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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

Tente de Samuel - 24/01/2035
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Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Ven 27 Nov - 18:55
Récit à deux mains - Interprété par Samuel Freeman et Ivy Lockhart.

24 Janvier 2035 - Après-midi, à la suite de l'excursion en secteur A

Quelques heures s’étaient écoulées depuis que Samuel et Ivy étaient rentrés tous deux de leur excursion matinale vers le secteur A, ayant accompli leur objectif de nourrir un chien abandonné. Si le chemin du retour s’était révélé plutôt long et laborieux au-travers des landes arides des plaines texanes se gorgeant d’eau de pluie, rendant le sol traître et glissant sous leurs pieds fatigués, la démarche légèrement traînante du commercial à la cuisse blessée n’arrangeant en rien la progression compliquée de la jeune femme à la frêle constitution, passablement éreintée par cette sortie, les tympans résonnant encore des souvenirs auditifs d’une série de coups de feu lâchés à l’encontre d’une poignée de morts-vivants.

Dès son retour au campement, les deux comparses s’étaient séparés, la binoclarde laissant un Samuel visiblement distant et préoccupé, bien qu’il n’en avait pas fait mention ou avait préféré éluder le sujet lors du retour. Se dirigeant en premier lieu vers les toilettes rafistolés du campement, la brunette avait priorisé son propre séchage, ainsi que l’essorage de ses vêtements usés et détrempés - la pluie ayant au moins eu l’avantage de nettoyer ou diluer certaines traces de crasse plutôt tenaces - pour par la suite enfiler par-dessus ses sous-vêtements guère plus épargnés par la flotte une des quelques tenues de travail récupérées lors de leur fouille dans la cabane de chantier.

Ainsi vêtue d’une combinaison de travail verte foncée dotée de bandes réfléchissantes, bien trop grande, mais présentant l’avantage d’être sèche - enfin, moins humide que ses propres fringues -  elle quitta les toilettes et fit un rapide détour par la caravane pour déposer le reste des affaires récupérées sur le secteur A. Après quoi, elle regagna sa tente avec un certain poids sur le cœur, une pesante boule d’inquiétude sur l’estomac quant au comportement et l’attitude du Canadien lors du trajet retour. S’allongeant sous son dôme de tissu contre lequel résonnaient les gouttes de pluies dans une série de claquements secs, elle resta-là, durant de longues minutes à fixer le plafond synthétique qui la protégeait du déluge extérieur, sans pour autant que la tempête grondant sous son crâne ne semble s’estomper.

A contrario, le canadien qui avait jusqu’à peu montré beaucoup d’intérêt à s’assurer du bien-être d’Ivy, n’en demeura pas plus loquace même une fois le camp atteint. Sur la fin du trajet, pourtant exténuant, sa seule occupation fut de prendre enfin conscience de son état de crasse et de s’aider, mollement, de la pluie pour rincer son visage un bon coup au lieu de laisser les gouttes continuer d’étaler la poussière sur ses épaules et son torse, sous son pare-balle.

Une fois au camp à proprement dit, il se contenta de déposer ce qu’il avait récupéré et le matériel emprunté, hormis le sac à dos qu’il pensa sans doute bon de garder tant que les stocks n’étaient pas vide de ce côté. S’ensuivit un léger signe à Ivy, remerciement, salutation, excuse, impossible à dire, avant qu’il ne s’en aille de son pas ample et raide à sa tente pour s’y “enfermer”, sans un regard en arrière.

C’est au bout d’un long moment, peut-être plus d’une heure, à rester cloîtrer dans ses pensées, à dresser un parallèle aux relents nauséabonds de déjà-vu et d’erreur à ne pas commettre une seconde fois que la jeune femme se décida enfin à aller s’enquérir de l’état de Samuel ; portée par la résolution, la motivation et la certitude que l’homme lui ouvrirait la porte de ses pensées et de ses doutes. Et s’il pouvait aussi ouvrir la porte de sa tente afin qu’elle ne reste pas sous la flotte pendant trois plombes… Ça n’en serait que mieux.

De l’autre côté, l’homme en question avait passé là une heure des plus infernales, tanguant entre l’opportunité de la météo peu clémente pour pouvoir s’abandonner discrètement et sa rigueur lui imposant de ne pas se laisser tenter par de telles choses qui l’inciteraient, tôt ou tard, à se lâcher de moins en moins discrètement, de plus en plus souvent.

Ainsi, il avait passé son temps à regarder ses quelques souvenirs, quelques notes sur certains morts, ces petites choses qui auraient pu affaiblir sa volonté mais qui, pourtant, maintenait sa tête solidement accrochée à ses épaules, avec toutes les responsabilités qu’il avait endossées, inconnues de ses compagnons d’infortune pour l’instant.

Traversant rapidement le camp sous le rideau de pluie, courbant la tête et les épaules comme pour esquiver les gouttes - tâche impossible en l'occurrence vu l’intensité de l’averse - Ivy finit par atteindre la tente de Samuel, s’accroupissant devant celle-ci, les yeux toujours plissés derrière ses carreaux constellés de gouttelettes, ses cheveux recommençant d’ores et déjà à se gorger de flotte et coller à son visage.

“Sam !?” appela-t-elle d’une voix faible et inquiète, avant de répéter sa question d’un ton plus haut porté. “Sam !!? C’est Ivy ; encore… On peut parler ? J’peux entrer ??” demanda-t-elle dans un enchaînement de syllabes aussi précipité que son envie de se foutre au sec.

En proie au doute mais non inattentif à son environnement, Samuel ne manqua pas d’entendre venir la petite intello, ses pas se faisant des plus bruyants dans la terre boueuse et les flaques d’eau marronée qui parsemaient le camp. Là, contre toute attente, il fit montre de la plus totale imprudence, délaissant ses armes rangées soigneusement sur son côté pour seulement se redresser et se mettre à genoux.

Ainsi, à peine la petite avait-elle terminé sa deuxième phrase que la fermeture éclair de la tente s’ouvrait en vitesse, laissant entrevoir le visage fatigué et les yeux toujours un peu rouge du jeune homme qui ne trouva rien de mieux à dire que :

“Bien sûr, entre, on a pas besoin de tomber malade en ce moment.”

Le ton, irrémédiablement neutre et reflétant clairement la bataille intérieure de Samuel pour s’empêcher de craquer, sonna d’une manière bien étrange, ni conciliant, ni amical mais sans ressembler à une remontrance ou de l’exaspération… Comme si une machine lui avait validé l’accès tout en commentant, pour paraître plus “humaine”.

La petite intello se trouva surprise de la rapidité avec laquelle Samuel lui avait offert l’abri de son cadre de vie privée, mais ne s’interrogea guère de temps, pénétrant sous le tunnel de tissu après quelques secondes de stoïcisme seulement, prenant malgré tout le soin d’ôter ses godasses boueuses pour les laisser au dehors de la tente, puisqu’elles étaient d’ores et déjà détrempées de toute façon.

“J’te remercie,” lâcha-t-elle en refermant le pan de tente derrière elle, s’asseyant en tailleur juste à l’entrée de la tente en posant un regard sincèrement inquiet sur le Canadien, laissant planer un silence durant quelques secondes qu’elle passa à dévisager son compère avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

“Comment tu t’sens ?”

S’étant écarté rapidement de l’entrée pour laisser entrer Ivy, Samuel s’était assis en tailleur sur le sol en tissu, doucement car sa jambe n’avait pas vraiment eu l’occasion de se faire moins douloureuse, sans doute à cause de ce changement radical de temps. Là, il regarda sa comparse s’asseoir dans la même position et lui reveler, une fois de plus, à quel point son attitude avait ostensiblement changée en si peu de temps.

Étirant ses lèvres en un léger sourire dont la contrainte n’était pas forcément apparente, il répondit, simplement, calmement, mais toujours sur un ton quelques peu suspect.

“Ça va, j’ai encore un peu mal, j’ai froid aussi, mais on est rentrés entiers, avec ce temps, j’ai craint que ce ne soit moins “facile”. Et toi, ça va ?”

Ivy acquiesça à la question de Samuel de quelques brefs hochements de tête, se mordant malgré tout l’intérieur des joues avant d’afficher un très mince sourire, dans lequel aucun réel soulagement ni même aucune joie n’était décelable.

“Ouais. Enfin ouais… Je m’attendais à pire, donc ça va…” commenta-t-elle en tirant sur le col de sa combinaison de travail. “Au moins j’ai pu trouver des fringues sèches, c’est déjà ça… Mais…” Elle leva ses noisettes vers son interlocuteur.

“Mais on est tous crevés et gelés et affamés… Et puis toi t’es blessé en plus… Mais c’est pas vraiment de ça que je m’inquiétais en rentrant. Y s’est passé quoi là-bas, pendant que j’fouillais la baraque… T’étais franchement bizarre quand j’suis ressortie ; donc j’répète, comment tu te sens, là ?” insista-t-elle en posant sa main droite contre son propre sternum.

A l’insistance de l’intello, Samuel se passa la main sur le visage, s’essuyant lentement les yeux en poussant un soupir, bouche fermée, la mine plus fatiguée que jamais. Il se trouvait là dans une de ces situations où les impasses se faisaient innombrables et les solutions trop rares et complexes lorsqu’on est encore sous le coup d’un tel choc.

Bien sûr, rien que par son délai de réponse et son attitude, il su pertinemment que mentir n’était pas possible, à moins de se mettre à inventer quelques autres horreur…

“Je te l’ai dis, je suis fatigué. Avec tous les évènements récents, même moi, j’ai des baisses de régime. Physiquement, j’ai pu récupérer et me reposer alors que vous continuiez à bosser dur. En revanche, ne rien faire, ça pousse à ressasser, encore et encore, tous les malheurs qu’on a eus.

Et là, enfin… A la grange, j’ai un peu craqué. Le chien n’était pas là, les conserves avaient été découvertes, j’ai eu un coup de mou, même l’exécution des morts ne m’avait pas regonflé, à cause de la pluie.

Bref, c’est vrai, je ne suis pas au top, mais je tiens, ça va, j’ai vécu des heures bien plus sombres que les nôtres, ne t’en fais pas.”


A ces derniers mots, la contrainte de son sourire s’effaça complètement, l’aidant à l’afficher un peu plus quoi qu’il ne reflète aucune joie. Finalement, il parvenait à entrevoir comment retourner d’anciennes douleurs contre de nouvelles, un processus aisé, mais pas lorsqu’on a l’esprit complètement empoisonné par cette même douleur.

La brunette crispa un peu plus les lèvres en entendant la réponse de Samuel, puis dû bien se résoudre à admettre que l’homme avait effectivement pu avoir une “simple” baisse de régime, bien qu’une petite voix derrière sa tête lui susurrait qu’il ne lui disait pas vraiment tout. Était-ce par fierté ? Ou par crainte de quelque chose d’insaisissable pour la jeune femme ? Finalement, elle poussa un bref soupir, affichant de nouveau un sourire de façade et de circonstance en faisant claquer sa langue contre son palais.

“Désolée d’avoir insisté dans ce cas. C’est juste… Je m’inquiétais beaucoup de t’voir comme ça, surtout quand on se souvient t’avoir vu et entendu balancer des sarcasmes à un vieux fermier en train de nous braquer avec un putain de fusil de chasse… J’voulais pas te déranger, et j’veux pas avoir l’air de mener un interrogatoire,” plaisanta-t-elle en ponctuant sa remarque d’un sourire en coin.

“J’avais juste besoin d’me rassurer, d’être sûre que t’allais bien et que t’allais pas faire une connerie comme d’autres…”

"Je comprends. Mais ne t’en fais pas, d’accord ? Quand je suis parti, dans la station-service, ce n’était pas avec une arme retournée contre moi-même. Ce n’est pas moi ce genre d’extrémité, mais je n’ai pas… Ou plus… Le dégagement pour faire face à tant de difficultés tout en restant parfaitement inflexible.

A notre réveil, c’était différent, j’étais comme neuf dans ma tête, à nouveau plein de volonté. Aujourd’hui, je me sens un peu émoussé mais ça me fait quand même plaisir que tu portes attention à mon état. Il vaut mieux être trop prudent que pas assez.”


Hochant la tête, Samuel remua un peu sur le sol mais, ne trouvant pas de position confortable à même le sol, se décida à se déplacer pour retourner sur son sac de couchage qui ne lui offrirait qu’un support tout relatif mais infiniment plus agréable que ce qu’il avait là. D’ailleurs, il ne manquera pas d’inviter Ivy à mieux s’installer si cette dernière devait être elle-même assise directement sur le tissu de la tente.

Le regard de la jeune femme s’assombrit quelque peu lorsque Samuel évoqua leurs fameux réveils. Elle espérait vraiment réussir un jour à récupérer toutes ses facultés, chose qui pourrait l’aider à se rendre plus utile au campement à l’avenir.

“T’as bien du bol... Quand j’me suis réveillée, j’étais complètement paumée. Enfin... déjà avant ça, j’étais pas franchement bien aiguillée mais… putain… On est revenu d’entre les morts. Y’avait de quoi se sentir paumée.”

Ivy esquissa un bref sourire en réponse à la remarque de Samuel à propos de son inquiétude.

“J’suis un peu une inquiète dans l’âme faut dire…” charria-t-elle en répondant par la suite à l’invitation de Samuel à déplacer ses miches vers un carré de tente un peu plus épais et moins dur à l’assise.

“Merci… A vrai dire, j’pense qu’on a passé trop de temps à rester isolés les uns des autres, à attendre, peut-être à trop compter sur Matthew, à pas suffisamment s’inquiéter de nos compagnons, de ce qu’ils ressentaient vraiment, de leurs souffrances, leurs doutes tout ça… Ça a juste créé des tensions entre nous, tues, sournoises ; et quand le ciment Matthew a lâché, tout s’est effondré. J’ai juste l’impression de pas être parée à ce monde, de pas pouvoir faire face seule ; et j’me dis qu’on est un peu tous pareils, même si on l’affiche différemment. J’veux pas être la putain de planète Pluton qu’on débarque à la fin, juste parce qu’elle rentre pas dans le moule…”

L’intello poussa un long soupir en croisant ses jambes devant elle, tripotant la jambe droite de son pantalon de travail beaucoup trop long, le regard perdu et un sourire nostalgique sur les lèvres.

“‘Tain, j’ai l’impression d’me retrouver dans le garage de mon vieux, à parler comme ça…”

Samuel poussa une légère exclamation, échappant un plus grand sourire, furtif, avant qu’il ne se rattrape et reprenne un peu contenance tout en préservant une once de légèreté dans son visage alourdi par la fatigue et les émotions. Cette légère différence transparut un peu moins dans sa voix mais demeura quelque peu notable.

“Dis toi que ça pourrait être pire. On pourrait se trouver dans une des écoles privées que j’ai fréquentée et voir chaque personne du camp faire son maximum pour que les meilleurs se soumettent ou soient dévorés.”

Tout en parlant, le jeune homme déplia sa jambe gauche et se mit à masser légèrement sa cuisse, aucun signe de douleur visible, mais supposément, cela continuait à l’incommoder.

“N’oublie pas qu’on est là depuis peu de temps Ivy. Il faut du temps pour connaître les gens, se faire confiance, surtout dans un contexte pareil… Sans même parler des épreuves que nous traversons en ce moment.

Matthew est absent, mais il nous a quand même laissé une certaine ligne de conduite, une volonté de faire quelque chose de commun. Ce n’était pas un mec qui se prenait pour le patron et dirigeait pour le plaisir d’avoir le pouvoir… C’est comme un père ou un frère, ça soutient, ça aide, jusqu’au moment où il faut prendre son envol.

Et nous allons prendre notre envol, tu verras.”


Ironiquement, lui qui se sentait si mal avant que la jolie intello ne vienne, il semblait retrouver contenance et assurance à chaque réplique, à chaque argument qu’il pouvait donner en faveur d’une vision optimiste, de chaque note d’espoir qu’il était capable de faire résonner.

La brunette eut un léger haussement de sourcils qui accompagna son sourire s’élargissant quelque peu aux propos de Samuel, qui s’acheva sur un petit soupir ironique.

“Ouais… Prendre son envol. J’étais plus douée pour ça sur un simulateur de lancement que pour réellement le prendre dans ma vie privée. Tout était si simple avec les machines. Tu planifies, tu construis, t’envoies, et quand ça plante, tu répares… Des fois, j’aimerais que ce soit aussi simple avec les gens. J’suppose que c’est juste un temps d’adaptation à avoir, à prendre peut-être, même si je suis pas certaine qu’on ait vraiment autant de temps qu’on le veuille pour ça. J’veux dire, c’est dur de s’habituer à l’idée de te dire que si t’es encore en vie demain, c’est déjà pas si mal. Depuis mon réveil, je me suis jamais posée la question de savoir ce que je pouvais bien avoir de prévu la semaine prochaine. Par contre, j’me demande tous les jours quelle sera la prochaine merde qui nous tombera dessus le lendemain.

Donc oui, heureusement que Matthew était là, pour nous accueillir et nous aider, mais désormais, il en faut combien d’entre nous juste pour le remplacer lui ? J’crois qu’on n’est même pas assez nombreux pour ça. C’est dingue pour moi d’en arriver à un point où je perds toute confiance en moi, où je perds complètement pied alors que j’ai toujours su où je voulais aller jusqu’à présent.”


Ivy renifla un peu, en se frottant les cheveux pour les sécher un peu avant de reporter son regard une nouvelle fois vers Samuel.

“Le point positif dans tout ça, c’est qu’au moins je savais que je voulais venir te voir aujourd’hui… Même si c’était pas dans l’optique de te gonfler avec mes jérémiades,” acheva-t-elle finalement par plaisanter, doucement gagnée par l’optimisme et la contenance du Canadien.

Doucement, ce dernier agita doucement la tête en signe de négation, conservant son mince sourire. Après avoir doucement replié sa jambe vers lui, il se pencha en avant et tapota un genou de la jeune femme, amicalement.

“Allons, tu ne m’embêtes pas. Et même si je me sentais au bout de mes forces, je serais toujours là, à ramper dans la boue pour savoir comment tu vas, comment tout le monde va. Crois moi, les gens te paraissent complexes mais ce n’est qu’une question de savoir, d’habitude. Comme pour une machine, en cas de problèmes, on détaille les symptômes et on les rattache à une cause que l’on répare, pas avec de l’huile de coude mais juste des mots, des attitudes, des attentions… Et contrairement à une machine, l’être humain possède la formidable capacité de se réparer soi même, quitte à se contenter d’une rustine parfois.”

A ces mots, il se tourna légèrement, rassemblant les notes et les étranges souvenirs demeurés en tête de “lit” avant de les repousser vers son sac à dos, laissé à l’opposé des armes avec le gilet pare-balle. De là où la jeune femme se trouvait, elle n’aurait su lire quelconque mot sur les notes, rédigées, de toute façon, en français. En revanche, elle aura pu distinguer une photo d’une adolescente, quelques billets bien noirs au lieu d’être verts et une carte indéfinie ayant appartenu à un homme vue la photo d’identité dessus.

“Penses-y, Ivy, là où la présence de Matthew nous suffisait à tous et nous maintenait chacun dans notre coin, son absence momentanée nous pousse à se souder tous ensemble, se connaître, se soutenir. Evidemment, cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Cependant, unis, notre synergie sera bien plus puissante que tout ce que Matthew pouvait nous apporter.

Et ainsi, nous le retrouverons, nous le ramènerons, et ce jour-là, rien ne nous arrêtera, ni les morts, ni les vivants, rien du tout… Tant qu’on restera là… Ensemble.”


L’interlocutrice du jeune canadien ne manquera pas de noter la douceur s’étant installée dans sa voix. Le discours restait très motivant, inspiré, digne d’une diatribe lancée à une armée, et pourtant, elle sonnait plus personnelle… Que ce soit à propos de lui, ou elle. Là où la douleur et l’horreur s’évacuaient vers les recoins les moins recommandables de son esprit, le vide qui s’était créé se trouvait rempli par une nostalgie palpable et… Autre chose, léger, toujours, mais différent de ce qu’il avait montré depuis que les deux jeunes gens se connaissaient.

La jeune femme tâchait de s’approprier les mots de Samuel pour en convertir le sens selon ses propres principes et convictions, fermant les paupières durant de longues secondes pour retenir des larmes qui menaçaient de déborder de son trop-plein d’émotions retenues, que les phrases seules quittant sa bouche ne pouvaient réellement exorciser. Déglutissant, prenant de longues inspirations à la recherche d’un apaisement qui se voulut porté par la voix du Canadien qui se faisait un peu plus douce au fil des syllabes, ses propos devenant aussi un fil de réflexion sur elle-même, sa condition, son devenir et son avenir. La binoclarde hocha brièvement en rouvrant les paupières alors que l’homme ponctuait son dialogue d’un mot lourd de sens, porteur d’espoir : “ensemble.”

Et parlant de l’espérance justement, cela faisait de nombreux jours maintenant, depuis leur retour de l’école en réalité, que ce sentiment avait quitté la petite intello, ne laissant place qu’à un profond gouffre émotionnel qui la poussait à se ranger derrière les décisions et initiatives de Samuel ; ou de n’importe quel autre survivant prêt à endosser des responsabilités.

Néanmoins, le discours du commercial n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde et avait fini par faire mouche, à l’instar des quelques gouttes d’huile de coude qu’il avait mentionnées venant dégripper une mécanique entravée par quelques grains de sable. Retrouvant enfin un sourire plus franc, sincère et presque assumé, la jeune femme dévisagea son interlocuteur, un léger éclat de malice passant dans ses prunelles noisettes.

“T’aurais fait un excellent politicien avec des discours pareils,” s’amusa-t-elle avant de redevenir un poil plus sérieuse, et retrouvant surtout une contenance certaine, son orgueil se réveillant soudainement au sein de ses tripes. Orgueil qui allait de nouveau la pousser à retrouver la combativité qu’elle avait jusqu’alors perdue pour adopter, bien malgré elle, une stature bien plus passive et égocentrique.

“T’as raison. On finira par retrouver Matthew. On lui f’ra pas regretter de nous avoir accueilli. Par contre, est-ce que ça te dérangerait de m’apprendre à manier et tirer avec une arme à feu ? J’t’avouerais que ces trucs me foutent la trouille…”

En voyant le sourire de Ivy, le visage de Samuel s’éclaira encore un peu plus, rayonnant d’une fierté touchant presque l’arrogance, convaincu qu’il était de pouvoir retrouver toute sa prestance d’antan. Il se sentait comme un paladin rayonnant, capable de regonfler ses compagnons par la seule force de ses convictions et, à dire vrai, il lui semblait bien possible qu’il doive également réapprendre à se maitriser pour que cela ne se transforme pas en aveuglement et autosuffisance.

Quoi qu’il en soit, il ne manqua pas un mot de la petite et répliqua immédiatement, toujours assez doux et pleinement amical :

“Héhé, c’est compréhensible. En fait, moi aussi j’ai ressenti ça, quand j’étais gamin. C’est une fois que j’ai eu l’opportunité d’être initié à la chasse que j’ai compris que ce n’était qu’une machine comme une autre. La seule trouille dont je devais être pris, c’était que cette machine se trouve entre de mauvaises mains, ou pire, inconscientes.

Ensuite, si tu veux t’initier, je t’aiderais volontiers. Je n’ai pas du tout l’expertise de Will, mon chef de la sécurité, mais je devrais bien pouvoir te rendre familière avec les règles de sécurité et la visée si on prend le temps. Le plus intéressant, c’est surtout qu’il y a pas mal de choses à t’apprendre avant qu’on ne se mette à tirer des coups de feu, donc on pourra commencer au camp.”


Hochant vivement la tête, le regard du canadien se fit un peu fixe. Déjà, dans sa tête, il se disait que des petits cours d’initiation ou de perfectionnement, quel que soit le domaine, aiderait beaucoup les gens à se connaitre, s’apprécier mais aussi s’améliorer et se préparer aux innombrables dangers. Bref, ce serait tout bénéfice de voir les choses en grand.

Ivy répondit à l’acceptation de Samuel d’un petit sourire reconnaissant, fronçant malgré tout légèrement les sourcils en se demandant quels genres de trucs on pouvait bien devoir apprendre avant de tirer, quand bien même dans l’absolu, retarder au maximum sa première expérience et son premier coup de feu n’était pas pour lui déplaire. Si le choix lui avait été donné, elle aurait bien volontiers appris à se passer des armes à feu ; mais pour faire face à la menace que représentaient les hommes du Marchand qui ne semblaient guère s’émouvoir d’ouvrir le feu sur leurs congénères plutôt que de leur prêter main forte, elle n’avait guère d’autre choix que celui de s’initier à l’utilisation des armes à feu. Néanmoins, elle préféra nuancer sa demande auprès du Canadien.

“Ouais. Okay… On commencera par ce que tu voudras. Mais je pense qu’un simple pistolet sera amplement suffisant,” précisa-t-elle en désignant le fusil d’assaut reposant dans un coin de la tente d’un signe du menton. “Ce genre de machin doit peser plus lourd que moi. J’me vois mal me servir de ça pour me défendre, et encore moins pour survivre… S’tu veux en échange, j’t’apprendrai à… Merde… Qu’est-ce que je pourrais bien t’apprendre ? La mécanique ? La physique ? L’astronomie ? C’est que j’ai pas vraiment de connaissances très applicables à notre environnement actuel en fait…”

La jeune femme se fit la remarque que peut-être une fois plus entraînée, plus habituée à évoluer dans ce territoire hostile, elle pourra mettre à contribution ses connaissances pour améliorer certaines de leurs conditions de vie ; mais pour l’instant, apprendre à survivre et réussir à manger à sa faim était en tête de liste de ses priorités.

Revenant pleinement à la réalité, Samuel se montra brièvement songeur quant à la remarque de la jeune femme, lui-même devait bien reconnaître que si il n’y connaissait vraiment pas grand chose dans les domaines cités, les applications ne pourraient fleurir que lorsqu’ils auraient l’opportunité de bénéficier d’un plus grand confort ou de concevoir pièges et machines moins rudimentaires.

Malgré tout, il ne manqua pas de rebondir rapidement, bien décidé à profiter d’un échange de bon procédé. Si il devait demander aux gens de se rapprocher entre eux et d’apprendre à se connaitre, il valait bien mieux qu’il le fasse en premier… Et cela devait passer par un échange complet, pas seulement du regonflage de moral à sens unique.

“Eh bien, je suppose que des rudiments d’astronomie ne peuvent pas me faire de mal. C’est tout juste si je sais repérer le Nord de jour, en prenant le temps de me rappeler convenablement si il se lève à l’Est ou à l’Ouest… Donc… De nuit, ça ne me ferait pas de mal de savoir me repérer, pour commencer, et ensuite, avoir de bonnes occupations lors des nuits claires.”

A ces mots, plus qu’amical, son sourire se fit un peu charmeur, faisant ressortir, de manière sûrement trop ostensible, sa modestie toute relative ainsi que la flatterie qu’il servait là à son invitée. Dans le même temps, ses mains, surtout laissées inactives entre ses genoux, remontèrent pour les frotter un peu, bouger, remuer, sans que cela n’ait l’air de devoir imager ses propos… Bref, il semble de plus en plus expressif et ce, d’une manière peu commune.

La brunette opina du chef à quelques reprises lorsque Samuel évoqua vouloir apprendre quelques notions d’astronomie qui pouvaient effectivement se révéler utiles pour s’orienter et se repérer. A sa remarque concernant les points cardinaux, elle ne put s’empêcher d’esquisser un maigre sourire.

“Le Soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest. Ça au moins ça change pas… Pour s’en rappeler, suffit de penser à l’alphabet. Le E est au début, le W à la fin. Après, pour ce qui est d’occuper tes nuits claires ben… Je pourrais t’apprendre à trouver les principales constellations, même si l’étoile polaire sera la priorité pour trouver le Nord…” souffla-t-elle en levant les yeux vers la toile de tente qui résonnait sous les gouttes de pluies en onomatopées sourds et aqueux. “...mais vu la météo, ce s’ra pas pour ce soir…” conclut-elle avec une légère pointe de désappointement dans la voix. “Tu m’diras, ce monde présente au moins l’avantage de ne plus offrir de pollution lumineuse. Maigre réconfort…” ironisa-t-elle finalement en observant la gestuelle du Canadien.

La jeune femme arqua un sourcil légèrement surpris en l’observant. L’homme semblait se détacher de son habituel stoïcisme, si on pouvait appeler ça comme ça, offrant aux carreaux de la bigleuse de découvrir une facette plus naturelle de son compagnon de réveil. Un constat qui la poussa à vouloir orienter la discussion sur autre chose que la vie du camp, les derniers événements survenus ou encore les forces et faiblesses de chacun ; bref, amener un peu de légèreté dans la conversation. Comme une envie de papoter pour ne rien dire, chose autrement plus rare chez la demoiselle habituellement plus renfermée et silencieuse.

“Est-ce que… Enfin… Je… Tu…” balbutia-t-elle maladroitement en butant tant sur les mots que sur les idées de sujets de conversations. “Merde… J’cherchais un sujet de conversation plus léger que tout ça ; mais la parlotte, c’est vraiment pas mon truc…” finit-elle par avouer, lançant un regard qui se voulait à la fois amusé et gêné à l’homme.

“T’aimes le hockey ?” balança-t-elle soudainement, passant du coq à l’âne avec autant de douceur et d’aisance qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Hochant rapidement la tête, le canadien ne laissa pas s’écouler la moindre seconde, relancé de plus belle sur un sujet qui lui sembla bien moins général, bien moins vague, bien moins morne également. Ainsi, le ton enjoué, il s’exprima en ces termes :

“Et comment ! Sans ça, il m’aurait fallu plus que quelques mois pour que les gens d’ici finissent par comprendre que je suis Canadien et non Français. Héhé, ensuite, je reconnais que je n’ai pas eu l’occasion de pratiquer depuis bien dix ans et le dernier match que j’ai vu, c’était… Hum… En 2031 pour voir les Maple Leafs se faire avoir par les Canucks.

Quand j’y repense d’ailleurs, j’y suis allé avec mon oncle, qu’est ce que mes parents pouvaient bien avoir encore à faire ce jour-là…”


Il se montra méditatif un très bref instant mais ne sembla pas le moins du monde attristé à l’évocation de son ancienne famille, ni même de se rappeler que ses parents n’étaient pas fichus d’être des parents même avec leur rejeton devenu adulte.

“Bof, détail sans importance, c’était une belle journée et de bonnes vacances. Je n’ai jamais trop eu l’occasion de m’habituer à ce climat. Là, si le froid ne me crispait pas au niveau de ma cuisse, je pourrais me balader torse nu sans trop me plaindre.”

Il poussa un doux rire, sa gestuelle redevenant en partie synchrone avec ses répliques. Cette fois, signe apparent de son niveau de détente, il n’en devint que plus éclatant, le moindre de ses gestes attirant inévitablement le regard dans ce lieu restreint.

“Et toi, du coup, au fond… Je ne te connais pas autant que je le voudrais. C’est quoi ton nom de famille, et tu viens d’où ? A t’entendre, soit tu finissais de longues études dans le coin… Soit tu enseignais à des gens faisant de longues études, ou en tout cas, tu commençais à enseigner. J’suis plus vieux que toi, hein ? Je ne suis pas mauvais à ce jeu là mais il parait qu’il suffit d’un petit quelque chose pour que je me convaincs d’un âge sans voir les autres indices.”

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Ven 27 Nov - 21:39
La jeune femme ne put s'empêcher de montrer sa surprise lorsque Samuel parla de sa famille, notamment en qualifiant sa relation parentale de "détail sans importance". Elle qui avait toujours eu des relations très proches, fusionnelles avec ses parents, surtout son père, elle se trouvait soudainement plutôt chanceuse ; bien que du coup, leurs disparitions et leurs absences se révélaient plus pesantes au quotidien.

   "Mon père m'emmenait très souvent voir les matchs de hockey. C'était un vrai passionné, le genre à se battre pour défendre l'honneur de son équipe." La jeune femme laissa échappa un petit rire nostalgique en repensant aux bastons d'après-match dans les bars délabrés de supporters, surtout après les rencontres entre les Red Wings et les Maple Leafs ou les Canadiens de Montréal, des matchs sous haute-tension...

   C'est cependant lorsque Samuel lui posa quelques questions plus personnelles que la jeune intello se laissa doucement entraîner dans la légèreté de la discussion, et du ton par là même. Presque avec amusement, la brunette tendit sa main droite vers le Canadien, en signe de présentation tout à fait commun et conventionnel.

   "Lockhart. Ivy Lockhart. J'suis née et j'ai grandi à Detroit, pas très loin de chez toi finalement... Enfin, sauf si t’es plutôt du côté de Vancouver… Et ouais, pour satisfaire ta curiosité et te confirmer que t’es effectivement pas mauvais, j’ai vingt-huit ans, et j’étais en train de finir ma dernière année de post-doc en Ingénierie mécanique et aérospatiale à l’université d’Austin quand toute cette merde a débarqué. A quelques mois près, je pouvais enfin entrer à la NASA et commencer à sérieusement gagner ma vie ; même si c’était pas ce à quoi je me prédestinais.”

   Ivy se laissa basculer légèrement en arrière, se reposant sur ses bras tendus en guise d’appui, penchant la tête en arrière et contemplant le plafond arrondi de la tente, concentré sur celui-ci comme si elle espérait voir au-travers.

   “Quand j’étais môme, j’voulais devenir astronaute. J’ai toujours été attirée par les étoiles, l’espace,” commença-t-elle d’un ton qui laissa percer une profonde tristesse rêveuse. “Mais j’étais naturellement mal barrée en tant que daltonienne dans un premier temps, puis l’idée est devenue totalement utopique lorsque ma myopie s’est déclarée quand j’avais onze-douze ans. Du coup, j’me suis rabattue vers la construction de navettes spatiales et de satellites, l’étude du ciel et du cosmos, ce genre de trucs… C’est là aussi que j’ai commencé à traîner au garage de mon père - il était mécano poids-lourds - et à apprendre les bases de la mécanique. Et j’dois dire que j’ai rarement connu d’activités plus reposantes et amusantes que de fourrer ses mains dans le cambouis, partir de rien et arriver à une machine fonctionnelle. J’étais pas mal douée, puis j’étais déjà un peu garçon manqué à la base… Mes parents ont choisi de tout sacrifier et de quitter Détroit quand j’ai dû rentrer à l’université, ici, au Texas, afin de pouvoir étudier pleinement l’ingénierie aérospatiale. Faut dire que la proximité de Houston a beaucoup aidé. Ça apparaissait comme une évidence.”

   La binoclarde lâcha un long soupir pour conclure son monologue, se rendant compte qu’elle venait soudainement d’accaparer toute la parole. Reportant son attention en même temps que son regard sur le Canadien, elle esquissa un sourire à la saveur revancharde.

   “A ton tour maintenant… T’as fait quoi avant… avant d’arriver au Texas ? Et t’es vraiment plus vieux que moi du coup ?”

   A la réponse d’Ivy, Samuel eut bien un sourire gêné au début. Lui-même se montrait tellement cynique à propos de sa jeunesse qu’il en négligeait que trop fréquemment certaines choses que d’autres n’avaient pas eu. Toujours dans les beaux restaurants, toujours les meilleurs cadeaux à Noël, toujours les meilleures écoles privées, et les voyages, et l’instruction, et l’éducation… C’était une sacrée belle jeunesse pour un jeune homme qui s’était vu autant gâté par le destin que par la génétique.

   Cependant, en continuant, la jeune femme apaisa ses propres tensions internes, relativisant diablement bien ses propres défauts qui furent alors à l’origine de nouvelles passions. Finalement, la même question lui fut retournée et, lui qui venait d’entendre l’histoire d’une vie qui a dû passer par des chemins de traverse pour se faire, il montra une certaine modestie dans sa voix additionnée à une gestuelle bien calculée pour minimiser ses mots :

   “Je suis né à Toronto, c’est vrai que, du coup, lorsque tu es née, j’étais à quatre cents bornes de là et… Donc je devais avoir cinq ans puisque j’en ai trente trois, depuis le premier de l’an. Je suppose qu’à ce moment, je devais être en train de balancer des boules de neige sur les animaux du quartier. Quel sale gosse j’étais mais c’est pas pour rien que j’avais un appartement à Harlingen et non une maison dans une résidence bouclée à Mc Allen.”

   Un léger soupir s’échappa de ses lèvres, ses yeux quittant Ivy l’espace d’une seconde pour ensuite regagner son regard afin de poursuivre.

   “J’ai toujours mal supporté les voisinages où on se salue de loin avec un grand sourire avant de s’observer à la jumelle depuis les fenêtres. Mon père était chirurgien-dentiste et ma mère avocate donc… En fait quand je suis arrivé, ils n’ont rien changé à leurs plans, ma mère frôlait la ménopause donc aucun suivant n’allait venir, déjà que je doute d’avoir été vraiment désiré à l’origine.

   M’enfin, j’étais là, du coup, j’ai fait les grandes écoles de Toronto et j’ai finis à la Rotman School of Management, dans l’unif’ de Toronto, j’ai obtenu mon master, là, un type m’a aiguillé à propos des possibilités de carrière chez Impritech au Texas, et me voilà. Bref, une vie qu’on croirait scénarisée par Hollywood.”


   A cette évocation, le canadien esquissa un sourire en coin en se disant qu’il devait bien avoir vu une réplique de sa vie dans un film gonflant et sans intérêt. Quoi qu’il en soit, tout en y réfléchissant plus ou moins consciemment, il questionna à son tour la petite :

   “Et du coup, tu étais le genre de fille à toujours rester dans ses bouquins ou dans un moteur ?”

   Ivy fronça les sourcils tout en levant les yeux vers le ciel, son visage se fermant dans une mimique de réflexion à la dernière question du Canadien.

   "J'me suis jamais vraiment posée la question en fait... Quand je finissais les cours, je partais directement au garage de mon père pour bricoler, puis quand on se décidait finalement à rentrer à la maison, je potassais mes cours et mes bouquins  ;  quand j'passais pas mes nuits l’œil collé dans l'objectif de mon petit télescope. C'était plutôt en fonction de mes humeurs... Et j'dois bien avouer que durant mes années lycées, j'étais très souvent en rogne après une journée entière à me faire emmerder par les pouffiasses; alors je passais beaucoup plus de temps à bidouiller des moteurs pour me calmer les nerfs."

   Rien que le fait de repenser à ses années difficiles suscita chez la jeune femme une montée de colère issue de ses plus profonds ressentiments à l'encontre de ses anciennes ennemies.

   "Enfin... Tout ça, c'est plus ou moins derrière moi maintenant, comme mes plans de carrière ou même l'idée de percer les mystères de l'univers ou d'aider aux idées de conquête spatiale. Qui en a encore quelque chose à faire de ce qui se passe dans l'univers alors que notre seule planète est totalement partie en couille ? Encore plus avec des gens comme James qui semblent soudainement capables de prouesses miraculeuses qui défient la science, la logique et tout ce qu'on a pu apprendre jusqu'à présent."

   La jeune femme préféra taire ses propres facultés qui la bouffaient quotidiennement. Il n'y avait nul besoin d'inquiéter Samuel à ce sujet. Il y avait tant d'autres sujets plus préoccupants à traiter avant. Néanmoins, Ivy ne pouvait résister à l'oppressante curiosité qui l'animait.

   "En parlant de James, est-ce que toi aussi t'as déjà ressenti ou assisté à des phénomènes bizarres du genre, que t'avais l'impression de provoquer sans le vouloir  ?"

   Samuel, revenu pleinement à la réalité pour ne pas louper un seul mot de la petite intello, eut de son côté un léger sourire là où cette dernière semblait s’énerver quelques peu à propos de quelques années difficiles, sans doute une chose que la plupart d’entre eux avaient connue d’une manière ou d’une autre. Cependant, il reprit tout son sérieux ensuite, et d’autant plus lorsqu’elle lui posa la question que chacun d’entre eux devaient se poser dans son coin sans trop oser en discuter ouvertement.

   “A dire vrai, oui, à plusieurs reprises même. La première fois qu’il m’est arrivé quelque chose de la sorte, c’est quand je suis allé chercher les deux femmes, Melina et… Hem… Gale, avec Wolf. J’ai cru qu’on me transperçait la tête avec d’innombrables perceuses, juste l’espace de quelques secondes, et pouf, tous les zombies qui avançaient vers moi avaient valsés… Comme si une équipe de football étaient passée pour leur mettre un bon coup d’épaule.

   Ensuite, j’ai vu d’autres trucs étranges, des objets qui bougent par exemple. Mais surtout, j’ai vu de l’eau se soulever du lac, pas une éclaboussure, non, une masse d’eau se soulevant puis retombant, comme ça. Et évidemment, toujours à la suite d’une migraine atroce, ça s’est calmé depuis quelques temps.”


   L’air méditatif, le regard dans le vague, le jeune homme hocha la tête, dubitatif. Il avait bien senti la relation de cause à effet mais, hélas, puisqu’il n’avait jamais vraiment su diriger cela, il lui avait toujours paru plausible que ses migraines soient seulement une réaction de son corps vis à vis de ce phénomène qui aurait été provoqué par Dieu sait quoi.

   Il lui fallut un bref instant pour se reprendre, baissant le volume de sa voix tout en se rapprochant un petit peu d’Ivy, même conscient du fait que leur proximité puisse alors devenir incommodante.

   “Tu te rappelles, quand j’ai blagué à table, après notre réveil… A propos des aliens et des reptiliens… Je n’ai jamais été un stratège militaire, mais j’ai quand même étudié le management, l’économie, j’ai appris comment éliminer une gène et insérer, même indirectement, mes effectifs à leur place.

   Et franchement, nos résurrections, ces pouvoirs, cette épidémie même. La manière dont les cas se déclaraient un peu aléatoirement partout sur le territoire, ça ressemblait drôlement à de la dispersion d’arme bactériologique. Avant que le monde ne s’arrête, j’aurais cru qu’une nation serait arrivée, toute blanche, fière et puissante, pour tendre un remède ou une solution au reste du monde décimé et complètement affaibli, mais non.

   Et c’est quand j’ai compris que toi et Scott, vous aviez eu le même… “Problème” que moi, que ça a commencé à me titiller, et de plus en plus avec ces étranges facultés ou phénomènes. Quelque chose de supérieur serait venu nous arrêter, pour une raison ou une autre, puis aurait implanté les personnes qu'elle désirait voir sur le terrain, pour déblayer, sécuriser l’endroit, avant de venir se déclarer et prendre possession des restes.”


   A cet instant, il regarda fixement Ivy, droit dans les yeux et on ne peut plus sérieusement, il lui murmura :

   “Ivy, entre nous, je pense que malgré tout ce que nous vivons, il est plus qu’important que nous restions attentif à ce qui nous entoure. Je sais, j’ai sûrement l’air un peu ridicule ou fou de croire à ça, mais là, j’y crois, vraiment.”

   La binoclarde écouta avec attention son interlocuteur lui parler des phénomènes étranges auxquels il avait assisté, se confortant dans son témoignage que visiblement, tous les survivants ressuscités du camp semblaient faire preuve de dons tout à fait particuliers et hors du commun. Est-ce que cela, à l’instar de leur résurrections ou de voir les morts se redresser pour dévorer les vivants relevait d’un phénomène divin, ou de tout autre entité largement supérieure à leur propre condition ? La jeune femme n’en savait rien à vrai dire. Et cet état de fait la frustrait au plus haut point, elle qui aimait comprendre le monde qui l’entourait.

   Elle ne put s’empêcher de se pencher vers Samuel lorsque celui-ci s’approcha en baissant le ton, jetant quelques regards aux alentours de la tente comme pour s’assurer que nul autre ne les épierait, ce qui était relativement stupide en soi vu l’opacité de la tente et le vacarme de la pluie. Elle acquiesça d’un hochement de tête à la mise en garde du Canadien, bien consciente et totalement d’accord sur le fait de surveiller le monde qui les entourait désormais. Mais à la recherche de quoi ? D’indices ? De manifestations éphémères mais visibles d’une puissance supérieure qui les dominerait tous ? Elle secoua légèrement la tête, refusant de croire à cette hypothèse, encore trop baignée de pragmatisme et de réalité scientifique dont les fondements s’étaient pourtant effrités dès son propre réveil. Après tout, si tout cela était l’oeuvre de quelconques êtres supérieurs, s’ils avaient les capacités de déjouer la mort et les lois de la nature, que pourraient-ils bien faire contre cela ? Ou contre eux, sinon se soumettre et subir comme cela était déjà le cas ?

   “J’comprends ton point de vue et tes idées...” commença-t-elle sur le même ton rabaissé, lui donnant l’étrange impression de fomenter un complot en connivence avec Samuel “...mais j’avoue ne pas vraiment y adhérer. J’pense pas que tu sois fou, ou alors pas plus que moi, et l’idée n’est pas ridicule en soi ; mais...si c’était vrai, nous ne pourrions rien y faire. C’est à peine si l’on parvient à survivre, non sans difficulté, alors espérer affronter un jour une telle… puissance ? Ce serait démentiel ; et ce s’rait même encore plus démentiel si j’me gourais en cet instant.”

   La brunette tendit ses bras en direction de Samuel, tâchant de saisir ses mains entre les siennes et de les serrer doucement, un sourire grave étirant ses lèvres alors qu’elle soutenait son regard, réduisant encore la distance qui les séparait.

   “Pour l’instant, on doit surtout faire attention à nous, à nos compagnons de campement. On doit trouver notre rythme et tâcher d’aider les autres ressuscités qui arrivent. Préserver la ligne de conduite de Matthew, comme tu l’as dit. On peut pas se permettre de partir chasser des chimères… Pas encore…” conclut-elle presque dans un murmure.

   Sans la moindre réticence ou mouvement de recul, Samuel avait laissé Ivy encore se rapprocher, transformant leur petite discussion en étranges confidences sur le surnaturel, jusqu’à même établir un contact physique que le jeune homme, loin de refuser, aida bien volontiers en ouvrant ses mains à celles de la jeune femme.

   Quant à son conseil, le canadien ne manqua pas d’en admirer la lucidité, se surprenant même de voir que c’était la petite intellectuelle mal assurée qui le rappelait au monde réel, qui lui demandait non pas d’oublier ces fantaisies mais de les laisser dans un coin pour se focaliser sur la protection de leurs compagnons d’infortune.

   Esquissant un doux sourire, son regard partit légèrement sur la gauche. Il n’avait pas la place de vraiment tourner son visage mais il sentait le besoin de quitter des yeux cet adorable visage, si près du sien, pour arriver à agencer correctement ses pensées. Puis, la seconde d’après, ses iris bleus se reposèrent sur elle, son visage demeurant éclairé par son sourire.

   “Tu as raison, rien de tout cela n’a d’importance si l’on doit délaisser les autres, bien présents. C’est juste que… Quoi que tu penses, on a besoin de toi, j’ai besoin de toi. Pas juste pour t’apprendre à couvrir quelqu’un avec une arme à feu…”

   Doucement, ses pouces remuèrent, caressant doucement le plat des mains de la brunette sans qu’il ne la quitte des yeux.

   “La plupart d’entre nous, nous ne sommes que des gens normaux, nous l’étions en tout cas. Dans quelques semaines, quelques mois, peut-être que je me rappellerais exactement comment booster des ventes… Mais c’est toi, enfin, des gens comme toi, qui ont une connaissance avancée de notre monde… C’est toi qui pourrait tout reconstruire, nous ramener quelque chose de ce que nous avions avant.

   Et… Enfin voila, quand on s’est réveillé, je me suis dit que cela valait de nouveau le coup de se battre, tu étais juste là, perdue et apeurée, mais maintenant, je sais qu’il n’y a pas que mon ego, il y aussi tout ce que tu as, en toi et… N’ais pas peur d’être une intellectuelle prudente.”


   Malgré la fin de ses mots, il continua son petit rituel sur les mains de la jeune femme. Rien d’envahissant, à dire vrai, il n’avait même pas resserré son étreinte ni même changé leurs mains de place, il se contentait là de profiter de cette proximité pour se montrer encore un petit peu plus intime… Peut-être un peu trop étant données leurs relations à priori amicales mais, après cette affreuse matinée, Samuel avait plus qu’envie d’une telle occasion, plus que des mains posées sur des épaules, des claques dans le dos ou de la rigolade, il voulait se rassurer… Et pour ça, ce joli brin de femme qu’il aimait autant regarder qu’écouter était bien la seule personne à qui il puisse montrer de l’affection.

   La jeune femme secoua la tête non sans afficher un sourire gêné aux réponses du Canadien, finissant même par poser son regard sur leurs mains jointes afin de ne plus avoir à soutenir le regard azuré de Samuel. Elle se rendait compte que l’homme savait manier le verbe et la flatterie, mais semblait aussi lui accorder beaucoup plus d’importance qu’elle-même estimait en avoir à ce moment présent. Lorsqu’elle trouva finalement le cran de reporter ses noisettes sur le visage souriant de son interlocuteur, elle lui rendit une partie de son sourire, toujours crispé par la gêne et un peu de tristesse même.

   “C’est gentil à toi d’dire ça… Mais j’suis pas plus importante que les autres. J’sais bien que j’aiderais sûrement à reconstruire quelque chose, ou du moins serai-je capable d’en réparer une grosse partie, mais il faudra encore être capable de dominer ce monde-là… On aura besoin de tous les talents pour y parvenir. On aura besoin de leaders, de gens capables de mener les autres, de les tenir unis vers une cause commune, des gens comme toi et comme Melody. J’me fais pas d’illusion, toute “intelligente” ou “instruite” que je sois, je ne reste quelque part qu’un outil destiné à remplir une fonction bien précise dans la communauté, comme James en tant que médecin ou Clark comme électronicien.”

   La brunette serra les mains de Samuel avec un peu plus de poigne, serrant les mâchoires en le dévisageant avant de reprendre la parole, d’un ton plus grave.

   “J’ai pas peur d’être prudente, j’suis prudente parce que j’ai peur. Peur de mourir à nouveau, peur d’échouer, d’être obsolète et inadaptée à cet univers-là, peur de vous causer du tort. Peur d’être souillée par ce monde aussi. Quand j’ai dû buter ces deux créatures à l’école, j’ai ressenti un profond dégoût. Déjà parce que putain c’est dégueulasse toute cette bouillie de chair ; mais surtout un dégoût de moi-même, des actes que ces choses m’obligeaient à commettre. J’veux pas perdre mon humanité, ou sacrifier mes principes sur l’autel d’une nécessité barbare. Même si j’me retrouvais face à un des hommes du Marchand, qu’il me menaçait, que je sois obligée de le tuer pour pas crever, j’aurais peur de le faire. J’veux pas causer la mort de quelqu’un, même d’un salopard…” avoua-t-elle, préférant taire la scène qui avait pourtant eu lieu à l’école, lorsqu’elle avait craqué et cédé à une colère incontrôlable à l’encontre d’un de ces hommes-là, et contre Elizabeth aussi.

   “J’veux pas que tu te battes pour moi parce que j’suis paumée ou apeurée par quoi que ce soit. J’veux que tu battes pour toi, pour nous, chacun de nous qui avons eu la chance de revenir d’entre les morts. J’veux qu’on traverse ces épreuves tous ensemble…”

   Finalement, Samuel ne s’était pas vraiment départi de son sourire tout au long de la tirade d’Ivy, il sentait et voyait bien tout ce que la jeune femme cherchait à exprimer, que ce soit par les mots ou par son attitude. Même si le jeune homme n’aurait pu prétendre l’avoir parfaitement comprise, pour la simple et bonne raison qu’une bonne compréhension prenait des mois, sinon des années, il n’avait pas grand mal à distinguer son schéma de penser.

   Trop modeste pour se donner de l’importance, trop fière pour accepter sans broncher de se salir les mains, il avait connu des gens comme ça… Au moins, il n’aurait pas à convaincre Ivy de passer de l’autre côté de la barrière.

   Son sourire ramené à un niveau respectueux, il observa la petite brunette pendant un bref instant puis baissa un peu la tête pour regarder leurs mains, tout aussi brièvement, avant de relever le visage. Lentement, il déporta la tête sur la gauche avant de se pencher légèrement en avant, la manoeuvre était parfaitement calculée, il ne désirait pas surprendre Ivy ou lui faire croire à une tentative de quoi que ce soit, mais il avait quand même très envie de faire quelque chose. Par ailleurs, il s’aida quelque peu de ses mains, bien emprisonnées dans celles de son interlocutrice, continuant de passer ses pouces dessus, sans empressement, avec régularité.

   Ainsi, presque joue contre joue, Samuel murmura, toujours plus bas, comme si leur proximité devenue littéralement critique leur imposait un volume en proportion. Entre autre, son ton alors un peu sérieux lors de ses confidences retrouva toute la douceur d’auparavant, c’est comme si il soufflait de la soie pour la laisser glisser dans l’oreille de la jolie intello… Cette fois, Samuel n’avait plus rien du type droit plein de sang-froid, il était… Quelque chose d’autre, d’indéterminé, agréable, suave.

   “Je fais toujours de mon mieux pour protéger ceux qui m’entourent, mais cela ne m’empêche pas d’avoir envie de faire plus encore pour la première personne que j’ai vue de ma vie, de cette vie.”

   La jeune femme resta immobile et expectative à la lente approche du Canadien qui franchissait le cap désormais très restreint de son espace vital. Véritablement figée, elle retint son souffle durant quelques instants, le visage stoïque tandis que des pensées chaotiques se mettaient à filer en tous sens dans son esprit, s’entrechoquant dans un maelström frôlant la panique à bord. En proie à une tension de plus en plus forte, les mains d’Ivy se crispèrent autour de celles du Canadien qui lui paraissaient soudainement plus chaudes, douces et réconfortantes que quelques instants auparavant, mais aussi trop présentes. Un contact paradoxal, à la fois grisant et électrisant. La petite intello n’avait jamais été une experte des relations sociales et humaines, encore moins en matière de flirt. Tout au plus avait-elle eu quelques relations, plus par curiosité que par réel désir de galvauder ses sentiments dans des histoires de mecs d’ailleurs.

   Mais Samuel ne fit rien de tel, ou du moins ne s’y engagea-t-il pas directement, ce qui surprit, soulagea et frustra la jeune femme tout en même temps. Lorsqu’il souffla ses quelques mots, le visage d’Ivy s’étira en un large sourire que l’homme ne pouvait voir. Elle prit une longue inspiration, ressentant la chaleur et l’odeur du Canadien soudainement envahir son odorat tout autant que son esprit, générant chez elle un sentiment de bien-être qu’elle n’avait plus ressenti depuis des mois maintenant, bien avant que l’apocalypse ne se déclare d’ailleurs. La présence de Samuel avait quelque chose de rassurant, de comblant, de dérangeant aussi tant la demoiselle n’était pas habituée à ressentir cela en présence - et à cause - de l’un de ses semblables.

   Finalement, ses mains se décrispèrent lentement, libérant celles du Canadien, puis se glissèrent dans le dos de celui-ci. Ivy enlaça l’homme de sa maigre poigne, froissant très probablement sa chemise d’ailleurs, puis envoya son menton se poser sur son épaule droite, un sourire plus détendu encore rivé aux lèvres. A la suite de quoi, elle lâcha un simple mot dans un murmure :

   “Merci.”

   L’étreinte ne dura guère plus de quelques instants avant que la brunette ne se décide à rompre le contact, comme plus tôt dans la matinée pour remettre une distance plus respectable et moins intime entre elle et lui. Ses noisettes glissèrent vers le sol, son visage affichant une moue gênée et ses épaules s’affaissant légèrement, trahissant toute la confusion qui agitait ses pensées. Finalement, elle releva la tête et posa sur Samuel un regard un peu perdu, luisant à la fois de gratitude, de gêne et d’errance, ses pommettes arborant une teinte légèrement plus rosie.

   “Je… J’pense que j’vais t’laisser te reposer un peu… J’vais voir c’que j’peux faire pour me rendre utile au camp... “ finit-elle par lâcher en balbutiant quelques peu et gobant quelques syllabes avec maladresse avant de déglutir et se racler la gorge.

   En soi, Samuel ne s’était pas tant attendu à ce que Ivy suive son mouvement, cependant, lui-même éprouva beaucoup de plaisir à son étreinte à laquelle il répondit, sans exagération, sans emprisonnement. Même si il pensait bien que la jeune femme pouvait bien avec la force de le repousser et peut-être même le maîtriser si elle y allait franchement, il demeurait ainsi afin de ne pas se montrer trop collant, trop protecteur, trop… Bien des choses.

   Aussi, lorsqu’il sentit les bras se desserrer sur ses côtés, il fit de même, libérant l’intello en douceur alors qu’il se sentait encore quelques peu enivré par son parfum. Bien sûr, il ne manqua pas de remarquer tous les sentiments, tous les messages qu’elle lui envoyait, ce qui lui fit arborer un sourire un tantinet trop jovial, trop fier, qu’il diminua aussitôt.

   Lorsqu'elle présenta sa sortie, maladroitement, il hocha lentement la tête sans se départir de son sourire.

   “D’accord. Penses quand même à te reposer et ne te mouilles pas trop, je n’aimerais pas que tu sois malade.”

   A la dernière remarque du Canadien, Ivy ne put réprimer un mince sourire reconnaissant. De quelques brefs hochements de tête, elle tâcha de rassurer Samuel, d’un petit sourire en coin qui contrastait avec la profondeur plus mélancolique et inquiète de son regard.

   “Ouais. T’en fais pas. J’suis plutôt dure au mal,” répondit-elle d’un ton légèrement sarcastique. “Puis j’peux toujours me fabriquer un parapluie…” plaisanta-t-elle en concluant sa phrase d’un clin d'oeil complice, avant de finalement se retourner pour quitter la tente, récupérant ses godasses toujours pleines de flotte laissées au pied de l’entrée de celle-ci.

   Refermant le pan de tissu derrière elle, elle se redressa puis se retourna ensuite pour se diriger vers la caravane, laissant l’eau de pluie de nouveau ruisseler sur ses cheveux et son visage, imbibant ses vêtements tout neuf à nouveau. Mais contrairement à ce matin, la brunette ne ressentait plus la moindre morsure de l’eau ni du froid, les pensées et le cœur irradiant d’une certaine félicité. Elle se mordit brièvement la lèvre inférieure en levant les yeux vers le ciel, un sourire bien plus franc étirant ses lèvres alors qu’elle repensait déjà à l’échange qui avait eu lieu entre elle et Samuel.

   “Putain... C’est vraiment pas le moment pour ces conneries,” murmura-t-elle pour elle-même, sans aucune conviction cependant.
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