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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[Spécial - ???] Bienvenue en enfer - 14/02/35
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Evènements

Anonymous
Invité
Jeu 8 Oct - 0:25
Interprété par Ivy Lockhart.

[Spécial - ???] Bienvenue en enfer - 14/02/35 Beauty10

Une ombre s'avance dans le noir. Un crépitement, tel un bruit de fond en provenance des tréfonds d'un long couloir ténébreux, résonne faiblement. De l'ombre, on ne distingue que les reflux d'une silhouette disparate, soulevant l'air d'un souffle pénible à chaque pas, se frayant un chemin sans embûche dans ce couloir, si long, si profond, si étroit...

La silhouette tire quelque chose dans son dos. Cette chose, un corps, relié à une corde qui lie ses mollets l'un à l'autre et remonte à ses poignets, placés dans son dos, pour les lier également, comme du bétail ramené d'une chasse fructueuse. De l'autre coté, la corde s'étend dans le vide, jusqu'à la main gantée de la silhouette, qui tire le corps qu'elle détient.

Puis la silhouette finit par atteindre les escaliers, au bout du couloir. Ces escaliers sont éclatants, lumineux, comme si la lumière qui parvenait depuis les étages supérieurs sur eux devenait intensément puissante aux cotés des ombres qui avaient envahi les étages. Lorsque la silhouette posa le pied sur la première marche, il y eut un son de résonance, se répercutant à travers les escaliers, le couloir, et puis les autres. D'un nouvel écho à un autre, la silhouette descendit les marches, une à une, lentement, traînant le corps qui en atteignant les escaliers à son tour, les affrontait au lieu de les épouser, surplombant l'écho par des bruits beaucoup plus lourds et décousus, ceux de son dos, ses épaules, sa tête et ses mains liées cognant chaque marche une partie après l'autre.

Au visage juvénile de ce corps frêle, il y avait une boule de tissu qui obstruait sa bouche entre ses fines lèvres, faisait le tour de sa tête et était attachée derrière ses cheveux bruns, ce qui l'empêchait de se plaindre si elle l'avait souhaité. Mais elle ne le souhaitait pas car elle ne s'en rendait pas compte, ses yeux clos marquaient sa profonde inconscience, ou plutôt l'absence de toute vie. Si douce, si fragile, presque une enfant, c'est ce que son apparence exprimait mais la silhouette, bien plus massive, s'en fichait. Il n'y avait ni compassion ni volonté d'adoucir les supplices de ce corps dont l'hôte avait abandonné malgré elle la possession.

La silhouette continua de descendre les marches, prit l'angle des escaliers et poursuivit sa descente, en bas, dans un lieu plus sombre encore. Vers l'Antre des oubliés...

****

Le néant le plus total fut ton royaume durant un temps qui parut durer une éternité, mais qui pour toi, ne dura qu'un instant entre ta nouvelle mort dans la ruelle - avec pour dernier visage le vagabond chauve - et ce second réveil, auprès du monde indifférent d'aujourd'hui. Comme si tu recommençais à vivre les mêmes instants qu'il y a quelques temps, tu reprends vie et reviens de tes limbes sans rêve, flash ni voix, pourvue d'un mal de crâne atroce qui s'il avait déjà été éprouvant la première fois, s'avérait parfaitement horrible alors que tu émergeais, désorientée et ta vue largement floutée. Le labeur est, maintenant, un supplice sans nom et ton corps entier te fait la sensation d'être transpercé par un millier de petites lames sadiques. Tu ressens la lourdeur de tes membres si endoloris qu'ils paraissent ne pas vouloir s'éveiller et pourtant, chacun d'eux t'es épouvantablement douloureux, comme si tes os étaient devenus aussi fragiles que du verre, si ce n'est le plus fin des verres qui soit.

Ne pouvant plus compter sur la faveur divine, ou le toucher de l'inconnu, tes blessures sont bel et bien là, ton mal pire que jamais et à cela s'ajoute une bosse certaine à l'arrière du crâne. Et si tu ne souffrais pas assez, tu retrouveras ta vue peu à peu, au bout d'une bonne minute au moins, si ce n'est le double, ainsi que la sensation de ta propre chair, tes propres muscles et tes propres sens. Autour de toi, un voile ténébreux que tu pourrais alors savoir, n'est pas le fait de tes yeux ou de ton imagination, car l'endroit où tu te trouves n'est atteint de presque aucune lumière.
Affalée sur le côté, tu prendras conscience de tes jambes, collées l'une à l'autre par la force de liens qui resserrent tes mollets l'un contre l'autre. Cette entrave subie ne sera pas la seule, car il en sera de même de tes mains, attachées dans ton dos par tes poignets, avec une telle brutalité qu'un simple mouvement te fera prendre conscience d'à quel point ta peau est compressée par la corde, qui te fait un mal de chien. Liens des poignets et des mollets sont reliés également avec trop peu de longueur pour te permettre d'étendre ton corps, tu le perçois, tout comme une boule de tissu qui obstrue ta bouche sans laisser le moindre interstice, poussant même sur tes lèvres et venant rejoindre une attache qui plaque ta chevelure sur ta tête. Le sol sur lequel tu te retrouves est pierreux, humide, poussiéreux, crasseux et irrégulier. Dire qu'être allongée dessus est désagréable s'en trouve être un euphémisme, tant c'est détestable et propice à accroître ton mal être.

Une odeur nauséabonde domine pleinement l'endroit, un mélange de senteurs de cadavres et de renfermé, de moisi, un véritable calvaire à respirer. Lorsque tu parviendras à bouger, quand la force, l'irritation de ce sol déplaisant ou peut-être la panique viendront semer les graines de l'effort à contrecœur afin de te retourner, tu pourras distinguer d'où provient cette faible luminosité : une arche, grande et dénuée de toute porte pour isoler cette pièce dont tu ne vois presque rien, donne sur un étroit couloir seulement occupé par un escalier. Des hauteurs de cet escalier provient la lumière, qui ricoche et éclaire bien trop peu ce qui te sert de mausolée, tombe, cache, cave, ou quoi que cela puisse te sembler être.

Ton bras, ton avant-bras... l'endroit où tu avais été mordue. Tu ne ressens plus la brûlure intense de la chair mutilée, mais incapable de le voir, tu ne sais pas à quoi t'attendre. Loin, est la compagnie de Samuel dans la chambre du vieux fermier, son lit douillet et la dérisoire contrainte de menottes amicales en comparaison de ce qui t'étreint ici...

Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ?


Eléments scénaristiques:
 

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 8 Oct - 20:58
Impossible de savoir ce qui me tira hors de… - Quoi ? Mon inconscience ? Ma mort ? Mon Au-Delà ? - ...en premier lieu. En fait si, je le savais bien avant même de m’en rendre compte. La douleur. Encore. Toujours. Intense ? Atroce ? Totale ? Aucun mot ne parvenait à la décrire autrement qu’en semblants d’euphémismes tant je la ressentais comme poussée à son paroxysme. Et moi qui pensait en avoir reçu ma dose au cours de mon calvaire ante-mortem, qui était persuadée de ne rien pouvoir connaître de pire comme fin abominable, poussant l’agonie jusqu’aux dernières frontières du sadisme auto-infligé par mon propre corps contaminé. Je n’étais plus un corps en proie à la douleur, j’étais de la douleur pure et dure. De la douleur mêlée d’une profonde incompréhension, d’une trouille… non… d’une terreur toute aussi égale. Où étais-je ? Étais-je finalement morte ? Était-ce ça le véritable Enfer aux agonies éternelles ? Non… Non…

Non ! J’étais pas morte, pas cette fois… Je le savais, je le sentais. Le souvenir était encore aussi frais que ce putain de sol sur lequel je me trouvais allongée au moment présent. La silhouette colossale de Mark, son visage neutre, son crâne lisse comme une pastèque. J’venais de lui dire de foutre le camp et de m’abandonner. Lui dire que j’étais foutue de toute façon… Il faisait encore jour. Tout était parfaitement clair dans mon esprit tourmenté. Je n’avais pas sombré dans la folie, je n’avais rien ressenti de cette sensation de flottement, de ce vide abyssal sans dimension qui avait précédé mon réveil précédent. Je sentais encore mes derniers espoirs me fuir définitivement alors que je poussais mon dernier souffle dans un gargarisme rauque de miasmes gluants issus droits de mes poumons infectés à la respiration laborieuse. Et si j’avais conscience d’être en vie et d’en payer le prix fort en terme de souffrance, mon corps ne tarda pas à se rappeler à mon esprit. La souffrance n’était pas issue de mes souvenirs. Non non non non… Ç'aurait été trop beau. Cette souffrance-là se voulait bien réelle, si intense, si pure qu’elle aurait pu en être belle, d’une vue d’artiste.

Chaque parcelle de mon corps était brûlante et froide, intense au point d’en être silencieuse. Presque onirique, issue des pires cauchemars qu’aucun esprit, même le plus tourmenté d’entre tous, n’aurait pu accoucher. Un mal de crâne si intense que je m’imaginais sans mal me trouver au centre même de la terre, à subir des Terabars de pression au centimètre carré. Un mal de crâne dont mon cerveau en compote alimentait le brasier ardent à grand renfort de signaux d’alarme, de panique et d’incompréhension. Tous mes membres semblèrent se réveiller d’un coup de leur léthargie, m’inondant de leurs douleurs et leurs violences individuelles. Mes mollets et mes poignets me faisaient un mal de chien, je sentais mes pieds et mes mains s’emplir de fourmillements atroces, chaque muscle était rendu tremblant d’une tétanie contrainte, même ma respiration se voulait saccadée sous les assauts spasmodiques de mon diaphragme. Saccadée et obstruée. Entre mes dents, mes lèvres sèches et l’intérieur de mes joues, je pouvais sentir la présence invasive d’un bâillon en tissu, dont les attaches m’enserraient l’arrière du crâne - comme s’il avait eu besoin de ça ce con - collant mes cheveux poisseux contre ma nuque.

Je grelottais de froid et de douleur, ce qui n’arrangeait rien à mon état. Je pouvais sentir chaque centimètre carré du tissu de mes vêtements complètement détrempés de sueurs froides. Ils me paraissaient si lourds, si oppressants. Tout comme cette putain d’odeur dégueulasse, pire encore que celle de la chambre froide - je n’aurais pas cru cela possible - âcre et amère, qui parvenait à me prendre les narines malgré qu’elles soient obstruées de glaires visqueuses et dégoulinantes le long de ma joue droite avant d’aller s’échouer à même le sol. Des relents de moisi et de décomposition insoutenables. Mon esprit et mes sens se voulaient troublés - autre euphémisme - à l’image de ma vue. Tout me paraissait flou, brouillon, comme voilé, bien que la pénombre absolue dans laquelle je semblais me trouver ne m’aurait guère apporté d’indice ou de réconfort quant à ma situation. Je tentais de remuer, essayais de renouer avec mon sens de proprioception qui baignait à la dérive dans cet océan de douleur.

Mouvements que je regrettais sincèrement dans les secondes qui suivirent, lorsque je pus sentir que ma bouche n’était pas la seule entravée. Des liens solides me bloquaient poignets et chevilles, maintenant mes bras dans mon dos dans une position des plus inconfortables, reliés à mes mollets noués de la même manière, obligeant mes genoux à se trouver pliés en arrière. Dans un réflexe encore plus stupide de panique, je tentais de tirer sur ces liens pour m’en défaire, rajoutant un peu plus encore à ma souffrance, m’arrachant un gémissement de douleur issu du plus profond de mes entrailles, étouffé par le bâillon de tissu mais qui résonna très clairement sous mon crâne. Même mes os me paraissaient broyés et moulus très finement. Je sentais de chaudes larmes rouler dans mes yeux, puis se mêler à la morve avant d’aller s’écraser au sol. Un gémissement - ou un cri contenu - qui me rappela à ma soif. Une soif si intense et violente que ma bouche paraissait être devenue du sable. Tétanisée par la peur de souffrir encore un peu plus, je restais parfaitement inerte, me contentant de renifler et respirer autant que faire je pouvais en roulant des yeux, battant des paupières à plusieurs reprises pour en chasser les larmes salées qui les inondaient.

A défaut de pouvoir bouger, je tentais d’ôter mon bâillon, assénant et forçant de quelques coups de langue râpeuse contre le tissu, en vain. Rien de ce que je pouvais faire ou tenter ne semblait voué à la réussite. A nouveau, je battais des paupières, semblant distinguer au travers de ce voile brumeux une légère luminosité, bien discrète au milieu de cette avalanche de sens et signaux qui m’assaillaient de toute part. Je tournais très légèrement la tête sur ma gauche, décollant ma joue droite de ce sol froid et poisseux, non sans en payer le prix immédiatement en terme de souffrance. Même les muscles de ma nuque, des muscles dont je n’aurais même pas soupçonné l’existence, me tiraient dans d’abominables courbatures. L’espace d’un instant, je pus me rendre malgré tout compte que la source de cette faible luminosité se trouvait dans mon dos.

Et alors que je relâchais à nouveau toute tension sur mon corps, m’effondrant dans un nouveau gémissement de douleur et une nouvelle montée de larmes, le respiration rendue encore plus laborieuse qu’auparavant, je me sentis envahir par une bouffée de panique, de trouille, une véritable folie furieuse me faisant voir rouge - façon de parler dans mon cas. Mon esprit bascula puis succomba littéralement sous les assauts de cette terreur s’ancrant de manière inexpugnable au plus profond de moi, me poussant sans que j’en prenne réelle conscience à me débattre contre mon gré et mes liens, me tortillant et tirant sur mes entraves malgré la douleur, malgré les brûlures qui me dévoraient les chairs, de longs hurlements étouffés par mon bâillon tentant malgré tout de se frayer un chemin depuis ma gorge vers l’extérieur, avec toujours aussi peu d’efficience. Pour un oeil extérieur, je serais très probablement passée pour une folle furieuse, une hystérique déjantée ou la victime d’une violente crise épileptique.

Et pourtant, je n’en savais rien, poussée et mue par un instinct primaire de panique incontrôlable ayant gentiment envoyé chier toute forme de rationalité et de retenue. Des secousses, des spasmes et des hurlements, tous contraints et réduits au silence le plus implacable, jusqu’à avoir dévoré la moindre petite étincelle de l’énergie résiduelle qui m’avait bousculé. Lourdement, à bout de souffle, percluse de douleur et de courbatures, je pouvais sentir mon sang battre à mes tempes et mes veines, là où les liens exerçaient toute leur pression, le visage inondé de larmes coulant en flots résignés.

J’appelais à l’aide et au secours. Je hurlais des pitiés ou le nom de Samuel en me recroquevillant sur moi-même autant que mes liens me le permettaient, n’entendant que des syllabes étouffées et inaudibles sortir, violemment atténuées, de ma bouche. Dans ma vaine lutte, je m’étais retournée sur mon flanc gauche, ma vision floutée de larmes - floutée tout court de toute manière - distinguant à grande peine une ouverture en forme d’arche trouble d’où provenait cette maigre lumière. Au-delà, je pouvais distinguer quelques lueurs d’un vert anis très pâle, se dessinant en sillons horizontaux et lumineux plus ou moins parallèles, que je finis par identifier comme un escalier.

Un très léger sentiment de soulagement pointa sa fulgurance dans mon esprit, noyé et ballotté dans un océan de souffrances ; un soulagement que je ne m’expliquais pas. Était-ce la simple vision de cet escalier qui l’avait provoqué ? Une question qui ne tarda pas à trouver sa réponse - pour le coup négative - lorsqu'une odeur légèrement ammoniaquée, reconnaissable entre toutes, vint se mêler à l’atmosphère répugnante ambiante, ma cuisse gauche se nimbant soudainement d’une chaleur contrastant presque agréablement avec le froid qui me tenaillait, si ce n’était son humidité. Vu ma situation et mon état, j’ai d’abord cru à du sang. Mon sang, avant de réaliser qu’il ne s’agissait que de mes urines relâchées par mégarde. Un juron traversa mon esprit au moment même où ce très bref soulagement s’estompa pour me laisser de nouveau seule avec mes souffrances, et mes questions qui se pressaient les unes derrière les autres dans un enchevêtrement vertigineux et déroutant.

Qu’est-ce que je foutais-là ? Qui m’y avait emmené ? Pourquoi ? J’étais morte putain… Morte ! Pourquoi alors étais-je bâillonnée et ligotée ? Ce ou ces types, ceux qui m’avaient fait ça, savaient-ils par avance que j’allais revenir ? Que je pouvais revenir ? Encore ? Tout ça n’avait aucun sens. Aucun putain de sens, alors aussi décidai-je de ne pas en chercher un, pour l’instant. Complètement apathique face à mon désarroi et ma situation, je restée ainsi prostrée et immobile, tremblante et larmoyante, ne trouvant au final comme seule chose à faire que m’époumoner autant que possible, m’essouffler en hurlements et en appels à l’aide inconsistants de compréhension et de substance.

Soulstrange

Anonymous
Invité
Sam 28 Nov - 1:43
Le silence.

Immortel, véritable, invariable. Nulle autre perception ne pouvait soulager l'homme-qui-n'était-plus davantage que la sagesse du silence, berçant de son ouverture à la méditation, soulageant son coeur et aplanissant le poids des émotions, des pensées et de la peine. Il appréciait le silence plus que tout autre chose, c'était un sanctuaire, un havre où toute l'agressivité du monde s'envolait et ne lui offrait qu'une douce et chaleureuse paix. Chacun de ces moments l'emplissait d'une pleine sérénité, et dans le silence pouvait être découvertes les raisons de sa haine de la société.

Une société gaspillant les sons et les mots, imbibée de prétention, d'égoïsme, de soif de pouvoir, d'argent, de domination individualiste, de sexe, d'autosatisfaction... une société morbide, trop bruyante et infiniment discordante. L'illustration du capitalisme amené à son paroxysme pour ne plus encastrer la vie humaine que dans un chaînage hiérarchique entre de riches autorités bafouant les lois qu'elles imposaient à des petites gens dont l'existence ne se résumait plus qu'à l'état de leurs comptes en banque, profitant de la moindre occasion de s'en libérer, de renflouer ces même comptes et satisfaire leurs extrêmes quand bien même les moyens pouvaient être criminels et les pratiques repoussantes. Il exécrait cette société, longtemps coeur de la perversion moderne, qui par la force du destin inévitable aujourd'hui n'était en fait plus rien. Juste des cendres, un souvenir encore vivace, mais un souvenir. Ainsi que Sodome et Gomorrhe, Babylone, Rome et Londres, la vérité avait tranché pour ne plus laisser que le silence dont il se délectait, en cet instant où il n'y avait plus de haine. Juste la paix.

Pour l'heure, le silence se brisait sous le réveil agonisant de l'enfant un étage en dessous qui hurlait sa douleur, ou tout du moins s'y efforçait, bâillonnée comme l'on ferait avec un condamné trop bruyant à l'approche de la sentence. Une sentence en l'occurrence qui avait déjà été exécutée d'une certaine façon, se poursuivait d'une autre. Un châtiment tout indiqué dont l'homme-qui-n'était-plus savourait chaque décibel via l’émetteur audio installé à l'insu de l'enfant dans l'angle du plafond, offrant des sons certes lointains mais dont la faible perception suffisait à nourrir l'âme étrange qui écoutait par le récepteur disposé sur la table de nuit poussiéreuse et morcelée à ses cotés. Il laissa le temps passer, afin qu'elle puisse saisir l'ampleur de la situation, qu'elle soit la proie de la terreur humaine.

Elle finit par se taire et il pu retourner à ses pensées. Il était dans l'une des pièces du vaste étage fantomatique, l'entrée affublée de portes épaisses. Assis au centre de la pièce, sur une chaise si vieille et abîmée que seul son bois épais pouvait expliquer qu'elle n'ai pas encore cédée. Penché, avachit sur ses genoux, il n'avait pas bougé, n'avait manifesté aucun signe de vie, ses yeux fermés et cachés derrière un masque à gaz solidement fixé à son visage, emprisonnant tout ce qui avait fait de lui un homme, un homme brisé qui s'était transformé en une coquille de pierre si épaisse et froide que nulle arme ne semblait plus pouvoir l'atteindre aujourd'hui.
Plongé dans sa profonde méditation, il scrutait les régions inconnues à travers la connexion de son esprit à ce qu'aucun autre ne pouvait comprendre que son âme étrange, recherchant de nouvelles réponses à de vieilles questions, car le secret de la conviction demeurait là où elle trouvait sa source, là où les simples hommes étaient incapables de chercher, aveuglés par un seul et unique mode de réflexion : le doute. Le doute était la clé qui contenait les vérités à toutes les énigmes du monde, la force fondamentale de la conviction comme la douleur était celle de la résistance, la peur celle du courage et la peine celle de la compréhension du véritable bonheur dont il était étranger. Bonheur, malheur, des choses qui pour l'homme-qui-n'était-plus n'avaient plus aucune substance depuis fort longtemps.

Nulle chose n'était hasardeuse, tout était ordonné selon une harmonie cohérente et il en était de même des choses invisibles que des règles naturelles et sauvages. Par le doute qu'il exploitait dans les profondeurs de la méditation, là où aucun autre ne pouvait le suivre, il fortifiait sa conviction déjà imprenable. Il n'était cependant pas le seul à rechercher une vérité, puisqu'il fut interrompu par des coups donnés aux portes. Laissant le temps se suspendre dans ses derniers moments d'élévation spirituelle, respectant la fragilité de la méditation sans la briser brusquement, il émergea progressivement jusqu'à rattacher son esprit à son corps de chair et de sang, rouvrant des yeux pleins de certitudes sur le monde. Il eut l'impression que sa respiration reprenait alors, comme si elle avait cessé durant son voyage dans les tréfonds, son masque répercutant de nouveau l'écho de son souffle obstrué avec force.  

« Entre. » Dit il finalement d'une voix grave et rocailleuse, lente, sans aucune surprise sur l'identité de celui qui attendait son autorisation par-delà la porte.

L'une des portes s'ouvrit rapidement et laissa entrer un homme, le fusil disposé par son attache à son dos, équipé tel un mercenaire d'une guérilla occidentale, comptant sur un gilet pare-balle, un équipement de camouflage urbain et un tas de munitions pour accompagner son fusil-mitrailleur. Il s'approcha avec à la main un parchemin, sur lequel avait été retranscrit le message qui était destiné à l'homme au masque. Il vint à ses côtés et se pencha, lui montrant le message avec une certaine tenue, comme un mélange de respect et de crainte qui imposaient des manières presque royales.

« Un message du maître qui demande une rencontre, la clé appartient aux Ombres. »

Les Ombres, un terme pour désigner une méthode de communication cryptée dont il avait le secret. L'homme au masque posa les yeux sur le message présenté sans lever la tête, impassible et silencieux. Il détacha au bout d'un moment sa main de son genou et saisit le message, le mercenaire se redressant en patientant les instructions de son patron.

****

Des bruits de pas résonnèrent à nouveau, dans les escaliers tortueux. Lorsque la silhouette posa le pied sur la première marche, il y eut un son de résonance, se répercutant à travers les escaliers, le couloir, et puis les autres. D'un nouvel écho à un autre, la silhouette descendit les marches, une à une, lentement, sans corps cette fois, car le corps était déjà en bas. A ceci près, qu'il était de nouveau habité par une âme, et la silhouette connaissait déjà cette vérité.

Ivy pu le sentir, le voir, l'entendre, ainsi coupée de tout autre son, de toute autre image que la lumière provenant d'un étage qu'elle ne connaissait pas, de ces escaliers lointains. La silhouette était grande, imposante, couverte d'une épaisse et longue veste de cuir brun qui en cachait ses pieds de profil, son col plus épais encore d'une fourrure grisâtre. Son crâne, son visage, étaient imperceptibles, car ni cheveux ni peau ne s'observait par la maigre lumière. Son visage semblait affreusement déformé, son crâne lisse comme le verre, ses pieds grands et toujours plus épais, mais c'était là des bottes plus massives que de vulgaires rangers, aussi brunes que son accoutrement. Quand il descendit les dernières marches de face, l'on aurait cru voir le visage d'un monstre, plus terrifiant que celui qu'un enfant croit percevoir la nuit dans le fond de sa chambre, frappé d'une imagination sans limite.

Le monstre disparu dans le noir en s'approchant dangereusement de la jeune Ivy cloîtrée au sol, mais ses pas étaient plus clairs, plus résonnants, plus inquiétants. Jusqu'à ce qu'il s'arrête au-dessus d'elle. Elle ne pouvait encore le décrire de près car la lumière ici n'était plus, seulement les ténèbres. Mais ses yeux sans lumière dessinaient sans peine la silhouette haute et corpulente, qui la fixait en silence, si bien qu'elle aurait pu la tuer par la peur si elle avait encore été une véritable enfant. Le bruit du cuir se pliant s'entendit, car la silhouette pliait les jambes pour s'accroupir, devant elle, pour ne plus être qu'à très faible distance de son visage. Dans le noir sa main se leva, paume vers ce visage angélique et saignant, crasseux. Il fit tourner sa main, lentement et sereinement, lui opposant son dos, avant de l'abaisser près des yeux de la jeune femme.

Et sans crier gare, dans la violence la plus pure, sa main s'embrasa d'un feu d'une chaleur infernale, anéantissant les ténèbres par sa naissance grandiose. Sa main brûlait, de ce feu venu de nulle part, venu pour s'imposer à ces yeux noisettes de celle qui était attachée. Le feu semblait dévorer la main bien humaine malgré qu'elle soit abîmée de ce monstre, mais il n'y avait aucune odeur de brûler, seulement la chaleur du feu. Sa main, en proie à la peur originelle des premiers hommes sur terre, demeurait impassible et insensible, tout comme son maître. Là elle pu voir ce qui déformait son visage : un masque à gaz, de splendide manufacture, couvrant un visage dont il ne dépassait que des yeux noirs des verres du masque, des yeux sans vie, le néant. Sur son crâne, un casque, digne des fantassins de la seconde guerre mondiale d'il y a une décennie, sur lequel se dessinait quelque chose qu'elle ne pouvait encore comprendre. Son souffle se répercutait aux parois de son masque, d'un écho intense et broyé. Sa veste était boutonnée et cachait l'en-dessous.

Mais il y avait pire que l'homme si près d'Ivy. Il y avait la pièce que le feu éclairait quelque peu. Il y avait sur le sol, plus pourri qu'imaginé, des cendres, des tas de cendres, un peu partout, des crânes sans aucun doute humains noirs, calcinés, des os noirs, des os brûlés, cassés et sans la moindre trace de chair ou de cartilage. Des ossements trônaient dans ce repaire du diable, parmi les cendres.

« Bienvenue en enfer. » Dit l'homme au masque et à la voix grave et rocailleuse.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 28 Nov - 12:24
Durant combien de temps avais-je tenté de hurler, à m’en déchirer une gorge assoiffée et obstruée, avant de finalement déposer les armes de ma vaine lutte pour me laisser sombrer à l’attentisme le plus glacial, mordant et terrifiant qu’il m’ait été donné de ressentir ? Je n’en savais rien. Quelques minutes ou quelques heures ? Qu’est-ce que cela aurait bien pu y changer au final ? J’étais prisonnière, tant des liens d’un inconnu que de mon propre corps à l’agonie. Plus j’avais cherché à me débattre, à vaincre, à dominer ; et plus j’avais fini par m’enfoncer dans mon échec, ma solitude et ma souffrance. Le silence avait fini par se faire, j’avais fini par le faire, faute d’énergie, faute de cœur, à contempler l’étendue de ma faiblesse et l’impasse de mon avenir. A tel point que, comme ces liens me dévorant la peau ou le froid me saisissant les chairs, le doute s’insinuait en moi, acide, perfide, rongeant petit-à-petit chacune de mes convictions les plus ancrées. J’étais vivante. J’avais survécu.

Était-ce seulement une vérité franche ou une réalité aveugle, m’empêchant de voir, comprendre et faire face au fait que je pouvais être morte. Et si tout cela, cette souffrance et ces entraves, n’étaient que la manifestation onirique de la condition de mes chairs ; à savoir putréfiées et réanimées, laissant mon corps en décomposition errer dans les rues de Snyder, appelé à dévorer tout ce qu’il y avait de vivant autour de moi ? Si c’était bel et bien le cas, alors cela voudrait-il dire que chacune de ces créatures - dont je devais désormais grossir les rangs - avait toujours une conscience quelque part, enfermée au plus profond d’une sorte de “Locked-in syndrom” cadavérique ? Et que par mes actes, je les avais tué ? Aurais-je réellement tué ces gens-là ? Il y avait de quoi devenir folle à retourner cette hypothèse dans tous les sens, d’autant qu’elle pouvait faire sens. Elle faisait définitivement sens. Dès lors… Les avais-je tué ? Avais-je commis ces meurtres ? Réellement ? A moins que… Avais-je pu les libérer de cette condition ? Avais-je pu appeler au repos en appelant à l’aide ? Putain, j’en savais rien. J’avais jusqu’à présent expérimenté l’impossible, été bien malgré moi la manifestation que toutes mes certitudes ne valaient plus rien désormais. Si j’étais morte et prisonnière de cet état, que pouvais-je donc bien faire hormis attendre la libération finale que m’offrirait un survivant ? Serait-ce Sam’ ? Ou Liz’ ? James peut-être ? Nom de Dieu… J’espérais ne jamais avoir à leur infliger ce supplice.

Un son, lourd et étouffé, me parvint alors. Dans un contexte différent, il m’aurait très probablement échappé, noyé dans la pollution sonore de l’environnement, les râles des morts et les croassements des corbeaux charognards ; mais ici, dans ce lieu sans vie, il occupa l’ensemble de l’espace offert par ma cellule onirique et attira mon regard vers la seule source de lumière de l’endroit. Cet escalier, cette volée de marches vers un étage supérieur pouvaient-ils être la manifestation imagée de mes yeux, cette lumière celle de mes yeux vides captant le monde extérieur ; ou simplement l’Au-Delà qu’un libérateur lambda me ferait languir, attendre puis atteindre ? Je plissais mes paupières sur la vision floutée que m’offrait ce panache luminescent, observant peu-à-peu une massive silhouette descendre les marches de son pas lent et lourd. A contre-jour - et ma myopie n’aidant en rien - je n’en distinguais rien hormis la forme globale. Une silhouette humanoïde, d’une corpulence monstrueuse, masculine à n’en pas douter, entièrement sombre. Si j’étais morte, qu’est-ce que ce con foutait dans ma tête ? Le Libérateur ? Si j’étais vivante… Le Bourreau ? Si j’étais dans un Entre-Deux divin… Le Juge ? Je ne savais quoi penser, je ne savais même plus penser rationnellement. Ma seule certitude, c’était que ce type me collait une trouille abominable et oppressante aux tripes.

Une terreur qui prenait sa source depuis le plus profond de mes entrailles pour resurgir à la surface de ma peau, semblant la déchirer, la lacérer de ses griffes avides alors que l’humanoïde se rapprochait de moi, jusqu’à s’occulter à ma vue en obstruant toute la luminosité. Mais plus que son apparence dissimulée dans l’ombre, masquant ses traits, son visage s’il en avait un, c’était son souffle, rauque, résonnant en échos broyés, désincarnés, qui me terrorisait plus encore. Il s’arrêta juste à mes côtés, me dominant de sa hauteur et de sa stature que je peinais à deviner dans la pénombre. Je retenais mon souffle derrière mon bâillon, les yeux écarquillés, figée dans l’attente de sa manifestation, dans l’appréhension de sa volonté. Qu’il soit Juge, Bourreau ou Libérateur, ça puait furieusement pour moi, dans tous les cas. Lentement, je le vis s’accroupir, je le sentis se faire plus oppressant encore, mon cœur bondissant dans ma poitrine, frappant pour s’en extraire et se barrer en galopant, faisant passer ma respiration de retenue à fébrile, anarchique. Je respirais la peur, transpirais la terreur, sentant l’homme - le truc - bouger, lentement, comme s’il se délectait de sa domination. Qu’est-ce qu’il voulait ce con ? Qu’est-ce qu’il branlait à attendre comme ça ?

Tendue et tremblante, je ne pouvais m’empêcher de le fixer, sentant qu’une part de lui était très proche de mon visage, peut-être une de ses mains ; me faisant soudainement souhaiter être morte et que tout cela ne soit qu’une putain d’hallucination macabre de mon esprit délirant, de ma raison se délitant. Quelques gémissements terrorisés s’échappaient des tréfonds de ma gorge pourtant nouée, semblant s’étendre et emplir la pièce tout entière de leur seule existence. Puis un flash. Intense, lumineux, brûlant, un souffle incandescent qui me fouetta le visage et m’arracha un cri étouffé de surprise terrifiée. Dans un réflexe, j’avais fermé les paupières et détourner le visage autant que ma position et mes entraves me le permettaient, les rétines encore imprimées de ce flash jaunâtre aux allures de flammes, au sein desquelles semblaient se découper la silhouette plus sombre d’une main. Je sentis les larmes envahir mes yeux qui, jusque là habitués à la pénombre, n’avaient que très modérément apprécié la luminosité soudaine, exigeant un repos d’une poignée de secondes - si c’était encore des secondes qui s’écoulaient - avant que je ne puisse rouvrir mes paupières, le visage légèrement détourné.

Et sous la lumière dansante, je pouvais distinguer, non loin de moi, un crâne, les restes d’un crâne, noirci, brisé, consumé ; et plus d’un en réalité. Le sommet arrondi laissant deviner la présence d’au moins une orbite, se dessinant dans des jeux d’ombres et de lumières, s’extrayant d’une couche de poussière fine et jaune-grisâtre, comme s’il y avait été enseveli à moitié. Pour le coup, ça faisait beaucoup de poussière. Trop même. Beaucoup trop. Je fronçais très légèrement les sourcils en reportant lentement mon regard et mon visage vers la silhouette, découvrant avec tant d’horreur que de stupeur que sa main était en flamme, nimbée d’un feu nourri de néant, qui ne dégageait ni odeur ni fumée, seulement une chaleur que j’aurais pu trouver réconfortante en d’autres circonstances. Mes noisettes fixèrent longuement cette scène totalement irrationnelle, cette main nue et parcheminée, abîmée et ardente, et pourtant immobile, comme si le feu n’avait pas d’emprise sur elle. Ni morsure, ni brûlure. Pourtant, je sentais la chaleur, je percevais la réalité de cette flamme, sa nature et son tangible. Si ça, ÇA ! …c’était pas la preuve que j’étais clamsée et en train de complètement délirer, j’ignorais ce qu’il me fallait de plus pour me le prouver.

Je déglutis avec difficulté, laissant lentement glisser mes noisettes effarées depuis la main incandescente vers le visage éclairé en contre-plongée qui me dominait. En réalité, nul visage. Juste un imposant masque à gaz, semblant sortir d’un musée dédié à la seconde guerre mondiale à en juger par son état de conservation. Un masque à gaz duquel s’échappait ce souffle que j’avais cru inhumain dans un premier temps, mais qui prenait désormais tout son sens. Un masque qui arborait deux épaisses lentilles de verre en guise de regard, sur lesquelles se reflétait la flamme dansante, me donnant l’illusion qu’un feu brûlait à l’intérieur même de celui-ci. Qu’est-ce que mon esprit pouvait bien inventer comme chimère pour me faire passer la pilule de mon trépas ? Le visage crispé entre horreur, méfiance et curiosité, je ne pouvais décrocher mon regard de ce masque à gaz, et du je-ne-savais quoi qui pouvait bien se dissimuler dessous. Comment mon subconscient avait-il pu créer un monstre pareil ? Je n’avais pourtant jamais rien connu de semblable dans ma vie précédente… Et l’humanoïde me parla.

*Bienvenue en enfer ??* me répétai-je mentalement. Les flammes, les crânes, la poussière… C’était pas de la poussière… C’étaient des cendres… Des putains de cendres humaines ! Le truc en face de moi n’était ni Libérateur, Juge ou Bourreau, c’était le putain de Diable en personne. Instinctivement, animée - secouée - d’un réflexe primaire, je me tortillais pour essayer de reculer quelque peu, m’éloigner de cette chose qui venait de susciter chez moi une terreur s’étalant vers l’infini et plus encore, alors que ces mots, crachés d’une voix grave et rocailleuse, déformée par l’empreinte métallique de son masque à gaz tournaient en boucle dans mon esprit, l’empoisonnant, le broyant sous leurs écrasantes syllabes lourdes de sens. Mes actes avaient eu des conséquences, sur mon Au-Delà, et j’avais mérité l’Enfer. Je secouais la tête, rejetant toute cette réalité alternative, cette conclusion infernale d’un seul bloc, mes yeux se trouvant noyés de larmes horrifiées, terrorisées et suppliantes, roulant sur mes joues, mon menton puis mon cou. Je hurlais un “Non !” intense, violent, déterminé qui, quand bien même il se trouvait étouffé par le bâillon de tissu, restait aisé à comprendre. Je hurlais à nouveau et de plus belle, me débattant et me tortillant sur moi-même, mon corps réagissant à l’image de mon esprit, tous deux cherchant à s’enfuir de cette réalité.

Je perdais pieds et je perdais sens. Mon intellect, ma rationalité, ma raison, chutant dans le précipice profond de mes instincts primaires les plus irrationnels, ma nature la plus humaine, mon animalité la plus refoulée. Tout ça, c’était du flanc ! Ce type n’existait pas. Cette pièce n’existait pas ! Cette stature, cette voix, ces habits, tout ce cuir et ce feu sorti de nulle part… C’était pas le Diable ! C’était rien ! Juste une hallucination que la Mort m’infligeait. Une hallucination que mon esprit venait de créer de toute pièce pour se chercher une raison, une justification, des branches auxquelles se raccrocher dans sa dégringolade, parce qu’il ne pouvait tolérer de rester dans l’ignorance, parce que je ne pouvais tolérer d’être tenue pour seule responsable de ce qui m’arrivait, de ce que je vivais ; peu importait ce que “vivre” pouvait encore bien signifier ! Un colosse tout de cuir vêtu à la voix grave qui avait fait naître le feu à partir de rien !? J’me foutais de ma gueule !? Ce type, ce n’était qu’une hallucination créée à partir des rares souvenirs que j’avais de Brooks. Et si mon esprit avait pu créer tout cela, monter ce délire de toute pièce, alors je pouvais le détruire, le démolir par la force de ma seule volonté !

Cessant en partie de me débattre, j’avais redressé la tête sur mon cou, posant sur l’hallucination de Brooks un regard mauvais, luisant sous la lueur de la flamme tant de colère que de peur et de déni, le visage crispé d’une haine que je ne vouais qu’à moi-même pour m’infliger de tels délires torturés.

“‘A ‘e ‘air’ en’u’é ‘en’er !! ‘A ‘e ‘air’ en’u’é !” avais-je hurlé à travers mon bâillon, rageuse, défiante d’une haine gonflée de l’orgueil d’avoir su déjouer mon propre cauchemar. Mes liens allaient céder, Brooks allait se consumer de ses propres flammes et je serais libre. Alors oui… *Va t’faire enculer, l’enfer !*

Soulstrange

Anonymous
Invité
Lun 30 Nov - 0:36
L'homme au masque à gaz demeura accroupit en l'observant, éternellement imperturbable, sans réaction, sans substance, un fantôme de chair et de sang qui n'éprouvait face à la peur de la jeune femme, sa crainte, sa colère et sa haine... rien, que son souffle lourd.

Alors que celle-ci se débattait furieusement, il se redressa, conservant le feu qui brûlait avec force dans sa main à nue, n'avançant pas cette fois. Sa voix rauque, rocailleuse et froide vrombit d'un écho qui alla percuter chaque recoin de la pièce pour revenir et en frapper l'autre façade, telle une balle ricochant dans une pièce de métal, après qu'elle ai tenté de cracher ces mots à l'enfer.

« Pourquoi te débattre ? Pourquoi craindre ? Est-ce pour ta vie ? Celle-ci tu l'as déjà perdu. Ainsi que tous ceux que tu as connu et tout ce que tu étais. Tu existes, maintenant, dans les ténèbres et dans les ténèbres tu n'as plus besoin de la peur. La peur est l'arme des esprits vivants pour se prémunir de la mort et garantir leur survie. Ce n'est plus notre office. »

Il acheva sa rétorque en refermant sa main brusquement. Et le feu disparu plus vite encore, replongeant la pièce dans le noir presque absolu, dont la faible lueur symbolisait le faible espoir qui rendait le dominant désespoir plus douloureux, du contrôle que la jeune Ivy ne possédait plus, de la survie dont elle n'était plus maîtresse. Il y eu un silence, long et oppressant, sans que la jeune femme ne puisse savoir où cet homme, ce monstre, était. Était-il resté à sa place pour la fixer en profitant de la nuit ? Avait-il disparu ainsi qu'elle l'avait souhaité en injuriant l'enfer ? Pouvait-il seulement posséder cette capacité d'évoluer et de voir là où la condition bien humaine de la jeune femme faisait de la nuit son ennemi ?

Au bout d'une, deux, trois minutes peut-être... au terme d'une éternité sûrement, des bruits de pas lui parvinrent très faiblement. Si bien qu'elle ne pouvait vraiment savoir d'où ils venaient, où ils allaient, s'ils se rapprochaient. Et pourtant ils se rapprochaient et cela, elle ne put le savoir que lorsqu'elle sentit sa présence à nouveau à sa hauteur, puis quand elle sentit bien davantage la botte du monstre s'appuyer sur son épaule pour la pousser sans ménagement sur le ventre avec une force imparable. Vint fatalement une pression sur la corde qui joignait ses liens, la tirant soudainement en pressant la longue et dite corde qui enserrait plus atrocement ses poignets et ses chevilles, pour traîner la prisonnière sur le bitume.
Le supplice plus horrible que d'être traînée dans les ténèbres par un homme-qui-n'était-plus, était de sentir son propre corps glisser sur la cendre dont le brûlé avec presque disparu pour laisser une odeur amère et répugnante, de sentir ces cendres dont la provenance n'était plus à douter épousseter ses vêtements et son visage, virevolter dans l'air nauséabond pour pénétrer ses narines et ses yeux, imprégnant Ivy de la mort à l'état pur. Aurait-ce été un peu moins insupportable pour tout esprit sain, si ce même corps n'avait pas percuter les crânes et les ossements également ? Les bousculant, en accrochant un ou deux au passage.

Quand enfin la silhouette cessa de la tirer comme l'on ferait d'un sac de sable, elle put percevoir qu'il manipulait la corde et alors la pression cessa, en même temps que la corde cassa, la libérant de sa posture accablante. Un soulagement, accentué quand il fit céder la seconde partie de la corde qui plaquait ses poignets l'un contre l'autre, lui rendant pouvoir sur ses bras et sur ses mains. Il laissa en revanche ses jambes liées par les chevilles.

Après quelques instants, le feu s'embrasa à nouveau sans que rien ne l'annonce, mais non pas dans la main ou toute autre partie de l'homme, mais en une torche de fortune placée au mur grâce à un socle, qui donnait l'impression méritée d'être dans un donjon du moyen-âge. La lumière jaillit une fois de plus et une fois de plus le spectacle était macabre autour de la frêle Ivy. La torche se trouvait au dessus d'un réceptacle de pierre incrusté au mur. L'homme au masque apparu en passant devant le visage de la jeune femme, pour s'approcher du réceptacle dans lequel il amena paisiblement ses mains qui n'étaient pas couvertes comparé au reste de son corps, les y plongeant dans quelque chose. Au bruit entendu et à la manière qu'il avait de mouver ses mains hors du regard d'Ivy, il paraissait évident qu'il s'agissait d'un liquide, de l'eau peut-être. Il se nettoyait.

« Toi et moi, nous sommes semblables. Nous avons été rejetés par la mort, plus d'une fois. D'aucuns nous appellent les ressuscités, d'autres se contentent de refuser de croire à la véracité de notre histoire, et tous sont dans l'ignorance. Le dieu de l'au-delà s'est détourné de nous, a brisé le cycle naturel en refusant de nous accueillir dans son jardin de sang et de feu.

Et par la trahison de la mort, nous avons perdu l'essence même de la vie, pour ne plus être qu'une forme d'existence dégénérée. Voilà, ce que nous sommes, une gangrène incontrôlable, le fruit de la dégénérescence. »

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 2 Déc - 1:10
Cette voix... Cette profondeur écrasante, parfaitement désincarnée, presque inhumaine, semblait surgir de nulle part et partout à la fois, étouffant sous sa froideur et sa puissance le brasier ardent de ma colère, en même temps que l’hallucination avait refermé sa main et éteint la flamme qui la consumait. A nouveau, le noir se fit plus oppressant que jamais alors que mes pupilles contractées par la vivacité des flammes peinaient à s’accommoder à la faible luminosité que laisser filtrer les escaliers. Plus rien. Avais-je réussi ? Avais-je vaincu l’hallucination ? Si c’était le cas, quel était le message que mon esprit complètement torturé avait voulu me faire passer au-travers de sa personne ? Ne pas craindre de mourir ? J’étais déjà morte, une seconde fois. Comment pouvais-je craindre de mourir à nouveau ? Je secouais misérablement la tête, toujours tremblante d’une terreur qui grandissait proportionnellement à l’obscurité et l’incompréhension qui me baignaient. Si j’avais vraiment vaincu l’illusion de Brooks par ma seule volonté, ma seule haine, mon seul déni même peut-être, il me suffisait alors de me concentrer sur la nature de mes liens pour les rompre tout autant.

Mais il n’en était rien. Non… Non… Je l’entendais. Je le percevais, au milieu du vacarme de mon cœur qui s’affolait et menaçait d’exploser dans ma poitrine. Il était là. Quelque part. Ses pas, étonnamment légers et discrets pour un homme de sa corpulence, à peine discernables entre deux souffles paniqués qui s’enfuyaient de mes naseaux. Combien de temps allait durer ce manège macabre ? Combien de temps avant qu’il ne m’offre ma liberté ? Ma liberté définitive ? Je sentais à nouveau mes yeux s’inonder de larmes de terreur, mouillant mes joues alors que quelques gémissements et appels à son intention essayaient vainement de s’enfuir de ma gorge.

Et pour toute réponse finale, au bout d’un temps incalculable, insaisissable, le poids d’une botte sur mon épaule qui me fit basculer sur le ventre, sa lourde semelle écrasant mes muscles meurtris jusqu’à ce que mon visage, ma joue gauche ne vienne elle aussi embrasser le sol froid et poussiéreux. Et c’était pas de la poussière, je le savais, qui vint se coller à ma peau humide de sueur et de larme, peut-être même de sang, qu’en savais-je ? A nouveau, je tentais de me débattre, de me défiler à son emprise, craignant, redoutant plus que tout au monde, d’être mise à mort - dans la mort elle-même ! - par une immolation longue et douloureuse, consumée par les flammes de l’enfer que j’avais osé envoyer se faire mettre. Je regrettais mes propos, je regrettais mon ton et mon insolence inutile à l’instant même où je sentis la corde liant mes poings et mes mollets se tendre d’une traction qui scia un peu plus encore ma peau déjà endolorie. Le Diable me traîna sur le sol sans ménagement, sans même paraître gêné du peu de résistance que mes vaines gesticulations pouvaient lui offrir. Je hurlais derrière mon bâillon, secouant la tête tout autant que le reste de mon corps, refusant mon sort, suppliant mon bourreau, fondant en larmes et cris hystériques étouffés, les yeux rendus brûlants par les volutes de cendres soulevées par ma traction, la respiration rendue laborieuse par celles que j’inspirais dans ma terreur, m’arrachant des quintes de toux rauques qui ne trouvaient aucune issue. Je pouvais sentir les os calcinés des autres suppliciés de l’enfer rouler ou craquer, se brisant parfois sous le poids de mon maigre corps. Bientôt, je serais mêlée à eux, indiscernable, inexistante. Le néant le plus absolu, à l’image de celui qui avait envahi l’espace de mon esprit que ma raison avait abandonné.

Je me sentais devenir folle. Jamais, de toute ma vie - mes vies - je n’avais ressenti une telle terreur, un tel désespoir. Même lors de ma première mort, même dans ma fuite d’Austin au milieu des infectés, même face au funeste destin de mon paternel ou encore l’agonie dans la boucherie... Tout ça… Toutes ces craintes, ces peurs, ces angoisses qui avaient pourtant fait naître chez moi les plus horribles cauchemars n’avaient plus de valeur. A cet instant même, tout cela aurait pu m’apparaître comme de bons souvenirs finalement. Qu’avais-je donc bien pu faire pour mériter tel châtiment ? Déjouer la mort une fois ? Était-ce là le prix à payer pour avoir bafoué cette seconde chance ? Je l’ignorais… Je ne voulais pas savoir de toute manière, je voulais juste partir… Enfin… Demeurer tranquille, libérée de cette culpabilité, de cette souffrance, de cette horreur qui me liquéfiaient les tripes.

Et quelque part… Quelque chose dut m’entendre car le Diable me relâcha enfin. Je m’affalais sur le sol, inerte, essoufflée et littéralement à bout de force. C’est à peine si j’avais pu émettre un nouveau grognement ou gémissement lorsque la tension de la corde cessa enfin et que je pus déplier mes jambes ; ou plus exactement les laisser retomber au sol sans même réussir à trouver la force de volonté de les retenir. Je ne ressentais que la brûlure de mes muscles trop longtemps contraints s’enfuir d’un côté pour revenir de l’autre, tremblants de cette tétanie infligée. Encore quelques secondes supplémentaires et ce fut au tour de mes poignets de se voir désolidarisés l’un de l’autre. Enfin, je pouvais jouer de mes épaules douloureuse, plier mes bras, lentement, avec une extrême prudence et son lot de grimaces de douleur, craignant de les voir soudainement s’effriter et tomber en cendres tant ceux-ci me brûlaient. Je m’attendais presque à ce que les liens de mes mollets et chevilles soient rompus eux aussi, mais visiblement, c’était là trop d’optimisme, surtout pour une morte en suspens.

La lumière revint, toujours dansante, toujours issue des flammes. L’heure était-elle venue ? M’avait-il détaché pour que dans mon ultime agonie flamboyante, je puisse lui offrir un spectacle agité, une dernière danse macabre qui satisferait à sa Malice Originelle ? Prendrait-il plaisir à me voir souffrir et hurler, à me voir nourrir son brasier, à consumer mon âme ? Un plaisir proportionnellement égal à ma souffrance ? J’avais fermé les paupières, le visage contre le sol, contre la cendre, à préférer ne pas voir ni savoir quand les flammes de l’enfer s’abattront sur moi. J’aurais pu fuir. J’aurais tout fait pour éviter ce destin ; mais raison et instinct m’avaient précédé sur ce coup-là, ne me laissant que la résignation pour seule compagnie. Une résignation qui m’aliénait désormais mieux que ces cordes, par une folie qui noyait mes sens et mes pensées presque éteintes.

Mais non. Rien. Le Néant. Encore lui… Il avait décidément choisi de se pointer de partout celui-là. Dans cette pièce, l’espace et le temps, dans la nature de cet homme, cette chose, sa voix comme son souffle, dans mon esprit, ma raison et mon cœur. La logique, l’espoir, la hargne et la colère… Le feu avait jailli du Néant. Le Néant était l’Enfer et l’Enfer le Néant. C’est tout du moins dans cette divagation totalement bordélique et vide de sens que je commençais à me perdre et à me déphaser de cette réalité qui n’en était qu’une parmi d’autres, ressentant après cette libération comme une irrépressible envie de dormir, me reposer et me laisser porter vers le Néant. Mais le Diable en avait décidé autrement, brisant ce carcan néantique que j’appelais de mes vœux en reprenant la parole.

Ses premiers mots n’eurent aucun mal à trouver résonance en moi, tant ils s’imposaient à mon esprit évidé. Les yeux clos, le nez calfeutré de cendres, la bouche prise - et goûtant de l’amertume salée des cendres - ma peau complètement dévorée par le feu de mes muscles, il ne restait guère que l’ouïe pour m’atteindre, pour espérer communiquer ou me faire passer le moindre message. Et le reste de ses propos suivi le même chemin. D’abord, je ne les entendis pas vraiment, les saisissant et les enregistrant sans pour autant les comprendre. C’est à peine si j’avais porté le moindre crédit ou intérêt à celui qui les avait prononcés, estimant que celui-ci ne ferait que m’empoisonner l’esprit. Puis les mots se rassemblèrent, se réorganisant en phrases, plus percutantes, plus vibrantes encore des reliquats de la voix froide et désincarnée qui les avait construites.

*Plus d’une fois ? Rejetés par la mort plus d’une fois ? Plus d’une fois…*

Ces mots se répétaient en boucle dans ma tête, déchirant soudainement le Néant d’un gouffre vertigineux, un trou noir vorace qui ramena à lui avec violence tout ce qui s’était envolé de moi. Un maelström de pensées, de questions, de sentiments me foudroyant soudainement l’esprit, me ramenant à la réalité première qui m’avait saisie. Je n’étais pas morte. Un retour d’autant plus violent que mes divagations étaient parties loin, vraiment loin. Ma migraine se fit plus fulgurante et accablante que jamais, m’arrachant une grimace de douleur telle que j’avais l’impression de m’arracher les muscles du visage. Dans un effort brûlant, qui me paraissait surhumain, je poussais sur mes bras et roulais sur le dos, les yeux toujours clos, sentant mes cheveux moites se mêler aux cendres, les coller à ma nuque poisseuse. Puis je ramenais doucement mes mains vers ma bouche, refermant avec difficulté mes doigts ankylosés sur le bâillon de tissu, tirant sur celui-ci, le sentant mordre mes cervicales et ma nuque avant qu’enfin je ne puisse l’ôter, le laissant pendre autour de mon cou. Premier réflexe : inspirer. Je happais l’air à grande goulées, emplissant mes poumons d’une sensation de liberté retrouvée qui m’arracha une quinte de toux des plus violentes. Je basculais sur mon flanc droit, en appui sur mon bras, pour tousser et cracher ce qui m’avait tant obstrué les poumons et me les avait dévoré depuis ce… réveil. Des glaires, des cendres, de minuscules caillots de sang noirâtres issus de ma précédente agonie. L’homme avait fini de parler depuis longtemps que je n’avais toujours pas pu retrouver ni mon souffle, ni mes esprits. Tout était si laborieux… Le moindre geste, une épreuve. La moindre pensée, un vacarme. Le réveil chez Nelson ? Une putain de thalasso à côté de ce que je vivais ici... Parce que oui, je vivais !

Combien de temps cela dura-t-il ? De très longues minutes, où j’agissais mécaniquement, comme un putain de pantin sans fil livré à lui-même, aux articulations grippées. Très lentement, j’avais fini par redresser mon buste, non sans subir le courroux de mon diaphragme et de mes abdominaux. Je me massais les poignets, ravivant les brûlures causées par la morsure de la corde, le regard vide, fixé sur ces gestes, la mine béate, sonnée. Le monde semblait danser devant mes yeux. Tantôt je percevais chacun de mes sens, le moindre son, la moindre odeur, l’instant suivant, tout s’était envolé, comme si mon esprit s’en allait et revenait dans un rythme de plus en plus frénétique et accablant. Et puis la réalité me frappa à nouveau, me faisant l’effet d’une violente claque alors que tout se réimposait à moi. Le flambeur ! Il était plus que des mots qui tournaient sous mon crâne, plus qu’un souffle résonnant d’une empreinte métallique dans l’espace vide de cette pièce. Il était juste putain de là ! Je tournais mon visage vers lui, observant sa silhouette floue se tenir sous la lumière d’une torche flamboyante, projetant son ombre qui s’étirait largement derrière lui. Que pouvait-il bien faire ? Que pouvait-il bien attendre de moi ? A nouveau, la peur s’empara de moi et se mit à croître de manière exponentielle. A nouveau, tous mes signaux venaient de virer rouge. A nouveau la panique me gagna et fit s’emballer ma respiration et mon rythme cardiaque, relançant mon mal de tronche. Mais tout cela n’était que le cadet de mes soucis.

En réponse à ma panique, j’avais pivoté sur mon cul pour me retrouver à lui faire face avant de me reculer, poussant sur mes jambes encore liées pour mettre un maximum de distance entre lui et moi, mes mains s’écrasant dans les cendres, mon cul traînant au sol. Je sentis ma main gauche se poser sur quelque chose de long, sec et dur alors que les poussières d’hommes et de femmes m’ayant précédé ici, dans l’antre de ce type, recouvraient le dessus de ma main. Mes doigts se crispèrent autour de l’objet contondant et je l’exhumai de son carcan de cendres, arrachant quelques volutes légères qui me firent tousser avant de le brandir en direction de l’homme, le bras gauche tendu, ma main droite venant à son tour se refermer sur l’objet pour le maintenir plus fermement encore. Quelle ne fut pas ma surprise de me voir exhiber un os calciné et brisé - me demandez pas lequel - face à mon bourreau. Dans un cri de dégoût et d’horreur, je balançai l’ossement dans un coin de la pièce sur ma gauche et reculai encore de quelques mètres avant de me figer d’effroi, la main droite posée sur le sommet arrondi d’un crâne carbonisé qui se brisa quelques secondes après dans un craquement sinistre, me faisant perdre l’équilibre. Je me retrouvais ainsi à moitié avachie sur mon bras droit, sur un sol froid et nappé de cendres. Mes noisettes terrifiées s’étaient agrandies en contemplant la silhouette rendue encore plus floue avec la distance s’allongeant, et je ramenais mon bras gauche devant mon visage, à une trentaine de centimètres, comme pour me protéger de je-ne-savais quoi.

“V-Vous… Vous êtes qui ?” avais-je plus crié que demandé à l’inconnu, me surprenant d’entendre ma voix rendue si rauque et enrouée, brisée par la soif et mes hurlements. Je m’en rendais compte, à l’oreille plus qu’à la sensation : je crevais de soif. Malgré tout, je n’interrompais en rien le flux d’interrogations paniquées que me soufflaient mon esprit en alerte. “Vous-vous m’voulez quoi ? Z’êtes qui ? Z’ê-Z’êtes quoi ? Qu-Qu’est-ce… C’est quoi tout ça ? J’suis où putain !??”

Soulstrange

Anonymous
Invité
Dim 6 Déc - 0:27
Tout du long, l'homme au masque resta fixé devant son réceptacle tandis qu'Ivy reprenait possession de son corps et de sa - presque - liberté physique. Si l'on pouvait appeler cela une liberté. Elle cherchait par un instinct puissant et primaire, que rien ne pouvait faire plus logique, un échappatoire, une distance, une possibilité de retrouver la vraie liberté qui n'avait aucune concession à faire avec le diable.

Ivy avait marqué une distance et s'appuyait sur son bras droit dans la pénombre, plaçant son bras gauche devant elle pour se protéger comme une porte de bois pouvait se protéger d'un char de guerre, mais tous les efforts et toutes les raisons valaient d'être tentés, quand il s'agissait de protéger sa vie et son intégrité. Pour autant il y avait un homme-qui-n'était-plus qui ne croyait pas en cela, quelqu'un qui au contraire, pensait que les instincts devaient être inhibés, les peurs et les craintes anéanties, pour créer une espèce nouvelle.

La jeune femme avait posé ses questions, de sa voix rauque et emportée, assoiffée. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle vit l'homme de dos redresser la tête casquée et masquée, retirant ses mains du réceptacle. Son souffle graveleux fut l'unique réponse durant un temps, qui parut s'étendre sur des instants entiers et plus encore. Si bien que la frêle Ivy eu le temps de se rendre compte qu'une sensation naissait dans son bras gauche, à moins qu'elle ne se réveillait, suite à l'endormissement de ses membres immobilisés. Une irritation, comme si une colonie de fourmis s'était agglutinée sous la manche de son vêtement et grouillait à un endroit précis, un endroit où de ses souvenirs jaillissants, elle se rappelait la brûlure et la douleur terrible d'une chair arrachée.

L'homme-qui-n'était-plus fit volte face presque soudainement et vint braquer son regard sur elle en avançant, attirant probablement son attention et se frottant légèrement les doigts de la main droite près de l'emplacement de sa cuisse les uns avec les autres, lui donnant l'air de jouer d'un piano invisible. Ses bottes claquèrent la pierre l'une après l'autre en se répétant, jusqu'à revenir à cette hauteur de la jeune femme par laquelle il s'était révélé un peu plus tôt.

« Ce que je suis ? Le faiseur de tragédies et le sondeur d'âmes. Ce que je te veux ? Je veux savoir... »

Il s'accroupit près d'elle en attrapant son bras gauche même si elle l'avait rabattu, allant chercher son poignet d'une poigne forte et dominatrice en pratique, qui ne révélait ni davantage de colère ou de tentative de la dominer réellement par la froideur générale qu'il dégageait toujours, et par le calme perpétuel de sa voix à l'écho inhumain. Imposant une fermeté à laquelle la frêle Ivy ne pouvait résister, il amena son bras d'une main et de l'autre créait à nouveau une flamme incandescente qu'il portait, brûlante et à la chaleur ardente, en chandelier éclairant leurs deux visages. Une façon peut-être de la dissuader d'émettre une quelconque résistante, à moins que son idée soit autre, quoi qu'il en soit cette flamme pouvait presque caresser la peau de la jeune femme et faisait jumelle avec celle qui dansait sur la torche.

« De quoi est composée ton âme. Je veux en connaître la couleur et la teneur, savoir si elle est pure ou putride, immaculée ou rongée. Mais avant que nous commencions, il va te falloir relever cette manche, pour découvrir le prix à payer pour le rejet de la mort. »

Le feu éclairait le bras qu'il tenait, lui qui avait prit soin de ne pas se saisir de sa manche également en la saisissant par le poignet. Dans sa posture qui les mettaient d'égal à égal, il se figeait d'une immobilité presque parfaite aux yeux d'Ivy, car ni son corps recouvert, ni sa main embrasée, ni son visage masqué ne réalisaient le moindre mouvement. Il n'y avait que ses yeux qu'elle ne voyait pas la fixer et seule sa large main, l'empoignant, assurait son maintien, coupant à toute possibilité de s'éloigner de lui à présent.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 6 Déc - 17:41
A mes questions, l’homme avait soudainement fait volte-face, abandonnant sa je-ne-savais quelle occupation étrange pour reporter son attention sur moi, et finalement s’approcher. A chacun de ses pas, je me sentais me recroqueviller sur moi-même, plus par réflexe que par réelle intention de me préserver, quand bien même le résultat se voulait le même. L’homme, la chose, m’écrasait de sa corpulence, de son aura froide et pesante. Plus que sa simple présence, l’inconnu et les mystères qui entouraient cet homme me tétanisaient. Lentement, j’avais fini par ramener mon bras gauche vers ma poitrine, mon buste s’était abaissé un peu plus sur mon bras droit, j’avais légèrement battu le sol de mes jambes entravées pour tenter de conserver l’espace entre lui et moi, que chacun de ses pas réduisait dans une implacable fatalité. Ce truc allait de nouveau être sur moi, d’une façon ou d’une autre, et je ne pouvais lui échapper. Si j’avais pu fusionner avec le sol, me cacher sous les cendres, je l’aurais fait sans aucune hésitation pour espérer échapper à sa vigilance.

Figée, je levais mes noisettes en direction de son visage masqué aux traits flous, guettant le prochain de ses souffles désincarnés qui lâcherait - peut-être - une phrase que j’espérais plus riche en informations tangibles à propos de tout ça. Mais non, rien ne parvint, hormis cette désagréable sensation de sentir mon bras gauche fourmiller et me démanger, rappelant à mes souvenirs la raison première de ma présence en ces lieux. La morsure. Relevant ma main droite, n’étant plus en appui que sur mon coude, j’avais amené celle-ci gratter avec une certaine frénésie la moitié distale de mon avant-bras gauche, par dessus l’épais et rêche tissu de ma veste de travail, pourtant déchiré à l’endroit où le macchabée avait planté ses chicots putrescents. Au moment même où le flambeur répondit à mes questions sans y répondre. Le faiseur de tragédies et le sondeur d’âmes ? Si mon visage resta figé de peur et d’incompréhension, mon esprit, lui, se montra bien plus expressif et dubitatif. Soit j’étais tombée sur un VRP de l’Au-Delà appréciant parler en énigmes, soit j’étais bien retombée sur Terre entre les griffes d’un maboul visiblement bercé trop près du mur. Mais dans un cas comme dans l’autre, il dominait la situation. Et j'étais sa situation...

Laissant ses mots et ses intentions en suspens, il s’accroupit et se pencha sur moi pour venir agripper mon bras gauche et le ramener vers lui, au niveau de mon poignet. Se faisant, il me redressa également sur mon séant tant je maintenais mon bras replié près de mon buste, forçant en vain pour espérer échapper à sa prise. J’avais commencé à vouloir me débattre, notamment en repliant mes jambes vers mon torse dans l’espoir de lui balancer un coup de pied quelconque ou interposer mes genoux entre lui et moi, mais la flambée aussi soudaine qu’impressionnante de sa main libre me figea d’autant plus et, à défaut de me rendre parfaitement docile, eut au moins l’avantage de me figer dans une posture plus conciliante. Au moins ses mots suivants avaient-ils eu droit à toute mon attention, leur résonance métallique écrasant sans trop de peine les maigres souffles issus de ma respiration paniquée, rapide et saccadée.

Il me demandait de relever ma manche gauche. Il voulait que je lui dévoile ma blessure pour jauger de la couleur de mon âme. Alors déjà je pensais en cet instant qu’il aurait pris la peine d’ausculter ma morsure avant même que je ne revienne à moi - d’entre les morts, ou les vivants, ou autre chose - pour autant, je ne comprenais en rien le sens que tout cela pouvait bien avoir pour lui, ni même pour moi. La couleur de mon âme ? Même en étant daltonienne, jamais je n’aurais pensé qu’une âme puisse avoir une quelconque couleur, encore moins la mienne. Et puis merde… Pure ou putride ? Immaculée ou rongée ? Il n’avait même pas envisagé la possibilité d’un entre-deux nuancé ? Après tout, je n’étais ni ange, ni démon ; juste humaine. Dans mon cas et dans celui de tous mes congénères, rien d’aussi absolu et arrêté ne pouvait "définir" mon âme ; si tant est qu'on puisse définir une âme. Malgré toute ma perplexité, je finissais par obéir, avec lenteur. J’amenai ma main droite tremblante de crainte sur le col de ma manche gauche, mes noisettes effrayées ne pouvant cesser d’aller et venir entre la flamme, le masque à gaz du “sondeur d’âmes” et l’endroit de ma morsure, craignant moi-même ce que j’allais découvrir en relevant le tissu. Surtout que dans mon esprit ne cessaient de trotter les mots de l’individu et les projets qu’il semblait avoir derrière la tête, et les quelques questions que cela laissait en suspens.

“Co-Commencer q-quoi ? Qu-Quel prix ?” avais-je bredouillé de ma voix toujours aussi rauque et éraillée, mes mots quittant laborieusement mes lèvres tremblantes. J’avais finis par poser mes noisettes implorantes sur les deux soucoupes de verres opaques qui dissimulaient le regard de cet inconnu, les yeux de nouveau embués de larmes alors que je remontais lentement le tissu de ma manche sans trop de difficulté, la veste étant bien trop ample pour ma maigre carcasse affamée de toute façon.

“M’faites pas de mal... J’ferais tout c’que vous voudrez, mais-mais… Mais m’faites pas d’mal…” l’implorai-je misérablement après avoir relevé ma manche jusqu’à la hauteur de mon coude.

Soulstrange

Anonymous
Invité
Mar 8 Déc - 17:23
L'homme au masque ne dit rien, déportant son regard vitré pour le poser sur le bras que la jeune femme avait dégagé en relevant sa manche. C'est là qu'elle put découvrir ce qui sera sans doute le pire de ce nouveau réveil, malgré cette cave atroce et ce monstre pyromane : l'état de son propre bras.

Là-même où elle avait été mordu, à l'endroit maudit de son bras où les dents d'un mort-vivant avaient déchiré sa chair, il n'y avait plus de disparition miracle comme la première fois, plus de peau intacte et épurée. Non, à la place de ce trou fait dans son bras, sa chair et sa peau s'étaient régénérées... de la pire façon possible. Une nécrose, noirâtre, répugnante, crevassée tout autour comme l'étaient les douves d'un château en remplacement des marques de crocs et aux bords jaunâtres, avait prit la place de cet ancien manque en une renaissance de courte durée, car cette surface de son bras était ainsi morte à peine refermée. Une régénération miracle orchestrée par le sournois diable d'en-bas, transformant le miraculeux en punition. A cet endroit de son corps, il n'y aurait plus de sensation, plus de douleur, mais certainement pas moins de peine. Sa chair était bien morte, oui elle était noire et charnue de la plus monstrueuse des façons, les tissus et les cellules étaient détruits et il n'y avait plus de réparation possible. Le souvenir du rôdeur, telle une forme nouvelle de torture, avait réduit à néant les possibilités de soins et défiguré son bras de façon permanente.

Elle ne le savait pas encore, mais aucune intervention, pas même celle d'un médecin doté d'un don surnaturel, ne pourrait sauver sa chair morte. Comme le fait qu'elle ne se détériorera pas davantage, demeurant ainsi, sans solution, stagnante pour des raisons qu'elle ne comprenait pas encore. Elle avait payé le prix fort pour sa résurrection, sans encore tout connaître de ce fameux prix. L'homme-qui-n'était-plus avait avancé sa main possédant la flamme à la fois enragée et harmonieuse sous leurs deux visages, éclairant parfaitement cette vision d'horreur à laquelle Ivy était confrontée, une vision d'elle-même. C'est alors, après qu'elle eut toute peine possible et compréhensible d'en prendre conscience, ainsi que l'humain est fait, qu'il releva le visage vers elle d'un souffle rocailleux :

« Tu sais maintenant, que se soustraire à la mort n'a d'autre prix, que celui de laisser une partie de nous en promesse de lui revenir une fois le sursis terminé. Et à chaque retour de la frontière, à chaque fois que l'on se moque d'elle, sa patience décroit et ses exigences sont encore plus cruelles. Tentative par tentative, elle en prélève davantage, jusqu'à ce qu'il ne reste rien, qu'une coquille vide de toute vitalité... »

Achevant ses mots d'un ton lent et déplaisant, il lâcha son poignet, la libérant de la cruelle pression qu'il avait exercé. Sans se redresser ni bouger d'un poil de sa posture accroupie, il ramena sa main maintenant libre pour la poser sur son genoux, enchaînant ses autres paroles sans laisser à la jeune femme le droit de faire le deuil de ce qu'elle avait perdu. A présent, il était aussi froid de sa voix répercutant l'écho de son masque que de son apparence morbide.

« Je n'ai pas le désir de te faire du mal. Pour cette raison je ne te poserais ces questions qu'une fois aujourd'hui. Où sont les autres ressuscités ? Combien sont-ils ? Et quels sont leurs moyens de protection ? »

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 8 Déc - 23:12
Lorsque l’inconnu avait rapproché sa main flambante de mon bras mordu, il avait offert à mes yeux un spectacle des plus ignobles entre tous. Dans un réflexe de dégoût et de déni, j’avais vainement tenté de soustraire mon membre corrompu à l’emprise du flambeur, ne me heurtant finalement qu’à son emprise toujours plus puissante et incapacitante, mes noisettes se fixant sur la plaie que m’avait infligée le rôdeur ayant conduit à mon second trépas. La peau noircie, durcie, rendue rêche et totalement insensible aux contractions de mes muscles, mes doigts ou mon poignet. C’était purement et simplement dégueulasse. Et pourtant, pourtant, je ne ressentais aucune douleur - hormis celle née de la tétanie de mes muscles, de la poigne de la chose et du labeur de mon réveil - aucun rejet émétique non plus. Juste de la stupeur, de l’incompréhension, de l’angoisse et du dégoût. Je demeurée véritablement scotchée, le regard ébahi et les lèvres entrouvertes de surprise en découvrant cette balafre qui me souillait désormais l’avant-bras, là où je m’attendais à retrouver à nouveau une peau vierge, lissée de tout défaut et imperfections ; un choc que j’encaissais non sans conséquences. Cette simple vision de mon membre, mon être, et probablement mon âme, souillé pour le reste de ma vie me coupa littéralement le souffle, me déconnectant littéralement de la réalité et du moment présent pour se figer dans une contemplation abasourdie de l’horreur, du monstre que je devenais.

Les premiers mots même de mon mystérieux interlocuteur eurent du mal à se frayer un chemin jusqu’à mon esprit et ma conscience encore sous le choc de cette macabre découverte. Ma survie, ma nouvelle résurrection, allait se traduire par le port éternel de cette cicatrice peu ragoûtante. Impossible pour moi de nier la réalité face à quiconque désormais. Je portais quelque chose en moi qui me rendait différente, voire même supérieure à mes compagnons. Une pensée dont les proportions ne me saisiraient que bien plus tard, car pour l’instant, il s’agissait surtout d’assimiler la nouvelle, la digérer et l’accepter. Le plus compliqué, cela allait sans dire. L’homme à la main flamboyante avait continué de me parler, de m’expliquer les choses de la non-mort, ce que l’Au-Delà finirait par exiger de moi après m’avoir marqué de son empreinte, finissant même par relâcher son emprise sur mon poignet. Une liberté nouvellement retrouvée que je m’empressais de saisir pour le peu qu’il m’en accordait.

Je rabattis mon bras gauche et souillé contre ma poitrine en réussissant enfin à relever mes noisettes sur son visage masqué, les traits marqués d’un profond dégoût et d’une colère dirigée à son encontre, peut-être injustement, ou non. Une colère d’autant plus alimentée par le déni de ma situation que par les questions qu’il me posa ensuite. Qui était cet homme ? Pourquoi s’intéressait-il à ce point à mes compagnons ? A leur évocation, je ne pus empêcher mon esprit de se tourner vers Samuel, Liz’ ou encore James… Puis vers ce que nous avions vécu, la disparition de Matthew, le message du Marchand, la mort de Calvin aussi injuste qu’inutile… Chacune de ces pensées se voulaient autant chaotique que le combustible de ma colère que je ne pouvais guère plus contenir, que je ne savais trop vers qui ou quoi diriger… Pourquoi me demandait-il cela ? Pourquoi me demandait-il de trahir les miens ? Était-il un sbire du Marchand ? Un de ses hommes soumis à ses bottes ? Quand bien même… Cela n’aurait pas de sens. le Marchand savait où nous trouver. Il avait abattu Calvin devant mes yeux. Je pouvais encore ressentir le souvenir du sang chaud et poisseux du cow-boy s’immiscer entre mes doigts, mes larmes salées et implorantes rouler le long de mes joues alors que ma gorge se fendait de cris déchirants, désespérés et impuissants à l’attention de James. Ça n’avait aucun sens… Aucun putain de sens… Alors pourquoi ? Pourquoi ?

“Pourquoi ?” m’étais-je soudainement emportée. “En quoi ça vous intéresse ? C’est un test ?” avais-je crié de ma voix toujours plus éraillée et défaillante, des larmes de colère roulant désormais sur mes joues alors que je sentais mes muscles se bander sous la tension de la rage s’emparant de moi. Ma respiration de plus en plus saccadée se vit coupée d’une violente quinte de toux rauque dont il me fallut de nombreuses secondes pour me remettre.

“C’est quoi ces questions putain ?” avais-je finalement demandé d’une voix brisée, vibrante de sanglots, avant d’enchaîner sur d’autres questions encore plus rageuses. “Qu’est-ce que j’en sais moi ? J’suis où putain ? A Snyder ? En Alaska ? Ailleurs ? On est où putain !? On est quand ? Ça fait combien de temps que j’suis morte bordel !?” m’écriai-je d’une véhémence que mon incompréhension ne faisant que renforcer. Des cris, presque des hurlements, que ma gorge asséchée ne put guère supporter plus longtemps.

En lançant mes interrogations agressives, à la limite de l’hystérie ou de la psychose, je m’étais recroquevillée sur moi-même, chassant le sol de mes pieds pour m’éloigner de quelques mètres - même pas - du pyromane, serrant mon bras gauche contre ma poitrine, ma souillure recouverte de ma main droite comme si j’espérais me la dissimuler, la dissimuler aux yeux de cette chose complètement aberrante.

“J’veux des réponses !!” lui avais-je lancé sur un ton plein d’exigence, mes noisettes luisant d’une profonde colère. “Vous pouvez pas m’demander ça comme ça ! Okay !? Puis en plus… Vous le savez très bien !! Vous êtes venu buter l’un des nôtres ! Comme ça ! Sans raison ! C’est un putain d’test ? C’est ça !?? Pour savoir si j'vous mens ou pas !?” avais-je demandé d’un ton suspicieux et accusateur. Je craquais. Je pétais littéralement les plombs en laissant la panique et la colère me submerger, prendre possession tant de mes actes que de mes propos malgré la précarité de ma situation avant de finalement fondre en larmes, à la recherche de mon souffle et de mes idées.

“Je-J’en sais rien… okay ?” finis-je par avouer, tant à court de souffle que de force. Je me pris la tête entre les mains, me massant le crâne et le cuir chevelu du bout de mes doigts en fermant les paupières ramenant mes genoux contre ma poitrine, le front posé contre ces derniers.

“Ils… On… On avait prévu de déménager de toute façon… Juste avant que j’me fasse croquer… C’est tout c’que j’sais…” confiai-je finalement à mon bourreau, ponctuant cet aveu d’un long soupir empli de lassitude.

“Z’auriez pas un truc à boire ?” lui demandai-je ensuite, la voix fortement enrouée.
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