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[Ferme Wallace] La bêche et la brune - 29/01/2035
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Evènements

Anonymous
Invité
Lun 14 Sep - 0:40
Interprété par Johann Libert.

Cela aurait pu être ton dernier souffle, ta dernière inspiration, la dernière saveur de cette bouffée d’air que tu aurais sentie avant de t’éteindre et t’abandonner à l’emprise de la Mort et de l’obscurité. Mais celle-ci en avait décidé autrement, choisissant de te jouer un tour de prestidigitation dont les rouages et les mécaniques t’échapperaient tout autant qu’elles pourraient se montrer fascinantes ou effrayantes, voire même les deux. Revenant à toi, revenant tout court, tu pourras sentir sous ton dos la fraîcheur tendre et moelleuse d’une terre herbeuse, légèrement irritante contre ta peau qui n’est pas recouverte du tissu de tes vêtements de par ses extrémités desséchées, jaunies par l’aridité de l’hiver. La morsure du froid, le souffle du vent, l’aquarelle nuancée du gris des cieux qui s’offrira à ton regard. Un environnement calme et austère, qui se voudrait apaisant si ton esprit se trouvait apte à l’apprécier.

Tu te réveilles, aussi difficilement que cela puisse être imaginable et avec le lot de labeur qui l'accompagne. Il te faudra le temps de reprendre tes esprits, d'identifier l'environnement qui t'entoure et de comprendre que tu es en vie. Elle te tombera dessus, l'incompréhension, ce moment de flottement où tu ne sais ni où tu es, ni qui tu es et jusqu'à en avoir oublié ton nom, statufié par un flot d'informations à ton cerveau tout juste remis en marche, si chaotique que de longs instants lui seront nécessaires pour toutes les traiter et les remettre en ordre.

En découvrant ton environnement immédiat, tu pourras aisément constater que tu te trouves au beau milieu d’un champ en jachère, visiblement perdu au milieu de tout, de rien, laissant flotter dans l’air un lourd soupçon de nulle part. Des herbes sèches, un arbre au tronc massif, probablement centenaire, trônant seul et conquérant sur cette étendue plane et aride. Mais surtout, ton regard pourra rapidement capter la présence d’une autre personne, installée à quelques mètres de toi, debout, les avant-bras croisés sur le sommet du manche d’une bêche dont la tête plate se trouve être plantée dans le sol, son regard azuré et fatigué posé sur toi, dominé par une paire de sourcils arqués entre surprise et méfiance. D'une taille moyenne, la silhouette chétive et visiblement fatiguée, légèrement voûtée comme si elle semblait porter le poids du monde sur ses frêles épaules. En t'attardant plus attentivement sur son visage hâlé, tu pourras constater que le côté droit de celui-ci a vu sa chair creusée de deux sillons de tissus cicatriciels ; balafres disparaissant en leurs extrémités derrières quelques mèches brunes ondulées courant jusqu'au sommet de ses épaules. Demeurant silencieuse, stoïque, elle ne semble pas véritablement encline à s’enquérir de ton état, ni même des raisons de ta présence ici.

Si ton premier réflexe est de regarder tes blessures, tu auras le constat qu'elles ont, à ta grande surprise, disparues. Comment ? Quand ? Pourquoi ? Des questions naturelles qui relancent la douleur de ton crâne alors que tu sens ton corps loin d'être en pleine forme, et pour seule réponse à ces questions, un faible équipement, déposé à coté de toi, aligné et nettoyé. Ainsi te voilà vivant, ta peau aussi propre que tes vêtements sont demeurés dans le même état que dans tes derniers souvenirs qui commencent à resurgir, et même ont acquis un degré de saleté et une odeur de moisie repoussante. Une peau propre oui, de la moindre saleté, et même de la moindre trace. Tes cicatrices ayant disparues si tu en avais, tes imperfections gommées si nettement que ta chair semble avoir été remplacée dans ton sommeil, et ce n'est que le début. Car tu n'as pas encore idée de tous les changements qui ont opéré en toi.


Éléments scénaristiques:
 

Johann Libert

Anonymous
Invité
Lun 14 Sep - 21:05
L’odeur de terre, brute, lourde, mêlée à celle de l’herbe sèche, plus piquante ; un chatouillement étrange contre ma peau, bras nus ; je connais ça. J’ai déjà vécu ces sensations. Je suis enfant, chez mon grand-père, je joue dans les champs, il fait froid, froid comme maintenant. Le vent souffle, il m’effleure, rasant mon visage, repoussant mes cheveux, je serre ma veste. Mais je suis étendu, présentement. Je le sais : je sens l’herbe contre ma peau, dans le cou, sur mes mains. La sensation n’est pas désagréable ; je ne sens pas grand-chose d’autre, me laisse aller. Vent, froid, odeur. J’ouvre un œil. La pâle clarté du jour, ciel gris, nuages, c’est déjà trop violent pour moi. Je le referme. Laisse passer un temps. Qu’est-ce que je fais là déjà ? Je rouvre les yeux ; les deux, cette fois. Ca brûle, je cligne des yeux. Des nuages paresseux partout où mon regard se porte. Je suis… mort ? La grange. Je n’y suis plus ? Bizarre. Si c’est l’enfer, ça manque un peu d’infernal, justement. Et si c’est le paradis, putain on se les gèle. Où est le comité d’accueil ? Saint Pierre et tout le tralala, ou son opposé, hein ? J’inspire à fond. C’est douloureusement surprenant.

Il me semble que je regarde ce ciel depuis une éternité, mais sans doute quelques secondes seulement. J’essaie de me redresser. Mon dieu, chaque muscle de mon corps est comme une mécanique que l’on aurait privée d’entretien depuis des années. Ca coince, ça racle, ça rechigne sous l’effort. Je prends appui sur mon coude et là, d’un coup, LE mal de tête. Abominable, lancinant, qui me serre le front comme dans un étau. Ca vrille et ça éclate en points rouge et blanc devant mes yeux. La vache. Je morfle. Donc, je ne dois pas être mort. Les morts, ça ne sent plus la douleur, non ? Qu’est-ce que je donnerais pour une bonne aspirine-E. J’attends que ça passe et après un bout de temps sûrement plus court que ce que j’ai l’impression de vivre, ça s’éloigne. Pas complétement, ça reste juste à distance. Un mince filet de douleur persistante, comme après une bonne nuit de noce, mais je ferais avec.

Et puis soudain l’angoisse, aussi subite que le mal de crâne, alors que ma raison reprends le dessus, chaotique, chamboulée, m’envoyant idée sur idée, en vrac. Et si… Si je me trompais ? Je sens mon cœur battre la chamade, ok, mais… Je baisse les yeux et regarde mes mains, les tournes et retourne. Rien. Normales. Mes mains bien humaines, pas un pet de moisi ou de je ne sais quoi qui ne serais pas frais;  pire, j’aurais juré m’être blessé contre la vitrine, il y a à peine quelques heures me semble, je ne trouve même pas de trace. Rien de rien. Je ne cherche pas à comprendre et relève les yeux pour, enfin, regarder autour de moi, lentement, pas trop sûr de ce que j’ai envie d’y voir. Des champs, un arbre et… quelqu’un ? Je secoue la tête. Pas trop fort. Cligne des yeux, mais non, l’apparition est toujours là. A première vue, ce n’est ni un ange ni un démon, ou alors ils ont revu leurs standards. A la baisse.

Je dois avoir l’air con, assis en plein milieu de l’herbe rase. Je me relève, tout aussi péniblement qu’auparavant, ou pas loin. Ce faisant, j’avise plusieurs choses. D’abord, c’est qu’on est vraiment paumé dans nulle part ; ensuite, c’est que je suis habillé comme quant j'ai perdu connaissance dans la grange; enfin, je découvre aussi quelques petites affaires joliment alignées sur le sol. Je suis certain de ne les avoir jamais vu. Pourquoi ? J’en sais foutre rien, mais je le sais. Une trousse contenant des outils, un sac à dos qui semble méchamment vide écrasé à côté. J’ai un flash de souvenir. Ma moto, la station-service, et ma fabuleuse erreur de jugement. Je me souviens de tout. J’ai un étourdissement et serre les dents en le laissant passer. Nausée, aussi, juste pour compléter le tableau. Je me suis déjà senti mieux. Je laisse le tout par terre, sauf la veste, mon vieux blouson de motard d’un cuir épais, brun foncé, patiné, que je garde à la main. Mon odorat est en train de m’apprendre que je ne dois pas sentir la rose et un vague coup d’œil sur mes fringues m’apprennent de manière définitive que je ne suis pas certain de récupérer mon T-shirt gris. Quant à mon jeans, on ne dirait pas qu’il était bleu clair à l’origine, déchiré en bas, là où... Autre flash, une fraction de seconde, la tête explosée d'une de ces choses sous mes boots. Mais où est-ce que je me suis fourré pour être dans cet état.. ?!

Comme un bip persistant dans mon esprit, me revient lentement en tête que je ne suis pas tout seul. Enfin, je crois. On manifeste tellement peu d’égard à ma personne que je me demande si je n’ai pas confondu avec un épouvantail comme on en croise encore souvent dans ces arrières pays paumés. Je force mon attention à revenir sur l’apparition, toujours là. Je la détaille autant que possible, la fixant sans un mot, notant d’abord la bêche – danger potentiel, puis la silhouette générale, enfin ce que je peux voir de son visage. Mon regard est attiré en premier par la double balafre qui lui descend la joue puis, me la faisant oublier, par ce regard bleu qui m’impressionne. Je reste fasciné par ce bleu, contraste saisissant avec le gris du ciel. Je n’ai pas esquissé le moindre pas, déjà parce que je ne sais pas si je m’en sens capable, ensuite parce que je n’ai pas envie d’effaroucher mon mystérieux voisin - je n'ose penser, voisine, car ma vue me joue encore des tours. J’attends… quoi ? Aucune idée. J’attends.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mar 15 Sep - 17:23
Et alors que tu te redresses péniblement, vraisemblablement victime de tes muscles encore asthéniques, l’inconnue qui t’observait et te faisait face eu un léger mouvement de recul, empli de méfiance. Décroisant ses mains de sur le sommet du manche de l’outil agricole, elle finit par s’en saisir, relevant la tête aplatie hors du sol pour la redresser légèrement dans ta direction, comme si elle visait tes genoux. Son visage se ferme un peu plus, ses sourcils se fronçant alors que ses prunelles azurées se braquent sur toi, luisantes d’une méfiance non dissimulée. Sans réellement s’en apercevoir, elle avait reculé de quelques pas, foulant et piétinant l’herbe sèche dans un craquement amorti sous les semelles de ses bottes en caoutchouc.

Derrière elle, il te sera possible de distinguer, à environ cinq cents mètres de ta position, la silhouette massive d’une propriété rurale se découpant sur l'horizon grisâtre ; un corps de ferme et une grange si tu venais à y prêter plus grande attention, cernée d’une clôture en bois à sa périphérie, et une simple étendue désertique de champs n’offrant que peu de relief et d’intérêt sur le reste de l’horizon. Impossible de déterminer cependant si les lieux sont habités ou non, car aucun indice ne pourrait le laisser penser.

“Ne bouge pas,” t’ordonne la femme d’une voix fluette mais sèche, légèrement tremblante d’hésitation et de tension. Les mots sont prononcés rapidement, visiblement précipités par la peur et l’appréhension. Juste pour la forme d’ailleurs, puisqu’elle aura tout de même pu constater ton immobilisme après t’être relevé. Sans te quitter du regard, elle désigne les objets que tu as laissé au sol d’un bref geste du menton.

“Et laisse ça au sol…” ajoute-t-elle sur le même ton, avant de finalement faire un pas précautionneux dans ta direction, t’inspectant visiblement des pieds à la tête d’un oeil inquisiteur avant de reporter son regard dans le tien.

“Comment tu t’appelles ? Et qu’est-ce que tu fais ici ?” reprend-elle, sa voix se montrant légèrement plus assurée et menaçante. Elle déglutit bruyamment en relevant un peu plus l’extrémité de son arme improvisée, dégageant une mèche de cheveux tombant sur son front d’un léger mouvement de la tête.  “Et garde tes mains bien en évidence. T’es armé ? T'es blessé ?”

Son ton se veut pressant, ses questions probablement assommantes pour ton esprit qui peinait encore à se remettre en route et se resituer. Si tu prends le temps de l'observer plus en détail alors que tu as maintenant la quasi-certitude que la personne se tenant face à toi est belle et bien réelle, tu remarqueras que son annulaire gauche, serré autour du manche en bois de l'outil, porte une alliance en or. La peau hâlée et abîmée, ainsi que ses ongles sales témoignent quant à eux d'un quotidien clairement agricole, ou d'un travail manuel salissant. Tu pourras également remarquer que son visage, outre les cicatrices qu'il arbore, commence à être marqué par les années, quelques rides ayant creusé son front, le coin de ses yeux ainsi que ses pommettes. La femme doit bien avoir ou approcher la quarantaine d'années. Vêtue d'un jean grisâtre, tâché de traces vertes et brunes aux genoux et sur les cuisses, son tronc est quant à lui habillé d'une épaisse chemise en coton à carreaux rouge et noir, dans un guère meilleur état que le bas.

Mais en-dehors d'elle et toi, il n'y a pas âme qui vive à l'horizon, à moins qu'un éventuel observateur ne se soit bien dissimulé quelque part.

Johann Libert

Anonymous
Invité
Mar 15 Sep - 20:53
Je suis debout. Je me demande encore comment j'ai fait, vu que j'ai l'impression d'avoir la force d’une huître morte. Je me sens mou. Mal assuré. Allez savoir pourquoi, alors que j'aurais envie de retourner m'étendre par terre et d'y rester, quelque chose me pousse à tenir et à forcer. Je suis debout, j'y reste ! Et surtout, je ne de loin pas sûr de vouloir me relever encore si je me laisse aller. Je sens le vent contre mon visage, il souffle pour me repousser, me tester. Je tiens bon. Sauf quand la voix s'élève; mon esprit était parti ailleurs, dans un état second, paumé quelque part dans ce regard bleu qui me fixe durement. Elle me fait sursauter et le vent manque avoir la victoire. Je vacille, fais un pas en arrière. Je lutte pour garder mon équilibre, ce qui ne va pas sans mal. Mes jambes flageolent, horrible. Tout va bien, je gère... Une fois évité de me vautrer, je me focalise à nouveau sur le moment présent. Tout redevient net, comme si on avait fais le point en mode automatique. J'aperçois au loin derrière l'épouvantail-qui-n ‘en-est-pas-un, vu qu'il parle, ce qui ressemble à des bâtisses. Mon regard fait à nouveau le tour des environs, plus attentif cette fois. Effectivement, à part les bâtiments loin devant moi, pas grand-chose sur quoi s'attarder. A part la femme en face de moi, car cette fois-ci j'en suis sûr, c'est bien une femme. Habillée comme une paysanne qui se serait vautrée dans la boue, mais passons. Je crois que le reste des détail me passe par dessus la tête, à l'heure actuelle. Autre chose à penser, je dirais.

Avec du retard, j'essaie de décrypter ce qu'elle m'a dit mais c'est comme si je devais me concentrer pour réussir à comprendre des mots que pourtant je connais, je le sais, car je parle la même langue. Enfin, je crois. J'essaie de lui répondre mais inutile, tout ce que j'arrive à articuler ressemble à une sorte de croassement de corbeau enroué et ça me fais tousser. J'ai la gorge ultra sèche et ça fais un mal de chien. Mais qu'est-ce que j'ai.. ? Je dois avoir l'air encore plus étonné qu'elle, tandis que de plus en plus de questions cohérentes commencent à se rassembler dans ma petite tête. Après m'être copieusement étranglé en toussant, je retente avec précaution. C'est pas la voix des grands jours et je doute être très audible, mais c'est déjà mieux.

- J’n’avais pas...
(je me laisse tousser un coup et inspire à fond) l'intention... (raclage de gorge, histoire d'éclaircir un chouia tout ça) d’bouger

J'améliore sa compréhension des choses en jetant ma veste à côté de moi et écarte les mains de mon corps en lui montrant mes paumes ouvertes. Comme signe universel de bonne volonté, on ne fait guère mieux. Et je ne crois pas que je lui veuille du mal; en fait je n'ai aucune idée de ce que je pourrais lui vouloir.

- J'm'appelle... ...

Le blanc. Total. Je reste bouche bée, regard vague, en me demandant comment je m'appelle. Je ne m'en souviens pas.. ! Purement, simplement, je n'arrive pas à m'en rappeler. J'essaie, pourtant, mais rien ne viens ; jusqu'à ce qu'un souffle ne vienne me murmurer à l'oreille, que j'aie la vision fugitive d'un visage auréolé de cheveux blond ; je n'en distingue pas les traits. Elle me sourit. "Johann..." elle me murmure, espiègle. Je la connais, c’est sûr, de la famille peut-être.. ? Je soupire de soulagement et sort d'un trait :

- Johann. Johann Libert.


Vous me direz, un nom de famille, dans cette situation, ça ne sert à rien. Mais on gagne toujours à être poli avec une dame. Comme je sens que mon expression reviens à la normale, je continue d'un trait, d'une voix encore peu assurée et passablement enrouée.

- J'ai foutrement aucune idée de c'que je fais là. Et... (mes yeux se baissent sur moi-même puis reviennent fixer l'inconnue) j'ai pas l'impression d'être blessé, je crois pas.

Bon. Ca commence gentiment à ressembler à ma voix d'avant. Et je me sens un tout petit moins à côté de la plaque. Reste qu'une question me tiraille la cervelle depuis quelques temps. J'hésite pas mal à la poser, vu la stupidité de la question, puis me lance en arborant un air sceptique de circonstance.

- Je ne suis pas... mort ?

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mer 16 Sep - 17:22
L’inconnue commença à légèrement baisser sa garde alors que tu répondais à ses questions, lentement et laborieusement. Il était impossible de dire si cela venait de tes réponses ou de ton comportement, mais sa posture originellement méfiante et menaçante se relâcha quelque peu, la tête aplatie de la bêche reposant à nouveau sur le sol. Tu auras même pu voir le visage de ton interlocutrice se décrisper, esquissant un très mince sourire attristé alors que tu posais une question pour le moins surprenante. Mais plus surprenant encore, ce fut la réaction de la femme à celle-ci. Que tu ais pu l’imaginer ou non, t’y attendre ou non, il n’y eu ni surprise, ni moquerie ou déni de sa part. Seulement un bref hochement de tête qui n’y répondait en rien.

A vrai dire, c’était à se demander si l’inconnue avait bien compris le sens de ta question. Restant muette et interdite durant de longues secondes où seul le souffle du vent se faisait entendre, elle finit cependant par reprendre la parole, lâchant ses mots dans un souffle légèrement las, son ton se voulant bien moins dur, un rien plus bienveillant, ou du moins empathique.

“Tu l’as été,” lâcha-t-elle simplement. Une réponse énigmatique, faisant presque non-sens tant dans sa teneur que de sa construction, comme si l’état de mort n’était plus un définitif, mais passager, à l’instar d’une bonne gueule de bois. Une réponse qui avait de quoi bouleverser un peu plus ton esprit et probablement remettre en cause la santé de celui-ci, voire la réalité-même de ce qui t’entourait.

“Tu l’as été…” répéta-t-elle, “... et tu en es revenu. Mais pas à l’état d’une de ces créatures sans âme ni conscience.”

Passant sa main gauche dans ses cheveux, grattant le sommet puis l’arrière de son crâne, ne tenant plus la bêche que de sa main droite, elle afficha une légère grimace d’inconfort, rajustant par la suite le col de sa chemise autour de son cou. Lentement, elle regarda aux alentours durant quelques secondes, comme si elle cherchait une autre présence, puis posa à nouveau ses azurs sur ta personne.

“Mon nom est Ana. Ana Stanford.” Elle insista sur son nom de famille, bien que cela n’ait réellement guère d’importance à ses yeux, souhaitant simplement te rendre la politesse et instaurer une conversation équitable. Néanmoins, elle n’entama aucun geste dans ta direction, tel qu’un pas ou une main tendue, se contentant simplement de désigner ta veste en cuir relâchée dans un premier temps, puis les affaires déposées au sol non loin de toi d’un mouvement du bras.

“Ramasse tes affaires, sans geste brusque,” te lança-t-elle finalement sur un ton qui tenait plus de l’invitation que de l’ordre strict, ne te quittant pas du regard un seul instant.

“Sais-tu où nous sommes ? Et quel jour nous sommes ?” te demanda-t-elle ensuite, les yeux légèrement plissés. Ana semblait te poser des questions relativement simples et précises, comme si elle cherchait à évaluer l’état de ta mémoire et de ton esprit. Du moins l’étaient-elles pour elle.

Johann Libert

Anonymous
Invité
Mer 16 Sep - 20:08
Alors que j’avais enfin l’impression que tout redevenait normal, que le fil de mes pensées se plaçait gentiment bout à bout, les prochains mots prononcés  par la dame me firent l’effet d’une douche froide. Subitement, je me sentis perdre pied, chuter dans un état second, cotonneux, un frisson glacial escalada mon échine, tout mon être propulsé instantanément dans un bref état de choc qui s’estompa pourtant presque immédiatement, me laissant avec ce lancinant mal de crâne qui avait repris de l'ampleur et une drôle de sensation au creux du ventre. J’aurais sûrement beaucoup mieux encaissé si je n’étais pas déjà complètement désorienté la minute précédente.

- Ah, ok, c’est clair. Je suis dans le coma quelque part et mon cerveau s’amuse à me faire des hallucinations, hein ? Ou c’est pour la télé réalité ? Elle est planquée où la caméra ?

Je souriais en coin tout en balançant mon ironie désespérée. Des morts qui revenaient et marchaient, ça on avait déjà, merci, mais des morts qui redevenaient vivants, ça, ça se saurait ! Mes derniers résidus d’espoir venaient de s’enflammer pour ne laisser que des cendres. J’avais très envie qu’elle se fiche de moi, et en même temps elle avait l'air tellement sérieuse et sûre de son fait. Revenu d’entre les morts… La belle blague… Mais bon dieu, j’étais où  alors et qu’est-ce que c’était ce fichu endroit ?! Je regardais fixement mon interlocutrice, toute trace de sourire envolée. Pourquoi, si ça venait de mon cerveau à l’agonie, il me mettrait des gens que je ne connaissais pas dans mes rêves ? Pourtant ça avait l’air tellement réel que j’avais envie d’y croire. Je décidais de faire comme si, parce que je n’avais rien à perdre, dans tous les cas, sauf à devenir fou en essayant d’y comprendre quelque chose.

-  Et pour être sérieux, si tu veux tout savoir (sous la force de l’incrédulité, je passais automatiquement au tutoiement sans même m’en rendre compte, manière en même temps de lui montrer que je la considérais au même plan que moi), je suis incapable de te dire où nous sommes, aux dernières nouvelles j’étais au nord-est du Texas. Et on devrait être aux alentours de juillet ou août 2034, j’ai pas trop tenu le compte. Pourquoi, tu ne le sais pas toi-même ?

Il y a plusieurs manières de survivre à des situations qui dépassent notre entendement. Fuir, ce dont j’étais incapable, et pour aller où ? Se laisser aller au désespoir et s’effondrer comme une loque, mais ça n’était pas dans mon caractère. Ou manier l’ironie et le cynisme pour s’en préserver. Je préférais la dernière solution, ce qui n’aidait en rien l’état présent, mais me permettait de reléguer la vraie réflexion à plus tard. En attendant, suivant les conseils avisés de ma charmante conseillère en retour de vie – allons bon, voilà que je me mettais à y croire pour de bon – je fît un pas vers les affaires à terre, me baissait, observant un instant, songeur, le sac et les outils, mit le second dans le premier. J’avais froid - en juillet. L'incongruité ne me frappa pas outre mesure. Balançant le sac sur mon épaule, je me relevais sans geste brusque comme elle me l’avait bien précisé, bien sûr, c’est elle qui tenais une bêche après tout, pas moi. Ce faisant, j’essayais de ne pas tenir compte de l’alerte qui essayait de se faire entendre au fond de mon crâne. L’instinct. Quelque chose ne tournait pas rond, ou plutôt, au contraire, son histoire tenait trop rond. J’avais bien été mordu… non ? La fièvre, le délire et ce que je ressentais maintenant, ça ne pouvait être inventé complètement. Et si j’étais vraiment mort, comme je m’y était attendu ? Alors, quoi ? Mon humeur venait de se placer sur « maussade tout le reste de la semaine avec un pic dans les 5 prochaines minutes ». En me redressant, je me rendis compte qu'en prenant le sac j'avais fais tomber au sol un truc lourd et brillant, sur laquelle je mis la main et y découvrait une paire de coup de poings américain sur lesquels une fraction de regard me permit de connaître précisément leur usage. J’avais ça, moi ? Une fois  debout, je les lançais aux pieds de ma belle devant lesquels ils vinrent chuter en roulant l’un sur l’autre avec un tintement métallique.

- Tiens, tu m’as demandé si j’avais des armes juste avant.
(je laissais passer un temps) Et c’est quoi la suite du programme, maintenant que me voilà ressuscité ? Une canonisation par le pape ?

Je restais debout avec mon barda sur l’épaule. Je n’avais toujours pas fais un pas vers elle. J’essayais de déceler quelque chose sur son visage, n’importe que signe, qui me donnerait la certitude que tout était réel – ou au contraire, que ça ne l’était pas du tout. Je ne savais plus que penser, alors je m’efforçais de ne plus le faire. J’étais dans une situation très inconfortable mais, après tout, si je comptais juste, j'étais virtuellement mort deux fois. Alors, une résurrection, ce serait le clou du spectacle.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Lun 21 Sep - 1:37
La femme ne put s’empêcher d’arquer les sourcils, incapable de dissimuler l’étonnement qui venait de la saisir alors que tu lui répondais avec un certain amusement, comme reniant les quelques informations qu’elle venait de te donner avec pourtant le plus grand sérieux du monde. Tenant toujours l’outil agricole dans sa main, il lui fallut quelques secondes pour retrouver un visage moins expressif, plus fermé sur les émotions qui venaient de la traverser. Quelques secondes de silence qu’elle mit à profit à t’écouter reprendre sur un ton plus sérieux à ton tour, prenant en considération les informations que tu lui offrais de quelques hochements du chef, brefs et répétés.

Finalement, au terme de ta première question, elle ne put contenir un long soupir exaspéré, se doutant fortement que les choses, ta situation, ce qu’il t’arrivait, n’étaient pas forcément aussi aisés à accepter, encore plus quand on les vivait qu’en étant simple témoin, et récipiendaire pour l’occasion.

“Oh si. Ne t’en fais pas. Depuis que l’épidémie s’est déclarée, je compte chaque jour,” t’avoua-t-elle sur un ton légèrement plus las. “Chaque jour est un cauchemar, empli de crainte, de doute et d’appréhension. Seulement… Tu n’es pas le premier à “revenir” d’entre les morts, et vous semblez tous présenter le même genre d’amnésie. Symptôme plutôt logique quand on est…  quand on a été mort,” rectifia-t-elle, pince sans rire.

“Quoi qu’il en soit, tu te trouves ici dans l’Ouest du Texas, à proximité de Snyder, bien à l’Ouest de Dallas. Et nous sommes aujourd’hui le 29 Janvier 2035.” Elle marqua une courte pause dans ses explications, sans vraiment te laisser le temps d’encaisser le choc - ou non - de la nouvelle, avant de glisser un simple “Désolé” compatissant venant ponctuer celles-ci.

Après quoi, elle continuera de t’observer longuement, restant toujours immobile et maintenant une certaine distance de sécurité. Après tout, elle ignorait qu’elle pourrait être ta réaction à cette annonce. Elle avait vu tellement d’hommes et de femmes détoner de par leurs comportements face aux horreurs de ce nouveau quotidien apocalyptique. Lorsque les deux poings américains atterrirent à quelques centimètres de ses bottes dans un tintement métallique, elle ne détourna pas le regard de ta personne, préférant de loin te garder à l’oeil, resserrant sa prise sur le manche de son outil par simple prudence, alors que tu ramassais tes affaires et enchaînais sur de nouvelles questions concernant ton avenir proche.

“Pour l’instant, je vais t’accompagner jusqu’à notre ferme…” elle désigna le groupe de bâtiments que tu aurais pu apercevoir au loin, “...afin que tu puisses te nourrir un peu, et te reposer. Une fois là-bas, le vieux Nelson sera plus à-même de savoir quoi faire, et pourra peut-être apporter d’autres réponses à tes questions. Mais…” Elle marqua un nouveau temps d’arrêt.

“...Ne t’attends pas à découvrir les raisons de ta présence ici, ou le pourquoi de ta résurrection. C’est un mystère dont nous ne savons rien et qui, très personnellement, ne m’intéresse pas de résoudre. J’ai bien d’autres préoccupations à l’esprit. Quant au pape, tu peux toujours essayer de lui envoyer une lettre,” termina-t-elle, son ton et son visage se décrispant légèrement sur cette petite note d’humour.

Après quoi, elle aura fait un pas de côté, pivotant légèrement sur sa gauche pour ne plus te montrer que son profil droit, et lever son bras gauche en direction des bâtiment, t’invitant ainsi à passer devant elle et ouvrir la marche, sans pour autant te quitter de ses prunelles azurées. Elle resterait immobile et statique à t’observer et attendre ta réaction, avant d’entamer tout mouvement vers la ferme destiné à t'accompagner si tel était le cas. Il était désormais clair que si ses intentions n’étaient pas hostiles à ton égard, elle n’en demeurait pas moins méfiante et prudente, ne voulant visiblement pas marcher à tes côtés, et encore moins t’avoir dans son dos.

Johann Libert

Anonymous
Invité
Lun 21 Sep - 13:06
Ok. Ca n’avait toujours l’air ni d’une blague ni d’un rêve. J’étais fatigué, j’avais toujours mal au crâne, j’en avais marre. J’en étais à un point où découvrir qu’on était 6 mois plus tard et des centaines de kilomètres plus à l’ouest que dans mes derniers souvenirs conscients n’arrivais même plus à me surprendre, même si ça ajouta encore une couche à la liste des chocs émotionnels que je venais d’encaisser. Je crois que j’avais dépassé la limite où on peut encore réagir de manière exagérée, où on pouvait encore réagir tout court, et je me contentais d’un haussement de sourcil perplexe histoire de démontrer que j'avais entendu l’information, ouvrant et refermant la bouche en me retenant juste à temps de faire un commentaire. Qu’y avait-il encore à commenter ? Visiblement, mon interlocutrice ne pouvait pas m’en dire plus et semblait encline à m’inviter de manière certes...  bourrue, puisque elle ne semblait pas non plus décidée à lâcher sa posture défensive, mais pouvait-je lui en vouloir ? Pas vraiment. J’ajustais le sac sur mon épaule et testais mon équilibre, j’étais toujours debout, je devais donc bien pouvoir marcher. Je fis un pas vers elle, tout entier concentré sur mes sensations. Ca tenait. J’aurais pas fait un 100 mètres sprint et je me sentais pas au mieux de ma forme, mais 500 mètres, ça me semblait dans mes capacités du moment.

- J’ai pas l’adresse perso du pape, alors va pour l’invitation à la ferme.

Je ponctuais ma réplique d’un vague haussement d’épaule et m’avançait à travers le champ, la dépassant en laissant 2 mètres de distance entre nous et sans faire mine de remarquer outre mesure la bêche qu’elle tenait toujours et dont, j’en étais certain, elle n’hésiterait pas faire bon usage si je manquais à mes devoirs. Comme je n’avais toujours pas l’intention de lui sauter dessus ni de m’enfuir où que ce soit, ça ne me faisait ni chaud ni froid. Je marchais lentement, non pas que je ne sois pas pressé, mais parce que dans mon état, je n’avais aucune envie de lui offrir le spectacle d’un cassage de gueule honteux dû à mes jambes flageolantes.

- Et ce Nelson dont tu me parle, c’est qui, votre chef ? Vous êtes nombreux là bas ?


Elle avait parlé d’autres comme moi également. Sans arriver à me faire à l’idée d’avoir pu être mort, je veux dire, réellement, cadavre et tout ce qui va avec, j’étais curieux de pouvoir en apprendre plus. L’idée que tout ça était bien la réalité et pas un rêve tarabiscoté prenait gentiment le dessus, la fatigue et la lassitude qui m’envahissaient aidant à accepter les choses telles qu’elles semblaient être. Il allait me falloir encore un sacré moment avant de pouvoir l’intégrer, mais je commençais déjà à l’envisager comme vérité. C’était déjà un sacré progrès. C'était surtout essentiel pour ma survie mentale. Je n’avais pas envie de parler ni vraiment d'autres questions en tête, alors, celle que je posais là risquais bien d’être la seule de tout le trajet.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mar 22 Sep - 21:57
La vétérinaire eut un très mince sourire en coin en entendant l’homme poursuivre dans son sarcasme sur le Saint-Siège, révélant par là son acceptation à l’accompagner jusqu’à la ferme.  Quelque part, elle était légèrement et agréablement surprise que Johann se montre si docile au terme d’un traumatisme pareil. Si croiser des revenants était devenu le pain presque quotidien des survivants, qu’en était-il de ceux qui croisaient des gens revenir littéralement à la vie ? Ana n’avait de cesse de se poser la question à elle-même. Comment réagirait-elle si elle-même connaissait ce destin. L’accepterait-elle aussi “aisément” ? Paniquerait-elle ? Nierait-elle tout en un seul bloc, persuadée d’être passée de l’autre côté et de vivre une chimère ? Elle secoua légèrement la tête, se massant les mâchoires de sa main libre  en arborant une mine soucieuse et pensive.

Ce n’est que lorsque l’homme passa devant elle, ses prunelles azurées suivant sa progression dans le champ, qu’elle se baissa finalement pour ramasser les poings américains reposant au sol, glissant la paire d’objets métalliques dans une des poches arrière de son jean avant d’emboîter le pas à Johann en gardant cette distance de sécurité de quelques mètres.

Son attention et son regard entièrement braqués vers l’homme, elle marchait d’un pas assuré, mais à un rythme plutôt lent, ayant à cœur de ne pas imposer une progression trop rapide au ressuscité et épargner ses muscles endoloris et ses sens malmenés. Ana avait fini par afficher une stature plus décontractée, le manche de la bêche reposant sur son épaule, son visage moins fermé qu’à l’accoutumée, peu à peu, son instinct lui soufflait qu’elle n’avait pas de crainte particulière à avoir de son incongru visiteur.

D’ailleurs, la question que celui-ci lui posa, cherchant à se renseigner sur l’identité de Nelson, sur la nature et les occupants des lieux où elle l’emmenait ne manqua pas de susciter son intérêt. Malgré son évidente difficulté à reprendre ses esprits et ses aises, Johann avait le sens de l’observation et du détail. Elle opina du chef très brièvement à de nombreuses reprises, perdue dans ses pensées, puis finit par répondre d’un ton plus posé et plus doux, la voix légèrement plus élevée aussi pour être certaine de se faire entendre de son interlocuteur.

“Nelson est le propriétaire de la ferme. Un brave homme, un tantinet pointilleux mais un homme de confiance, quelqu’un de bien. C’est aussi lui qui organise la vie à la ferme, et les tâches,” répondit-elle avant de marquer une brève interruption.

“Autrement, nous sommes six au total à vivre ici, et un chien. Tu auras bien vite l’occasion de les rencontrer. Enfin… six sans compter les autres ressuscités comme toi qui fleurissent dans les alentours. Nelson doit utiliser un engrais peu conventionnel dans ses cultures…” plaisanta-t-elle en guise de conclusion avant de se murer de nouveau dans son silence, son regard ne s’intéressant désormais plus qu’aux environs immédiats et votre destination finale.

C’est donc au terme d’une marche lente et plutôt laborieuse que se dresse finalement devant toi la clôture en bois de la ferme, qu’Ana t’invitera à franchir, t’offrant même une main tendue au besoin qui serait son premier geste de soutien à ton égard. Mais à peine auras-tu franchi la clôture qui te sépare du corps de ferme proprement parlé que des aboiements, d’abord lointains puis se rapprochant, parviendront à tes tympans. Quelques instants plus tard, tu pourras voir la silhouette assez massive et impressionnante d’un doberman lancé en pleine course, la gueule ouverte et la langue pendante, fonçant dans votre direction avec toute la détermination d’un chien de garde aux aguets.

Johann Libert

Anonymous
Invité
Mer 23 Sep - 13:18
La question que je posais à Ana  concernant les habitants de la ferme m’était venue toute seule aux lèvres. Je ne l’avais pas réfléchie et, quelques pas après l'avoir émise, j’écoutais à demi la réponse qu’elle m’offrît, déjà largement perdu dans d’autres pensées. Les informations en retour vinrent se classer dans un coin de ma mémoire et je n’aurais su dire en ce moment si, réellement, je les avais mémorisées. Je n’avais même pas remarqué que j’avais réussi à la dérider un tant soit peu, suite à mes efforts involontaires ! Libéré du face à face avec son regard scrutateur, j’étais enfin libre de laisser mon esprit partir à la dérive, ce qu’il ne se privât pas de faire dès que je relâchais ma concentration. J’étais incapable de remettre les choses dans l’ordre et ne voulait surtout pas tenter de le faire, pas maintenant. Si je voulais éviter de craquer, il fallait que je focalise mon esprit sur n'importe quoit, sauf sur le point névralgique. Respirer calmement. Se vider la tête. Tout en avançant machinalement, je me laissais imprégner de l’atmosphère ambiante ; le léger crissement de l’herbe sous mes chaussures, le vent portant toutes les odeurs de la campagne et ce calme, si surprenant, ce calme. Difficile de croire que c’était bien le même monde dans lequel j’étais il y a... …6 mois…  je rejetais d’un bloc cette tentative de me ramener à l’instant présent, mais impossible d’y échapper, malgré mes efforts. Les dernières minutes (où étaient-ce les premières de ma vie actuelle, si j'en croyais Ana ?) revenaient en boucle, encore, et encore. Une partie de moi voulait l’accepter pour avoir la paix, une autre hurlait contre l’impossibilité de la chose. Et en toute conscience je ne pouvais accepter ni l’une, ni l’autre. Tout ce que je voulais, c’était me poser, fermer les yeux et qu’on me fiche la paix avec ces histoires de résurrection  et de zombie. Me réveiller dans mon canapé, chez moi, revenir comme avant. En rire (jaune) en me rendant compte que je venais de vivre le plus réaliste des cauchemars que je n’avais jamais fait. Si seulement ça pouvait être aussi facile…

Avec tout ça, il s’en fallu de peu pour que je ne voie pas la clôture qui, pourtant, ne pouvais pas se rater ! En tout cas, pas pour quelqu’un qui aurait pris garde à son environnement, ce qui n’était pas mon cas. Nous étions arrivé, visiblement. Je cherchais ma protectrice et gardienne en regardant derrière moi et la découvris à côté, m’invitant à passer l’obstacle. Pire. Me proposant son aide pour passer l’obstacle. J’en fus frappé. Pas pour le geste, qui était honnête, mais pour la marque de confiance que cela sous entendait de sa part, envers moi. Et qui, en même temps, me rendait l’humanité que son histoire de retour des morts m’avait retirée. Bienvenue dans le monde des gens normaux, elle semblait me dire. Ca fait très mélodramatique et ce n’est pas mon genre, c’est sans doute pour ça que j’ai refusé son aide pour me débrouiller seul avec cette fichue clôture qu’en temps normal, j’aurais sauté en un clin d’œil. Disons juste que, sans vouloir me répéter, j’avais des circonstances atténuantes pour mon état. A peine passé de l’autre côté, un concert d’aboiement s’éleva de quelque part pas loin pour m’inonder les oreilles d’un boucan dont je me serais bien passé. Je serrais les mâchoires, fermais les yeux, inspirait à fond dans un ultime espoir de mater l’insupportable mal de tête que le canidé d’accueil venait de réveiller. Je le maudis à tous les enfers existants, et à quelques autres, avant de le voir débouler en droite ligne sur nous. Sur moi. Surtout moi j'imagine, qui étais l’intrus. J’eus une superposition d’images ; ailleurs, un autre chien, deux même ; plus gros. Familiers. Mon patron, Dick, avait acheté deux chiens pour le parc des camions. Ils étaient plus massifs que celui-là, qu’est-ce que c’était ? Des Rottweiler je crois, j’ai jamais été trop chiens. Tom et Jerry, ils les avaient appelés (mon patron était ultra fan des vieux dessins animés).  Des noms proprement ridicules. C’était des clébards très cool avec les employés, des bonnes pâtes promptes à quémander caresses et friandises. Mais j’aurais franchement plaint le pauvre type qui aurait tenté de s’introduire à l’intérieur une fois les grilles refermées et tout le monde parti.

L’image s’efface pour ne laisser que celle de l’autre chien, celui qui aboie comme un damné et qui est quasiment sur nous. Il est plus fin que les Rottweilers, mais pas moins impressionnant. J’ai beau ne pas avoir eu de chien, j’avais beaucoup de collègues qui en avaient et les gardaient avec eux dans la cabine. Un très, très bon antivol pour le camion. Mais je divaguais là-dessus sans savoir pourquoi, le moment étant à mon goût plutôt mal choisi. Ce que je savais, en revanche, en espérant ne pas me tromper mais sans m’inquiéter outre mesure, c’est que j’étais avec quelqu’un de la maison. Et que les chiens de garde, en présence d’un des leurs, étaient censés ne pas attaquer sans ordre. Je ne bougeais néanmoins pas et laissait le chien s’approcher de lui-même, ce qu’il faisait sans qu’on lui demande et à une vitesse proprement démentielle. L’espace d’un infime battement de cœur, une pensée toute bête me pris soudain, retourna mon estomac, chavira ma quasi-certitude. Et si j’avais l’odeur des cadavres, de ces décomposés que je croisais partout depuis le début de tout ça ? Et si je n’étais plus si humain que ça ? Avec ce qu’Ana m’avait dit, et si… Les chiens sentent beaucoup de choses, si il ne reconnaissait pas comme simplement… et bien, comme simplement humain, normal, moi ? Ca serait la preuve que tout ce qu’elle a dit… Comme dans un vieux film sur lequel j'étais tombé un soir, une histoire d'homme qui, ramené à la vie, avait perdu son âme et que les animaux ressentait comme maléfique. Mon dieu non, faites que…
Je n’avais pas peur du chien en lui-même. J’avais peur de ce qu’il aurait pu me prouver sur moi-même, définitivement, de manière incontestable. Cette seule idée, qui était pourtant totalement irrationnelle et qu'en temps normal j'aurais trouvé complétement absurde et qui, au mieux, m'aurais arraché un sourire amusé, m'avait subitement plongé dans un état d'angoisse, de panique même, contre lequel je m'évertuait à élever mon côté rationnel, sans autre résultat qu'ébranler un peu plus mon équilibre mental déjà bien malmené. Crispé, tendu, masquant tant bien que mal mes efforts pour ne pas dévoiler la lutte intérieure qui m'animait, j’attendais le verdict de l’inquisiteur qui se ruait sur nous, crocs en avants.
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