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[Ferme Wallace] La bêche et la brune - 29/01/2035
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Ana Stanford

Anonymous
Invité
Sam 26 Sep - 11:12
Le canidé continuait sa course effrénée dans ta direction, n’en démordant pas de glapissements et aboiements tonitruants, faisant s’envoler quelques oiseaux perchés dans un arbre non loin. Le dobermann ne mit guère de temps à vous atteindre tous deux, Ana s’empressant d’aller à son encontre afin de s’interposer entre toi et l’animal, levant légèrement la main gauche en signe d’apaisement à l’attention du chien.

“Shhht Tobby… Du calme, du calme,” souffla-t-elle d’un ton posé, mais autoritaire malgré tout. Si le chien, reconnaissant là une odeur et une présence familière calma légèrement ses ardeurs, cela ne l’empêcha pas cependant de contourner la vétérinaire pour venir se poster à tes pieds, reniflant tes chaussures et le bas de ton pantalon avec une curiosité et une insistance toute animale durant de longues secondes, le moignon de sa queue remuant frénétiquement alors que sa truffe se pressait contre tes tibias, dévoilant toute son énergie et sa vigueur.

Ana revint vers toi à ce moment-là, observant Tobby d’un oeil à la fois amusé et attentionné, révélateur de l’affection qu’elle éprouvait à l’égard du chien, puis posa ses prunelles océans dans les tiennes, accompagnées d’un très mince sourire entendu.

“Ne t’inquiète pas. Il est jeune et très joueur, mais ne te fera aucun mal. A moins que ce ne soit toi qui t’en prenne à nous, bien entendu,” t’informa-t-elle d’un ton toujours aussi calme. “Allez Tobby. Laisse-le tranquille,” ordonna-t-elle ensuite au chien en lui caressant le flanc droit d’un geste tendre mais appuyé.

Au terme de son inspection olfactive, le chien aura levé sa truffe et son regard dans ta direction, contemplant ton visage en penchant la tête d’un côté, puis de l’autre, gémissant quelque peu, avant de finalement se tourner sur lui-même et repartir en trottinant vers la ferme, la tête haute, la truffe au vent et la langue pendante d’un côté de ses babines, comme satisfait et heureux d’avoir accompli sa mission de protection du périmètre, sous le regard bienveillant de la brune à la bêche. Cette dernière ne tarda cependant pas à reporter son attention sur toi, te désignant la ferme vers laquelle s’en allait le chien d’un geste du bras. Tu auras par ailleurs pu remarquer, en y prêtant attention, qu’une légère odeur de cuisine préparée flottait dans l’air. Que cela relance ta nausée ou t’ouvre l’appétit ne dépendrait que de toi et de ton état de forme général, mais la faim ne manquerait pas au final de se rappeler à ta mémoire.

“Le repas ne va pas tarder à être servi, si tu as faim,” précisa-t-elle en t’entraînant à sa suite vers la ferme, couvrant la distance qui vous séparait d’une porte en bois tout à fait banale qui s’ouvrait directement sur une cuisine, le chien s’étant couché au pas de celle-ci, lorgnant d’un air curieux, oreilles dressées dans votre direction.

Blanche et douillette, elle est équipée d'une table au centre, faite de vieux bois avec quelques chaises autour, soigneusement poussées dessous. Sur la droite, il y a des meubles de cuisine qui font les deux angles et s'étalent sur les différents murs, y consacrant toutes sortes d'utilités typiques de cette pièce : évier, broyeur, plans de travail multiples dans ce cas, des portes de placards un peu partout en dessous et sur les petits meubles accrochés aux murs au-dessus, micro-ondes, cuisinière, et même un lave-vaisselle et une machine à laver. Rien de bien extraordinaire, mais avec tout ce qu'il faut, des ustensiles répartis, des serviettes, des torchons, des bocaux, et tout ce que l'on peut imaginer dans une cuisine, le superflu en moins vu la situation extérieure et les risques immédiats puisque la pièce est exposée. Les fenêtres sont barricadées par des planches de bois. Une porte se situe de l'autre coté de la table, en battants.

Tu pourras remarquer en entrant, après avoir été frappé plus intensément de l’odeur de cuisine, une jeune femme à la silhouette chétive et la chevelure blonde, d’abord affairée à faire mijoter quelques denrées, se retourner à votre entrée. Ramenant ses mains croisée devant elle, le visage affublé d’un sourire timide, les yeux légèrement détournés vers le sol, la cuisinière du logis t’apparaît comme frappée d’une très grande timidité.

“Pamela ? Je te présente Johann. Johann ? Pamela. La première des ressuscités recueillis par Nelson,” te présenta Ana après avoir déposé la bêche à l’entrée de la cuisine.

La jeune Pamela leva légèrement la main droite à ton attention, dans un geste de salut.

“Bon-bon-bonjour Jo-Johann,” te salua-t-elle d’une voix tremblante et en proie à un bégaiement affirmé. “Tu-tu as faim ? C’est b-bien-bientôt prêt...”

Johann Libert

Anonymous
Invité
Sam 26 Sep - 15:31
Je me sentais très con. Ridicule. J’avais envie de me traiter de tous les noms d’oiseaux qui me passeraient par la tête. Le chien était venu, avait flairé mes chaussures, levé la tête d’un air joueur, comme… et bien, comme un chien face à un nouveau copain ! Et moi qui pique une crise de panique totalement irrationnelle, juste digne d’un gamin superstitieux. Reprends-toi, merde ! Le brusque soulagement inhérent à la rencontre du canidé avait eu l’effet d’une vague libératrice sur mon esprit, comme si elle avait retiré d’un coup toute la brume qui l’encombrait ; le subi sentiment d’être débarrassé  d’un poids me fît un bien fou. J’avais l’impression d’être à nouveau maître de mes pensées ; c’était pas trop tôt. Une vague odeur de nourriture vînt flotter à mes narines et me rappela aux contingences matérielles ; j’avais faim. Terriblement faim. Un peu comme si je n’avais pas mangé depuis… 6 mois. Mon ventre acquiesça en faisant entendre un grondement. En même temps vint aussi l'envie d’un café et d’une clope. Et d’une bonne nuit de sommeil. Mon dieu… Obtenir le tout aurait été le pied total, mais je doutais pouvoir avoir ne serait-ce que la moitié. Je suivi Ana jusqu’à la ferme, me baissait au passage vers le chien – Tobby, j’avais noté ça, pour le gratifier d’une caresse au passage, et entrait dans le bâtiment.

Avant de voir, je sentis. La brusque concentration de l’odeur du dehors confirmait qu’elle venait d’ici. Ca plût beaucoup à mon estomac qui se serra en une désagréable crampe. Je fis le tour de la pièce d’un regard curieux, cuisine normale, banale, étrangement propre (étrange à mes yeux désormais plus habitués à la dépravation des bâtiments qu’à leur conservation). La cuisinière était là, une jeune femme mince et fragile avec une tignasse blonde qui me rappela un souvenir flou à la limite de ma conscience. Mais celui-ci ne parvînt pas à se former et disparut. Je ne pus retenir un petit sourire face à la visible timidité de celle qu’on me présenta sous le nom de Pamela.

- Salut Pamela, enchanté. Ca a l’air terrible ce que tu cuisine. Je meurs de faim, oui, je dis pas non à l'invitation.

Je larguais mon sac à dos à côté de la bêche d’Ana, par terre, où il atterrit avec quelques tintements mécaniques – les outils. Sans trop savoir quoi faire, je mis les mains dans mes poches et attendis, regardant Ana, mes yeux posant une question muette. Et maintenant, quoi ?

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mar 29 Sep - 21:57
Après avoir introduit les présentations entre toi et Pamela, la vétérinaire qui t’avait ramassé dans ce champ se massa les tempes puis le cuir chevelu pensivement, te laissant là tout le loisir de répondre à la question de la petite blonde. Ana finit même par s’isoler dans un des recoins de la cuisine, non loin de la table à manger, les bras croisés sur la poitrine en t’observant d’un oeil luisant d’une lueur légèrement protectrice, et clairement compatissant. Finalement, elle hocha de la tête à plusieurs reprises alors que la prénommée Pamela semblait comme paralysée à l’idée de poursuivre la conversation, paraissant chercher ses mots, voire même un sujet de conversation quelconque avant de finalement s’en retourner à la préparation de sa pitance.

“Okay,” lâcha la brune scarifiée en faisant claquer sa langue contre son palais en reprenant l’initiative de la parole, te désignant dans un même geste synchrone les portes battantes qui marquaient la séparation entre la cuisine et le salon ; ayant bien remarqué ta moue interrogative quant à la suite du programme qui, dans l’absolu, souffrait d’une absence certaine de planification.

“Tu trouveras une salle de bain sur ta gauche en sortant de la cuisine, si tu souhaites te débarbouiller un peu et te rafraîchir. Je vais tâcher de te trouver des vêtements propres en attendant parce que, excuse-moi de te le dire, mais tu sens très clairement le cadavre,” acheva-t-elle dans un léger sourire moqueur, mais dépourvu de toute méchanceté, avant de réaliser quelques secondes plus tard sa maladresse.

“Excuse-moi. C’était déplacé…” souffla-t-elle, ayant par ailleurs remarqué le regard relativement choqué que venait de lui adresser la jeune Pamela, ses yeux océan effarés arrondis comme des soucoupes. Sur ces quelques mots, Ana quitta la cuisine, très probablement pour aller te chercher quelques affaires propres, te laissant seul avec Pamela, toujours affairée à sa tambouille.

Un long silence visiblement gêné plana dans la cuisine durant de longues secondes, avant que finalement la petite blonde ne le brise en ouvrant la porte du frigidaire, faisant très clairement tinter quelques bouteilles en verre entreposées dans la porte de celui-ci.

“Ex-ex-excuse-la… Elle ne-ne pen-pensait pas-pas à-à-à-mal,” te confia Pamela en sortant une bouteille d’eau du frigo, ainsi qu’un saladier visiblement empli de quelques légumes frais qu’elle déposa par la suite sur la table.

“Elle-elle-Ana… a ten-tendance à-à dire à voix hau-haute to-tout ce q-qui lui pa-passe par l-la tê-tête,” poursuivit-elle en sortant une assiette du placard, ainsi qu’un verre et des couverts d’un tiroir coulissant dissimulé sous le plan de travail et disposer le tout devant une chaise ; te désignant cette dernière d’un geste et d’un très mince sourire amical et bienveillant.

“C’est-c’est po-pour toi…” t’informa-t-elle en t’indiquant l’assiette et le plat de salade d’un signe de la main tremblant, mais engageant.

Que tu t’installes pour déguster le repas proposé en avance de l’heure du repas ou non, il s’écoulera de nombreuses minutes avant que la vétérinaire ne reparaisse dans la cuisine, les bras chargés de quelques vêtements propres et soigneusement pliés.

“Bon… J’ai trouvé quelques habits, probablement trop grands pour toi mais… Nelson est plutôt d’un gabarit hors norme,” te confia-t-elle en déposant les vêtements sur un des coins de la table. “D'ailleurs, il ne devrait plus tarder à arriver.”

Après quoi, Ana alla s’emparer d’un verre afin d’étancher sa propre soif quelques instants plus tard, buvant l’eau fraîche avec avidité, finissant son verre dans un soupir véritablement sans-gêne ; puis elle reporta son regard azuré sur ta personne.

“Alors Johann ? Qui étais-tu et que faisais-tu avant de… Enfin… Tu vois ce que j’veux dire… Avant quoi ?” te demanda-t-elle ensuite, croisant de nouveau ses bras sur sa poitrine en soutenant ton regard.

Johann Libert

Anonymous
Invité
Jeu 1 Oct - 13:00
Soit Pamela avait peur de moi pour une raison concrète qui m’était inconnue, soit elle souffrait  d’une timidité maladive, mais comme je n’avais pas souvenir de faire cet effet là sur les femmes, j’espérais que ce n’était que la seconde option. Ca n’allait pas faciliter la prise de contact. Qu’est-ce que j’aurais bien pu lui dire d’autre ? Je ne me sentais pas de lancer une quelconque banalité, vu les circonstances.  Elle ne trouva pas plus que moi et fini par résoudre la question en se retournant vers ses fourneaux. Un malaise palpable s’installa et je me tournais vers Ana comme on se tourne vers une bouée de sauvetage, attendant d’elle à peu près n’importe quoi, tout, sauf ce silence gêné – et gênant. Elle sembla s’émouvoir de la situation et prit les choses en main, comme si elle faisait ça à longueur de journée. Je me demandais si ce n’était pas réellement le cas et si elle passait son temps à s’occuper des autres « comme moi » dont elle m’avait parlé. Je n’eus pas le loisir de m’interroger davantage car elle me désigna la grande porte sur laquelle je tournais machinalement mon regard avant de le reporter sur elle. Sa petite pique sur mes habits, bien loin de me faire sourire, me vît me crisper à me faire mal aux mâchoires, un frisson glacé me remontant le long de la colonne. J’avais presque réussi à oublier ce « léger détail » l’espace de ces quelques instants occupés à découvrir mon nouvel environnement. Je n’avais pas envie de lui montrer que je l’avais mal pris, elle n’avait manifestement pas fait exprès et les excuses qui suivirent immédiatement ne purent que me le confirmer. Il n’en reste pas moins que je lâchais un profond soupir pour relâcher un peu de tension nerveuse dès qu’elle fila hors de la pièce, tout en venant passer la main sur mon front d’abord, puis à travers mes cheveux ébouriffés, un geste que je redécouvrais et que je savais m’être habituel. Je me replongeais dans des pensées assez troubles en fixant un point dans le vide, plutôt content que Pamela ne dise rien. Quand elle brisa le silence en ouvrant le frigo, je relevais les yeux sur elle et la regardais faire. Je rejetais la pensée de lui proposer de l’aider, suffisamment conscient du niveau de crasse de mon état physique qu’Ana venait de gentiment me renvoyer à la figure pour ne pas oser toucher quoique ce soit dans la cuisine. J’étais surpris qu’elle ose me parler, j’imagine qu’elle pensait  - à tort - que je pouvais en vouloir à ma bienfaitrice pour ses paroles irréfléchies.

- C’est pas grave tu sais… (elle continuait ses allées et venues et je continuais de la suivre des yeux) Je préfère les gens qui disent ce qu’ils pensent, même si ça leur échappe. T’excuse pas pour elle, y a pas besoin. Je suis pas en sucre, je peux encaisser.

Je n'étais cependant pas complétement convaincu que j'en supporterais bien davantage. La voyant mettre la table pour une seule personne, je mis quelques secondes pour réaliser qu’elle faisait tout ça pour moi, même après qu’elle m’ait invité à m’installer. En réponse, je lâchais un bref sourire autant de surprise que de gêne, me sentant un peu perdu face à tant de civilités dont j’avais grandement oublié l’existence depuis les derniers mois.

- Si tu ne m’en veux pas, je vais aller essayer de…
(je fis un vague geste de la main droite) nettoyer un peu ce que je peux avant. A gauche en sortant, c’est ça ?

Je n’avais pas besoin de la réponse et d’ailleurs je ne l’attendis pas vraiment avant de franchir le double battant. C’était le genre de réplique totalement dépourvue d’intérêt qu’on place pour meubler une phrase quand on ne sait pas quoi dire de mieux.


Je n’avais pas envie d’effrayer qui que ce soit en sortant de la cuisine et j'ouvris la porte prudemment, mais je débouchais dans un salon qui me parut vide de tout occupant. Je pris quelques secondes pour observer la pièce, sobre, vieillotte avec un immonde papier peint, même si mes goûts en la matière laissaient pas mal à désirer. Je remarquais, comme à la cuisine, la barricade de la fenêtre ; preuve que j’étais bien toujours dans le même monde que j’avais quitté… laissé derrière. « Et merde… Voilà que tu te remets à te voir comme mort, c'est pas croyable... » Je me sermonnait en pensée, ne voulant ni ne pouvant toujours pas croire à cette éventualité. Qui de sensé y croirait ?! Quant à savoir si j’étais quelqu’un de sensé… Me secouant, je découvris deux portes à ma gauche. La première me permit de découvrir les wc, ce qui n’était pas inutile, la seconde la salle de bains. Mon premier réflexe fut de me regarder dans la glace. Je fus plus que surpris de me découvrir propre, contrairement, effectivement, à mes vêtements qu'on aurait pu croire tout droit sortis d'un dépotoir. Je n’avais pourtant pas la tête à passer des heures à me dévisager dans un miroir et je la passais plutôt sous l’eau froide, reportant à plus tard un examen plus approfondi. Le reflet m’avait prouvé que j’étais toujours bien moi-même, pareil à mes souvenirs, ni défiguré, ni différent à cette première vue rapide, quoique avec une coupe improbable et une tête de déterré. Je lâchais une sorte de hoquet qui se voulait un rire à cette remarque tout à fait nulle ; j’étais contaminée par l’humour d’Ana, y a pas à dire. Je m’essuyais et retournait à la cuisine. J’ignorais si ça venait du froid ou du relâchement nerveux, mais mon crâne me faisait à nouveau souffrir, comme si on s’acharnait à tenter de l’ouvrir à coup de burin. Je retrouvais Pamela toujours seule et me demandait si elle était préposée à la cuisine ou si ça lui arrivait de faire autre chose. Je ne sais pas pourquoi, je l’imaginais cloîtrée dans cette pièce… Allez savoir. Je venais à peine de m'assoir en m’installant à la place que la petite blonde m’avait indiqué auparavant que la porte laissa passer Ana portant une petite pile de vêtements. Je la suivis du regard; par rapport à la retenue de la cuisinière, on aurait dit une mini tornade qui venait de faire irruption dans la pièce. Je lançais un coup d’œil à la pile déposée sur la table en me demandant à quoi pouvait donc ressembler Nelson.

- Merci pour les habits.

Tandis qu’elle se détournait pour se prendre un verre, je me servais de l’eau de la bouteille pour descendre deux verres d’affilées ; ce furent les meilleures verres d’eau de toute ma vie, et dieu sait que l’eau n’est pas ma boisson préférée. Puis, tournant ma chaise à demi vers elle, je l’écoutais poser sa question de cette manière directe et sans fioriture qui semblait tout à fait naturelle chez elle. Ses manières franches et sa façon d’aller à l’essentiel me plaisaient bien, j’avais horreur des gens qui tournaient autour du pot pendant des plombes.

- Avant que ? Avant que je ne sois mort et que tu me déterre dans ton jardin, allez dis-le comme tu le pense.

Cette fois j’avais prévu la réplique et je poussais le vice jusqu’à lui offrir un sourire en coin en bonus. Un brin forcé, soit, et qui ne dura qu’un fugace instant avant que je ne reprenne une expression bien plus pensive, fixant ses yeux d’un perturbant azur du ciel pâle des miens.

- Avant ça donc, si tu veux savoir… J’étais routier, je faisais dans le transport de marchandises, tout ce qui pouvait passer par la route, en gros. Je viens de Detroit ; j’y habite… (je me reprends en levant brièvement les yeux au plafond, va falloir que je m’y fasse) habitais.

Je me donnais quelques instants pour remettre de l’ordre dans mes pensées, autant que possible, mon regard abdiquant rapidement à rester plongé dans le sien pour se perdre dans le vague à mesure que je faisais renaître des souvenirs d’une autre vie.

- Que veux-tu que je te dise d’autre ? J’avais quelques semaines à perdre et j’étais parti sur les routes avec ma moto quand tout a commencé à déconner. Je me suis trouvé coincé ici par hasard, dans un bled quelconque comme vous en avez plein ; ne me demande pas le nom, je ne m’en souviens pas. Je voulais remonter vers le nord mais impossible tant que les frontières étaient fermées, alors j’ai erré au hasard quelques temps en aidant ceux que je croisais. (je fis une pause. J’avais également croisé les bras, le verre quasi vide était sur la table, la salade également, mais je n’y pensais même plus) Jusqu’à ce que je ne croise plus grand monde. Plus grand monde de normal, bien sûr. Et à la fin, je me souviens m’être fait avoir par une de ces saletés décharnées dehors. Une seconde d’inattention à la con et... fin de l’histoire.

Rien que d'y repenser me donnait la chair de poule. Je ne la regardais plus du tout. Je regardais un point, quelque part sur sa gauche. J'éludais en partie intentionnellement, mais pas complétement. Qu’est-ce que j’étais avant ? Je n’arrivais pas me souvenir de tout et il restait des zones d'ombres qui se refusaient à moi, mais je savais que je n’avais pas envie d’y repenser, pas maintenant, pas là. Une espèce de boule oppressait ma poitrine à l’idée de « avant » et je ne savais pas si ça rapportait au contenu de mes souvenirs ou au simple fait de ne pas les avoir récupérés pleinement. J’avais l’impression que mon esprit avait érigé une sorte de barrière protectrice pour m’empêcher de… quoi ? En rajouter une couche après mon improbable retour à la vie ? Ben voyons. Comme si ça pouvait être pire que ça. Je grimaçais sous les assauts répétés de ce qui était maintenant probablement un marteau piqueur et, me penchant en avant de manière à poser le coude sur la table, appuyais mon front dans ma main ouverte.

- Ana, si dans cette maison vous aviez encore quoique ce soit qui ressemble à de l’aspirine, tu serais officiellement ma sauveuse attitrée... et à défaut, si il existait encore du café en ce monde, alors je veux bien croire que les miracles existent aussi.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mar 6 Oct - 23:28
Ana avait pris le temps d’écouter ton récit, les bribes de ton histoire et de ton passé que tu parvenais à te remémorer avec attention et dans un silence d’or, à peine perturbé par les bruits de préparation culinaire de Pamela à vos côtés. Lentement, l’index de sa main droite caressait pensivement son menton, son poing semblant soutenir sa tête qui oscillait imperceptiblement de haut en bas. Il ne t’aurait pas été difficile de déceler une sincère empathie chez la quadragénaire silencieuse à ton égard, juste avant qu’elle ne s’humecte les lèvres pour répondre à tes dernières questions, adoptant un ton soudainement bien plus professionnel et solennel.

“Dans la mesure où j’ignore totalement ce qui a bien pu te ramener à la vie, ou même si tu as de quelconques lésions internes, je préfère éviter tout risque d’interaction médicamenteuse, et encore plus avec un anticoagulant comme l’aspirine,” t’expliqua-t-elle, son ton se voulant un peu plus désolé, mais non moins résolu, sur la fin de sa phrase.

“Désolée donc, mais tu vas malheureusement devoir continuer d’en baver pour le reste de la journée. Mais pour ce qui est du café…”

Laissant sa réponse en suspens, elle se remit en marche à pas lents, se dirigeant vers le plan de travail où s’affairait Pamela puis s’empara d’une cafetière à l’italienne dont le bec verseur laisser encore s’échapper un mince filet de vapeur à l’arôme corsé si reconnaissable. Dans un sourire légèrement complice, elle en aura rempli une petite tasse les instants suivants, à peine plus de la moitié puis te l’aura déposé devant toi.

“On se rationne sur le café, et bien d’autres aliments d’ailleurs,” t’expliqua-t-elle comme pour se justifier de la très maigre quantité de breuvage qu’elle venait de te servir. “C’est fou comme ce qui nous paraissait simple et quotidien, presque inépuisable, s’est révélé être un luxe face à cette fin du monde…” soupira-t-elle en reposant la cafetière à son emplacement d’origine. “Apprécie-le,” conclut-elle en laissant très clairement sous-entendre qu’il était fortement probable que tu ne puisses en goûter de nouveau avant un long moment.

Puis elle posa un regard intrigué sur l’assiette et le saladier rempli de légumes, secouant légèrement la tête avant de se diriger à nouveau vers les placards et le frigo, fouillant dans ces derniers de gestes plutôt hésitants.

“Va donc te changer pendant que je te prépare un truc plus consistant à grignoter,” t’ordonna-t-elle sans dureté dans la voix. “Je viens de me souvenir que j’ai oublié notre outillage dans grange toute à l’heure, en raison de ta présence. Et un coup de main ne serait pas de refus…” t’invita-t-elle en conclusion, déposant devant toi, juste à côté de la tasse, un sandwich fraîchement préparé, dans lequel tu pourrais reconnaître de la viande de poulet douillettement niché entre des tranches de salade et tomate. Et si son ton se voulait amical et sa formulation polie, sa demande n’attendait en réalité ni réponse, ni refus. Néanmoins, Ana te laissera le temps nécessaire pour savourer ton café, voire déguster ton sandwich si l’appétit t’en prenait.

“Le temps que nous rangions les outils, Nelson sera sûrement revenu et curieux de faire ta connaissance…” acheva-t-elle en reprenant sa bêche, préalablement laissée à l’entrée de la cuisine, en main.

Fin.

Eléments scénaristiques:
 
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