rapidement en se chaussant sans même défaire les lacets. " Si c'est la seule excuse que tu as trouvé pour pas y aller seul, sans doute que les autres sont trop occupés pour t'accompagner et que je suis la dernière débile à rester cloitrer ici pendant que tous se démènent aux préparatifs de départ..."

Elle haïssait. Ces mots, cette intonation, ces intentions, ce n'était pas elle. Mais en dépit du bon sens qui sonnait comme une alarme dans son crâne, elle ne parvenait pas à se contrôler. Pourtant, une inspiration plus tard, le regard concentré sur les chausses qu'elle finissait de placer à ses pieds, elle reprit.

" Comme ça, j'pourrais te surveiller au cas où tu décides de t'barrer tout seul à nouveau. J'prévois le coup, mon pistolet est chargé pour t'achever à distance. "

Voilà, un peu de sarcasme histoire de remettre les pendules à l'heure et les esprits sur la bonne - ou mauvaise - voie. Au diable la psychologie, au diable les beaux discours raisonnables. Pour une fois, elle ne voulait pas être raisonnable. Pour une fois, elle voulait tout balancer de côté, bazarder sa maturité et son détachement légendaire et régler ses comptes. Et bordel, qu'elle détestait son regard qui lui inspirait tout sauf de la colère.

Aussi préféra-t-elle le fuir.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Sam 15 Aoû - 13:18
Il resta posté devant la tente, sans autre réponse de la part de la jolie brune. Ses yeux parcourant la toile, il plissa les lèvres en se demandant si elle ne réfléchissait pas simplement à choisir ses mots pour le rembarrer aussi sec, à moins qu'elle ne pèse le pour et le contre de subir sa présence et ses paroles en recherche de réconciliation. C'était sûrement ce à quoi elle devait penser.

Au final, il perçu du mouvement dans la tente, qu'il ne pouvait identifier mais ne manqua pas de froncer légèrement les sourcils. Quand elle sortie en dégageant la toile, il se redressa instinctivement et recula d'un pas en basculant vers l'arrière dans l'élan, un peu maladroitement pour le coup. Elle s'était finalement montrée et une fois était coutume en l'occurrence, il appréciait de voir son si beau visage, même si il marquait sa rancoeur contre le médecin. L'observant se chausser et lui lancer son approbation avec autant d'enthousiasme qu'un boulimique en aurait à entrer dans un fast-food, la suite quant à elle sonna avec bien moins encore de sympathie.
Venant se frotter le sourcil droit avec l'index d'un air empêtré, c'était difficile de savoir quelle attitude adopter dans cette situation, d'autant plus que sans un regard, marquant un soupir, elle lui faisait savoir sa disposition à l'abattre, une façon de se protéger d'une nouvelle déception venant de lui. Il se senti blessé d'entendre ça. Cessant son geste, il glissa les mains dans les poches et afficha une mine froissée en détournant le regard à son tour, s'éloignant de cette si courte proximité de quelques pas en direction du mur de voitures, avant de revenir à elle en inspirant longuement dans le mouvement, expirant une fois ses yeux posés sur elle, se laissant à un très léger sourire en coin qui n'avait rien d'heureux.

« En fait c'est plutôt l'excursion qui est une excuse pour que l'on puisse passer un peu de temps ensemble et, tu vois... parler. Mais on a aussi besoin de ressources alors oui, cette sortie a son intérêt, en soi. Par contre, si tu veux te servir de ton arme contre moi, sois gentille, fais comme avec les rôdeurs, vise la tête. Ce sera plus sûr. »

Il n'y avait pas vraiment de sarcasme dans ce qu'il eu dit, de l'ironie peut-être, mais rien qui ne soit une rétorque véritable. C'est vrai, ce qu'elle a dit l'avait derechef refroidi, il faut dire qu'il n'était déjà pas moralement en état de le prendre avec recul et de la part d'Elizabeth pour qui il cachait tant de sentiments - des sentiments rapidement nés puisqu'ils ne se connaissaient que depuis un mois et demi, ce qui le perturbait également, tout cela se mélangeait pour que chaque mot qu'elle puisse prononcer ne puisse que le toucher doublement.
Son regard fuit à nouveau et il balaya les ruines sans vraiment s'en intéresser en prenant le pas pour contourner les véhicules à l'arrêt vers le panneau d'entrée. Une marche lente, tintée de coups d'oeil sur le coté pour qu'Elizabeth sans forcer puisse le rattraper assez vite. Quelque peu voûté dans son avancée un brin nonchalante, le regard rivé sur le sol et ramenant à nouveau sa main droite pour gratter et frotter sa barbe avec introspection, à moins qu'il ne cherche à cacher son malaise présent.

Ils ne tarderont pas à s'engager sur la route vers Snyder, se retrouvant ainsi côte à côte, sans plus rien autour d'eux que du bitume en ligne, de l'herbe et de la terre en contrebas, une forêt d'où pouvait venir n'importe quoi d'un coté et une plaine sans âme de l'autre. De toute façon puisque leurs dons ne leur permettaient pas de voler, ils ne pouvaient faire autrement que s'exposer. James n'entama rien tout de suite avec Elizabeth : la menace de la forêt le préoccupa en premier lieu, ce qui en revenait à se soucier d'elle et il amena ses mains dans son dos pour tirer le flingue Bobcat qu'il planquait, ramenant l'arme à l'avant pour sauter la sécurité et le charger avec des yeux on ne peut plus aux aguets vers la forêt.

« Tu crois qu'ils sont vraiment là, à nous observer ? » Fit-il entendre avec une voix plus mesurée sans quitter la forêt des yeux, par pure et incertaine précaution. « Cette histoire n'a pas de sens. Ces attaques chaotiques, ce message, ce silence ambiant. Ils auraient tellement de facilité à nous avoir, on ne pourrait pas faire grand chose. Et même si ces cinglés risquaient de perdre quelques hommes, ça n'a pas eu l'air de les freiner dans ce fichu camp militaire. J'ai beau y réfléchir, réfléchir et encore réfléchir, je n'arrive pas à comprendre le raisonnement de ce Marchand. C'est... frustrant. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Sam 15 Aoû - 17:36
La répartie de James lui avait cloué le bec. Elle avait pris le temps d'ajuster ses chaussures en silence et avait même fait traîner cet acte quelques secondes supplémentaires durant lequel ses yeux se perdaient sur le sol caillouteux à côté de ses semelles.
Cela aurait été plus simple s'il s'était mis en colère, s'il l'avait envoyé baladé pour sa remarque aussi stupide qu'inutile. Sa dernière phrase avait sonné comme une vérité des plus sérieuses, et elle priait au fond d'elle de ne jamais avoir à le faire. Le supplice serait bien trop grand si un jour il venait en fin de compte à se faire mordre et que dans ce contexte, elle eut réellement à utiliser son arme pour achever définitivement sa non-vie.
Elle n'avait bien entendu pas pensé un traitre mot de ce qu'elle venait de dire pensant davantage à le blesser qu'autre chose, mais sa réponse avait tourné la situation à un scénario qu'elle n'avait jusque lors jamais encore imaginé et qui la perturbait, profondément.

Fin prête, son sac sur l'épaule, elle se mit en route à la suite de son compagnon d'aventure, sans même jeter un regard vers le campement qui allait bientôt ne plus rien signifier pour elle.  Ses pas traînant foulaient la poussière jusqu'à ce qu'ils aient enfin atteint, dans un silence plus que lourd et pesant, le bitume de cette route depuis bien longtemps laissée à l'abandon.
De grosses fissures apparaissaient déjà d'un bord à l'autre, attestant de l'épreuve du temps et d'un entretien inexistant. Les plantes n'avaient pas encore eu le temps de proliférer, mais bientôt, cet endroit, comme le reste, se laisserait gagner par la nature sauvage.

A sa droite, la vaste plaine couronnée par un amas de nuage cotonneux gris, paraissait si tranquille et calme. C'était un décor qu'elle aurait volontiers parcouru sur le dos d'un grand cheval, comme l'un de ceux qu'elle projetait d'acheter pour garnir son ranch Texan. Mais c'était à une époque ou l'insouciance et les rêves pouvaient encore se permettre d'exister. Une époque révolue, qui ne laissait plus de place à ces frivolités et n'offrait qu'un monde sombre, nébuleux, nimbé de vices cachés, comme les sous-bois qui se profilait à sa gauche, où avait jailli le tir meurtrier qui avait eu raison de Calvin.

Dans son regard balayant d'un côté comme de l'autre, elle leva enfin ses yeux sur James, l'observant lui également poser ses prunelles sur le décor, mais également se saisir de son arme, la vision de la forêt n'inspirant, comme à elle, que le danger. Et puis, après tout, n'était-ce pas de cette même forêt qu'avait surgi la horde qui les avait poursuivi lors de leur toute première sortie dans ce même lieu ?
Imitant son geste et sortant son arme, elle en vérifia la sécurité, le plein magasin, tandis qu'elle écoutait ses pensées émises à voix hautes, elle lui fit face et posa ses mains sur son arme pour lui confier la sienne à la place.

"Un Bobcat, c'est beaucoup trop féminin pour toi. Tu as l'air ridicule avec ça."

Elle échangea son arme contre la sienne, se retrouvant intérieur plus rassurée par une arme miniature que par la présence lourde du P226 qu'elle portait depuis sa dernière excursion. Elle pensait qu'avec une remarque aussi acerbe, il serait plus enclin à la conserver et qu'il ne chercherait pas à protester. Et pour ne pas lui en laisser le temps, elle enchaîna sur sa réflexion, retrouvant le confort moins troublant du paysage que les yeux de son homologue.

"Au contraire, ça a du sens. Je pense que ce marchand, il ne veut pas nous tuer. Si c'était le cas, ça serait déjà fait depuis bien longtemps. Matthew absent, on est plus vulnérable que jamais. Non... cela signifie qu'il nous veut vivant. Tous. Nous tous."

Elle reprit le pas, restant le regard au loin comme si elle dessinait ses pensées.

"J'y ai longuement réfléchi, et c'est plus qu'évident qu'il cherche à nous mettre la main dessus, vivants. Parce qu'il sait ce que nous sommes : "les ressuscités rebelles". Si on est une énigme pour nous-même, les autres n'ont pas plus la réponse que nous, mais peut-être qu'ils la cherchent plus que nous. Pour l'instant, nous essayons de nous poser, de trouver nos repères, de survivre. Mais eux, cela fait bien longtemps qu'ils sont ici, ils n'ont pas le même objectif que nous.

Peut-être qu'il pense qu'une solution pourrait germer de notre sang. Ce n'est pas si bête après tout. S'il attaque maintenant, il sait qu'on se défendra. On est trop nombreux. Il y aurait des morts, et ça ne serait pas à son avantage.

En revanche, s'il nous sépare, s'il nous disperse, il pourra plus aisément nous mettre la main dessus. Pour des expériences scientifiques ? Qui sait ? Pourquoi marchanderait-il des survivants ? Et à qui surtout ?"


Elle se pinça les lèvres avant de reprendre.

"Je crois qu'on ne se pose pas assez de questions, ni les bonnes d'ailleurs. Dans un autre temps, je suppose que ça aurait pu être une affaire banale, un truc que les fédéraux auraient résolu en un rien de temps.
Le genre d'enquête qu'on aurait pu me confier. Mais mon esprit s'embrouille encore trop souvent... et je n'arrive pas à avoir les idées claires...

Autrefois, j'aurais pu ..."


Elle soupira. Se souvenir du passé était sans doute moins douloureux pour elle qui avait toujours vécu seul. Mais lui, il avait sans doute perdu quelqu'un.

Peu à peu, tandis qu'elle parlait en marchant, ils gagnaient la bordure de la forêt et le lieu où ils avaient dû se jeter dans le fossé pour échapper à une horde en migration. Elle espérait que cette fois-ci, ils n'aient pas à ramper dans l'étroite bouche d'égout qui passait sous la terre, ni à se séparer. Elle espérait que leur chemin se ferait, pour une fois, dans la tranquillité.

On pouvait toujours rêver ?

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 18 Aoû - 2:07
Tandis qu'il scrutait la forêt, rien ne lui sauta particulièrement aux yeux, ou aux oreilles. Pas de bruit spécifique, aucun mouvement qui pourrait trahir la présence d'un quelconque espion... mais au final, même si c'était le cas, était-il en mesure de repérer la menace ? Car le fait est que James n'était pas le plus doué pour cela, voir pas du tout. Il scrutait la forêt en espérant plus un coup de chance - dans un sens ou l'autre, qu'une véritable aptitude au repérage.

Se mordant le coin de la lèvre pensivement, il fut surpris par Elizabeth qui s'était dangereusement approchée et maintenant postée face à lui. Sur le coup, il oublia jusqu'à l'existence même de la forêt, de la menace et de Snyder tout entière. Ce visage face à lui le perturba, ce visage si magnifique que ses propres moyens fuyaient comme la peste. Le regard baissé vers ce bout de charme d'un mètre soixante à peine, ou peut-être un peu moins, il se laissa à penser qu'elle avait les yeux terriblement sombres, tout l'inverse de lui d'ailleurs. Ce coté ténébreuse entre sa chevelure et ses yeux avait le don de l'envoûter, de faire vivre le mystère, si bien qu'il ne su quoi dire ni réagir quand elle lui prit son arme des mains en plaçant la sienne à la place.
C'est le poids de la nouvelle arme, clairement différent, qui le tira de sa rêverie soudaine. Comment faisait-elle pour le mettre dans un tel état l'espace d'un instant ? Bon d'accord, c'était logique à savoir et pourtant le chirurgien n'avait jamais été si facilement la proie de la séduction féminine naturelle. Des histoires, il en avait eu quelques unes, cependant aucune de ces filles n'avait eu une telle capacité à lui retourner le ciboulot d'un simple regard, d'un simple déhanché, d'une simple cascade de cheveux si foncés... bref, de par sa pure et enivrante présence. Il était amoureux, c'était presque comme si il s'en rendait compte, alors que c'était le cas depuis un moment déjà. Portant le regard à l'arme qu'il avait entre les mains, SIG-Sauer qui au contraire pour l'homme qu'il était s'avérait plus rassurant que le pistolet miniature qu'il avait porté jusqu'ici faute d'autre arme à prendre, il ne su vraiment si il devait la remercier ou s'offenser de sa remarque.

Il préféra ne rien dire, de toute façon, la réponse à son propre questionnement enchaînée par Elizabeth ne lui laissa guère le temps. Reprenant sa marche quand ils dépassèrent le courant de la rivière qui traversait sous la route, il balaya le paysage avant de lancer un regard en coin à la brune. Si le début de sa pensée était d'une vorace vérité, le médecin ne fut pas autant convaincu par la suite.

« Tu le crois vraiment ? » Répliqua t-il d'une voix calme en étirant ses doigts sur la crosse de l'arme qu'il avait ramené près de sa cuisse, fermement tenue. « Que l'on est assez nombreux et en mesure de se défendre ? Si il dit vrai, il a peut-être de quoi nous choper dès maintenant avec un minimum de dégâts et même si il dit faux, on est loin de former une unité de choc. Les questions je m'en pose, plus qu'il n'en faut. Je ne sais pas si ce sont les bonnes, l'avenir le dira. En tout cas, à y réfléchir ses méthodes laissent plus penser qu'il joue avec nous plutôt qu'une envie réelle de nous capturer rapidement. Je ne sais pas quelle option je préfère. »

***

Le temps fila, à vitesse grand V alors que le duo avait poursuivi sa marche en réinstaurant le silence. Faute de vouloir aborder plus encore les motivations et le mode de pensée tordu de ce Marchand que tous les membres du groupe avaient au moins autant envie les uns que les autres de l'étrangler, jusqu'à lui faire payer avec plus d'intérêts, James ne savait fichtrement pas comment aborder l'autre sujet. Car il était toujours question de se rattraper auprès d'Elizabeth, mais les mots n'étaient pas pressés de se faire entendre, il ne savait pas lesquels choisir. Fallait-il qu'il commence par s'excuser ? Par s'expliquer ? Devait-il seulement le faire ou cette excursion serait l'occasion de lui montrer dans les faits qu'il était là ?

Il lui portait des regards réguliers en ressassant sans arrêt la problématique, en tout cas jusqu'à ce qu'ils repèrent deux rôdeurs sur le bas-coté, en direction de la plaine. Le duo descendit de la route aux abords de la forêt pour les éviter malgré les risques, devant parcourir une petite distance avant de pouvoir remonter et ne pas tenter plus longtemps les éventuels agresseurs vivants ou morts de les surprendre à bout portant en apparaissant des bois droit sur eux. La route continua jusqu'à ce qu'ils doivent traverser la plaine, laissant la forêt derrière eux et parvenant à terme jusqu’au lieu qu'ils venaient visiter pour diverses raisons : le secteur B, ou plutôt le quartier de l'aéroport.
Ils arrivèrent à la grille éventrée par laquelle ils étaient déjà passés, donnant sur la piste nord/sud dont le chiffre 33 était toujours visible à son seuil. Tirant le grillage déchiré pour permettre à Elizabeth de passer, il entrera à sa suite, posant ses yeux craintifs sur le quartier de l'aéroport. La crainte oui, que le lieu soit maintenant bondé d'indésirables, que les bâtiments eurent été ouverts, libérant leurs prisonniers sans coeur. Finalement, le constat fut mitigé, car si il n'y avait pas de vaste horde dominant les pistes ou les hangars au loin, de ce qu'ils pouvaient déjà voir, il y avait tout de même une bonne douzaine et plus encore, de rôdeurs répartis sur toute la zone, à commencer par l'une de ces créatures qui errait à trente mètres sur leur gauche.

« C'est pas vrai. » Gronda t-il. « On dirait que quelqu'un a attiré les rôdeurs ici, à moins que ce ne soit des restes d'une horde qui a fait un tour dans le coin. Si on veut s'approcher, on pourra pas tous les éviter. »
Il prit une grande inspiration, très audible en ramenant l'arme dans son dos pour la ranger, la sécurité remise en place entre-temps - on était jamais trop prudent. A la place, il réinstalla son tee-shirt et vint au devant pour saisir son pan de veste et plonger une main dans la poche intérieure gauche de celle-ci, sortant un bien dont il n'avait jamais fait usage jusqu'ici : le poing américain qu'il avait découvert à son réveil et qui restait certes non plus brillant mais propre.

« Cette fois je ne te laisse pas te débrouiller seule. » Terminait James en installant l'arme à ses phalanges avec une assurance nouvelle.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mer 19 Aoû - 22:23
Silence se fit à nouveau tandis qu'ils cheminaient sur cette route abandonnée, guettant mouvements hostiles et présences indésirées. James ne l'avait pas bien comprise sur son évocation du nombre. Elle ne sous-entendait pas qu'ils étaient assez nombreux pour se défendre et résister à un assaut, mais bien pour tous y passer s'ils devaient le faire. Dans son esprit, le Marchand les voulait vivant et n'avait aucun intérêt à perdre sa "marchandise" aussi bêtement, alors que séparé, ils étaient bien plus faciles à capturer.
Mais elle préféra ne rien dire. Après tout, ça n'avait pas vraiment d'importance et elle ne voulait pas le lancer davantage sur un sujet et s'éloigner du fait qu'elle était censée garder ses distances vis-à-vis de lui, ou on pourrait plus communément appeler ça : bouder.

Le reste de la route se passa donc dans le silence le plus absolu, et bien que la situation rendait Elizabeth de plus en plus irascible, elle ne pipa mot, basculant sa concentration sur les morts qui les forcèrent à contourner la route, puis sur la vaste plaine qu'ils empruntèrent avant d'arriver jusqu'au grillage.

Etrangement, cette partie du trajet sembla bien moins longue que la première fois. Sans doute parce qu'avec Ivy, elles avaient dû couper à travers les bois, et que le stress qui l'avait gagné, poursuivi par ces morts, et cette main posée sur son épaule, avaient été un véritable calvaire.
Le grillage passé, Elizabeth contempla le paysage qui s'offrait à eux. Tout était resté comme dans ses souvenirs, à quelques détails de présence près. En effet, des zonards non-morts avaient choisi d'errer dans les parages, disséminés sur le terrain comme des semences jetées à la main sur un champ labouré. Cela lui donnait l'impression, comme le soutenait James, que quelque chose les avait en effet attiré ici et avait disparu en les laissant à leur errance dans un secteur trop vaste pour eux, se perdant dans le labyrinthe de leur esprit mort.

L'avantage, c'est qu'ils étaient suffisamment éparpillés pour tenter de les éradiquer un à un. Non pas qu'elle se sentait réellement d'attaque pour faire face à ces créatures de l'enfer revenues sur terre, mais les derniers évènements qu'elle avait vécus lui donnaient en tout cas le courage nécessaire pour se dire que cela était possible, surtout à deux contre un.

Gardant le poing serré sur sa nouvelle arme version miniature, sécurité ôtée, elle inspira longuement et acquiesça d'un simple hochement de tête à l'affirmation de James. Elle était plutôt douée pour faire des sarcasmes, mais elle savait estimer les moments où elle pouvait se le permettre, et ceux où il était préférable de la fermer. En l'occurrence, elle n'avait pas raté cette occasion pour se taire. Pourtant, en son for intérieur, elle se demandait si elle pouvait réellement compter sur lui ? Après tout, il l'avait abandonné la dernière fois, près de l'avion, et à nouveau en s'enfuyant du campement. Son esprit avait-il réellement surpassé les évènements ? Son regard trahissait toutefois ses pensées mais elle en aurait au moins le coeur net...

"Ok... j'vais l'attirer alors tu pourras frapper par derrière."

Elle s'était longuement entrainé à l'endurance, et si elle n'avait pas encore retrouvé son souffle d'autrefois, quoique presque, elle se sût capable de tenir sur la distance le temps aux autres d'agir. Elle faisait un excellent appât.

"Vise bien." se contenta t-elle de rajouter en jetant un rapide regard vers ses poings.

Aurait-il la force nécessaire pour enfoncer le crâne d'un dégénéré et de réduire sa cervelle en bouillie d'un seul coup ? Ils n'avaient guère le choix de toute façon. L'usage d'une arme était à estimer en dernier et ultime recours s'ils ne voulaient pas attirer à eux la totalité des zombies du coin.

Elle choisit sa cible en prenant jaugeant par la proximité et l'écart qu'elle avait avec les autres créatures puis s'avança le plus discrètement possible vers elle. Le but était toujours de n'avoir qu'un seul ennemi à affronter et de ne pas attirer davantage l'attention. Lorsqu'elle serait suffisamment près, elle attraperait un caillou au sol et le lancerait dans sa direction avec l'espoir de le toucher, sinon de faire pivoter le regard sans vie du monstre sur elle.
Elle n'aurait alors plus qu'à reculer de quelques pas pour qu'il tourne le dos à son collègue et elle verrait alors s'il tiendrait parole.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 25 Aoû - 0:56
Ses doigts se resserraient, ses phalanges compressaient l'arme métallique qu'il tenait fermement, en vue d'un usage qu'il redoutait au fond de lui. Un geste terrible qu'il prévoyait et n'annonçait ni plus ni moins que de faire ressortir toute la violence qu'il avait contenu si longtemps en lui. La colère, la rage, toute cette frustration, d'actes manqués, d'actes accomplis, d'actes subis et de faits désastreux. Le regard d'Elizabeth, éloquent malgré son silence, le chirurgien n'y fit aucun commentaire bien qu'il ne pu s'empêcher de la regarder tout du long. Elle n'était pas convaincue, qui l'était alors ? Lui-même ? Ce serait mentir que de l'affirmer, mais il avait mis en route la machine et voilà qu'Elizabeth prenait le risque qui anéantissait tout doute possible : faire l'appât.

"Vise bien" avait-elle dit. Viser son crâne ? Détruire cette boite fade et sans vie qui contenait pourtant un cerveau toujours en fonctionnement ? Ou seulement en partie ? Des mots lancés au gré du vent, mais une force invisible s'emparait de James alors qu'il la voyait s'avancer discrètement pour attirer le rôdeur, ramassant un caillou et le lui lançant, l'objet de sa diversion percutant l'épaule de ce qui n'avait plus d'âme. La créature tourna la tête vers elle et le sort en était scellé : définitivement, le doute s'en était allé. Car en cet instant toute crainte, toute peine, toute réserve du barbu laissait place à un vide béant de sa raison et de sa logique, pour que viennent s'exprimer sans chaînes ses instincts les plus profonds et les plus féroces.
La plainte du charognard résonna depuis le fond pourri de sa gorge fermentée, appelant au seul instinct qui semblait vraiment se manifester de ces monstres, celui de se nourrir de ce visage pour lequel il s'était éprit et qui en ce jour, avait placé sa confiance et sa vie entre les mains du chirurgien, ce en dépit de sa méfiance. Une preuve qu'elle espérait pouvoir renouer, pouvoir se rapprocher à nouveau, de simple amitié peut-être, ce qui était probable puisqu'il imaginait bien qu'il devait être le seul sombre idiot à inventer des sentiments pour une autre alors que les survivants de tout lieu devaient penser avant tout à un moyen de rester en vie, elle de même.

James laissa la créature entamer des pas décidés, bras levés, dents cassées pour certaines, manquantes pour d'autres et bien taillées pour ce qu'il en restait, exposées à sa proie. L'homme avança à ce moment dans son dos et ployant les genoux pour ne pas arriver tel un buffle indiscret, s'empressa de quelques pas rapides, puis d'une impulsion qui en oubliait tout conflit spirituel, sprinta vers le mort-vivant sur quelques mètres et plaqua comme un rugbyman bardé de testostérones le monstre à la taille, l'emportant littéralement au sol d'un souffle audible et rauque.
Il sentit ses bras entourer ces vêtements nauséabonds et cette chair défunte, il ressentit le choc lorsqu'ils tombèrent au sol, lui dominant la bête d'une posture qui le protégeait de toute riposte meurtrière et s'abandonnant à un état presque second, il lâcha la chose pour se redresser dessus et lever son poing droit armé. Un flottement, un court instant d'hésitation qui lui paru être une brève éternité, les yeux brûlants d'une volonté agressive braqués sur ce crâne dont la chevelure sans doute garnie autrefois n'avait laissé que quelques restes en paillasse, sa peau noircie par la mort abjecte et ses yeux, surtout ses yeux, à demi sortis de leur orbite en une manifestation horrifique de Lucifer lui-même, qui semblait remonter des profondeurs de l'enfer pour scruter tel un spectateur James plus que quiconque en s'amusant d'avance de voir ses démons les plus ignobles s'incarner dans ce poing haineux.

Enfin, le vent s'opposa au poing armé qui descendait à toute vitesse pour heurter le crâne de ce qui n'avait plus d'âme. Il résonna dans tout son bras, le choc, le métal de son arme retourna contre ses phalanges une douleur vibrante et malgré cela, le pire fut le craquement qu'il perçut comme si il provenait de son propre corps : celui du crâne se fissurant bruyamment. Il n'y eut pas de sang, aucune trace d'hémoglobine ou de toute autre substance qu'il s'attendait à voir apparaître même faiblement, rien de tout cela. Juste ce craquement infect et le crâne s'ouvrant. Le coup avait-il étourdi la créature ? Ressentait-elle la désorientation d'une telle violence ? Quoi qu'il en soit le rôdeur frappa de sa tête dénuée de résistance le sol, sans manifester ni douleur ni torture, désespérément insensible à sa tentative.
Se redressant, le chirurgien regarda autour de lui par réflexe et vit à proximité, installé à même la terre boueuse d'une pluie passée un peu plus tôt, une pierre imposante. N'écoutant que sa hargne, il se redressa en urgence sur ses jambes et bondit vers l'objet de son désir nouveau, dont il se saisit des deux mains, faisant fi de l'humidité et des traces désagréables de boue pour revenir vers la créature qui s'était agitée contre le sol, étirant ses mains prêtes à étrangler et mouvant ses cervicales sans pour autant se redresser, ce qui laissa le temps à James de dresser son arme improvisée au dessus de sa tête d'une forte inspiration grimaçante, avant de l'abattre dans un râle de dégoût mêlé à la rage qui se déchaînait de tout son être. Cette fois, il n'aurait pu décrire à son propre esprit le bruit répugnant que fit le crâne du monstre, seulement que celui-ci fondit en miettes sous le coup pour écrabouiller son cerveau à vif en répandant le peu de substance qu'il restait autour de lui.

Les yeux avaient littéralement été sortis de leurs orbites maintenant et pendaient, une vision d'horreur. Détournant aussitôt son regard du résultat de l'acte immonde qu'il avait commis, il se rua sur Elizabeth pour prendre sa main et sans un mot, bien que ses yeux grands ouverts illustraient à quel point il n'avait plus qu'une idée en tête maintenant, se sortir de cet enfer, l'emmena avec lui au pas de course sans lâcher cette peau si douce et si vivante, à laquelle il ne se raccrochait pas que physiquement, mais aussi mentalement, pour foncer droit devant eux.
Il ne savait plus pourquoi ils étaient venus, pour quelque chose ? Quoi ? Trouver des ressources, explorer le secteur. Les réponses lui venaient en tête aussitôt les questions posées à lui-même à une vitesse folle. Passant non loin d'un autre monstre au corps de femme dont la main gauche manquait, il eut tout de même le temps, si court temps, de voir sa tête tourner au bruit de leurs pas pressés pour les voir cavaler. La course fut intense, parue si longue, traversant cette piste interminable non pas vers les bâtiments qu'il savait sans doute inaccessibles, mais vers l'un des rares avions, resté sur le tarmac.

Si la machine se rapprochait toujours plus à mesure de leur course dont le souffle emporté de James, moins endurant qu'Elizabeth, donnait le rythme, il en était de même d'une autre créature qui se trouvait sur le chemin. Ils sortirent de l'herbe pour courir sur le tarmac en question, sol bien plus propice à une telle dépense d'énergie qui augmentait par le port de ces bottes pas très appropriées du chirurgien. Finalement, James daigna lâcher la main d'Elizabeth quand le monstre n'était plus qu'à quelques mètres devant eux, faisant de nouveau appel à sa colère qu'il laissait ressortir en serrant les dents, déformant ses traits de cette force qui avait depuis des jours supplié d'être libérée. Et lorsqu'il fut à portée de la chose tentant de le saisir, il fit mine de ployer les genoux pour s'accroupir en baissant la tête avant de très vite se redresser par l'élan de ses jambes pour balancer un superbe uppercut à son défunt ennemi.

De nouveau, le choc eu un retour de bâton pour les doigts de James déjà mis à l'épreuve mais les dégâts furent plus fulgurants pour la créature qui bascula en arrière tête la première et tomba sur le dos, mollement, inconsciemment. Les vibrations, un autre craquement moins grave témoignant de ce que la mâchoire du rôdeur avait enduré et le chirurgien se sentit plus en colère encore, contre lui-même.

« Dans l'avion ! » Lançait-il sans perdre de temps, plus soucieux encore de leur vie que de sa colère, bien heureusement.

Il reprit sa course et avala la distance restante non sans que son coeur ne s'emballe et ses jambes comme sa respiration ne s’essoufflent, il était encore loin d'avoir retrouvé sa véritable forme d'antan. Suivant Elizabeth, plus rapide que lui, qu'il laissait ainsi passer devant, ils grimpèrent sur les marches du petit escalier repliable appartenant à ce qui devait à tout croire être un jet privé, étant donné l'élégance de l'appareil dont la taille restait pourtant très mesurée face à un véritable avion de ligne au design semblable. Ils ouvrirent la porte, devant s'y mettre à deux pour pousser cette épaisseur de métal et s'engouffrèrent dès que l'espace le leur permis. Les rôdeurs ne tarderaient pas à venir jusqu'à eux, celui qu'il avait agressé et la femme les avaient repéré, il ne faisait aucun doute. Ce qu'il ne savait pas en revanche, c'est que deux autres avaient été attirés sans qu'ils n'aient eu le temps de s'en rendre compte.

Tout en y mettant de tout son poids pour refermer l'avion dans lequel ils étaient maintenant cloîtrés, il se dit que cette décision n'avait peut-être pas été la plus judicieuse à prendre. Pourtant ils étaient là, la seule autre solution aurait-elle été de revenir sur leurs pas et rentrer sans demander leur reste, mais ce n'était pas le jour. Il ne reculait plus, il l'avait promis.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Ven 28 Aoû - 2:41
James avait fondu sur sa cible comme un rapace sur sa proie, sans même exprimer, ou même laisser à demi-entendre une once d'hésitation. Il était arrivé avec la discrétion d'un félin tandis que la jeune femme était occupée à garder une distance tout à fait raisonnable qui lui permettait de se garder suffisamment de temps pour jeter quelques coups d’œil dans son environnement immédiat, histoire de ne pas être surprise par un mort survenu de nulle part, ou un danger quelconque qui se mettrait sur sa route alors qu'elle avait le dos tourné.
Dès lors que son attention se reposait sur le mort mis en appétit par la chaire qui se présentait à lui, elle ne parvenait qu'avec peine à porter son regard ailleurs que dans les yeux mornes et vides de son assaillant. C'étaient des yeux malsains, voilés d'un manteau blanc et laiteux, visqueux et globuleux, qui emportaient dans les abîmes de sombres tourments les victimes qui s'y plongeaient.
Que pouvait-elle regarder d'autre sans être dégoûté ? Sa peau partait en lambeau, offrant çà et là, quelques vues sur ses entrailles, débordant parfois, à l'odeur nauséabonde de la décomposition et à l'aspect répugnant. Le tissu qui recouvrait autrefois ses jambes était parti en lambeaux et pendaient piteusement, dans le vide, se mêlant parfois à quelques filets pâteux de sang coagulé. On y entrevoyait dans la crasse et la chaire, quelques morceaux d'os brisé donnant à son tibia un angle plus qu'improbable.
Ce n'était dénué de sens que d'imaginer un tel état sans souffrir un martyr immense, mais seul le râle d'une bête affamée s'échappait d'entre ses lèvres décharnées et à moitié arrachées.

Et voilà que son coéquipier s'était jeté brusquement sur la créature, l'emportant dans son élan vers le sol, et de son poids, l'écrasant contre le sol. Elle avait cru entendre en cet instant quelques os céder davantage, et sa chair s'ouvrir plus encore. Un son semblable à un large morceau de steak que l'on jetterait brutalement contre une planche pour l'attendrir, l'odieux bruit glutineux en supplément.
Elle avait l'impression de s'être retrouvé dans un laboratoire de boucher tel qu'elle se l'était déjà imaginé, le sang débordant, et le couperet tombant sur une tête en décomposition, rajoutant au spectacle un peu plus de "gore" et de "choquant". Un couperet symbolisé par un poing, large, brutale qui tomba à l'arrière du crâne de la bête dans l'espoir, peut-être, d'abréger ses souffrances. Mais ce ne fut pas le cas.

Sous le corps massif du médecin à la carrure de boxeur, le dégénéré s'affaissa davantage, bien que ses muscles - ou ce qui en restait - opposaient encore une certaine résistance, désireux plus que jamais d'attraper cette nouvelle proie qui s'était jetée dans la gueule du loup. Mais c'était bien la terre que les griffes et la bouche du malheureux succombé s'acharnèrent à lacérer en dépit d'une substance plus juteuse à son palais.

Les doigts d'Elizabeth se crispèrent sur la crosse de son arme, l'index rigidifié sur la détente, et le canon s'obstinant à garder dans sa ligne de mire le crâne du défunt. Elle avait totalement abandonné ses tours d'inspections du regard, ce dernier figé dans le spectacle de corps à corps hideux que James lui offrait.
Elle sentait son cœur battre la chamade, à chaque mouvement, à chaque soubresaut sur la créature fournissait, s'attendant à voir cette dernière se retourner vivement, désarticulant la totalité de son corps pour voir les dents brisées s'enfoncer dans la chair de son très cher barbu.

Mais au lieu de cela, c'est l'effroyable éclaboussure d'une cervelle mise à mal par une lourde pierre qui lui fit pousser son hoquet de stupeur. Elle se souvenait de toute cette hémoglobine qui s'était déversé sur elle lorsque l'une de ces créatures s'était jetée sur elle entre deux hangars. De l'état second dans lequel elle en était ressorti, choquée, interloquée, figée. Cette fois-ci pourtant, elle détourna le regard, aussi vivement que possible, ne pouvant supporter cet excès de viscère.

Elle ressentit une décharge électrique lui traversant le corps lorsque le bruit d'une course effrénée parvint à ses oreilles quelques secondes avant de se sentir emporté sans comprendre ce qui se passait. Elle faillit dans sa surprise, en plus de laisser échapper un cri de stupéfaction, appuyer par négligence sur la détente de son arme. Son index dérapa hors de la sous-garde , épargnant alors un incontrôlable bruit qui aurait alors rameuté à eux toute la zone.
Dans l'élan que lui prodigua James en l'emportant avec lui, elle manqua de tomber, les pieds traînants sur une motte de terre, trébuchant à deux reprises avant de se reprendre de justesse en serrant fermement cette poigne qui l'avait embarqué.

Pourquoi s'était-il soudainement à courir alors qu'ils avaient à l'esprit jusqu'ici de progresser en silence, tentant d'éradiquer, lentement mais surement, les zonards un à un ? Quelle raison, quel danger, l'avait poussé à choisir la fuite brusque, et immédiate, au lieu de la progression tempérée ?
Tendit qu'elle prenait le rythme imposé, son regard balayait les environs, se posant sur chacune des créatures qui erraient dans le secteur, s'attendant à tout instant de sentir une paire de griffes se jeter sur elle. Mais non, rien de proche, rien d'immédiat, rien d'immanent. Leur cavale pourtant, ne passa pas inaperçue.

"James !" Eut-elle simplement le temps de déclarer tandis qu'il l’entraînait toujours plus loin.

Maintenant, c'était trop tard. Maintenant, il fallait courir. Vers où ? Vers quoi ? Elle leva son regard vers ce qui se dressait droit devant eux, s'ils ne changeaient pas alors de trajectoire. Elle l'avait aperçu, cet engin laissé à l'abandon sur le bout de piste opposé. Est-ce qu'ils arriveraient jusqu'à lui indemnes ? Et après ? Abandonnant ses réflexions, elle donna à ses muscles l'impulsion nécessaire pour se porter plus encore vers l'avant. Son nouvel élan lui permit de se joindre à la course à la place de se la faire imposer, inspirant profondément pour donner à son allure une constante efficace.

Leur sprint fut interrompu par l'interposition d'une créature sur leur chemin, se faisant écarter par un nouveau coup, brutal, agressif, imposant un impact soudain qui fit ployer sa mâchoire. Une coupure brève qui permit à Elizabeth de prendre la tête de la course, poussant son homologue de situation à la guider sur son idée, lui confirmant ce qu'elle avait en tête.
L'avion, oui. Elle l'avait vu.

Elle fonça et s'engouffra finalement à l'intérieur de l'appareil, ne ralentissant qu'au dernier moment, et se retournant aussitôt une fois à l'intérieur pour constater la venue de l'homme à sa suite. Cette course folle, aussi surprenante que démente, avait fait cependant perdre à la jeune femme toute notion de prudence dans cet engin qu'elle avait estimé comme son objectif sécuritaire.
Tournant le dos au cockpit, elle escorta du regard l'arrivée de James qui monta à sa suite, essoufflé, refermant sur son passage la porte de l'avion et les cloisonnant alors à l'intérieur de cet espace confiné.

Lorsqu'elle constata enfin que la porte métallique fut complètement fermée, elle poussa un long soupir, tant de soulagement que d'expiration par sa course.

"Pourquoi tu as couru...?" Demanda-t-elle alors entre deux inspirations, soulevant plus cette question comme un reproche sous-entendu.

Les sourcils froncés, elle attendit une réponse, se tenant droite comme un i, à l'instant même où elle sentit une poigne prenante qui la saisit à la gorge et l'attira brutalement en arrière. Dans le mouvement, si abrupt, si surprenant, elle avait lâché son arme qui s'était écrasé au sol dans un bruit métallique.
Elle sentit alors la mort venir, une mort caractérisée par une paire de rangées de dents qui s'enfoncèrent dans sa chair, ses griffes acérées qui lacéraient ses bras, mais non. Rien de ce à quoi elle s'était attendue ne survint, et le choc d'une paroi vibrante contre son dos la rappela à la raison. Ce n'était pas une créature qui l'avait saisi, mais un homme.

Un homme aux traits durs et marqués, à la barbe massive et au regard redoutable. Cet homme avait resserré ses doigts crasseux sur sa gorge fine et avait joué de sa force pour la plaquer contre un mur. Tout mouvement fut interrompu à peine une seconde plus tard, tandis que l'empreinte du canon froid de son arme s'imposait sur sa tempe, et son autre bras se pressait sur sa gorge, soumettant Elizabeth à sa domination totale.
De cette manière, il s'assura que James ne fasse aucun geste brusque.
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