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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CFJ, B, 1] Les yeux dans les yeux - 27/01/35
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 30 Aoû - 1:49
Le bruit strident de la porte de l'avion qui se refermait arracha un soupire affligé à James qui posa la tête contre, les mains toujours apposées et fermant les yeux. Son souffle reprit peu à peu un rythme plus régulier, plus calme, quand il entendit derrière Elizabeth lui poser la fameuse question. Pourquoi courir ? Pour ne pas sombrer. Plus que jamais, les démons de James le tiraillaient dans son coeur et le secouaient jusqu'aux entrailles pour le pousser à s'abandonner complètement à ses pulsions. Des démons ? Non, c'était trop facile de le penser ainsi, c'était lui, lui-même, déchiré entre la raison et l'instinct, la réflexion et la colère, le jour et la nuit. Deux facettes opposées d'un même homme. Écraser ce crâne, même le frapper, avait été une épreuve dont Elizabeth n'avait peut-être pas conscience, mais qui lui avait coûté plus qu'il ne l'aurait voulu, plus qu'il ne l'aurait imaginé en dépit de son pessimisme.

C'était ça alors, qu'il devait devenir pour survivre ? Un monstre briseur de crâne ? Une force colérique tabassant ce qui le menaçait et oubliant jusqu'à sa morale la plus élémentaire en prenant d'autres vies, ou existences selon le point de vue, pour garantir de conserver la sienne ? C'était dur, affreusement dur et il voudrait garder cela pour lui, car il savait que cela le ferait passer pour un faible aux yeux d'autres membres du groupe moins scrupuleux, mais c'était plus fort que lui : il ne pouvait se résoudre à devenir un animal comme ces créatures. Il ne voulait pas sombrer. Pourtant, elle avait posé la question et il ouvrit les yeux, expirant longuement en se redressant. Il imaginait quelle réponse lui donner quand il entendit le sursaut de stupeur d'Elizabeth et le bruit lourd du Bobcat s'effondrant sur le sol.
Il fit volte-face, presque aussitôt et vit avec horreur cette main plaquer Elizabeth contre le mur et presser son avant-bras sur sa gorge en pointant le canon d'une autre arme sur sa tempe. C'était un cauchemar, interminable. Quand ils échappaient aux morts, c'était les vivants qui les surprenaient, n'y avait-il donc pas de fin ? Le regard du chirurgien passa d'Elizabeth à l'homme qui les regardait à tour de rôle, les yeux emprunts de nervosité et de férocité, la peau couverte d'une épaisse couche de crasse noircissant son visage sur lequel un début de barbe massive se dévoilait. Il portait une casquette bleuâtre dont le logo avait pratiquement disparu tant elle était abîmée, trouée même et sa chemise portée par dessus un tee-shirt, comme son jean, ne présentaient pas mieux. C'était le moins que l'on puisse dire.

Il avait l'air pour le coup, lui, d'un animal qui imposait sa domination en menaçant l'un pour tenir l'autre à distance, sa main tremblante prête à appuyer sur la gâchette volontairement ou involontairement et son regard lui donnant l'air d'un fou en rage loin d'être sûr de lui, galopant rapidement de l'homme à la femme tant il était stressé. Il ne pouvait rien faire, James ne pouvait agir sans que tout dérape et la situation était si délicate qu'il retenu presque son souffle par réflexe, cessant pratiquement de bouger en passant à nouveau le regard. La vue de cet inconnu le perturbait, mais ce n'était rien à coté de ce qu'il ressentait en voyant ainsi la vie d'Elizabeth ne plus tenir qu'à un fil, ou plutôt un bras qui lui imposait un contact brutal.
Une partie de lui était en proie à la peur que les choses finissent dans la douleur et lui intimait de rester très prudent dans ce qu'il allait à présent faire, et l'autre, la plus noire, intensifiait cette colère éreintante à gérer qui en cet instant atteignait les limites de son baromètre, menaçant silencieusement d'imploser après tous les efforts qu'il avait déployé pour se contenir ces derniers jours. Il ne pourrait supporter un mort de plus, il ne pouvait pas, surtout pas Elizabeth et rien que l'idée qu'elle puisse ne serait-ce que souffrir lui vrilla l'esprit et le noya sous une vague de craintes extrêmes. Il était à la merci de cet homme qui pouvait l'abattre en un instant et faire de sa camarade ce qu'il voulait. Ses pensées irrationnelles prirent un malin plaisir, en l'espace des quelques instants de silence qui s'étaient installés sur le trio non-voulu, de lui faire imaginer le pire de ce qu'il redoutait. Tout allait vite, bien trop vite dans son esprit et il devait absolument se ressaisir, maintenant, pour trouver une solution avant qu'il ne soit trop tard.

James leva les mains, lentement, en signe de reddition, s'efforçant de garder son regard braqué sur l'homme pour attirer son attention et cesser d'imaginer ce que pourrait subir Elizabeth.

« Nous ne sommes pas hostiles, nous ne sommes... on ne savait pas que l'avion était occupé. » Dit-il d'une voix exprimant de façon alarmante son inquiétude, cherchant à faire montre de sincérité dans ses yeux grands ouverts et ses sourcils redressés. « On ne veut pas de problème. »

« Sors tout ce que t'as dans tes poches et poses ça par terre. »

James ne pu retenir une grimace de ses lèvres s'étirant devant ses rangées de dents se serrant l'une contre l'autre, avant de tenter de répliquer calmement.

« Attendez, vous- »

« GROUILLE ! » Hurla subitement l'homme dans son élan de folie toujours plus visible en pressant l'arme contre la tempe d'Elizabeth, la forçant à tourner la tête. « Ou je lui explose la tête !! »

« OK ! Ok. Ça va... on se calme... » Rétorqua James.

Sans perdre de temps, il baissa ses mains et tira de ses phalanges le poing américain, qu'il lâcha, celui-ci tombant sur la moquette de ce qui fut un avion luxueux -maintenant ravagé - dans un tintement tout aussi lourd que l'arme avant lui. Il mit ensuite les mains dans les poches de sa veste, les enfonçant exagérément en tirant ensuite le tissu pour démontrer qu'il n'avait rien dans celles-ci et fit de même avec celles de son jean, puis enfin, il ouvrit sa veste de chaque coté et tâtait les poches intérieures plusieurs fois, avant de lâcher son vêtement et lever les mains à nouveau, plus haut cette fois. Tout du long, il n'avait pas détourné le regard un instant pour ne pas rompre le contact, voulant absolument conserver son attention.

« J'ai rien vous voyez ? On a pas de possessions, on était justement en train de chercher des armes et du matériel quand on est monté ici. »

« Oui c'est ça je vais te croire et ma mère c'était la princesse d'Angleterre, tournes-toi et recule doucement vers moi. »

Il semblait ne rien vouloir entendre et le chirurgien vit son peu d'assurance diminuer doucement à mesure qu'il avait le sentiment grandissant que les choses allaient mal se terminer. L'hésitation le marqua, il plissa les lèvres et les serra fortement, sans se décider à bouger de crainte que le ravisseur d'Elizabeth n'en profite pour le frapper ou pire, l'abattre. Mais il n'avait aucune ouverture, sinon se contenter de foncer dans le tas en faisant tuer son amie à coup sûr. C'était à se tirer les cheveux, il n'y avait pas de solution.

« Je t'ai déjà dit de te grouiller ! Tournes-toi !! » Hurla t-il à nouveau en serrant davantage la gorge d'Elizabeth, jusqu'à gêner fortement sa respiration.

James vit dans les yeux de la jeune femme la même crainte mais plus encore, un sentiment d'effroi qui semblait peu à peu se transformer en panique, alors qu'elle semblait incroyablement perturbée par la situation, enfin, plus qu'on ne pouvait l'être. Sa respiration s'accélérait et il l'entendait de plus en plus, tout comme l'homme qui lui jeta un regard étrange, James pouvait voir ses mains, qui commençaient à trembler, de même que ses jambes, ce qui s'apparentait à une angoisse augmentant à vitesse grand V et il eut l'impression, l'espace d'un instant, de voir une claustrophobe que l'on avait enfermé dans un minuscule placard depuis vingt secondes et qui commençait à perdre pieds.
Le chirurgien lâcha un soupire rauque et énervé, de devoir se soumettre mais il ne pouvait vraiment rien faire d'autre, c'était impossible. Il se retourna, non sans crispation et lenteur et une fois totalement de dos, se fit l'impression d'un mort en sursis qui attendait que la balle le surprenne et éteigne sa vie, dans l'un des pires contextes qu'il puisse imaginer, l'écartant définitivement de la scène pour faire la loi de l'inconnu. Ses craintes, de ce qui pouvait arriver à Elizabeth pour qui il avait tant d'affection, revinrent en trombe, celles de la torture et du viol s'imposèrent avec éclat, il pouvait entendre ses cris résonner dans son crâne. Fermant les yeux, il recula, sa colère bouillonnant maintenant si fortement que ses propres mains se mirent à trembler à leur tour, de l'intense nervosité qui l'habitait. Son silence, son inaction, était un véritable supplice et il continua à reculer, jusqu'à sentir la main de l'homme le stopper.

Il ne put le voir, mais il devinait être fouillé par la même main, qui se baladait dans son dos et releva sa veste et sa chemise, pour dévoiler le P226 niché à l'arrière de son pantalon, sans étui.

« Et ça c'est quoi ? » Gronda l'inconnu, très contrarié. « Tu t'es foutu de ma gueule espèce d'en- »

Sentant la pression dépasser les limites de l'imaginable et les répercussions violentes de sa tentative de tromperie approcher, il serra les phalanges en l'entendant parler quand les mots de leur ravisseur furent interrompus par un râle, le sien. Il perçut le déplacement du vent frôler son oreille, les pas précipités de l'homme qui basculait sur le coté et sous l'impulsion, se retourna brusquement sans baisser les mains pour voir Elizabeth bousculer pratiquement le chirurgien pour se jeter sur le coté. Un coup de feu parti, la résonance décuplée par l'étroitesse du lieu. James sursauta et vit du coin de l'oeil Elizabeth s'effondrer au sol, l'homme percutant le mur alors que le canon de l'arme fumant déviait sa trajectoire dans le choc.
Il avait tiré, sur Elizabeth, il l'avait touché, il l'avait peut-être tué, sur le coup... le pire était arrivé. Une seconde, une seule était passée, un instant durant lequel son esprit conclu ses craintes réalité et cette colère, cette ardente rage qui hurlait sa volonté de se libérer, cette partie la plus noire de son âme prit le dessus et effaça la raison d'un revers de main. James se rua alors vers l'homme dans un rugissement de colère et le saisit férocement au col en le soulevant, l'emportant dans sa course contre l'arche de la porte menant au cockpit sur laquelle il le plaqua de toutes ses forces. L'inconnu gémit sous le choc et le chirurgien le tira vers lui pour l'envoyer frapper l'arche à nouveau. Cette fois le coup fit percuter la tête de l'homme qui agrippa James à la veste.
Ce dernier maintenu son adversaire contre l'arche, qui tentait de le repousser agrippé à sa veste. A terme, sans parvenir à se défaire de la poigne du barbu, l'homme passa le bras droit par dessous et envoya son poing le frapper. James bascula et son dos heurta le mur. Il eut le temps de voir l'inconnu lui tomber dessus à son tour et envoyer son poing sur son estomac, le forçant à ployer sous la douleur avant d'être happé pour être envoyé contre le mur. La souffrance de ces premières attaques fut difficile à encaisser pour le chirurgien qui n'en avait pas reçu depuis son retour à la vie, prenant conscience qu'en dépit de son entraînement il était loin d'avoir retrouvé son niveau. Il parvint à sortir de son bref hébétement à temps pour éviter le poing ennemi d'un mouvement de tête de coté qui se fracassa contre la paroi métallique, lui arrachant un grognement prolongé de douleur et l'obligeant à reculer en se tenant la main.

James en profita pour se redresser et envoya un crochet du droit, mais l'inconnu se baissa in-extremis et l'évita pour venir le frapper de nouveau au ventre. Cette fois le chirurgien se plia davantage en expirant un douloureux souffle, prêt à tomber à genoux si son adversaire ne l'avait pas retenu, le saisissant à la veste pour l'envoyer tête la première contre la paroi opposée. La rude collision déconnecta James l'espace d'un instant, le noir complet l'envahissant et il s'effondra à même le sol. Quand il reprit vite conscience, la basket de son adversaire achevait de faire souffrir son estomac d'un heurt bien senti.
Il sentit ses entrailles s'écraser et eu le souffle coupé, le sang coulant au coin de son oeil droit, dû à l'arcade ouverte dans le combat, de même que la bordure gauche de sa lèvre inférieure. Les mains crasseuses de l'inconnu saisirent James alors qu'il était au plus mal et le forcèrent à se soulever, lui lançant d'une voix triomphante et sans pitié :

« Tu croyais m'avoir pauvre connard ? Je vais te péter toutes les dents et quand j'en aurais fini, je te collerais une balle dans la nuque comme à ta pétasse. »

Il eut à peine le temps d'achever ses mots que le chirurgien se redressa brutalement tandis qu'il était à quelques centimètres de l'homme, percutant sa mâchoire avec son crâne, ce qui le sonna légèrement sur le coup. L'homme en revanche senti ses dents claquer et l'une d'elle se casser en deux littéralement en basculant violemment en arrière. Ce fut à lui d'être hébété à son tour mais il n'eut pas le loisir de s'étaler sur le sol car le barbu, ébloui par la rage, oublia sous l'adrénaline en surdose la douleur et la lourdeur de son crâne pour bondir et l'attraper au vol par le col, le redressant avant de lancer sans cérémonie son front contre le visage de l'homme qui pu ressentir l'os de son nez craquer, le bombardant de douleur et de sang qui jaillit de ses narines.
Là seulement il le lâcha, n'ayant plus la force de le retenir et l'homme pu rejoindre la paroi, les deux hommes donnant la sensation de se malmener dans un véritable flipper, terminant sa course assis en cognant la surface métallique. Ses mains se plaquèrent sur son nez et il étouffa un hurlement, mais les yeux rouges du chirurgien ne diminuaient plus de sa colère et il n'en avait pas l'intention : il ne voulait plus que voir l'homme se noyer dans son sang. Reculant sous le contre-coup et se rattrapant à la paroi, victime d'un vertige, James retourna pourtant à la charge en lançant la semelle de sa botte vers le visage de l'homme, qui à sa surprise bascula de coté et libéra son visage ensanglanté pour se saisir de la jambe lancée et faucher l'autre de son propre pied. Le barbu tomba en avant et heurta le sol, ses mains placées par réflexe devant lui limitèrent les dégâts mais la chute brisa son élan vengeur.

L'inconnu subissait pourtant trop de douleur, doublé d’essoufflement - tout comme James, pour répliquer dans l'instant et le lâcha en reculant à l'aide de ses mains, cherchant à mettre de la distance. Le chirurgien roula sur le dos et s'appuya au sol tant bien que mal pour se redresser, refusant farouchement de mettre fin à cet affrontement avant que l'un d'eux ne puisse plus se relever, pour de bon. Alors que le chirurgien s'apprêtait à charger son adversaire, l'homme s'était redressé à son tour et se préparait à la suite mais un coup de feu interrompit net les hostilités, projetant une balle qui fit couiner la coque en la trouant au dessus d'eux : Elizabeth était debout, l'arme à la main à quelques mètres pratiquement contre la porte d'entrée de l'appareil et pointait leur agresseur. Il n'y avait pas de sang, pas d'agonie, rien de tout cela, elle était debout et prête à abattre cet homme qui l'avait violenté, ce qui soulagea instantanément James.
Pourtant, sa colère n'avait pas décru, même s'était accentuée encore si c'était possible et son regard noir maintenant assuré malgré ses blessures dévia de sa camarade pour fixer l'homme, vers lequel il avançait d'un pas résolu et rapide. Si l'inconnu voyait venir le barbu avec une crainte alarmante, il n'osait pas bouger car il craignait l'arme à feu plus encore et le chirurgien envoya son coup du droit de plein fouet au visage de l'homme qui, fragilisé de la mâchoire au nez le reçu comme une enclume et s'écroula sur le dos dans un gémissement plaintif, bien sonné, laissant une marque de sang sur les phalanges de James.

La respiration de celui-ci gonflait en même temps que son torse et il vint au dessus de lui, puis sans hésitation posa un genou sur son avant-bras droit pour l'immobiliser, l'autre sur son estomac et le saisit au col de chemise, prenant le tee-shirt au passage, avant d'envoyer à nouveau son poing du droit creuser davantage la meurtrissure. Le choc fut enivrant, délivrant, rageur et libéré de ses chaînes, il avait gommé toute retenue, frappant à nouveau, encore, puis encore, puis encore, faisant gicler le sang du visage de cet homme en qui il avait placé toute sa haine et renforçant l'élan et la puissance de ses coups qui se firent de plus en plus rythmés. L'inconnu se plaignit, d'abord, puis cessa quand il fut trop sonné par la douleur et qu'il ne sentait pratiquement plus son visage, terminant pratiquement à moitié-mort.

« Et là qui c'est qui pète les dents de l'autre hein ? Sale enfoiré ! »

James avait rugit d'un ton qu'Elizabeth ne lui connaissait pas, froid et endiablé à la fois, que lui-même ne reconnaissait pas mais il s'en fichait à présent, tout ce qu'il voulait, c'était massacrer celui qui avait fait du mal à la femme qu'il aimait secrètement, qui avait prit sa vie quand bien même ça n'avait finalement pas été le cas. Plus rien ne comptait maintenant, pas plus que les coups en parallèle qui résonnaient subitement contre la porte d'entrée de l'avion, mêlés à des râles qu'ils ne connaissaient maintenant que trop bien. James frappa, le roua de coups sans la moindre mesure jusqu'à ce qu'il ne puisse plus discerner son regard tant le sang le recouvrait, peignait la veste du chirurgien par éclaboussures conséquentes. Ce n'est qu'à ce terme cruel, toute raison l'ayant quitté, qu'il cessa pour venir empoigner sa gorge de ses larges mains réclamant un défouloir, le serrant à l'étouffement et continuant de serrer en le fixant d'yeux déformés par la rougeur, et la haine.

En ce moment d'abandon il représentait tout ce que le monde avait d'inadmissible, toute son animosité et son injustice, sans savoir qu'en réalité, ce visage était tout autant la représentation de ces choses, qu'un miroir pour lui-même...

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 1 Sep - 1:44
Elle sentait cette pression sur sa gorge qui lui comprimait l'œsophage, mais ce n'était pas la seule chose qui l'empêchait de respirer, et pour tout avouer, elle se fichait pas mal du canon pointé sur sa tempe. C'était paradoxal mais c'était bien la dernière chose des évènements en cours qui lui fichait la trouille.
Se retrouver coincé, acculé contre la paroi de l'appareil, cet avant-bras massif se pressant contre sa peau, et la proximité certaine de cet indésirable qui abordait ce regard tyrannique faisait ressurgir en elle un sentiment de panique qu'elle n'avait pas éprouvé depuis un moment. Elle pensait s'être un brin guéri de cet état, ayant enfin réussi à refouler ses instincts de protections incontrôlés au contact de James, et la main qui l'avait saisi quelques minutes plus tôt pour s'élancer dans une cavalcade délirante sans qu'elle en éprouve la moindre gêne, avait consolidé cette idée.
Mais loin de là.
Ses muscles se contractaient, tous ensemble, tremblant de plus en plus fortement tandis qu'elle tentait de garder le contrôle de son corps, mais rien n'y faisait. Elle répugnait à sentir cette peau la toucher, et de cette façon qui plus était, un geste de domination qui la réduisait à l'état d'objet, d'esclave, de prisonnière.

La bouche close, les yeux fermés, elle étouffait de tout son corps un cri puissant, bloqué dans sa gorge par ce bras trop imposant pour elle. A la place, c'est toute son âme qui criait, tous les pores de sa peau, ses membres qui tremblaient plus encore et sa respiration saccadée qui gagnait peu à peu du terrain sur son souffle de plus en plus court.
Si elle se dégageait, là, maintenant, qu'elle donnait quelques gestes brusques pour se défaire de la poigne, la balle partirait par la pression de cette main dramatique, la réduisant définitivement au silence et à l'immobilité. Et cette réaction, semblable à un urticaire, devenait de plus en plus incontrôlable. Elle allait perdre pied, et ça serait fini, ainsi, bêtement, sous le regard impuissant du médecin qui trouverait sans doute à redire sur son implication et sa culpabilité.
Quelle mort était préférable à l'autre ? Avait-elle réellement plus de chance de se relever si un mort venait la grignoter ? Cela rendait-il les hommes et leurs armes plus redoutable et monstrueux que les monstres eux-mêmes ? Assurément, elle aurait préféré que la prise soit d'un dégénéré. Elle aurait pu alors se débattre, se battre, et repousser cette saisie qui la tenait en respect. Au lieu de cela, elle se contentait d'essayer de se contenir. Et c'était insupportable.

Des voix, une discussion houleuse, parvenait jusqu'à elle, mais elle n'arrivait pas à remettre en ordre les mots qui étaient débités, ni à leur donner un sens, bien trop concentré sur son propre état de panique avancé et à l'image de sa propre cervelle répandue un peu partout dans l'habitacle.

Elle savait que James n'était pas loin et qu'elle ne devait son contrôle qu'au rappel de son aide qu'il lui avait offert à l'arrière du camion, quand elle avait failli céder. A sa voix apaisante qui lui avait fait gagner le contrôle. Elle se devait, absolument, immédiatement, la retrouver. Retrouver son regard, son aide ultime, savoir ce qu'elle devait faire pour ne pas flancher. Mais lorsque ses yeux s'ouvrirent sur la scène dont elle était victime, elle vit son rédempteur le dos tourné à sa supplique et son agresseur gronder à son encontre tandis qu'il découvrait l'arme cachée.

Ni regard, ni voix, ni signe.

La pression relâchée lui provoqua l'impulsion qui n'avait cessé de croître en elle, l'étincelle dans une cuve de propane. Tant pis pour la raison, tant pis pour la prudence, elle ne pouvait plus le contenir, son hystérie soudaine. Malgré le canon toujours appuyé sur sa tempe, les muscles de ses bras se détendirent d'un seul coup pour repousser la menace, frappant au passage de coup de poing et de griffe pour se libérer de l'emprise et se précipiter vers la seule source de sécurité qu'elle voyait en la présence du médecin, mais et surtout vers sa propre arme tombée au sol sur lequel elle se jeta.

Le coup de feu partit à cet instant précis, lui vrillant les tympans, la laissant un bref instant désorienté. Elle ignorait si elle avait été touché, si elle allait finalement succomber au  glas de cet assassin sans pitié, ses doigts se refermant sur la crosse de son arme enfin retrouvée comme pour s'y raccrocher, se retenir encore un peu à ce monde. Le temps de reprendre conscience, et de relever son visage pour constater le résultat de sa folle réaction, elle découvrit cet affrontement dans lequel s'était férocement jeté James.

Hébétée, elle resta un instant figée, par le spectacle ainsi offert. Figée tant par son incapacité à agir sans blesser son ami, que par cette brutalité qu'elle voyait dans ses assauts. Elle avait du mal à reconnaitre dans ce comportement l'homme doux qu'elle avait rencontré sur cette aire de service à son réveil. Il se battait, à mains nues, avec férocité, et semblait vraisemblablement savoir ce qu'il faisait. Les bras tendus, l'arme au bout de ces derniers, elle braqua son arme sur la mêlée de coup, et essayait tant bien que mal de garder le canon braqué sur le second homme, sans y parvenir plus qu'un dixième de seconde.

Elle décida finalement de se redresser petit à petit, acquérant par la même occasion la certitude qu'elle n'était blessée, et contempla cette scène en se demandant comment y mettre un terme. Si elle laissait davantage le combat perdurer, elle n'était pas bien sûre que James en ressorte indemne, les coups qu'il recevait, en dépit de ses flagrantes aptitudes, témoignaient de l'incertitude de l'issue du combat.
C'est pourquoi, à l'instant où chacun puisait une fraction de seconde pour reprendre leur souffle, elle saisit cette occasion pour tirer. Le coup de feu résonna à l'intérieur du jet pour la seconde fois, mettant un terme à l'affrontement entre les deux hommes. La balle était allée intentionnellement se figer dans la carlingue de l'appareil. Non pas qu'elle n'avait eu envie d'assouvir sa vengeance, mais elle ne se sentait pas à tirer sur un être véritablement vivant.

Ce laps de temps lattant permis entre autres de percevoir les grondements des morts attirés par le chahut mais et surtout par le premier coup de feu qui avait retenti quelques minutes plus tôt. Combien ? Elle l'ignorait, et pour tout avouer, ce n'était pas réellement le problème qu'elle essayait de gérer en l'instant. Elle avait mis leur agresseur en respect et retrouvait la supériorité sur le conflit.
Jusqu'à ce que l'inattendu se produise.

Elle avait vu James se jeter sur lui avec une rage sanglante, un feu ardent brûlant dans ses yeux. Elle n'avait pas besoin de réfléchir bien longtemps à ce qu'elle voyait. Il était clair qu'il irait jusqu'au bout, à mesure que les coups fusaient, et même lorsque les os et la chair du malheureux auraient lâché définitivement, il serait capable de continuer, de s'acharner, de tout son corps, de toute sa colère. Elle connaissait ce regard meurtrier pour l'avoir déjà vu de nombreuse fois. Un regard qu'elle aurait souhaité ne jamais voir en James. Mais elle pouvait toujours intervenir. Elle le devait.
Si elle le laissait céder davantage, si elle le laissait aboutir dans sa ruée, il serait incapable de se relever de cette épreuve et son mental serait alors irréparablement affecté. Et cela, il en était hors de question.

Tandis que l'homme perdait connaissance sous l'étranglement des doigts ravageurs de celui qui avait autrefois fait serment d'Hippocrate, Elizabeth se jeta James pour l'empêcher de commettre l'impensable. Les épreuves avaient été suffisamment rudes pour ne pas avoir à tomber dans cette obscurité-là.  Une obscurité qui le perdrait et l'éloignerait d'elle, définitivement.

Elle espérait lui faire reprendre conscience assez rapidement pour esquiver le moindre coup donné par instinct, bien que s'il fallait en recevoir un pour l'arrêter, elle était prête à l'assumer. Elle chercherait dans un premier temps à immobiliser ses mains la fraction de seconde suffisante pour plonger son regard dans le sien et crier à son encontre, comme s'il s'était perdu dans des limbes profonds. Elle n'espérait pas le contenir, juste donner du temps à ses mots.

"James ! Arrêtes ! Tu vas le tuer ! Tu vas tuer un humain !"

Oh, non pas que son propre côté noir l'avait souhaité quelque part, elle était resté suffisamment lucide pour ne pas sombrer. Elle savait qu'elle tenait sa rédemption du médecin et il était impensable qu'elle le laisse ainsi sans agir.

Avec un peu de chance, ses mots et son regard lui offriraient l'hésitation nécessaire pour le ramener à la réalité. Ses mains serreraient alors les poignets de James qu'importait la position qu'elle lui avait fait prendre dans sa bousculade, fixant son regard dans le siens.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 6 Sep - 19:42
Pourquoi ?

Pourquoi les choses devaient-elles être ainsi ? Pourquoi les hommes devaient-ils devenir des monstres quand le besoin de survivre atteignait son paroxysme ? Pourquoi tant d'hommes devaient souffrir pour que certains puissent vivre à l'abri et satisfaits ? Pourquoi le Seigneur avait-il décrété que l'être humain devait souffrir, dès la naissance, pour justifier sa vie ?

Les mains enserrées autour du cou de cet homme qui avait voulu tout leur prendre, James prit conscience comme il n'en fut jamais le cas, que la foi qu'il avait tant voulu solidifier envers une entité supérieure et bienfaisante n'avait été jusqu'ici qu'un échappatoire auquel il s'était laissé prendre sans vraiment y adhérer. Il avait voulu croire mais avait échoué, souhaitait se laisser prendre par les paroles divines mais ne voyait dans la réalité que tragédie et misère, si loin des promesses et des affirmations de justice de l’Évangile. Car la justice, jamais elle n'avait semblé aussi oubliée et méprisée. La justice n'avait jamais été qu'un rêve pour la société, gangrenée par les débats d'idées prétentieuses et le faire-valoir des lois pour satisfaire les lubies d'hommes et de femmes de pouvoir.
Sur le front, à la télévision, au sein de son quartier, dans son lit... la justice n'avait toujours été qu'une machine bien huilée par ceux qui n'en avaient que faire pour tenir en laisse ceux qui auraient voulu la trouver. C'était un guet-apens aux vertueux pour les défaire de leurs vertus, la course instinctive et inarrangeable de l'individualisme pour chaque être disposant d'un coeur qui bat. Maintenant, en cet instant, face à ce visage ensanglanté et meurtri comme le sien était blessé, il ressentait enfin dans ses mains un peu de cette justice qui avait fait tant défaut au monde et choisissait de mettre fin à la comédie de la foi. Pourtant sa haine aveuglait ce sentiment et à la place de la justice, il y trouvait sa soeur, la vengeance. Et si tout ne fonctionnait que dans un sens, celui de l'individu et de l'idée, alors la justice et la vengeance n'étaient pas dissociées, mais des jumelles unies et identiques indissociables.

L'homme à moitié mort n'avait plus la force de se défendre, de protester, d'agir contre ces mains de vengeance. En plainte de sa voix éraillée et morcelée par la faiblesse et la douleur, s’étouffant peu à peu avec son propre sang qui se reflétait dans les yeux rouges de rage de James, il ne pouvait qu'attendre, subir le mal jusqu'à ce qu'il mette fin à tout. Mais Elizabeth, se ruant sur l'agressé devenu l'agresseur, se saisit des poignets du médecin et s'efforçait bien en mal de le défaire de sa prise, lui qui refusait de détourner le regard ou de perdre de sa poigne galvanisée, les traits tirés à l'extrême et la peau devenant légèrement écarlate tandis que son souffle quasiment coupé contenait toute sa force en ses phalanges.
Les mots de la femme, qui résonnèrent dans l'esprit embrumé de James, tombèrent comme le couperet sur la nuque du criminel, l'obligeant à lever les yeux vers elle en plongeant son regard noir et furieux dans celui désespéré et peiné de sa camarade. Il se faisait l'impression d'être touché par la providence animant une révélation en son coeur, caractérisée par ce visage angélique, si doux et si beau, ces yeux si enchanteurs. Il laissa alors s'effondrer la noirceur de ses yeux et de son âme. Écarquillant son regard, sa colère fut broyée par sa peine révoltée qui fit froncer les sourcils du médecin et naître à l'orée de ses yeux des larmes de dépit.

Il pressa sur ses lèvres, gonflant ses pommettes à l'inverse de ses mains qui, à contre-coeur et à la fois par vérité, relâchèrent lentement la pression de ses doigts, abandonnant sa prise. Son regard revint sur l'homme, s'écartant peu à peu de sa gorge et ce qu'il vit le frappa d'effroi. Il avait sombré et cette horreur, tout ce sang, ce visage déformé et couvert de blessures aux yeux fermés d'inconscience en étaient les conséquences. Ne pouvant contenir ses émotions, James se laissa tomber en arrière sur son fessier et posa le coude à terre, reculant à même le sol sur une très courte distance pour s'éloigner de l'homme comme d'Elizabeth, avant de s'effondrer le front contre la moquette salie et poussiéreuse.
Son arcade douloureuse, sa lèvre ouverte, ses phalanges blessées, son estomac tiraillé et son crâne malmené, toute sa propre douleur s'éveilla en même temps que l'adrénaline retombait et ce fut à son tour de vraiment souffrir. Il se laissa rouler sur le ventre, s'efforçant de reprendre une respiration difficile mais régulière, avant de s'appuyer et se redresser tant bien que mal, attrapant le dossier d'un siège pour grimper debout sur ses pieds en grognant d'accablement.  

« Un être humain... » souffla t-il de désolation, une main appuyée sur le même dossier, l'autre venant du pouce presser sa lèvre pour en sentir la substance rougeâtre alors qu'un vertige l'assaillait jusqu'à le forcer à fermer momentanément les yeux. « Un être humain, qui voulait nous dépouiller en te collant une arme sur la tempe. Un être humain, qui a cru t'avoir tué et qui n'en a tiré aucun remord, quand il voulait me tabasser pour me tuer à mon tour. Ce que TU appelles un être humain ! »

James rugit ses mots, transcendant sa douleur pour s'approcher péniblement d'Elizabeth et la regarder de nouveau dans les yeux en laissant remonter une fois de plus sa colère tant il était indigné, reprenant de plus belle et avec plus d'élan de voix encore.

« Qu'est-ce qu'il t'aurait fait si il avait pu nous dépouiller comme il l'avait voulu et qu'il m'avait explosé le crâne hein ?! Comment tu peux appeler ce salopard un être humain ? Qu'est-ce que tu aurais pensé, si il t'avais fait subir... » Il serra les dents en pliant ses lèvres, retenant jusqu'à son souffle avant de relâcher férocement. « J'ai cru que tu étais morte ! »

Au même moment un lourd coup retenti de la porte à proximité. Il ne s'était presque pas rendu compte par toute l'intensité de ce qui avait eu lieu à l'intérieur de l'appareil, que des créatures avaient bien gagné la porte et avaient pu entendre à loisir qu'ils étaient présents, enfermés ici. Les râles, les mains frappant le blindage de la porte dans l'espoir de la passer, l'accumulation progressive de ces monstres qui s'attiraient les uns les autres comme des balises en relais, tout cela ne laissait aucun doute au fait qu'ils n'avaient plus aucun moyen de s'enfuir. Et ce fait ne fit que rajouter à l'amertume du médecin.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Mer 9 Sep - 0:43
Sa voix tonnait et résonnait dans sa tête poussant davantage la frayeur qu'elle éprouvait en l'instant. Elle l'avait observé s'écarter de l'homme à la face ravagée gisant au sol sous le hachoir d'une fureur innommable. Ses mots l'avaient atteints, lui rendant sa conscience perdue, mais ce qu'elle put lire dans son regard ne l'effraya davantage que les actes qui avaient précédé.
Elle s'était redressé tandis qu'il tombait au sol pour mieux se relever à son tour. Son arme toujours au poing, elle avait reculé de quelques pas, retournant aux abords de la porte de métal par laquelle ils avaient pénétré dans l'engin, tandis que les reproches à son encontre naissaient dans une colère regagnant de vigueur.

Elle avait déjà entendu ces mots, et ce regard rempli de reproche dans la bouche et dans les yeux de celle qu'elle considérait désormais comme son ami, du moins de son côté. Les deux femmes n'avaient pas eu encore le temps d'en reparler, de ce qu'il s'était passé ce jour-là, et d'accorder leur pensée pour que les reproches n'en soient plus.  Et maintenant, c'était au tour de James. Comment avaient-ils fait pour sombrer si profondément au point que les anciens préceptes moraux n'aient plus de place en eux. Elle ne pouvait se permettre de perdre son humanité car c'était tout ce qui la retenait dans ce monde, comme dans celui d'autrefois.
Elle avait tant de fois côtoyé la monstruosité bestiale qui régnait et rongeait le coeur des hommes que son éternel combat avait été de lutter pour se persuader que jamais elle ne serait ce genre de monstre, son sang déjà trop souillé par l'atrocité. Elle avait quelquefois cédé à la colère ces derniers jours, mais ce n'était pas ce en quoi elle était faite. Elle s'était toujours efforcé de trouver l'équilibre pour ne pas sombrer ni d'un côté, ni de l'autre.

Elle était aussi effrayé qu'une souris poursuivie par un sanglant prédateur, déglutissant sous les vociférations colériques de celui pour qui elle avait commencé à éprouver quelques affections. A chaque pas qu'il tentait en sa direction, elle reculait à nouveau pour garder ses distances jusqu'à ce que les parois de l'avion ne lui rappel que son espace de fuite était bien plus confiné et limité qu'elle ne le pensait.
Le martellement des morts sur la carcasse immobile de fer la fit sursauter à nouveau, lui rappelant alors à quel point sa situation était mauvaise. D'un côté, il y avait ces dégénérés assoiffés de chair qui entonnaient à l'unisson le chant des morts, et de l'autre une colère naissante d'un homme interrompu dans sa soif de vengeance.
Comment pourrait-elle lui en vouloir ? Elle n'avait pas pu le faire pour Ivy, et elle en serait de même bien incapable pour lui. Elle entendait leur détresse, et éprouvait la même douleur dans l'obscurité de l'apocalypse, bien qu'elle préférât la gérer autrement. Mais elle comprenait surtout qu'elle ne voulait surtout pas que James se perde sur ce chemin trop obscur pour qu'elle ne puisse l'y suivre.

Les mains tremblantes, trouvant refuge contre le grand dossier d'un siège en cuir de luxe, elle décida d'abandonner son arme sur l'assise de ce dernier, avant de reporter son attention sur cette menace qui grondait férocement à son encontre.

"Ce n'est pas pour lui..." annonça-t-elle d'une voix assez basse avant de reprendre, plus clairement, les paumes des mains se levant petit à petit. "Ce n'est pas pour lui, mais pour toi. Tu ne comprends donc pas que si tu franchis cette limite, tu ne pourras plus en sortir ?"

Elle se pinça les lèvres, son regard dérivant derrière James, sur le corps affalé et inconscient de l'homme qui avait voulu les dépouiller et les avait menacé.

"Si tu le tues, tu te perdras à tout jamais. Tu n'es pas comme ça James, tu n'es pas fait pour ça."

Elle avait vu sa véritable nature. Non pas la bête féroce qui s'était jetée sur leur agresseur, défendant leur vie au péril de la sienne et prêt à tuer pour cela, mais l'homme bon et juste, l'homme doux et prévenant qui lui avait tendu la main à plusieurs reprises malgré qu'elle ait craché dedans.

Dehors, la pluie se mit à tomber. Les gros nuages cotonneux s'étaient accumulé, obscurcissant les cieux pour ne laisser que le voile sombre d'un rideau gris, terne. Il ne faudrait plus beaucoup de temps avant que le sol s'humidifie assez pour ressembler à une pataugeoire, faisant tomber le mercure du thermomètre au plus bas. Cela ne ferait pas vraiment fuir les monstres qui s'agglutinaient de plus en plus autour de l'appareil comme des ours sur une ruche pleine de miel, mais cela atténuait un tant soit peu leurs râles, les couvrant par le martèlement des gouttes de plus en plus grosses sur la carlingue.

Elizabeth espérait qu'il n'ait pas définitivement perdu la raison, et qu'il parviendrait à se calmer, car si ce n'était pas le cas, elle ignorait alors ce qu'elle pourrait faire pour cela.

"Nous ne sommes pas des assassins. Car si c'est le cas, alors autant les rejoindre, ça sera moins douloureux à supporter..."

Elle désigna les créatures à travers le hublot contre lequel elle s'était appuyé, laissant apparaître le bout de doigts ensanglantés, grattant contre la vitre avec les maigres forces qui lui restaient.

James F. Everett

Anonymous
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Jeu 10 Sep - 23:29
Je ne m'en étais pas rendu compte, tellement la rage m'habitait. A chaque pas que j'avais fait vers elle, entonnant le chant de ma colère, elle avait reculé. Dans ses yeux et ses mains tremblantes, je la vis, la peur. La peur de moi, qui m'était laissé aller à ma fureur dans le seul but de la protéger, je me rendais maintenant compte, face à son absence de colère ou de brutalité dans ses mots, faisant miroir de ma violence qui me revenait en pleine figure, que je l'avais effrayé plus que ce salopard d'inconnu.

Qu'est-ce que j'avais fait ?  


James ne pu détacher son regard d'elle, tandis que la tempête de son coeur se dissipait d'elle-même. Ses sourcils se relâchèrent, sa main tenant son estomac comme s'il allait lui tomber dans les mains cessait d'être crispée et ses traits durcis comme l'acier fondaient à vue d'oeil. Elle posait l'arme sur le siège et le bagarreur hargneux redevint malgré lui le médecin aux yeux tristes. Sa lèvre était brûlante et son crâne lui faisait un mal de chien, mais de voir Elizabeth paraître tant apeurée par lui se révélait une douleur encore plus lancinante, lui écrasant les tripes.
Il l'écoutait, autant que faire se peut, submergé de pensées qui s’éteignaient aussitôt, comme si un millier de voix aux volontés différentes s'exprimaient en même temps et qu'il s'efforçait de les effacer pour n'entendre que celle de la jeune femme qui semblait si particulière, si angélique. Elle disait qu'il se perdrait, qu'il n'était pas fait pour ça. Ces mots résonnèrent comme un coup de poignard, comme un uppercut en pleine mâchoire, "il n'était pas fait pour ça". Mais son esprit sarcastique ne pu se retenir de lui gronder de son intonation dominante : à quoi était-il fait alors ?

Dieu avait choisi de donner la souffrance aux hommes, il les avait laissé faire face à cet enfer et pourtant, il avait aussi choisi d'accorder à James un don, celui de faire des miracles. Mais que valaient ces miracles au juste ? Quel don était suffisamment extraordinaire pour justifier de vivre une telle existence ? Pourquoi lui donner ce pouvoir à lui, qui n'aspirait au final qu'à mêler justice et vengeance ? Avait-il raison de vouloir la mort de cet homme ?
Il ne trouvait aucune réponse en lui et aucune de ses voix n'était bienveillante, rien ne lui susurrait que les choses s'arrangeraient, que demain sera un jour meilleur. Il avait voulu tuer ce type, cette enflure et il l'aurait sûrement fait si Elizabeth n'avait pas été là. Et pourtant, il n'aurait pas eu une telle rage si elle n'avait pas été là, peut-être même serait-il déjà mort. Mais si lui n'avait pas été là, s'il avait été jusqu'au bout de son souhait de suicide l'autre jour, alors ce serait à Elizabeth, de ne pas se retrouver dans cette situation. Tout se mélangeait dans sa tête, toujours plus douloureuse, cependant l'ensemble de ses pensées menaient au même résultat : il était fautif de leur situation. En voulant se protéger de devoir briser des crânes morts-vivants, il avait été amené à vouloir la mort d'un homme bien vivant, une conclusion néfaste pour des intentions à l'origine bonnes. Quelle déchéance.

Après qu'elle eut fait entendre ses dernières paroles, soulevant l'idée de rejoindre ces choses pour ne plus avoir à supporter ce monde, James scruta brièvement les doigts ensanglantés qu'elle désignait et détourna le regard, reculant lentement, d'abord du fait de son mal physique pour poser la main sur le dossier qui l'avait aidé à se remettre debout. Il laissa son souffle courir et diminuer d'intensité, progressivement, portant son attention à ce qu'il avait ignoré jusqu'ici : l'homme, inconscient qui gisait tel un cadavre en devenir. Ils étaient pris en étau, d'un coté par des mangeurs de chair qui attendaient au pas de la porte et de l'autre par cette carcasse en souffrance, qu'il hésitait à soigner ou à achever. Il y avait trop de mélange dans ses pensées, c'était un vrai capharnaüm, si bien qu'il ne savait plus où il en était.

Appuyant sur le siège rétracté de son coté, sans doute destiné au personnel de bord qui n'était plus, il l'abaissa pour s'installer dessus dans l'élan de son mouvement, soupirant longuement une fois fait en tentant de prendre son visage dans ses mains avant de reculer ce dernier vivement au signal de sa tempe douloureuse. Plissant ses yeux refermés quelques instants en grimaçant, il les rouvrit avec un regard las posé sur ses mains ouvertes devant lui, marquées de sang qu'il savait n'être le sien qu'en partie. Restant bloqué sur cette vision pendant un moment, il finit par faire entendre d'une voix à présent calme mais harassée.

« Je ne sais pas... pour quoi je suis fait. Je croyais le savoir autrefois, je pensais que les choses finiraient par s'arranger. Mais rien n'est jamais comme ça devrait être. Et tout ce que j'espère, tout ce que je touche, fini en cendres. »

Repliant ses phalanges en tournant ses mains, apposant ses avant-bras sur ses genoux en appuis, il marqua un nouvel instant en orientant sa vague attention sur le sol à ses pieds.

« J'ai faillis nous faire tuer, en voulant épargner ces choses dehors, parce que je croyais ne pas être un assassin malgré tout. Mais au final, j'ai voulu tuer un être humain. Peut-être que je le suis au fond, un assassin, avec toute cette rage... prête à faire payer à d'autres pour mes fautes. » Il soupira une nouvelle fois et laissa entendre d'un ton à peine plus léger, presque pour lui-même. « J'ai voulu croire que tout ça n'était qu'un rêve, un mensonge, ou l'antichambre de l'enfer. Quand j'ai compris que cette nouvelle vie était réelle, que j'avais vraiment échoué, perdu tout le monde...

Je vous ai laissé partir au complexe pour pouvoir vous épargner, en finir seul. Si j'avais eu le courage d'appuyer sur la détente, on en serait pas là. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Sam 12 Sep - 23:37
Oubliant quasi instantanément toute notion de peur ou de prudence à son égard lorsqu'il se replia sur le siège d'hôtesse, n'y voyant plus de prédateur dans son attitude, ni dans son regard et encore moins dans sa voix, elle s'approcha à grands pas de sa position. Elle avait balayé rapidement ses attitudes, comme si elle prenait conscience de son erreur.
James était définitivement quelqu'un de bien. Et comme chacun, comme Ivy avant lui, il était soumis à la pression de ce monde explosant de rage et de terreur, et gérait simplement ce stress immense à sa manière, en déchargeant comme une cocotte vapeur au piston fermé, en explosant lorsque la pression était trop lourde, trop grande. Cela n'en faisait pas quelqu'un de potentiellement mauvais, et elle voulait se porter garante pour lui, agir en guise de garde fou s'il le fallait, comme il avait fait pour elle. Un retour mutuel.

S'agenouillant face à lui, elle se saisit de ses mains posées sur ses cuisses d'un contact doux et sans autre volonté que lui faire sentir la chaleur de son contact. En vérité, ce geste même, comme la dernière fois près de la bouche d'égout, avait été fait sans même y réfléchir, comme un geste instinctif qu'on ne mesurait ni n'anticipait. Elle avait oublié complètement les notions de prudence ou les barrières érigées devant sa phobie. Sans s'en rendre compte, James avait non pas démoli, mais démantelé, pierre par pierre, avec une infinie douceur, ce mur épais qui l'avait cloisonné et séparé du monde social. Oh, cela ne voulait certainement pas dire que sa phobie était définitivement partie, qu'elle était guérie de ce mal qui l'avait rongé depuis son enfance, non.
Mais en l'instant, en l'occurrence, elle ne se rendait pas encore compte de l'énorme progrès et surtout de la signification de ce geste qu'elle voulait protecteur.

Déposant son fessier sur ses talons, son regard noisette se braquant dans les yeux de James, elle secoua la tête négativement à ses propos.

"Non, James. Tu te trompes. Si tu avais eu ce courage-là, on ne serait peut-être pas coincé dans ce foutu avion, mais je serais sans doute bien au fond du gouffre. Le suicide est et resta toujours un acte égoïste, dans ce monde, comme dans l'autre.
Ne me dit pas que tu regrettes. Et si c'est le cas, laisse-moi te montrer ton vrai toi, pour que tu changes d'avis."


S'il n'avait pas dégagé ses mains des siennes, elle resserrerait le contact de celles-ci en les pressant, doucement.

"On a tous un côté sombre qui sommeille en nous. Il n'y a pas de saint. Il n'y a pas d'ange. Seulement des êtres capables de gérer leur mauvais côté. Le renier te rendrait fou, tout simplement. Tu peux choisir de sombrer, de laisser cette colère te contrôler, mais ça serait mentir à ta véritable nature, celle qui m'a permise de refaire surface quand je me noyais. Mais tu peux aussi décider de le contrôler, de le tourner à ton avantage pour qu'il soit non pas ta faiblesse mais ta force."

Elle secoua la tête, son regard était plus que sincère.

"Ça ne sera pas facile. Vraiment pas. Mais regarde... "

Son attention se reporta sur l'homme, certes abimé au sol, et inconscient sous les coups destructeurs de son agresseur, mais vivant. Plus elle parlait et plus le trémolo qui se fixait dans sa voix se faisait perceptible, à l'instar de ses mains qui tremblaient un peu plus à mesure qu'elle parlait. Son discours n'avait sans doute pas la prétention de le convaincre, mais bien celle également de se convaincre elle-même.

"Si tu avais vraiment voulu le tuer, j'aurais jamais pu t'en empêcher. Sans t'en rendre compte, tu as faits ton choix dans cette direction.
Ne crois pas que j'ai pas eu peur... je crevais de trouille. De lui, de toi, de te perdre. Mais je crève surtout d'envie de croire... qu'on peut s'en sortir... ensemble..."


Embués, ses yeux se fermèrent pour laisser échapper ces larmes qui s'étaient accumulé jusqu'alors et qui n'attendaient que ce trop-plein pour s'échapper, roulant en perle brillante sur ses joues pour venir se perdre sur le coin de ses lèvres ou la pointe de son menton.

"Je ne regrette rien, pas même ce monde. Je n'arrive même pas à regretter cette foutue maladie, parce que j'étais déjà dans un putain de charnier avant même que les morts se mettent à marcher. Je mourrais peu à peu en me disant que de toute façon je n'aurais jamais du voir le jour. J'étais comme ces dégénérés, sans raison ni volonté...
C'est triste, c'est cruellement triste... mais je vous envie, parce que même si vous avez perdu, vous avez vécu. Vous avez aimé, et avez été aimé... parce que le seul foutu instant où j'ai eu vraiment envie de me battre... c'est con... mais c'est quand tu m'as saisis la main, à l'arrière du camion.

C'est ça que je voulais te dire. C'est pour ça que je t'en voulais tant... de m'avoir prêté ta main, le seul moment où j'ai vraiment ressenti quelque chose de bien, et d'avoir voulu me la reprendre injustement... d'avoir voulu m'abandonner."


Elle retira brusquement ses mains des siennes, se sentant d'un seul coup tragiquement bête et se frottant le visage du revers de ces dernières pour en retirer les larmes qui coulaient maintenant à flot, de manière incontrôlable.

"C'est de ça dont tu es fait... c'est de ça dont je voudrais que tu sois fait... Même si ce n'est pas pour moi. Même si je voudrais que ce le soit..."

James F. Everett

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Jeu 17 Sep - 0:06
James était resté ainsi appuyé, observant sans aucun intérêt le sol en se demandant quel avenir il pourrait bien avoir dans ce monde. Après avoir perdu sa famille, ses amis d'enfance, ceux de l'académie, ses frères d'armes, sa fiancée, son groupe de survivants, Jessica...  Il avait tissé de nouvelles relations avec Ivy, Clark, Ricky, Elizabeth surtout et Samuel quelque peu, mais c'était si différent, si limité. Plus que jamais et quand bien même la jolie brune était là, il se sentait seul au monde. Il n'y avait vraiment plus rien à faire, sa tentative de remonter la pente, s'était soldée par cette débauche de violence et de sang, dont il était le cruel auteur.

Pourtant, il se passa quelque chose d'étrange. Elizabeth s'approcha, d'elle-même, sans qu'il ait essayé la moindre approche, après l'avoir terrifiée par sa colère, elle était venue à grands pas pour s'agenouiller devant lui, une grande première depuis... qu'ils se connaissaient en fait. Quand elle se saisit de ses mains, il redressa le regard troublé sur elle, les sourcils se fronçant cette fois non d'indignation ou de mécontentement, mais d'une simple curiosité, lui donnant avec sa mine déconfit un air de chien battu. Le toucher de ses mains s'avéra une véritable bouffée d'air frais, une douceur qu'il croyait ne plus connaître et ces mains semblaient faites d'eau pure issue d'un fleuve paradisiaque, tant elles étaient agréables.
Alors elle plaça les superbes formes de son fessier sur ses talons et ses yeux noisettes plongés dans les siens firent l'effet du regard de Méduse, captivant celui du médecin en transformant sa haine en pierre, lisse et creuse, gommant la douleur. Sa voix résonna à nouveau jusque dans les plus profonds abysses de son âme et ainsi si près d'elle, les yeux dans les yeux, il cru percevoir la voix sublime d'une sirène qui envoûtait son coeur de marin voguant au milieu de la tempête qu'était sa triste conscience, le guidant vers le rivage où elle s'emparait de lui, pauvre homme impuissant sous l'emprise du pouvoir de cette créature.

Puis, émergent en partie de l'enchantement qu'elle avait peut-être involontairement tissé, ou acte volontaire de séduction, il se fichait à ce moment éperdument de la raison et de ses conseils, il écouta ses mots, dans un silence inébranlable de sa part. Il ne dégageait pas ses mains, au contraire, resserrant sans s'en rendre compte l'étreinte qu'elle lui avait offert, ce qu'elle fit de même, les voyant sous cela lié de leur force commune. Elle disait vouloir lui montrer son vrai moi intérieur et il pensa qu'elle serait certainement la seule à ce jour à pouvoir le faire, elle disait qu'il n'y avait pas d'ange mais ses yeux jureraient le contraire à ce qu'ils contemplaient, dussent-ils brûler avec joie en cas de mensonge.
Elle lui demanda de regarder cet homme, mais il n'en fit rien car il se fichait aussi de cet homme en cet instant, ne décrochant pas son regard de son visage malgré qu'elle ait détourné les yeux, pas avant de se rendre compte que les mains de sa compagne de voyage tremblaient et auxquelles il jeta un coup d'oeil momentané, ne faisant qu'accroître ce qu'il ressentait comme une sincère révélation. Ce n'était pas un vulgaire coup de foudre comme l'on en voyait dans les jolies histoires, ni une bouée de sauvetage à laquelle se raccrocher pourvue qu'elle était plaisante et confortable, non, c'était une véritable révélation. Depuis son réveil il n'avait fait que voir et assisté à l'enfer qui avait fusionné son existence avec la terre. Cette femme venait de lui faire entrevoir quelque chose de bien opposé : le paradis. Que l'on se moque de lui de se laisser prendre par de tels sentiments, mais que le diable l'emporte si ceux-ci n'avaient pas plus de valeur que tout ce que lui et les autres pouvaient bien posséder aujourd'hui.

La trouille dit-elle. Elle avait eu peur, de le perdre. Il n'avait toujours pas parlé, toujours pas réagit, il avait ramené prestement ses yeux aux siens et n'en démordait plus, ses mains ne voulaient plus la lâcher, ce qu'elle disait, quoi qu'elle pouvait bien vouloir ou croire, le convainquait plus qu'elle ne pouvait l'imaginer, plus qu'il ne croyait lui-même possible. Pouvoir s'en sortir ensemble, oui, cette fois il y croyait assez fort, son esprit ayant même occulté un mot parmi les quatre cités pour embellir le fait qu'il... tombait amoureux ? Etait-ce vraiment cela, s'éprendre d'une personne ? C'était si facile que ça ? Si enfantin ? Il n'en avait pas le souvenir, mais après tout, cela paraissait très - trop - plausible. Un instant on ne croit en rien, les yeux fermés, l'autre on les rouvre pour prendre conscience que l'on est prêt à tout pour quelqu'un d'autre.
C'était simple, c'était aisé, ça ne demandait rien de plus. Il se sentait plus proche d'elle dans cet avion à l'abandon après un mois et demi que de toutes les femmes qu'il avait connu en dépit parfois d'années de relation, car pour la première fois de sa misérable existence, il ne partageait pas seulement de l'affection, des projets communs ou même des goûts quelconques, il partageait quelque chose d’infiniment plus fort : sa souffrance. Son agonie. Et ça, était beaucoup plus crédible que tout autre argument qui pourrait lui être exposé ou qu'il pourrait se suggérer lui-même. Elle lui enviait d'avoir été aimé. Se doutait-elle seulement qu'il venait de se rendre compte qu'elle était aimée par nulle autre que celui qu'elle disait envier ?

Son arcade était brûlante, une ligne de sang issue de la corruption d'en-bas coulait le long de son visage comme ces larmes qui coulaient le long de la peau de cette femme et tombaient sur ses lèvres, tels des cadeaux d'en-haut. Sans l'avoir calculé ou ne serait-ce qu'amorcé, il avait enfoui ses démons dans leurs tréfonds et ils cessaient de le tourmenter, laissant place à un vide, aussitôt rempli de la chaleur d'Elizabeth au regard d'ange. Alors, il esquissa un léger sourire, triste mais si reconnaissant de le sauver à son tour.

« Je voudrais que ce le soit. » Affirma t-il d'une douceur nouvelle dans son timbre de voix, à la basse portée. « Je suis désolé Elizabeth... »

Se penchant vers elle, il vint reprendre ses mains, lentement, sans la brusquer et bien au contraire en lui laissant tout le temps de penser à son approche puis se releva en l'incitant à en faire de même, laissant le siège se rabattre de lui-même, afin d'être debout face à face. De sa taille plus conséquente, il la regarda sans perdre ce sourire né de son nouveau désir, un désir pour avoir envie de se battre comme elle, un désir pour elle, tout simplement.

« Mais tu te trompes, il y a des anges. Ce n'est que maintenant, que je m'en rends vraiment compte. »

Si elle n'avait pas retiré ses mains, il les ramènerait en les maintenant toujours avec tendresse et avancerait son visage vers elle, lentement, sans plus se soucier ni de cet avion, ni de cet homme, ni de ces monstres qui tambourinaient à la porte infatigablement, ni au reste du monde, même pas au risque d'être rejeté. Il ne savait pas si elle partageait ses sentiments, ou une ébauche de ceux-ci, mais il avait décidé de s'abandonner à son désir.

« Je suis prêt à changer d'avis. Montre moi... »

Son visage vint frôler le sien, inspirant son odeur comme la vapeur tout juste chaude et délicieuse d'un thé à l'arôme enivrant, ressentant de sa peau épaisse et âpre le toucher exquis de la peau d'Elizabeth douce et laiteuse. Et ses lèvres embrassèrent les siennes avec une légère gourmandise, outrepassant le goût salé de ses larmes pour enfin découvrir celui que son coeur avait ardemment voulu connaître : son parfum de fraise.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Sam 19 Sep - 1:04
Figée. Comme un courant électrique, de la haute tension. Du vingt mille volts sur le bout des lèvres. Ce désir et ce besoin oppressant de s'échapper, de fuir, pour ne pas finir grillé mais dans l'incapacité de bouger le moindre cil.
Tétanisée. Les lèvres légèrement entre-ouverte pour ne laisser passer qu'un souffle léger. A peine de quoi respirer, et ne provoquer qu'un arc plus intrusif, profitant de l'appel pour s'y faufiler avec douceur. Une douceur brûlante, enivrante, effrayante, profane.
Paniquée. Le coeur battant dans un rythme frénétique, les vaisseaux sanguins de ses tempes pulsant à en vriller le mal-être au plus profond de son crâne, plongeant et sillonnant le long de son épine dorsale pour ressortir par les moindres pores de sa peau.

Sa pensée succomba sous les assauts délicats de ce baiser offert, explosant en une multitude de reflets incohérents pour ne laisser place qu'à l'appel du désir, si vigoureusement enfoui, exaltant sa libération, brisant les chaînes d'une volonté défaillante pour ne laisser place qu'à l'infinie volupté que prodiguait cet instant.
Elle ignorait bien encore, si les tremblements de ses mains, ceux de ses jambes, et le vacillement de son coeur étaient dû aux gestes, à l'odeur, et à la présence de James, ou bien à son indéfectible trouble anxieux. Elle désirait plus que tout déguerpir, détaler comme un lapin ayant perçu les mouvements du chasseur, mais peine perdue, elle était la proie qui se débattait vainement entre les bras de son prédateur qui n'avait nul autre nom que celui de son coeur.

Happée par la fragilité du geste, ses talons décollèrent davantage du sol pour se grandir et gouter plus encore au nectar qu'on venait de lui offrir.
C'était déchirant. Elle se perdait dans les limbes de son subconscient vorace qui hurlait à l'abomination, suppliant, secouant, ses idées incandescentes, de refaire surface, d'immerger de l'illusion de bonheur qu'elle pensait ressentir, de s'échapper de l'étreinte dangereuse voilée sous un masque tentateur.

Impossible. Le ver avait dupé ses sens et dissimulé l'hameçon au bout duquel elle restait accrochée. Elle perdait pied. Prise dans l'élan de cet instant irréel, tandis que le refuge était nargué par les avides mangeurs de chair, que le ciel pleurait et grondait, que le sang gisait sur l'homme inconscient et meurtrit, elle s'abandonna à la folle mélancolie qui les avait poussé l'un à l'autre.
Quelque chose tempêtait toujours en elle, et il était difficile de l'ignorer, mais il y avait plus fort, en l'instant, que sa maladie.

Elle lui montra alors la porte entrouverte qu'elle avait laissé à son attention, et ne pourrait faire guère plus que la lui désigner, lui laissant le choix désormais, de la saisir et de la franchir. Au-delà, se trouverait le temps suspendu, l'espace néantique, l'écho assourdissant, les couleurs kaléidoscopiques, l'accomplissement charnel. Elle le laisserait l’entraîner où bon lui semblerait, sous le velouté de sa peau nacrée, la finesse de ses lèvres indulgentes, la moiteur de son souffle convoitant. Au paradis ou en enfer, subtilement ou ardemment, le choix serait sien s'il franchissait le seuil de cet univers, plus tout à fait clos, duquel brillait une lumière intense, aveuglante, étourdissante.

En attendant qu'il choisisse, de résister ou de s'abandonner, Elizabeth, déconnectée définitivement du réel, se ferait à son tour l'avocat de l'indicible tentateur, par son baiser rendu fou et absolu, et par la pression insensée de son corps contre le sien, assurant terre promise au chevalier conquérant.

Ce serait alors un nouveau monde, loin, très loin, de la terre, par-delà l'ineffable.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Dim 20 Sep - 15:51
Comment un homme pouvait devenir véritablement un homme ? En gagnant le coeur d'une femme.

James ne savait guère si c'était le cas, si tout cela était sincère, ses sentiments partagés, voulus et entendus, ou s'il s'agissait d'une procuration, d'un moment d'intensité qui n'aurait de continuité hors de son temps. Mais il n'était pas l'heure de se poser la question, ni même d'y penser, l'après ne comptait plus. L'existence propre à toute chose sur terre était niée par le cocon de saveur et de plaisir qu'elle et lui s'étaient confectionnés, voulant oublier la mort, la survie, la douleur, l'homme et les charognards.
Il n'y avait plus que ces lèvres auxquelles il goûtait, ce baiser qu'elle prolongeait finalement en serrant son étreinte, en le rendant passionné, il n'aurait pu en espérer davantage. Et par cela, le médecin su que le passeur avait accepté la pièce lancée pour traverser le sombre fleuve et rejoindre le royaume nommé plaisir. Elle lui accordait sa peau et son corps, elle lui donnait les clés du plus haut des cieux et à ce cadeau il ne se fit pas prier.

James qui tenait toujours les mains de sa tendre les posa sur son torse, à même le toucher de sa veste de cuir, afin de pouvoir poser les siennes sur ses hanches. La fougue ne fit que croître, son souffle chaud percutant celui de la sublime brune, entremêlant leur humidité et leur désir. Pressant ses hanches, il laissa son toucher descendre jusqu'à ses formes et prit dans un élan dont il n'avait plus aucune retenue, toute pensée cohérente envolée au profit de l'abandon à ce désir, il dévorait maintenant ses lèvres d'un délice langoureux et poursuivi la descente pour se saisir de ses cuisses et la soulever à la seule force de ses bras, ramenant ses proies contre son bassin pour les y maintenir, ressentant l'appui de sa poitrine, la caresse de sa chevelure qui exaltait leur étreinte, son visage mis à niveau par rapport au sien, il pouvait de ce fait chatouiller son nez du sien dans leur effervescence.

James l'emportait, sans aucune peine de la soutenir elle qui pour une femme était si légère et si désirable, droit devant lui pour l'étreindre plus fort encore contre le mur métallique et froid qui fut incapable de vaincre la chaleur infernale qui les animaient. Consentant à relâcher ses lèvres, il ne cessa pour autant de l'embrasser, prolongeant ses offrandes sur sa joue, son cou, lentement, sûrement, puis en fit le tour et réitéra le parcours en sens inverse, jusqu'à retrouver l'extase de sa bouche.
La suite les mèneraient, elle portée et lui emporté, jusqu'à la cabine de pilotage à quelques mètres de là, devant laquelle il avait précédemment affronté l'inconnu qui était toujours plongé dans l'inconscience et ce sans doute pour un bon moment, leur accordant la politesse de disparaître de leur sillage. Dans ce lieu confiné qui suffirait aux deux amants en devenir, lui refermant la porte d'un coup de talon avant de brutaliser celle-ci en plaquant son aimée contre, lui laissant loisir de verrouiller la cabine d'une main négligée, ils y trouveraient enfin la sécurité et l'isolement nécessaire où ils purent se délester de leurs vêtements, mutuellement et abandonner une bonne fois leur pudeur pour que leurs corps à nu s'entremêlent.

Là, l'homme trouva, en substitution de la foi pour le ciel invisible, la foi pour cette femme bien réelle aux courbes parfaites, si étourdissantes qu'il en perdait la tête, à qui il donnait le droit de connaître ce moi intérieur qu'elle avait évoqué, l'ardente et sauvage flamme de son coeur, exprimée comme jamais. En échange, il pu découvrir en elle le bonheur parfait auquel il fut toujours étranger, seulement en elle...

****

Combien de temps était passé ? Il n'en avait guère la certitude et il s'en fichait pas mal il fallait l'avouer, bien qu'il en avait une petite idée. Il avait encore le souffle quelque peu animé, respirant par intelligibles inspirations-expirations en bombant régulièrement le torse. Allongé à même le sol, en sueur, ses yeux étaient plongés dans ceux de sa dulcinée qui n'était qu'à quelques insignifiants centimètres. L'un contre l'autre, un bras l'entourant alors que sa main libre jouait avec les doigts de la sienne, distraitement.
Ce moment suspendu dans l'espace-temps voulait se prolonger aussi longtemps que la réalité le leur permettrait. Cette libération qu'il avait ressenti en elle avait dépassé l'entendement, cette plénitude tant voulue s'était incarnée dans ce visage qui lui semblait plus parfait qu'avant leur étreinte. Ses seins si agréablement pressés contre son torse et leurs jambes s'entrecroisant y jouaient un rôle certain, donnant la sensation que leur mêlée n'avait pas encore prit fin.

Un léger et infiniment paisible sourire naquit au coin des lèvres du médecin, se refusant à cligner des yeux pour ne pas briser l’osmose dans laquelle ils tourbillonnaient. Ce moment était si parfait... pourtant, d'anciennes et nouvelles pensées lui vinrent à l'esprit, des choses qu'il aurait voulu ignoré tant il ne voulait qu'elle ici et maintenant, tant il voulait oublier l'apocalypse et le danger jusqu'à se débarrasser même du besoin de manger ou de boire, pour que cet instant soit éternel.
Ils étaient bien dans cette cabine, il y avait tant d'aisance autour d'eux, d'importantes épaisseurs métalliques qui les déphasaient du reste du monde, ne laissant passer que les rayons venus du ciel. Néanmoins si il ne voulait pas de ces pensées, elles lui paraissaient plus importantes que jamais car Elizabeth était là et aussi difficile que ce soit, il lui fallait penser à ce qu'ils feraient de leur situation, de cet homme qui était toujours là et avait besoin de soins, autant que d'une corde pour l'attacher ou une pièce pour l'enfermer. Plus encore, de ces créatures qui, il l'entendait maintenant comme un bruit de fond lointain, continuaient de maltraiter l'entrée de ce monstre d'acier qu'était l'avion en espérant trouver chair à leur crocs.

Son sourire perdurait cependant et ce n'est qu'un simple soupire illustrant le désaccord qu'il avait d'avance avec ce qui s'apprêtait à dire, qui vint marquer sa réflexion.

« On devrait peut-être s'occuper de ce type, avant qu'il ne se réveil, ou ne le puisse plus. Il a besoin de soins. Et, il y a toujours cet avion à fouiller en attendant de trouver un moyen de sortir. »

Sa voix fut tranquille, détachée, comme si il ne donnait aucune vrai considération à ce qu'il pouvait bien dire, confrontant non plus sa colère et sa raison, mais sa raison avec son envie, de rester ici, avec elle, nus et enlacés. Il ne fit d'ailleurs aucun geste pour se détacher, venant au contraire entremêler ses doigts aux siens en serrant doucement sa main ainsi jointe à la sienne.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 21 Sep - 0:13
Le râle des morts. Il s'était tut le temps d'un soupir, ou deux. Peut-être trois d'ailleurs. Bien davantage en réalité. Le temps ne s'était plus écoulé de la même manière qu'habituellement. Trop ou trop peu. Elizabeth avait perdu cette notion-là. Un délicieux picotement vint chatouiller ses orteils, la forçant à fléchir ses jambes pour se blottir davantage contre le corps brûlant et suant de son compagnon.
Elle même en proie à sa propre chaleur, elle ne put ignorer le froid environnant, pas frigorifiant, mais assez saisissant pour la faire frissonner, à plusieurs reprises. Ses yeux désiraient rester clos, éternellement, cloisonnée dans ce monde semblable à un océan d'ouate dans lequel elle s'était lovée, vers lequel elle s'était échappée.

Tôt ou tard, il faudrait qu'elle émerge. Qu'elle bascule à nouveau dans la réalité, dure, froide, austère, et si amère. Le ciel leur avait pourtant donné en offrande quelques rayons improbables d'entre les nuages cotonneux qui ne les berçaient plus d'une cadence sévère de pluie drue et battante. Pourtant, elle savait, que ce ne serait qu'éphémère.
Elle sentait un bruit sourd, rapide, incohérent, marteler contre son oreille, et s'accorder chaotiquement avec un semblable qui frappait ses tempes. Quelque chose jouait avec sa main lasse, encore fébrile, comme un marionnettiste accordant les fils de son pantin, avachi, étourdi.
Ses pensées dérivèrent. Elle voyait un coin-de-feu, chaleureux, crépitant, et un canapé en velours satiné. Une couverture chaude et épaisse qui envelopperait son corps, rassasié, au creux d'une épaule solide. Elle imaginait une nuit d'hiver, des vacances en France peut-être, dans un chalet de montagne, à se reposer tout contre cet homme, tandis que la neige s'accumulait à chaque croisillon des fenêtres. La lune, irréelle, irradierait le tapis de soie, où s'étendraient, semés au gré du vent, quelques vêtements abandonnés : des bas fins couleurs miel, et une cravate au-dessus. Une fine robe noir et un pantalon de costume enlacés. Une chemise blanche tâchée de rouge à lèvres carmin voilant la délicate dentelle de sous-vêtement féminin. Elle n'aurait qu'à tendre la main pour se saisir d'une coupe de champagne, se désaltérant de ses fines bulles et s'enivrant du parfum entêtant de James qui dégusterait encore la peau de son cou. Un gramophone diffuserait les notes envoûtantes d'une symphonie Autrichienne.

Et puis la réalité sonna le glas de ses rêves. Le canapé n'était qu'une moquette moisie, la robe de taffetas qu'un grossier pull en laine rouge sale, et le champagne une bouteille d'eau croupie. Son chalet Français, elle ne pourra jamais le connaître autrement que dans son imagination. Et il y avait réalité plus dure encore que ce couperet glacial.
Hors de ce monde décharné, Elizabeth était persuadé que cet homme qui la serrait contre son torse, n'aurait alors jamais posé les yeux sur elle. Si sa vie d'avant n'avait été qu'une succession de solitude, celle de l'homme connut sans doute amour plus véritable, vécu sans doute un feu crépitant, un canapé de velours et une neige cotonneuse. Au final, n'avaient-ils pas fondu l'un dans l'autre que par désespoir et crainte de finir leurs vies seuls, ou pour seulement se raccrocher à leur humanité qu'ils pensaient perdre peu à peu ? Ou étaient passées ses belles paroles, qu'elle lui avait donné trop peu de temps avant ? Serait-elle vraiment capable de lui montrer ...?

Cette pensée-là était déchirante, si bien que lorsque James brisa définitivement l'allégresse qui s'évaporait, les mots prononcés ne firent qu'accentuer la douleur fulgurante qui pressait son cœur. Il n'y aurait jamais de champagne, de sofa et de feu, jamais assez de temps pour se dire qu'on pouvait bien tout remettre à demain, qu'on pouvait simplement profiter de cette magie enivrante. Elle avait du mal à respirer, brusquement, masquant son visage au creux de son épaule dans un flot de cheveux bruns, légèrement en pagaille. Il y aurait toujours ce retour à la réalité, ce moment glaçant qui balayait tout sur son passage, le chant des dégénérés, l'odeur du sang, le désespoir, la faim.

Son angoisse, qu'elle avait refoulé dans un coin, qu'elle avait pensé cloisonner assez de temps pour ne pas avoir à la supporter, refit alors surface, avec en son de cor, quelques tremblements annonciateurs qu'elle voila pour faire passer en écho de leur étreinte.

"Oui... il vaudrait mieux ne pas perdre de temps." Dit-elle à voix basse, étouffée par ses lèvres pressées contre sa peau.

Elle finit par dévoiler son visage qui tentait de ne rien laisser paraître, bien que quand elle posa son regard sur cet homme qui l'avait possédé si farouchement, elle ne put ressentir qu'une profonde amertume nimbée d'une extraordinaire jalousie envers toutes celles à qui il avait pu offrir des instants normaux.
Se saisissant du vêtement le plus proche, le tee-shirt de James, elle masqua à son regard son buste et son bassin en se redressant en position assise, les jambes dégagées toutes deux du même côté, pour ne lui offrir qu'une vision de tendresse charmeuse, escorté d'un demi-sourire, la peine et le chagrin camouflé derrière pouvant se faire passer uniquement pour l'épreuve de devoir se séparer de son corps.

"Tu te sens de le soigner ? Je veux dire, tu penses que c'est faisable ? Tu auras besoin de quelque chose ?"

Son regard passait à droite et à gauche, essayant de rassembler le puzzle de ses vêtements distribués dans tout le cockpit, par son regard avant d'y joindre le geste.
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