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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CFJ, C, 3] Finir en pièces - 27/01/2035
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 26 Aoû - 21:09
Je me mordis les lèvres avec une violence inouïe, sentant mes dents se planter dans la pulpe de celle-ci, le goût du sang envahissant ma bouche alors que Takashi me lâchait son verdict quant à la nature de ses blessures. Et si je savais en effet qu’on ne guérissait pas de cette infection - quoique… Nous en étions bien “revenus”... - je ne savais pas par contre ce que James était, lui, capable de faire contre celle-ci. Un très maigre espoir que je me devais d’entretenir dans l’esprit du jeune asiatique. Passant ma main libre sur mes lèvres ensanglantées, je hochai lentement la tête lorsqu’il parla de rentrer au campement pour aviser. C’était la chose la plus logique à faire dans l’immédiat. Mais lorsque les rôdeurs frappant à la porte de la station-service rappelèrent leur présence à mon esprit, je me rendis compte que la chose la plus logique n’allait pas être la plus simple pour autant.

Et alors que je me dirigeais vers la porte de l’atelier, Takashi se dirigea vers la porte de l’arrière-boutique, probablement trop perdu dans ses pensées pour réellement prêter attention à la destination que je lui avais indiqué. Pouvais-je l’en blâmer ? Certainement pas. Je secouai la tête, l’estomac noué par la vision d’abattement que m’offrait mon compagnon au destin en sursis. Il décida de prendre la tête de notre duo en ouvrant la porte de l’arrière-boutique, donnant sur un bureau visiblement déjà bien retourné, probablement par une lutte entre morts et vivants, ou par quelques pilleurs, impossible de savoir ; présentant un argument certes fondé, mais totalement idiot. Si James avait une chance de le sauver, il lui était inutile de prendre de tels risques.

Je le vis cependant s’engouffrer dans l’arrière-boutique, achevant un infecté excessivement mal en point avec une aisance que je lui envierai presque si le fait de tuer un autre humain - même son simple cadavre - ne me répugnait pas autant. Comment faisait-il pour ne pas reculer, ne pas hésiter de la sorte ? A croire que ce type était dérangé, ou inconscient. A la réflexion et au vue de ses actions, cela ne me surprenait désormais guère qu’il se retrouve blessé et infecté. Je me sentais responsable, coupable, abattue aussi ; mais plus surprise.

J’enjambais l’amas de chair désormais inerte non sans une grimace très nette de dégoût, prenant garde de ne pas poser le pied sur le cadavre étalé en-travers du bureau, puis rejoignais Takashi près de la porte de service, prenant le soin d’écouter ses observations et son plan, sans l’interrompre dans sa lancée. Son ton désolé, son visage abattu, son regard humide et sa résignation eurent raison de ma propre détermination à sortir d’ici. Je ne pouvais pas le regarder, certainement pas soutenir son regard qui, la mort dans l’âme, exprimait sa volonté de courir vers une mort certaine. J’essuyais mes propres larmes d’un revers de main, cherchant mes mots alors que mes noisettes ne pouvaient se détacher de mes pieds, lorsqu’il eut un petit rire nerveux. Le genre de rire que l’on n'espère jamais entendre, et encore moins avoir.

Puis il me tendit une boîte de munitions qu’il gardait dans ses poches, me confessant qu’il souhaitait avant tout les garder pour lui, comme le tournevis “soit-disant” oublié. Mais c’était un putain de radin ce type à tout garder sur lui comme ça ? Qu’est-ce qu’il comptait bien foutre de ces munitions sans avoir le flingue qui allait avec ? Il pouvait pas simplement les déposer à la caravane, comme tout le monde, pour ceux qui en auraient éventuellement eu besoin ?

Ce simple geste d’égoïsme de la part de l’asiatique fit naître en moi une sourde colère - que je retins derrière mes larmes - et une bien mauvaise impression et idée. Quels que soient ses actes ou ses paroles, ce mec aurait été nuisible au groupe à se la jouer conservateur et individualiste… Merde… Je pouvais plus prendre le risque de le ramener au campement c’gars-là. Ça pouvait typiquement être le genre de mec à nous balancer au Marchand pour sauver sa peau… Putain !

Je m’emparai de la boîte de munitions et la glissai dans une des poches de mon pantalon cargo, hochant légèrement la tête en guise de remerciement silencieux. Je venais de cesser de chercher les mots pour le retenir. Je venais de décider de ne pas parler de James et de ses capacités. J’estimais trop risqué de confier cette information à un inconnu, et encore plus un inconnu individualiste.

Lorsqu’il me confia ses derniers mots, me demandant de ne pas l’oublier, je ne pus qu’opiner du chef à nouveau, dans un silence lourd de sens. Je me sentais complètement nauséeuse, le ventre serré et retourné. J’étais la cause de sa blessure, et je venais de faire le choix silencieux de le laisser se sacrifier pour faire diversion, me permettre de m’enfuir, de rejoindre le campement. Le campement de MON groupe. Un campement qui l’avait accueilli et pour lequel il n’avait même pas daigné mettre ses biens en commun. Alors non, je ne l’oublierais pas. Je savais que son sacrifice et ma culpabilité me hanteraient pour de longues nuits de cauchemars ; que cette journée viendrait se rappeler à moi à chaque boîte de munitions, à chaque coup de couteau et chaque râle d’infecté. Chaque alarme de bagnole aussi.

“J’te l’promets,” avais-je lâché d’une voix rauque, rendue hachée par l’émotion, en relevant lentement mes noisettes sur son visage, puis je secouais lentement la tête, prenant sa main qui m’avait tendue la boîte de munitions de ma main libre, la serrant une dernière fois en me mordant les lèvres à nouveau, ne faisant qu’accroître leur saignement dans ma bouche. Il n’y avait rien de plus à ajouter. De toute manière, même si je l’avais voulu, je n’aurais pas pu tant ma gorge était nouée par la culpabilité. Finalement, je relâchais sa main, tandis que derrière nous, je pus entendre très clairement une des vitres de la boutique se briser dans un fracas parfaitement reconnaissable. Les morts venaient, pour nous, sans considération aucune pour qui allait vivre, et mourir.

Takashi Kuribayashi

Anonymous
Invité
Jeu 27 Aoû - 15:57
Trop bouleversé par l’imminence de son destin maintenant scellé par les actes et les paroles, Takashi n’avait pas remarqué le changement d’état psychologique d’Ivy, et à vrai dire tant mieux car maintenant qu’il n’avait plus rien à foutre de rien, il aurait pu avoir une réaction qu’il aurait regretté jusqu’à sa mort… C'est-à-dire deux minutes.
Totalement inconscient de ce qu’elle pouvait donc penser, Takashi attrapa sa main et la serra avec force, la même force d’une personne sachant qu’il touchait un être humain, un vrai, pour la dernière fois. Il posa sa main par-dessus la sienne t serra de nouveau la main, plongeant ses yeux dans les siens. Avec la plus grande sincérité possible, il déclara.

- Bonne chance à vous tous, et à toi.
Après cet au revoir larmoyant et presque un peu pathétique, même à la lumière de Takashi qui s’apprêtait au sacrifice ultime, Takashi fut ramené à la réalité de cette vie qui allait devoir continuer au moins encore quelques minutes pour lui quand les zombies tapèrent sur la vitre de devant la boutique. Il posa sa main sur la porte et souffla.
- Ok… 1… 2… 3…
A trois, il ouvrit la porte de l’arrière-boutique en grand et se mit à courir sur plusieurs mètres, esquivant autant qu’il le pouvait les zombies décomposés sur son chemin. Sa manœuvre fit mouche et instantanément, la foule de mangeurs de chair se désintéressa de la station-service pour se concentrer sur le morceau de viande qui venait de passer devant eux. Takashi poussa le vice jusqu’à envoyer des piques, bien évidemment stériles mais pas dénuées d’intérêt pour attirer un maximum de rôdeurs.
- Yo ! Bande d’enfoirés ! You want a piece of me ? Come and get it ! Le buffet chinois c’est par là !
Ces paroles eurent pour effet d’énerver un peu plus les Z dans les environs et Takashi put donc passer à la troisième étape de son plan : les attire plus loin.

Le jeune asiatique couru donc à vitesse modérée, de manière à distancer les zombies tout en restant dans la portée de leurs yeux et leurs oreilles. Au fur et à mesure qu’il passait dans les rues, la horde grossissait de nouveaux individus et bientôt ce fut un groupe assez imposant qui était à ses trousses et ne le lâchait pas. Maintenant éloigné de plusieurs centaines de mètres de son point de départ, Takashi eu une pensée pour Ivy et espérait de tout cœur qu’elle ait pu s’en sortir. De son côté, lui devait maintenant passer à la troisième phase de son plan : trouver une manière rapide d’en finir avec sa vie avant que les zombies ne le dévorent vivant, lui offrant ainsi une des pires morts qu’il n’aurait jamais pu imaginer.
A force de patience, Takashi fini enfin par repérer la porte d’un immeuble fracassée et prête à le laisser passer. Sans hésiter une seule seconde, il s’y engouffra, bientôt suivit de la horde de morts-vivants et il grimpa les marches de l’escalier quatre à quatre. Le vacarme provoqué par son arrivée et les râles d’un imposant groupe de zombies qui le talonnait eurent tôt fait de rameuter quelques autres puants venant des appartements avoisinants qui vinrent gonfler les rangs de la horde. A plusieurs reprises, Takashi manqua de se faire intercepter par l’un d’entre eux, mais sa célérité et leur lenteur lui permis de s’échapper, parfois tout de même au prix d’un coup de de tournevis dans l’œil ou d’un bout de chair supplémentaire arraché à ses bras.


Quand il arriva en haut de l’immeuble, Takashi claqua violemment la porte du toit et s’en éloigna, ce qui lui laissa ainsi une minute de répit pour reprendre son souffle et s’examiner. Il était couvert de sang et il n’y avait pas un centimètre carré de son corps qui ne lui faisait pas mal. Ses bras étaient complètement bousillés et il se demandait même comment ils avaient pu tenir jusqu’ici… A certains endroits, ses os étaient à découvert et le sang coulait en abondance de son cou… L’adrénaline avait vraiment un effet bœuf sur lui mais maintenant qu’elle commençait à retomber et que la douleur s’installait (accompagnée d’une vision floue et de tremblements), la volonté d’en finir avec la vie devenait plus latente.
Au prix d’un ultime effort quasiment titanesque, Takashi marcha lentement jusqu’à la bordure du toit et s’assit sur un muret. Sa vision devenait noire sur les côtés et tous ces effets combinés à la douleur lui rappelaient subtilement que maintenant ça y était, plus moyen d’y échapper la mort était certaine à 100%, pas même 99,99%, juste 100%. Serein tandis que les zombies venaient de finir d’ouvrir cette satanée porte, un mince sourire se dessina sur le visage fatigué du jeune homme.

- J’ai failli attendre.
Dit-il à cette foule enragée et sourde se dirigeant vers lui avec le seul objectif d’en faire leur casse-croûte. Takashi ferma alors ses yeux et se laissa tomber en arrière. Il ne cria pas, car à mi-chute le pauvre garçon avait sombré dans l’inconscience, victime de ses blessures auxquelles il ne pouvait pas résister une seconde de plus. Sa dernière pensée fut pour sa famille à Salt Lake City, il les attendrait dans l’au-delà, ou bien alors il les rejoindrait, quittant l’enfer qu’était devenu le monde pour un qui serait assurément meilleur.

Après une  chute de plusieurs étages, le corps de Takashi tomba lourdement sur le béton du trottoir en émettant un bruit caractéristique d’os brisés et de chairs broyées. L’arrière de son crâne avait heurté le trottoir et l’os le plus solide de la création ne put résister à cette immense force et se fracassa avec violence. Le dos et l’arrière du crâne de feu Takashi n’étaient plus qu’une marmelade de chairs broyées et son sang s’écoula lentement sur le bitume. En revanche le haut de son corps était encore intact et présentait un festin toujours aussi appétissant pour les zombies qui se jetèrent du toit pour aller festoyer. Mais aucun de celles qui avaient emprunté ce raccourci ne parvinrent à déguster un morceau du garçon gisant maintenant sur le trottoir, sans sépulture et les bras en croix de chaque côté du corps, évoquant à quiconque le verrait le sacrifice similaire à celui du Christ qu’il avait daigné faire pour sauver la vie d’Ivy Lockhart... Une vie pour une vie.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 28 Aoû - 18:46
Le dos plaqué au mur, juste à côté du battant de la porte de service, j’avais serré mon couteau autour de mes mains jointes, la pointe vers le ciel, juste devant mon visage, comme je l’aurais fait avec un crucifix me trouvant en pleine prière. De l’autre côté du mur en béton, je pouvais très nettement entendre les morts partir dans des râles plus stridents à la poursuite de l’asiatique, tandis que de l’autre côté de la boutique, les infectés pénétraient les lieux où nous nous étions réfugiés quelques instants auparavant, heurtant les gondoles dans un boucan infernal, trébuchant très probablement sur les babioles qui jonchaient le sol ; à notre recherche. Ma recherche.

Bien rapidement, j’aperçus la silhouette du premier rôdeur errant passer par l’encadrement de la porte de l’arrière-boutique. Je me figeai, me crispai sur place, envoyant lentement ma main gauche, non armée, vers la poignée de la porte de service. Dans quelques secondes, il poserait sur moi son regard sans âme. Dans quelques secondes la chasse reprendrait à nouveau, et j’en serai une nouvelle fois la proie. Si je ne craignais par leur vitesse - je pouvais aisément les distancer à la course - je m’essoufflais. Eux, non. Je pouvais renoncer. Eux, non. J’avais tout à perdre. Eux, non.

“Putain…” soufflai-je du bout des lèvres dans un murmure inaudible, juste au moment où l’infecté posa son regard sur moi. Tendant les bras dans un réflexe morbide en même temps qu’un cri strident, comme un signal d’appel au festin, quittant sa gorge déchirée. Malgré ma vue foireuse, je pouvais voir les annelures de sa trachée mise à nue trembler sous le râle. S’avançant dans ma direction, il trébucha sur le cadavre de son congénère abattu par Takashi au moment où j’ouvrais la porte de service pour jaillir hors du bâtiment, dans une rue bien moins bondée de cadavres ambulants, mais loin d’être déserte pour autant. D’un rapide coup d’oeil, je pouvais estimer leur nombre bien supérieur à la trentaine d’individus. Refermant la porte derrière moi, je laissais mon regard entamer une rapide reconnaissance circulaire, tâchant de déterminer quel serait le chemin le moins envahie de ces saloperies. Dans un sens, si je pouvais profiter de la diversion offerte par le sacrifice de Takashi, je ne pouvais cependant pas me permettre de prendre le chemin en sens inverse, là où j’avais tout déclenché avec l’alarme de bagnole. Ironiquement, pour regagner le campement, je devais en premier lieu m’en éloigner, me taper un grand détour vers le Nord-Ouest, probablement en revenant du côté de l’aéroport.

Quelques coups accompagnés de grognements contre la porte dans m’indiquèrent cependant que l’heure n’était plus à la réflexion. Il fallait que je bouge, et vite. Je pliai légèrement le buste vers l’avant et entamai ma progression, droit vers le magasin de chasse. Il y avait du matériel à récupérer là-bas, et je devais absolument trouver une corde d’arbalète pour Melody. Je profitais que les rôdeurs ne m’aient pas encore repéré pour avancer avec précaution, mon coeur battant la chamade et mes yeux s’inquiétant de voir le danger venir depuis toutes les directions. De mémoire, jamais je ne m’étais autant retrouvée dans la merde, même lorsque mon père et moi tentions de quitter Austin, j’avais quelqu’un à suivre… Quelqu’un sur qui compter. Ici, je me retrouvais purement et simplement livrée à moi-même, dans une ville que je connaissais absolument pas, sans moyen de joindre personne, avec dans mon sillage une flopée d’infectés et sur la conscience la mort d’un compagnon d’infortune que j’avais entraîné dans cette putain de galère.

Je progressais avec une lenteur affligeante le long de la rue, essayant de me dissimuler au mieux des regards des Z en utilisant des obstacles et des couverts complètements improvisés que je rencontrais sur mon chemin : poubelles renversées, boîtes postales, carcasses de véhicule ; jusqu’à finalement atteindre l’arrière de la boutique de chasse, et sa fameuse porte de service restée déverrouillée. Je jetais un oeil par l’ouverture, découvrant à nouveau un cadavre de Z de forte corpulence, sur lequel rampaient et s’agitaient de nombreux asticots, au milieu de quelques nuées et bourdonnements d’insectes nécrophages. Cette vision d’horreur associée à l’odeur répugnante qui se dégageait du cadavre m’arracha un très violent haut-le-coeur, qui se solda quelques secondes plus tard en un rejet émétique. Je tombais à quatre pattes, vidant le contenu de mon estomac sur le sol dans un gargarisme dégueulasse. Trop d’émotions, trop de pensées, trop d’événements aussi. Je me retrouvais complètement paumée, prisonnière de cette situation infernale. Me laissant basculer sur le côté, je me retrouvais sur le cul, adossée au mur du magasin, juste à côté du chambranle de la porte de service, posant mon couteau de cuisine à mes côtés. Je m’essuyais lentement la bouche d’un revers de manche, l’acide de mes sucs gastriques me brûlant la gorge et les plaies de mes lèvres, puis me prenais la tête entre les mains. Je pouvais sentir la panique m’arracher quelques tremblements, plus ou moins violents, surtout à l’extrémité de mes membres, ainsi que de nouvelles larmes. Je me cognais l’arrière du crâne contre le mur à quelques reprises dans un élan de désespoir rageur, les poings serrés autour de quelques mèches de cheveux.

“Putain… Mais qu’est-ce que je fous là ?” me questionnai-je à voix basse. L’idée que je n’allais pas m’en sortir ne cessait de revenir percuter mon esprit, dans un harcèlement qui semblait me faire perdre les pédales. Je pris de longues inspirations saccadés en me laissant envahir par ce débordement d’émotions, du moins jusqu’à ce qu’un râle sur ma gauche n’attire mon attention. Tournant la tête avec vivacité, j’observais la silhouette décharnée d’une femme infectée, qui devait frôler la cinquantaine au moment de sa mort. Ses cheveux gris et blond recouvraient une partie de son visage en longues mèches filandreuses et clairsemées, laissant juste apparaître un regard éteint d’un bleu azur, ses iris ceints de petits vaisseaux noirâtres, injectés de sang coagulé. Un regard affamé et vorace, effrayant, posé sur moi. Dans un réflexe, je récupérais mon couteau de cuisine de ma main droite et quittais le mur, reculant en quatre pattes en poussant surtout sur mes jambes, mes mains pataugeantes dans ma propre flaque de gerbe tandis que la créature continuait de progresser vers moi de sa démarche si particulière et reconnaissable.

Finalement, je parvenais à me redresser au moment où le cauchemar ambulant se jetait sur moi. J’esquissai un pas de côté, pivotant sur ma droite, et observai la vieille femme chuter au sol, tombant sur ses avant-bras dont le gauche se brisa dans un craquement sinistre qui m’arracha un frisson de dégoût. Je reculais de quelques pas tandis que l’infectée portait de nouveau son attention sur moi, dans une torsion du cou à un angle presque extrême, déchirant la peau à la base de son cou et révélant ses chairs gonflées, émettant toujours des râles oppressants en provenance du tréfonds de sa gorge déchirée.

Prise de panique, mon sang se gorgeant d’adrénaline, je fis un pas rageur dans sa direction, envoyant mon pied gauche d’un geste à l’équilibre mal assuré droit sur son visage en grognant un “Ta gueule !!” bien senti. Le choc de ma semelle contre son faciès me déséquilibra - en plus de générer un sordide craquement de son arête nasale défoncée - et je perdis équilibre, reculant à nouveau et chutant sur le cul, mon coccyx m’aurait très probablement insulté au passage pour ces maltraitances.

Poussant sur mes mains, je me relevais une nouvelle fois, rageuse et déterminée cette fois-ci, faisant face à la créature qui se traînait pour se relever, se retrouvant à genoux et tendant son bras gauche brisé, dont l’extrémité formait un angle impossible comme si elle avait eu un second coude, dans ma direction avec toujours ce râle qui s’échappait d’entre ses lèvres aux interstices noircis. Je la contournai en prenant un très léger élan qui couvrait la distance de quelques mètres nous séparant, puis envoyai mon pied droit cette fois-ci heurter son seul bras valide au niveau de l’humérus, la faisant retomber à nouveau, son menton percutant l’asphalte dans un choc sourd, ses dents s’entrechoquant dans un claquement sordide ; à la suite de quoi, je levais mon couteau de cuisine au-dessus de sa tête pour finalement le planter dans le sommet de son crâne en me baissant pour ajouter un peu plus d’élan et de force à la course de ma lame.

La tête du cadavre retomba une dernière fois sur le sol, définitivement inanimée. Je restais une poignée de secondes finalement agenouillée à côté du cadavre, forçant pour retirer la lame du couteau qui résistait à ma traction, prise dans la boîte crânienne de la bonne femme, puis jetais des regards affolés autour de moi, craignant de voir débouler d’autres non-morts dans la ruelle. Quelques instants plus tard, j’entrais dans le magasin de chasse afin de récupérer les biens laissés par Elizabeth, Takashi et l’autre lors de leur précédent passage. Je ne tardais pas à repérer les objets, effectivement déposés tout près de la porte. M’accroupissant à proximité, je déposai mon sac à dos entre mes cuisses et m’emparai donc de l’arc que je passais en bandoulière autour de mon torse, avant de fourrer les munitions et les quelques vêtements polaires restants dans mon sac à dos. Je décidai de laisser là la tente tunnel par contre, bien trop encombrante pour le maigre volume de mon sac à dos, et si mes souvenirs étaient bons, nous en avions plus que suffisamment au campement. Néanmoins, je n’avais pas vu de corde d’arbalète dans les affaires laissées sur place, et choisissais donc de fouiller les lieux à nouveau, des fois qu’ils soient passés à côté la dernière fois. Et puis je n’étais pas certaine qu’ils aient eu l’idée, ni même l’information, de chercher ce type de matériel. Je traversais donc l’arrière-boutique, enjambant le cadavre servant de festin aux asticots en réprimant ma nausée cette fois-ci, plaquant ma main libre sur ma bouche ; puis pénétrais finalement dans le magasin à proprement dit.

Contournant le comptoir de vente, je me faufilais parmi les rayonnages, inspectant les gondoles de présentation et tombant sur d’autres cadavres, trois au total, dans le même état peu glorieux de décomposition que le premier que j’avais aperçu à l’arrière. Il s’avérait cependant qu’une grande partie du matériel restant était fracassé et inutilisable. Je n’estimais pas utile de m’encombrer avec tout ce merdier inutile. Je promenais mes noisettes sur les étiquettes de prix restées accrochées aux étagères pour trouver l’emplacement initial des cordes d’arbalètes, que je finis par trouver sur une des têtes de gondole, suspendus à des crochets à côté desquels, toujours selon les étiquettes, se trouvaient les carreaux d’arbalète, totalement dévalisés pour leur part. Je récupérais trois sachets de corde, n’ayant pas du tout l’intention de remettre les pieds ici de sitôt et décidai de foutre le camp, pour de bon, avant de me faire coincer par les rôdeurs que je pouvais entendre grogner et gémir au-dehors.

Rebroussant chemin, je déposais les cordes dans mon sac à dos puis le remettais finalement sur mon dos avant de me diriger vers la sortie. Parvenant sur le pas de la porte, j’apercevais un rôdeur qui, me tournant le dos, semblait contempler le cadavre de sa congénère que j’avais abattu quelques instants plus tôt. Du moins était-ce là l’impression qu’il me donnait, ne sachant pas si ces créatures étaient réellement capables de ressentir une quelconque empathie ou réflexion à la vue d’un autre zombie, ni même s’ils en avaient une quelconque conscience. Probablement pas puisque l’infecté releva la tête, semblant presque humer l’air comme l’aurait fit un chien. Je me figeais littéralement sur place, n’osant plus faire le moindre geste, retenant même mon souffle, les lèvres légèrement entrouvertes, les sourcils froncés. Est-ce que cette saloperie était en train de me renifler ? De sentir ma piste ? Ces saloperies pouvaient-elles vraiment faire ça ? A l’évidence… Oui. C’est du moins la réponse qui s’imposa à moi lorsque soudainement, sans aucune raison apparente, l’infecté se tourna sur lui-même pour poser son regard sur moi.

“Putain…” m’exclamai-je dans un souffle, sentant à nouveau mon cœur s’emballer dans ma poitrine. *Mais c’est une putain de malédiction ! Ils lâchent jamais ces enculés ??* grommelai-je intérieurement en ne perdant pas la moindre seconde de plus à rester figée ainsi face à une promesse de mort douloureuse. D’une impulsion sur mes jambes, je m’élançais violemment, bras tendus vers la créature, mes mains venant heurter sa poitrine et le pousser en arrière, le déséquilibrant alors qu’il lâchait un râle que j’estimais surpris ; puis sans demander mon reste, je pris à nouveau mes jambes à mon cou, fonçant droit vers le Nord en me fiant à ma boussole intégrée, sans même chercher à savoir si le Z était tombé au sol ou s’il s’était mis à me poursuivre. Je jaillissais hors de la petite ruelle qui menait vers l’arrière-boutique pour déboucher dans la rue principale, encombrée de nombreuses carcasses de voitures abandonnées, souvent accidentées les unes dans les autres.

Mais en déboulant comme un dératée dans cette rue, je ne m’attendais pas à voir une longue procession de rôdeurs semblant converger vers un point plus éloigné de ma position, la direction dans laquelle Takashi avait foutu le camp me semblait-il. Nombre d’entre eux me repérant, et au rythme de nombreux râles plus stridents qu’à l’accoutumée, attirèrent l’attention de leurs potes. Des dizaines de paire d’yeux vides d’émotions se posèrent sur moi, faisant naître chez moi un frisson glacial qui me parcourut la colonne vertébrale de ma nuque jusqu’au bas de mon dos. Je m’arrêtais brutalement, mes semelles dérapant même sur quelques gravillons et menaçant de me faire casser la gueule, puis jetais de nombreux regards tout autour de moi, faisant un tour sur moi-même. *Ya pas d’issue putain… C’est de pire en pire !* commençai-je à paniquer en ne voyant pas vraiment une rue ou ruelle plus appropriée pour m’enfuir que n’importe quelle autre. et les Z qui commençaient à converger vers moi, contournant les véhicules, certains chutant en se prenant les pieds dans des obstacles dissimulés à ma vue. Finalement, je décidais de rester sur mon idée de rejoindre l’aéroport et m’élançais droit devant moi, contournant une citadine Nissan, puis décidant de monter sur le capot, puis le toit de celle-ci.

Je manquais de peu de me ramasser en progressant sur la tôle glissante alors que je la sentais s’enfonçait sous mes pas lourds et pressés. Du capot vers le coffre, je sautais sur le capot du véhicule encastré à l’arrière pour répéter cette traversée périlleuse, entendant cogner juste derrière moi le bras d’un rôdeur contre la carrosserie. A vingt centimètres près, il m’aurait choppé la cheville. *Putain ! J’suis trop conne ! J’aurais dû pardonner à Samuel et lui demander de venir… Non mais quelle conne putain !* m’incendiai-je intérieurement alors que j’aurais souhaité de tout cœur avoir une putain de mitraillette pour dégommer ces connards. Et savoir m’en servir aussi…

“Un putain de bazooka ouais...!” soufflai-je en sautant du coffre du second véhicule pour me faufiler entre une fourgonnette de livraison de chez DHL et un SUV, me retrouvant nez-à-nez avec une gamine infectée qui ne devait même pas avoir huit ans. *Merde. Encore une impasse... C’est quoi ce putain de labyrinthe de tôles ?* Le cerveau carburant au moins autant que le cœur, boosté par l’urgence, la panique et la putain de peur de crever, j’avisai la porte latérale du véhicule de livraison et tentais de l’ouvrir. A mon grand soulagement, celle-ci coulissa et je me jetai à l’intérieur, écrasant et shootant de multiples petits colis en traversant la caisse pour gagner les portes arrières. J’actionnai la poignée intérieure, puis ouvrai une des portes d’un coup de pied rageur. J’entendis un “Chtong” résonner, accompagné d’un râle étouffé, mais décidai de ne pas y prêter attention, regagnant à nouveau le plancher des vaches.

Un virage à droite pour contourner un autre véhicule, le longer, puis monter à nouveau sur le capot d’une voiture pour passer du côté conducteur au côté passager et enfin gagner le trottoir qui marquait l’autre côté de la rue. Et courir. Courir toujours plus vite. J’étais complètement hors d’haleine, je sentais ma salive couler le long de mes lèvres et de mon menton, mes poumons étaient en flamme à l’instar de mes jambes et mes mollets ; mais la trouille, l’instinct de survie, me poussaient à ne pas craquer alors qu’il me semblait avoir toute la putain de ville au cul. Les grognements, les râles des infectés continuaient de résonner derrière moi, quand bien même je parvenais à mettre de la distance entre eux et moi au fur et à mesure de ma course.

Et devant moi semblait enfin se pointer le terme de la rue, la fin de la banlieue et le retour des plaines, que j’espérais bien moins garnies en infectés que cette putain de ville. Cette vision m’arracha un mince sourire de soulagement - une grimace vu l’effort et la fatigue qui me crispaient le visage - et me poussa à continuer de courir sans m’arrêter. Je profitais de ce maigre répit pour jeter un bref regard par-dessus mon épaule, souhaitant estimer de combien de mètres j’avais distancé mes poursuivants. Une grave erreur. Fatale même, car en ramenant mon regard droit devant moi, j’eus à peine le temps d’apercevoir une silhouette sombre se dresser sur ma route. Prise et surprise par mon élan, je ne pus rien pus faire pour éviter l’infecté qui venait de surgir hors d’un hall d’immeuble.

Je lâchai un cri de surprise étouffé sous la violence du choc, et me retrouvai à terre quelques secondes plus tard, échappant mon arme, vautrée sur le zombie dont l’odeur de putréfaction et l’haleine putride m’envahit instantanément les narines. Poussant un véritable cri d’horreur, je tentais de me reculer, de rouler, de me défaire de son contact alors que la créature elle-même semblait se débattre, agitant les bras et brassant l’air, claquant des dents et grognant tout son appétit à mon égard. Jamais dans toute ma vie je ne m’étais sentie aussi désirée…

Et alors que je cherchais à reprendre mon arme et me dégageai, je la sentis soudainement. Violente. Brûlante. Intense. Glaciale aussi. Les dents du non-mort s’enfonçant dans les chairs de mon avant-bras gauche avec voracité. Je lâchais un cri de terreur et de douleur et me mis à cogner de mon poing droit le visage du rôdeur, avec une rage et une fureur que je ne me connaissais pas, m’explosant les phalanges jusqu’à ce qu’il lâche sa prise. Je sentais mon sang, chaud et fluide, rouler le long de mon avant-bras, jusqu’à mon coude, imbibant la manche désormais déchirée de ma veste. Les yeux embués de larmes, je me rendis compte que j’avais perdu mes lunettes dans ma chute, mais cela n’avait plus aucune importance.

“CRÈVE ! CRÈVE ! CRÈVE !” avais-je hurlé, incontrôlable, ponctuant chaque mot d’un coup de poing rageur avant de finalement réussir à trouver mon arme à tâtons et m’en emparer, la plantant dans le front de l’infecté qui venait de me condamner. Assise à califourchon sur l’abdomen gonflé de la créature, les deux mains serrées autour du manche du couteau, je restais prostrée en pleine béatitude, mes noisettes ne pouvant se détacher de la blessure, ma blessure. Mon arrêt de mort qui ruisselait en traînées ocres pour aller mourir sur l’asphalte.

“Non !” soufflai-je, en proie au déni le plus absolu en contemplant ma blessure. Je secouais la tête, les lèvres tremblantes, le corps tremblant tout entier. “Non, non non non non non non…” répétai-je de plus en plus vite, arrachant le couteau de son carcan de chair inerte avant de le laisser retomber, incapable de resserrer à nouveau mon emprise sur son manche.

Je portai ma main droite à mes lèvres, poussant un très bref et intense soupir, retenant un hurlement en sentant la brûlure de ma blessure gagner en intensité au fil des secondes. Je secouais la tête à nouveau, mon diaphragme se contractant dans un spasme bien plus intense encore qui me coupa le souffle.

“J’vais crever putain… Encore… Merde... “ articulai-je très lentement, avec difficulté. “J’suis foutue… J’vais crever comme Takashi… Comme Doug… Comme une merde… C’est pas possible... Dis-moi que c’est juste un putain de cauchemar. J’vais me réveiller… Allez Ivy… Réveille-toi putain…” Je me pinçais le bras, une fois, deux fois… Mais rien n’y faisait. Je posais ma main droite sur ma blessure, tâchant de retenir le sang dans mes veines, puis me relevais très lentement, titubant sur mes jambes vacillantes. Derrière moi, la horde qui me poursuivait semblait s’étioler lentement, bien que nombreux étaient les infectés qui continuaient de remonter vers moi. Je portais soudainement tous mes espoirs vers James et son pouvoir. C’était ma seule chance de - peut-être - rester en vie. Il fallait que je rejoigne le campement, coûte que coûte. Mais avant ça, il fallait que je pose quelques instants pour panser ma blessure. J’apercevais au loin une enseigne, probablement le dernier commerce que Liz’ et les autres n’avaient pas pu visiter. Je décidais de m’y rendre, en espérant que les rôdeurs du coin soient tous allés voir vers l’alarme de la bagnole. A aucun moment je ne souhaitais abréger mon calvaire à venir en me faisant dévorer vivante. Rien que la morsure me semblait insoutenable, alors me faire déchirer totalement ? Hors de question.

Grimaçante de douleur, je ramassai mon couteau et le glissai à ma ceinture, ainsi que mes lunettes, puis je repris ma progression, à une allure bien plus modérée cependant, filant droit vers l’enseigne encore distante d’une bonne centaine de mètres. Je jetais de nombreux regards tout autour de moi, craignant de voir débarquer un autre infecté, et j’essayais de me faire toute petite, mon bras blessé plaqué contre ma poitrine, maintenu par mon autre bras, la paume de ma main droite douloureuse plaquée sur la morsure.

Je parvenais finalement au-devant du petit commerce qui se révéla être une boucherie-charcuterie dont le rideau métallique était à peine relevé. Le magasin se trouvait situé à l’extrémité de la rue, et dans l’angle de celle-ci, sur la route qui repartait vers l’Ouest, je pus distinguer un camion de pompier, plusieurs pneus à plat et dont le flanc gauche avait été percuté par un mini-van grisâtre. Je me décidais donc d’aller inspecter le véhicule en premier lieu, en espérant pouvoir y trouver du matériel de soin. Je m’approchais de la portière conducteur et l’ouvrait avant de grimper à bord, fouillant les divers espaces de rangements de l’habitacle, les vide-poches, la boîte à gants, sans rien y trouver de bien utile, à l’exception d’une carte de la ville, un annuaire téléphonique et de nombreux livrets sans aucun intérêt. Visiblement, le véhicule avait déjà été la proie d’autres pilleurs avant moi. Mais ce qui attira mon attention se trouvait en réalité logé au centre du tableau de bord : une unité radio. Un très mince sourire éclaira mon visage grimaçant alors que je m’apercevais de ma propre stupidité de ne pas y avoir pensé avant. Enfin… Il s’était déroulé tellement d’événements que je ne me sentais plus vraiment en état de penser rationnellement en ce moment. Je jetais un coup d’oeil par la vitre de la portière, constatant que les infectés que j’avais distancés revenaient sur moi à nouveau, bien qu’encore suffisamment loin. Néanmoins, je n’avais pas de temps à perdre. Je lâchais un bref soupir d’encouragement et repérais la clé du véhicule resté sur le contact. J’espérais que, comme la bagnole qui avait déclenché les hostilités un peu plus tôt, il reste un peu de jus dans les batteries. Tournant la clé d’un cran, je vis les voyants du tableau de bord s’illuminer, m’arrachant un “yes” soufflé dans un soupir, puis rapidement, j’actionnais le commutateur de la radio embarqué, cherchant à le régler sur la fréquence de la caravane ; espérant que la portée de l’émetteur du véhicule serait amplement suffisante.

“97.45… 97.45…” me remémorai-je en faisant défiler les fréquences du poste jusqu’à finalement l’atteindre et m’emparer du micro filaire, écoutant durant quelques secondes les parasites sonores crépiter dans l’habitacle. Je pris une longue inspiration, cherchant mes mots. Probablement les derniers mots que les autres entendraient de moi. Lentement, j’actionnai les commutateurs REC et LOOP de l’unité de radio, puis enfonçai le commutateur du micro.

“Les gars… C’est Ivy…” commençai-je, avant de marquer une pause, m’apercevant que ma voix était franchement éraillée et encore haletante de ma course effrénée, mon ton las. “On est parti avec Takashi... Sur le secteur C ce matin… Pour faire un peu de récup’... Mais… On va pas pouvoir rentrer…” Un grand bruit de tôle retentit soudainement, m’arrachant un petit cri de surprise alors que je pouvais voir le sommet dégarni du crâne d’un nouvel infecté au travers de la vitre passager, ses mains décharnées crissant contre la glace. “Putain… Yen a partout…” soupirai-je lentement en sentant ma voix se faire plus tremblante, agitée de sanglots. “Takashi… il s’en est pas sorti…” Je reniflais. “...et j’ai été mordue.” Au-travers du pare-brise du camion, je pouvais voir un nouveau groupe d’infecté, un peu moins dense que celui que j’avais fui se diriger droit vers le camion, coupant un peu plus mes possibilités de retraite. “... Je pensais pouvoir rentrer, mais ils sont trop nombreux… J’suis désolée… J’suis vraiment désolée…” Je pris une longue inspiration. “J’crois que j’me suis fait piégée, dans le quartier trois. Ya une boucherie... et un camion de pompier dans la rue, après la station-service et le magasin de chasse. Si un jour, vous pouvez venir m’donner le repos éternel… J’veux pas finir comme eux… Merde… Juste, pour Liz’... J’suis vraiment désolée pour c’que j’t’ai dit à l’école… J’le pensais pas… C’était juste… de la colère… De la trouille… J’espère que tu comprendras…” Le Z à l’extérieur du camion commençait à vraiment s’agiter, s’acharnant contre la portière en faisant un raffut de tous les diables, grognant et râlant à s’en déchirer la gorge. Quant à moi, je n’avais rien de plus à dire qu’un simple “Bonne chance les gars…” avant de relâcher le micro et rebasculer le commutateur REC sur sa position éteinte, laissant désormais le message tourner en boucle.

Mes noisettes se portèrent une nouvelle fois sur le revenant puis je décidais de quitter le véhicule par la portière conducteur, laissant le contact allumé avant de sortir. Dieu seul savait combien de temps tiendraient encore les batteries. J’espérais suffisamment longtemps pour que quelqu’un au camp ait le message. Je longeais le camion par le flanc gauche, m’accroupissant pour regarder en dessous et déterminer la position du cadavre ambulant de l’autre côté, espérant voir par quel côté il allait se diriger pour m’avoir. Je pouvais voir ses deux pieds se traîner vers l’avant, le chemin le plus court, son pied gauche désarticulé formant un angle presque droit avec sa cheville. Cette vision m’arracha une grimace de douleur, me ramenant à celle de ma blessure que, pour ma part, je ressentais encore très bien. Mais plus que les pieds du rôdeur, ce fut un autre objet, ayant visiblement glissé sous le camion, qui attira mon attention. De ma position, cela ressemblait à une petite hache, un espèce de Tomahawk. Désireuse de récupérer cette arme qui me semblait plus appropriée que mon simple couteau, je délaissai celui-ci sur le sol et m’allongeai à même l’asphalte, commençant à ramper sous le véhicule afin d’aller récupérer l’arme ; me jurant intérieurement que je vendrais chèrement ma peau à cet enfoiré-là.

Chaque mouvement de mon bras gauche plaqué sur le sol m’arrachait un grognement de douleur, alors que je sentais les gravillons râper contre ma plaie, laissant derrière moi une mince traînée de mon propre sang. Finalement, je tendis ma main droite vers le manche de l’objet et le ramenais à moi, découvrant qu’il s’agissait effectivement d’une sorte de hachette, constituée d’un espèce de marteau de l’autre côté de sa tête et d’un pseudo pied-de-biche à l’extrémité du manche.

Un nouveau râle m’arracha cependant à ma trouvaille que je gardais en main et je tournai la tête en direction des gargarismes, découvrant avec horreur que la créature avait elle aussi commencé à ramper à ma suite. Poussant sur mes jambes, succombant à nouveau à une nouvelle montée d’adrénaline, j’avançai tant bien que mal vers l’autre côté du véhicule de secours pour finalement en jaillir, sentant les doigts décharnés du Z riper contre la semelle de ma godasse.

“Putain d’enfoiré…” soufflai-je entre mes dents serrées en m’extrayant finalement de sous la carlingue, me relevant rapidement pour ensuite m’éloigner du véhicule. Je me retournais au bout de quelques pas, levant le Tomahawk un peu au-dessus de ma tête de mes deux bras dans un rictus douloureux alors que je ressentais la brûlure sur mon bras se faire plus intense encore. Et lorsque que le crâne jaillit de sous le véhicule, à la suite des deux bras du non-mort, j’abattis l’outil dans un cri plein de hargne. La lame du tomahawk fendit le crâne de ma nouvelle victime dans un bruit répugnant de chair écrasée, alors que je voyais la cervelle du Z se répandre par la fente dans une bouillie grisâtre tachetée de noir.

Je tirai sur le manche du Tomahawk pour le déloger du crâne du rôdeur, puis jetai de nombreux regards autour de moi, repérant le groupe d’infectés à moins d’une cinquantaine de mètres désormais. A nouveau, je contournais le camion de pompier, passant devant la calandre avant pour découvrir que la horde que j’avais distancée ne se trouvait plus très loin de la boucherie désormais. Mes noisettes se posèrent sur le rideau métallique qui protégeait la vitrine de la boutique, puis je prenais mes jambes à mon cou pour espérer pouvoir l’atteindre avant qu’eux ne m’atteignent. A nouveau, je pouvais ressentir la violence de l’effort se répandre dans mes jambes, irradiant dans mes poumons, mais je tâchais de l’ignorer, me focalisant uniquement sur mon objectif.

Après un sprint d’une vingtaine de mètres au terme duquel je discernais très clairement les grognements agités des zombies tout proches, je me retrouvais face au rideau de fer. Je balançai le tomahawk sous celui-ci, puis ôtai mon sac à dos pour l’y faire glisser à son tour d’un coup de pied, avant de me jeter une nouvelle fois au sol, me tortillant et rentrant le ventre et les fesses pour parvenir à me glisser par la maigre ouverture. A peine parvenue de l’autre côté, je me redressais d’une poussée furieuse sur mes bras, m’arrachant une nouvelle grimace de douleur au passage, puis me retournais pour tenter de fermer totalement le rideau, m’appuyant sur celui-ci de tout mon poids.

Néanmoins, à force d’efforts rageux, il commença à légèrement descendre dans un grincement métallique qui allait finir de rameuter toute la population décédée du quartier. Seul le bras d’un rôdeur parvint à se glisser par l’ouverture avant que celle-ci ne touche le sol.

“Mais va te faire… ‘Culé de zombie de merde...” m’exclamai-je entre mes dents serrées, continuant de pousser sur le rideau qui s’agitait désormais sous les mouvements du bras de l’infecté qui tentait de passer la tête. Abandonnant la lutte quelques secondes, j’allais rapidement récupérer le tomahawk sur le carrelage souillé, puis l’abattais sur le membre mort, devant m’y reprendre à trois fois avant de parvenir à le sectionner et boucler le rideau complètement ; au moment où une pluie de coups accompagnée d’un tonnerre de râles et de gémissements rauques et affamés s’abattait sur la protection métallique, faisant trembler celle-ci sur ses rails.

Poussant un long soupir, je me reculais lentement, lâchant mon arme et posant mes mains sur mes cuisses et reprenant mon souffle. Cette fois-ci, j’étais vraiment prisonnière. A l’abri, mais prisonnière. Tout ce qu’il me restait à faire, c’était d’attendre ma fin. Ramassant mon sac à dos, je plissais les paupières, essayant d’habituer mon regard à la pénombre de lieux alors que le rideau de protection occultait totalement la lumière du jour. Mais il n’y avait rien à faire, impossible pour moi distinguer quoi que ce soit dans ces lieux. J’avançai lentement, les mains tendues droit devant moi, progressant à tous petits pas, sentant l’angoisse m’envahir et me broyer les tripes. Je haletai, suffoquai presque devant l’absence de visibilité, la paranoïa d’imaginer être enfermée ici avec l’un de ces monstres. Mes mains rencontrèrent une surface lisse et froide, que je reconnaissais être une vitre légèrement concave. Probablement un présentoir ou une banque réfrigérée. D’ailleurs, l’odeur des lieux était encore plus insoutenable que l’haleine fétide du zombie qui m’avait gnaqué.

“Ya quelqu’un ?” demandai-je dans un murmure à peine audible, stoppée dans ma progression, oreille tendue, avant de relâcher ma tension face à l’absence de réponse.

Et alors que, toujours en tâtonnant, je m’asseyais lentement, le dos contre le présentoir, je sentais la fatigue due à l’effort se dissiper très lentement, laissant de nouveau la douleur de mon bras reprendre le dessus sur mon esprit et mes pensées ; et le début d’une migraine que je savais devenir atroce d’ici à quelques heures. La sueur qui me collait au front et au visage ne serait rien comparée aux sueurs froides qui me saisiraient bientôt. repliant mes genoux contre ma poitrine, je croisais mes bras dessus et laissais reposer mon front contre eux. Lentement, je sentais ce profond désespoir me saisir, m’arrachant de nombreuses larmes, tant de douleur que de fatalisme. C’était la fin. Ma fin. A chaque minute, je tentais de repousser cette idée, cherchant désespérément à me raccrocher à la moindre once d’espoir, la moindre idée optimiste que mon esprit torturé pouvait bien se créer. Peut-être allais-je ressusciter à nouveau, d’ici à quelques mois. Peut-être que James entendrait mon message et viendrait me sauver, avec les autres. Peut-être… Tout ce qu’il me restait, c’était du temps et de l’espoir à tuer tous les deux. Et alors que je me perdais dans mes pensées, je pus ressentir la fulgurance d’une pointe de migraine me transpercer le crâne au moment même où la morsure m’élançait à nouveau, comme jamais auparavant. Une sorte d’éclair aveuglant qui obtura ma vision défaillante durant quelques centièmes de secondes. Je me pris la tête entre les mains, massant et écrasant mes tempes entre mes doigts, ressentant de nouveau très soudainement la manifestation de mon étrange don que j’avais totalement ignoré ces dernières heures, totalement accaparée par mes tentatives - vaines - de sauver mes miches et me sortir de cet enfer.

Je reniflais en grimaçant, puis découvrais les lieux au-travers de ses structures métalliques. La banque réfrigérée dans mon dos, les nombreux et divers couteaux qui traînaient ça et là sur le comptoir ou sur le sol. Les fils électriques encastrés dans le mur tout proche, mes lunettes, les munitions dans mes poches ou le sac à dos, le tomahawk ; et l’immense rideau métallique droit devant moi contre lequel s’acharnaient toujours les rôdeurs, apparemment en vain. Pour combien de temps ? Je n’en savais rien.

Néanmoins, ce fut une autre porte, dans mon dos, plus lointaine, si éloignée de moi que j’en ressentais à peine les distorsions magnétiques qui attira mon attention et suscita ma curiosité. Lentement, je me relevais, récupérant le tomahawk traînant au sol un peu plus loin, puis contournais très lentement le meuble réfrigéré en essayant de me diriger vers cette porte. Je me fracassais la hanche contre un coin du comptoir en bois que je n’avais pas pu discerner, lâchant un juron bien senti en portant ma main à ma crête iliaque avant de reprendre ma progression boitillant très légèrement.

Je continuais vers la lourde porte dont le métal et les contours se dessinaient plus nettement à mesure que je m’en approchais, décelant derrière des sortes de “S” métalliques semblant suspendus au plafond, puis une longue poignée.

“Bien sûr… La chambre froide…” murmurai-je lentement. D’une simple traction sur la poignée, je fis coulisser la porte, libérant instantanément l’odeur la plus putride et la plus abjecte que je n’avais jamais sentie jusqu’alors. Les miasmes m’arrachèrent des larmes et m’obligèrent à reculer de quelques pas, mon dos heurtant le mur opposé tandis que je ramenais ma main sur mon nez pour tenter de vainement me préserver de l’odeur. “Putain… Mais quelle idée à la con…”

Cependant, par l’ouverture, je pouvais bien mieux ressentir les objets métalliques contenus dans la pièce qui n’était plus froide un brin depuis longtemps. Je levais les yeux vers les esses suspendues au plafond - bien que ce fut totalement inutile puisque l’obscurité était totale - avant de repérer une forme étrange sur le sol, posée à côté de ce qui semblait être des boîtes de conserve, ainsi qu’un petit objet rectangulaire. Toute absorbée par ma curiosité, et puisque je n’avais plus que ça à faire en attendant ma mort, j’avançai lentement dans la direction de ces trucs. Sauf que je me heurtais à un obstacle suspendu, à la texture poisseuse et gluante. Je perçus l’un des esses au dessus de moi osciller lentement sur son axe ; réalisant soudainement que je venais de percuter une carcasse de viande en pleine décomposition. Je me reculais avec un petit cri de surprise tant horrifié que dégoûté, repoussant la carcasse de ma main droite, sentant les asticots grouiller à sa surface.

“Putain de… Heeeeeuuurrk !” criai-je d’un ton emprunt de dégoût en secouant ma main. Je me maudissais d’avoir choisi pareil tombeau, pensant que bientôt, ces saloperies d’asticots allaient pouvoir se repaître d’une autre carcasse : la mienne. Un nouveau frisson de dégoût me parcourut l’échine alors que je retenais un haut-le-cœur. Progressant lentement, faisant attention à me tenir le plus éloignée possible des esses suspendus au plafond, je m’approchais du truc à la forme bizarre, tendant la main vers lui pour finalement ressentir de petites mailles métalliques sous mes doigts. Fronçant les sourcils, je me demandais ce que cela pouvait bien être en caressant le réseau de mailles du plat de la main, remontant vers le sommet jusqu’à ressentir des sortes de filaments plutôt drus, non métalliques, puis une espèce de surface lisse, légèrement poreuse, dont je suivais les contours du bout des doigts.

“Crâne ! C'est un putain de crâne !! C’est un mec putain !!!” Je tombais à la renverse sous la surprise, puis reculais en rampant, m’éloignant du cadavre inanimé en battant des pieds, la respiration haletante. Cette fois-ci, je ne pus retenir la nausée qui m’avait saisi et vomissait à nouveau sur le sol, ajoutant à l’odeur putride des lieux une nouvelle odeur encore plus infecte. reprenant mon souffle au terme d’une nouvelle régurgitation, je m’essuyais les lèvres, puis tendis la main vers les boîtes de conserves qui traînaient là. La plupart étaient vides, consommées par le type vraisemblablement, mais j’en trouvais deux ou trois d’intactes. Au moins, je n’allais pas crever de faim. Maigre consolation cela dit. Puis je m’emparai du petit objet rectangulaire, visiblement composé de plastique et de métal. Je le faisais tourner entre mes doigts, cherchant à en déceler la nature, avant de m’apercevoir qu’il s’agissait d’un petit caméscope. Je cherchais l’écran, puis le dépliais lentement, le petit appareil s’alluma, la lueur vive de l’écran miniature m’obligeant à détourner le regard.

Je m’assis en tailleur et commençai à faire défiler les fichiers présents sur le disque dur, lançant le premier film. Le visage d’un homme, éclairé en contre-plongée, apparut, emplissant presque la totalité de l’écran. Une épaisse barbe fournie, un nez empâté, le visage rougi et joufflu, sa respiration se voulait haletante. Ses yeux d’un vert profond passaient alternativement de l’objectif du caméscope à l’observation d’un point d’intérêt situé hors du champ. Des petits hauts-parleurs semblaient s’échapper des râles étouffés, que je reconnaissais instantanément.

“Ils sont partout...“ commença l’homme. “Ils peuvent pas m’atteindre ici, mais ils m’attendent. Ma femme. Mon fils. Ma fille.” Sa voix se brisa alors qu’il secouait la tête, chassant deux petites larmes perlant à ses yeux. “Ils sont là aussi. Pour moi. Pour me dévorer. C’est… Ce sont de vrais mons…” Je refermais le clapet de l’écran, ne pouvant pas supporter ces confessions imagées d’un homme à l’agonie, prisonnier tout comme moi. Il me paraissait très clair que nous allions désormais partager le même destin. Je sentis mes propres yeux se remplir à nouveau de larmes. J’voulais pas crever putain… Pas comme ça… Pas encore… J’étais abattue, complètement cette fois-ci. Je reposais le camescope sur le sol, puis m’allongeais en position fœtale, laissant libre cours à mes larmes et mon désespoir. La migraine se faisait de plus en plus oppressante contre mes tempes, la morsure me dévorait littéralement le bras, s’amplifiant au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, comme si je sentais l’infection se répandre à nouveau le long de mes veines. Et ainsi prostrée, mes pensées toutes tournées vers mon funeste destin, j’attendais que la mort vienne me cueillir, seule, dévorée par la trouille et les regrets. Ma mort n’aurait rien d’héroïque, comme avait pu l’être celle de Takashi. Je ne m’étais sacrifiée pour personne. Je n’avais sauvé personne non plus. Ma mort n’aurait ni sens, ni but. Elle serait juste simple.

Simplement stupide. Simplement inutile.
Fin du jeu

Evènements

Anonymous
Invité
Dim 30 Aoû - 3:01


Excursion Validée

Récompense(s) :
Vous récupérez un Arc en bois, une Boite de munitions petit calibre, une Caméra portative, une Ration de nourriture et un Tomahawk (récompense fin de Prologue).
Le Poste-radio a été laissé dans le camion de pompier.

Conséquence(s) :
Takashi meurt en se sacrifiant pour sauver Ivy.
Ivy perd 15 points de Moral & 5 points de Stabilité Mental.
Ivy a été contaminée.
Ivy est restée sur place.

Vous avez consommé :
Le Tournevis et la Ration de nourriture emportés par Takashi sont laissés sur place.
Ivy a abandonné son Couteau de cuisine.
Les Scénaristes
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