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Parce que la vie n'est pas un long fleuve tranquille...
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Frida Rivero

Anonymous
Invité
Mer 12 Aoû - 13:43
16 février 2022 – Memphis (Tennessee)


Le soleil s'était déjà couché depuis longtemps sur la banlieue de Memphis, et pourtant, une enfant ne dormait toujours pas en cette heure tardive.
Elle attendait. Elle attendait le retour de son père, qui n'était pas rentré depuis deux jours déjà. Et puis elle avait un dessin à lui offrir, alors elle l'attendait comme on attend le père Noël.

Alors qu'elle était couchée sur le dos, les mains croisées sur son ventre, la gamine se concentrait sur les petites étoiles fluorescentes accrochées au plafond de sa chambre, espérant que cela lui permettrait de rester éveillée un peu plus longtemps.
Son cadeau lui se trouvait à ses pieds, prêt à être dégainé dès lors que son géniteur franchirait le pas de la porte.

Le bruit caractéristique d'une clé tournant dans la serrure se fit finalement entendre, mais s'en suivit d'un claquement qui la fit sursauter alors qu'elle s'était levée de sa couche avec enthousiasme.
La petite métisse entendit des sortes de grognements, et décida de ne pas sortir tout de suite, observant la scène à travers l'entrebâillure de la porte.

Elle y vit son père sortir du couloir de l'entrée dans une démarche digne d'un zombie -qui à ce moment-là n'existaient encore que dans les films et séries.
Sa mère était assise à table, surfant sur sa tablette tactile qu'elle éteignit rapidement à l'arrivée de son conjoint.
Celui-ci, sans même lui dire bonsoir, se dirigea vers la cuisine non sans lui jeter un regard mauvais au passage. Il en ressortit une bière à la main, avant d'aller se laisser tomber sur une chaise près de sa femme.

Il prit une gorgée de sa boisson, avant de lancer des regards scrutateurs et accusateurs tantôt à sa conjointe, tantôt au gadget qu'elle tenait dans les mains un peu plus tôt.

« Tony, où étais-tu… ? Frida et moi étions inquiètes…. J'ai failli appeler la police... » lui dit-elle tout en essayant d'éviter son regard, plaquant ses cheveux en arrière.

Son interlocuteur reprit une gorgée pour simple réponse, tout en continuant à la fixer d'un air malsain qui angoissait aussi bien la mère que la fille toujours cachée derrière la porte de sa chambre.

« Elle voulait te donner un dessin, tu sais… Elle n'arrêtait pas de me demander quand est-ce que tu allais rentrer... »

Toujours pas de réponse.

« C'est quoi ça… ? » lâcha-t-il finalement sur un ton barbouillé tout en désignant la tablette du menton.

« J'étais juste… en train de parler avec ma sœur… Elle ne va pas très bien ces temps-ci... »

L'homme ricana.

« C'est ça…. Vous vous plaigniez des types que vous avez pas pu vous foutre sous la dent aujourd'hui, hein ? » répondit-il avant de terminer sa bière d'une traite, fixant la bouteille vide avec une moue colérique.

« Tony… je te l'ai déjà expliqué… ce n'est pas ce que t…. »

« Ta gueule !! Arrête ça !! Arrête de m'prendre pour un con, putain d'merde !! » la coupa-t-il tout en balançant la bouteille d'un revers de main qui alla se briser un peu plus loin.

« La petite dort, tu vas la réveiller… ! On en reparlera demain, quand tu auras les idées plus claires... » tenta-t-elle de calmer le jeu, posant une main se voulant rassurante sur l'épaule de son mari qu'il repoussa violemment.

« Oh, mais j'ai les idées plus que claires… !! Et j'crois même que t'étais encore en train de parler à cet espèce d'enculé comme à chaque fois que j'ai le dos tourné !! »

Il saisit la tablette et la jeta au sol sans délicatesse.
Frida plaqua ses mains sur sa bouche, ses yeux commençant à s'embuer de larmes et son petit cœur d'enfant battant violemment dans sa poitrine.
Elle ne savait pas quoi faire… Son père l'effrayait plus que jamais en ce moment-même… Il avait déjà crié sur sa mère, la fois la plus récente étant d'ailleurs juste avant qu'il ne s'absente pendant ces quelques jours. Mais jamais il ne s'était comporté de la sorte. Jamais elle n'avait vu une telle haine, une telle rancœur dans les mots et le regard de son paternel.

Ce dernier attrapa sa femme par la mâchoire, rapprochant son visage à quelques centimètres du sien.

« T'es pas heureuse avec moi…c'est ça ? Je te suffis pas, faut que tu t'en tapes un autre… ? Alors que j'ai tout quitté pour toi ?? Après tous les PUTAINS de sacrifices que j'ai fait, POUR TOI, CARRIE ?! » lui hurla-t-il au visage.

S'en était trop. La petite de 11 ans sortit de sa cachette en pleurant, attrapant le bras de son père.

« Papa...s'il-te-plaît…arrête... laisse maman...» tenta-t-elle d'articuler entre plusieurs sanglots.

« Frida… ma chérie, je t'en prie… retourne au lit... » lui supplia sa mère.

« VAS DANS TA CHAMBRE FRIDA !! C'EST ENTRE TA MERE ET MOI !! »

« Non… tu lui fais mal…. ! S'il-te-plaît papa…. ! Stop… !» lui implora-t-elle en tirant sur sa jambe cette fois-ci, les larmes coulant abondamment sur ses joues.

« Putain… !! » fit-il avant de repousser Carrie violemment en arrière qui se rattrapa de justesse au comptoir de la cuisine.

Il attrapa le bras de sa fille et l'attira jusqu'au placard en face de la porte d'entrée.

« Ça t'apprendra à prendre la défense de ta traînée de mère !! » lui cracha-t-il avant de refermer la porte du placard à clé.

Et alors qu'elle n'avait rien fait de mal, elle se retrouvait dans le noir absolu, dans une penderie si étroite qu'elle avait à peine l'espace pour taper sur la porte, implorant son père de la laisser sortir. Mais ses supplications étaient inutiles, étouffées par les hurlement de son père, et les cris de sa mère.
L'oxygène commençait à lui manquait, et elle avait l'impression d'étouffer dans sa prison d'où elle pouvait entendre la punition probablement injustifiée que subissait sa mère.

Elle arrêta de frapper et se boucha les oreilles, les yeux fermés, et la respiration suffocante.
Et dans sa tête, elle priait de tout son cœur, elle priait n'importe quoi, n'importe qui, pourvu que cela s'arrête, pourvu que quelqu'un vienne les aider…
Mais elles ne furent gratifiées d'aucun secours. Personnes n'avait bougé le petit doigt malgré tout ce vacarme.

Et Frida était seule, piégée, et en resterait certainement toute sa vie profondément changée…

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