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[CFJ, A, 2] Les survivants, les geignards et le chien - 7/02/35
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Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Lun 12 Oct - 21:24
Malgré la frustration palpable de la jeune femme, elle s'était montrée des plus raisonnables et, de surcroit, capable d'encaisser en lâchant juste ce qu'il faut de lest, ni irrespectueuse, ni docile, ce qui paraissait être un excellent point pour le canadien après ses problèmes en secteur C. Et c'est bien pour cela qu'il laissa échapper un air légèrement amusé malgré la sécheresse de la frustrée. De ce côté, il n'avait pas besoin d'attendre encore quelques mois pour se rappeler d'un principe somme toute basique, le patron n'est pas là pour être aimé de ses employés, le respect suffit et le respect s'acquiert avec de la compréhension et des résultats.

Quoi qu'il en soit, ce bien bref instant passé, il braqua son fusil sur sa droite et se mit à avancer tout en douceur. Même si la horde était assurément agglutinée à l'intérieur, il n'avait aucune raison de baisser sa garde avant d'être éloigné de cet endroit. Aussi, lorsqu'ils parvinrent tous deux vers le petit portail, à l'instar de sa coéquipière, il jeta un coup d’œil, bref, rapide. Visiblement, il pensait plus judicieux de continuer son chemin sans analyser cela, ces adversaires n'avaient aucune raison de se mettre à leur poursuite et une analyse de la situation serait de toute façon indispensable à l'heure du nettoyage.

Quoi qu'il en soit, ils finirent le tour de l'endroit sans observer quoi que ce soit de plus intéressant que cette ouverture et, très bientôt, Samuel put remettre son fusil à sa place pour se saisir de sa paire de jumelles personnelles et assurer le guet dans toutes les directions, en particulier là où ils étaient passés. Sans en avoir la preuve, Samuel semblait convaincu que ces saloperies avaient plus que leurs yeux et leurs oreilles, et pourtant, il ne sembla pas le moins du monde incommodé lorsque Jena se remit à parler pour lui présenter des excuses, mais aussi le pousser, doucement, à s'ouvrir.

A ces mots, Samuel demeura passablement neutre. A nouveau, les choses viraient sur des sujets trop graves et trop spécifiques pour qu'il laisse convenablement son attitude filtrer, il ne devait pas car, justement, de nombreuses vies reposaient sur l'image qu'il affichait... Et démontrer que seule la façade est à nouveau claire et propre n'aurait surement pas mis en joie qui que ce soit. Puis il répondit, tâchant de garder un œil sur le chemin et l'autre sur son interlocutrice :


"On a tous bien dérouillés ces dernières semaines, sans compter les pertes et les départs continuels depuis qu'on est revenus. Malheureusement, la seule personne avec qui j'aurais eu envie d'en parler à été mordue le week-end dernier, alors j'encaisse et je peux t'assurer que j'encaisse drôlement bien même si je ne peux pas encore me remettre toutes mes formations de contrôle du stress.

Je suis désolé que tu m'ait vu comme ça, mais c'est aussi pour cette raison que j'ai accepté de bon cœur que Melody garde un œil sur le camp autant que mes décisions. Je ne peux ni m'ouvrir, ni emmagasiner continuellement les coups durs et être certain de prendre de bonnes décisions derrière, c'est une responsabilité ingrate et extrêmement dangereuse."


Cette fois, il tourna franchement la tête vers Jena, affichant là une mine plus positive sans perdre de son sérieux. Peut-être avait-il l'air un peu paternel comme ça, mais peu semblait lui importer :

"C'est pour ça que j'ai besoin de gens qui acceptent, bon gré mal gré, de suivre mes instructions. Je dois apprendre à tous vous connaitre et vous placer là ou vous ferrez votre boulot de bon cœur, en adéquation avec vos désirs, mais je dois également m'assurer que vous soyez tous suffisamment disciplinés pour comprendre à quel moment il faut juste faire ce que je dit, et à quel moment il faut prendre l'initiative.

Ne t'excuse pas pour ton attitude. Si je pouvais utiliser ce fusil aussi adroitement qu'il y a un an, j'aurais été aussi tenté de nettoyer le coin, au lieu de ça, j'ai retrouvé mon esprit d'analyse qui me disait qu'une tentative était tout sauf prudente. Tu vis avec toutes ces choses en toi et c'est normal de les laisser s'exprimer, tant que tu ne te mets pas à croire que je te dis "non" juste pour te pousser à bout et que tu attends le bon moment pour me demander si une autre décision ne serait pas plus judicieuse... Je n'aurais aucune raison de t'en vouloir."

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 13 Oct - 18:18
Je dodelinais doucement de la tête en écoutant les propos et explications de Samuel, non seulement sur sa conduite des derniers jours, sur laquelle il ne s’épancha finalement guère, préférant rapidement bifurquer sur son rôle de leader, les responsabilités et les sacrifices que cela impliquait pour lui. A ces déclarations, je ne pus que donner consentement d’un hochement de tête plus affirmée, sachant parfaitement bien de quoi il en retournait dès lors qu’il s’agissait de gérer son image et sa communication. Néanmoins, il restait un point que je tenais absolument à clarifier avec lui.

“Je comprends tout ça, ton point de vue. Je sais ce que c’est que de se retrouver à la tête d’un groupe d’individus, chacun fort de leurs caractères, leurs envies, leurs pulsions aussi ; et faire en sorte que les engrenages de la mécanique ne se grippent pas… Pour autant, comprends bien que pour apprendre à nous connaître, pour attendre des autres et de moi l’acceptation à te suivre, à suivre tes instructions, surtout dans des situations dangereuses, où les instincts prendront le pas sur les raisons, tu devras consentir à faire le premier pas d’ouverture…”

Je marquais une légère pause dans ma réponse, le temps d’un léger soupir, en posant mes mains sur mes hanches et focalisant à nouveau mon attention sur notre environnement, m’assurant qu’aucun étranger, mort ou vif, ne vienne s’interposer dans notre discussion. Ceci fait, je délestais mes épaules de mon sac à dos et le posais à mes pieds, extirpant de celui-ci ma bouteille d’eau avant d’en boire deux gorgées, puis la tendre ensuite vers le chef de camp. Qu’il ait bu ou non, je la rangerais par la suite à son emplacement d’origine et remettrais mon sac sur mon dos, reprenant notre progression ; et moi reprenant ma discussion.

“Pour aujourd’hui et pour les jours à venir, tu pourras compter sur ma coopération pleine et entière, tant que tu ne m’envoies pas au suicide bien entendu. Après tout, je reste encore étrangère à votre groupe et profite pourtant de la relative stabilité de votre situation et de vos biens. Il est donc normal que je fasse les concessions nécessaires...”

Je marquais à nouveau une pause de quelques secondes, laissant mon regard se promener sur la maison que nous visions et dont nous commencions à nous rapprocher, avant de reprendre d’un ton encore plus sérieux et appuyé.

“Mais le moment finira par venir où j’aurai besoin d’avoir ta confiance pour que tu mérites la mienne, le moment où j’aurais besoin de savoir que tu vas bien, que tu t’ouvres et que tu confies tes doutes, tes angoisses et tes peines à quelqu’un - pas nécessairement à moi - mais que ce quelqu’un sache sur quel jugement s’appuyer, pour que l’on soit certain que t’es pas en train de craquer ou de dérailler. Parce que ce moment viendra… Fatalement. Personne au campement ne te blâmera de faillir à un moment ou à un autre ; par contre, tous ces types risquent de te lyncher - moi la première, sois-en sûr - si tu venais à commettre une erreur lourde de conséquences sans avoir informé personne de ton malaise ou ta fragilité.”

A nouveau, je me rapprochais de lui et lui lançais une petite claque amicale dans le dos, tâchant de trouver son regard du mien en esquissant un maigre sourire en coin, nuancé d’auto-dérision et de complicité.

“Après, j’suis pas psy et j’ai pas de divan à te proposer pour poser ton cul, mais tant que Melody ou toi ; l’un de vous, saura être le garde-fou décisionnaire de l’autre, ça me convient. Et puis je la sens bien cette nana, malgré son côté sauvageonne. Elle m’a l’air d’avoir la tête sur les épaules… Toi par contre, ça fait deux-trois fois que tu agrémentes tes phrases de remarques qui me paraissent... incohérentes au mieux.”

D’un léger mouvement de la tête, appuyé de mon regard glissant vers son fusil d’assaut, je fronçais légèrement les sourcils.

“Pourquoi tu affirmes que tu ne sais plus te servir de cet engin aussi bien que l’an dernier ? T’as eu un accident entre-temps ? Tout comme quand tu parles de retour parmi les vivants comme purgatoire… Parce que, sauf ton respect, t’as pas l’air très versé religion.”

Je gardais pour moi ma seconde réflexion, celle qui s’était soulevée d’elle-même quand il parlait de savoir manier une Kalachnikov avant que l’épidémie ne se déclenche car, s’il n’avait pas l’air d’être très versé religion d’après mes observations et spéculations, il avait encore moins la gueule, la carrure et l’attitude d’un militaire reconverti en survivant. Ou alors, il cachait sacrément bien son jeu...

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mar 13 Oct - 21:40
La route se poursuivait donc et la conversation aussi, et pour être franc, malgré la teneur pour le moins sérieuse des propos échangés, cela ne semblait pas déplaire à un Samuel qui s'était fait une spécialité d'ouvrir la bouche pour un oui ou un non et s'assurer que son audimat se rallie à son opinion... Dire qu'avec une dizaine d'années et une naturalisation, il aurait put faire un malheur en politique, mais aujourd'hui, il devait se contenter d'une bande de survivants traumatisés...

Quoi qu'il en soit, il demeura très attentif, ne détournant le regard de Jena que pour observer très brièvement les alentours à l'aide de ses jumelles qui occupaient ses mains. Il profita notamment de sa pause momentanée pour effectuer un attentif balayage de la zone et se rappeller qu'ils approchaient de la frontière entre les deux quartiers.

Il ne s'arrêta que lorsqu'il se fit proposer de l'eau, eau qu'il accepta de bon cœur, se saisissant de la bouteille et maintenant le goulot un centimètre au dessus de sa bouche pour y laisser couler l'eau sans entrer en contact avec. Sans grande surprise, il ne but que peu et rendit la bouteille à la jeune femme en la remerciant d'un simple mot avant de terminer son balayage.

A nouveau en train de marcher, Samuel laissa son interlocutrice déverser ce qui semblait être de l’inquiétude mêlé d'une bien apparente volonté de faire ami-ami. Cela n'était pas non plus pour lui déplaire mais avait quand même tendance à réveiller sa vigilance, des fois que la méfiance puisse être de mise vis à vis d'un comportement mêlant un peu de l'attitude des posts-ados qui n'avaient pas fait long feu ici, et celle d'un avocat qui était resté parmi eux encore moins longtemps.

Malgré tout, son attention se focalisa immédiatement sur les derniers questionnements de la New-yorkaise, cette femme ne savait pas ce qui avait rassemblé la majorité du groupe... Et il n'avait aucune intention de le lui cacher en dépit de l'éventuel choc que puisse lui causer cette étrange nouvelle.

Pour ce faire, il dépassa prestement Jena et se retourna en levant la main pour la faire stopper avant de lâcher, simplement :


"Attends une seconde, je vais te montrer, sinon, tu ne me croiras pas."

A ces mots, il plia les genoux, doucement, jusqu'à se trouver accroupi, en équilibre sur le bout de ses pieds. Dans cette position, la déchirure de son pantalon sur sa cuisse était des plus voyantes et c'est bien pour ça que Samuel gardait la tête levée vers Jena, les yeux plissés à cause du soleil. Il tenait à être certain que ce pantalon, étrangement déchiré et pourtant toujours porté, ne suscite sa curiosité.

Puis, enfin, il se décida à éclaircir ce mystère qu'il commençait à laisser trainer :


"On a découpé ma jambe de pantalon il y a environ vingt jours. Pourquoi ? Par ce qu'un type m'avait tiré dessus et touché à la cuisse, surement avec un fusil comme le mien, regarde."

A ces mots, il tira le tissu pour lui faire retrouver un peu de sa forme originelle et montrer le petit trou de balle transperçant le tissu, les deux côtés comportaient encore des traces de sang mal nettoyées. Cependant, autre chose pouvait attirer l'attention, non loin du trou, le tissu avait été percé ou légèrement déchirées, toutes ces marques suivant une demi-ovale semblable à une mâchoire... Tâchées d'un sang coagulé et irrécupérable au nettoyage... Tout du moins pour Samuel.

"Et les autres marques ont été faites par un zombie il y a plusieurs mois. Je me suis retrouvé tout seul à fuir un village côtier, bien poursuivis, et j'me suis arrêté dans un Texaco. Là, y'avait rien, sauf un geignard qui s'était décidé à se la jouer discret, il m'a mordu jusqu'au sang avant que je le répande dans la salle. Ensuite, j'ai eu de la fièvre, de la fatigue, j'ai essayé de manger, boire, me gaver des quelques médocs que j'avais encore, et c'est comme ça que je suis mort."

Il leva alors les sourcils et afficha un sourire pour le moins désarmant, comme si il avait annoncé "et c'est pour ça que mes parents m'ont appelés Samuel". Il avait de nouveau la tête levée, les yeux plissés, et c'était étrange comme il semblait sincère et calme à la fois, loin de son sérieux d'il y a seulement quelques instants, sa propre mort n'était qu'une anecdote.

"Sans savoir comment ni pourquoi, je me suis réveillé dans un lit de la ferme Wallace, là où se trouve deux bons gars qui étaient au camp jusqu'à il y a peu de temps. Je suis mort très proche de la pointe Sud du Texas, et me revoilà, au nord de l’État, avec les mêmes fringues, sans blessures, plus d'équipements et... Plus la moindre idée de comment peut fonctionner un pistolet."

A l'aide de ses deux mains, il appuya sur ses genoux pour se redresser tout en poursuivant son monologue :

"Avant de mourir, j'étais un équipé comme un porte-avion, c'est mon meilleur ami qui m'avait formé au tir. En 21, il est arrivé second au championnat de tir de l'état, un type formidable. Bref, dans le temps, j'étais pas mauvais, loin d'être un champion mais bien meilleurs que mes cousins chasseurs... Mais depuis tout ce qui s'est passé, ça me revient par bribe, et c'est comme ça pour tout, comme si il fallait le temps que mes souvenirs et mes réflexes soit installés les uns après les autres dans ce corps.

Ensuite..."


Cette fois, il haussa les épaules, son sourire était toujours là au point qu'il en fasse même une moue un peu provocante.

"J'ai lu la Bible en français, en anglais et en espagnol... Et j'ai lu le Livre de Mormon pour le plaisir, mais je n'ai pas trouvé Dieu pour autant. C'est juste plus simple de parler du purgatoire que de s'imaginer que mon karma était si neutre qu'on à préféré me remettre dans mon ancien corps plutôt que de me réincarner en coyote ou en gamin d'un quelconque sénateur bien blottis dans son bunker gouvernemental."

Enfin, il avait terminé, et là, en laissant retomber son sourire de moitié, il baissa un peu la tête pour être certain de bien avoir les yeux en face des lunettes d'aviateur de la châtaine pour lui demander :

"Pas trop dur à croire ? T'es la première personne à qui je fais découvrir ça, je n'étais pas le premier à me retrouver chez Wallace, les garçons étaient aussi au courant quand je les aient rencontrés, et jusque là... Je ne sais pas pour Mark mais pour les autres, je crois que nous avons tous vécus ça, y compris tous ceux qui sont morts ou partis du camp."

Malgré la légèreté de son ton, il demeurait extrêmement attentif à la réaction de Jena. Il n'avait aucune idée de la manière dont pouvait réagir une personne normale devant une telle annonce, aussi, la maitriser n'était pas vraiment dans ses prévisions, mais réagir prestement pour la soutenir, la calmer ou, dans la pire situation, lui ôter son arme, ce n'était pas exclus.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 15 Oct - 20:57
En réponse à l’injonction physique de Samuel, je me stoppais, sans rien dissimuler de la surprise qui venait de me saisir face à son attitude. Dans un réflexe purement instinctif, j’avais senti ma main droite se resserrer autour de la crosse de mon pistolet, prête à parer à toute éventualité ou débordement de sa part. L’avais-je trop titillé ? M’étais-je montré trop insistante ? Je n’en savais rien et m’en moquais éperdument alors qu’à l’instant, seule la défense de mon intégrité physique venait de prendre le pas sur ma volonté de tendre la main à cet homme.

Mais bien rapidement, je sentis retomber la tension qui venait de me saisir alors que Samuel se lançait, démonstrations vestimentaires à l’appui, dans des explications qui, au fil des mots, firent passé mon visage de surpris à stupéfait, puis dubitatif avant que seule une flagrante consternation nuancée d’un profond déni ne finisse par assombrir mes traits. Et alors qu’il s’épanchait véritablement, j’ôtais ma casquette de sur mon crâne de ma main gauche, la visière coincée entre mon pouce et mon index tandis que le reste de mes doigts grattaient le sommet de mon crâne dans une intense réflexion.

Je ne savais pas ce qui était le plus affligeant sur le coup. L’énormité de ses propos ? Le fait qu’il avait l’air d’y croire dur comme fer ? Ou alors, la simple pensée que tous les autres membres du campement partageaient son sort ? Quelle qu’en soit la cause, il m’apparaissait très clairement que ce mec avait complètement perdu pied avec la réalité, malgré que je devais bien admettre qu’il avait su parfaitement brouiller les pistes et cacher son jeu.

Était-ce du déni dans sa forme la plus absurde suite aux traumatismes qu’il avait vécus ? S’il était réellement persuadé d’avoir manqué plusieurs mois de sa vie, probablement souffrait-il d’un dédoublement de personnalité ou autre psychopathie à la con du genre. Et alors que je m’étais contentée de garder le silence durant plusieurs dizaines de secondes après qu’il ait pourtant fini de parler, je ne pus retenir un léger rire totalement nerveux, rechaussant ma casquette de l’US Army sur mon crâne. Je roulais des yeux, puis secouais la tête lentement, poussant finalement même un long soupir exaspéré. Quelque chose ne collait pas avec son attitude… Pourquoi mettre autant d’application à se faire paraître sain d’esprit pour soudainement déballer et afficher l’ampleur de sa folie, et cela, au terme de propos à peine insistants de ma part. Peut-être avait-il des éclairs de lucidité éphémères, qui le mettaient face à sa propre folie, et que toutes ces révélations n’étaient qu’un appel à l’aide. Peut-être était-ce au contraire l’expression la plus franche et brutale de cette même folie qui se cédait à elle-même. Ainsi, Samuel allait peut-être y succomber pleinement, son esprit perturbé risquait de rapidement se rendre compte de son erreur, du fait qu’il en avait trop dit et du fait que je ne pourrais certainement pas garder tout ça pour moi… Ce taré allait me dézinguer, j’en étais persuadée.

Je sentis mon rythme cardiaque s’accélérer soudainement, ma respiration se faisant plus erratique, mon sang quittant mon visage pour le rendre plus blême encore. Le stress et la peur de le voir tenter de s’en prendre à moi fit grimper mon taux d’adrénaline en flèche alors que je levais brusquement mon arme dans sa direction, tâchant de cibler du mieux possible son front de mes organes de visée, malgré que mes mains furent rendues tremblantes par ma poussée de panique.

“Pas trop dur à croire ?” répliquai-je d’un ton appuyé et interrogatif, reprenant sa propre question. “Tu t’fous d’ma gueule en plus ? A ton avis espèce de malade !?” Instinctivement, j’avais reculé de quelques pas, tâchant de mettre un maximum d’écart entre lui et moi, sans pour autant cesser de le tenir en joue. Si ma tension était palpable, ma peur tout comme ma soudaine colère l’étaient bien plus. J’avais déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de pointer mon arme sur un autre homme pour me protéger. Pourtant, jamais, au grand jamais, je n’avais eu le cran de presser la détente. Une évidence qui se verrait très clairement dans le fait que mon index droit n’avait toujours pas quitter sa position de sécurité contre le pontet, à l’arrière de la queue de détente.

“Su-sur-surtout… Tu ne bouges pas ! Tu ne bouges pas d’un putain de millimètre !” lui ordonnai-je véhément, la voix tremblante de trouille, avant de tenter de retrouver un minimum de calme intérieur et de contenance en prenant de longues inspirations par le nez.

“Mais qu’est-ce tu crois ?” finis-je par reprendre au bout de quelques secondes, la voix un tantinet plus posée. “Tu croyais vraiment que j’allais gober une histoire pareille ? Tu veux quoi ? Que j’te bute ? Que j’mettes fin à tes souffrances ? A ta folie ? Mais… Mais… Mais c’est quoi ton putain de problème !? Quand je t’invitais à te confier… T’aurais pu m’envoyer chier, me dire que tu ne me connais pas assez pour ça, ou alors le faire, tout simplement… Juste... Être honnête ! Merde !” A nouveau, j’avais laissé mon propre déni et ma colère prendre le pas sur mes propos.

“A quoi tu joues là bon sang !? T’as l’air d’y croire en plus ! C’est ça l’pire… T’y crois vraiment à ces conneries… alors que… putain ! C’est complètement incohérent ! J’suis pas médecin, mais si t’avais vraiment pris une balle dans la cuisse y’a vingt jours de ça, tu gambaderais pas dans les prés avec moi, comme ça, comme si tout allait bien ! Et puis si c’était la vérité… que vous soyez tous revenus d’entre les morts et que vous ayez survécu à l’infection, vous devriez être immunisés... Vous ne devriez pas en crever comme ta copine !”

Fébrilement, j’ôtai ma main gauche de sous la crosse de mon arme pour venir la passer sur mon visage, me massant les paupières le temps de quelques secondes avant de venir la plaquer sur ma bouche et me caresser le menton. Je faisais de très gros efforts pour tenter de retrouver mon calme, ma voix colérique et emportée ayant vraisemblablement dû porter bien plus loin que je n’aurais pu le souhaiter.

“Je… Je… Tu m’expliques c’que je suis sensée faire maintenant ? Te buter ? Te laisser errer dans ta folie en craignant constamment que tu ne me tues dès que j’aurais le dos tourné ? Te dénoncer aux autres, au campement ? Les prévenir que le mec qui les dirige a complètement perdu les pédales ?” Dans un réflexe de colère emporté, j’avais légèrement agité mon arme dans sa direction, le souffle toujours aussi haletant, mais le volume de ma voix ayant baissé de quelques tons, toujours agitée de tremolos brisés.

“Est-ce que t’as la moindre idée de la douleur que ça provoque ? De la douleur que TU provoques… à... à sortir des conneries pareilles à des personnes ayant perdu des êtres chers ?” Je posais sur l’homme un regard véritablement haineux et empli de reproches muets, mon visage se crispant finalement dans une moue extrêmement mauvaise, blessée aussi, mais surtout déterminée alors que je sentais mon cœur se serrer dans ma poitrine.

“Alors… Donne-moi une seule bonne raison de pas te buter…” lui soufflai-je hargneusement.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Ven 16 Oct - 14:25
Une telle réaction n'était pas surprenante, inattendue, indésirable, oui, mais Samuel l'avait prévue et quelque part, il se mit à penser qu'une réaction aussi disproportionnée aurait eu toutes les chances de finir en bain de sang si cela s'était passé au camp.Ici... Ce n'était pas le canapé d'un psy, mais au moins une certaine intimité permettait-elle de discuter, même avec une arme pointée sur soi. C'était le moment de prouver qu'il n'avait pas gagné ses galons de trafiquant à l’esbroufe et sur la sueur des vrais travailleurs.

Lorsque Jena avait levée son arme, le canadien avait déjà sentis la perte de contrôle chez elle et, tout en conservant son demi-sourire, avait lui-même fais quelques pas en arrière. Cette distance l'empêcherait de tenter une action au corps à corps mais elle lui offrait de bien meilleures chances de survie face à une tireuse suffisamment stressée pour éprouver une possible gène avec une cible plus distante.

En plus de son propre mouvement, ils avaient ainsi put largement s'éloigner l'un de l'autre, sans doute une petite dizaine de mètres avant que la nouvelle exclamation de la jeune femme ne le stoppe. Fuir n'était pas non plus dans ses plans et, étrangement, pour un type aussi diplomate, il avait préféré parfaitement obéir à l'injonction d'immobilité plutôt que de lever les mains pour signifier qu'il ne comptait pas se saisir de l'une de ses armes.

Et pendant ce temps, elle déblatérait, se plaignait, l'accusait d'une folie dont elle semblait presque être atteinte vu son état de choc. Samuel avait évidemment repris une expression parfaitement neutre, ne désirant ni l'effrayer par l'amusement qu'il éprouvait à voir quelqu'un demander de la confiance avant de piétiner l'initiative dans ce sens, ni lui laisser croire qu'elle avait l'ascendant en se montrent attristé ou énervé d'entendre d'autres répliques. Il était Samuel Freeman, l'homme sans états d'âmes.

Et cela s'en ressentit tout autant dans sa voix. En allé le ton léger, doux, presque amical, il ne restait que sa voix grave, ferme mais pas sèche, sans la moindre altération, sans le moindre bégaiement, calme, confiant... Devant ce canon pointé sur sa tête, il se trouvait déjà dans un état totalement second provoqué par l'adrénaline et n'avait aucune intention de laisser le pic de stress qui allait arriver dans quelques instants le guider dans le choix de ses mots :


"Jusque là, je tends à croire que nous soyons tous morts d'infection avant de revenir. Le jour où je claquerais d'infection, viens danser sur ma tombe."

Là ou son précédent ton semblait faire passer quelque chose de grave pour une simple anecdote un peu drôle sur les bords, cette fois, la farce semblait presque être devenue une injonction, un ordre. Et il n'avait aucune intention d'en rester là, préservant son image de chef charismatique, debout, la tête droite, le regard transperçant, et ce sans malice, il émanait de lui quelque chose de vraiment beau et horrible à la fois... Même devant une menace de mort, ce patron ne sourcillait pas, il était lui-même, à la fois l'ancien monde, le costume, par dessus lequel le nouveau monde se greffait, les dégâts, la saleté, le sang tâchant sa chemise et son pantalon, son pare-balle protégeant son buste...

En cet instant, plus que jamais, Samuel faisait preuve d'une particulière prestance pourtant à milles lieux de son leadership d'antan, et cela, en demeurant parfaitement immobile.


"Tu sais ce qui est arrivé aux deux dernières personnes à avoir pointées une arme sur moi ? La première à été mordue par ce que je n'étais pas là pour la protéger, le second à fait tout ce qu'il pouvait pour m'aider à la retrouver avant l'instant fatidique. Elle n'avait pas comprise que j'avais fait ça pour elle, et elle en est morte, par ce que jamais je n'aurais permis qu'un mort ne mette la main sur elle, mais elle est sortie sans moi. Lui, il a compris, et maintenant, j'ai bon espoir que nous allions chercher les autres survivants qui attendent à la ferme, qui ont besoin d'être guidés... Par ce qu'il sait que je peux le faire, par ce qu'il l'a vu, par ce que j'ai été le seul à parler posément puis à m'interposer entre deux armes chargées.

Est-ce que tu te sens prête à diviser leurs chances par deux en m'éliminant de l'équation ? Est-ce que tu es prête à tuer sur une présomption, sous l'emprise de la colère et l'incompréhension ? Est-ce que tu vas me descendre après m'avoir dit que tous ces gens avaient besoin de moi ?"


Presque imperceptiblement, d'autant plus à cette distance, le canadien cilla et son regard se déporta brièvement sur sa gauche, c'est à dire la droite de Jena. Il n'y avait rien là, seulement de la terre et de l'herbe, et déjà, son regard était revenu sur la jeune femme.

"Tant que tu gardes cette arme levée, nous sommes dans l'impasse. Je t'ai dit la vérité, si tu veux la vérifier, le talkie est dans ma poche, mais alors moi, je n'aurais plus confiance. Je peux excuser une certaine agressivité à l'encontre des morts, mais je ne tolèrerais plus très longtemps que tu me tiennes en joue, pas plus que le fait que tu t'en remette aux autres qui te sont aussi inconnus que moi même.

Enfin, Jena. De nous deux, qui a besoin d'extérioriser ? Range cette arme et parle moi de toi. Maintenant."


A nouveau, sans que le ton ne soit monté d'un seul décibel, le nouvel ordre venait de tomber. Il appartenait maintenant à son interlocutrice de se reprendre, ce qui n'allait pas l'empêcher de continuer à la guetter, près à agir. En l’occurrence, depuis un bref instant maintenant, il se concentrait sur le bas côté de la route, à la droite de Jena. Il n'avait jamais réellement réussis à provoquer cet étrange phénomène qu'il avait observé, mais aujourd'hui, c'était peut-être le jour pour apprendre.

Ainsi, si la jeune femme venait à montrer d'autres comportements critiques à son encontre, même l'arme baissée mais pas si elle lâchée ou rangée, il ne montrerait aucun remord à tenter de l'envoyer valdinguer sur sa droite pendant qu'il se jetterait de l'autre côté de la route, de quoi rendre un tir extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, et lui permettre de dégainer son fusil d'assaut pour renverser le rapport de puissance.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 17 Oct - 16:40
La réaction de Samuel face à mes propos, face à la menace que je faisais peser sur lui acheva de me sidérer. Ce mec restait impassible. Nul doute qu’il ne devait pas être déphasé avec la réalité à ce point-là, ou alors était-il juste résigné au point de ne pas redouter de mourir… une seconde fois ? Non… Je secouais très légèrement la tête de gauche à droite, révélant physiquement la réponse négative que j’accordais à mon débat de pensées. La plupart des hommes - ou femmes - que j’avais croisés réagissaient bien différemment sous la menace de mort. Certains fuyaient, d’autres combattaient, mais la majorité se figeaient et obéissaient. Rares étaient ceux capables de maîtriser leur stress, leur attitude et leur ton. Même la grande majorité des soldats que j’avais vu combattre l’infection ou les pillards, pourtant rodés à subir l’épreuve du feu, ne tenaient pas aussi bien la route.

Le seul autre homme que j’avais vraiment connu à afficher une telle impassibilité et un tel sang-froid dans les situations les plus nerveuses était mon défunt époux, mon esprit ne tarda pas à faire le parallèle entre William et Samuel. A la différence près que mon mari savait m’expliquait des choses horribles et incroyables, difficile à croire, mais rationnelles. Là, Samuel exigeait littéralement non pas que je lui accorde ma confiance, mais que je réalise un véritable acte de foi. Croire en lui ? En sa résurrection ? Leurs résurrections à tous ? Les morts se relevaient, certes, donc revenir de cet état biologique ne devait pas être impossible en soi, mais jamais je n’avais vu le moindre de ces cadavres ambulants faire preuve de la moindre tentative de communication, ni de la moindre étincelle d’intelligence. J’avais vu une quarantaine de ces saloperies sauter du toit d’un immeuble pour aller s’écraser cinquante mètres plus bas sans qu’aucun ne réagisse à cette simple notion de danger, pourtant instinctive chez chacun de nous. Mais là, j’aurais à faire à tout un groupe d’individus comme Samuel, revenus d’entre les morts en parfaite santé ?

Néanmoins, si ç’avait été un mensonge… l’homme en costume ne m’aurait certainement pas proposé d’utiliser sa radio pour contacter le campement, pour poser cette question qui m’aurait fait passer, moi et lui, pour une folle, à un autre membre de ce campement. Peut-être étais-je en réalité tombée sur une secte dont Samuel était un guide, ou le gourou spirituel… Après tout, celles-ci avaient fleuri un peu partout dans le pays au cours de la dernière décennie. Ça pouvait être une explication rationnelle, mais très étrangement, elle ne me convenait pas. Elle ne collait pas avec ce que j’avais vu du camp. Personne ne témoignait de cette ferveur aveugle au campement qu’éprouvaient les membres d’une secte envers leur guide.

C’est pourquoi, au fur et à mesure que mes pensées traçaient leur petit chemin de réflexion, je ne pouvais m’empêcher de sentir quelque chose au fond de mon de moi, un léger tiraillement complètement insensé qui me poussait à vouloir croire que c’était vrai. Du moins, à y accorder un moindre crédit, probablement alimenté par ce fol espoir complètement incongru que si c’était vrai, j’avais une chance de retrouver les miens. Une chance de les protéger mieux que la première fois, une autre chance pour ne pas commettre les mêmes erreurs. C’était dingue. Complètement insensé et je me sentais véritablement déchirée entre mon cœur et ma raison qui se livraient une bataille silencieuse, rendant chaque seconde passée plus éprouvante que la précédente.

Lentement, j’avais abaissé mon arme, passant du visage de Samuel à son torse, puis ses jambes, pour finalement venir reposer le long de ma cuisse droite, la bouche du canon pointant vers le sol. Ma main gauche passa une nouvelle fois sur mon visage, essuyant au passage les larmes qui étaient venues embuer ma vision après que j’eus retiré mes lunettes d’aviateur pour les glisser au col de ma veste. Mon souffle se voulait toujours aussi court et rapide, ma tête commençant même à me tourner légèrement, je me sentais devenir nauséeuse, les jambes cotonneuses, au point que je dus me résoudre à m’asseoir, le cul posé sur la terre sablonneuse encore humide des précipitations de la semaine. Je laissais mon arme sur le sol, juste à mes côtés, avant de venir faire reposer mes avant-bras sur mes genoux repliés devant moi, mes azurs fixant Samuel sans réellement le voir, mon attention s’étant réellement plus tournée vers mes pensées intérieures que le monde extérieur.

“Est-ce… Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me demandes ?” finis-je par souffler dans un hoquet saccadé. “De te croire sur parole ? De croire à… ça ? …sur parole ? Si… si nos places avaient été inversées ? Si j’étais, moi, revenue d’entre les morts et toi resté bien vivant tout ce temps… Tu accepterais vraiment de croire à... cette histoire, sur ma seule parole ? Avec pour seule et unique preuve un pantalon déchiré ? C’est… c’est juste complètement dingue et… et… et pourtant... j’ai envie de te croire. J’ai profondément envie d’y croire.”

Lentement, je levais ma main droite dans sa direction, les doigts serrés et la paume ouverte comme pour lui ordonner de ne rien dire, rien ajouter s’il en avait eu l’intention, lui demandant ainsi de patienter et me laisser finir.

“Je ne doute pas de ta sincérité cependant…” repris-je d’un ton plus calme. “Quelque part, tu me rappelles mon mari, tu lui ressembles… Pas physiquement mais… Dans ton attitude, ta façon d’être... d’affronter la situation… Il bossait pour la DEA. Habitué des situations de crises, surtout quand il bossait du côté d’El Paso, bien avant que je ne fasse sa connaissance. Lui aussi savait encaisser les coups durs, faire face à ce genre de menaces, désamorcer ces situations…”

Tout en parlant, j’avais laissé mes mains accompagner mes mots dans une gestuelle automatique, alors qu’évoquer le passé, parler de moi, de William, me permettait de retrouver un certain calme, bien que la douleur de sa perte restait elle, encore bien vive et palpable.

“Will réussissait à faire face à tout ça, à tout ce bordel, mieux que personne. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’en éprouvait pas de la souffrance... ou des remords. Juste qu’il savait les faire taire, préférant leur laisser libre cours dans ses instants d’isolement,” confiai-je à Samuel en relevant mes prunelles azurées vers son propre regard, soutenant à nouveau celui-ci non pas avec défiance comme quelques instants auparavant, mais avec une sincère empathie.

Je marquais une pause de quelques secondes, laissant ainsi tout le loisir à mon interlocuteur de faire - ou non - les rapprochements qui lui viendraient à l’esprit, puis je reprenais, à nouveau, ayant finalement retrouvé mon calme, les digressions nauséeuses de mon esprits ayant fini par se déliter face à l’évocation de mes souvenirs et de mon passé.

“Quant à moi, et je suis d’avance désolée de ruiner tes fantasmes, mais je suis fille d’un sénateur - enfin, ex-sénateur - de l’Etat de New-York qui n’a pas eu la chance de trouver le refuge d’un bunker gouvernemental quand tout a commencé. Je bossais comme chargée de communication et attachée de presse auprès du Ministère de la Justice, à Austin. C’est comme ça que j’ai rencontré mon mari… une relation professionnelle qui “dérape”...” Je mimais des guillemets avec mes doigts à l’évocation de ce dernier mot. “...jusqu’à ce que je tombe enceinte.”

Mon visage s’assombrit très franchement alors que mes pensées et souvenirs se focalisaient toutes entières vers ma fille. Mes mâchoires se crispèrent en même temps que mes lèvres se pincèrent, là où mon regard devenait plus colérique, sans pour autant quitter celui de Samuel..

“Quand ma fille est née, j’ai plaqué mon job pour uniquement me consacrer à son éducation et son bien-être, ne souhaitant pas commettre les mêmes erreurs que mes parents avaient faites avec ma sœur et ma moi. Je ne voulais pas que ma fille grandisse en se sentant abandonnée et méprisée de ses propres parents. Elle était devenue ma raison de vivre, mon oxygène quotidien et…” Mon ton se durcit encore plus, laissant très clairement transparaître toute la colère qui me consumait. “...et ce monde… ces morts… ces ‘soldats-pillards’… Ils me l’ont arraché.”

Finalement, je détournais le regard, me redressant lentement en ramassant mon arme au passage, puis remettais mes lunettes sur mon nez, dissimulant à nouveau mon regard rougi derrière mes verres fumés, faisant de nouveau face à l’homme.

“Voilà pourquoi j’ai irraisonnablement envie de te croire, et que pourtant, je refuse de le faire, parce que ça signifierait simplement que j’ai laissé ceux que j’aimais derrière moi, que peut-être, j’aurais pu les retrouver, les aider à vivre cette deuxième chance. Parce que je n’ai pas réussi à faire le deuil des miens autrement que dans cette haine, ce désir de vengeance à l’encontre des morts-vivants… Et que désormais, ce deuil va devenir impossible, juste parce que quelque part, il restera toujours ce fol espoir de croire qu’ils sont revenus, quelque part, bien vivants… Et que jamais, je ne pourrais combler ce vide avec certitude.”

D’un mouvement de la tête, je balayais l’horizon du regard, avant d’arrêter à nouveau mon regard vers la maison au loin, raffermissant à nouveau ma prise sur la crosse de mon arme, puis lâchant un profond soupir.

“Je… Je sais bien que je ne suis pas la seule à avoir perdu des êtres chers, que mon expérience est le lot quotidien de tous. Peut-être que tu as été père toi aussi… Peut-être que tu connais cette douleur aussi bien que moi et que tu vas trouver ma réaction ou mes raisons totalement égoïstes… Et c’est vrai, c’est totalement égoïste de ma part de penser que j’ai plus souffert que toi, ou que les autres, que mes raisons sont plus valables, ma colère plus justifiée. Mais… je suis désolée… Tu devras composer avec... “ lâchai-je non sans amertume, avant de ramener mon regard et mon attention vers lui.

“Et pour ta gouverne… Je t’aurais pas descendu. J’ai pas encore sacrifié cette part d’humanité-là…” D’un signe de tête, je désignais la maison à l’horizon. “Maintenant que tu sais l’essentiel, on peut se remettre en route…”

Samuel Freeman

Anonymous
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Lun 19 Oct - 18:44
Suite à son ordre, un certain silence retomba, seulement perturbé par le sifflement du vent et les apparitions furtives du soleil entre des nuages peu menaçants. Samuel était resté là, impassible, toute son attention braquée sur son interlocutrice et sur l'endroit où il aurait put la faire valser... Mais il n'en eut pas besoin. Enfin l'arme descendait, signifiant qu'une étape avait été accomplie et présageait plutôt de bonnes choses sur la suite. Malgré cela, il se préserva de tout mouvement et ce malgré le fait que le stress inhérent à une telle situation ne commence à prendre sur la plénitude que lui avait offert sa décharge d'adrénaline.

Jena ne semblait pas se sentir mieux pour autant, et c'était bien normal. Ainsi, il n'eut aucune réaction notable en la voyant se laisser tomber au sol puis, au grand plaisir du canadien, laisser son arme sur son côté. Elle signifiait là la fin de cette menace et laissait enfin le menacé en question se libérer l'esprit pour se concentrer sur les mots qu'elle commençait alors à lui adresser.

Bien sur, suite à autant de question, Samuel aurait bien désiré répliquer, lui expliquer ce qu'il avait déjà expliqué à d'autres, mais en voyant le geste de la main de la châtaine, il se stoppa ostensiblement avant d'avoir put lâcher le moindre mot. C'est à cet instant que sa neutralité se brisa pour laisser transparaitre une gène mêlée de pitié. Cependant, ces attitudes changèrent prestement lorsqu'elle repris son monologue.

Tour à tour, il semble surpris du parallèle fait entre lui-même et le mari de la jeune femme, puis brièvement désappointé en attendant un acronyme qui ne semblait pas tellement lui plaire pour enfin retrouver un calme apparent à l'énonciation de El Paso. Si il occultait certains "détails" de son quotidien pré-apocalyptique, ce n'était pas pour se risquer à être démasqué par une inconnue... Pour ça, il avait bien conscience que si certaines personnes avaient survécus, elles pourraient être convaincue de se taire... Où contraintes au décès.

Quoi qu'il en soit, non perdu dans les souvenirs de son passé trouble mais toujours bel et bien attentif à son environnement, il demeura calme en écoutant Jena. Cela fut à tel point qu'il décida de s'accroupir à nouveau afin de se mettre au niveau de la new-yorkaise malgré la distance qui les séparaient. Là, il eut bien un regard pour son arme lorsqu'il ressentis les "mauvaises ondes" suinter de sa voix, son visage, son regard, mais rien de mauvais ne se concrétisa, aussi suivit-il son mouvement lorsqu'elle se releva, arme en main.

De son côté, l'ex-manager était resté les mains désespérément vides, la diminution du stress poussant son assurance aux frontières entre l'imprudence et la témérité, déjà bien loin de attitude pro-sécurité qu'il n'avait vraiment abandonné que pour protéger le camp d'un inutile bain de sang... Jusqu'à quand allait-il pouvoir maitriser ce trop plein d'assurance qui pourrait ruiner son image, ou sa vie ?

Quoi qu'il en soit, le visage bien plus ouvert et suffisamment grave pour signifier à Jena qu'il ne prenait pas ses déclarations et confessions à la légère, il la laissa terminer ce bien éprouvant monologue. Là, il laissa quelques secondes s'écouler, comme si il devait convenablement archives toutes les données qui lui avaient été délivrées, mais au bout, il quitta sa position et avança doucement.

Sa trajectoire n'allait pas directement sur la jeune femme et, à peine après trois pas fait, il jeta un regard par dessus son épaule avant de la regarder et lui parler :


"Attends, je vais balayer un peu le coin avant. On est statiques depuis un moment sur un terrain découvert. J'en ai juste pour un instant."

Ce qu'il occulta volontairement de son explication, c'est qu'après avoir subit l'attaque d'un tireur embusqué, la probabilité d'être suivis, observés et peut-être éliminés était passé de "hautement improbable" à "possible". Il était donc inutile de stresser une femme qui se remettait à peine d'une étrange nouvelle, ce qui ne l'empêcha pas de vérifier sa réaction avant de la perdre du regard pour observer les alentours avec ses jumelles, puis de les remettre dans la petite sacoche dédiée qui commençait d'ailleurs à lui faire un peu mal aux côtes, ce pourquoi il desserra légèrement la sangle tout en faisant son rapport :

"A priori, rien."

Cette claire explication délivrée, il regarda la jeune femme en l'invitant, d'un signe de main, à reprendre la route. Là, tout en douceur, il s'assura d'être bien posté sur son côté gauche et pris son fusil qu'il garda pointé plus vers l'avant que sur sa droite, mais si la protagoniste visée par sa méfiance avait le moindre sens du détail, elle arriverait à déceler cette position qui signifiait clairement que Samuel n'avait aucune intention de lui tourner le dos ou pointer son canon à l'opposé de sa position. Sa vie se trouvait trop souvent et trop inutilement menacée à son goût et cela s'en ressentait sur ces pics d'assurances embrassant les abysses d'une prudence poussant presque à un début de paranoïa.

Quoi qu'il en soit, là, enfin, il se décida à vraiment parler. Le ton demeurait formel mais, heureusement, totalement exempt de cette froide et brûlante neutralité... Disons simplement qu'il était entre deux, ne pouvant ainsi se remettre à parler à Jena avec une quelconque familiarité, mais pas non plus en la traitant comme un troufion sans âme :


"A dire vrai, si j'ai un fantasme à avoir, c'est de me réveiller à l’hôpital et me faire annoncer que je suis dans le coma depuis un an à cause de ma dernière beuverie à Tijuana... Mais non, je marche dans un no man's land en me disant que tu es la seconde personne originaire de New-York que je croise depuis que je suis "revenu" ici alors que je n'ai vu qu'une personne d'origine latine au camp.

C'est trop mince pour des statistiques, mais c'est en s'occupant l'esprit avec des choses comme ça qu'on s'empêchent de ruminer sur du douloureux. L'autre new-yorkais, il s’appelait... Scott, c'était un type bizarre, il avait un costard complet lui, un avocat qui était dans le Texas pour une affaire, je crois. Là où Ivy avait été... Un peu émotive, il avait l'air totalement détaché de ce qu'il se passait.

Il en avait rien à foutre que je plonge dans une tombe pour fouiller une morte, et pas plus à foutre d'apprendre que je cherchait un porte-feuille. J'ai pas put dire à Wallace que je l'aurais bien inscrit Wendy sur sa croix puisque je n'avais pas de permis pour attester son identité."


De son côté, il parlait avec une maitrise parfaite de ses émotions et cela, c'était bien par ce qu'il appliquait clairement ce qu'il venait d'énoncer, il se focalisait sur "l'inutile", le trivial d'une anecdote, sans se focaliser sur l'objet de sa douleur. Quelque part, peut-être était-ce voyant qu'il essayait d'ouvrir la voie à Jena pour qu'elle se sente suffisamment à l'aise pour lui lâcher du trivial elle aussi, mais pas encore, il n'avait pas fini sa petite histoire.

"J'avais trouvé ça adapté. En creusant la tombe, on étaient tombés sur un coffre, ou une boite, enfin, un contenant avec la fée clochette gravée dessus. Je ne sais toujours pas ce qu'il y avait la dedans. Faudrait que je demande ça au fermier un jour... Bientôt."

Tout en marchant, il daigna enfin quitter Jena du coin de l'oeil pour faire un tour tranquille sur lui-même, s'assurer que rien n'était à leur trousses ou aux aguets dans les environs, et il n'y avait toujours rien, tellement rien que c'en était presque suspect, même pour un quartier aussi tranquille que celui-ci. Quoi qu'il en soit, son tour d'horizon fait, il reporta plus ostensiblement son attention sur la jeune femme, désirant voir si son histoire lui avait procuré la moindre réaction après coup.

Jena Higgins

Anonymous
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Mar 20 Oct - 20:38
En guise de réponse à ma dernière question, qui n’en était par ailleurs pas vraiment une, Samuel m’indiqua qu’il préférait s’assurer que la route soit toujours dégagée avant de repartir. Une prudence élémentaire que j’approuvais d’un simple acquiescement vertical du chef, joignant même mon regard à ses jumelles pour effectuer mon propre balayage visuel. Ainsi, au terme de celui-ci, j’en arrivais à la même conclusion que lui. Rien à signaler. Ainsi, je répondis favorablement à son geste et me remis en marche, mon arme toujours tenue dans ma main droite, se balançant au bout de celle-ci au gré de chacun de mes pas.

Mes prunelles se trouvaient majoritairement fixées sur la silhouette de la maison dressée droit devant nous, à encore deux bonnes centaines de mètres de distance. Néanmoins, je ne pouvais m’empêcher de laisser glisser brièvement mon regard, bien abrité derrière mes verres fumés vers l’homme, notant au passage que sa posture restait malgré tout méfiante à mon égard. une attitude qui ne me surprenait pas vraiment vu ce qu’il venait de se produire entre nous, mais en même temps… Il l’avait bien cherché ce con. C’est alors qu’il reprit la parole, laissant ses propos dériver sur un sujet qui me paraissait plus léger de prime abord. Je relevais malgré tout qu’il semblait faire un amalgame entre ce Scott et moi-même, quand bien même nous étions originaires de la Grosse Pomme, je vivais au Texas depuis huit ans maintenant. Malgré tout, je ne tenais pas tant à lui en faire la remarque. Qu’est-ce que ça pouvait finalement bien changer d’être d’ici ou d’ailleurs, alors que nous étions tous dans la même merde désormais. Néanmoins, je ne pus m’empêcher de lui glisser un regard un peu plus appuyé lorsqu’il parla de plonger dans une tombe pour fouiller un cadavre, relevant au passage qu’il faisait encore mention de cette Ivy dont je ne savais rien, hormis sa perte.

Un mince sourire en coin se dessina sur mes lèvres alors que je trouvais ses propos relativement ironiques. Ce Scott lui paraissait bizarre à cause de son air détaché ? Que devrais-je donc dire de lui, le type qui reste de marbre avec un flingue pointé droit sur la figure ? Si je n’avais pas connu William et son aplomb légendaire, nul doute que j’aurais catalogué Samuel dans la catégorie des types bizarres, téméraires, pour ne pas dire dérangés. Mais non… Je savais qu’il existait des mecs qui savaient garder leur sang-froid face aux situations les plus stressantes. Au moins Samuel avait-il marqué un point dans mon estime de ce côté-là pour son rôle de leader. Après, point de vue communication et tact dans ses annonces susceptibles de faire péter les plombs à ses semblables, il avait encore deux-trois trucs à apprendre.

A nouveau, je reportais mon attention sur notre trajet, le laissant finir de raconter son histoire dans un silence royal, à peine perturbé par le souffle régulier de ma respiration redevenue bien plus calme. Je m’étonnais malgré tout que Samuel ressasse cette histoire de boîte à Fée Clochette. Si elle avait été enterrée-là, probablement par ce fermier, c’était probablement pour une bonne raison. Peut être que ce Wallace n’apprécierait pas cette curiosité mal placée de la part d’un autre homme ; et nous comptions tous suffisamment d’ennemis en ce bas-monde sans avoir à froisser de potentiels alliés pour une histoire de boîte déterrée.

Je fronçais légèrement les sourcils alors que l’homme me dévisageait brièvement, arquant même un sourcil légèrement interrogatif à son intention. Que voulait-il ? Attendait-il une réaction de ma part ? Que moi aussi je lui raconte une anecdote “amusante” ? Non… Je n’en avais ni le cœur, ni l’envie. Pas après ce que je lui avais déjà révélé de moi. Au lieu de ça, je préférais largement me concentrer sur notre excursion, désignant la maison qui nous faisait face d’un mouvement du menton.

“C’est beaucoup trop calme à mon goût,” soufflai-je, exprimant plutôt mes pensées à voix haute que faisant la remarque à mon compagnon, sans rien dissimuler de l’évidence de mes propos, fronçant les sourcils en redressant légèrement mon arme devant moi et l’empoignant de nouveau de mes deux mains.

Et alors que nous parvenions à la clôture grillagée qui délimitait le jardin, je me faufilais laborieusement par une ouverture découpée dans les mailles du grillage, certaines extrémités s'accrochant au tissu de mon pantalon, piétinant les herbes hautes et sèches qui avaient fini par dépérir dans le jardin par manque d’entretien. Après quoi, au bout de quelques pas, je m’arrêtais, jetant un furtif regard vers Samuel que j’avais pris la peine de précéder pour l’attendre ensuite, veillant sur son cul le temps qu’il franchisse lui aussi la clôture, ou quoi qu’il décide d’autre d’ailleurs, jusqu’à ce que je puisse m’assurer de pouvoir continuer ma route.

Rapidement, je laissais mes yeux faire le un premier tour visuel de la propriété, prenant la peine d'avancer au travers du jardin pour aller caler mon épaule gauche contre le tronc d'un massif saule pleureur aux branches dénudées, dominant d'un stature presque impériale un salon de jardin dont quelques fauteuils étaient renversés. Calmant mon souffle et me concentrant sur la disposition des lieux, je devinais que nous étions sur l'arrière de la maison. Un petit abri de jardin en tôle vert foncé trônait dans un des coins, à l'angle Nord-Ouest de celui-ci, non loin de deux pruniers entre lesquels pendouillaient lamentablement les restes de suspension d'un hamac décousu. Encore plus à l'est, se dressait la maison principale. Sa façade de couleur sable se trouvait ceinte d'un corridor ouvert, ponctué de colonnes reliées entre elles par des arches arrondies, très probablement du stuc, donnant à la demeure un faux air de hacienda. Entièrement de plain-pied, son toit se trouvait être à peine pentu, couvert de tuiles dans les tons rouge-orangé de facture banale, mais ceint d'une balustrade blanchie en son sommet donnant un certain cachet à la demeure.

Entre les arches du corridor, je pouvais aisément apercevoir de grandes et larges baies vitrées qui perçaient le mur de la façade, dont la plupart des carreaux se voulaient soient fendus, soit totalement explosé. En plissant les paupières, je pouvais même apercevoir une partie du salon, éclairé par le soleil dans mon dos, véritable capharnaüm prouvant que les lieux avaient été la scène soit d'affrontements violents, soit de pillages. Probablement les deux d'ailleurs. Mais de cette observation visuelle, il ne me semblait pas déceler la moindre trace de vie ou d'activité, pas même le moindre râle de rôdeur dissimulé quelque part, attendant patiemment qu'un visiteur ne vienne lui offrir ses chairs.

Ce calme apparent ne fit d'ailleurs que renforcer ma méfiance à l'égard des lieux, mais je quittais mon point d'observation pour progresser vers le corridor, l'arme bien levée droit devant moi cette fois-ci, le canon de celle-ci balayant l'espace devant moi en parfaite synchronisation avec mon regard. Et au fur et à mesure que la distance entre le corridor et moi ne diminuait, il me semblait percevoir un claquement métallique étouffé provenant de l’intérieur de la baraque. Lentement, je venais me plaquer contre l'une des colonnes, l'épaule gauche calée contre celle-ci, l’oreille tendue, essayant de percevoir la source et la cause de ce bruit répétitif malgré le léger sifflement du vent.

Mais outre le bruit du vent, ce fut l’odeur de son souffle qui m’interpella. Lourd, âcre, purulent, chargé de miasmes de décomposition reconnaissable entre mille. Il y avait une charogne pas loin d’ici. Je restais aux aguets, surveillant d'autant plus le moindre râle qui m’indiquerait la présence ou non d’une de ces créatures anthropophages à proximité, sans que ce son à vous glacer le sang ne se fasse jamais entendre. Intriguée, je reprenais ma progression, traversant le corridor pour rejoindre le pan de mur qui jouxtait l'une des baies vitrées fracassée, jusqu’à parvenir au montant du chambranle où je m’arrêtais enfin, retenant mon souffle alors que l’odeur devenait lourdement insupportable. Je me risquais à glisser un coup d’oeil en profitant du couvert pour y découvrir une scène d’une horrifiante banalité. Des cadavres d’infectés, une bonne dizaine, aux crânes explosés, leurs cervelles répandues en traînées noirâtres, brouillées d’éclats d’os ; leurs fluides organiques s'étant répandu sur le carrelage originellement gris/blanc du salon, imbibant un grand tapis microfibre. Certains avaient vu leurs membres arrachés, un bras sectionné, une jambe tranchée au niveau du genou. Plusieurs impacts de balles se laissant même deviner sur leurs torses, ou ayant arraché quelques jugulaires dans leur course. Éparpillés en de nombreux recoins du salon, je profitais de ma proximité et de la luminosité grandissante alors que le ciel se dégageait peu à peu de ses nuages, pour inspecter le plus calmement et efficacement possible les lieux. Meubles renversés, table basse brisée et écrasée, téléviseur à écran plat traînant au sol, la dalle fissurée, des lampes d'appoint sur pieds basculées en travers du sol, un large canapé d'angle en cuir beige tâché de giclées de sang. Et des infectés trépassés. Tous inertes. Tous morts. Définitivement morts. Mais depuis peu...

Et pourtant... Au-delà de ce carnage morbide et silencieux, le bruit continuait de résonner. Régulier et oppressant. Un bruit qui clamait sa nature humaine. Un bruit qui me fit me reculer pour éviter d’avoir à supporter ce spectacle de barbarie plus longtemps pour regagner ma position première contre la colonne, cherchant Samuel du regard avant de chercher à attirer son attention silencieusement, ma main gauche quittant mon arme pour ensuite venir au niveau de mon cou, signant un geste horizontal plus qu’explicite de gorge tranchée. Nous n’étions pas les seuls êtres vivants ici.

Samuel Freeman

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Mer 21 Oct - 21:11
Visiblement, la jeune femme n'avait pas désiré entrer dans un nouvel échange et quel que soit le sentiment de Samuel à ce propos, il n'en montra absolument rien, suivant le mouvement de la new-yorkaise et acquiesçant à sa réplique. Ainsi, ils cheminèrent jusqu'à un grillage qui paraissait encore dans un état valable à l'exception d'une bonne brèche dans laquelle sa coéquipière se faufila pendant qu'il faisait le guet, autant en avant vers la maison que sur leurs arrières.

Là, il attendit expressément qu'elle ne se stoppe dans les herbes hautes pour se glisser, difficilement, dans l'ouverture. La raison ? Il portait un gilet pare-balle qui gonflait artificiellement sa corpulence, un gilet qui n'aurait pas du tout aimé d'être confrontées au tranchant du fil de fer tressé. Ainsi, pour limiter au maximum le contact, il s'aida de son fusil d'assaut pour protéger un de ses côtés sur lequel il appuya son poids afin de déformer et agrandir temporairement l'ouverture... Une chose était certaine, il vaudrait mieux connaitre une issue facile d'accès si des ennuis se profilaient.

A peine avait-il réussi à entrer dans la propriété que la châtaine s'était lancée vers la maison après une brève pause à l'ombre d'un vaste arbre embellissant le jardin. Pour sa part, Samuel avait mis son genoux gauche à terre et l'observait avancer tout en ayant une vue plus globale des lieux ainsi que la possibilité de jeter un coup d’œil en arrière.

Ce n'est qu'en la voyant s'enfoncer un peu plus dans le jardin qu'il se releva pour la suivre, mais cela, pas avant que son attention ne soit attirée par quelque chose d'étrange dans les hautes herbes, un quelque chose qu'il eut tôt fait de récupérer en repoussant quelques touffes d'herbes. Il termina avec un mégot de cigarette dans la paume de la main, rien de fascinant de prime abord, mais plus en sentant de l'humidité d'un côté et en voyant le bout de filtre bien cramé de l'autre. Un vivant bien stressé avait jeté ça il y a peu.

Inquiété de cette idée, il abandonna le mégot sur place et se lança à la poursuite de Jena d'une bien étrange manière, trottinant doucement non pas de plein pied au risque de faire un boucan du diable, même dans l'herbe, mais en s'appuyant uniquement sur la plante de ses pieds, en gardant donc les talons hauts, comme si il s'était retrouvé à porter des talons hauts à la place de ses chaussures d'ouvriers.

Cependant, n'ayant eu ni l'occasion ni l'envie de travailler la plus élémentaire des souplesse, il n'eut pas le temps de rejoindre la jeune femme qu'il la vit se plaquer contre une colonne, raide, attentive, ce qui le poussa, de son côté, à se cacher derrière l'une d'elles, en retrait, avant de daigner regarder la veuve par dessus son épaule. Pour récompenser sa prudence, une brève bourrasque lui amena une odeur plus pestilentielle encore que celle de la grange, effluves qui ne manquèrent pas de le crisper malgré le fait qu'il ait évidemment finit par s'habituer à l'odeur de la mort. Malgré l'évidente réticence à se rapprocher de l'origine supposée du charnier produisant un tel parfum, il suivit Jena d'un pas vif, quittant un couvert pour en retrouver un autre, derrière l'une des dernières colonnes du corridor, proche de l’éclaireuse sans la coller.

Alors que cette dernière assistait à la scène à l'intérieur, ce fut au tour de Samuel d'enfin prêter attention au son régulier qui peinait à résonner jusqu'à eux, ce qui ne manqua pas de l'intriguer lui aussi. Ainsi, puisque leurs arrières étaient à priori sûrs, il se concentra sur ce bruit afin d'essayer d'en déterminer la direction générale, hormis "la maison".

Hélas, malgré toute sa bonne volonté, le son demeurait trop étouffé, et donc encore trop lointain pour être bien discernable parmi le piaillement des rares oiseaux aux alentours et les bourrasques brèves mais régulières qui lui procuraient sans arrêt des frissons sans pour autant avoir l'air de le gêner.

Lorsque la new-yorkaise revint finalement à la colonne parallèle à la sienne, elle n'eut aucun mal à attirer son regard et lui délivrer clairement son signe. A ce dernier, Samuel acquiesça avant de lâcher une main de son fusil pour pointer la direction dont il venait à l'aide de son pouce, suivi d'un signe on ne peut plus clair désignant le verbe "fumer", l'index et le pouce joint tapotant ses lèvres à plusieurs reprises.

Aucun doute, ils marchaient dans les traces de quelqu'un d'autre, restait à savoir qui... Et si cela était lié à cet étrange bruit qui leur parvenait avec régularité. A ce sujet d'ailleurs, le canadien ne put s'empêcher de toucher le lobe de son oreille gauche puis pointer l'intérieur de la maison du doigt avant de reprendre son fusil en main et quitter tout en douceur sa pseudo-cachette pour avancer, canon levé, démarche précautionneuse, droit vers l'intérieur, espérant que lui-même ou sa coéquipière puisse localiser précisément l'origine de cet indice et lever le voile sur ce mystère pourtant assez banal de nos jours.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 22 Oct - 20:03
Au signe de Samuel, et lorsqu’il s’engouffra dans le salon, j’acquiesçai d’un bref hochement de tête résolu et parfaitement silencieux avant de l’imiter, pénétrant à mon tour dans le salon, le canon pointé droit devant moi en train de balayer la pièce du regard. Rapidement, j’avais senti une furieuse fébrilité me gagner alors que chacun de mes pas m’emmenait un peu plus loin vers l’inconnu et le danger. Mon souffle quittant mes narines s’était franchement intensifié, ou plus exactement, il me paraissait devenu affreusement bruyant, plus vrombissant qu’un moteur diesel en train de tousser avant de démarrer. Je déglutis lentement, ma main gauche quittant rapidement son soutien à ma main droite sous la crosse de l’arme pour enlever mes lunettes de soleil de sur mon nez et les glisser au col de ma veste, clarifiant ainsi ma vision dans cette antichambre de l’enfer. De la pointe de ma godasse, j’écartais très lentement le bras tranché et rabougri, à la peau durcie et racornie d’un infecté, poussant le membre sur le côté alors que je pouvais sentir le sol devenir bien plus collant sous ma semelle.

Le bruit régulier sembla redoubler d’intensité le temps de quelques secondes, accompagné d’un cri d’effroi fortement étouffé, comme si j’avais moi-même hurlé dans un oreiller. Mais le cri était humain, de toute évidence, comme en témoignait la chair de poule qui venait de se dresser sous les manches de ma veste, m’arrachant même un frisson glacial qui me parcourut l’échine. Je pris une lente inspiration, jetant un regard glissé vers Samuel afin de me rassurer de sa présence - et de la présence de sa Kalachnikov - avant de me concentrer plus attentivement sur la source du bruit. Le salon, large d’une bonne dizaine de mètres, offrait à notre vision son absence de vie et de mouvement, si ce n’était celui de la végétation extérieure, visible au-travers d’autre baies vitrées qui donnaient sur une petite cour intérieure, semblable à un cloître ouvert vers l’est. Une fontaine depuis bien longtemps asséchée trônait au centre de cette cour, ainsi que la carcasse calcinée d’un véhicule massif, type SUV, reposant de ses jantes noircies dans le gravier souillé.

Je parvins au centre du salon, mes pieds s’enfonçant dans l’épais tapis au revêtement molletonné, dont les fluides pas encore tout à fait secs suintèrent sous mes semelles dans un bruit de succion visqueux. Les bruits, sourds et toujours aussi réguliers, désormais ponctués de ce que j’identifiais comme des gémissements et des suppliques, attirèrent mon attention sur la droite, offrant à mes prunelles le paysage d’une cuisine semi-ouverte, démarquée du salon par la présence d’un bar sur lequel quatre convives pouvaient partager un repas. Un réfrigérateur américain, niché entre deux éléments de cuisine dont la surface me rappelait un marbre rose - très certainement une imitation - avait vu ses deux portes ouvertes, le bac à légumes visiblement jeté à même le sol au cours d’une fouille peu précautionneuse encore empli de fruits et légumes dans un état de décomposition avancé, baignant dans leur propre jus marronâtre, alors que les différents niveaux de clayettes, outre les insectes grouillant, laissaient s’épancher une couche duveteuse, noire, bleue ou grise, de moisissures.

Je grimaçais de dégoût devant ce spectacle, puis en détournai le regard pour me focaliser mon attention sur les différents placards, ouverts pour la plupart d’entre eux, leur contenu inintéressant là encore jeté à même le sol. De la vaisselle brisée, des casseroles ou des poêles, des plats en Pyrex explosés en myriades de morceaux plus ou moins étincelants sous les rares rayons du soleil. Une véritable scène de ménage, les traînées de sang en plus.

Et plus je m’approchais, toujours aux aguets, indiquant même à Samuel ma destination d’un geste muet du menton, et plus le bruit se voulait présent et oppressant. Quoi qu’il se passe et qu’importe ce dont il pouvait bien s’agir, je me savais m’en approcher, avec une certitude presque trop confiante. Bien rapidement, je ne tardai pas à découvrir une porte, bien plus discrète, entre deux meubles-colonnes, ouverte sur un néant de pénombre. Un néant d’où seul un son entêtant et répétitif s’échappait à défaut d’une quelconque lumière. Ralentissant mon allure à l’approche de l’ouverture d’une noirceur béante, je me collais le plus possible contre le meuble le plus proche, mon arme abaissée, canon pointant vers le sol, entre mes cuisses alors que je me risquais à jeter un rapide coup d’oeil dans l’ouverture.

Tout ce que je pus distinguer se trouva être un carré se découpant dans le sol, de très faible luminosité, laissant deviner les contours d’un escalier descendant en pente raide vers ce qui semblait être une cave ou un soubassement. Ramenant ma tête hors de l’ouverture, plaquant l’arrière du crâne contre le meuble, je me mis à chercher Samuel du regard, et lorsqu’enfin je trouvais l’homme, je lui indiquais, en pointant mon index gauche vers le sol, la présence d’une cave, avant de… Merde… Je me retrouvais incapable de me souvenir des quelques gestes que nous avait montré le Sergent pour signifier une demande de couverture… Je fronçai les sourcils dans une mine concentrée, tâchant de rassembler mes souvenirs jusqu’à finalement recevoir l’illumination. Lentement, je plaçai ma main gauche au-dessus à quelques centimètres au-dessus de mon crâne puis effectuai des mouvements de va-et-vient d’avant en arrière ; en espérant que Samuel saurait comprendre le geste. Sinon, je comptais sur sa bonne intelligence et son esprit de déduction pour en tirer les bonnes conclusions lorsque je disparaîtrais de sa vue en m’engouffrant dans le cellier, puis la cave.

Après quoi, je redressais mon arme, l’empoignant de mes deux mains à nouveau, le canon pointé vers le plafond, la culasse à hauteur de mon épaule gauche, puis quittais lentement mon couvert. effectuant un pivot sur mon pied gauche, je me retrouvais face à l’ouverture de la porte, alignant la descente d’escalier dans les organes de visée de mon Five-seveN, avant d’avancer lentement vers celle-ci. En deux pas, je venais de couvrir la maigre distance qui me séparait de l’ouverture. Je pouvais désormais très nettement percevoir le bruit, répété et crissant, les gémissements étouffés, un râle légèrement rauque ponctué de quelques rires gras et de propos demeurant inintelligibles. Mes sourcils se froncèrent dans une moue de réflexion et d’appréhension alors que mon pied droit s’avançait vers le premier palier de l’escalier. Cependant, mon geste fut interrompu lorsque je sentis la pointe de ma Rangers frapper dans un obstacle de petite taille, visiblement posé juste à l’entrée de la trappe, qui dévala suite à l’impulsion que je lui avais donné les marches dans quelques claquements de métal frappant contre le bois. Et alors que je me figeai, les mains tremblantes et sentant mon cœur s’emballer, une voix grave et inquiète s’éleva très distinctement de la cave.

“Putain ! C’était quoi ça !? Qui est là !!?” s’exclama la voix, masculine sans aucun doute, à la fois empreinte de colère et de peur.

N’écoutant que mon courage - et surtout ma stupidité - je m’engouffrai par la trappe et dévalai l’escalier, là où mon bon sens aurait dû me hurler de faire demi-tour et foutre le camp d’ici. Mais malheureusement pour moi, mon bon sens s’était vu occulté depuis de nombreux jours maintenant par un désir de vengeance par le sang dont la détermination n’avait d’égale que l’intensité.

J’en étais à la moitié de la descente des escaliers lorsque les premiers coups de feu résonnèrent dans la cave, éclatant le bois des marches non loin de mes mollets et m’explosant surtout les tympans. Ce type venait d’ouvrir le feu sur moi sans aucun état d’âme, et je sentis une bouffée d’adrénaline gonfler mes veines alors que, pressée par l’urgence et la précarité de la situation, je sautais au bas des marches, visualisant devant moi un large pilier rectangulaire de soutènement en béton vibré, comme cette cave visiblement non-aménagée s’en trouvait garnie, faiblement éclairée par quelques soupiraux savamment disposés et laissant filtrer la lumière du jour ; puis me vautrais contre le sol dur et poussiéreux, avant de me ramasser sur moi-même et ramper jusqu’à ce couvert de fortune. Dans un réflexe de survie alors que je me trouvais ventre à terre, je lâchais trois ogives dans des directions totalement aléatoires, amplifiant ainsi les acouphènes qui sifflaient à mes oreilles avant de réussir à m’abriter, cul au sol et dos contre le pilier, serrant mon arme contre moi comme un crucifix sensé me protéger du Diable personnifié.

Par-delà les sifflements de mes tympans agressés, je pouvais percevoir quelques éclats de voix cédant à une panique probablement aussi profonde et justifiée que la mienne. De nouveaux coups de feu éclatèrent sur ma gauche, l’un d’eux venant impacter et arracher un fragment de béton à mon couvert qui se désagrégea en volutes de fine poussière grise. Par réflexe, j’enfonçais ma tête dans mes épaules, lâchant un cri de stupeur alors qu’une ogive siffla à mes oreilles, puis j’envoyais ma main droite et mon arme à découvert, tirant à mon tour au jugé quelques-unes de mes précieuses munitions, le recul de chaque tir me démontant le poignet à chaque pression de mon index. Malgré tout, je serrais les dents et tâchais d’ignorer cette douleur. Ma vie en dépendait.

Mes jambes repliées contre ma poitrine, je tâchais de me relever laborieusement, mon sac à dos vide s’écrasant et frottant contre le béton, évitant de m’exposer alors que je sentais ma vessie sur le point d’exploser et libérer son contenu sous la trouille qui venait de me gagner. Cependant, le calme s’installa, probablement provisoirement, dans la cave. Des mouvements de tissu, des bruits de pas, l’éclat du verre qui se brise en heurtant le sol ; et par dessus tout, des gémissements, des sanglots, des cris étouffés, féminins eux. Mais qu’est-ce qui se passait ici bordel ? Je prenais une profonde inspiration, jetant un regard en coin vers le côté gauche de la colonne en béton qui me servait de couvert.

“Et si tu sortais de ta cachette, connard !?” m’ordonna la voix de mon agresseur que j’avais entendu, criant plus que nécessaire pour se faire entendre, prouvant que ses tympans à lui aussi avaient morflé à tirer dans un lieu aussi clos.

Mais plutôt que de rétorquer, je me contentais de serrer les dents en levant très brièvement les yeux vers le ciel, prenant une longue inspiration qui me permit d’identifier, au-delà de l’odeur de la poudre, celle du tabac et de la sueur. L’homme semblait s’agiter dans mon dos, et je fronçais les sourcils en tendant l’oreille, essayant de discerner quoi que ce soit au-delà de mes acouphènes, sans succès. Ce n’est que lorsque j’entraperçus du coin de l’oeil une massive main gantée surgir sur ma gauche et se refermer sur ma gorge, m’écrasant la trachée, que je sus qu’il était trop tard. Mon agresseur venait de me surprendre, ayant usé du pilier pour lancer une attaque surprise.

Mon arme m’échappa des mains au moment où je ramenais celles-ci vers ma gorge et le poignet de l’homme qui la tenait en otage. Rien qu’au diamètre de son poignet et son avant-bras, nul doute que le mec devait être d’une corpulence massive. Une hypothèse qui se confirma bien rapidement lorsque celui-ci fit son apparition dans mon champ de vision et se plaça face à moi, dévoilant son imposante stature. Me dépassant aisément d’une bonne tête, et je n’étais pourtant pas une naine, devant bien faire plus de cent kilos, ce mec était une véritable caisse. Sa deuxième main vint se placer sur sa première, enserrant ma gorge avec violence alors que son visage fourni d’une barbe épaisse et drue était tordu d’un rictus haineux, le souffle fort alors que je sentis mes pieds quitter le sol tandis qu’il me plaquer contre le pilier, écrasant mon cou. Je pouvais sentir mon sang battre à mes tempes, ma bouche happant l’air qui me faisait défaut alors que la douleur sur ma trachée se faisait de plus en plus oppressante. Je battis légèrement des pieds, puis des jambes, mes deux mains bien frêles en comparaison serrées autour de ses poignets, mes ongles crispant le tissu rêche des manches de son épaisse veste en coton grise. Quelques chandelles commençaient à danser devant mon regard, alors que dans des efforts désespérés et mus par un instinct de survie de plus en plus prédominant, j’envoyais mes rangers frapper ses jambes, sans succès.

C’est alors qu’il me relâcha et que je retombais lourdement, les jambes flageollantes et le cul dans la poussière, portant ma main à ma gorge en reprenant mon souffle dans un râle rauque, ma tête soudainement prise d’un vertige au moment où l’air s’engouffrait de nouveau dans mes poumons. Rapidement, je levais la tête et le regard vers l’homme qui me dominait maintenant très largement, juste pour l’apercevoir lever son massif poing gauche et l’abattre vers moi. J’eus à peine le temps, dans un réflexe, de ramener mes avant-bras en protection de mon visage, ceux-ci encaissant le plus gros de la puissance du coup, une violente douleur se répandant le long de mes os et m’arrachant un cri alors que je basculais sur mon flanc gauche, le sommet de mon crâne heurtant le sol et ma casquette se détachant de ma tête, laissant mes cheveux venir recouvrir mon visage par mèches et voiler mon regard.

Par ailleurs, je pus ressentir le métal de mon arme s’enfoncer dans mes côtes, et je rebasculais sur le dos pour le dégager, cherchant à m’en emparer de ma main droite alors que l’homme affichait désormais un sourire aussi malfaisant que satisfait à mon égard, ses yeux sombres pétillant de lueurs lubriques alors que ses dents dévoilées entre ses lèvres offrait un contraste saisissant avec son visage bien plus hâlé, crasseux, aux traits creusés de fatigue, et d’une certaine folie narcissique et assurée.

“C’est une très, très bonne semaine,” souffla-t-il de sa voix grave, visiblement réjoui, au moment où ma main droite se refermait sur la crosse de mon arme. J’envoyais ensuite mon bras décrire un arc de cercle pour pointer le canon du FN sur le type, mais celui-ci interrompit mon geste d’un violent coup de botte dont la pointe vint frapper le dos de ma main, arrachant à mon arme un coup de feu involontaire dont l’ogive alla s’écraser non loin du sommet de l’escalier, ricochant sur le béton vibré de la dalle au-dessus de nos têtes ; avant que le flingue ne m’échappe et n’aille finir sa course à quelques mètres de moi. Dans un grognement rauque, le bandit se pencha sur moi, sa main droite venant me saisir par le col de ma veste alors que son poing gauche se levait de nouveau. A nouveau, je tentai de parer, ou du moins amortir le choc de mes avant-bras dressés, sans succès cette fois-ci. Ses phalanges me percutèrent le côté du visage avec une violence inouïe qui me sonna littéralement sur place, le choc à peine amorti par la maigre épaisseur de cuir qui recouvrait ses mains gantées. Je sentis le goût envahir ma bouche alors que ma joue droite irradiait de douleur, m’arrachant un gémissement atroce au moment où il relâchait son emprise et que je m’affalais en pantomime sur le sol.

Roulant sur le côté, me retrouvant à plat ventre, je me recroquevillais sur moi-même puis ramenais mes genoux vers ma poitrine, me redressant sur mes coudes en crachant du sang et toussant, cherchant à reprendre mes esprits.

“J’aime bien un peu de résistance,” se moqua mon agresseur d’un ton satisfait, frappant son poing gauche contre la paume de sa main droite, avant d’envoyer son pied droit dans mon abdomen, côté gauche, me couchant littéralement sur le côté droit et me coupant le souffle, alors qu’un nouveau cri de douleur s’échappait de mes lèvres suite à la contraction de mon diaphragme sous le choc, ma vue se brouillant de larmes de douleur et m’offrant la vue floutée de l’immense silhouette de l’homme penché au-dessus de moi, son crâne à la chevelure hirsute et bouclée se découpant à contre-jour dans le carré de la trappe située derrière lui. J’aurais espéré mieux comme dernière vision…
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