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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CFJ, A, 2] Les survivants, les geignards et le chien - 7/02/35
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Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Ven 23 Oct - 14:17
En avançant on ne peut plus prudemment, Samuel entra dans le salon, constatant alors de l'éparpillement de nombreux cadavres ou au moins de leurs morceaux. D'un simple coup d’œil, que ce soit les blessures tranchantes, contondantes ou par balle, ils étaient loin d'avoir affaire à des pros, pas plus pro que lui en tout cas. A peine rassuré par ce constant, il continua d'avance à pas de loups en gardant Jena à l’œil.

Un cri leur parvint alors, comme en réponse à leur rapproche, mais Samuel n'eut d'autres réactions que de contracter ses mâchoires en croisant le regard de la châtaine qui avait été secouée d'un sacré frisson. Malgré cela, ils poursuivirent dans le calme et la discipline, traversant les lieux du charnier pour aboutir dans une cuisine qui avait probablement put être encore ordonnée il y a moins d'une heure. De son oeil vif, il examina la scène, stoïque, et tenta vainement de dénombrer les vivants jusqu'à ce quelque chose d’intéressant n'attire son attention.

En pressant la pulpe du tapis sous ses chaussures, la new-yorkaise ne s'était peut-être pas aperçue des traces bien nettes qu'elle laissait derrière. Mais le plus intéressant, c'est que le ou les précédents visiteurs, encore présent si l'on pouvait en croire les bruits inquiétants qui se faisaient maintenant assez proches, avaient également laissés de jolies traces de semelles que Samuel n'eut pas grand mal à examiner une fois la vaisselle et les déchets ambiants écartés.

Malheureusement pour lui, si son cerveau et son sens de l'attention s'était bien redéveloppés, il n'avait jamais eu réellement l'instinct du pisteur. Ainsi, suivant les traces et leur taille, il ne put en déduire qu'il n'y avait pas plus de trois personnes maximum ici... Si elles avaient toutes trois une grandes pointures et des chaussures assez semblables, ce qui n'aurait pas été si surprenant.

Durant son examen, la jeune femme n'eut pas grande difficulté à attirer son attention avant de lui indiquer la direction qu'elle prenait. A cela, Samuel acquiesça avant de s'attarder, rien que quelques secondes, sur ces traces qui ne lui apprendrais rien de nouveau. Puis, en rejoignant la jeune femme, cette dernière lui fit un signe, puis un autre, hésitante.  A ces signes, Samuel répondit avec simplicité, faisant un cercle avec son index et son pouce tout en gardant les autres doigts bien droits... Avec qui se trouvait-il réellement en train de fouiller cette maison si elle connaissait des signes tactiques ?

Évidemment, en plus de faire comprendre à sa coéquipière qu'il avait bien compris le message, il s’exécuta, venant se placer, toujours très doucement, de l'autre côté de la trappe, de sorte de pouvoir observer l'escalier et offrir son appui feu si quelque chose essayait de surprendre le duo pendant leur descente aux enfers. Mais ce n'est que lorsque Jena s'y engouffra, heurtant presque immédiatement ce qui devait être un piège aussi élémentaire qu'inutile dans une impasse facile à assiéger, que le canadien sentit une nouvelle décharge d'adrénaline le prendre et le laissant là, hébété, juste une seconde, juste assez pour louper Jena en tentant de l'attraper pour la tirer en arrière... Trop tard, elle était partie...

Impuissant, le jeune homme l'observa descendre l'escalier et se faire accueillir par d'imprécis coups de feux. Encore une chance que la personne ici soit une demeurée puisque à sa place, il l'aurait bien bouclée et attendu la bonne occasion pour glisser une balle dans la nuque de l'intrus. Malgré cela, la chance restait contre eux, bousillant leur effet de surprise et toute possibilité de discussion sans braquage à la mexicaine.

Sous son regard, Jena dévala l'escalier et se cacha, échangeant quelques coups de feux avec les assiégés. Si eux devaient être totalement sonnés par les détonations, Samuel, lui, conserva une bien meilleure audition malgré un choc certain sur les tympans. Sous la panique, seulement deux personnes se faisaient entendre, une femme et un homme. D'autres restaient-ils muets, aussi calmes que le duo de survivants ? Impossible de savoir, mais en additionnant ces données à la cigarette abandonnée et les traces de pas, un profil commençait à se dessiner, même si ce n'était là qu'une piètre ébauche de ce qu'il était capable de discerner en temps normal.

Tout s'enchaina un peu vite avec la provocation du seul bandit avéré puis sa prise sur la châtaine qui dégénéra rapidement en un sanglant. De crainte d'être immédiatement repéré et de voir sa compagne d'excursion se faire bêtement prendre en otage pour lui faire lâcher ses armes, il quitta sa position de couverture, observant avec stress les alentours avec l'espoir de ne pas y voir survenir un danger supplémentaire qui le contraindrait à faire connaitre sa présence, ou pire, fuir.

Mais non, il n'y avait rien, pas même un petit quelque chose pour faire briller le fait qu'il ne se soit pas enfui, il ne restait que les bruits sourds des coups échangés. Ce pourquoi il se remis en position, lentement, prêt à faire feu une fois s'être assuré d'être en coup-par-coup et non en automatique.

Seulement quelques secondes plus tard et malgré un coup de feu qui heurta une zone proche de l'ouverture et donc de lui-même, l'occasion se présenta enfin, Jena au sol, lui bien debout, jubilant de sa toute puissance, ainsi, arme déjà épaulée, Samuel visa et pressa la queue de détente. Sans délai, le cri du fusil transperça la maisonnée, amplement plus puissant que celles des petites armes de poings, et envoya une balle transpercer la partie supérieure de l'omoplate gauche de la masse de muscle alors que l’œil droit de Samuel descendait sur le côté de son fusil... La douille avait été éjectée d'une bien étrange manière, loupant son visage de peu, et la raison en était celle-ci : La culasse s'était coincée en pleine course.

Enrayée...

Cependant, même avec ça, Samuel se sentait loin d'être démonté et conserva sa position de tir pour le moins inconfortable pour arriver à braquer le balaise qui s'était bien mangé le pruneau mais qui ne serait probablement pas K.O. pour si peu. C'est là qu'il éleva la voix, impérieuse, ferme, froide :


"Moi je n'aime pas la résistance, à plat ventre, mains sur la tête ! Tous ! Sans quoi, il me reste un chargeur moins une balle pour être créatif sur votre anatomie !"

Brusquement, sa voix muta alors qu'il continuait d'essayer d'intimider et faire rendre les armes à son ou ses adversaires. Pour eux, cela ne ressemblait qu'à une cassure dans sa posture d'intimidation, pour Jena, en revanche, c'était bien plus inquiétant... Car cela sonnait bien trop comme le ton qu'il avait adopté pour leur premier échange, au camp. Un peu éteint, évasif, la voix mal assurée :

"Et... Croyez moi, j'en ai fait brailler et supplier de plus coriaces que vous avant même l'apocalypse. Vous êtes dans la merde, par ce que l'ami Freeman a beaucoup de dragées à distribuer et beaucoup d'amis pour tenir les gosses qui n'aiment pas les friandises au plomb."

A juger après coup, le choix des mots demeurait également malhabiles. Pour sur, avoir préservé le même ton aurait put faire passer ce genre de métaphores presque puériles, mais pour ce coup-ci, c'était foutu... Et Samuel ne s'en était pas encore aperçu, miné qu'il était par ce qu'il l'avait fait totalement changer d'attitude... Peut-être par ce que son joujou était enrayé, peut-être par ce que tenter de protéger Jena pouvait réveiller d'autres souvenirs du même style.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Ven 23 Oct - 22:55
Lorsque la détonation de l’arme de Samuel déchira l’espace confiné, je crus tout d’abord que le tir provenait de mon agresseur qui, après s’être suffisamment amusé de moi, avait décide de m’achever. Mon corps tout entier eut un sursaut consécutif à la détonation, mes yeux se fermant et ma main gauche se ramenant vers mon visage dans un geste de protection bien futile. Cependant, ce fut un cri douloureux qui résonna contre le plafond, accompagné d’un violent juron. Rouvrant mes paupières, je vis le bandit trébucher légèrement en avant, son épaule droite venant se plaquer contre le pilier en béton, son bras droit replié vers sa blessure alors que la voix de Samuel se faisait entendre, assez difficilement par-delà mes acouphènes.

Je ne pus cependant contenir un rictus satisfait d’observer le visage de l’homme grimacer de douleur, ses yeux sombres luisant d’une colère encore plus enragée que quelques instants auparavant, tournant son visage vers la petite ouverture dans le plancher qui le dominait, et l’homme en train de le braquer par celle-ci. D’un mouvement de la tête, il toisa mon compagnon du regard, puis eut une grimace haineuse.

“C’est ça ! Cache-toi derrière ton arme p'tite fiotte !” cracha-t-il sur un ton empli de mépris et de colère à l’attention de mon compagnon de route, avant de relever très légèrement ses mains à hauteur de ses épaules, dressant sa main gauche autant que son omoplate explosé le lui permettait, sans pour autant ni se mettre à terre, ni les placer derrière sa tête, comme s’il voulait défier Samuel.

“T’auras pas les couilles !” se risqua-t-il même à prononcer dans une mimique rendant sa posture plus défiante encore.

Pour ma part, j’avais profité de l’intervention du chef de camp pour me retourner de nouveau à plat ventre, tentant de me relever encore plus difficilement, encore bien sonnée et le souffle toujours aussi fuyant. La tête affaissée entre mes bras, mes cheveux traînant dans la poussière du sol de part et d’autre de mon visage, je fus prise d’une quinte de toux qui brûla ma gorge douloureuse, accompagnée du sang qui avait envahi ma bouche. Je crachais ensuite à deux reprises, les yeux encore mouillés de larmes avant de lentement redresser la tête, pouvant enfin voir plus clairement le sous-sol et ce qui le composait. Déjà, j’apercevais mon flingue à quelques mètres de moi, et rampais jusqu’à lui tant bien que mal pour m’en saisir à nouveau, ressentant un soulagement certain à sentir le métal de sa crosse se loger de nouveau dans la paume de ma main droite Mais d’autres sons, outre ma respiration laborieuse, me parvinrent de nouveau Des gémissements, des pleurs étouffés provenant d’un recoin encore dissimulé à ma vue, par les piliers de soutènement.

Intriguée, je me relevais avec difficulté, repliant mon bras gauche  contre mon ventre douloureux, mon arme pendant au bout de ma main droite alors que je reprenais mon souffle petit-à-petit, puis finis par pivoter sur moi-même pour renouer le contact visuel avec mon agresseur, toujours figé. Je fis quelques pas, traînants, dans sa direction, avant de l’interpeller sèchement, ne me trouvant plus qu’à quelques enjambées de lui.

“Hey !” Je vis son visage se tourner dans ma direction, offrant alors à son regard toute la colère revancharde et la détermination qui crispaient mes traits dans une moue implacable. Je sentis mon rythme cardiaque s’affoler très légèrement alors que je plissais les paupières en soutenant son regard de mes prunelles azurées emplies d’une lueur vraiment mauvaise. Lentement, j’avais redressé le canon de mon arme dans sa direction, le bras droit légèrement replié,

“Mon ami t’a ordonné de te coucher,” lui rappelai-je d’une voix rendue tremblante par la rage qui me consumait, avant de presser la détente à deux reprises, chaque détonation faisant battre mes paupières et m’explosant de nouveau les tympans.

Je vis le genou gauche de l’homme se déchirer dans une gerbe de sang sous la première ogive, tandis que le second projectile trouva quant à lui le chemin de sa cuisse, le tout accompagné d’un nouveau hurlement de douleur jaillissant de la gorge du bandit qui tombait au sol, portant ses mains à son genou blessé.

“Aaaarrh ! Salope ! J’vais t’crever !!” hurla-t-il en s’agitant au sol, soulevant d’épais volutes de poussières, son visage défiguré par la douleur. Je pouvais même discerner les sillons plus clairs que ses larmes de souffrance avaient dessinés aux coins de ses yeux, alors que le sang coulant de son genou et surtout de sa cuisse s’épanchait dans une flaque rendue rouge sombre par le manque de luminosité.

Et malgré son apparente agonie, ses cris déchirants et les multiples insultes et autres promesses de mort qu’il nous adressait, je restais statique, mon arme de nouveau plaquée contre ma cuisse droite, ne pouvant détacher mon regard de son supplice, de ses blessures. Mon cœur battait la chamade contre ma poitrine, ma respiration s’était voulue plus irrégulière et agitée, mon esprit avait du mal à admettre l’idée que je venais de tirer sur un homme, un autre être humain, plus par vengeance que pour défendre ma vie ; une violence gratuite en somme alors que Samuel le tenait en respect malgré sa farouche évidente. Je me sentais trembler comme une feuille alors que je réalisais peu-à-peu ce que je venais de faire, l’acte que je venais de commettre et pour lequel - plus effrayant encore - je ne ressentais aucun remord, mais un profond soulagement, pour ne pas dire une certaine satisfaction d’avoir pu étancher ma soif de vengeance, satisfait à mon désir de faire mal à ce type, pour le mal qu’il m’avait fait, et celui qu’il aurait pu encore me faire si Samuel avait choisi de fuir plutôt que de me venir en aide.

Je portais ma main gauche à ma mâchoire douloureuse, essuyant ensuite mes lèvres ensanglantée d’un revers de manche, puis m’accroupissais non sans lâcher une nouvelle complainte douloureuse pour récupérer ma casquette retournée sur le sol, secouant celle-ci pour en ôter la poussière avant de la revisser sur mon crâne, glissant de nouveau mes cheveux derrière mes oreilles. Après quoi, je levais à nouveau mon arme, pointant le canon de celle-ci droit sur le visage du bandit, lequel me lança un regard ébahi et légèrement horrifié, ramenant sa main gauche devant son visage.

“Non ! Non !” cria-t-il douloureusement, alors que je levais mon regard vers la trappe, cherchant à nouer un contact visuel avec Samuel qui, s’il le croisait, pourrait y lire toute la haine qui m’animait.

“Tu le veux mort ou vif, patron ?” lui demandai-je ensuite d’un ton neutre, d’une voix plus forte que je ne l’aurais pensé, faute aux acouphènes.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Sam 24 Oct - 15:00
Pas de chance pour Samuel, la masse n'était pas tellement dupe, sa seule chance était de ramener l'ex-manager à son niveau pour le dominer. Malheureusement pour lui, l'homme au fusil d'assaut avait beau être très narcissique, il tirait l'amour de sa personne de son propre reflet et non celui qu'il renvoyait aux autres.

D'un autre côté, la chance était avec lui et avait piqué au vif ce pillard, lui-même bien trop orgueilleux pour s'apercevoir qu'il n'avait pas été capable de totalement étaler Jena. Samuel, lui, l'avait vu, et il ne comptait pas donner l'opportunité à cet inconnu de détourner sa rage de lui ne fusse qu'une seconde.

En affichant un léger sourire, il abaissa son arme de quelques centimètres avant d'élever la voix :


"C'est pas grave, une fois que tu supplieras pour que je te laisse en vie, je te prendrais les tiennes, elles ne te serviront plus et je les aurait gagnées à la loyale, cervelle contre muscle, pourquoi David allait lâcher sa fronde alors qu'à l'évidence, Goliath y était vulnérable ?"

L'arme baissée, sa main droite était doucement venue tirer la culasse. Cette dernière résista, et même pas mal en fait, prouvant ce qu'il savait déjà, entre ses mains ne se trouvait qu'une vulgaire contrefaçon dont les composants n'avait pas la fiabilité qui avait fait la réputation légendaire de cette arme. Mais finalement, sans quitter sa cible des yeux ni cesser de l'abreuver de provocation gratuite, il entendit ce délicieux son, celui de la balle quittant le magasin pour s'engager dans le canon, un véritable appel à l'amour pour n'importe quel amoureux des armes à feux.

"D'ailleurs, ça ne t'avais pas dérangé l'instant d'avant. C'est l'essence même des petites queues que de demander au fort de se mettre à armes égales. C'est bien simple, si j'avais été plus costaud que toi, tu m'aurais ordonné de n'utiliser que... Ho, peu importe..."

Avec un sourire très large, il vit Jena se rapprocher du crétin, l'arme à la main. De ce fait, lorsque cette dernière l'interpella, il releva son fusil, prêt à faire feu si jamais un autre problème parvenait à se pointer. Cependant, il n'en fut point le cas et le canadien le compris en voyant le bandit s'écrouler au sol en crachant insultes et cris. A ce moment-là, il choisis enfin de se retourner, guetter les environs, les coups de feux avaient surement été perceptibles à plusieurs centaines de mètres à la ronde malgré les murs de la villa et il ne restait pas exclus que d'autres bandits soient toujours dans la zone, ce qui expliquerait pourquoi ce type a été assez con pour s'enfermer dans une cave sans même un guetteur à l'extérieur.

Mais non, toujours rien, c'en était réellement suspect... Comment un type comme ça avait put survivre aussi longtemps sans croiser une arme à feux tenue par un autre prédateur humain ? Ces questions trouverait sans doute réponse car la jeune femme l'avait fortement interpellé pour lui LA question, une question qu'il avait surement bien trop entendue dans sa vie mais qui lui procurait toujours la même exaltation.

Ainsi, il pivota à nouveau pour poser son regard en contrebas, répondant avec une voix bien haute afin de s'assurer que Jena l'entende bien :


"Vif, il connait ses chances. Si il coopère, il aura le droit à sa rédemption."

Il se pencha un peu plus pour essayer d'examiner le reste du sous-sol, en vain, lui-même ne pouvait s'assurer qu'un autre type ne s'était pas caché, plus trouillard, plus vicieux, et il ne pouvait laisser la new-yorkaise ruminer sa rage avec un canon pointé sur son agresseur.

"Je descend, assure toi qu'il n'a pas de copains, surtout vers la personne séquestrée. Si il n'y a personne, rassure là mais ne la détache pas tant que je ne suis pas là."

Et ainsi, le fusil dans les bras, le jeune homme s'engagea doucement dans l'escalier, ménageant autant les marches que son entrée. Au fur et à mesure de sa descente, il portait quelques regards furtifs sur les alentours mais gardait son attention principalement focalisée sur l'estropié au sol, à qui il s'adressa d'ailleurs en approchant du plancher, et ce avec un ton d'une certaine politesse :

"Bonjour Goliath, je suis monsieur Freeman. Je vais te poser des questions et tu y répondras, du contenu des réponses dépendront de ton sort. Ainsi, première question, peux-tu me donner tes gants s'il te plait ?"

Une fois sa descente terminée, il s'approcha du type allongé et le contourna avec une très respectable distance de sécurité, gardant son fusil pointé dans sa direction. Ado, il ne se souvenait que trop bien d'un duel dans lequel l'agile, par fierté, s'était laissé attraper par le fort, pourtant allongé... Jamais il n'avait vu autant de cervelle... Jusqu'à entrer chez Impritech.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 24 Oct - 18:08
A la réponse de Samuel, j’avais acquiescé d’un simple hochement de tête avant de reporter mon regard sur le bandit qui m’avait attaqué, le gardant en joue jusqu’à ce que je puisse voir Samuel entamer la descente prudente de l’escalier, braquant sur lui son fusil d’assaut. Ainsi assurée que mon acolyte gardait le pillard en respect, j’abaissais lentement mon arme le long de ma cuisse droite, profitant que la situation ne redevienne sous contrôle pour astiquer le pavillon de mon oreille de mon auriculaire gauche en grimaçant, agitant celui-ci et espérant faire disparaître mes acouphènes, en vain. Mais je dus me résigner à laisser le temps au temps et à mon corps de s’en remettre. Ainsi, lançant un dernier regard vers Samuel, je tournais ensuite les talons pour aller explorer le reste de la cave.

Progressant lentement en boitant légèrement, j’empoignais de nouveau mon arme à deux mains en le redressant devant moi, scrutant la pièce autant du regard que du canon sans pouvoir réprimer une grimace issue de mes côtes douloureuses. Cet enfoiré m’avait sacrément bien amoché, et si Samuel n’avait pas voulu l’épargner pour l’interroger, je savais que je n’aurais ressenti aucun remord à l’abattre froidement dans mon désir de vengeance. Cependant, d’un autre côté, je me sentais aussi soulagée que Samuel ne prenne les choses en mains et se les salisse à ma place. Des sentiments contradictoires qui se heurtaient en moi, faisant naître une nausée de plus en plus prenante au fond de ma gorge.

Je m’arrêtais un peu plus loin, m’assurant d’être à l’abri du regard de Samuel afin qu’il ne voit pas l’état de faiblesse qui s’emparait de moi. Je relâchais mon arme de ma main gauche, envoyant celle-ci se plaquer contre la surface nue et rugueuse d’un autre pilier en béton, m’appuyant dessus en me courbant légèrement en avant, cherchant à reprendre mon souffle alors que ma raison reprenait le pas sur mes pulsions, me balançant en pleine face et sans aucune diplomatie l’envergure des conséquences de mes actes. J’avais failli tuer un autre homme, un autre être humain, quand bien même celui-ci avait tenté de me tuer. Non… Il ne s’agissait plus de se défendre, de me battre pour ma vie, mais bel et bien d’user de ma supériorité acquise sur un homme désarmé, à la limite même de la torture. De la violence gratuite qui m’avait rabaissé à son niveau... Dans un long souffle, je posai un genou à terre, ramenant ma main gauche, poing fermé, devant mes lèvres, les yeux clos et prenant de longues inspirations pour tenter d’atténuer la nausée qui me brouillait le bide.

Mais ce furent de nouveaux les gémissements et sanglots qui me tirèrent de mon malaise, attirant mon attention, prenant conscience que nous n’étions pas seuls ici, que le danger guettait toujours si le bandit avait eu un acolyte dissimulé quelque part. dans un grognement d’effort, je me redressais lentement, reprenant ma progression lente et suspicieuse, mon pistolet de nouveau braqué droit devant moi, balayant l’espace vide découpé en sections rectangulaires par les piliers de soutènement en béton qui en marquaient les angles. Samuel avait fait mention d’une personne séquestrée. Etait-ce réellement le cas ? Très probablement, sinon, quelles auraient bien pu être l’origine et les raisons de ces gémissements. Une question qui trouva bien rapidement sa réponse lorsqu’enfin, je pus en discerner la source, faiblement éclairée par le faisceau de lumière que laissait filtrer un des soupiraux de la cave.

“Nom de…” murmurai-je avec effroi en découvrant le spectacle qui s’offrait à moi, mes yeux s’écarquillant d’horreur. Pourtant, c’était une vision avec laquelle j’avais déjà été familiarisée, mais à distance seulement, ce qui m’avait permis de m’en détacher plus aisément ; mais pas ici, pas dans cette configuration-là.

Les bras liés au-dessus de sa tête, par les poignets autour d’une canalisation qui courait au plafond, se tenait le corps chétif d’une jeune femme. De dos, le torse visiblement dénudé, son pantalon sur les chevilles, je découvrais là une scène de nudité et d’horreur qui ne fit que raviver ma nausée. Je plaquais ma main gauche sur mes lèvres, étouffant un cri d’épouvante alors que mes prunelles ne pouvaient s’empêcher de fixer le dos nu de la jeune femme, tailladé et scarifié de longues estafilades sanguinolentes, certaines boursoufflées et encore souillées de son sang coagulé. Sans parler des larges hématomes parsemaient sa peau bronzée, sur ses bras, ses cuisses, son dos. C’étaient à peine si la pointe de ses pieds, encore chaussés de tennis, effleuraient le sol alors que ses mains avaient pris une couleur violacée de par le manque d’afflux sanguin. La tête visiblement affaissée vers l’avant, je pouvais la voir et l’entendre gémir, ses côtes se soulevant au rythme de sa respiration saccadée, son corps tremblant et agités de quelques spasmes, ses longs cheveux noirs courant en mèches collantes et filandreuses de part et d’autre de sa nuque.

Je restais ainsi à observer cette jeune fille durant de longues secondes sans pouvoir faire le moindre geste, hormis trembler sur moi-même. Mon arme failli m’échapper des mains et c’est au prix d’un léger vertige, me rattrapant tant bien que mal à l’un des piliers présents, que je reprenais mes esprits. J’achevais de faire le tour de la cave, m’assurant ainsi qu’aucune autre présence hostile ne s’y trouve avant de reporter mon attention sur la victime du bandit. Rapidement, je rangeais mon arme dans mon dos et repérais une table sur laquelle était déposé un petit sac à dos ouvert, ainsi que quelques boîtes de conserves et un réchaud à gaz. Aux pieds de celle-ci, je découvrais les restes brisés d’une bouteille de vodka, une autre de tequila et quelques canettes de bières écrasées. A moins d’un mètre de là, un sac de couchage déplié et ouvert, ainsi que quelques couvertures poussiéreuses.

Soudainement, en observant les lieux et la scène, je sentis ma nausée s’effacer pour laisser place à une brûlante haine toute tournée vers le bandit, comprenant désormais pourquoi il ne m’avait pas tué quelques instants auparavant alors qu’il se trouvait en mesure de le faire, projettant le sort de cette jeune fille sur moi-même si Samuel n’était pas intervenu. En tout cas, quoi que déciderait de faire le chef de camp à propos de cet homme après avoir fini de l’interroger, je m’assurerais qu’il ne quitte pas cette cave, jamais. Tremblante de rage et d’horreur, je me précipitais ensuite vers la table, la débarrassant de son contenu d’un revers du bras avant de la traîner sur le sol jusqu’à l’endroit où la jeune femme était suspendue. Par la suite, je récupérais un des éclats de verre d’une des bouteilles brisées en guise de couteau de fortune.

Samuel m’avait demandé de la rassurer, mais de ne pas la détacher… Un ordre qu’il pouvait se foutre au cul à moitié. Il était hors de question que je laisse cette jeune femme suspendue ainsi une minute de plus.

“No... No... Déjame… Déjame por favor !!” marmonna puis s’écria la jeune femme d’une voix brisée, ses hurlements effrayés et suppliants emplissant soudainement la cave.

“Shhh….Shhh..." soufflai-je avant de monter sur le plateau de la table, essayant de prendre le ton le plus rassurant possible. “C’est fini, c’est fini… Cálmate, cálmate,” repris-je en espagnol avec un accent à couper au couteau alors que je tendais mes mains vers les liens qui la retenaient prisonnière, m’acharnant à les trancher avec le morceau de verre alors qu’ils avaient dû se serrer à mort sous les accoups de la petite. Mais depuis combien de temps était-elle ici, à subir les sévices de ce monstre ?

“Hay... Se acabó, se acabó…” confiai-je à la jeune femme au moment où la corde qui la retenait captive s’effilochait et menacer de lâcher d’une seconde à l’autre. Quand cela se produisit, la victime s’effondra littéralement sur le sol, probablement bien trop faible - et dans les vapes - pour se retenir et se soutenir d’elle même. Elle s’écrasa au sol dans un cri étouffé puis je l’observais se recroqueviller sur elle-même puis se redresser difficilement en position assise, ramenant ses jambes contre sa poitrine, les entourant de ses bras et plongeant sa tête au creux de ceux-ci, éclatant littéralement en sanglots.

Précautionneusement, je descendais de la table, moi-même encore blême et tremblante de l’émotion qui me gagnait et menaçait de déborder à n’importe quel instant. Dépitée, je jetai le bout de verre dans un coin de la cave, puis vins m’accroupir à proximité de la jeune fille en état de choc complet, ouvrant et ôtant ma veste de cuir avant de m’approcher encore plus de la jeune fille, la contournant pour me trouver dans son dos.

“Se acabó, se acabó...” répétai-je à nouveau d’un ton maternel et protecteur. “No mueva… No quiero hacerte daño, acuerdo ?” l’informai-je d’un ton doux, tâchant de me montrer aussi douce et prudente que possible pour ne pas l’effrayer encore plus, ni provoquer chez elle une crise de panique lorsque je poserais mes mains sur elle.

Lentement, je déposais ma veste sur ses épaules, recouvrant ses plaies et ses bras nus avant de me reculer sans mouvement brusque, puis je revenais m’accroupir face à elle, la dévisageant avec une moue grave et compatissante, serrant les mâchoires de colère en essayant de ne pas la laisser trop transparaître devant elle.

“Cómo te llamas ? Tienes hambre ? Sediento ?” finis-je par lui demander d’une voix douce et inquiète au bout de quelques secondes, cherchant à attirer son attention, sans réussir pourtant à lui faire lever les yeux, ni à la sortir de son mutisme. Je lâchais un profond soupir en l’observant, bien décidée à ne pas bouger ni la laisser seule jusqu’à ce que Samuel ne décide de se manifester, prenant violemment sur moi de ne pas me lever pour aller buter ce fils de pute.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Dim 25 Oct - 15:15
De son côté, tout à son "interrogatoire", Samuel avait finit par s'arrêter de marcher, se postant du côté de la tête du bandit, et ce toujours avec une bonne distance de sécurité. Ainsi, il se tenait également face à l'ouverture de la cave pour garder un œil attentif dessus. D'un autre côté, il guettait sa victime gémissante au sol tout en ôtant lentement ses gants en cuir.

Devant cette lenteur, le canon du fusil d'assaut toqua sur le sol de manière menaçante, à contrario, sa voix demeura calme paisible, empreinte de cette froide politesse :


"Pressons Goliath, si je voit un visage non-familier se montrer à cette ouverture, mort ou vivant, tu seras la première victime. Action, pour un homme aussi baraqué, je ne pensais pas que tu geindrais autant... C'est la clope ça, sans nicotine, tu n'arrives même plus à libérer les substances que ton cerveau à conçu pour surpasser ce genre d'épreuve et te permettre de te protéger.

Tu comprends l'importance de ne pas être dépendant de ces merdes ? Les drogues sont un luxe et les junkies se font toujours avoir."


Pour toute réponse, il ne récolta qu'un grognement énervé. Si Jena lui instillait une véritable crainte chez lui, il refusait visiblement de montrer la même crainte, la même soumission à un homme. Peu importait au canadien, la peur n'avait jamais été un bon vecteur de vérité, faire appel à la raison dans le processus de survie était plus judicieux.

Quoi qu'il en soit, quelques secondes plus tard, la paire de gants fut lâchement déposée sur la droite du grand barbu. Samuel n'irait pas les chercher, pas maintenant.


"Bien, questions suivantes Goliath, que fais-tu ici ? Où sont tes potes qui auraient du faire le guet ? Ça fait beaucoup de zombie pour une seule paire de bras, même les tiens."

Le silence se faisant à nouveau entre eux, le patron put entendre quelques échos proches, la victime à côté semblait très stressée et aurait surement bien du mal à se remettre d'une telle épreuve... Si elle ne tentait pas de s'en prendre à eux en croyant être délivrée d'un bourreau pour tomber sur un couple de sadiques.

Quoi qu'il en soit, n'ayant pas eu de réponses et voyant le costaud légèrement comater, il repris la parole, sans sècheresse mais en troquant alors sa froide politesse par une vicieuse douceur :


"Hey ! Seuls mes soldats se réveillent au son du clairon, je te promets que si tu t'endors, tu seras réveillé par tes propres cris... Réponds, maintenant ou jamais."

Un nouveau grognement, le blessé se tortilla légèrement au sol avant de se stopper immédiatement sous la douleur. Enfin, il daigna ouvrir la bouche et répondre. Le ton était sec, méprisant et emplis de défi, il ne répondait qu'à contre-cœur et c'était très bien comme ça... Heureusement qu'il n'avait pas encore à baratiner des flèches, sans quoi, il risquait effectivement de se retrouver face à des blocs.

“Je m'appelle Rob, j'suis un survivant comme vous. J'étais avec deux mecs, on est venu du Nord, y'en a un qui a été mordu ici alors on l'a descendu, l'autre... Je sais pas où il est, il devait fouiller la maison, moi j'ai atterri ici. On voulait juste à bouffer, la fille m'a attaquée... Comme vous, c'est normal que je... Eh non, attends ! Non !”

D'un mouvement sec, le canon du AK-47 s'enfonça dans le genoux gauche de l'homme, l'allonge était bonne et son omoplate en vrac ne risquait pas de lui offrir la portée suffisante pour le stopper, aussi tortilla t-il très convenablement le bout du canon dans la blessure, sous une réaction très mesurée de la part de sa victime qui sembla bien mieux encaisser la torture que la blessure initiale. Bien sur, il y a des gémissements, même des débuts de cris, des grognement, mais rien de pathétique.

Et puis, enfin, il s'arrêta, ramenant son fusil contre sa jambe.


"Il y a eu de la vérité, c'est ce pourquoi je ne continue pas l'interrogatoire en m'enfonçant le plus loin possible dans ton genoux, mais cela peut changer."

En relevant à nouveau son fusil, le bandit eut enfin une réaction plus instinctive, levant sa main droite pour lui faire signe de s'arrêter.

“Okay ! Okay...  Je viens du Nord avec un autre type. On suivaient les hordes et pillaient les cadavres avant qu'ils ne se réveillent. Je détourne leur attention avec mon flingue artisanal. Sans moi, ils auraient dévorés cette fille... Et à cause d'elle, il pourris au milieu des cadavres !”

A ces mots, le canon du fusil qui était resté ostensiblement pointé en direction de la jambe du barbu se rabaissa. Dans la pénombre, Samuel esquissa un fin sourire.

"Enfin, une vérité pure. Où est cette arme ?"

- Grmf... Je l'ai posé derrière le pilier...

Calmement, Samuel se remis en mouvement, contournant l'éclopé au sol pour se rendre à l'endroit où il avait surpris la new-yorkaise. Comme il le lui avait dit, il se trouvait effectivement là un imposant pistolet fait de bric et de broc totalement incompréhensibles. La chose se trouvait être plus lourde qu'un Desert Eagle pour tirer des balles de petit calibre, sans parler du fait que le tout pouvait surement menacer à tout moment d'exploser dans la main du tireur et causer de gros dommages collatéraux.

Bref, il était hors de question de ramener ce déchet qui aurait put donner de mauvaises idées aux bricoleurs du camp. Au lieu de ça, l'examen approfondi lui permis de déceler la seule pièce intéressante de l'ensemble, un tournevis qui renforçait l'armature du canon. Par un examen rapide, le canadien crut comprendre la manière dont celui-ci était logé et attaché à l'armature et, de ce fait, tenta de l'ôter en forçant un peu, convaincu de son fait.

Malheureusement pour lui, petits muscles et petite tête sur cette affaire là, il ne parvint pas à l'ôter, pire que ça, dans son acharnement, sa main gauche ripa et lança sa paume, de sa toute sa faible force, sur le coin d'un morceau plat d'aluminium, lui provoquant une longue mais peu profonde plaie partant de la base de son index jusqu'à la base de son pouce, au niveau de son poignet.


"Aïe ! Merde..."

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 26 Oct - 1:34
Les minutes s’écoulaient et ne se voulaient occupées que par les sanglots saccadés et choqués de la jeune femme, restant prostrée dans sa position sans réagir à aucun de mes propos ni de mes demandes. Je savais bien que mon espagnol était très rugueux en terme de prononciation, mais j’étais quasiment certaine d’en maîtriser la grammaire et la conjugaison pour bien me faire comprendre d’un latino. A la fois compatissante à l’égard de la jeune femme et les violences qu’elle avait subies mais frustrée de la voir s’enfermer dans un profond mutisme, je finis par me résigner au bout de quelques minutes à déposer non loin de ses pieds ma bouteille après l’avoir lentement sortie de mon sac à dos. Je devais absolument éviter tout geste trop brusque ou un ton trop appuyé au risque de déclencher une crise de panique, de rage ou d’hystérie chez la jeune femme, bien que vu son état, je me pensais apte à pouvoir la maîtriser si la situation dégénérait jusqu’à une telle extrémité.

Ainsi, je me redressais lentement de ma position accroupie pour regagner le “coin logis” du bandit, lorgnant sur le matériel que j’avais viré de la table d’un geste ample du bras, mes acouphènes commençant à se résorber d’eux-mêmes alors que je pouvais entendre quelques intonations de voix provenant de la position de Samuel, sans pour autant réussir à véritablement distinguer ce qu’il se disait, ni même les voir. A nouveau, je m’accroupissais en grimaçant alors que mon flanc gauche me faisait un mal de chien à chaque compression ou dilatation de ma cage thoracique, sans parler que chaque mimique de mon visage venait gentiment me titiller mâchoires et pommette, côté droit, là où l’autre raclure n’avait pas hésité à cogner avec force. Une nouvelle fois, je portais le dos de ma main droite à ma lèvre inférieure bien enflée et encore légèrement sanguinolente. Malheureusement, je devrais me contenter de faire avec et attendre que ces contusions et hématomes passent d’eux-mêmes. Après tout, j’étais encore en vie et entière, et je ne comptais pas abandonner ou baisser les bras pour quelques mandales bien senties. J’en avais vu d’autres, et en vivrais probablement bien plus encore.

Une fois accroupie, je déposais au sol mon sac à dos, logé entre mes cuisses, puis commençais à le garnir du matériel traînant éparpillé au sol, fourrant tout d’abord le réchaud à gaz dans le fond du sac avant de le caler avec le sac de couchage du type roulé en cylindre, histoire que le bloc de métal assez lourd et contondant ne vienne me frapper les reins à chaque enjambée, surtout si nous devions courir pour fuir cette baraque après le bordel sonore que nous avions foutu. Par la suite, je rassemblais les diverses boîtes de conserves et autres denrées sèches, principalement des barres céréalières et des biscuits secs à mes pieds, faisant le tri entre ce qui avait été ouvert et partiellement consommé de ce qui était demeuré intact. Je disposais ainsi les denrées non-utilisées dans le sac-à-dos, puis m’intéressais à la petite caméra portative, dépliant l’écran digital pour en visionner le contenu.

La dernière capture datait de la veille, et en lançant la lecture, j’eus droit à un aperçu totalement glauque, qui me glaçant le sang. Le pillard se filmant en train d’abuser, avec violence de la jeune femme, dans un ignoble porno amateur violent dont je ne pus soutenir la vision plus de quelques secondes. Les rares images, et les cris horrifiés et suppliants s’échappant du mini haut-parleur, que j’avais eu le temps de saisir suffirent à raviver ma nausée. Dans un geste rageur et empressé, je cherchais puis retirais la carte mémoire de l’appareil, pour l’écraser sous la pointe de ma chaussure, avant de balancer sans ménagement la caméra éteinte dans mon sac.

Par la suite, je repérai un sac à dos, traînant au sol, plus petit que le mien, que je supposais être celui du bandit. Tendant le bras vers lui, je le ramenais près de moi et déversais son contenu au sol. Quelques boîtes de conserves supplémentaires roulèrent, s’échappant de quelques vêtements malodorants roulés en boule. Je secouais le sac à dos pour être certaine qu’il ne reste rien à l’intérieur, fouillant ses quelques poches ventrales et latérales avant de le replier sur lui même afin qu’il prenne le moins de place possible, et le bourrais avec insistance dans mon propre sac. Un petit coffret en plastique vert foncé attira mon attention parmi les quelques boîtes de conserves restantes que je fourrai dans le sac, essayant de combler les trous et garnissant le moindre espace libre. Intriguée, j’ouvris le coffret et y découvris une seringue d’injection à usage unique sur laquelle étaient imprimées quelques lettres blanches formant le nom d’un antidouleur très connu.

Cette trouvaille ô combien intéressante en main, je la contemplais durant de longues secondes de mon regard envieux, avant de tourner légèrement la tête en arrière pour jeter un oeil vers la jeune fille, soudainement hésitante entre mon envie de la conserver précieusement pour le camp et celle de l’administrer à la victime du violeur-bourreau pour la soulager de ses maux. Finalement, je préférai taire ma trouvaille et la glissai dans une petite poche latérale de mon sac à dos qui, s’il avait pu, aurait transpiré d’étouffement tant il était plein à craquer. Après tout, je ne devais rien à cette fille qu’un peu de pitié et de compassion quant à son état, mais pour l’instant et aussi loin que je pouvais me projeter, je n’avais rien à gagner à lui venir en aide plus que de raison ; à moins bien évidemment qu’elle ne finisse par sortir de sa torpeur et ne s’ouvre à moi pour me donner quelque chose dont je pourrais, à terme,  tirer profit.

Je refermais mon sac à dos et le remettais sur mes épaules, sentant soudainement toute la différence de charge me peser sur les contusions de mon flanc droit, puis, une fois debout, me retournais pour de nouveau faire face à la jeune femme. Sauf que de sa position assise et prostrée, elle avait fini par se relever, ayant remonté et bouclé son pantalon sali et souillé, et par la même enfilé ma veste. Pour la première fois, je pouvais voir son visage aux traits affreusement juvéniles. Mes yeux s’écarquillèrent d’horreur, mes lèvres légèrement entrouvertes de béatitude. Elle ne devait pas avoir plus de seize ans. Son oeil droit était presque invisible sous l’oedème violacé qui enflait le contour de son orbite. Son nez était tordu, un sang séché et noirci ayant coulé autour des commissures de ses lèvres enflées et éclatées, sa pommette et son arcade sourcilière gauche s’étant même ouvertes en deux plaies boursouflées, sa chair vive que je m’imaginais encore palpitante de douleur sous ces croûtes brunâtres. Mais au-delà de son visage affreusement meurtri, je remarquai surtout son bras gauche replié sur les deux pans de ma veste, croisé sur sa poitrine, sa main gauche crispée sur son épaule droite. Puis son bras droit, tendu, le coude légèrement plié, son avant-bras droit tremblant fébrilement de colère, d’une indicible rage, dont l’extrémité s’était retrouvée condensée en un maigre poing, serrant un éclat de verre légèrement courbe, celui d’une bouteille brisée, celui d’une arme tranchante improvisée dont je m’étais servie pour la libérer.

Je croisais son regard sombre, ses iris noirs et profonds, humides de colère et de souffrance, hurlant leur rage et leur terreur. Un regard que je ne connaissais que trop bien pour l’avoir longtemps soutenu dans le reflet d’un miroir, d’une glace de rétroviseur ou d’une simple flaque d’eau. La haine, la vengeance, absolues et impersonnelles, tournées toutes entières vers le reste du monde et elles-mêmes. Que je l’ai sauvé ne comptait pas. Que je lui ai offert à boire ou tendu ma main ne comptait pas. Seule sa souffrance comptait, vivait, s’animait et l’animait. Je faisais face à un animal apeuré qui ne pouvait fuir, contraint à se battre. Lentement, j’avais levé ma main gauche, paume ouverte dans sa direction.

“No. No...,” soufflai-je d’un ton rassurant, appelant au calme. “Cálmate…”

“Cállate...” grogna-t-elle une première fois, la voix brisée en levant son bras amaigri et armé vers moi, me pointant de l’estoc de son arme de fortune. “Cállate ! Monstruo ! Voy a matarte ! Matar a todos !” hurla-t-elle, la voix éraillée, alors que je la voyais, et la sentais, se tendre, prête à bondir.

Nom de Dieu. Elle n’allait quand même pas faire ça ? Me faire ça ! Rapidement, j’envoyai ma main droite se saisir de mon arme pour ensuite la braquer devant moi, droit sur elle, les mains tremblantes alors que je sentais la panique me gagner. J’allais quand même pas la buter. Elle n’allait pas m’obliger à lui tirer dessus ?

“Stop ! Stop !” lui ordonnai-je dans ma langue natale d’un ton autoritaire, mais peu assuré, omettant totalement de lui parler en espagnol. Ce monde de merde ne pouvait être tordu à ce point-là… Il n’avait pas le droit de m’imposer ça ! “Alto ! No mueva !” répétai-je, de moins en moins sûre de moi.  *M’oblige pas à faire ça gamine… M’oblige pas à faire ça…* la suppliai-je de tout mon cœur, jusqu’à ce que, malgré la menace, malgré mes injonctions, elle ne s’élance vers moi, son visage tuméfié défiguré par la haine, prête à couvrir les quelques mètres qui nous séparaient.

Je ramenais ma main gauche sous la crosse, en soutien de ma main droite, puis pressais la détente malgré ma visée mal ajustée. En conséquence, le projectile partit se perdre dans les recoins de la cave sans atteindre la jeune femme, ce qui fit naître chez moi autant de soulagement que de panique, dont la cause commune était de l’avoir manqué. Et le coup de feu ne la fit pa s’arrêter, bien au contraire. La détonation sembla galvaniser la furie de la jeune victime qui se précipita sur moi de sa démarche mal assurée, ses joues inondées de larmes rageuses. Mais je ne pouvais plus reculer. Je devais lui faire face et la neutraliser, à tout prix. Je tirais une nouvelle fois, ravivant bien évidemment mes acouphènes alors que la détonation se répercutait violemment en échos dans l’immensité de la cave vide aux murs nus. Mais la jeune femme avait manqué de trébucher dans sa lancée, le déséquilibre l’envoyant vers l’avant lui permettant, par chance ou par miséricorde divine, d’éviter l’impact fatal de mon second projectile. Je tentais d’ajuster ma visée de nouveau, visant sa tête, mais la distance se voulait désormais trop courte.

Dans un cri rageur, hystérique, la jeune fille se jeta sur moi, tête en avant, le sommet de son crâne s’enfonçant dans mon abdomen et me déséquilibrant. Surprise, mes propres douleurs ravivées, je basculais en arrière, m’effondrant sur mon sac à dos trop bien garni, sentant les boîtes de conserves me rentrer entre les omoplates et m’arrachant un soupir étouffé, le souffle coupé. Sa main gauche vint se plaquer sur mon poignet droit, plaquant ma main et mon arme au sol ; sa main droite armée se leva au-dessus de sa tête, le bout de verre étincelant brièvement dans un rayon de lumière issu d’un soupirail avant de s’abattre sur moi. Le visage horrifié, mes yeux suivirent la course de ce bout de verre qui vint, quelques dixième de secondes plus tard, se ficher à la naissance de mon épaule gauche, juste au-dessus de la clavicule, m’arrachant un hurlement de douleur.

“Muere puta, muere !” beugla-t-elle, complètement hystérique en tentant d’arracher sa main et le bout de verre de ma blessure. Malheureusement, ce dernier resta planté dans mes chairs et elle s’ouvrit la paume de la main ainsi que la pulpe de ses premières phalanges qui ne tardèrent pas à pisser le sang, tâchant de fines traînées rouges le beige de mon débardeur. De ma main libre, je tentai de la repousser en la saisissant à la gorge, mais ma prise glissa sur ses fluides vitaux poisseux, alors que sa main droite vint me frapper au visage, côté gauche cette fois-ci, sans véritable force ni puissance. Fallait bien avouer qu’entre sa stature et celle du brigand, c’était le jour et la nuit ; et pourtant, les deux avaient réussi à me dominer et me mettre à mal. Je tirai pour ma part sur mon bras blessé et, dans un râle souffrant, envoyai mon poing gauche vers son oeil gonflé d’un crochet un peu plus habile, sentant la blessure de mon épaule me brûler intensément, comme si mes chairs se déchiraient sous l’effort. Mon coup fut loin d’être puissant, mais suffisamment violent pour la déséquilibrer. Un résultat à mettre sur sa faiblesse plutôt que sur ma force ou ma dextérité au combat.

La jeune femme bascula sur son flanc gauche et libéra ma main droite, alors que d’une impulsion rageuse, galvanisée que j’étais par l’adrénaline qui coulait dans mes veines, je poussai sur mon coude droit et me redressai en position assise, relevant mon arme et posant un regard résolu sur son visage tuméfié et grimaçant. Mon avant-bras armé décrivit un arc de cercle alors que la jeune fille se retrouvait bien malgré elle sur le dos, essayant de se redresser en se débattant, mais la bouche de mon canon finit par embrasser son front, presque à bout touchant.

“Lo siento mucho…” articulai-je faiblement, sincèrement, entre mes dents serrées, puis je pressais la détente une dernière fois en fermant les yeux. Je savais que lorsqu’il me faudra les réouvrir, plus rien ne serait jamais pareil.

Samuel Freeman

Anonymous
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Lun 26 Oct - 21:56
Fébrilement, Samuel pris son poignet gauche dans sa main droite. Bien que peu profonde, la plaie semblait glacée et laissait s'écouler son sang, chaque mouvement de pouce et d'index lui indiquant, par une douleur légère, que ce qu'il faisait ne pouvait pas être bon pour la guérison d'une telle blessure. Fort heureusement, la douleur seulement légère ainsi que le libre mouvement de ses doigts le rassura quant à la gravité de la blessure...

Quelle peine il aurait eu de perdre la pleine maitrise de sa main directrice, heureusement, il n'en était rien. Détournant enfin l'attention de son affaire, il revint doucement vers le bandit qui, bien que respirant profondément pour surmonter ses propres blessures, semblait l'observer d'un air goguenard.


"Alors comme ça, monsieur Freeman la fiotte se fait des petits bobos..."

Devant cette provocation, le canadien se visualisa en train de prendre son fusil, qu'il avait raccroché à son épaule pour manipuler le pistolet artisanal, mais il ne s’exécuta pas. Après sa réponse viendrait d'autres provocations, mais il penserait sottement que cela ne méritait pas une balle dans la tête... Et il s'exposerait inutilement. Non, cet objet pouvait insulter son intelligence, pas son propriétaire.

"Ce sont des choses qui arrivent quand on ne se contente pas de remplir son sac dans le sillage des rôdeurs. Au fait Goliath, Robb Stark ou Rob Zombie ?"

En tenant toujours son poignet sans savoir comment il allait bander sa main, il regarda le barbu sur le sol, fort désappointé par sa question qui n'était qu'un très vilain jeu de mot pour blaguer sur son possible décès. Hélas, alors que le jeune homme allait en rajouter une couche lorsqu'il entendit que les mots échangés non loin de lui s'était transformé en cri.

Ne croyant avoir affaire qu'à une victime stressée qui désirait sortir, Samuel tourna et commença à se diriger vers la position des deux femmes lorsque les deux coups de feux le tétanisèrent tout en choquant ses tympans qui n'avaient pas eu le droit d'être complètement démolis comme Jena il y a quelques instants.

De là, il lui fut impossible de savoir combien de temps il était resté ainsi, à enregistrer l'idée que la victime, si elle l'était vraiment, était à présent devenue un danger mortel. En pressant le pas, sans courir mais ne pas se risquer à tomber ou rentrer dans quelque chose, sa main droite tâtonna dans son dos pour se saisir un tantinet maladroitement de son pistolet avant de le pointer vers le sol devant lui, prêt à être redressé pour faire feu.

Rapidement, des bruits de combats s'était fait entendre, des cris, des menaces, mais en arrivant, tout ce que Samuel put voir était une Jena lourdement chargée, dominant clairement l'inconnue alors qu'un troisième coup de feu éclatait. Cependant, Samuel ne se laissa pas surprendre par celui-ci et eut tôt fait d'avance sur le côté gauche de Jena, prestement, et mettre un genoux à terre pour la voir, yeux fermés.


"Jena... Jena. C'est Sam, viens, lève toi, on y va, maintenant."

Même à lui-même, sa voix lui semblait distante, distordue par le temps ralentissant à cause de l'enchainement qui s'était fait. Samuel avait la force de voir le cadavre d'une innocente, et sans doute même d'en tuer, mais pas de laisser les siens sombrer. A nouveau, il se trouvait temporairement incapable de penser autrement qu'en protecteur, de se dire qu'il valait peut-être mieux fuir et abandonner cette femme qui n'avait fait qu'attirer les problèmes sur cette excursion...

Avec sa main gauche, sans se préoccuper de la douleur, toujours légère cela dit, ni du sang qu'il allait peut-être répandre, même en petite quantité, il plaça le bout de ses doigts sur la tempe droite de Jena, si bien que le reste de sa main devait logiquement former un barrage visuel avec le cadavre sous son nez. Ainsi, en appuyant légèrement avec le bout de ses doigts, il espérait amener la jeune femme à le regarder, dans les yeux. Quelle puisse le voir, ne pas craquer, se mettre en mode automatique si il le fallait, il devrait la regonfler, ne fusse qu'un instant, sans qu'elle puisse regarder en arrière :


"Jena, regarde moi, on y va, on rentre. Fin de mission, tourne les talons, on va faire une halte à la ferme, ne regarde pas derrière toi, guette les morts, plus nous attendons, plus ils approchent, allez, on y va, action."

Malgré tout, le pauvre homme ne pouvait pas tirer la new-yorkaise de force. Elle avait bien ramassée, surtout à l'épaule, et la forcer à la suivre sans égard pour son état physique ne l'aiderait pas du tout. C'est bien ce pourquoi il maintenait sa position, prenant son air le plus sérieux et le plus inquiet pour pousser Jena à obéir et se protéger d'un autre pétage de plomb... Il n'avait plus la force de se défendre contre ses doutes ou ses traumatismes... Il ne pouvait pas lui laisser la moindre chance de sombrer à nouveau...

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mar 27 Oct - 23:24
Lorsque je repliai mon index sur la queue de détente, j’avais sentie la très légère résistance de celle-ci contre mon doigt, et j’avais même souhaité que cette résistance s’accroisse au point d’empêcher le coup de feu de partir. Mais il n’en avait rien été. La gâchette s’enfonça dans la pulpe de mon index, s’écrasant contre ma phalange distale et imprima sur celle-ci sa froide morsure. Les yeux clos, j’avais tressailli quand la détonation résonna une nouvelle fois en écho dans la cave, j’avais même eu un léger mouvement de recul à la fois surpris et dégoûté lorsque je sentis de fines gouttelettes poisseuse et moites venir asperger mon visage, mon avant-bras armé, jusqu’à mon épaule. D’infimes projections d’un sang encore vif, arraché à un cœur encore palpitant d’un corps sans âme. Les cris, les menaces, l’air brassé par les mouvements de la jeune femme. Tout se suspendit, tout s’arrêta, à l’exception de mon calvaire de culpabilité. Je venais de commettre l’irréparable, passant de spectatrice passive des horreurs de ce monde à véritable actrice et complice.

J’eus l’impression que mon cœur loupa un battement tant je le sentis se serrer dans ma poitrine, le souffle coupé. L’odeur du cuivre, du fer et du sel se mêla à celle de la poudre. L’odeur de la mort vivace, plus suave et pourtant bien plus âpre que celle de la putréfaction. Je me mis à trembler de nouveau, plus franchement, tétanisée par l’horreur de mon acte ; une horreur d’autant plus renforcée par son irrévocabilité. Presque immédiatement, ma conscience me hurlait que je n’avais pas le choix, ma raison tentant de prendre et affirmer sa position sur mes sentiments. C’était elle ou moi. Je n’avais pas eu le choix. Une dualité qui s’affrontait au paroxysme de mes angoisses, mes craintes et mes envies les plus profondes, les plus sournoises. Je m’étais promis de venger les peines et les douleurs que ce monde m’avait infligées, de faire payer le prix fort à chaque infecté, chaque homme qui abuserait de son prochain… Et voici que je recevais la monnaie de ma pièce : le doute, le remord ; le sang d’une innocente sur les mains que je pourrais laver, le meurtre d’une jeune femme, victime de son bourreau, qui me souillerait le corps et l’esprit à jamais.

Les yeux fermés, les lèvres légèrement entrouvertes, tremblantes, je n’osais les rouvrir, ni même prononcer le moindre mot. Un souffle choqué s’échappa d’entre mes lèvres, alors que je laissais retomber mon bras et mon arme sur le sol, mollement. C’est alors que la voix de Samuel m’interpella, à la fois ferme et douce, et pourtant étrangement distante. Était-ce du fatalisme de sa part, ou bien le signe d’une froide acceptation ? Je n’en savais rien. Je ne voulais même pas le savoir. J’eus un tressaillement et un léger mouvement de recul de la tête lorsque ses doigts se posèrent sur ma tempe droite. Je pus sentir la tiédeur visqueuse du bout de ses doigts, quelques gouttes de son sang couler et s’écraser dans un bruit mat sur ma joue qui s’enflait petit-à-petit, sur le tissu même de mon débardeur déjà bien souillé. Je tournais lentement la tête sous la légère pression de ses doigts, me laissant doucement guider par son mouvement alors que j’aurais pu - j’aurais dû même - le repousser, l’envoyer chier et affronter les conséquences de mes actes.

“He lo… He lo matado…” balbutiai-je faiblement, sans réaliser dans un premier temps que je baragouinais en espagnol avant de me répéter, dans ma langue natale. “Je l’ai tué… Je l’ai tué Sam…” bredouillai-je, la voix tremblante, brisée et éraillée, comme annonciatrice de sanglots à venir.

Mais les larmes ne vinrent pas alors que l’homme m’encourageais, me pressais même de par son ton à le regarder, à reprendre la route sans me retourner. Lentement, j’ouvrais les paupières, dévoilant mes prunelles hagardes et rougies à sa vue, plongeant mon regard perdu et coupable dans le sien, le fixant longuement durant de longues secondes avant de finalement opiner du chef, lentement, dans un automatisme frôlant l’apathie. Je me relevais, non sans effort tant mes muscles, mes côtes et maintenant - encore plus d’ailleurs - les chairs meurtries de mon épaule. Repliant mon bras gauche, je me saisis du tesson de verre encore logé dans mes chair de cette même main, puis l’arrachai d’un coup sec dans un râle douloureux accompagné d’une grimace. Après quoi, je portai le morceau de verre au-devant de mon regard, observant cette lame translucide désormais recouverte de sang, avant de le laisser tomber au sol.

Au contact du béton, le tesson éclata en morceaux plus petits encore alors que j’avais observé sa chute, presque au ralenti, affreuse et fascinante, puis je portais de nouveau mon regard sur le chef de camp. Un regard certes perdu, mais qui n’en demeura pas moins empli d’une certaine défiance. Non, je n’allais pas tourner les talons juste comme ça, juste pour espérer nier la réalité de mon acte. Tournant finalement la tête sur ma droite, je posais mes azurs sur le cadavre de la jeune femme, dont le sommet du crâne avait été arraché par l’ogive, laissant se répandre au sol le contenu de sa boîte crânienne. Pire encore, son visage tuméfié semblait s’être figé dans une dernière grimace de souffrance mêlée tant de surprise que de haine. Mais au-delà de tout ce sang et ces chairs, ce fut réellement son regard, ses prunelles d’encre vides de tout éclat de vie qui se révélèrent les plus dures à soutenir, fenêtres ouvertes sur un néant d’âme absolu.

Ma respiration s’accéléra, mon souffle culpabilisant et fulminant soufflé par mes narines alors que je serrais les mâchoires à m’en faire péter l’émail des dents. Je restais quelque secondes ainsi, prostrée et stoïque, à contempler toute l’horreur issue de mon fait, mes sourcils se fronçant et mon regard se durcissant, devenant aussi glacial que ma colère était brûlante. de tout ça, je ne parvenais finalement qu’à en tirer le soulagement - bien maigre réconfort - d’être encore en vie. Ma tête s’agita de quelques et brefs hochements avant que je ne me décide à détacher mon regard de ma victime. Mon premier meurtre.

Je déglutis bruyamment, retrouvant enfin le regard de Samuel et prenant une longue inspiration qui précéda un encore plus long soupir. Après quoi, je rajustais les bretelles de mon sac à dos sur mes épaules, relâchant un peu la bretelle de gauche pour le faire plutôt porter sur la droite, puis passais mon arme de ma main droite à ma main gauche. Enfin, je remis mes lunettes d’aviateur sur mon nez, dissimulant ainsi la souffrance de mon regard derrière les verres fumés avant de finalement plaquer la paume de ma main droite sur ma plaie dans une nouvelle grimace de douleur.

Inclinant légèrement la tête sur la droite en dévisageant Samuel, je me passais rapidement la langue sur les lèvres, fronçant légèrement les sourcils avant de faire claquer ma langue contre ma palais, reprenant la parole d’une voix enrouée de colère.

“Ce mec-là…” commençai-je en désignant la direction du brigand d’un mouvement du menton. “Ni pitié, ni rédemption... J’te suis.” lâchai-je d’un ton endurci par ma soif de revanche.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mer 28 Oct - 21:32
Pour sa part, si Samuel avait montré un certain soulagement à voir Jena lui obéir en se laisser momentanément porter par une discipline aveugle, ce ne fut que pour en ressentir plus d'exaspération et de gène lorsque cette dernière sembla finalement refuser cet état, refuser d'être mise à l'écart et protégée de ses propres actes. A une autre époque, le jeune homme aurait put admirer ce comportement, cette volonté de se construire à même la lave brûlante de telles souffrances... Aujourd'hui, il avait largement compris que se former ainsi en autodidacte ne menait qu'à une issue...

Malgré cela, il n'exprima rien de ses sentiments présents. Même sans l'avoir laissée voir ce cadavre, il n'aurait pas désiré aller à son encontre, et maintenant, pour sur, encore moins. En tout et pour tout, elle n'eut pour toute réponse que la même attitude que l'instant d'avant... Un peu un patron qui aurait peur pour sa productivité lorsque son employé lui annonce son arrêt maladie... Cette manière d'avoir visiblement de l'attention pour les gens qui l'entourent, tout en restant irrémédiablement professionnel. Le job avant tout.

Ensuite, la plus grosse difficulté fut de devoir trouver une manière adaptée de contenir la châtaine. Qu'elle assume ses actes était une chose, qu'elle se laisse emporter par ses sentiments pour se livrer à ses instincts meurtriers en était une autre. Aussi, placé sur son chemin, le canadien leva la main gauche avant de la faire redescendre lentement, par à-coup, en signe de tempérance :


"Mon commandement... Mes règles... Je suis un homme de parole."

Cela put passer totalement inaperçu, mais loin de signifier son désir d'épargner Goliath, ces mots faisaient déjà tomber sa sentence, une chose à laquelle Jena n'aurait surement pas put penser, toute groggy qu'elle était lorsqu'il avait plus ou moins perdu pied dans sa tentative d'intimidation. Cependant, l'ex-manager n'était pas fou. Il n'avait pas eu l'intention d'aller contre Jena, il n'allait pas se lâcher comme ça pour lui tourner le dos ensuite.

Et pour ce faire, que ce soit réellement conscient ou un véritable réflexe de manipulation de son image, son pouce gauche vint doucement tirer le chien de son pistolet, lui-même toujours dans sa main droite, mais le plus expressif, le plus inquiétant, le plus excitant, le plus étonnant, ce fut cette expression sur son visage. Furtive, contrôlée, démesurée, il y avait peu de chance que que Jena l'ait loupée, mais encore devait-elle comprendre que cela n'avait rien à voir avec la haine qui l'habitait, le désir de vengeance, de justice... Quelque chose d'affreux s'était montré à elle sans pour autant se dévoiler, et cela habitait l'homme qui, un instant avant, désirait ostensiblement l'empêcher de faire face, par inquiétude, par attention.

Ou bien peut-être que tout ce cinéma n'était rien d'autres qu'une ignoble manière d'attacher des cordes à un pantin. Pour l'heure, Samuel s'était détourné et avait repris sa marche, lente, attentive. Il se sentait sourd et c'était ce pourquoi il gardait l’œil sur tout. Ainsi, il n'eut aucun mal à repérer l'absence du pistolet artisanal puis à en retrouver la trace, en morceaux et baignant dans une trainée de sang qui s'en allait vers l'escalier.

Alors qu'il se tournait pour regarder la new-yorkaise, désirant sans aucun doute la prévenir silencieusement, un grand cri bien clair parvint à leurs tympans endoloris, couvrant presque le son de violents grognements indéterminés mais pas celui d'un tournevis qui chuta bruyamment dans l'escalier, jusqu'à aller s'asperger dans le sol glissant d'hémoglobine.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 2 Nov - 17:24
J’avais guetté la réaction du chef de camp avec un regard attentif, bien dissimulé derrière mes verres fumés, souhaitant de tout mon coeur et de toute ma hargne que celui-ci n’approuve mon élan vengeur. Malheureusement, son premier geste fut un geste de tempérance qui n’eut guère l’effet escompté au plus profond de moi, alimentant ma colère d’une effroyable frustration qui ne fit que la galvaniser un peu plus, celle-ci se manifestant dans un premier élan physique extrêmement tendu que mes blessures eurent cependant tôt fait d’abréger, relançant tant la douleur des coups reçus par le bandit que la vive brûlure de mon épaule. Grimaçant tant de douleur que de frustration, je dus me résoudre à accepter bien malgré moi l'interposition de Samuel entre ma cible et moi-même. Tout ça pour honorer une parole faite à un homme qui avait tenté de me tuer - dans le meilleur des cas, et après avoir vu le sort réservé à sa jeune victime, je doutais fortement qu’il en ait eu après ma vie - ça n’avait presque aucun sens. Je restais donc ainsi de longues secondes à fulminer, ressasser ma colère, ravaler ma soif de vengeance, soutenant son regard et son attitude avant de lentement secouer la tête, relâchant peu-à-peu mais de manière visible la tension qui m’avait gagnée.

“Comme tu veux,” avais-je fini par abdiquer à contrecœur, sans pour autant rien grimer de la colère qui me crispait le visage.

Du moins, jusqu’à ce que le déclic de son chien armé ne se distingue au milieu des acouphènes stridents qui me vrillaient toujours les tympans. D’un vif et bref coup d’oeil en direction de sa main droite, je comprenais simplement qu’il n’avait probablement jamais eu l’idée de laisser ce mec vivre. Un geste simple, mais chargé de sens et d’une promesse qui ne put que m’arracher un maigre sourire en coin d’une satisfaction morbide ; légèrement tempéré et écaillé d’un malaise sournois. Soit Samuel s’exprimait très mal, soit il était très habile de ses mots ; et si le peu de temps passé avec lui ne me permettrait pas de m’en assurer pleinement, qui plus est avec nos déboires et nos fantômes respectifs, je penchais malgré tout doucement et tendancieusement vers la seconde hypothèse. Comme pour beaucoup de choses, je devrais m’en remettre à la seule sagesse du temps qui passe pour confirmer ou infirmer ces sentiments.

Je lui emboîtais alors le pas, lentement, cherchant du regard la trace du bourreau alors que nous nous dirigions vers le lieu de notre première rencontre, observant finalement la traînée de sang qui quittait l’endroit de son interrogatoire pour remonter, marche après marche, vers la sortie de la cave et la surface. Le chef de camp eut un geste dans ma direction, mais le hurlement d’agonie et de terreur qui déchira le silence, accompagné des râles et grognements typiques des morts-vivants répondit à toutes les questions que j’aurais pu me poser. Quelque part, je ne pus m’empêcher de ressentir une certaine satisfaction à entendre le chant du supplicié, y trouvant là une forme de justice divine condamnant un être abominable d’une sentence qui l’était tout autant. Néanmoins, la réjouissance sans regret de sa disparition n’occultait qu’à peine la triste et dure réalité de notre situation. Nous étions faits comme des rats dans cette cave, avec une troupe de rôdeurs de nombre indéterminé située entre nous et la sortie de cette baraque.

Relâchant la compression de ma plaie de ma paume droite, je la ramenais vers mon arme, extrayant le magasin de celle-ci pour compter le nombre de balles qu’il me restait. D’un coup d’oeil, je pouvais en dénombrer quatre, soit cinq avec la cartouche chambrée. Lentement, je m’accroupis et déposai mon pistolet sur le sol avant de plonger ma main gauche dans la poche de mon pantalon afin d’y récupérer la petite boîte de munitions. D’un geste plutôt malhabile, j’ouvris celle-ci et commençai - assez laborieusement compte-tenu des légers fourmillements qui me gagnaient le bras gauche - à remplir le chargeur de mon arme, laissant sur chaque douille ainsi insérée l’empreinte ensanglantée de mon pouce droit. Nul doute qu’une fois rentrés, j’étais bonne pour nettoyer à nouveau mon arme ; à condition de rentrer.

Cette opération enfin terminée, je rangeais la boîte de munitions à la même place et remettais mon chargeur en place dans mon arme avant de lever mon regard vers la trappe menant droit vers la sortie, et les rôdeurs. Je notais mentalement que cette voie d’accès nous offrait un avantage indéniable sur les maladroits rôdeurs. Un trou béant d’un peu plus de deux mètres de profondeur dont le seul accès se voulait être un escalier à la descente raide. Et au pied de celui-ci, un tournevis souillé de sang frais et poisseux, baignant dans une flaque sanguinolente qui s’étalait dans la poussière d’un mince filet d’hémoglobine coulant depuis chaque marche, comme une sorte de clepsydre morbide dont l’écoulement s’intensifiait à mesure que les cris de l’homme s’estompaient dans un concert dissonant de râles, de tissus et de chairs déchirés. Un compte-à-rebours dont le terme apporterait réponse à deux questions qui me taraudaient l’esprit. Combien de morts y avait-il là-haut, et combien de temps avant qu’ils n’arrivent jusqu’à nous ?

D’un pas décidé mais prudent, j’allais ramasser le tournevis baignant dans le sang, essuyant le manche de celui-ci sur la jambe de mon pantalon cargo, l’outil pouvant peut-être nous servir en tant qu’arme improvisée bien plus silencieuse que notre arsenal. Je levais ensuite mon regard vers la trappe, n’y distinguant que quelques ombres mouvantes charriant pourtant une odeur de putréfaction qui achevait de lever le doute sur la nature des occupants au-dessus de nos têtes, si tant est qu’un doute ait pu subsister à ce propos.

Et un nouveau râle, plus strident et grinçant que le reste, se distingua parmi les autres, lorsque le sommet d’un crâne massivement dégarni, à peine recouverts de quelques lambeaux de chairs déchirés d’où partaient de rares mèches filandreuses d’un reste de chevelure, se dessina par l’ouverture, ses yeux vitreux au blanc jauni et dénués de la moindre parcelle de vivacité semblant me fixer, ses mâchoires claquantes encore dégoulinantes du sang chaud du bandit comme un message à mon attention. La tête, puis le cou, le sommet du torse… Le rôdeur semblait dévoiler tout son être à mesure qu’il progressait vers moi.

Lentement, je me reculais de quelques pas, devinant assez aisément qu’elle allait être la suite du programme et ne comptant pas rester sous la trappe pour me recevoir l’infecté sur le coin de la tronche lorsqu’il basculerait comme un pantin désarticulé par celle-ci.

Ce qui finit par se produire quelques instants plus tard. Le corps décrépi chutant lourdement dans les escaliers, dans une série de grognements rauques et de craquements osseux avant de se retrouver étalé au bas des marches, les membres tordus dans des angles impossible. Genou gauche replié vers l’arrière, saillie des radius et cubitus gauches brisés au-travers de sa peau parcheminée, quelques côtes écrasées et brisées ayant elle-même déchiré la peau de sa cage thoracique et le tissu léger d’une robe - originellement - bleue à motifs floraux. Et pourtant, malgré la vision d’horreur de la scène  et ses nombreuses mutilations, la créature commença à ramper dans ma direction, les mâchoires toujours claquantes sous son nez écrasé. Mon FN dans la main gauche, le tournevis dans la droite, je jetais un regard interrogatif vers Samuel en lui montrant le tournevis. Si on voulait faire ça silencieusement avec le maximum de prudence, il faudrait nous y prendre à deux.
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