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[Ferme Wallace] La Cuisine - 29/01/35
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Jian Wei

Anonymous
Invité
Lun 19 Oct - 21:12
Le jeune asiatique avait lui aussi cessé de manger son omelette au vu du sérieux de la conversation qui était en train de se tenir, pas très propice à ouvrir l’appétit… L’invitation à rester encore un peu lui fit cependant chaud au cœur et une fois de plus il y répondit par un bref signe de tête et un sourire sincère voulant exprimer sa gratitude.
Pour le reste, son explication aurait tôt fait de couper en plein élan les ardeurs de Johann. Ayant lui aussi une famille quelque part, l’idée de ne pas revoir ses parents serra le cœur de Jian au moins autant qu’il devait poignarder celui de Johann… Mais pire encore que l’idée de ne jamais les revoir était l’idée de ne pas savoir ce qui leur était arrivé : il ne pouvait pas encore faire son deuil et avoir de l’espoir était prendre le risque d’une douloureuse déception… C’était une torture et ça devait l’être aussi pour ses parents. Sa mère avait déjà eu beaucoup de mal à voir son "poussin" partir en prison, alors se l’imaginer mort ? C’était certainement plus terrible encore pour eux que pour lui et c’était bien ce qui lui faisait mal. Voir ses parents mourir était dans l’ordre naturel des choses, tôt ou tard t même si ça faisait souffrir c’était l’histoire de la vie et avec toute la vie devant lui, il s’en remettrait, mais ses parents et surtout sa mère, s’imaginer leur souffrance était épouvantable pour le jeune garçon et encore il était sûr qu’il ne faisait qu’en effleurer la surface.
Avant même qu’elle ne puisse couler de son œil, le jeune homme effaça une larme de son œil droit et fit de son mieux pour paraître naturel… Péniblement, c’était aisément visible que ce que Ana venait de dire avait également heurté la sensibilité de Jian.

Le changement de conversation permis cependant à Jian de se remettre en selle et se concentrer sur autre chose que son malheur et sa souffrance au moment présent. L’annonce de l’existence d’un autre groupe de survivants piqua son intérêt même s’il était plus que sceptique sur les chances qu’il avait de se faire accepter et ce tout simplement à cause de cet horrible uniforme rayé qu’il portait. Oui il n’avait été condamné que pour sa complicité dans un crime qu’il avait lui-même désapprouvé et aidé à résoudre par la suite, oui il cherchait sincèrement le repentir pour son crime mais ça il n’y avait aucun moyen de le savoir en le regardant… Ce qu’on voyait en le regardant c’était un bagnard évadé, qui pouvait être condamné pour n’importe quoi, de la fraude fiscale au meurtre avec viol et dans les circonstances actuelles, nul doute qu’accorder une deuxième chance à quelqu’un n’était certainement pas une priorité étant donné que certains n’avaient même pas le droit à une première chance… A la moindre incartade il se ferait dessouder et même si ce n’était pas le cas, s’il y avait un vol dans le campement ou un moindre problème, nul doute que c’est vers lui qu’on se tournerait et alors il ne tarderait sans doute pas à se balancer au bout d’une corde, comme la première fois où il était mort.
Repenser à cet instant funeste donna des frissons au jeune garçon et une brève grimace d’épouvante sur son visage. Il posa on regard sur les deux compères réanimés en comprenant que, quoi qu’il arrive, ils étaient sa bouée de sauvetage. Lui aussi pourrait les aider, il n’avait pas l’intention d’être le même genre de boulet que celui qu’il s’était traîné à la cheville en prison, mais en tout cas, c’était eux ou rien, et rien était la mort… Baissant un peu la tête, Jian releva doucement les yeux et dit la phrase suivante avec la même mine qu’un gamin se faisant gronder pour avoir fait une bêtise.

- Je… Je voudrais venir avec vous… Quoi que vous fassiez, enfin si vous êtes d’accord ?
Il releva les yeux de manière à croiser le regard de ses interlocuteurs et conclût maladroitement.
- Please ?

Johann Libert

Anonymous
Invité
Lun 19 Oct - 21:53
« Le nord est bloqué ? Putain de merde… C’est pas vrai ! » Je reposais la tasse sur la table avant qu’elle ne m’échappe des mains, un peu trop brusquement à mon goût. J’avais aucune raison de ne pas croire Ana. Mâchoires serrées à m’en faire mal, j’essayais de contenir la brusque montée d’émotions qui me vrillaient les entrailles. Des milliers, vraiment..? Je digérais l’information qu’elle venait de me délivrer et les implications qu’elle contenait. Bien sûr, je savais qu’il y avait le mur, j’avais suivi les dernières informations avant qu’ils coupent tout, mais j’avais toujours espéré qu’on pouvait le contourner. Le passer. Que les gens exagéraient sur l’extérieur, pourquoi ils s’y regrouperaient ? Je savais que je me mentais à moi-même. J’avais aucune envie qu’on me le dise en face. Et pourtant, je ne pouvais pas rester ici. Je devais rentrer. Je le leur devais ! Voir de mes propres yeux, si jamais… quoi ? Qu’est-ce que j’espérais, un miracle ? Je savais pertinemment ce que je trouverais à Détroit, si jamais j’y arrivais. La même chose qu’ici, en pire. Si vraiment six mois s’étaient écoulés,  six mois de plus pour ces horreurs qui marchaient au dehors, il ne devait plus y avoir âme qui vive dans les grandes villes. Et des hordes de milliers de ces saletés... De dizaine de milliers. Tous les habitants de ce foutus pays… C’était logique. Pourtant je n’avais aucune envie de renoncer à cette idée, celle qui m’avait fait tenir depuis le printemps dernier. Rester ici ? Dans un camp de survivants, ces fameux gens « comme nous » dont elle parlait ? Et puis quoi… tourner en rond, attendre, voir les gens tomber les uns après les autres, la mort, la folie enfin, quel espoir à rester ici ? Mourir pour mourir…

Ana passa son regard sur chacun de nous. Elle avait fini. Ecartant un peu la chaise de la table, je me penchais en avant, pour prendre mon visage entre mes mains. La tête me tournait. Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Pendant des mois je m’étais persuadé d’une chose impossible juste pour ne pas lâcher prise et aujourd’hui, je n’avais plus la force de croire en mon mensonge. Ni l’envie. Ou plutôt… Je me redressais à peine, venant poser mes avant-bras sur mes genoux et croisant mes mains dans le vide. Non, rectifions ça. Pas « impossible », juste beaucoup, beaucoup plus compliqué qu’un homme seul et sa moto, j’avais vu le résultat. Ca passait pas à travers une centaine de charognes, ça passerait encore moins dans plusieurs milliers. Mais c’était pas impossible ; mon père me le disait, rien n’est impossible, ce mot n’existe que dans la tête de celui qui échoue et perds espoir. Il ponctuait d’un « Oublie pas ça, fils ! » et comme le gamin que j’étais, j’étais fier de mon paternel. Mais il avait raison sur un point : l’espoir, c’était le dernier truc viable qui nous restait.  Ok. Ca nécessitait juste du matériel. Un véhicule, surtout. Un sacré putain de véhicule renforcé. Même si ça devait prendre des années, traverser le mur et partir vers le nord – ou ailleurs, devait pas être impossible. Dans tous les cas ça valait mieux que dépérir sans autre espoir qu’une mort plus ou moins rapide, coincé comme un rat piégé. J’étais pas du Texas et j’y mourrais pas. J’enfonçais cette certitude dans mon crâne. Autrement, je le sentais, j’allais pas tenir.

C’est à ce moment que l’asiatique décida de lâcher sa demande et m’arracha de la dérive de mes pensées qui menaçait de prendre un tournant pas franchement gai. Je relevais la tête vers lui sans autrement changer ma position. C’était comment déjà son nom, il l’avait dit juste avant.  Jin ? John ? Jian, un truc comme ça. Venir avec nous… ? Nous, hein ? Qu’est-ce qu’il pensait, le gamin ? Que parce qu’on avait atterri dans le même champ on était pote ? Que j’allais les prendre sous mon aile et devenir un père de substitution ? Et quoi encore… « Bordel. Non, arrête de penser comme ça. T’as jamais été comme ça, à penser qu’à toi même. Fais pas semblant de les ignorer, ces gosses. » Ma fichue conscience avait l’air de s’être réveillée, elle aussi. C’était vrai. C’était des gosses, et on pouvait pas les laisser tomber. Mais moi, moi seul, ça pouvait pas le faire. Ils avaient besoin d’une autre aide que ce que j’aurais jamais pu leur offrir.

- Et ces survivants, ils sont nombreux à Snyder ?

J’avais dit ça à mi-voix, lentement et pas complétement de mon plein gré. Sans y réfléchir, j'avais pris ma décision.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mar 20 Oct - 1:06
Si le début de conversation avait déjà bien alourdi l’ambiance en soit, que dire du dernier laïus qu’Ana venait de faire, alors qu’elle observait très clairement les visages des trois ressuscités se décomposer plus ou moins face aux dernières nouvelles, et les trop maigres options qu’elle leur offrait. Encore que, elle estimait que ces rares options constituaient déjà un départ que beaucoup auraient voulu avoir, six mois plus tôt. La vétérinaire délaissa le reste de son assiette, repoussant son plat de la main droite un peu plus vers le centre de la table avant d’y poser ses coudes, joignant ses mains de part et d’autre de son nez dans une posture de réflexion grave et sérieuse, fixant de ses prunelles le milieu de la table dans un silence lourd.

Sans grand étonnement, elle observa brièvement Jordan qui n’avait toujours pas pipé mot sur ses sentiments depuis le début de la conversation qui avait par se voir déposséder de toute forme de légèreté, que ce soit par la plaisanterie ou le choix de la boisson chaude. Jian fut enfin le premier à parler, demandant à ses deux compagnons d’infortune s’il pouvait les accompagner, rester avec eux. Ana put aisément ressentir le désarroi de l’asiatique, qu’il soit issu de la peur, du doute ou d’une quelconque espérance. Peut-être craignait-il, à raison, d’être jugé sur la tenue qu’il portait, une tenue parlante, dont la simplicité de tons et de motifs valait toutes les explications du monde. Une image valait mieux que mille mots ; et si elle avait été à sa place, la quadragénaire n’aurait pas apprécié démarrer sa seconde vie avec le fardeau de taulard porté, littéralement, sur les épaules. D’autant plus qu’en ce qui la concernait, elle n’était pas aussi prompte que Nelson à offrir le bénéfice du doute à des inconnus. La sagesse de l’âge très probablement…

Puis vint le tour de Johann, qui apparaissait comme véritablement bouleversé par les nouvelles Ana ne put s’empêcher de ressentir une profonde empathie pour ce type qu’elle avait ramassé dans le champ ce matin. D’autant que la réponse à la question qu’il posa, presque par défaut, n’allait pas nécessairement lui rendre du baume au cœur. La brune lâcha un bref soupir, relevant légèrement la tête en reposant ses mains aux doigts entrelacées sur la table de la cuisine, secouant très légèrement la tête.

“De moins en moins hélas…” souffla-t-elle en guise d’introduction, s’étonnant même à penser qu’elle aurait fait une bien piètre représentante commerciale. “De ce que nous ont raconté Ricky et Clark - enfin, surtout Ricky - de l’époque où ils étaient encore avec eux, ils auraient dû être une vingtaine au total. Mais ce monde est devenu dur, très dur, et c’est un euphémisme. Je pèse mes mots. La moindre erreur semble se payer le prix fort là-bas. Entre les morts, les disparus, et ceux qui ont absolument voulu faire cavalier seuls - et qui ont fini par y passer - ils ne seraient plus que cinq ou six, peut-être sept. Pourtant…”

Elle marqua un temps, prenant une longue inspiration et semblant chercher ses mots.

“Pourtant… Ils survivent encore. Ils doivent survivre,” lâcha-t-elle d’une voix tremblante au ton pourtant plus ferme. “Je… Je suis convaincue, au plus profond de moi, qu’eux, et vous, êtes la réponse à cette épidémie. Que quelque part, en vous, se dissimule la solution... biologique, ou divine, ou que sais-je d’autre, à ce fléau. S’il y a encore quelque chose à sauver et à reconstruire dans ce monde, j’ai l’intime conviction que ça viendra de ceux qui sont revenus à la vie. Une conviction qui m’amène au dernier point dont je dois vous informer, probablement le plus épineux de tous.”

De nouveau, Ana marqua une pause, prenant le temps de vous dévisager un-à-un afin de retenir toute votre attention.

“Il y a un homme, à la tête d’un groupe bien armé et organisé, installé quelque part en ville, ou dans les environs. Un homme qui semble être l’exact opposé de Nelson. D’après Ricky, c’est un véritable monstre. Cet homme se fait appeler le Marchand, et il semble déterminé à traquer les survivants, à n’importe quel prix, ne reculant vraisemblablement devant rien pour parvenir à ses fins.” La vétérinaire lâcha un autre soupir, plus long et plus fataliste.

“Ainsi, que vous partiez seuls, chacun dans votre coin ou ensemble ; ou que vous rejoignez cet autre groupe de survivants, sachez que vous finirez très probablement par tomber sur ses hommes, ou ils finiront par vous tomber dessus. Et sans reparler à nouveau des pillards isolés ou des rôdeurs qui grouillent en nombre, c’est toujours le même monde que vous avez quitté que vous allez devoir affronter. En pire.”

Jordan Getz

Anonymous
Invité
Mar 20 Oct - 6:41
Jian avait peur, c'était normal, un gosse de son âge lâché comme ça dans la nature, sans compter le fait que rejoindre un groupe déjà existant avec cette tenue ne serait pas facile. J'étais certainement bien plus effrayé de rentrer dans un groupe d'inconnus, alors lui, avec son pyjama, je n'osais pas imaginer, c'était étrange, mais il me faisait pitié, nous avions le même âge, et pourtant, nous étions tellement différents à ce jour. Même si je me méfiais toujours de lui, j'avais pitié de ce pauvre gamin, enfin, on avait sans doute le même âge ou presque, même s'il était vrai que les asiatiques sont connus pour faire bien plus jeunes. Johann semblait intéressé par l'idée de partir dans ce groupe. Pas moi, si ce groupe existait bel et bien, il avaient du faire des choses pour survivre, et quel genre de choses ? Si le monde venait à tomber, il n'y avait que deux solutions pour survivre, rester dans un groupe tellement énorme que personne ne pourrait le déstabiliser, ou bien tuer tout les autres.

Ana réfléchissait, coudes sur la tables, mains qui rejoignaient son nez, regard vide et fixe, aucun mot prononcé. Le soupir qu'elle avait lâché à Johann en disait long. J'avais tout compris avant même qu'elle le dise, sa réponse serait déplaisante au plus haut point. Ils devaient être une vingtaine, pourtant ils tombaient tous comme des mouches, plus de la moitié étaient partis, dans tout les sens du terme. Morts parce qu'ils étaient faibles ? Morts par le groupe lui même ? Et si certains avaient voulus absolument faire cavalier seul, il devait y avoir une raison. Soit le monde était trop dur pour eux, soit c'était leur groupe qui était trop dur avec eux.

Ce qui était assez paradoxal, c'est qu'elle bafouillait en nous expliquant que nous devions survivre, sa voix ne tenait pas en ligne droite, elle était tellement convaincue de ce qu'elle disait qu'elle ne pouvait pas parler promptement. Nous étions soit disant la remède de ce monde, mais si elle le savait, pourquoi nous laissait-elle partir alors qu'elle était médecin ? Pourquoi avait-elle laissé les autres partir et mourir alors qu'en eux se trouvait le vaccin d'un monde malade  ? Elle mentait. C'était sûr, à cet instant, mon visage était devenu dur. La mâchoire ouverte avec la bouche fermée accentué ce trait, je reculais mon dos et je croisais les bras devant moi à ce moment là.

Elle s'était arrêté de parler, elle nous regardait, nous tous, juste avant de nous expliquer qu'il existait un autre groupe, des marchands. Des monstres humains selon Ricky, surarmés, et souhaitant la mort de tout les autres survivants. " Le monde change, pas les gens, ils restent à jamais les mêmes. " C'était encore plus vrai en ce jour, les hommes n'avaient pas changés, leur environnement, oui. Ils étaient prêt à tout pour tuer tout les survivants ? Intéressant. C'était sans doute un bon défi à relever, que faire d'autre sinon ? Errer dans un monde mort sans but ? " Toujours fixer la barre à une hauteur inatteignable, pour qu'un jour tu arrives à l'atteindre. " me disait souvent Stan, c'était en tentant l'impossible qu'on y arrivait, et puis, j'étais bien revenu d'entre les morts, je pouvais bien faire plus. Je souriais, légèrement, mais je souriais.

La brune lâcha encore un soupir, bien plus long cette fois, quoi que nous fassions, nous lui tomberons dessus, seuls, à trois, ou bien dans un groupe de dix. Et s'il était aussi bien armé que ça, ce n'est pas des types d'un groupe qui ne faisait que se réduire de jour en jour qui allaient nous protéger, à part nous pousser à terre pour mieux s'enfuir, je ne sais pas ce qu'ils pourraient bien faire. Malgré tout, les morts restaient là, et les hommes continuaient de survivre, à tout prix, isolés ils étaient selon les dires de la vétérinaire. C'est peut être pour ça que rejoindre un groupe serait plus avantageux, quoi que. Je n'avais pas envie d'être trahi encore une fois, même si on est trahi uniquement si l'on accorde sa confiance. Ce monde tombait, qu'importe, c'était toujours le notre. Je n'avais toujours rien dit, je savais ce que j'allais faire, plus ou moins, je savais où je souhaitais aller.

Jian Wei

Anonymous
Invité
Mar 20 Oct - 19:49
Laissé en plein suspens, le jeune Chinois attendait avec une certaine envie la réponse de Ana à la question de Johann et aussi la réponse de ses « coéquipiers » à la sienne. Le jeune garçon ne voulait pas rester seul et même si c’était avec des inconnus, il avait le sentiment qu’il serait plus en sécurité avec eux que tout seul… Malheureusement cela ne dépendait bien sûr pas de lui et devoir attendre ainsi qu’ils manifestent leur acceptation ou leur refus était pour lui une véritable torture.
Bien entendu, dans tous les cas il restait toujours l’espoir de pouvoir rejoindre ce groupe de survivants dont il venait d’entendre parler mais là encore, cela semblait difficile… C’était une question qu’il s’était déjà posé mais qui accorderait sa confiance à un ancien détenu ? Certainement personne dans ce monde à part les saints qui l’avaient recueilli aujourd’hui.
Puis vînt le temps des belles paroles et Ana se lança dans une envolée lyrique qui ne manqua pas de faire s’écarquiller les yeux du jeune asiatique, le rapprochant ainsi d’un niveau d’ouverture presque équivalent à celui des caucasiens autours de la table. Jian resta silencieux tout le long de son discours, y compris quand elle parla de ce qui se passait avec les pillards et autres déchets humains capables maintenant de prédater leurs semblables… Cependant c’était plus la première partie de son discours qui le laissait silencieux, comme envoûté, ou horrifié en fait… L’idée d’avoir la moindre chose à voir avec ce virus, même si ce n’était certainement pas sa faute, lui donnait des frissons.
Quand tout fut terminé, Jian brisa son mutisme avec le sérieux le plus intense dont il était capable.

- Qu’est-ce qui vous fait croire que nous pourrions y être lié ? Médicalement parlant je veux dire ? Est-ce juste l’idée que c’est trop gros pour être un hasard ou avez-vous d’autres preuves ?
Demanda-t-il curieux mais surtout intéressé… A mort…

Une fois qu’il aurait obtenu une réponse à sa question le Chinois passerait à une autre demande, beaucoup plus terre à terre et moins métaphysique.
- Et… Ce « marchand »… Vous savez ce qu’il veut ? Je veux dire, qu’il y ait des bandits, ça s’explique, il y en a toujours eu dans la société humaine… Mais ce que vous me décrivez me paraît trop horrible pour être gratuit. Personne ne tue juste pour le plaisir, hormis les psychopathes et ce genre de personne n’arrive généralement pas à s’entourer d’individus pour former un groupe solide. Il doit y avoir une raison à ses agissements, ça ne peut être juste… Comme ça…
Dit-il à court de mots. Jian avait vu des meurtriers et des psychopathes en prison, ce genre de personne ne faisait jamais long feu car en dehors du fait qu’ils se faisaient vite transférer ou punir par les gardiens, ils étaient juste trop hardcore pour les criminels saint d’esprit, même les plus violents d’entre eux…

Johann Libert

Anonymous
Invité
Mar 20 Oct - 21:46
- Cinq ou six… et  traqués…

Je me répétais à voix basse les effarantes infos données par Ana, comme si ça pouvait y changer quelque chose. Et moi qui espérais une communauté d’une taille un peu apte à se protéger contre l’environnement, juste l’environnement… Mais si peu, et avec une bande de timbrés bien vivants à leurs trousses ? Je me redressais sur ma chaise, venant m’appuyer au dossier et lâchait un bref et discret rire qui tenait avant tout de la nervosité, avant de croiser les bras sur ma poitrine. Je soupirais en récupérant tout mon sérieux (à supposer qu’il ait pu me quitter ne serait qu’un court instant), résigné à subir encore quelques mauvais coups du sort dans cette foutue journée de merde. Et cette idée de dernier espoir de l’humanité, c’était bien un truc sorti d’une tête de scientifique qui a le temps de penser à des conneries pareilles, avec tout le respect que je lui portais. Penser à l’humanité… Je pensais déjà à moi et aux environs immédiats, l’humanité c’était un peu hors de propos à mes yeux à cet instant. Ce « Marchand » et sa bande, ça, c’était nettement plus concret que le reste très improbable de l’humanité et d’une encore plus improbable victoire contre l’épidémie, à supposer que les seuls survivants ne soient pas tous ici, au Texas. Ce que je ne pouvais tout de même pas croire. Mais nous mettre sur le dos un fol espoir de je ne sais quelle renaissance, quelle foutaise ! Tandis qu’elle parlait ainsi, je la regardais, n’y voyant qu’une femme qui comme nous certainement, cherchait une raison d’y croire encore, envers et contre tout. Je me demandais aussi comment elle avait eu sa balafre, ce qu’elle avait pu vivre avant d’en arriver là, je pensais également au fait qu’elle avait peut-être récupéré d’autres gens dans les mêmes conditions que nous, avant, et qui aujourd’hui avaient disparus... Quand elle eut terminé, l’asiatique enchaîna directement avec ses questions et j’écoutais, essayant de ne pas me perdre dans son accent improbable qu’on aurait dit sorti d’un film de kung fu. Je me demandais de plus en plus comment, pour faire preuve de tant de naïveté, non seulement il avait survécu jusqu’ici, mais surtout comment il avait survécu dans une prison.. ?

Pendant que Jian interrogeait Ana, j’en profitais pour dévisager longuement chacun des présents, Jordan à ma droite d’abord, tentant de décrypter ce que son incessant mutisme pouvait signifier. Est-ce qu’il allait s’effondrer ? Suivre comme un mouton ? Vouloir partir de son côté ? Qu’est-ce qu’il cachait derrière son masque de j’m’en foutisme ? Le désespoir ou une folie dangereuse ?Je n’aimais pas ça. Ne pas réagir du tout, c’était le pire des scénarios. Et Jian ? Avec son air de gamin perdu et son aveu douloureux, il était clair qu’il avait peur de rester seul, peur des inconnus, du regard des autres, de l’avenir… Il avait raison d’avoir peur, ceci dit, bien des raisons tangibles ; quant à son passé, en d’autres temps, d’autres lieux, ça aurait eu de l’importance mais aujourd’hui qu’est-ce que ça pouvait bien faire, ce qu’il avait pu merder dans sa vie ? Je m’en fichais terriblement. Ce n’était qu’un jeune qui avait dérapé. Mais ce monde n’avait plus les mêmes bases que l’ancien et il n’y avait plus de lois, ni plus personne pour les faire respecter, de toute manière. Et je doutais que les nouvelles lois en vigueur aient besoin de juges et de tribunaux… La loi du plus fort ne faisait généralement pas dans la dentelle. Oui, vraiment, il fallait que ces deux-là soient entourés. J’attendis que Jian ait la réponse à ses questions avant d’élever la voix à mon tour, regardant brièvement Ana puis tour à tour les deux jeunes.

- Merci pour ces infos, Ana. Merci pour ta franchise. (J'étais très sincère en disant cela. Elle aurait tout aussi bien pu ne pas nous dévoiler tout ça, rien ne l'y obligeait.) Vous en pensez quoi, vous deux ? Moi, malgré tout ce que je viens d’entendre, j’ai pas l’intention de repartir sans avoir vu ces gens d’abord, ces fameux cinq ou six survivants. Et je vous déconseillerais de partir tout seul aussi, je crois qu’Ana a été très explicite... Jian, si tu veux venir avec moi, j'ai pas de soucis avec ça t'es le bienvenu. Mais à une condition : tu oublie le Monsieur. C'est Johann tout court, ok ? (Je me permis l'ombre d'un sourire, histoire de le rassurer. Puis repris après une courte pause en cherchant l’approbation d’Ana sur ce point, cherchant à croiser son regard et ne m’en détournait pas avant d’avoir fini.) Mais vous faites comme vous voulez, personne ici ne vous obligera, n’est-ce pas ? Personnellement, j’en suis pas encore au point de vouloir aller volontairement plonger dans les pattes de ton grand méchant, ni dans celles des cadavres en masse dehors. Je ne pense pas qu’on ait réellement beaucoup d’autres choix qui tiennent la route. Ce serait faire preuve d'un sacré manque de jugeote de ne pas profiter de ce qu'ils ont pu mettre sur pied, ton groupe de miraculés.

Je ne savais pas quel impact ma prise de position aurait sur mes compagnons de fortune. Jian l'avait dit : il suivrait qui voudrait bien de lui, mais était-il prêt à faire le pas de la rencontre avec ces inconnus ? Ca restait à voir. Quant à Jordan... S’il ne comprenait pas qu'on essayait de l'aider, ce n'était pas à moi d'en faire plus. Je n'étais même pas obligé de leur demander leur avis, ni de l'attendre. Pendant qu’ils digéraient mes paroles, j'étudiais l'expression de la véto ; j'étais certain qu'elle essayait sincèrement de nous aider mais je ne pouvais m'empêcher de me demander à quel point, au fond, nos choix lui importaient. Sûrement pas tant que ça. Sûrement autant qu'à moi importait ceux des deux autres.

Ana Stanford

Anonymous
Invité
Mer 21 Oct - 19:55
La vétérinaire laissa le temps aux trois rescapés de digérer les dernières informations qu’elle venait de leur livrer, une nouvelle fois. Elle en vint même à se demander s’il était possible de rendre une atmosphère plus lourde et étouffante encore sans que personne ne commence à suffoquer. Comme à l’accoutumée, son regard se porta d’abord sur Jordan en tout premier lieu, le grand muet des trois. Était-il simplement en proie à ses réflexions ou subissait-il plutôt de plein fouet l’effet d’annonce, découvrant qu’au delà du temps perdu, de nombreux repères avaient suivi cette disparition inexplicable encore. Elle n’en savait rien mais néanmoins, appréciait de moins en moins ce mutisme sidérant. A quoi pouvait-il bien penser à ce moment précis ? Risquait-il de devenir instable, ou en proie à une crise de déni explosive ? A moins que ce n’était que sa façon habituelle d’encaisser les nouvelles. Après tout, de nombreuses personnes préféraient écouter et rester silencieux face à leurs propres doutes.

Mais rapidement, son attention fut accaparée par Jian, qui ne manqua pas de lui poser une question véritablement casse-gueule. D’emblée, elle regretta d’avoir ainsi livré ses doutes et ses espérances à des gens qui revenaient de loin, de là où personne n’était censé revenir. Elle se mordit la lèvre inférieure au moment même au Jian prononça le mot “preuves”, abaissant son regard sur ses mains, se rendant compte que, nerveusement et inconsciemment, elle avait commencé à s’arracher de petites peaux mortes au bout de ses doigts. Elle secoua sa main droite en train de torturer la gauche d’un geste légèrement énervé, puis releva ses prunelles vers l’asiatique.

“Non. Rien du tout. Comme je l’ai dit, c’est juste une intime conviction, une intuition, qui n’appartient qu’à moi. Si je le pouvais, si j’avais le matériel, les connaissances et… et la volonté, j’essaierai d’étudier le phénomène pour...,” confessa-t-elle, avant de s’interrompre brusquement, les lèvres légèrement entrouvertes, le visage se décomposa dans une moue désolée.

“Excusez-moi, je ne voulais pas vous traiter de ‘phénomènes’...” rectifia-t-elle avant de lâcher un profond soupir. “J’aurais pas dû vous confier cela, vous avez bien assez de questions sans réponse comme ça…”

Après quoi, elle profita de l’autre question de Jian pour ramener le sujet de conversation sur les bons rails, n’ayant malgré tout que très peu d’informations à leur donner à propos du Marchand.

“Il doit avoir ses raisons, et ses motivations. Ce Marchand doit très probablement être sacrément siphonné du bocal, mais ça doit aussi être un excellent orateur, ou un très bon manipulateur… Et puis... il faut bien comprendre que les gens aujourd’hui se raccrochent désespérément à la moindre étincelle d’espoir, la moindre promesse de lendemains moins difficiles, quel qu’en soit le prix. Il n’est pas dit - et je n’ai pas dit - que ces hommes sont des barbares sanguinaires et dénués de toute morale ; mais beaucoup d’hommes et de femmes ont tendance à laisser la morale de côté quand il s’agit de leur survie, et d’autant plus quand la loi du plus fort régente notre quotidien.

Regardez-nous, par exemple, ici à la ferme… On vous a certes tendu la main à votre réveil, mais nous avons d’abord pointé une arme. Nous avons été méfiants avant d’être accueillants. Votre chance, si l’on peut encore dire ça, a été de vous réveiller ici, dans la propriété d’un homme profondément bon et humain. Mais il est possible que d’autres se soient réveillés ailleurs, seuls, perdus, voire soient tombés directement sur les hommes du Marchand, ou des bandits, ou des zombies à peine leur vie retrouvée…”
Ana secoua légèrement la tête avant de prendre une longue et profonde inspiration, reprenant ensuite la parole d’un ton las et neutre.

“Qui pourrait dire si ceux-là ont survécu à ces rencontres, et si oui, s’ils sont eux-mêmes devenus des bandits ou des fidèles de ce Marchand ou auront préféré fuir… Vers quoi ? Vers où ? Vers qui ? Et s’ils devenaient des monstres par défaut et non par choix, par peur de mourir ou d’être livrés à eux-mêmes, le seraient-ils devenus s’ils s’étaient réveillés ici plutôt qu’ailleurs ? Et toi Jian ? Qu’aurais-tu fait dans cette situation bien moins confortable ? Que serais-tu prêt à faire pour ne pas mourir à nouveau ? Survivrais-tu à tes principes et ta morale ; ou seraient-ce elles qui te survivraient ? Les hommes, Marchand ou non, leurs motivations et leurs craintes… Il n’y a pas vraiment de mauvais ou de bons. Ces questions-là ne sont pas aussi simples et tranchées que les couleurs de ton uniforme,” avait-elle fini par souffler avant de vous dévisager de nouveau, tous les trois, cherchant à jauger vos réactions face à son nouveau monologue, avant de reporter son attention sur Johann qui reprit la parole à sa suite.

D’un hochement de tête, elle lui donna son approbation muette à la première partie de ses propos, faisant même coup double en le remerciant et le gratifiant d’un très discret sourire pour son compliment initial de la même manière. Par la suite, elle hocha de nouveau la tête à plusieurs reprises, soutenant le regard de Johann jusqu’a ce qu’il ait fini de parler.

“En effet. Vous n’êtes obligés de rien. Ce groupe saura vous accueillir, avec ses moyens, et pourra vous offrir un nouveau point de départ. Pour ce qu’il adviendra de la suite, de savoir si vous vous entendrez, si vous saurez faire face aux menaces qui pèseront sur vous, ça ne dépendra que de vous, et d’eux. Mais de ce que m’en a dit Ricky, ce sont des gens solidaires, qui font front ensemble et s’entraident. Enfin… Pour ceux qui restent,” conclut-elle avant de tourner ses prunelles azurées vers Jordan, puis de l’apostropher.

“Et toi Jordan ? Qu’est-ce que tu en penses ? De cette idée de groupe, ou de tout ça… plus globalement ?” s’enquit-elle avec un intérêt sincère pour les pensées du jeune homme.

Jordan Getz

Anonymous
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Mer 21 Oct - 21:30
Jian avait peur, ça se voyait, ça s’entendait, ça se sentait. Les animaux sentaient la peur, mais, les hommes étaient eux aussi des animaux, les plus intelligents, les plus perfides, les plus cruels de tous, mais ils restaient et resteraient pour toujours des animaux. Des rats, ça se confirmait dans le discours d'Ana. La peur rendait les gens stupides, surtout ceux qui suivaient un homme qui ne tuait que pour le plaisir de la violence et pour le sang. Les hommes d'aujourd'hui avaient peur, ils étaient faibles, tellement faibles qu'ils étaient prêt à abandonner tout ce qu'ils étaient pour conserver leur vie. C'était assez paradoxal quand j'y pensais, ils abandonnaient tout pour garder leur vie, sauf que leur vie, c'était ce qu'ils avaient abandonnés. Ce n'était que des hommes stupides et lâches, mais le pire, c'est lorsque derrière eux, il y avait un marionnettiste qui, en plus d'avoir les ficelles dans les mains, avait une cervelle dans le crâne. La vétérinaire avait sans doute raison à son sujet. Sans aucun doute. A son sujet, pas au notre. Nous, les phénomènes. Pas de guillemets, c'était bel et bien ce que nous étions, et c'était d'ailleurs étonnant qu'elle prenne des pincettes pour nous dire ça, alors que depuis tout à l'heure, les vérités nous étaient balancées au visage sans prendre de gant. Enfin, qu'importe, c'était une femme de sciences, et elle avait du en baver, c'était sans doute pour ça qu'elle cherchait quelque chose pour avoir espoir. C'était certainement bien mieux de garder un infime espoir plutôt que de se morfondre en attendant la fin.

Elle avait raison, d'ailleurs, mon avis rejoignait le sien sur quasiment tout ce qu'elle disait, elle savait parler, à présent. Elle parlait bien mieux que tout à l'heure, ici, elle répondait aux craintes de Jian, tout à l'heure, elle ne récitait qu'un discours, et pour être tout à fait honnête, j'aurai préféré qu'elle nous laisse poser des questions avant, j'aurai sans doute eu confiance bien plus tôt. Les faibles pensent toujours que le fort est celui qu'il faut suivre. Bizarrement, ça me faisait beaucoup penser au berceau des religions. Les faibles suivent n'importe qui leur fait des promesses. Mais Ana avait raison, une fois de plus, la morale n'est qu'une partie intégrante de notre vie, pas de notre survie. La survie se fait dans le sang et la violence, pas dans la politesse et autres simagrées. La guerre, c'était notre monde à présent. Certains parleraient d'apocalypse, de catastrophe, d’Armageddon, mais non, ce n'était qu'une guerre, une énième guerre contre l'humanité, sauf que cette fois, les hommes se battaient même morts. J'étais toujours assis, le dos calé contre le dossier de ma chaise, tout en écoutant, enfin, en buvant les paroles de la vétérinaire comme si c'était de la bière qui pleuvait alors que j'étais en plein désert.

Ce groupe était soit disant une aubaine pour nous. Un nouveau départ ? Mon nouveau départ je l'avais déjà pris, peut être que je n'avais rien à perdre, peut être que je me moquais de ce qu'il adviendrait de ce monde, des autres ou même de moi, je refusais de baisser les bras. La mort m'avait déjà embrasser, si elle voulait me faire valser un jour ou l'autre, elle le ferait, je n'allais pas me précipiter pour effectuer ma dernière danse. Ils nous accueilleraient, certes. Mais après ? Qu'adviendrait-il si le costume de Jian ne leur plaisait pas ? Qu'adviendrait-il s'ils n'aiment pas les roux ? Qu'adviendrait-il s'ils me mettaient dehors ? Je serai seul, enfin, pas pour longtemps, la mort saurait où venir me chercher. Même s'ils étaient solidaires, ils l'étaient entre eux, personne ne pouvait savoir ce qu'il se passerait s'ils ne voulaient pas de nous, et puis, j'étais sûr que si quelqu'un devrait tomber, ce serait l'un de nous trois en premier. Ils se serreraient les coudes entre eux, et nous lâcheraient dès que ça les arrangeraient. L'homme était comme ça. Ce n'était pas parce que Ricky était content d'eux que nous le serions. La vétérinaire me lança un regard avant de me demander ce que je pensais de tout ça, du groupe, de ce monde, de ce merdier. Je prenais une grande inspiration, je me redressais pour me mettre bien droit, puis je pris mes couverts, un dans chacune de mes mains, puis je les posais parallèlement dans mon assiette, avant de la tourner lentement vers la gauche jusqu'à ce que les couverts soient à présent perpendiculaire à moi. Une fois ceci fait, je la pousserai légèrement sur ma gauche, et je posais ma main droite sur la table, enfin, seuls les bouts de mes doigts touchaient la table, cela me faisait penser à un opilion. Et je pris la parole.

" En fait, comme vous l'avez dit, il y a des murs qui nous enferment. " disais-je tout en faisant un grand cercle avec mon index gauche au tour de ma main droite qui ne bougeait pas. J'avais le regard fixé sur ma main droite. " Nous ne pouvons donc pas partir dans les autres états ou encore au Mexique. Seulement, dans notre prison protectrice, ils y a des morts qui souhaitent nous emmener avec eux, des pillards, des bandits, seuls ou en bandes, qui essaient de survivre par n'importe quel moyen, quitte à voler ou à piller. Ensuite, il y a les marchands, ceux qui souhaitent tuer tout les autres survivants. " Je posais ma main gauche près de ma main droite, dans la même position exactement. " Ils sont armés, dangereux, et très bien équipés. Nous sommes donc seuls contre eux tous, nous savons tous que si l'un de nous part seul, il mourra dans la semaine, enfin, s'il a de la chance. " Je haussais légèrement les épaules, puis je posais mes deux mains sur les côtés, sur les poignets plus exactement, de telle sorte à faire une sorte de mur avec mes doigts. " Seulement, il y a un groupe que nous pourrons rejoindre, des gens dans la même situation que nous, des gentils selon Ricky. N'importe qui d'entre nous qui serait sain d'esprit partirait les rejoindre sans attendre, seulement, pas moi, pourtant j'ai toute ma tête. " Je relevais les yeux et je regardait tout le monde autour de la table, tout en continuant de parler, mon regard s'était posé sur la brune. " Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu'ils étaient censés être une vingtaine et qu'ils sont à présent moins de la moitié, voir un quart. Alors je me demande ce qu'il a bien pu se passer pour qu'autant de membres partent alors qu'ils savent tout comme nous que nous sommes emprisonnés, que les morts rodent et que les vivants ont encore moins de pitié, et que parmi eux, se trouve les marchands, qui ne souhaitent que la mort. Certains d'entre eux sont morts comme vous avaient dit, mais la majorité est partie si j'ai bien compris. Quel intérêt avaient-ils de partir ? Et surtout, pourquoi partir alors que tout le monde sait que dans ce genre de situation, c'est l'union qui fait la force. Est-ce que la coopération se passait mal entre eux ? " A cet instant, mon regard fit le tour de la table, une seconde fois avant de le reposer sur Ana. " Est-ce qu'ils sont partis par obligation ? Ont-ils étés chassés ? Avaient-ils peur de mourir ? De plus, si les marchands traquent ce groupe, c'est qu'ils ont connaissance de ce groupe, alors que de nous, les marchands ne savent rien, et puis même s'ils savaient quoi que ce soit, je pense qu'ils n'iraient pas nous chercher avant d'avoir attrapé les autres. C'est égoïste, je sais, mais je me demande pourquoi des gens partent d'un groupe alors que c'est précisément dans un groupe qu'ils ont le plus de chance de survivre. Et je suis persuadé que la réponse nous fera frémir, je ne veux pas rejoindre un groupe qui n'a que pour seul avenir d'être détruit. J'ai tout perdu, aujourd'hui j'ai une seconde chance, c'est à la mort de venir à moi, et non l'inverse. "

Jian Wei

Anonymous
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Mer 21 Oct - 22:53
La réponse de Johann à Jian le fit sourire d’allégresse et l’amusa même tandis qu’il s’offusqua de se voir appeler « monsieur ». Jian nota ça dans un coin de sa tête et le remercia d’une légère inclinaison de tête. Puis vînt le moment de la réponse d’Ana à l’assemblée et alors que Jian s’attendait à une vraie réponse basée sur les faits, des déductions et autres recherches scientifiques, le jeune chinois fut pas mal déçu quand la vétérinaire leur annonça que tout ce qu’elle avait pour étayer sa théorie était son intime conviction… Cependant même si c’était tiré par les cheveux et difficile à croire, Jian voulait bien lui laisser le bénéfice du doute… Après tout qu’est-ce qui était plus difficile à croire entre des ressuscités par hasard et des ressuscités dans un but précis ? Cette histoire était déjà folle à la base et le fait de formuler des théories loufoques pour l’expliquer ne faisait que mettre cette demoiselle au niveau de cette histoire de dingues… On ne pouvait pas vraiment lui reprocher d’essayer de faire sens de tout ça.
Pour la suite de l’histoire, Jian s’étonna de la voir s’excuser avant de comprendre qu’elle s’excusait pour les avoir traité de « phénomènes ». Bon certes le choix de mots était maladroit mais ce n’était franchement rien du tout et le chinois eu tôt fait de lui pardonner d’un léger signe de la main et un sourire rassurant.

Le reste de la discussion serait cependant moins productif, vastes réflexions sur la nature humaines et assomptions de situations qui n’étaient pas, soit peu d’intérêt aux yeux du jeune Jian… C’est vrai qu’on aurait pu passer des semaines entières à discuter du « et si ? », et Si Tchang Kai Tchek n’avait pas perdu face aux communistes, et si Hong-Kong n’avait jamais été rétrocédée et serait pour toujours restée un département Britannique, et si au lieu de suivre ses abrutis d’amis le soir du braquage Jian serait resté devant la télé et ses parents… Bref, peu d’intérêt. Il comprenait pourtant qu’elle se pose ces questions, après tout il était vrai que dans d’autres circonstances, Jian aurait peut-être dû se battre pour sa vie, aurait tué même ? Lui-même ? Peut-être, ou peut-être pas… On pouvait extrapoler tant qu’on voulait mais rien n’allait apporter de réponse aux problèmes actuels. Jian garda donc ses lèvres fermées, trop poli qu’il était pour faire remarquer cela.
Pour Jian, la morale existait toujours, tout comme les valeurs de bien et de mal. Ce qui arrivait aujourd’hui était l’épreuve finale, celle ou dieu distinguerait les siens. Personne ne pouvait toujours faire le bien, surtout dans ces temps difficiles, c’était tout simplement impossible… Mais maintenant tout dépendait de comment on le faisait, plus si on le faisait ou pas. La question avait quelque peu changé sur la forme, mais pas sur le fond.

C’était donc tandis qu’il était empêtré dans ces réflexions que Jordan fit à l’assemblée la grâce d’entendre sa voix pour dire son opinion sur ce fameux groupe qu’on leur proposait de rejoindre. Jian se montra d’abord sceptique puis redoubla d’attention quand il l’entendit avancer les uns après les autres des arguments valables. Son opinion, bien qu’étrange, se valait tout à fait et le garçon ne trouva rien à redire à ce qu’il disait. Un de ces cas donc où même si vous ne partagez pas forcément l’opinion de l’autre, vous êtes forcés d’admettre que ses arguments et sa réflexion sont plus que raisonnables. Il se permit cependant d’émettre un très léger doute à la fin de son oratoire.

- Sauf votre respect monsieur Jordan, peut-être devrions-nous d’abord rencontrer ces gens avant de décider de faire bande à part. Ça se peu, ils ne voudront même pas de nous et la question sera réglée…
Même si en fiat, Jian avait surtout peur qu’ils ne veulent pas de LUI.

Johann Libert

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Invité
Jeu 22 Oct - 21:26
Je décroisais mes bras un instant pour récupérer ma tasse abandonnée sur la table et l’amener à mes lèvres. Le café était pire que tiède, presque froid ; il fût un temps où j’en aurais recommandé un, chaud, bouillant, mais maintenant, vu la rareté du breuvage, ce temps était irrévocablement révolu. Malheureusement. Je le fini donc et ce fût étonnamment le meilleurs café froid de ma vie – et pas juste celle depuis ce matin, tandis que Jordan se décidait enfin à sortir de son mutisme suite à l’interrogation de la brune Ana. La tasse venait d’être reposée, vide, sur la table, que Jordan en était à peine à énumérer les différents points de la situation dans laquelle nous nous trouvions tout en éprouvant manifestement le besoin d’imager ça. Je recroisais les bras. J’avais une impression bizarre qui ne s’améliorait pas, un certain malaise en l’écoutant parler, en le regardant effectuer son petit jeu de mains. Il avait l’air absolument sûr de lui, comme si rien ne pouvait ébranler ses convictions. Remarquez, j’étais pareil y a pas mal d’années ; un jeune con prétentieux et qui pensais tout savoir sur tout. Ca m’a passé. Lui était en plein dedans, très visiblement. La manière dont il montait en épingle tout ce que venais de dire Ana était impressionnante, et pas complétement fausse, d’un certain côté. Mais seulement d’un certain côté, si on ne voyait que ce qu’on voulait voir. Il exagérait tellement que c’en était impossible à prendre au sérieux si on était un tant soi-peu rationnel – ce que j’avais l’ambition de croire de ma part malgré tout. Il était surtout fortement parano, à mon avis. Je ne savais absolument rien des épreuves qu’il avait vécues, mais ça devait pas être follement joyeux ; peut-être même qu’il s’était fait poignarder dans le dos par un ami, ce qui serait tout à fait possible vu sa manière de repousser l’idée d’un groupe. Et même de le rencontrer, j’aurais dit. Comme si ces gens allaient nous abattre à vue si nos têtes ne leur revenaient pas. J’avais une forte envie de l’empoigner  par les épaules, de le secouer un bon coup et de lui dire de redescendre sur terre. Qu’est-ce il avait à perdre de voir, et de partir si ça lui convenait pas ? C’est d’ailleurs bien ce que j’avais en tête. Comme sans doute tous ceux dont il parlait et qui avaient fini par aller voir ailleurs, quel que fût cet ailleurs. Quant au risque de se faire « repérer » par ces types du Marchand, je m’en fichais bien comme de me dernière chaussette, même si c’était peut-être le seul risque que j’estimais effectif dans toute sa diatribe. Si ça se trouve, ils surveillaient la ferme, si on abondait dans ce sens. Et dans ce cas, partir seul ou pas ne changerait rien du tout. Je levais les yeux au plafond, pris une bonne inspiration et lâchait un long soupir d’ennui.

- C’est n’importe quoi…

Je marmonnais à voix basse, pour moi bien plus que pour les autres. Je ne pus néanmoins m’empêcher de tourner brièvement la tête vers Ana, m’attendant à ce qu’elle en dise plus sur ce groupe, trouvant à répondre à Jordan de manière logique. Est-ce qu’il pouvait seulement imaginer une vie en communauté sans tension ni frictions ? Je trouvais que le fait de pouvoir quitter un groupe était en soi plutôt une bonne nouvelle… Au moins ce n’était pas une secte fanatique ou je ne sais quoi. Je me tournais vers Jordan sans aucune intention de m’acharner longuement à le faire changer d’avis, chose qui, j’en étais persuadé, n’avait que très peu de chance d’aboutir. Mais au moins, je me donnais une dernière tentative histoire d’être en règle avec ma conscience.

- Joli discours. Mais en général on ne condamne pas sans même avoir constaté par soi-même, si ? Je suis certain que ces gens avaient tous de bonnes raisons de quitter le fameux  groupe, si ça se trouve d’ailleurs c’était peut-être eux qui étaient invivables et dans l’erreur, t’as pensé à ça ? Enfin, pour ce que ça me regarde. Mon avis sur la question n'a pas changé, même si je dois me retrouver désigné comme cible par une bande de tarés. Ca ou les cadavres, franchement...

Je haussais les épaules de manière très fataliste. Je l’étais sans aucun doute. Pour moi, arriverait ce qui devait arriver, quoiqu’on fasse, il n’y avait pas de solution parfaite au problème. Puis je dérivais mon regard vers Pamela qui se faisait soigneusement oublier depuis un bon moment à son bout de table. Je n’avais aucune intention de volontairement mettre mal à l’aise la blondinette cuisinière. Mais d’un autre côté, elle était là depuis plus longtemps que nous, elle devait aussi en connaître un rayon sur ce qui se passait dans le coin. Et puis, elle était dans la même situation que nous, si je me rappelais correctement les paroles d’Ana à son sujet.

- On peut peut-être demander son avis à Pamela ? Tu avais l’air d’avoir plus confiance en elle. Je me trompe ?

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