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[CFJ, A, 2] Les survivants, les geignards et le chien - 7/02/35
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Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Ven 6 Nov - 16:14
De son côté, le jeune Sam, aux aguets, observa l'outil tombant avant de lever son arme vers la trappe. Bien sur, les cris continuaient de se faire entendre et allaient sans doute durer, encore et encore, jusqu'à ce que ce soit à eux d'aller achever ce sale type, et ça, cela ne plaisait pas tant au chef de camp, cela semblait même le frustrer que Goliath échappe à la mort qu'il lui avait dédié pour choisir la sienne entre les crocs de ses futurs compagnons de route.

Prudent et extrêmement attentif, le canadien quitta le haut des escaliers du regard pour vérifier les alentours. Avec les coups de feux, il ne pouvaient être assurés de ne pas avoir carrément été insensibles au son de la chute d'un zombie... Fort heureusement, ce ne fut pas le cas, malheureusement, cela ne permis pas au bonhomme de mettre la main sur un autre objet intéressant, comme un téléporteur ou une armure de plate.

Ainsi, revenant vers une Jena qui avait l'air dans le même état que lui le week-end dernier, il la vit ranger des munitions et reprendre son arme, il ne se décida donc pas à l'interrompre ou la prévenir de l'absence de danger ici bas. Cela lui permis d'ailleurs d'aller prendre les gants abandonnés au sol, heureusement épargnés de peu par la trainée de sang, cependant, il ne désira visiblement pas les enfiler de suite et les fourra sous son gilet pare-balle, bien coincé entre ce dernier et sa chemise, le tout bien plaqué contre ses pectoraux de vaillant homme de bureau qui n'a pas du voir de salle de muscu depuis des années.

De là, la châtaine revint vers lui pendant que ses yeux s'étaient à nouveau rivés vers leur seule source de lumière. Du coin de l’œil, il la vit récupérer cette arme de fortune qui lui avait couté cette foutu plaie à la main gauche, mais surtout, il focalisa tout comme elle son attention sur l'étage supérieur à l’émission d'un cri plus proche, ou tout du moins pouvaient-ils le penser vu leur surdités passagères, heureusement corrélé par l'apparition d'un mort dans leur champ de vision, et réciproquement.

Lui-même écarté du chemin de l'escalier, principalement par peur de glisser sur le sang et enchainer avec une nouvelle bourde ayant le potentiel de le mener à la mort, il ne sembla ni surpris ni répugné par la chute du geignard, un peu comme on regarderait un égout refluer, pas la peine d'en faire toute une histoire. D'un simple regard vers la jeune femme, il acquiesça à sa proposition silencieuse et, pour l'aider dans sa tâche et lui offrir tout le temps qu'elle désirait pour s’exécuter, profita que l'éclopé rampant soit bien focalisé sur elle pour venir placer son pied droit dans son dos et l'écraser au sol.

Contre toute attente, dans cette entreprise, il n'arriva pas vraiment à se rappeler là ou il était tellement le plus indiqué d'appuyer son pied pour maintenir une personne au sol, cependant, par pur réflexe, son pied vint écraser le zombie entre les omoplates, avec une certaine violence qui dénotait sans aucun doute plus de la maladresse que d'une réelle volonté agressive. Fort heureusement pour lui, malgré le fait qu'il n'ait pas parfaitement stoppé la bête qui continuait à ramper et grappiller quelques centimètres à la force de ses bras décharnés, son squelette fut en assez bon état puisque, malgré la maladresse précédemment évoquée, Samuel ne traversa pas le corps, ce qui aurait été aussi répugnant et inquiétant que cocasse.

Quoi qu'il en soit, le monstre ainsi plus ou moins immobilisé, il put laisser sa coéquipière se charger de l’exécution en bonne et due forme. De son côté, bien que son regard n'ait pas eu le droit de quitter le danger qui remuait sous sa semelle, hormis peut-être pour quelques coups d’œils rapides vers le chemin qu'il avait emprunté pour leur rendre visite, il perçut quelque chose, quelque chose de différent, un son régulier, vif, rien à voir avec un affamé de chair humaine, hélas, l'état de son audition étant ce qu'il est et le geignard sous sa botte ne manquant pas de parasiter la réception avant d'avoir le droit à sa "percée", il ne put réellement distinguer de quoi il s'agissait.

Quoi qu'il en soit, une fois la bête achevée et après avoir précautionneusement retiré sa chaussure de sur le corps pour la reposer au sol, il lui murmura, pour ne pas dire qu'il se contenta presque de mimer les mots avec ses lèvres tant il parlait bas :


"Il faut monter en douceur, si on attends, on est foutus. Est-ce que ton audition va bien ?"

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 7 Nov - 16:31
J’observais le chef de camp venir de son pied plaqué le zombie sur le sol, et bien que ce dernier continuait de gagner un peu de terrain dans sa reptation, ses yeux et sa mâchoire toujours dirigés à mon attention, j’observais la créature tendre ses bras décharnés vers moi, battant laborieusement l’air dans une gestuelle vorace et saccadée. Avec prudence, mais sans pour autant faire traîner les choses alors que Samuel prenait de gros risques à ainsi maîtriser la créature - sans compter qu’une autre pouvait suivre le même chemin d’ici quelques instants - je m’approchais lentement de la créature, resserrant ma poigne autour du manche de l’outil reconverti pour l’occasion en arme de fortune. Enfin, après avoir pris une brève inspiration, je m’accroupissais légèrement au-dessus d’elle et d’un geste sec et direct, visais le crâne de l’infecté de la pointe du tournevis. Malheureusement, ma première tentative se solda par un échec lorsque l’embout ripa sur l’os pariétal et déchira un lambeau de peau qui souleva quelques mèches de ses cheveux.

Dans une grimace de frustration, je renouvelai ma tentative en visant cette fois-ci la tempe gauche de la créature, avec la même vigueur dans mon geste. Je sentis l’outil s’enfoncer avec un craquement mou dans le crâne de la créature, quelques secondes avant que la tête de celle-ci ne s’affaisse totalement au sol, inerte et silencieuse. Poussant un très bref soupir, j’arrachai le tournevis de son logis puis me redressai lentement, reculant de quelques pas plutôt mal assurés en portant ensuite mon attention vers le chef de camp, le gratifiant d’un unique hochement de tête en guise de remerciement d’une part, mais également pour lui signifier que l’affaire était réglée, chose qu’il aura pu constater de lui-même de toute manière.

Quelques secondes plus tard, je plissais les paupières et tendais l’oreille pour tâcher de discerner les mots que l’homme m’adressa, franchissant difficilement la barrière sifflante des acouphènes qui me barraient les tympans, après quoi j’acquiesçai finalement de nouveau.

“Mes oreilles s’en remettront,” lui soufflai-je d’un ton proche du sien, avant de lever le visage et le regard vers la trappe qui nous dominait. Il fallait monter en douceur… Ça tombait très clairement sous le sens, d’autant que le sang encore frais qui souillait chacune des marches allait rendre cette ascension plus périlleuse encore. Avec tout le raffut que nous avions fait - surtout moi d’ailleurs - je craignais réellement que nous ne soyons déjà prisonniers de cette cave, dont le seul avantage reposait sur son unique point d’accès qui constituait un véritable goulot d’étranglement pour les créatures désireuses de nous assaillir. Sauf que…

Sauf que c’était aussi là notre seule échappatoire possible, et il m’apparaissait plutôt urgent pour moi de regagner le campement et m’occuper de ma blessure avant que celle-ci ne s’aggrave ou pire encore, ne se retrouve souillée par du sang infecté et ne me contamine à mon tour. Cette dernière pensée m’arracha un frisson d’effroi qui fit se dresser une chair de poule bien visible tout le long de mes bras. Mais comment avait-on pu en arriver-là ? Question purement rhétorique. Quoi qu’il en soit, Samuel avait raison, nous ne pouvions rester là aussi, m’arrachant à mes pensées du pire possible, je finis par prendre les devants, glissant le tournevis souillé dans une des poches latérales de mon pantalon cargo avant d’empoigner de nouveau mon arme à deux mains et la pointer vers l’ouverture au-dessus de nos têtes.

Lentement, je posais mon pied droit sur la première marche, l’épaisse semelle de ma Ranger s’enfonçant dans la flaque de sang dans un très léger bruit de succion avant de commencer à grimper les marches, lentement, les unes après les autres. A mesure de mon ascension, je sentais mon cœur s’emballer de plus en plus, la peur et l’appréhension me gagnant, la fébrilité avec elles, les râles et les gémissements s’intensifiant de plus en plus clairement. Rapidement, ma tête ne tarda pas à jaillir du rectangle découpé dans le sol, faisant une reconnaissance des lieux qui n’offrirent à mon regard rien de plus ni de moins que ce à quoi je m’attendais. Par l’ouverture de la porte donnant du cellier vers la cuisine, je pouvais observer, les jambes et l’arrière-train d’un infecté qui, à quatre pattes, semblait se repaître des chairs de notre ami, funeste festin se déroulant de l’autre côté du chambranle, dissimulé à ma vue mais dont les sons répugnants me parvenaient très clairement. Au moins - maigre consolation - n’y avait-il pas de zombie affamé se tenant prêt à nous cueillir à peine la trappe franchie, quand bien même ils n’étaient pas loin.

Relâchant mon arme de la main droite, j’abaissais celle-ci vers la cave, faisant signe du bout des doigts à Samuel qu’il pouvait me rejoindre, la voie étant suffisamment libre pour les deux prochains mètres. Quant aux zombies qui se trouvaient devant moi, il m’apparaissait très clairement que nous n’avions pas trente-six solutions pour nous affranchir de ce problème.

Achevant finalement de m’extraire de la cave et m’écartant de l’entrée de la trappe, je finis par reprendre mon arme à deux mains et pointer celle-ci vers la porte du cellier, m’assurant simplement pour l’instant de préserver le petit cellier de tout visiteur incommodant afin de laisser le temps au chef de camp de me rejoindre, et décider par la suite de la marche à suivre.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mar 10 Nov - 14:23
La réponse de Jena lui parvint, aussi audible qu'avait été sa réplique. Pourtant, alors que son oreille demeurait parfaitement tendue pour comprendre ce qu'était ce son lointain qu'il avait clairement discerné par delà le reste, la réplique de la jeune femme lui avait parut tout à fait claire.

Le regard qu'elle porta ensuite sur l'issue fut suivi de celui du Canadien, analysant chaque marche, aussi peu éclairée soit-elle. Si un zombie avait le don de survivre à une chute aussi grave, ce n'était pas leur cas et, hélas, le liquide s'étant écoulé dessus n'allaient pas les aider à les assurer dans leur bref mais intense périple pour regagner le rez-de-chaussée. A priori, il n'y avait là rien de plus inquiétant qu'un escalier humide, en bois qui plus est, ce qui devait passablement éponger le sang et donc limiter la perte d'adhérence.

Non, de ce côté, Samuel n'était pas non si angoissé, Jena semblait avoir des chaussures de marche, lui-même se trimballait des godasses d'ouvrier du bâtiment... Ces semelles étaient conçues pour ce genre de danger, et c'est là qu'il se sentit le rapide besoin de remercier mentalement Ivy de lui avoir dégoté des godasses moins jolies mais bien plus utile... A moins qu'en réalité, il les ait trouvées lui-même dans ce local, à cet instant, il ne parvenait plus réellement à se souvenir.

Sa main gauche le picotait, et même si la plaie ne suintait pas plus de sang, son aspect étendu lui posait bien des soucis. Rien que mettre cette main sur un mort pourrait lui couter cher, pire que sa vie, et c'est ce pourquoi, à choisir le moins téméraire possible, il repris doucement la paire de gant plaqué entre sa chemise et le gilet pare-balle, pour saisir le gant gauche et l'enfiler tout en douceur après avoir succinctement vérifié qu'aucun cadeau n'avait été laissé dedans.

De son côté, la jeune femme s'était lancée dans les marches et, rapidement, Samuel reporta toute son attention sur elle. Sa main droite, demeurée nue, pouvait sentir la fraicheur du métal de son pistolet et notamment de sa queue de détente, prête à être pressée si jamais la châtaine devait se trouver en position de mort imminente. Fort heureusement, rien de cela n'arriva pour mettre à l'épreuve les compétences de tireur droitier du pauvre Samuel.

Bien sur, lorsque sa coéquipière lui fit signe de monter, il n'attendit pas une seconde de plus et monta précautionneusement les marches, les unes après les autres, gardant un œil sur tout ce à quoi il pourrait se rattraper ou s'équilibrer, avant que sa tête n'émerge lentement du sous-sol pour accueillir la fraîche odeur de la charogne pourrissante en pleine air. Jusqu'alors, trop concentré sur son champs de vision, il s'était passablement désintéressé de ce qu'il avait entendu précédemment, cependant, la chose lui revint en voyant et en entendant le zombie prendre son repas si proche d'eux, ce qui le poussa d'ailleurs à totalement s'extraire de l'ouverture, le cœur battant.

Ces bruits organiques, ce n'était pas ce qu'il avait entendu, il y avait donc autre chose, peut-être même quelque chose dans sa propre tête qui commençait à lui provoquer de véritables hallucinations auditives. Et alors qu'il était en train de s'en convaincre et de s'apprêter à douter de lui, cela lui parvint à nouveau, deux aboiements. De sa position, avec le goulaf occupé  le cadavre, Samuel n'était pas tellement certain de la direction, mais il y avait donc encore un autre être vivant par ici hormis eux deux.

Bien sur, de son côté, le zombie n'avait certainement pas perçu un son aussi lointain à cause de tout le bruit qu'il provoquait, aussi, puisqu'ils leurs restaient encore au moins un instant avant que les choses ne s’accélèrent, il regarda Jena et, de sa main ganté, pointa d'abord son oreille avant de lui présenter  le dessus de sa paume, l'index replié et l'auriculaire battant doucement... A dire vrai, sans lumière pour faire ombre chinoise, la chose ressemblait plus à un loup qu'à un chien mais l'idée restait claire, il entendait un animal.

Ensuite, il désigna l'arrière-train du zombie, puis, à nouveau, son oreille avant de présenter la figure métaphorique de l'animal, tout s'enchaina rapidement ensuite lorsqu'ils la désigna elle, puis lui, avant de simuler le fait de se taper l'avant bras droit avec sa main gauche, en signe universel disant "on se tire" mais sans avoir le malheur de déranger le cadavre cannibale pendant son repas.

De là, Jena comprendrait-elle que l'idée était d'espérer que le mort aille vérifier ce qu'était ce bruit et, de préférence, sans avoir l'occasion de les voir, pour leur donner l'occasion de se barrer sans se risquer à tenter de le tuer ? C'est une longue question pleine de virgules, mais Samuel espérait que oui en tout cas.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 14 Nov - 2:23
Après avoir fait signe à Samuel de monter me rejoindre, j’étais restée parfaitement immobile, retenant mon souffle presque une fois sur deux sans quitter le cul du zombie du regard, le laissant déguster le fruit de sa chasse dans des gargarismes bien peu ragoûtants, laissant le sang couler encore et toujours. L’odeur infecte de la mort imprégnait les lieux, l’atmosphère du cellier devenant toujours de plus en plus lourde et moite à mesure que les secondes s’égrainaient. J’étais si tendue, si craintive de voir l’infecté délaisser son repas pour s’en prendre à moi, à nous, que je ne remarquais qu’au dernier moment l’ascension de Samuel dans le but de me rejoindre.

Plus par réflexe que par réelle volonté de communication d’ailleurs, je venais plaquer mon index gauche contre mes lèvres, lui intimant ainsi de garder le silence quand bien même il semblait avoir compris de lui-même de quoi il en retournait, avant de renvoyer ma main gauche en soutien sous la crosse de mon arme.

Les deux aboiements, lointains et à la localisation incertaine, qui suivirent m’arrachèrent une grimace songeuse nuancée d’un certain étonnement. Je laissais glisser mes prunelles en direction de l’homme, l’interrogeant silencieusement du regard derrière mes verres fumés et observant les signes qu’il m’adressa ensuite. Je fronçais un peu plus les sourcils en tâchant de décrypter son langage muet, puis acquiesçais finalement d’un bref hochement de tête, lui confirmant ainsi que j’avais bien saisi l’idée. Après quoi, je reportais à nouveau toute mon attention sur le rôdeur qui nous barrait le chemin, décidée à attendre de voir s’il allait finalement réagir aux aboiements et s’enquérir de leurs origines ou si nous allions devoir risquer un passage en force, à grand renfort de pétards précédant une course haletante.

J’ignorais à ce moment précis ce qu’il en était pour le chef de camp, mais pour ma part, je n’aurai ni la patience, ni le luxe d’attendre des plombes que la créature ne se décide à bouger son cul décomposé de là. Je devais regagner le campement afin de m’occuper de la plaie qui me déchirait l’épaule et me lançait de plus en plus intensément au fil des minutes passées. D’un autre côté, je ne pouvais réellement me permettre de prendre des risques inconsidérés, de recevoir de potentielles éclaboussures infectées sur ma blessure et signer ainsi mon arrêt de mort. restait donc à déterminer quel serait le temps que je pouvais décemment accorder soit au chien, soit au zombie, pour s’occuper l’un de l’autre. Cinq minutes ? Dix ? Une demie-heure ? Une heure peut-être ? Non… Certainement pas une plombe à rester plantée là. Nous devions finir par agir, tôt ou tard ; le plus rapide étant tout de même le mieux.

Aussi, je restais ainsi stoïque, les bras tendus, l’arme toujours dressée, celle-ci commençant même à légèrement trembler entre mes mains alors qu’une certaine tétanie me gagnait peu-à-peu, rendant mes muscles brûlants, tirant sur mes épaules, surtout celle charcutée par la jeune victime, m’arrachant quelques grimaces de contrainte et d’effort. Cependant, je ne pouvais pas me permettre de relâcher mon attention, ni ma mire. Ces saloperies avaient la fâcheuse tendance, malgré leur démarche laborieuse et désordonnée, leur lenteur et leur stupidité, de tirer partie de la moindre faute d’inattention commise par un vivant.

De nouveaux aboiements se firent entendre, plus proches, plus nombreux et plus appuyés au bout de quelques minutes. Des jappements qui finirent par enfin éveiller la curiosité du dévoreur de chair, lequel se redressa difficilement dans un long et rauque grognement d’effort. Lentement mais sûrement, celui-ci finit par s’éclipser hors de mon champ de vision, et je décidais de compter mentalement jusqu’à trente - un choix totalement arbitraire - avant de baisser mon arme, lâchant un très bref soupir que je tâchais de rendre discret au possible. Jetant une œillade sur Samuel, je pris ensuite l’initiative précautionneuse de m’avancer avec lenteur et prudence jusqu’au chambranle de la porte du cellier, puis jetais un rapide coup d’oeil par l’ouverture.

Sous mes yeux, non loin de mes pieds, le cadavre éviscéré de notre agresseur que son imposante carrure n’avait en rien aidé. La gorge déchirée, les traits figés dans une dernière grimace d’agonie, les dents et les gencives rougies de sang, il avait fini par s’éteindre de la pire manière possible. Même après ce qu’il m’avait fait subir, ce qu’il avait fait endurer à la jeune femme, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une sincère empathie quant à son sort ; car si j’estimais que cet homme méritait de mourir, jamais je n’aurais pu souhaité de le voir finir ainsi. Mais bien rapidement, mes azurs se portèrent sur la cuisine et le salon attenant, découvrant la silhouette du cadavre traverser celui-ci, dos à moi, droit vers la sortie de sa démarche claudicante.

Un long regard méfiant et panoramique sur les lieux m’informa que cette créature était la seule encore présente dans la pièce, du moins pour ce que je pouvais en voir, aussi me décidai-je à quitter le cellier pour progresser vers la sortie de la maison, à commencer par la cuisine. Prenant garde à chacun de mes pas, histoire de ne pas glisser ou perdre l’équilibre sur les fluides vitaux et restes d’organes juteux du pauvre éventré, j’empruntais le même chemin qu’à l’aller, contournant le canapé, enjambant les nombreux cadavres de rôdeurs dont la seule odeur de décomposition pourrait aisément masquer la trouille qui devait suinter par tous les pores de ma peau. J’avisais la baie vitrée par où nous étions entrés, Samuel et moi, de très - trop - longues minutes auparavant, en me faisant la remarque que si j’avais su ce qui m’attendait, nous attendait dans cette baraque, j’aurais fait demi-tour sans broncher ni demander mon reste.

Mais avant de m’y diriger, je me retournais lentement, laissant mon arme pendre au bout de ma main droite, le long de ma cuisse, cherchant Samuel du regard, le visage fermé, mais pas suffisamment cependant pour masquer l’inquiétude et la lassitude qui venaient de me gagner.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Lun 16 Nov - 17:19
En voyant Jena acquiescer, il daigna esquisser un bref sourire. Malgré le contexte qui, franchement, était affreux, il trouvait une certaine satisfaction à pouvoir échanger ainsi, se faire comprendre autrement que par des mots. Il n'avait jamais eu trop l'occasion de s'exercer et même si il ne recouvrait que lentement ses facultés rhétoriques, c'était là un tout autre domaine, qu'il n'avait jamais vraiment exploré.

Tout cela faisait également écho à sa vie d'antan. La jeune femme était, à l'évidence, loin d'être une copie de William, surtout en ce qui concerne le sang-froid et la discipline, mais il y avait vraiment quelque chose dans sa manière d'établir la confiance, de tester le canadien et se tester elle-même. Pas moyen de savoir si elle avait le potentiel d'être une tireuse d'élite, mais à priori, il aurait bien voulu croire que ce premier pas fait dans leur relation faisait apparaitre d’intéressantes possibilités.

Au fond, c'était peut-être dommage, Will était déjà un tueur quand il l'a connu... Il aurait sans doute préféré que Jena ait une figure moins semblable à celle qu'il cachait sous son masque. Ces derniers temps, ce dont il avait besoin, c'était d'un garde-fou et non d'une élève...

Quoi qu'il en soit, alors que la pauvre new-yorkaise s'échinait à garder la menace en joue, Samuel était resté bien plus tranquille, faisant confiance à son acuité visuelle et ses réflexes pour réagir si cette saloperie avait le malheur de regarder par dessus son épaule... Et l'attente fut longue, plus longue que ce à quoi il s'était attendu.

Lorsque, finalement, des aboiements bien plus proches résonnèrent jusqu'à eux, un nouveau sourire éclaira la visage fatigué du jeune homme. Dans son état, il n'aurait même pas put être certain qu'ils n'avaient pas affaire à un cabot qui se contentait de gambader un peu pour se faire poursuivre par les morts, tout ce qui importait, tout ce qui le regonflait, c'était l'idée que quelque chose allait dans leur sens et pouvait leur offrir un sauf conduit.

Ainsi, à peine le geignard quitta t-il son champs de vision, il observa sa coéquipière qui restait dans la même position, prête à faire feu, attentive, aux aguets, bref, elle ne voulait pas se laisser aller aussi facilement que Sam et ce dernier n'eut aucune raison de la brusquer dans ses choix. De tout ce qu'ils avaient vécus, c'était elle qui était la plus meurtrie, physiquement et moralement, aussi, comme deux fois auparavant, il ne pensa pas utile de l'emmerder pour rien.

Lorsque, enfin, elle s'apaisa et laisser échapper un soupire bien silencieux, Samuel hocha la tête pour lui signifier qu'il était aussi prêt qu'elle à déguerpir et la suivit avec la même lenteur, tâchant de guetter ses arrières puisqu'elle assurait l'avant, ce qui était tactiquement limite étant donné son état, mais à nouveau, pas le moment de la faire chier. Lorsque lui-même arriva auprès du cadavre de Goliath, il patienta un peu, laissant la châtaine prendre quelques pas d'avance, et le zombie aussi, pour poser sa grosse godasse d'ouvrier sur la tête de la victime et la pousser de profil.

Ainsi, après avoir bien vérifié que tout était clean autour de lui, il se mit à presser sa semelle contre la tempe du cadavre encore inerte pour l'instant, et lui apposer progressivement son poids, épargnant ainsi à l'endroit le son mat de l'éclatement du crâne pour le remplacer par un autre, infiniment plus discret, semblable à quelque œuf dur que l'on aurait finalement réussi à craquer à l'aide d'une grande pression de la main.

L'acte en lui-même demeurait répugnant et même si, de ce fait, cela demeurait visuellement propre si l'on excepte la boite crânienne notablement déformée, le canadien demeura plutôt calme, murmurant dans sa barbe :


"Je suis un homme de parole."

Ceci fait, il reprit son chemin et ne tarda pas à entrer dans le champs de vision d'une jeune femme qui ne désirait plus lambiner dans le coin et ô combien il la comprenait. Avec les mêmes précautions qu'à l'aller, il suivis le même chemin qu'elle et ne tarda pas à la rejoindre.

En revanche, cette fois, il se mit plus ou moins dans son chemin, se contentant de mimer un "Go ?" et d'attendre l'acquiescement de Jena pour prendre les devants dans le jardin sans lui demander son avis, ou s'expliquer, ou même donner l'impression d'agir à dessein. Si ils avaient de la chance, l'aboyeur serait à un endroit intact du grillage, sinon, ils devraient quand même liquider le rassasié avant de pouvoir s'enfuir par là... A moins qu'il y ait une vrai entrée/sortie à cet endroit... Hélas, triple hélas, c'était leur bonté et leur empathie qui les avaient empêchés de faire le tour de la maison pour se préparer à ce genre d'ennuis.

De là à dire qu'on ne les y reprendraient plus, Samuel en était encore loin et, sans qu'il veuille l'admettre, dans quelques élans de nihilisme, il se disait bien qu'il mourrait une seconde fois avant que son humanité ne s'en soit définitivement allée.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 16 Nov - 23:16
A la question muette de Samuel, j’acquiesçai à mon tour sans dire un mot, me contentant d’un simple mouvement de la tête avant de reprendre ma progression vers la baie vitrée. Enchaînant toujours les pas prudents, le regard alerte au possible se portant vers les angles morts que constituaient certains obstacles d’architecture, dont les fameuses colonnes en stuc des arcades, je finis par quitter le salon, sentant le verre brisé crisser sous les semelles de mes chaussures de randonnées alors que je le piétinais.

Une fois au-dehors de l’habitation, je pus percevoir très clairement et distinctement les aboiements et jappements du chien qui nous avait - quelque part - débarrassé d’un obstacle d’un chair putréfiée ambulant ; provenant de sur ma droite, vers la façade Nord ou Nord-Ouest de la demeure. Je tâchais de vérifier l’absence de tout rôdeur crapahutant sous le corridor, puis allais m’adosser non sans un soupir de soulagement contre l’une des colonnes, sentant mon sac-à-dos me rentrer dans les vertèbres et les côtes d’une manière peu confortable, mais j’étais bien assez lasse pour oser m’en plaindre. Je restais ainsi figée durant quelques instants, prenant de longues et profondes inspirations en me contentant d’observer mon sang ruisseler finement le long de mon bras gauche nu, jusqu’à couler sur ma mitaine, l’imbiber et la rendre poisseuse pour finalement goutter vers le sol depuis l’extrémité de mes doigts. A nouveau, l’analogie de la clepsydre me frappa ; à nouveau, je pouvais voir le temps fuir et s’écouler, s’empresser, me presser. D’un regard vers le chef de camp, je l’observais vouloir prendre les devants, reprendre sa place. C’était compréhensible quelque part. A prendre l’initiative sans vraiment le consulter, l’entraînant à ma suite, je l’avais placé dans une situation délicate, qu’il aurait peut-être - et même probablement à la lumière de son dénouement - souhaité aborder différemment.

Redressant le buste, je me détachais finalement de la colonne et reprit la progression à sa suite, serrant les mâchoires et me poussant à continuer. Je devais passer outre la fatigue et la douleur pour quelques temps encore, le temps pour nous de regagner le campement et un repos qui, à défaut d’être mérité, se verrait nécessaire. Je le suivis dans le jardin, piétinant les herbes hautes et drues, relevant légèrement mon arme et examinant à nouveau mon environnement, tendant l’oreille vers la source des aboiements, entre lesquels il devenait de plus en plus aisé de deviner les râles et grognements plus ou moins excités de rôdeurs.

Après quelques mètres franchis sous le corridor, profitant du couvert très relatif offert par les colonnes en stuc, je venais m’appuyais de mon épaule droite contre l’angle du mur de la maison qui s’ouvrait vers un jardin plus vaste encore, une allée de gravillons blanchâtres et désormais ponctuée de quelques touffes de mauvaises herbes le scindant en deux sur une largeur d’environ trois mètres, reliant ainsi l’entrée de la cour intérieure de la maison à un grand portail automatique, dont les panneaux en aluminium blancs se voulaient toujours fermés, les bras mécaniques retenant contre vents et marées quelques silhouettes cadavériques qui venaient frapper contre. De part et d’autres, toujours ce grillage, ne présentant presque aucune brèche, à l’exception de quelques enfoncements dans ses mailles tenant bon ; et un soulèvement à quelques mètres de la pile gauche du portail par lequel un des geignards avait commencé à passer avant de se retrouver coincé par celui-ci, un fil de fer transversal lui enserrant et déchirant la gorge, juste à la base de la mâchoire, alors que ses bras décharnés creusaient le sol sablonneux. Une démonstration pratique que la seule force brute et l’acharnement ne menaient pas toujours à terme, à mon plus grand soulagement. Bien évidemment, je restais parfaitement consciente en observant la scène aux relents burlesques que l’infecté finirait par franchir cet obstacle, à moins qu’une force extérieure ne l’en empêche.

Mais le spectacle le plus étonnant n’était pas le fait de cet infecté-ci, mais du groupe, assez dense, se tenant de l’autre côté du-dit grillage, claudicant et s’entrechoquant parfois à la poursuite d’un chien qui semblait s’amusait à les faire tourner en bourrique, aboyant et grognant sur eux, puis courant, s’éloignant avant de s’arrêter de nouveau dans une posture de défense agressive, les laisser s’approcher et - constatant l’échec de ses avertissements - réitérer le manège. Je fronçais les sourcils dans une moue dubitative en observant l’animal s’exécuter ainsi, me demandant fort légitimement si ce chien était con à ce point-là de ne pas simplement déguerpir avant de s’épuiser ou de finir par se faire avoir ; voire d’en attirer encore plus avec tout son barouf.

D’un autre côté, l’animal nous avait visiblement épargné la visite d’une meute de zombie affamés et offert un sauf-conduit que Samuel et moi ferions bien d’emprunter. Restait donc à savoir si ce clebs était celui que l’homme convoitait, et le cas échéant, s’il aurait la mauvaise idée d’essayer de l’attirer à nous, et les cadavres avec lui. Tournant mon visage vers l’homme, je baissais mes lunettes jusqu’à l’extrémité de mon pif, braquant par-dessus les verres fumés mes azurs pâles et interrogatifs dans les siens avant de reprendre la parole, dans un chuchotis.

“J’espère que t’as pas l’idée folle d’aller l’aider ?”

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Jeu 19 Nov - 16:22
Pour le moins discret et aussi attentif que Jena, Samuel n'avait pas vu quoi que ce soit d'autres qui mérite d'être notifié, si ce n'est qu'il était là, leur sauveur, gambadant vivement pour faire tourner les morts en bourrique à tel point que cela ressemblait presque à un jeu macabre. Bien sur, la scène ne manqua pas de le faire sourire, lui-même réalisait ce que ce sacré animal venait d'accomplir, consciemment ou pas, et là où la dernière fois, il se trouvait trop choqué pour réaliser, cette fois, il était prêt.

Aussi, lorsqu'il croisa le regard de sa coéquipière et entendit sa question, il préserva son glorieux sourire, demeurant silencieux juste une seconde avant de répondre, calme, assuré et, malgré son état, sans élever la voix :


"Non, j'ai un plan de fou pour le sauver. Viens, faut vérifier la brèche."

A ces mots et toujours sans attendre l'assentiment de la châtaine, il quitta leur faible couverture pour retourner sur leurs pas, prêtant attention au fait qu'un retardataire ou, Dieu l'en garde, un autre être humain puisse essayer de les piéger, mais comme il s'y était attendu, ce côté du jardin demeurait vide, tout autant que l'était le décor jusqu'aux maisons lointaines qu'il avaient passés tout à l'heure.

D'où pouvaient venir les autres affamés, il l'ignorait, de même que son ami canidé. Pour sûr, les coups de feux les avaient amenés ici ou peut-être même attendaient-ils tous paisiblement, tout près, jusqu'à ce qu'ils n'attirent leur attention avec cette "querelle". Quoi qu'il en soit, la voie étant visiblement libre, Samuel rangea son arme de poing avant de mettre son sac à dos à terre et commencer à déblatérer ses instructions, en élevant un tantinet le ton cette fois.


"Il ne te connait pas donc, comme moi, tu vas devoir lui montrer que tu ne lui veux que du bien sans chercher à t'imposer. Dès qu'il se pointera de ce côté ci de la propriété, tu lui montres ça et tu l'invites à te suivre, de toute façon, je ne serais pas loin derrière donc pas besoin de sprinter. Tiens."

Enfin, il sortis une seule saucisse sèche du paquet entamé qu'il se trimbalait depuis le début, puis il donna le reste à la new-yorkaise. Ceci fait, il glissa le bout de charcuterie entre ses dents, libérant ses mains pour refermer et remettre le sac vide sur son dos, puis il repris l'aliment en main pour reprendre la parole, presque exalté.

"Moi, en revanche, je vais faire un boucan du diable. Si ils ne se focalisent pas bien sur moi, je vais même devoir tirer, donc pas de regard en arrière, quoi que tu entendes. D'ailleurs, au cas où..."

Cette fois, il plongea la main droite dans sa poche et en sortis le talkie, qu'il transmis également à la jeune femme.

"J'en aurais pas besoin. Va jusqu'à la villa aux haies et met toi à couvert, mais pas le long de la haie, si je ne suis pas là dans les cinq minutes, tu préviens le camp de la situation et tu rentres, si possible avec le chien. Normalement, ça me prendra moins d'une minute donc je serais sur tes talons, sinon, dis toi que je suis coincé, sans munitions, dans la cave que j'aurais refermé de l'intérieur. Bref, j'irais bien mais faudra me sortir de là.

Tout est enregistré ?"


Que ce soit volontaire ou pas, le patron n'avait pas réellement dit ce qu'il allait faire, hormis que cela lui prendrait au moins minute et maximum cinq. Cependant, dans l'instant, il ne semblait lui-même pas près à essuyer un refus ou des tergiversations. Bien sur, il paraissait vivant, éclairé, assuré, mais comme ses regards plus froids, il n'avait pas rencontré beaucoup de gens désirant s'essayer à casser sa "jovialité" sans avoir de solides arguments derrière.

Aussi, tout convaincu qu'il était que Jena se contenterait d'acquiescer, il lui avait laissé la voie libre vers la brèche, la gratifiant d'une petite taper sur son bras droit avant de précautionneusement tirer un côté du grillage à l'aide de sa main gantée. Pourquoi avec précautions ? Par ce que malgré l'apparente futilité de sa longue coupure, il sentait pertinemment que le frottement de l'intérieur du gant empêchait la plaie de commencer à cicatriser, ce pourquoi elle s'était remise à saigner. Ce saignement, il se voyait au niveau de son poignet bien que cela reste très léger en comparaison de l'hémorragie de celle qui devait s'enfuir maintenant.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 21 Nov - 16:50
Je ne pus m’empêcher de me mordre la lèvre inférieure dans une moue de dépit lorsque Samuel énonça sans ciller qu’il comptait venir en aide au chien, et même le sauver ; me demandant ce qui pouvait bien ne pas tourner rond chez ce type. Certes nous pouvions nous montrer redevable à ce clébard, mais au point de risquer nos propres vies ? J’en doutais fortement. Inclinant légèrement la tête sur le côté tout en observant le chef de campement partir en direction de la brèche du grillage par où nous étions arrivés quelques temps plus tôt, avant de lui emboîter le pas sans rien dire pour l’instant.

Je jetais de nombreux coups d’oeil aux environs, imitant Samuel quant à ne pas se faire surprendre par un rôdeur caché et isolé, ce qui m’aurait étonné vu le raffut provoqué par le canidé. Par ailleurs, je ne dissimulais pas ma surprise de le voir me tendre un paquet de saucisses sèches afin que je puisse appâter l’animal le temps que l’homme fasse diversion. Je devais bien reconnaître que cette fois-ci, les agissements du chef de camp usaient tant ma patience que la considération que j’accordais à sa santé mentale et son sens des priorités. Néanmoins, je gardais pour moi mes réflexions, me contentant d’écouter ses instructions afin d’être capable de les appliquer à la lettre sans compliquer la situation. Mieux ça se passerait, et plus tôt nous pourrions rentrer au campement. Lentement, je glissais mon arme entre mes reins, gardant le paquet de saucisses dans ma main gauche, puis récupérais le talkie que je venais clipper à ma ceinture, au niveau de la crête iliaque de ma ma hanche droite. Difficile de dire pourquoi j’acceptais sans concession de me plier à ce plan de dingue plutôt que d’argumenter avec lui sur le bien-fondé de profiter de la diversion offerte par le chien pour ramener notre paire de culs sains et saufs au campement. A sa question, j’acquiesçai positivement d’un bref et sec hochement du chef sans rien dissimuler de mon exaspération.

“C’est enregistré,” lui confirmai-je solennellement avant de me tourner vers la brèche dans le grillage.

A la petite tape qu’il m’adressa sur le bras droit, je ne pus m’empêcher de le dévisager de longues secondes, les traits durs et l’air grave, avant de reprendre la parole.

“Heureusement pour toi, je sais faire la distinction entre le moment où il faut discuter un plan stupide, et celui où il faut l’exécuter ; donc… sois prudent,” lui signifiai-je d’un ton aussi dur et formel que mon faciès pouvait le laissait paraître avant de m’engager au-travers de la brèche, jouant des épaules pour faire passer mon sac-à-dos rempli ras la gueule.

J’ignorais à ce moment-là si la maigre colère que je pouvais ressentir contre Samuel tenait plus de l’exaspération ou de l’inquiétude. Cependant, j’avais une tâche à accomplir, et du mieux possible pour nous garantir de rentrer tous deux au campement. Je me voyais vraiment mal débarquer là-bas sans Samuel - donc avec la nouvelle d’une potentielle perte supplémentaire - en ce moment, d’autant plus que j’étais encore une nouvelle tête parmi ces gens-là et que la confiance était loin d’être à l’ordre du jour.

Ainsi, après avoir passé le grillage, je me dirigeais vers l’extrémité de celui-ci, me rapprochant de la position du clébard sans pour autant me dévoiler aux yeux des rôdeurs. Piochant avec ma main droite dans le petit sachet de saucisses sèches, j’en sortis une et m’accroupis, résignée à attendre que l’animal ne se pointe vers ma position. A ses aboiements et glapissements retentissant de l’autre côté de la maison, je pouvais très vaguement deviner sa localisation, et lorsqu’enfin, il daigna bien apparaître dans mon champ de vision, je pinçai mes lèvres et poussai un sifflement suraigu afin d’attirer son attention.

Le chien se stoppa, puis tourna sa tête dans ma direction, oreilles dressées et s’orientant légèrement vers moi lorsque je réitérais le sifflement, avant de lever et agiter ma main droite vers lui, la saucisse sèche pincée entre mon pouce et mon index. A la fois curieux et méfiant, le chien commença à trotter dans ma direction, puis se figea à une bonne dizaine de mètres, toujours grognant et aboyant. Je tendais la saucisse sèche dans sa direction, insistant légèrement et l’agitant doucement pour espérer l’attirer plus près, jetant malgré tout quelques œillades vers lui pour m’assurer qu’aucun macchabée ne lui courre au cul. Il me sembla entendre Samuel de l’autre côté de la baraque, sans certitude cependant, et je m’acharnais encore plus résolument à faire venir le toutou.

Celui-ci, curieux et très probablement affamé, s’approcha très lentement de moi, jusqu’à enfin venir renifler la saucisse durant de longues secondes à plusieurs reprises puis légèrement reculer, sans y toucher. Je poussais un mince soupir d’exaspération en voyant que le chien, méfiant, refusait d’y toucher, puis je venais croquer un morceau de la saucisse pour lui prouver que c’était bel et bien comestible avant de lui tendre à nouveau. Cette fois-ci, il fit bien moins de manières, manquant de peu de me croquer les doigts dans son élan et engloutit la saucisse.

“Voilà… C’est bien…” lui susurrai-je d’un ton doux, presque maternel comme je pouvais l’être avec ma propre fille par le passé.

Puis je tirais une autre saucisse sèche du paquet, croquant un nouveau bout de celle-ci avant de donner le reste au chien, puis me redresser lentement. L’animal eut un mouvement de recul méfiant lorsque je me relevais, et je dus sacrifier une troisième saucisse que je laissais tomber au sol cette fois-ci après avoir reculé de quelques pas. Bien évidemment, le clebs n’accourut pas instantanément vers la gourmandise, préférant attendre que je me sois suffisamment éloignée avant d’aller l’engloutir. Néanmoins, j’osais espérer que celui-ci allait continuer de me suivre à la trace, façon Petit Poucet. Tournant les talons, je reprenais le chemin vers la villa bordée de hautes haies, dont je me souvenais qu’elle se trouvait également infestée de rôdeurs, semant derrière moi quelques saucisses sèches cassées en deux à l’attention de l’animal, ne pouvant m’empêcher de penser que c’était du véritable gâchis de nourriture alors que nous parvenions à peine à manger à notre faim au campement.

Finalement, j’arrivais à proximité de la luxueuse maison et cherchais un relief de terrain suffisamment élevé pour pouvoir observer les environs tout en étant visible de Samuel. Ainsi, toujours accompagnée du chien qui trottait sur mes talons une bonne vingtaine de mètres derrière moi et ma piste de saucisses sèches, j’allais m’asseoir sur le flanc Nord-Ouest d’une proéminence sablonneuse du terrain, jetant un nouveau morceau de saucisse au chien afin qu’il se rapproche un peu plus de moi, puis laissais mon regard courir vers la maison d’où je venais, guettant l’approche de Samuel, en espérant que ce con ne se soit pas fait prendre à son propre jeu macabre. Quant au chien, toujours dressé et la truffe au vent, il semblait très intéressé par l’immense demeure qui nous faisant face, grognant légèrement et sans discontinuer alors que les quelques bourrasques de vent portaient râles et odeur pestilentielle à nos sens. Tout ce que j’espérais, c’était que le chien ne se sente pas de nouveau l’envie d’aller emmerder les cadavres ambulants qui devaient se trouver là-bas, tandis que j’entamais un compte-à-rebours mental destiné à figurer les cinq prochaines minutes.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Dim 22 Nov - 21:56
La réplique de Jena ne l'empêcha pas de se démettre de son sourire, tout convaincu qu'il semblait être de pouvoir gérer le problème sans risque. D'un autre côté, un tel plan était loin d'être sorcier, tout au plus une diversion améliorée. Quoi qu'il en soit, dès que la femme eut passée la brèche dans le grillage, il en relâcha le pan qui retrouva sa position initiale.

Cependant, il ne se laissa pas bêtement griser par son excitation et tourna immédiatement les talons pour retourner de l'autre côté du jardin au petit trot, ne manquant pas de reprendre son arme, laissant le bâton de viande dans l'autre main, et la garder braquée devant lui ou vers les zones qui se découvraient au fur et à mesure de son avancée. Ainsi, il se retrouva assez vite auprès de l'autre côté du grillage, entre le mort coincé et le portail, et examina la scène qui continuait inlassablement.

En y regardant bien, il se pouvait fort que le chien ne se fatigue même pas vraiment à ce petit jeu, le Amstaff allait et venait autour du groupe de zombie en le maintenant compact, serrés qu'ils étaient à changer perpétuellement de direction, les plus lents étant rattrapés lorsque la direction de la cible canine les plaçait en avant-garde.

Hélas, comme tout être vivant, la fatigue se ferrait sentir, ou pire, elle ne se ferrait pas sentir, justement, jusqu'à ce que le pauvre animal ne fasse une maladresse et ne soit pris... Mais pas aujourd'hui. En gardant un oeil sur celui qui grattait inlassablement la terre, bloqué par l'épais fil de fer, il songea au fait que si l'un d'entre eux était passé, c'est qu'il devait exister encore une autre issue... Mais si elle ne se trouvait pas là, il y avait peu de chance qu'il ait eut la bonne fortune d'y repasser, donc ce salopard se trouvait toujours dans la propriété, surement masqué par le végétation proche.

Trop tard pour aller le débusquer, il n'aurait qu'à le laisser venir à lui le moment venu. Relâchant la saucisse sèche pour ne la retenir que par son annulaire et son auriculaire, son pouce et son majeur vinrent se loger contre ses lèvres entre-ouvertes. S'en suivit un sifflement strident qui eut une réaction aussi attendue qu'amusante. Tous les acteurs de la scène se stoppèrent et, avec que le chien commençait à remuer de la queue, tout le groupe de mort changea de cible, trop contente de troquer de la viande de chien contre de la viande d'humain... En oubliant le grillage bien entendu.

Une fois ceci ça, Samuel ne demeura pas inactif, élevant la voix bien haut en faisant un grand signe circulaire finissant par désigner la direction du camp, mais aussi de la ferme, en hurlant à plein poumons :


"A la maison ! A la maison !"

En voyant l'air hésitant du pauvre animal qui n'avait surement jamais encore entendu d'ordre, Samuel releva la main droite, agitant la saucisse sèche de manière aussi ostensible que possible, avant de le jeter d'un geste souple, en cloche, sur son côté afin que la viande passe par-dessus le grillage et n'amène l'animal là, qu'il soit ensuite attiré par Jena ou ne comprenne enfin qu'il devrait retourner à l'abri.

La main enfin libre et étant tourné du bon côté, il vit leur ancien pote, le mangeur de Goliath, visiblement content d'avoir réussis à se relever, surement d'une flaque de gadoue vu ses mouvements lents et difficiles. Malheureusement pour lui, Samuel n'hésita pas une seconde, n'ayant pas la moindre envie que la fuite de son ami n'attire l'attention d'un affamé à la traine, aussi leva t-il son arme, prenant grand soin de viser, surtout de la main droite, et... Se raviser, si il tirait maintenant, il craignait fort que le chien n'accoure à nouveau pour s'enquérir de ce qu'il passait, donc il s'en tint à cela, laisser le mort prendre le temps de se dépêtrer.

De toute façon, l'action était sur le point de se finir. Agglutinés devant le grillage, ce dernier se plia légèrement sous la pression, pression qu'il fit s'accentuer en se déplaçant un peu le long de ce dernier afin que le groupe s'étale bien, puis il recula de quelques mètres et pris une grande inspiration avant de fixer, les yeux plissés, un point invisible au dessus des zombies.

Hélas pour le canadien, si ces efforts de concentration et l'idée idiote de "pousser sur ses yeux", ce qui le faisait surtout forcer sur ses muscles abdominaux, commencèrent à lui filer la migraine au bout d'une minute, il n'eut pas l'effet escompté. Avec un calme olympien, il se relâcha un peu, ahanant et cherchant à s'éclaircir l'esprit sans perdre cette douleur. Le ventru, car franchement, son bide semblait bien rond avec tout ce qu'il avait avalé du violeur, avait fini par sortir de la mouise après de nombreux pas difficiles et une chute, il était temps de se magner.

A nouveau, Samuel se mit à se concentrer de toute ses forces, se donnant presque l'impression d'avoir une veine gonflée sur le front et être prêt à éjecté ses yeux de ses orbites. Rapidement, le manque d'oxygène accentua sa migraine, un grognement se démarqua des autres, le ventru approchait et il n'avait toujours pas réussi son coup, mais ça allait venir, il le fallait. Loin de sourire, le jeune homme se contenta cette fois d'expirer tout son CO2 pour se remplir à nouveau de bon air pur, poussant sa chance jusqu'au bout.

Au bout de seulement quelques secondes, il sentis son rythme cardiaque s'élever et la peur lui vider les entrailles, il souffrait le martyr pour emprisonner quelques morts à la con dans cette propriété... Et il risquait sa vie à cette connerie avec ça ! A ce sujet, ayant presque du mal à bien percevoir son environnement autour de lui, deux bras rouges de sang se levèrent vers lui, grognant bien fort, ce à quoi il répondit, d'une voix on ne peut plus agressive :


"Ta gueule !"

Non, les grossièretés n'étaient pas le fort de Samuel, en revanche, tirer, un peu plus. Ainsi, avant de pouvoir sentir le sang du dernier homme mort dans la maison, il leva son bras droit et tira à bout portant dans la tête du zombie menaçant, deux fois. Les deux détonation lui secouèrent tant la tête que, la seconde d'après, il chancela, plaquant sa main gantée contre sa tempe et fermant les yeux.

Il entendit alors. Les geignements des morts quittèrent leur emplacement, quelques violents craquements se firent également entendre. Rouvrant les yeux, il vit une partie de la meute dans les airs. Pas dans les airs à la manière d'un violent catapultage au septième ciel, non, juste suffisamment haut pour être parachutés par dessus du grillage, droit dans le jardin, pendant que les perdants de ce baptême de l'air s'étaient surtout accroché malgré eux au grillage.

La seconde d'après, la "magie" s'était éteinte et tous chutaient aussi lourdement que la Terre put le leur rappeler, certains s'écrasèrent sous un bon angle, ceux-là s'écrasèrent le crâne avec leur propre poids, les autres eurent moins de chance, grossièrement empalé sur le grillage, que ce soit par la gorge, le torse ou la jambe de pantalon, ou bien sérieusement désarticulés, rampant au sol afin d'essayer de tenir sur des os salement fragilisés par le temps et la chute.

Samuel ne resta pas une seconde de plus pour s'assurer que tous s'étaient retrouvés coincés, non, d'un mouvement très athlétique, il effectua une retraite tactique, traversant les lieux à grandes enjambée pour ensuite prendre tout son temps afin de sortir de l'enceinte de la villa, ce qui se déroula sans trop de mal malgré son gabarit artificiel.

Enfin au "vrai" dehors, il s'assura rapidement que rien ne l'attendait de ce côté-ci avant de se mettre en marche, puis en course, afin de rejoindre assez rapidement son prochain checkpoint, loin du regard de ceux qui arriveraient peut-être à passer la brèche, quitte à s'écorcher la peau pour ça. Il ne lui fallut que peu de temps pour rejoindre l'endroit qui se trouvait à une faible distance, si faible qu'il ne parut pas si essoufflé ou transpirant lorsqu'il fit signe à Jena et s'arrêta pour reprendre un rythme de marche normal, l'arme à la main.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 23 Nov - 20:20
Trois-cents. Le cul posé sur le sol encore humide, j’égrainais les secondes, les jambes légèrement repliées devant moi, mes avants-bras posés sur mes genoux, les mains ballantes, la gauche tenant le sachet de saucisses sèches vide de tout contenu, ma main droite faisant rouler entre ses doigts la dernière portion de snack, captivant de ce fait l’attention du canidé qui avait fini par m’imiter. Lui aussi avait fini par poser son séant, la langue pendante, le souffle haletant, les oreilles dressées et le regard rivé sur la saucisse tourbillonnante. Difficile pour moi d’espérer mieux capter et retenir l’attention de l’animal, installé à un peu plus de cinq mètres de moi, grognant et gémissant, trépignant parfois sur place des pattes avants dans son impatience affamée. Pour ma part, j’étais bien trop distraite et absorbée par mes pensées et mon compte à rebours pour lui prêter une véritable attention, d’autant que les râles des rôdeurs lointains, cantonnés du côté de la grande et luxueuse baraque, me parvenaient avec toujours autant de clarté, portés par les légères rafales de vent.

Cent-cinquante. A mi-chemin de mon chronomètre mental, je daignais enfin tourner la tête vers la direction d’où je provenais, espérant voir la silhouette endimanchée et maigrichonne du chef de camp se profiler à l’horizon, sans succès. D’un geste lent, je relevais mes lunettes de mon arête nasale pour les glisser par dessus la visière de ma casquette de sous-off’ et plissais légèrement les paupières en croyant apercevoir une silhouette remuer au loin. Simple artifice de mon imagination. Que les secondes pouvaient être longues quand on prenait le temps de les mettre en forme. Distraitement, je lançais le dernier morceau de saucisse droit sur le museau du clébard, lequel le happa au vol en s’élançant légèrement en avant sur sa trajectoire, une réaction qui ne manqua pas de m’arracher un maigre sourire en coin alors que je le voyais engloutir la gourmandise d’une simple bouchée à peine mastiquée ; le tout en me posant la question de savoir pourquoi est-ce que j’espérais tellement voir Samuel finir par débarquer et montrer signe de vie. Si ça se trouvait, il s’était fait avoir par les rôdeurs, ou avait dû se résigner à se réfugier dans la cave, comptant sur sa seule confiance en moi pour ne pas l’y abandonner.

Soixante. Une idée qui, au fil de son cheminement, souleva chez moi quelques interrogations. Et si c’était le cas ? Est-ce que j’aurais l’audacieuse stupidité d’en informer les autres survivants ? De les avertir et leur offrir la chance - ou le malheur - de devoir aller sauver ce dingue ? Après tout, malgré tous les espoirs aussi fous qu’impossibles que cela pouvait faire naître chez moi à l’égard de mes proches, ce mec pensait - croyait - sérieusement que lui et tous ses coéquipiers étaient revenus d’entre les morts. Est-ce qu’abandonner ce type au sort qu’il s’était choisi n’était pas, quelque part, comme un service rendu aux autres ? Probablement pas… Il fallait faire front, et je n’étais pas certaine que ces gars-là soient encore capables de supporter de perdre un nouveau compagnon si peu de temps après que le mec de Melody ne se soit fait - supposément - bouffer en excursion. Je fronçais très légèrement les sourcils, en proie à mes réflexions, lorsque Samuel finit enfin par pointer le bout de son nez à l’horizon, répondant de fait et de par sa seule manifestation à toutes les questions soulevées. Trente.

Je lâchais un soupir tant de soulagement que d’impatience, puis me redressais lentement dans une grimace d’effort, jetant au sol le paquet vide de saucisses sèches que le chien s’empressa d’aller renifler, tournant mon attention toute entière vers le chef de camp, les mains posées sur les hanches. Lorsqu’il parvint finalement à ma hauteur, je l’interpellai d’abord d’un geste du menton avant d’user de ma voix, dans laquelle filtrée une exaspération nuancée d’une sincère inquiétude.

“A peu de choses près et je publiais ta nécrologie…” lui balançai-je d’un ton plutôt infect, mais surtout las de cette excursion. “On s’rentre ?”

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