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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[Spécial, C, 4] Pris au piège - 17/02/2035
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James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 14 Mar - 14:11
La détonation était partie presque malgré lui, par deux fois, s'incrustant dans le corps de cet individu dont il ne voyait qu'une silhouette mais qui était bien un être humain, un être dont il venait d'anéantir la vie de deux frappes d'une violence rare. Il avait assisté à la mise à mort qu'il avait lui-même provoquée, restant ainsi à regarder le corps s'effondrer au sol sans vie, et en continuant lentement de grimper les marches. Son esprit s'était comme inhibé et face à la mort de son fait alors, il ne ressentait... plus rien.

Sa respiration, s'emballant légèrement n'était perçue par son ouïe que comme un écho lointain, la voix qui se fit entendre au-dessus attira son regard vers l'intersection des escaliers dont il ne voyait rien, sans vraiment réaliser tout de suite ce que cet autre inconnu avait dit. Il venait de tuer un homme, là, comme cela, de sang froid. C'est seulement qu'il prit conscience qu'un troisième coup de feu était parti et par réflexe il lâcha d'une main son arme pour venir tâtonner son torse, son estomac et son flan sans ressentir aucune douleur, sans distinguer aucun trou dans son corps. Sa victime l'avait raté. Demeurant sous le choc, sans vraiment réaliser, sans vouloir réaliser et rappelé à l'ordre par les râles plus nombreux et portés des morts qui arrivaient d'en bas, il chercha par grande peine à se reprendre et grimpa les dernières marches en s'intéressant avant-tout à l'intersection, reprenant son arme qu'il braquait dans cette direction.

De prime abord, rien, pas d'autre silhouette pour le prendre par surprise à son tour, le piéger au détour du mur pour mieux l'abattre. L'acolyte de cet homme qu'il venait de tuer n'avait pas pris le risque de descendre, pas pour l'instant, peut-être quand il se rendra compte qu'il y a un problème. Pourtant James ne se sentit pas moins stressé, bien au contraire, une harassante bouffée de chaleur le prit et sa respiration s'emballa davantage tandis qu'il sentait sa sueur couler le long de son front plus rapidement encore. Il se sentait mal et eut un vertige soudain, ce qui fit grimper son taux de crainte bien au-delà du raisonnable, il n'eut alors qu'une envie : fuir d'ici, dégager de ce lieu maudit et se fuir lui-même, qui venait de commettre un crime abject et était devenu ce qu'il redoutait par-dessus tout : un tueur, un assassin, un monstre.

Il devait partir et sans plus se rendre compte du risque qui le tenaillait de part et d'autre, il rangea son arme dans son dos et se tourna vers le corps sans vie, se précipitant penché pour ramasser la lampe-torche ainsi que l'arme que ce dernier a pu faire tomber avant d'éclairer son visage pour voir de ses yeux le visage de sa victime, marquer dans son âme les traits, la couleur de la peau et qui sait même celle des yeux d'un individu qui fut autrefois un enfant pour des parents, peut-être un frère pour d'autres personnes, un amant pour une femme ou un autre homme, une vie précieuse pour d'autres vies. Il ne pourrait s'empêcher de le regarder et de continuer à le faire jusqu'à ce qu'il entende des bruits qui viendraient d'en haut ou des râles qui se rapprocheraient d'en bas pour s'en défaire et fuir vers le dernier accès à sa portée : le couloir donnant sur deux portes. Si le ciel le prenait en pitié, peut-être parviendrait-il à se réfugier quelque part et si ce n'était pas le cas, ce ne serait que justice.

Evènements

Anonymous
Invité
Mar 15 Mar - 20:02
Tous sauf James :

D’un commun accord tacite, vous avez décidé de rejoindre l’étage supérieur, suivant votre volonté de survie. Le chant des morts qui vous parvient plus prenant encore que la récente alarme qui vous avait torturé l’ouïe quelques instants auparavant seulement est brisé par le chaos tumultueux des balles qui s’extraient des canons des armes de Jena et d’Elizabeth.
Tirées par rafales, elles trouvent logement dans leur cible de manière incertaines, brisant les os et la chaire, et par moment seulement finissent leur course dans les cerveaux aveuglément visés. Pas suffisamment pour ralentir le groupe parvenu à l’étage.

L’escalator menant en contre-bas a cessé de fonctionner. Depuis combien de temps ? Sans doute lorsque le petit groupe était bien trop occupé à leur survie pour s’en rendre compte, mais si la lampe de l’un d’eux éclaire rapidement les lieux, ils pourront alors constater que les morts sont en train d'arriver au premier étage.

Grimpant les marches inactives menant au second étage, vous arriverez finalement devant un Jian, tout fringuant qui semblait impatienter votre arrivée. Lumière braquée sur son visage, il se sera dépêché de vous guider vers ce qui s’apparente à un local technique, entre le complexe cinéma et l’espace de bowling intégré au Centre Commercial.

« C’est la fille qui l’a trouvé. J’sais pas trop où elle a filé, mais j’ai vérifié et ça mène sur le toit. Y’a une trappe pour verrouiller. » Aura-t-il eut le temps d’expliquer alors que sous vos yeux se sera dévoilé une échelle rétractable menant vers un ciel complètement dégagé et illuminé de la seule auréole lunaire.

Dans la confusion de l’instant et parce que les lampes n’auront pas été suffisantes pour garder un oeil ouvert de tous les côtés, un cri de terreur et de douleur monte jusqu’à vos oreilles. Ce cri est tout proche. Trop proche. Il n’aura fallu que quelques secondes pour que les porteurs de lumière mettent en évidence l’horreur. Par son imprudence, Jian n’aura pas fait assez attention aux ombres traitresses, et sous les crocs d’un cadavre peu fraîchement mort, le sang de sa jugulaire se sera répandu sur le sol et ses alliés proches s’ils l'étaient.

Que vous ayez choisi de prêter assistance au pauvre garçon déjà agonisant ou que vous ayez fuit en constatant l’arrivée proche d’autres menaces, vous avez été contraints de vous replier vers le toit avant que les innombrables rôdeurs ne vous attrapent, seul échappatoire pour assurer votre survie.

Une fois là-haut la situation aura été rapide à éclaircir : les morts par centaines, par milliers, ont pris possession des alentours immédiats du Centre Commercial et noyé son intérieur. Si le toit vous offre un terrain sûr et une vue dégagée, vous observerez que vous n’avez pas d’autre alternative qu’attendre. Attendre que la horde se disperse ou qu’un accès quelconque se libère. Et là-haut, nulle trace de la soit disant fille vue par le "fraîchement" défunt Jian. La seule chose qui attirera votre attention sera la carcasse d’une cabine d’hélicoptère dans un très mauvais état, rotor manquant. A l’intérieur, le corps du pilote, toujours présent et sous la forme d'un rôdeur. A votre proximité, il se sera éveillé, mais ses ceintures l’auront empêché de vous atteindre.

Quatre jours. C’est le temps que vous passerez dans ce lieu. Dans le froid de l’hiver, exposés au vent et aux intempéries, livrés à vous-même avec les quelques nourritures récupérées sur place pour vous sustenter et vos radios toujours silencieuses. Quatre jours, avant de constater la débâcle de la horde accumulée sur les lieux qui se sera dispersée aux quatre vents, fautes de proies à saisir. Une ouverture se sera profilée à l’horizon, menant sur le parking où votre véhicule fut abandonné. Vous ne serez pas épargnés par le temps ainsi à découvert : Mark, Jena & Johann tomberont malades, frappés par un difficile rhume, seule Elizabeth aura résisté grâce à sa forte robustesse physique.

Une débâcle qui ne vous aura pas uniquement profité semble-t-il puisque au terme, alors que la nuit allait à nouveau tomber, la radio trouvée à bord de l’hélicoptère se sera mise à grésiller, réglée sur un canal différent de vos talkies-walkies :

« On peut rentrer les gars, les batteries du brouilleur sont à plat. Ils ne sont pas sortis de la zone, sans doute morts. On bascule sur le canal T-Zéro et on se repli au QG. Terminé. »

James :

Dans un état semi-conscient, tu avances vers l’homme tombé au sol.

En braquant ta première trouvaille sur le corps que tu espérais peut-être sans vie, tu auras constaté que son trépas n’était pas encore venu. Touché au flanc et en pleine poitrine, sans doute au niveau des poumons, du sang continue d’émerger de sa bouche à chaque respiration difficile qu’il tente de produire. La lumière ne semble déjà plus le déranger et tu assistes à son décès, pur et simple, ses yeux finissant de se nimber de vide.

A l’étage supérieur, l’homme semble plus que nerveux de n’avoir reçu aucune réponse, pestant à propos de son co-équipier défunt, l’appelant à nouveau par son nom : Harry, et c’est sans aucun doute les râles des morts perceptibles de plus en plus fort et leurs pas traînant qui auront fait rebrousser chemin à cet opposant visiblement trop frileux pour affronter n’importe quel danger. Le bruit caractéristique d’un verrou te sera parvenu entre quelques séries de pas lourds. Il semble s'être enfermé à l'étage.

En rebroussant chemin, tu auras esquivé de justesse les doigts crochus d’un cadavre parvenu à ton palier avant de t’enfoncer à travers l’une des deux portes menant sur un appartement. Les meubles à disposition t’auront permis de barricader l’entrée, en plus de la chaîne de sécurité.

Coincé dans ce lieu, et malgré toutes les tentatives et les efforts que tu auras possiblement fourni à tenter de trouver une sortie, c’est bel et bien bloqué entre une horde de morts à ta porte et sous tes fenêtres, et en conscience de la présence d’un homme à l’étage au-dessus de toi que tu auras survécu pendant quatre jours. Des jours à ramasser possiblement les miettes traînant dans la cuisine de ce logement abandonné, et à attendre l’opportunité de pouvoir t’enfuir. Par la fenêtre donnant sur le grand bâtiment qui n’était rien d’autre qu’un Centre Commercial envahi par les morts, tu auras reconnu la présence sur le parking près de ta position du véhicule d’Elizabeth qui n’aura pas bougé pendant tout le temps de ta captivité forcée.

Le vingt-et-un Février, avant que le soleil ne disparaisse en fin de journée, les morts se seront dispersés. Tu auras constaté que tes chances de t’échapper de là était plus que saisissables. Une chance qu’aura également saisi le locataire du dessus alors que le son grave et résonnant de sa voix se fit entendre dans la cage d’escalier.

« Ici Equipe trois sur le T.Zéro. Bien fait pour ces connards. A cause d’eux, Harry s’est fait bouffé y’a quatre jours. Ahhh … putain c’est dégueu… J’ai l’impression qu’ils ont bouloté sa cervelle… »


De ta position, impossible de percevoir la réponse qui en sortira de la radio, la tienne n’étant pas branchée sur le bon canal.
Tu as sans doute l’opportunité de prendre également l’homme par surprise, ou le laisser partir. Quoi qu’il en soit, tu as ta porte de sortie car le passage est libre.


Eléments Scénaristiques:
 

Johann Libert

Anonymous
Invité
Mer 16 Mar - 23:46
Mus par un même instinct de survie, personne ne songea à rester en arrière pour faire des cartons pleins. ENFIN ! Derrière, ça s’amassait grave et ça allait finir par nous coller au train en mode groupé-serré. C’était le dernier moment pour bouger, ils étaient lents certes, mais un nombre pareil... J’avais entraperçu les mouvements vers le haut de l’escalator, ça m’avait suffi. On mît le pied sur le second étage pour découvrir effectivement un Jian plus en forme que jamais. En le voyant si insouciant, soudainement, l’envie de lui en coller une me traversa l’esprit, sachant que j’en aurais de toute manière été incapable, et que de toute façon j’étais bien trop occupé à me calmer, plus concentré sur ma respiration que sur l’avenir proche du gosse. J’imaginais plus ou moins l’état d’esprit de mes compagnons à son égard et j’aurais pas voulu être à sa place si ils se décidaient tous à lui sonner les cloches. Quoique qu’il se reprenne, il l’aurait certainement mérité. Putain, c’était pas permis d’être aussi insensé ! Il avait eu un bol de taré de s’en être sorti. On le suivait. J’étais sur les nerfs, prêt à tout moment à sauter au plafond au moindre bruit trop proche. Les nerfs en pelote, le Johann, mais ça pouvait se comprendre. Jian parlait d’une fille, mais si elle voulait rester anonyme, elle s’était plutôt bien démerdée ; timide, la miss. Plus une trace. Il était vraiment sérieux, là, où la peur lui faisait voir des hallucinations?  Ce gamin risquait pas de me motiver pour sortir à nouveau avec lui. Tu parles d’un manche…

Gauche, droite, zone de loisirs.  Au moins la vue était un poil plus ouverte qu’en dessous. Ca me détendait pas du tout. On passa un à un dans le local derrière Jian, très fier de sa trouvaille et si on m’avait dit que cette trappe ouverte sur un bête rectangle bleu-sombre illuminé par la lune c’était le graal, je l’aurais cru sur parole. Une sortie, enfin ! Après tout ça ! On trouverait bien une possibilité de descendre, récupérer la voiture, et basta ! On rentrait !

Alors que la tension persistante depuis des heures se faisait gentiment repousser par un début de soulagement, un hurlement retentit dans l’exiguïté de la pièce. Je me retournais, lampe braquée, pour découvrir avec horreur le gamin aux prises avec un de ces monstres qui sortait dont ne savait où ; on avait pas fait assez gaffe, on avait merdé, il râlait, son hurlement maintenant coincé dans sa gorge, et le sang sombre qui giclait, coulait, une marée sur son pull, au sol, autour de lui, et lui qui glisse à terre, j’avais jamais vu autant de sang d’un seul coup, et son visage, putain son visage… J’étais figé sur place, lampe braquée sur lui et son attaquant, incapable de réagir, je voulais l’aider, je savais que je ne pouvais rien faire, que c’était trop tard, il était fichu, même si il avait pas été blessé autant il était fichu de toute manière, mais j’aurais voulu l’aider quand même, dieu sait comment. Instinct de survie égoïste contre empathie irréfléchie, l’instinct personnel gagna. J’avais envie de vomir, en ce moment plus parce que je me dégoutais de ne rien faire alors qu’il agonisait au sol que par la vision d’horreur. Lâcheté, survie ? Je laisserais ma conscience en débattre plus tard.

Alors que le tout semblait durer une éternité, il ne se passa que quelques secondes et alors qu’au moins une personne passa par la trappe avant moi, finalement, alors que dans le couloir les râles augmentaient de volume, je fini par empoigner l’échelle pour me retrouver sur le toit, avec les autres, sans me retourner une seule fois sur le gosse. Quelques pas à l’air libre en direction du bord et, plié en deux, je répandis le contenu de mon estomac au sol, crachant et toussant, cette fois à cause du contrecoup de ma vision. Le visage de Jian ne voulait pas se barrer de mon esprit, en gros plan sanglant. Il me fallut pas mal de longues secondes pour me relever et encore plus pour pouvoir faire le tour de notre environnement immédiat d’un regard vague, pour me rendre compte finalement que c’était pas encore la délivrance espérée. Sans compter le cadavre visible dans l’épave de l’hélico qu’on ne pouvait pas rater au milieu de notre espace vital, en bas il y en avait partout. Dieu qu’ils étaient nombreux ! Quelques pas traînants d’un point à l’autre ne me laissèrent deviner d’ici, partout, que la même image : une marée de fourmis zombies qu’on entendait grogner, râler, gratter tout là en bas et dont on ne voyait pas le fin, comme si une mer morte, au premier degré, nous entourait, nous et le bâtiment qui nous servait de refuge. Tout ça pour ça… Après tout ça, on se retrouvait stupidement bloqués sur un toit !!

C’était l’aléa de trop. Après ces interminables heures passées dans ce centre, les bastons qu’on aurait pu éviter, passer à deux doigts de la mort, devoir subir la présence continuelle des autres, retrouver et perdre Jian, et maintenant CA ! Je laissais glisser les lanières de mon sac de mes épaules et le laissait tomber au sol dans un son mat. « Putain de bordel de merde… y en a marre ! » je murmurais entre mes dents serrées, sentant remonter en bloc le résultat d’interminables heures tendu à l’extrême, émotions brutes, violentes, un tsunami qui prenait vie au creux de mon ventre, douloureux, le cœur qui accélère, la raison qui fléchi et seul subsiste la rage, noire, irraisonnée, que je connaissais bien, qu’à ce point je ne voulais même plus retenir. Fallait que ça sorte, que ça s’exprime, j’avais besoin que ça éclate. Marre ! Si on avait pas eu l’idée débile de venir ici, si Jian s’était pas barré, si les deux gros bourrins avaient pas voulu jouer à Rambo, on en serait pas là. Sûrement pas ! J’en avais ma claque de ce groupe d’abrutis juste capables de faire des cartons sur des cibles lentes à crever, même pas capable d’être efficace quand il aurait fallu l’être ! Je retournais vers eux, m’attendant à les trouver raisonnablement groupés, peut-être même à discuter d’un plan d’action, tu parles ! J’apostropherais en vrac celui ou celle à ma portée, Jena ou Mark. J’avais encore trop de respect pour Liz pour la prendre à parti, mais si elle s’en mêlait, elle y passerait aussi et pas moins fort que les autres, en mode « Lâche moi, j’ai pas besoin que tu t’en mêle » mais sûrement moins poli en pratique.

- Putain ! Y en a marre de vos CONNERIES ! Vous êtes contents ?! Ca vous plaît hein ! On a perdu Jian, on est coincé comme des rats, si aviez pas fait les cons le gamin serait peut-être pas mort !! Vous deux vous êtes des rigolos FINIS, l’un autant que l’autre ! Un tas de flingues et ça roule les mécaniques, mais incapable de se bouger au bon moment ! Si on sort de là, j’vous jure que c’est la dernière fois que j’vous suis quelque part ! Vous êtes que des PUTAINS DE BRANLEURS !

Je savais que mes paroles dépassaient ma pensée, que c’était pleinement hypocrite, et que je ne pensais pas la moitié. La mort de Jian, c’était pas de chance, c’était même cherché. Qu’on soit bloqué ici, c’était la seule issue. Et j’étais tout autant responsable qu’eux. Mais dire que je réfléchissais, sur le coup, ç’aurait été mentir. Au bon vouloir, je risquais de m’en prendre plein la tronche, suivant l’humeur de mon ou ma vis-à-vis. C’était ok, j’avais aucun souci avec ça. Disons plutôt, je m’en foutais royalement. J’avais aucune idée de leur réaction, rien prévu. Au mieux, si en face on se contentait de répliquer, je me barrerais sur un « Allez tous vous faire voir » très inspiré. En fait, je me barrerais de toute façon sur cette réplique tout à fait recherchée, je ne savais juste pas dans quel état. Tout ce que je savais, c’est que ça me faisait un bien fou de me libérer ainsi. Vraiment, juré, un petit pétage de plomb je ne connais rien de tel pour descendre le niveau de stress.

***

Jour 1.

J’avais passé le reste de la nuit à ruminer, évitant sciemment tout contact avec le groupe et restant si possible à l’opposé de l’endroit où ils se seraient installés, à faire les cents pas au bord de ce fichu toit, à écouter et à tenter de distinguer la masse compacte qui nous barraient la sortie. Je profitais de ma relative solitude, enfin, si on peut parler de solitude trois personnes à quelques poignées de mètres et quelques centaines ou milliers cadavérisées plus bas. J’étais incapable de dormir, incapable de me calmer, incapable de fermer les yeux sans voir le dernier regard de Jian. C’était étrange, d’ailleurs, je le voyais, je croyais l’entendre nous supplier de l’aider, mais je voyais ça comme si j’étais un simple spectateur d’un quelconque film, pas comme si j’étais acteur quelques heures auparavant. Ca tournait en boucle dans ma tête, mais l’impression d’irréalité était permanente. Comme tout le reste. Une sorte de protection pour pas devenir dingue, j’imagine.

J’étais retourné au bord de la trappe, plus tard, et là aussi ils y étaient, les morts, partout. J’avais fini par m’endormir brièvement avant le lever du jour, adossé à une structure en béton, pour me réveiller brutalement d’un cauchemar où je me faisais dévorer vivant. Le top du top.

Le matin, pas très frais et pas très fier non plus, j’ai réintégré le groupe avec des excuses franches, mais pas très motivées. J’avais horreur des excuses, même si elles étaient raisonnées. Ca aura donné quelques chose comme « J’suis désolé pour hier, ça faisait un peu trop de merdes pour trop peu de temps, fallait que ça sorte. On fais quoi aujourd’hui ? ». Pour moi, c’était largement déjà du passé. Et puis vu les circonstances, je doutais qu’ils aient le luxe de faire leurs pénibles et de m’envoyer paître. J’avais tué personne non plus, fallait pas exagérer. « Pas comme eux, incapable de protéger Jian… » La pensée m’avait échappé, oui, et je la regrettais, mais elle était bien en place quand même.

Pas tout à fait étonnamment, il y avait plein de trucs sur ce bout de toit entouré de ciel, surtout, en fait, dans ce qui restait de l’hélico qui avait visiblement dû tenter un atterrissage d’urgence, de ce que j’imaginais. Dans ce qui restait de l’appareil, une fois le ménage fait par une bonne âme charitable et son occupant rendu aux vrais morts, il restait quelques trucs utiles. Enfin, pas forcément utiles dans  l’immédiat, non, mais si on redescendait de là un jour, certainement. Quoique il en soit, je les aidaient à vider et trier ce qu’on pouvait trouver de bon à servir. Entre autre une tente classique bien emballée qui avait miraculeusement survécu, des sacs divers, et même des armes, ainsi qu’un jeu de talkie-walkie dont un seul semblait en état de fonctionner. J’héritais ainsi d’un plus grand sac à dos que le mien qui n’intéressais personne et dans lequel je transvasais le peu d’affaires que j’avais, avant d’y fourrer également mon ancien sac, vide.

Le reste de la journée, je le passais à tourner en rond, cherchant une faille, là en bas. Les moyens de descendre semblaient exister, j’avais fini par repérer une échelle de secours sur un côté du bâtiment,  mais ensuite pour ce qui était de rejoindre le sol… Nada, ils étaient vraiment trop compacts. Ca aurait été du suicide de tenter de passer, et encore je suis gentil. De jour, c’était encore plus impressionnant que ce que je m’étais imaginé dans l’obscurité. On aurait dit une véritable nuée d’insectes voraces agglutinée aux façades. Ecœurants.  Je pensais m’y être habitué, mais que dalle. En voir autant me donnait le tourni et, par moment, carrément la nausée. Le bruit, on s’y fait, c’est pas comme si on l’avait pas déjà enduré.

En fin de journée, il fallait se rendre à l’évidence, on allait devoir y passer quelques temps. Après quelques concertations, la tente fût finalement montée du côté de l’hélico où il semblait y avoir le moins de vent. C’est bien, les tentes modernes. Ca se monte pratiquement n’importe où. Même hors terre, à condition de bien la lester, mais on avait de quoi rien qu’avec les pièces de l’épave. Au moins, ça ferait un semblant d’abri pour la nuit.


***

Jour 2.

Ils vont bien finir par se barrer un jour. Etrange que le camp n’aie pas lancé des recherches. Ou alors ils n’ont vraiment aucune idée d’où on peut être, surtout avec la radio en rade. On finira bien par descendre de là avant de mourir de faim. Au pire on les bouffe, eux.

Il fait glacial avec le vent, même la journée, ma veste en cuir ne suffit pas et pour s’abriter, c’est galère. Et cette nuit c’était pire. J’ai fini par m’endormir, soit, mais pour me réveiller congelé. Je proposerais bien de faire du feu, mais pour brûler quoi ? Je doute que le cadavre dans l’hélico soit un bon combustible… comme ce qu’il reste de l’hélico, d’ailleurs.

Pour passer le temps, j’ai fait le tour du toit, encore et encore. Au sol, ils ne sont toujours pas décidés à lever le siège. Combien de temps peuvent-ils rester au même endroit comme ça ? C’est déprimant comme vision, honnêtement.

***

Jour 3.

Je crois que je suis en train de prendre froid, voire pire. J’ai mal au crâne depuis le réveil, ça martèle sec, la gorge pas terrible non plus. Ils sont toujours là, bien sûr, comme une meute de loup attendant que leurs proies s’épuisent. Ils ont un avantage sur nous : ils ont pas besoin de bouffer, eux. Et je ne parle même pas des réserves d’eau. Par moment, je pense qu’on ne s’en sortira pas. Par moment, je suis sûr du contraire. Le moral qui joue au yoyo, j’ai connu plus confortable.

Il ne me reste que trois clopes dans le paquet. La dernière, c’était la nuit  où on s’est retrouvé sur ce toit. J’en ai grillé une en observant nos geôliers, mais le cœur n’y était pas, je l’aie balancée sur eux à la moitié. Il m’en reste deux. Je me dis qu’à zéro, vu le laps de temps que je laisse entre chacune, je pourrais commencer à réellement me laisser aller au désespoir. Et toute la journée ces lancées douloureuses à chaque inspiration d’air froid, c’est usant. Encore une nuit coincés ici.

***

Jour 4.

J’y croyais pas ! Ca bougeait, en bas, finalement ! La journée s’était passée comme les autres, morne, longue, déprimante, en ajoutant le fait qu’on tirait tous une sale tronche, à part Liz qui, sans être fringante, me paraissait morfler moins que nous. Mais là, on les voyait parfaitement, ça se détendait, ça s’éloignait, avec un peu de chance on allait l’avoir, notre porte de sortie ! Branle-bas de combat, je ne pense pas qu’on ait eu besoin de beaucoup se concerter pour récupérer tout ce qu’on pouvait.

On était en train de démonter la tente en quatrième vitesse pour la fourrer dans un gros sac de voyage qu’on avait également sorti de l’hélico, histoire de pouvoir la transporter plus aisément, quand soudain le talkie trouvé dans l’épave posé pas loin avait décidé de reprendre vie, grésillant et crachotant une voix inconnue à nos oreilles, lâchant à l’intention dont ne savait qui des infos qui avaient de quoi faire froid dans le dos. C’est de nous que ça parlait.. ? Ou je fabulais complétement ? L’ardeur un peu refroidie, pas par le temps mais bien par l’évènement imprévu qui venait de se dérouler, j’étais bien obligé de continuer les préparatifs, d’autant que la voie semblait s’être libéré définitivement… mais c’était qui ces gars .. ? Je fini par récupérer également la radio à nouveau muette et la passer dans mon sac, étant un des moins chargés. Ensuite, je l’ajustais sur mes épaules, prêt au départ.

Je me collais au transport du sac avec la tente, vu que j’étais  le seul à être un branque avec une arme, autant servir à autre chose. D’ailleurs, l'arme de Liz que j’avais conservée jusqu’à maintenant était bien au chaud dans mon sac à dos, avec le couteau et le reste du paquet de clope. Si il fallait piquer un sprint, autant ne pas s’embarrasser les poches. Je la lui rendrais une fois en sécurité, ce qui signifiait certainement pas avant le campement. Le fait de voir le parking se désengorger des cadavres m’offris néanmoins un petit boost de moral, et j’oubliais mon état pour quelques temps. Pas le temps de pleurnicher pour un coup de froid quand c’était sa peau toute entière qui était en jeu.

Histoire dévaluer toutes les possibilité, je posais quand même la question de l’échelle extérieure, me rendant bien compte qu’avec nos sacs et tout le barda la solution n’était pas la plus sécurisante mais l’idée de devoir repasser par l’intérieur du centre ne me motivait guère, à vrai dire, et pas qu’à cause du risque des cadavres restants qui, au passage, ne me semblait pas plus sûr non plus. Non. La seule idée de voir ce qu’il était advenu de Jian, dévoré, ou que sait-je, pire, encore reconnaissable… était une idée qui ne me plaisait pas du tout. Prêt au pire, j'avais quand même gardé ma lampe à portée de main. De toute manière, on finirait bien par arriver jusque sur le parking… j’espérais. Comme à mon habitude, je me contenterais de toute façon de suivre avec mon chargement à la main, laissant aux autres le soin de dégager le passage si nécessaire.

La voiture était toujours là où Liz l’avais parqué, sauf que l’environnement était un peu modifié. C’est fou ce que ces saletés charrient comme merde avec eux ! On aurait dit une place vidée de ses festivaliers après une semaine de concerts. Tout y était, même l’odeur… Une fois tous réunis en bas, je crois qu’il n’y avait pas besoin de se faire mutuellement un dessin, le but était de rejoindre le véhicule au plus vite. Tout autour, abandonné sur le goudron, il y avait une quantité invraisemblable de débris divers, sans doute charriées par le flot des morts. Mais plus rien ne m’étonnais, tout ce que je voulais c’était partir de là. Les centres commerciaux, le must de la civilisation, tu parles ! Un piège à con, oui !

Mark Logan

Anonymous
Invité
Jeu 17 Mar - 15:17
Le repli est donné par les filles et Mark les suit ou plutôt il les précède dans l'escalier pour ne pas se trouver sur leur trajectoire pendant qu'elles tirent sur les charognards, restant néanmoins assez proches d'elles pour et les éclairer et les tirer en arrière si cela s'avère nécessaire. Laissant ainsi le roux cavaler loin de là comme pour changer. Une fois sur le palier et en entendant la voix de Jian se faire entendre de nouveau, Mark doit se faire violence pour ne pas exploser la tronche de l'asiatique sur place. Le merdeux les entraînant vers une potentielle sortie donnant sur le toit, il regarde ce qu'il se passe avant qu'un hurlement ne vienne emplir et couvrir les râles des zombies du centre commercial.

"Il a ce qu'il mérite celui là, à agir comme il l'a fait notre Père à tous s'est détourné de lui."

Le gamin vient de se faire attraper et ce n'est pas Mark qui ira l'aider même s'il fronce les sourcils en le voyant, frappé par une pensée qu'il avait eu au moment de la fuite du gamin. C'est comme ça que l'ex mineur va essayer de récupérer le sac à dos de Jian pour protéger et récupérer la ration de nourriture qu'il contient. Pour autant s'il voit qu'un problème se pose, il n'insistera pas et finira par aller se réfugier avec les autres sur le toit.

Une prison ou un tombeau à ciel ouvert, réflexion fugace avant qu'il ne se ressaisisse rapidement, il ne va pas commencer à être défaitiste maintenant alors que Mark sait qu'Il ne l'abandonnera pas et qu'Il va lui fournir un moyen de sortir de là. Reste à savoir s'Il en donnera un aux trois autres ou si Mark va devoir se séparer d'eux à un moment ou un autre. Ne prêtant pas vraiment attention aux autres hormis pour savoir que les deux damoiselles sont bien elles aussi sur le toit, il fini par reporter son regard sur le roux alors que ce dernier est bien décidé à leur péter un plomb dessus. C'est la goutte de trop dans l'esprit de Mark, celle qui va le faire sortir de ses gonds, il commence par se redresser de toute sa hauteur et fixer Johann une lueur de colère venant se mettre dans son regard.

Johann a à peine terminé de parler que Mark se fait entendre le ton empreint d'une colère froide aidé par sa voix grave à la limite du rauque.

" Non je ne suis pas content, tu es encore là !" Mark crachant par terre pour montrer tout le dédain qu'il a pour Johann alors qu'il n'a pas fini de parler. "À part te barrer comme l'enculé de bon à rien que tu es, qu'as-tu fait ? Rien ! Un vrai lâche qui détale pire qu'un lapin pendant qu'on a essayé d'aller chercher le gamin, Jena en tête et tu oses t'en prendre à elle ? Et tu faisais quoi à part te barrer quand j'ai empêché un de ces charognards de chopper Liz ? Ou encore à part te branler tu foutais quoi pendant que Liz toute seule retenait les portes ?"

Sa voix montant un peu plus dans les tours à chaque seconde, son calme habituel n'est plus, Mark aura terminé en hurlant tout en approchant de Johann. L'ex mineur essaye de dominer Johann de toute sa hauteur pour ensuite l'empoigner par le col et lui coller son poing dans la figure et si le roux arrive à esquiver, Mark cherchera à le pousser violemment en arrière pour le faire chuter. N'insistant pas plus que cela au final déjà parce qu'une bagarre serait plus que mal venue mais aussi parce que les filles sont là, le seul fil conducteur dans l'esprit de Mark pour l'empêcher de battre à mort le roux -ou du moins essayer-. Toujours est-il qu'avant que les damoiselles interviennent Mark part se calmer un peu plus loin sur le toit, tournant en rond comme un lion en cage.

Le calme, il aura du mal à le retrouver surtout quand dans un recoin du toit, il met à jour une pelle sur le sol. L'outil en main il en regarde la tête puis il regarde vers les autres ou plutôt la tête du roux, la pelle, la tête, la pelle, la tête, trouvant que les deux iraient en parfaite harmonie s'il y avait une violente rencontre fortuite entre elles. Finissant à terme par revenir vers les filles puis par aller voir l'hélicoptère, mettant tout sans dessus-dessous et sans retenue, Mark fini par dénicher dans la carlingue un Heckler & Koch MO5/40, le même modèle que celui qu'il avait trouvé dans l'enceinte du centre commercial et confié à Jena. Arme qu'il s'empresse de mettre dans son sac à dos.

Aucune échappatoire leur est possible et Mark se retrouve contraint de rester sur ce toit en présence de cet homme qu'il ne supporte plus et des deux damoiselles qui l'attirent sans le vouloir. L'ex mineur se tenant le plus possible à l'écart de tout le monde sa colère couvant toujours en lui dès que son regard a le malheur de croiser Johann, il doit se tenir loin de lui pour garder un certain contrôle sur lui même. S'il n'en avait plus aucun il sait ce qui arriverait et il sait aussi ce que Jena et Elizabeth devraient subir et ce n'est pas du tout de cette manière qu'il prévoit de s'occuper de leurs délicieuses et magnifiques croupes. Surtout qu'ainsi coincé ses pulsions reviennent à la charge, le propulsant dans ses pensées et les images qu'il se fait de ces instants là, de ces moments ou elles seront sous lui et soumises à son bon vouloir. Les jours et les nuits défilent et Mark se retrouve régulièrement obligé de s'isoler sur un coin du toit, se mettant dos à eux et à genoux pour prier le Très-Haut de lui accorder un répit dans le maelström d'émotions qui passent en lui. Plusieurs fois, il se retrouve son couteau de combat à la main prêt à s'en servir pour s'ouvrir les chairs sur quelques millimètres et faire venir à lui cette cuisante mais délicieuse souffrance qui l'envahira et soulagera son esprit torturé. Expier ainsi ses fautes et ne surtout pas céder à la tentation.

Les jours et les nuits qui défilent, la faim qui grandit dans son estomac n'aidant pas à sa lucidité d'esprit, la soif également alors qu'il se rationne sur la bouteille d'eau qu'il avait emportée. Regardant les damoiselles qui ne sont sans doute pas mieux que lui, Mark fini par se sacrifier comme il l'avait pour Ivy et leur proposer de l'eau mais il se cède aussi à lui même en attaquant la ration de nourriture récupérée dans le Mc Do -à moins qu'il n'ait récupéré la ration que détenait Jian et dans ce cas là c'est celle là qui servira- et là encore il partagera avec les autres. Monter la garde au cas où ne lui pose aucun souci pendant que le temps défile même si à terme un éternuement apparaît puis un autre, sa gorge finissant par le démanger et lui donner l'impression de le brûler tout comme un mal de tête permanent vient s'insinuer en lui. Pas de doute ainsi exposé à tout vent et aux intempéries il a prit froid. Mark demande alors aux filles si l'une d'elle sait trouver de quoi le -les- soulager de ce rhume, oui il est un homme et forcément un homme quand c'est malade ça devient vulnérable et a l'impression d'être terrassé par la maladie aussi ridicule soit-elle.

L'ex mineur compte le temps, quatre jours, il aura fallu quatre jours pour que les charognards bougent enfin et leur donne la possibilité de fuir. Juste avant que la nuit tombe, un talkie se met à grésiller et à délivrer un curieux message parlant de brouilleur et d'un autre canal, s'il y avait encore un doute concernant ce qui leur est arrivé, il n'existe plus à cette seconde précise...Et comme à son habitude, Mark laisse les deux damoiselles décider de la conduite à tenir pour sortir de là, nuit oblige Mark se contente d'alimenter sa lampe par quelques tours de manivelle et de les suivre. La Cadillac de la brune toujours là, l'homme s'y dirige tranquillement même si le rhume l'assomme quelque peu et le fait éternuer régulièrement, éternuements qu'il cherche à couvrir avec une de ses mains pour ne pas voir revenir des charognards. Ce n'est que dans le véhicule d'Elizabeth que la tension dans ses muscles commencent à s'évaporer, ils vont sortir de là vivants, il ne reste plus qu'à retourner au campement.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Ven 18 Mar - 19:28
Grimpant les marches stoppées de l’escalator deux-à-deux, il ne m’avait fallu qu’une petite dizaine de secondes pour gravir la rampe métallique et parvenir au second étage, rapidement suivie par l’un des porteurs de lumière. Au bout de quelques instants, le visage juvénile de Jian ne tarda pas à être illuminé de ce même faisceau, se montrant bien plus fringant, et limite impatient, envers nous après avoir gentiment foutu la merde et divisé le groupe en se barrant sous le coup de la panique. Et si je ressentais une sourde colère à le voir ainsi, de ce que je considérais comme un comportement à la limite de l’insouciance, je n’avais à vrai dire pas le cœur, ni même la capacité de réellement lui en vouloir. Combien de temps m’avait-il fallu avant de pouvoir faire face à ces créatures, soutenir et encaisser la pression ? Combien de fois avais-je moi-même fui avant d’être apte à faire face, arme à la main et rage au ventre ? Trop longtemps. Néanmoins, je prenais sur moi de ne pas lui coller une torgnole bien sentie - juste pour le principe.

Au lieu de ça, j’emboîtais le pas de l’adolescent, d’autant plus pressée que les râles des morts à l’étage inférieurs devenaient bien plus nombreux, et semblaient très clairement se rapprocher. Les rafales lâchées par Elizabeth, ce qui s’apparentait selon moi à un vulgaire coup de sang paniqué, ayant très probablement ragaillardi la détermination des chasseurs qu’ils étaient à nous traquer sans relâche ; pour peu que l’on puisse présumer que ces choses soient capables d’une quelconque détermination.

Ainsi, je suivais le jeune asiatique sans réussir à me départir de ma crainte de voir surgir l’une de ces horreurs de n’importe quel recoin sombre qu’un faisceau de lampe ne balayerait pas, mes deux mains serrées autour de mon arme de poing dont le canon rallongé de son silencieux pointait vers le sol. Il nous guida le long du corridor, jusqu’à ce que nous quittions l’atrium principal du centre commercial pour passer devant un cinéma, dont la vitrine affichait encore les posters des programmations de l’année dernière.

Une vision presque anodine qui me renvoya à la mélancolie de ne plus ressentir cette légèreté et cette insouciance désabusée quand William et moi hésitions et nous chamaillions sur le choix du film à aller voir dans les salles obscures. Certains jours, à certaines occasions, j’en arrivais parfois à me demander si tout cela avait vraiment existé un jour, si je l’avais réellement vécu alors que les souvenirs de cette vie bercée dans un cocon sociétal assez sécuritaire m’apparaissaient de plus en plus bordés d’onirisme.

Jian dépassa le cinéma, s’engouffrant dans une sorte de local technique coincé entre le complexe et un espace loisir dont l’enseigne désignait un bowling. Une nouvelle tranche de vie, de nouveaux souvenirs bucoliques de distractions entre amis. Des discussions, des plaisanteries de bureau, les gorgées de bière fraîches avalées entre deux lancers de boule, l’accord unanime sur la mocheté et l’inconfort des godasses de bowling, ou les moqueries tues, adressées en simples regards amusés et entendus sur le groupe voisin qui prenait la partie bien trop au sérieux. Des souvenirs joyeux et désinvoltes qui me revenaient en fragments épars et fugaces, m’arrachant un mince sourire attristé alors que je détournais mes azurs de l’enseigne pour m’engager à la suite de Jian dans le local technique.

Quelques enjambées supplémentaires et celui-ci s’arrêta au pied d’une échelle déployable, dont le sommet se confondait dans la pénombre d’un rectangle obscur, un ciel d’encre constellé d’étoiles et nimbé d’un reflet argenté qui dessinait les contours métalliques de la trappe. Il y avait là une certaine image poétique à observer notre sauf-conduit nous inviter à entrer dans sa lumière blafarde, mais je ne m’y attardais guère, préférant me focaliser sur les informations qu’il nous servait.

Il parlait d’une jeune fille - clairement pas présente parmi nous - ce qui ne manqua pas de susciter chez moi une profonde méfiance envers cette inconnue ; et de la trappe vers le toit, une issue providentielle qui placerait un fossé infranchissable entre nous et les infectés. Bien évidemment, vue la population de morts-vivants présente dans le centre commercial, et le raffut provoqué par l’alarme au cours des dernières heures, il me paraissait évident que ce toit nous serait plus un refuge qu’une issue. Nous allions troquer un piège assurément létal contre un piège bien plus incertain, j’en avais l’intime conviction.

Je fis un pas de côté, dans l’idée de laisser la priorité à ceux qui m’accompagnaient de grimper les premiers vers le toit et couvrir leur ascension. Mais un hurlement soudain me creva les tympans, puis le cœur. Tournant mon regard en direction des cris, mon visage se décomposa littéralement lorsque mes azurs virent Jian se faire arracher la jugulaire par les dents d’un rôdeur surgi de je-ne-savais-où, le tout sous la lumière figée, légèrement tremblante, d’un halo de lampe-torche. Je glissais un bref regard en coin vers le propriétaire, reconnaissant le rouquin avant de revenir sur le pauvre Jian. Je me sentis devenir livide, mes tripes se nouant et faisant remonter une profonde nausée alors que je redressais mon arme de poing, les mains tremblantes à l’image du reste de mon corps, vers l’asiatique et son assassin décharné, observant le liquide carmin s’épancher et imbiber son sweat à capuche blanc en un ruissellement poisseux et abondant.

D’une pression de l’index droit, j’aurais ouvert le feu sur l’infecté qui s’en prenait à Jian, d’un seul et unique tir, bien déterminée à venger le proche trépas de l’asiatique. Puis, après avoir observé Mark tenter de récupérer le sac à dos de Jian sous mon regard médusé, presque choqué - et sous réserve de la réussite de mon tir - je me serais approchée de l’adolescent agonisant au sol, gravant son visage probablement suffoquant et implorant de détresse et de peur sur le fond de mes rétines durant quelques secondes, avant de baisser le canon de mon pistolet vers son crâne et presser la détente une seconde fois pour mettre fin à son agonie, et surtout lui éviter de revenir hanter les allées de ce centre commercial à l’état de cadavre ambulant. Sinon, si je ne parvenais pas à neutraliser le rôdeur de mon premier tir, je me détournerais du sort de l’asiatique. Dans les deux cas de figure, je finirais moi-même par grimper à l’échelle en bonne dernière pour rejoindre le toit du centre commercial, dévorée par la culpabilité et très fortement secouée par ce qu’il venait de se produire.

M’extrayant finalement de l’ouverture rectangulaire, je me redressais lentement et faisait quelques pas sur le toit en béton, d’une démarche traînante, ressassant devant mon regard les derniers instants de l’adolescent. Son visage agonisant restait imprimé sur mes rétines, une image morbide et obsédante qui ne s’effaçait pas de mon esprit, me déphasant totalement de la réalité alors que j’errais dans un état second jusqu’à aller poser mon cul sur le caisson métallique d’une unité de ventilation, à quelques mètres à peine de la trappe. Les jambes flageolantes, les mains plus tremblantes encore, j’avais remis la sécurité de mon arme avant de la ranger à ma ceinture pour finalement enfouir mon visage au creux de mes mains.

Les larmes m’étaient montées au yeux, des larmes que je chassais de l’extrémité de mes doigts, faisant ainsi place à de nouvelles qui inondaient mes joues. Mes azurs se perdaient quelques secondes plus tard dans la contemplation hébétée des paumes de mes mains, souillées de sang frais étiré en traînées bordeaux sous la lumière argentée de la Lune. Baissant mes yeux vers mon pull, je découvrais avec dégoût quelques giclées de sang sombres qui avaient imbibé le tissu synthétique de leur empreinte encore tiède. Une vision qui ne fit que renforcer ma nausée au point de la rendre insupportable.

Basculant ainsi de côté, une main en appui sur le rebord de l’unité de ventilation, je finissais par rendre le contenu acide de mon estomac dans quelques gargarismes bien peu ragoûtant, restant dans cette position durant de longues minutes. D’un revers de manche de mon autre main, j’essuyais les larmes qui floutaient ma vue, puis mon nez et ma bouche de leurs fluides avant de chercher à me calmer de longues et rapides inspirations. Mais ni la gerbe, ni les larmes, ni l’air nocturne, frais et piquant, n’étaient parvenus à chasser la vision gravée d’un Jian mourant. C’est à peine si, confrontée au dur retour à la réalité, je percevais les innombrables râles montant depuis le sol jusqu’à mes tympans.

Non, il avait fallu que ce soit Johann qui me ramène pleinement les pieds sur terre en laissant exploser sa colère au-travers de propos agressifs à notre encontre. Mark tout autant que moi. Dès son premier juron, je m’étais retournée vers lui, puis remise debout, décollant mon derche de l’unité de ventilation pour faire pleinement face au rouquin et affronter sa colère de front. Au fil de ses mots, prononcés d’un ton parfaitement justifié et justifiable qui ne laissait aucun doute sur la tension qu’il avait accumulée jusqu’à lors et qui se déversait désormais pleinement sur nous, le volume de sa voix était montée jusqu’à se conclure dans des hurlements, des accusations, des insultes, qui me firent légèrement baisser la tête, mon regard se portant sur le sol, derrière Johann. Comment aurais-je pu affronter et soutenir le regard courroucé du rouquin qui nous blâmait ?

Je m’estimais être responsable de la vie de chacun d’entre eux. Raison pour laquelle j’avais voulu poursuivre Jian quand il s’était enfui, raison pour laquelle j’étais venue en aide à Mark quand il s’était retrouvé au sol, aux prises avec ce rôdeur, ou encore raison pour laquelle j’avais cherché à couvrir leurs arrières quand ils se débattaient tous trois avec cette issue de secours à verrouiller. Il n’avait fallu qu’un instant où j’avais baissé ma vigilance, à contempler un ciel étoilé, pour que l’un de ces monstres n’attrapent Jian et ne l’emmènent avec lui aux confins de l’enfer.

Sous les attaques verbales de Johann, j’avais serré les poings, contracté mes mâchoires à la limite de m’en faire péter les dents, fermé les paupières sur mes prunelles azurées pour en chasser de nouvelles larmes, plus abondantes ; le tout étant le fruit d’une indicible et brûlante colère qui me gagnait. Non pas à l’encontre du rouquin - quoi qu’en partie malgré tout - mais avant tout contre moi-même. J’avais échoué. J’avais failli à ma responsabilité de les ramener tous en vie auprès de Samuel et Melody. Alors je fermais ma gueule, laissant ma colère se manifester au-travers des tremblements fébriles qui agitaient mes membres. Je ravalais les mots, toute forme de répartie destinée à rentrer dans la gueule de Johann et l’accabler à son tour. Je prenais sur moi d’assumer mes erreurs et mes responsabilité, toute l’ingratitude que cela représentait d’être ciblée lors des échecs, et les remerciements qui ne venaient jamais couronner les succès.

A la place, ce fut Mark qui surenchérit. Et comme je le comprenais... L’un comme l’autre avait raison, chacun avait ses raisons de s’emporter. Le premier semblait libérer ses tensions, ses craintes, peut-être même l’aigreur de son impuissance à se défendre ou à n’avoir pu protéger Jian ; le second quant à lui me paraissait vouloir rétablir une certaine forme de justice, de vérité toute personnelle établie sur le fait que Johann n’avait en rien aidait à affronter les menaces, qu’il n’avait pas fait mieux. Les insultes fusaient, les décibels volaient, les tensions s’affichaient.

Quelque part, j’éprouvais une certaine reconnaissance envers Mark pour prendre ma défense ou chercher à justifier mes actes et les décisions que j’avais dû prendre, plus sous l’urgence de la situation qu’au terme d’une réflexion mûrie par ailleurs. J’avais simplement tâché de palier au plus pressé pour assurer l’intégrité du groupe, en vain. En vain… En effet, lorsque Mark en vint aux mains vis-à-vis du rouquin, j’avais relevé la tête, desserrant les poings et cherchant à m’interposer, les bras tendus, entre les deux hommes de ma maigre carcasse pour éviter qu’ils n’aillent plus loin dans leurs tentatives de se foutre sur la gueule.

“Arrêtez ! Arrêtez-ça !!” m’étais-je écriée au sein de mon interruption, ne craignant plus depuis longtemps de me prendre des coups dans la tronche malgré que je ne partage rien de la carrure des deux énervés. Si tel était le cas, je savais pertinemment que ce ne serait ni les premiers, ni les derniers.

Puis lorsque enfin ils se seraient séparés d’eux-mêmes, Mark semblant retenir ses coups ou canaliser sa colère pour s’éloigner de Johann, le tout sous mon regard méfiant et assez réprobateur, j’aurais fini par aller m’enquérir de l’état du roux, lui offrant même une poignée de main tendue pour l’aider à se relever, si besoin et s’il l’acceptait, sans ne rien lui adresser de plus qu’un regard lourd de reproches et d’une colère contenue derrière mes azurs aux reflets glaciaux ; avant de le laisser partir ruminer et s’isoler à son tour.

C’est ainsi que de nouveau seule et livrée à moi-même, glissant des regards emplis de la crainte fondée de voir les deux hommes s’empoigner à nouveau au risque que l’un d’eux ne passe pas la nuit au terme d’un regrettable dérapage, j’avais finalement pris le temps d’observer les environs au relief densément urbain qui nous entourait. Les façades des bâtiments qui entouraient le centre commercial, à plusieurs dizaines de mètres tout autour, se découpant en ombres silencieuses et massives contre un ciel luisant de reflets argentés. Mais sous cette lumière fantomatique achevant de dépeindre cette journée d’horreur dans toutes les nuances de gris, je devinais finalement la présence d’une carcasse d’hélicoptère écrasée à une dizaine de mètres de ma position.

La queue bousillée et son rotor manquant, ses pales déchiquetées, ses vitres fendues et sa porte d’embarquement latérale arrachée de ses rails coulissant, l’oiseau de métal reposait sur son ventre, ses patins complètement écrasés par le poids de la structure, ou par la force de l’impact au moment du crash. Des traces sombres de liquides organiques séchés zébraient l’intérieur de la bulle de verre du cockpit, à l’intérieur duquel une forme mouvante et râlante se distinguait. Les bras tendus dans notre direction, et très probablement toujours retenu sur son siège par son harnais de pilotage, l’infâme créature se débattait, grognait, réclamait son dû, la chair capable de satisfaire son insatiable appétit démoniaque, faisant quelque peu grincer la carcasse de l’aéronef sous ses gesticulation macabres.

Lentement, les épaules affaissées et le pas traînant, j’avais réduit l’écart entre l’appareil et moi, contournant le nez écrasé de son cockpit pour atteindre la porte où se trouvait le pilote infernal. D’un geste du pouce, je relevais légèrement la visière de ma casquette sur le haut de mon front, couvre-chef qui n’avait désormais d’autre utilité, en pleine nuit, que de maintenir ma tignasse un minimum ordonné et regroupée vers l’arrière de mon crâne. Dans un soupir las, trahissant toute la fatigue qui m’accablait au terme de cette journée infernale, je tirais mon arme hors de ma ceinture d’un geste lent et désabusé, avant de pointer celle-ci en direction du rôdeur, prenant tout mon temps pour aligner son crâne avec mes organes de visée, puis je pressais la queue de détente une nouvelle fois.

Une dernière fois pour aujourd’hui, pour conclure cet épisode sanglant qui avait vu l’un des nôtre être appelé par la mort sans que l’on ne puisse rien y faire d’autre que d’assister, impuissants, à son cruel destin. Ma tâche accomplie, j’avais remisé mon arme de poing à sa place habituelle, la sécurité une nouvelle fois engagée, avant d’aller me poser à l’intérieur de la carcasse de l’hélicoptère. Dans le compartiment médian, je trouvais un siège rabattable encore en état de supporter le poids de mon séant dans lequel je m’installais, déposant ainsi mon sac à dos à mes pieds, entre mes tibias, avant de finalement rester là à ruminer mes pensées, mes erreurs, à ressasser et repasser en boucle les évènements de cette journée, à m’imaginer mille et un scénarios possibles, me perdre dans le dédale hypothétique des décisions que j’aurais pu prendre, que j’aurais dû prendre, pour en arriver à toute autre réalité que celle qui m’accablait désormais. Je contemplais les heures s’écouler, le vrombissement d’une marée de morts accompagnant mes pensées les plus sombres tandis que mes azurs ne pouvaient se détacher de la contemplation de la pointe de mes rangers élimées.

18 Février 2035

Je n’avais pu trouver le moindre sommeil au cours de cette longue nuit passée à frissonner dans l’habitacle de cet hélico, tout comme j’avais ignoré la faim et la soif qui se faisaient pourtant plus pressantes d’heures en heures. Quand le soleil s’était levé, nimbant le ciel de lueurs rouge-orangées avant de s’imposer dans un ciel vierge du moindre nuage, j’avais finalement consentie à sortir de ma torpeur pensive. Le dos courbaturé par le froid et l’immobilité, le cul anesthésié d’être restée trop longtemps assise, j’avais entrepris de me dégourdir les jambes pour faire le tour de l’immense plateforme bétonnée qu’était ce toit.

Avec prudence, je m’étais approchée des parapets qui en bordaient les contours, découvrant la marée de cadavres sur pattes qui encerclaient le bâtiment, nous privant de toute solution de repli. Sous mon regard rougi et cerné, j’avais contemplé avec une résignation fataliste les innombrables rôdeurs qui nous retenaient ici. Nous avions beau être vivants, nous n’en étions pas moins condamnés à attendre qu’ils se dispersent, ou que la soif et la faim ne nous emportent. D’un geste presque automatique, j’avais repris mon arme en main quelques instants, le temps de vérifier le chargeur qui se voulait vide, et d’aviser la présence de ma dernière cartouche engagée dans la chambre de mise à feu en tirant la culasse vers l’arrière. Une seule balle. MA balle, que je me destinerais si aucune amélioration, aucune issue ne se manifestait dans les jours à venir.

Sous la clarté du jour, j’avais remis mes lunettes de soleil sur mon nez, pour soulager mes yeux irrités de fatigue d’une part, mais aussi et surtout pour dissimuler mon regard coupable et éreinté à la vue des autres, soucieuse d’isoler, ou du moins masquer, mes préoccupations vis-à-vis de chacun d’entre eux. Lentement, j’avais fait le tour du périmètre du toit, aussi immense que la structure qu’il recouvrait, me rendant plus pleinement compte encore de l’ampleur du désastre dans lequel nous étions tous fourrés. De multiples échelles de maintenance couraient le long des murs, plongeant droit vers le sol, un aller simple vers une mer dévorante et putréfiée dont les miasmes remontaient jusqu’à mon odorat, saturant l’atmosphère de cette odeur de décomposition si caractéristique et omniprésente qu’elle semblait désormais faire partie du paysage, du quotidien. Une immense fresque macabre, vivante, que l’on pouvait appréhender de chacun de nos sens. Voir, sentir, entendre, presque toucher tant la menace se voulait oppressante, son horreur flottant dans l’air, moite et collante à notre peau.

Et c’est là que la haine refit surface, s’immisçant du plus profond de mes tripes jusqu’à électriser chaque parcelle de ma peau. D’un pas ferme et décidé, d’une allure soutenue, galvanisée par cette rage innommable qui avait pour cible des êtres décharnés, privés d’âme comme d’identité, j’avais regagné le poste de pilotage de l’hélicoptère. Ouvrant une nouvelle fois la porte d’accès au cockpit, j’avais débouclé le harnais qui maintenant le cadavre pourrissant de ce qui apparaissait comme un militaire, pour l’extraire de son siège et le ramener à même la surface bétonnée du toit. Je n’éprouvais aucune compassion pour ce corps sans vie, ce qui avait été un homme, l’amant d’une femme et le fils d’une autre. Il était responsable de la mort de Jian. Il était responsable de notre situation, notre détresse. Comme tous les autres… Après tout, ils ne faisaient qu’un.

Traînant son corps non sans effort pour l’amener sous la lumière du levant, je l’avais fouillé sans ménagement de mes mains fébriles, tremblantes de cette colère que je ne parvenais pas à extérioriser, que je ne devais pas extérioriser au point de m’en prendre à l’un de mes trois compagnons, cherchant dans ses poches n’importe quoi d’autre qui aurait pu s’avérer utile aux vivants, sans succès. C’est à peine si je jetais un oeil aux plaques d’identification pendant au cou de ce militaire tué en service, me moquant de connaître son nom, n’éprouvant aucune empathie à l’égard de sa dépouille, sa famille, ses proches, qui n’avaient pas dû finir mieux que lui de toute manière.

Puis je me saisissais du cadavre, l’empoignant par les chevilles et traînant sa carcasse inanimée sur le sol, rougissant et suant sous l’effort de déplacer ce poids mort sur les nombreux mètres qui me séparaient du rebord du toit. Je n’avais pas du tout la carrure pour ce genre d’exercice laborieux, mais je prenais mon temps, simplement animée de cette haine rageuse à l’encontre de cette chose, un effort physique qui me permettait de me décharger l’esprit, m’épuiser, extérioriser ma nervosité à fleur de peau, jusqu’à enfin parvenir à le faire basculer de l’autre côté du garde-fou.

Accoudée sur celui-ci, le souffle court et rapide, haletant, mon front trempé de sueur laissant rouler des perles de sueur jusqu’à la pointe de mon menton, j’avais penché mon regard vers le vide, mes azurs suivant la chute libre de ce corps qui s’écrasa sur quelques infectés massés en contrebas dans un bruit de craquement mat. Une vision d’horreur, de chair putréfiée aussi abjecte que brève avant que d’autres morts ne viennent piétiner et emplir le maigre espace dégagé, écrasant sans vergogne leurs congénères.

J’essuyais mes mains contre le tissu de mon pantalon d’un geste de dégoût, puis regagnais la carcasse de l’hélicoptère, grimpant de nouveau à bord, fouillant les décombres de l’habitacle qui ne s’étaient pas éparpillés sur le toit. Dans les filets suspendus, je dénichais un petit sac-à-dos dont les bretelles s’étaient emmêlées dans les mailles, probablement sous la violence du crash.

Néanmoins, après quelques minutes de lutte pour l’en défaire, je ramenais le sac sur le sol et entreprenais d’en examiner le contenu. Une simple gourde en aluminium vide, quelques vêtements de rechanges, ainsi qu’une boîte en plastique noire et rigide, qui contenait un jeu de flèches et de carreaux pour arc et arbalète. Une trouvaille qui rappela à mes souvenirs ma rencontre avec Melody et le carreau d’arbalète qui m’avait sauvé d’un sort semblable à celui qu’avait connu Jian la veille. Je me chargeais de récupérer la boîte de flèches pour la glisser à son tour dans mon sac-à-dos, en compagnie de la gourde vide qui remplacerait celle que j’avais perdue lors de ma sortie avec Samuel. Puis, je roulais le petit sac-à-dos découvert en boule avant de le fourrer lui aussi dans mon sac.

Par la suite, j’avais repris mon sac et quitté l’appareil pour aller m’asseoir un peu plus loin sur le toit, à une certaine distance des autres, toujours soucieuse de m’isoler. J’avais adossée mon sac contre l’un des larges conduits de ventilation qui couraient sur le toit, avant de m’installer contre dans une position assez inconfortable. Baissant la visière de ma casquette sur mon visage, j’avais cherché à prendre un peu de repos, le sommeil finissant par me cueillir pour quelques heures alors que mon esprit croulait sous l’épuisement.

Quand je me réveillais, même pas deux heures plus tard en plein milieu de cette matinée, c’était pour découvrir un Johann venu me présenter des excuses pour son emportement de la veille. Des excuses que j’avais bien évidemment acceptées de quelques hochements de tête muets accompagnés d’un mince sourire compatissant, sans être agréable. J’étais tellement dans le coltard et déboussolée que je ne prenais même pas la peine de chercher à développer un peu plus mes états d’âmes, ni de connaître les siens. Autour de moi, les râles continuaient de monter depuis le sol, un chant macabre qui s’effaçait peu-à-peu de mon attention, s’incrustant dans le paysage sonore comme pouvait le faire trafic routier lorsque l’on vivait en ville.

J’avais même fini par extirper la photo de ma famille disparue de la poche de mon sac à dos où je la conservais précieusement, tuant le temps à me remémorer les souvenirs joyeux, et les biens plus douloureux qui se rattachaient aux deux visages que je contemplais. Mon époux, notre rencontre dans les couloirs de la Cour Suprême, les nombreuses soirées passées dans le café de Manny sur Lavaca St. à travailler sur les dossiers “politiquement sensibles” de la DEA, notre installation, nos vies communes et nos affrontements professionnels.

Ma fille. Sa bouille d’ange aux bouclettes blondes. Ses premiers mots, ses premières syllabes, ses premiers pas. Ses premiers caprices aussi. Ses pleurs terrorisés d’une gamine de deux ans qui voyait les morts agresser notre véhicule, qui entendait les hommes se déchirer en engueulades violentes, qui sursautait à chaque rafale destinée à calmer les émeutes de civils. Sa disparition… quand les morts avaient submergé le campement de réfugiés où nous étions, en une marée plus nombreuse et plus dense encore que celle qui nous encerclait aujourd’hui. Mon impuissance, ce sentiment de vide soudain, un morceau d’âme arraché brutalement, sans aucun ménagement ni aucune préparation ; et la haine furieuse qui avait désormais comblé ce vide.

Un véritable gouffre infernal et auto-alimenté par la simple vue de l’une de ces abjectes créatures, que je tentais désespérément d’emplir auprès de ce groupe de survivants revenus d’entre les morts. De temps à autre, je laissais mon regard se poser sur eux, réfléchissant à ce qu’ils avaient vécu, et ce à quoi ils avaient pu échapper. Tout ce temps à ne pas vivre la brutalité, la cruauté de ce nouveau monde, à devoir réapprendre ce qu’ils savaient… Combien de temps cela prendrait-il encore pour qu’ils s’endurcissent et se blindent ? Je fixais Johann plus spécifiquement que les deux autres en me posant cette question. Y parviendraient-ils seulement ?

Je passais ainsi le reste de la journée à ressasser mes souvenirs et me tourmenter de questions presque existentielles tant elles se voulaient dénuées de réponses, voire même de sens ; à osciller entre somnolence, souvenirs, rêves et cauchemars, observant les ombres se mouvoir à l’opposé de la course du Soleil. J’avais pris une simple et unique gorgée d’eau, et grignoté très peu de nourriture sur ce que Mark avait choisi de partager de ses ressources, préférant miser d’entrée sur un rationnement nécessaire qui devrait supporter l’attente que ces morts bougent enfin, s’ils bougeaient. En fin d’après-midi, j’aurais aidé Johann et les autres à monter la tente découverte dans l’appareil avant de repartir un peu plus à l’écart, discutant de quelques banalités si certains en avaient le cœur mais sans m’étendre sur mes sentiments ou mes pensées.

19, 20 et 21 Février

Les heures s’étaient enchaînées, puis les jours et les nuits. Une attente longue de ne pas en connaître le terme, et pernicieuse de ne pas savoir si elle en aurait une qui ne se solderait par la mort ou la folie. L’exposition presque continue au vent et à la fraîcheur des journées comme des nuits avait fini par me filer une légère fièvre. Je me sentais prise au nez et à la gorge, quelques éternuements tenant compagnie à des quintes de toux plus rauques. Épuisée, affamée, déshydratée et désormais malade, j’avais laissé le soin à Elizabeth de jouer les infirmières de fortune avec un petit kit de secours contenant quelques médicaments et nous épargner probablement que mon état de santé ne s’aggrave.

Mais au-delà de la maladie et du corps affaibli, c’était surtout mon moral qui en avait pris un coup ces derniers jours. L’armée des morts ne s’était pas vraiment essaimée, toujours agglutinée aux murs du centre commercial. Il avait fallu plus de trois jours pour qu’enfin les premiers morts ne se remettent en marche et entraînent les autres à leur suite. Des jours entiers à ressasser des pensées bien sombres, des évènements tragiques et souffrir de l’attente et de l’incertitude de ne jamais quitter ce toit.

Puis la chance - si on pouvait appeler ça comme ça - se mit enfin à tourner en notre faveur. Les morts qui bougeaient au cours du quatrième jour. Avaient-ils été attirés ailleurs par autre chose ou n’était-ce là que le simple manque de proie et d’agitation qui les avait amené à se résigner et aller voir ailleurs ? Étaient-ils capables d’agir ainsi ? J’en doutais fortement, mais je n’étais pas une experte en zombie pour en tirer la moindre conclusion arrêtée. Tout semblait devenu possible au cours de cette année écoulée.

Une débandade qui nous motiva enfin à nous bouger. J’aidais mes compagnons à regrouper nos trouvailles, ce que nous emporterions dans notre fuite, et ce que nous laisserions derrière, avec une seule certitude en ce qui me concernait : je laissais là un compagnon de survie et emportais avec moi des remords et une profonde culpabilité. La perspective de pouvoir enfin quitter ces lieux me remit un certain baume au cœur. J’éprouvais un profond soulagement de pouvoir enfin me remettre à la tâche.

C’est d’ailleurs dans un crépuscule naissant que l’ensemble de la zone semblait reprendre vie. Un grésillement radiophonique me parvint depuis une radio. Des hommes, des inconnus, qui quittaient eux aussi la zone après avoir confié que leur brouilleur était tombé en rade, que personne n’avait quitté les lieux. Une confession anonyme, adressée à je-ne-savais-qui qui fit resurgir ma colère, ma haine, et ma soif de vengeance à l’égard de ces types quand je comprenais que nous avions été piégés ici délibérément, pour d’obscures raisons.

Étrangement, je ressentais une partie du poids de ma responsabilité dans la mort de Jian se décharger sur ces inconnus. Ils avaient voulu notre mort, et l’adolescent avait perdu la vie dans ce piège aussi abject qu’inhumain ; ou plus exactement parfaitement trop humain, dans le pire sens du terme. Ces types-là finiraient par payer, tous autant qu’ils étaient. Je m’en faisais la promesse.

De notre position, il ne m’avait pas été difficile de repérer la Cadillac qui n’avait pas bougé depuis notre arrivée. D’ailleurs, à une cinquantaine de mètres du SUV se trouvaient un autre véhicule, une berline dont les deux portières avant étaient ouvertes, ainsi que le hayon du coffre.

Chaque effort s’était voulu plus laborieux que le précédent, épuisée par le rhume et amoindrie par la faim et la soif, et c’est avec une lenteur et une précaution toutes particulières que je regagnais le sol, barreaux après barreaux. Une fois sur le parking, je n’avais pas suivi le mouvement commun vers la Cadillac d’Elizabeth, désireuse d’abord d’aller jeter un oeil vers la berline que j’avais repérée depuis le toit. Ainsi, j’avais demandé aux trois survivants de m’accorder quelques minutes - étions-nous encore à ça près ? - avant de me diriger vers le véhicule abandonné.

Côté passager, je découvrais les restes d’un corps, déchiqueté et les os de ses membres dispersés à plusieurs mètres du tronc, presque impeccablement nettoyés de toute trace de chair. Son crâne présentait une large brèche au-dessus de son occiput, l’os broyé par un tir d’arme à feu, ou un violent coup porté, laissant s’écouler et se répandre sur le sol les restes du contenu de sa boîte crânienne. Une vision d’horreur difficilement supportable, qui m’obligea à détourner le regard et contourner le véhicule après avoir claqué la portière passager d’un geste plutôt colérique.

Dans le coffre ouvert, de nombreuses planches, apparemment du bois de palette désolidarisé et entassé en plusieurs piles. Du bois de récupération qui pourrait toujours s’avérer utile au campement, pour nourrir le feu ou pour une quelconque utilité que des bricoleurs pourraient lui trouver. Avant de refermer le coffre, je me dépêchais d’aller jeter un oeil sur le contact, découvrant la présence de la clé toujours glissée dans le démarreur. Non sans une certaine satisfaction, je jetais mon sac-à-dos sur la banquette arrière, puis allais fermer le coffre de la berline, une Chrysler avant de m’installer au volant.

Un mouvement de poignet plus tard et le moteur ronronnait tranquillement. Un coup d’oeil sur la jauge du réservoir d’essence m’informait qu’il n’en restait que très peu, pas très loin de la réserve, mais j’espérais que cela serait suffisant pour regagner le campement. Après tout, deux véhicules valaient mieux qu’un pour faire la route en sens inverse. Vue la chance que l’on avait eue jusque là, je m’attendais à ce que la Cadillac d’Elizabeth ne tombe en rade sur le chemin du retour et ne nous oblige à finir à pieds, ou à nous retrouver coincés ailleurs. Et j’en avais suffisamment plein le cul de cette sortie pour tolérer la moindre nouvelle anicroche. La première chose que je ferais en arrivant au campement, je m’en faisais la promesse, serait d’aller me laver aux abords du petit lac, effacer les souillures de cette sortie, le sang de Jian qui couvrait mes vêtements, mes mains, mes poignets, mes avant-bras et sûrement mon visage.

Ainsi, faisant rouler au pas la Chrysler jusqu’au reste du groupe, j’avais proposé à qui le voudrait de monter avec moi, ou au choix de monter avec Elizabeth, avant de suivre la brune dans les rues de Snyder jusqu’à regagner le campement.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 21 Mar - 19:45
Des jours étaient passés, depuis que le Très Haut avait une nouvelle et peut-être dernière fois condamné James Francis Everett au plus dur des châtiments : le désespoir, sublimé par un soupçon d'espoir à la fois si proche et si lointain qu'il tirait davantage l'homme dans ses ténèbres dévorants. Assis sur le lit de la chambre miteuse, le livre de la foi entre les mains ouvert au quatre vingt onzième chapitre, il se demanda comment il avait pu en arriver là...

Quatre jours plus tôt.

Les râles étaient de plus en plus proches et de plus en plus vindicatifs, proportionnellement à l'élan du vivant présent à l'étage supérieur qui réclamait son camarade sans que rien lui parvienne, si ce n'est ces fameux et terrifiants râles annonçant la venue des morts. La lampe braquée sur le visage de celui qu'il avait abattu, James pouvait constater à une lumière intense ce que sa raison aurait voulu ne pas voir, mais ce que son âme lui imposait en châtiment, les derniers instants de sa victime à l'agonie. Un homme jeune, pas plus de vingt et un an, aux cheveux bruns et aux traits juvéniles, ses yeux au vert décuplé de clarté par la lumière blanche encore grands ouverts et imprégnés de la surprise et la peur. La peur de mourir, de disparaître, qui vint invariablement. Son dernier soupir eu l'effet d'une pince de chantier venant écraser le coeur du chirurgien d'une pression voulue sans retenue et douloureuse au possible.

N'ayant pu détourner son regard, ses yeux rougis par la peine et imbibés de larmes, il murmura un simple : « je suis désolé, je suis tellement désolé... » Un verrou beugla en haut, signalant au barbu que le second homme s'était enfermé pour se protéger des monstres qui arrivaient et c'est alors que James revint à la réalité, dressant le regard vers les escaliers conduisant à l'étage, ses yeux lâchant la pression exercée pour permettre aux larmes de dégringoler sur ses joues et son cou. Prit de deux souhaits paradoxaux entre courir dans le couloir qui restait le seul accès pour espérer survivre et demeurer ici à attendre que les morts lui infligent sa sentence, il ne trouva la force de ne pas mourir qu'à l'image d'Elizabeth se rappelant à lui, à la promesse qu'il avait faite à sa compagne. Répétant dans un murmure angoissé son nom en s'élançant au bas des marches pour ensuite s'engouffrer dans le couloir, ne se rendant compte qu'au dernier moment qu'un mort-vivant avait atteint l'étage en tête d'une flopée d'autres cadavres, car il ne cherchait pas à braquer sa lampe-torche toujours allumée dans une direction précise, se contentant de courir aussi vite que possible.

En frôlant la bête et bien qu'après avoir lui-même lâché un râle de profonde frayeur, il était reparti de plus belle dans ce fameux couloir, s'appuyant sur un mur puis l'autre tandis que sa course était dangereusement instable de par la nervosité excessive qui lui provoquait des vertiges, toujours plus accentuée par le nombre de morts grandissant le suivant dans le dos à travers cet étroit corridor. Il grondait plus qu'il respirait, parvenant jusqu'aux deux portes en s'engageant tout de suite sur celle de droite, ses pensées lui jurant qu'elles lui resteraient toutes deux fermées pour le punir et que le ciel prenne plaisir à le voir se faire déchiqueter dans la douleur et la peur à son tour. Pourtant l'une de ces portes céda immédiatement à son coup de poignet et il entra en trombe, la refermant à la hâte avant de regarder autour de lui et se jeter sur l'armoire positionnée à la droite de la porte de ce petit appartement qu'il ne savait pas encore, ne contenait qu'un petit salon, une minuscule cuisine, une chambre et une salle de bain combinant toilettes.
Il lâcha de ce qu'il avait dans les mains, soit l'arme du défunt à laquelle il n'avait pas encore jeté un regard et la lampe-torche pour agripper l'armoire et mettre tout son poids jusqu'à la faire basculer. Un audible grincement puis un énorme fracas s'associèrent à la lourde chute du meuble imposant, en bois épais et très large autant que profond, devant peser des dizaines de kilos au moins. Il passa ensuite une quinzaine de minutes à récupérer fauteuil, chaises, table et tout ce qui lui passait sous la main sans être trop lourd pour barricader au maximum l'entrée maintenant encombrée, sous les hurlements rageurs des morts qui ne furent pas dissuadés pour autant de frapper et de pousser inlassablement la porte résistant à leurs assauts. S'en était fini, il se retrouvait à nouveau coincé dans un antre fait de murs et gorgé de rôdeurs l'encerclant, mais cette fois elle n'était pas avec lui, sa tendre brune. Non il était seul avec ses pensées, qui en l'état étaient bien sombres.

Commençant à être expert en la situation, il dut se résoudre au fait qu'il ne pourrait sortir d'ici tant que les morts l'en empêchaient et parallèlement, tant que la barricade tenait, ce dont il était bien moins sûr que lorsqu'il était protégé par l'épaisse structure de l'avion du temps de l'aéroport, le mieux à faire restait de se préparer à une sortie dès que possible. C'est donc avec une mine basse et une volonté proche du néant qu'il commença à explorer le salon aidé de la lampe-torche qu'il avait ramassé, fouillant pour voir ce qu'il pourrait y trouver. Une pièce peu grande certes, mais très encombrée de meubles qui ne lui apportèrent pourtant pas grand chose : l'armoire n'avait que des biblos dont certains s'étaient cassés, et pour ce qu'il n'avait pas encastré dans l'entrée, soit le buffet, le canapé-lit et un petit meuble de coin, rien d'intéressant si ce n'est de la vaisselle et des souvenirs.
Il rejoignit ensuite la cuisine, encore plus exiguë, où il trouva un tas de placards et un frigo, tous vides, du moins jusqu'à s'intéresser aux placards fixés au-dessus de l'évier. C'est là que la chance, ou ce qui s'en rapprochait ironiquement, lui sourit : à l'intérieur un vrai stock de nourriture de survie. Du soda, des bouteilles d'eau, des chips, des conserves en tout genre, des gâteaux et du raison sec, un bocal d'olives, un autre de tomates... de quoi sustenter un survivant assez longtemps. Une vraie mine d'or en ces temps de post-apocalypse, qui lui rappela ce qu'il avait presque omis jusqu'alors, sa grande soif, qu'il projeta d'éliminer en attrapant une bouteille d'eau, et après l'avoir ouverte d'un geste, en vida le contenu de moitié en quelques instants et non sans en faire couler sur sa barbe et ses vêtements, terminant par refermer l'objet de son intérêt avec un soupir de soulagement. Nul doute, il se sentait pitoyable en cet instant, face à ce qu'il avait provoqué en voulant venir au secours des membres du groupe pour finalement finir piéger sans avoir obtenu aucune réponse.

La chambre dont l'accès était immédiat et faisait l'intermédiaire avec la salle de bain, n'eut d'abord aucun intérêt à l'exception d'un grand sac à dos plein de vêtements, une bonne partie étalée sur le lit, qui avait été abandonnés. Le laissant sur place, il s’enquérait du reste de la pièce composée d'un lit, d'une table de nuit, d'une bibliothèque et d'un grand placard incrusté dans le mur. Des livres, des bds, des restes de nourriture ou encore des figurines parmi tant d'autres choses encore plus inutiles. Il tomba d'abord sur des stylos et crayons, ainsi que des cahiers pour certains vierges qui pourraient s'avérer utile, mais ce qui l'interpella si vivement et d'une si grande surprise qu'il se figea sur place à contempler sa trouvaille, c'était un exemplaire de la bible couché entre deux bouquins.
Restant là à regarder le livre durant de longs instants de silence seulement gêné par les râles et les coups distinctement portés à l'entrée, il finit par être attiré par un autre bruit qu'il n'identifia pas mais qui captait son attention depuis la fenêtre ouverte de la chambre. Il s'y avança brusquement, éteignant sa lampe-torche pour ne pas risquer d'être repéré par quoi que ce soit car il avait déjà bien assez de problèmes et regarda à l'extérieur en s'appuyant sur le rebord. De prime abord, il ne distinguait rien de spécifique : une rue plongée dans la nuit, la faible lumière du ciel lui permettant de distinguer les nombreux morts errants de parts et d'autres, un groupe venu s'agglutiner par l'ouverture du bâtiment sous la fenêtre et la moto qu'il avait laissé en plein milieu de la route, tristement couchée. Outre les rôdeurs, le silence régnait de nouveau et le vent très frais lui caressait amèrement le visage. Il souffla, prit entre un certain soulagement qu'un événement bruyant n'ai pas amené encore plus d'ennuis et de déception de ne pas être davantage avancé, d'autant plus qu'il constatait qu'il n'y avait pas une seule cage d'escalier le long du bâtiment où il se trouvait pour lui donner une chance même minime de redescendre. Le chirurgien s'apprêtait à quitter la fenêtre quand un coup d'oeil dans l'avenue, en direction du grand bâtiment vraisemblablement lieu de commerce au loin où d’innombrables morts étaient rassemblés, le fit s'arrêter en plein mouvement et froncer les sourcils, percuté par une réflexion indécise.

Revenant à la fenêtre en se penchant jusqu'à la taille, il plissa les yeux pour observer les abords du centre commercial : parmi les voitures stationnées, retournées, encastrées, il crut en reconnaître une, Cadillac qu'il jurerait être une Escalade ESV, le même modèle que celui qu'Elizabeth avait acquis dans leur fuite de l'aéroport, plus que ça et malgré la vision difficile due à la nuit et à la distance, il était presque persuadé d'un coup que c'était son véhicule. Était-il parvenu ? Sa persévérance et la force du hasard l'auraient-ils conduits à l'endroit que le groupe avait rejoint ? Et si... cette pensée le frappa d'effroi à tel point qu'il ne parvint pas au bout de son idée avant quelques instants. Et si cette masse grouillante de morts-vivants avaient infesté le centre commercial à cause et pour eux, le groupe ? Pour Elizabeth ?
C'était un cauchemar qui ne semblait pas cesser d'enfoncer l'homme de sa sournoiserie et sa cruauté. Il avait tué un homme de sang-froid, prit une vie par simple souhait de survie sans aucun élément en justifiant vraiment le danger, il s'était laissé enfermé dans ce maudit appartement après avoir manqué cent fois de mourir dans cette ville obscure et terrifiante, s'était retrouvé isolé des ondes par un brouillage quelconque et maintenant, après tout ça, il voyait la voiture de sa dulcinée là, à quelques dizaines de mètres à peine aux abords d'un lieu infesté de créatures sanguinaires qui pourraient l'avoir coincé également si près de lui ou pire, l'avoir mise en pièces si proche de lui ? S'en était trop, bien trop pour son esprit et son coeur.

La suite, il ne s'en souvint pas très bien, à moins que sa mémoire l'ai simplement occulté en quelques jours à peine. Tout ce dont il a souvenir, c'est d'avoir refermé la fenêtre si fort qu'il avait manqué de la briser, pour ensuite entendre son souffle s'emballer et faire les cents pas durant des minutes entières comme un lion en cage prêt à devenir fou, finissant par ravager la chambre en hurlant d'une rage incontrôlable, retournant et brisant meubles et affaires, frappant contre le mur porteur à s'en esquinter la main. Il se souvint avoir attisé la soif de sang des monstres par-delà l'entrée de l'appartement sans plus s'en soucier, avoir même tenté de dégager l'entrée pour sortir rejoindre les morts avec son fusil à pompe à la main, une petite voix intérieure ayant prit la forme de son amour aux cheveux d'ébène lui suppliant finalement de ne pas aller au bout de cet acte terrible, insensé et suicidaire.
Il se souvint s'être posé sur le canapé tristement et avoir pleuré les larmes de son corps à la faveur de sa solitude, se remémorant sa précédente vie, sa protégée certainement morte depuis au doux nom de Jessica, sa propre mort affreusement pénible, son retour à la vie, la première fois qu'il avait vu Elizabeth allongée sur le sol qui n'avait pas tardé à pointer une arme sur son visage. Quand il s'était jeté à l'arrière du camion pour attraper le bras de la belle au teint pâle qui avait manqué de disparaître aussitôt arrivée dans cette nouvelle et dur vie. Seth, Jared, Matthew, Calvin, Ivy... des noms et des visages, des gens disparus ou retournés à la mort parmi bien d'autres, une nouvelle vie qu'il avait voulu croire être sa chance de recommencer, qui l'avait dissuadé de se tirer une balle dans la bouche affaissé contre les ruines, qui l'avait convaincu de tuer ce soir par deux fois pour rester en vie, tout ça pour que cela se termine ainsi. La suite ne fut pas plus glorieuse.

Les jours suivants.


Le premier aura été illustré par un James en lambeaux, au moins psychologiquement, allongé sur le lit de la chambre qu'il n'aura même pas prit soin de barricader encore par précaution, ses propres affaires même délaissées sur le sol entre le salon et la chambre, son gilet pare-balle retiré, tout comme sa veste et son tee-shirt, laissant l'homme torse-nu dont l’hématome était encore vif, de même que les écorchures à son visage, sa tête et sa main s'étaient rappelées à lui, son coude était par ailleurs toujours un peu ressenti suite à l'accident près du camp. Sans se nourrir, pratiquement sans boire, il était resté à contempler le plafond en silence et dans une quasi-immobilité, ne percevant plus qu'en bruit de fond les râles et les coups des morts, donnant loisir à son esprit de le bousiller de dizaines d'idées et pensées noires et accablantes qu'il ressassait, éprouvant les plus tragiques conclusions pour ces événements et sa vie. Ce n'est que le soir venu, quand il aura eut tant faire le tour de la tragédie et de la tristesse, qu'il se sera autorisé à boire et à manger quelques biscuits de la réserve de la cuisine, finissant la nuit assis à la fenêtre à regarder en direction de la Cadillac, de la horde et du centre commercial.

Le lendemain, aura été une fois n'est pas coutume vécu sous le signe de la tristesse, la fatigue et l'attente d'une fin à cette comédie. En matinée il aura tout de même prit soin de ramasser ses affaires pour les installer dans la chambre, se saisissant du grand sac à dos balancé au sol la veille dont il tria les vêtements utiles qu'il garderait et balança le reste, y récupérant ensuite le stock de nourriture et d'eau de la cuisine. Une fois tout cela apporté à la chambre, il vira le matelas et tira le sommier jusqu'à la porte pour la barricader en anticipant que la barricade de l'entrée principale ne tienne pas. Certes, il ne s'attendait pas à survivre ce coup-ci mais tant qu'à faire, il n'ignora pas complètement la petite voix qui lui intima de rendre la tâche plus compliquée à la mort avant qu'elle ne vienne le prendre. C'est seulement après avoir viré le lit qu'il remarqua qu'une boite était restée en-dessous tout ce temps.
Il en vint à l'ouvrir et trouva à l'intérieur, non sans surprise, une quantité d'outils pour équiper des armes, tels que des lunettes de visée, des silencieux, des chargeurs haute-capacité et pointeurs lasers, parmi d'autres. Pourtant il n'y avait pas une arme dans cette boite mais tous ces outils étaient bel et bien là, intacts. Il trouva cela bien peu plausible et cohérent qu'une telle boite soit restée ici sous un lit sans rien d'autre pour en attester l'oubli ou la perte, mais après tout d'autres auraient pu venir fouiller cet appartement et prendre les armes qui auraient pu se trouver ailleurs sans faire attention à cette boire, lui-même avait passé plus d'une journée sans en avoir conscience. Ou alors la raison lui échappait tout simplement comme la majeur partie de ce qui faisait aujourd'hui ce monde. Avec la contenance de son nouveau grand sac, il y engouffra le contenu de la boite et plia le petit sac à dos qu'il avait amené pour l'entasser. Il s'était ainsi préparé à une sortie désespérée s'il en avait l'occasion afin d'avoir au moins le coeur net quand à ce véhicule et pouvoir mourir en paix le cas échéant en sachant ce qui était arrivé à Elizabeth. Tout du long, il ne s'autorisa que quelques siestes irrégulières sans vraiment se permettre une vrai nuit de sommeil, trop encombré moralement, mentalement et entouré réellement pour trouver la paix même dans sa désolation.

Le troisième jour, il s'endormit presque sans s'en rendre compte en voulant se reposer sur le matelas et sombra dans un sommeil profond proche du coma tant il était épuisé. Lorsqu'il se réveilla en sursaut, terminant d'ailleurs à plat ventre sur le sol à l'issu d'un cauchemar où il se faisait mettre en pièces par des rôdeurs parvenus à le rejoindre dans la chambre dans son sommeil, cauchemar si réelle qui en avait des sueurs froides, la nuit était tombée. Il jura et se maudit de douzaines d'insultes en accusant une douloureuse migraine, ayant l'impression d'être encore plus fatigué au réveil de cette longue inconscience qu'au matin où il s'était autorisé à fermer les yeux en souhaitant, contre son corps, les rouvrir au bout d'une seule heure. C'était bien une dizaine, si ce n'est une douzaine d'heures qui avaient échappé à sa vigilance bancale, autant de temps perdu à chercher une solution. Muni d'une des dernières bouteilles d'eau dont celles vides étaient abandonnées au sol, il rejoignit la salle de bain qu'il avait pratiquement évité jusqu'ici, ne s'y rendant que brièvement et ce pour une bonne raison. Il s'arrêta devant l'évier et posa le regard sur lui, l'homme qui le fixait également avec ces mêmes yeux mêlant éreintement et désillusion, son propre reflet.
Il n'avait pas eu de miroir jusqu'ici, n'avait pas cherché à en avoir en réalité, craignant sa propre image peut-être plus que les rôdeurs. Maintenant qu'il n'avait plus rien à perdre à priori, il pouvait se contempler et constater ce qu'il était devenu. Un homme aux cheveux chaotiques, à la barbe hirsute, broussailleuse, sur un visage marqué par des traits étirés et vieillissants. En évitant sa propre image, il s'était défait du fardeau de savoir celle qu'il renvoyait aux autres et n’imaginait pas alors ce que ses compagnons avaient pu penser de lui, qui ressemblait à un paysan si surmené par son travail qu'il avait abandonné jusqu'à sa propre apparence et son hygiène. Et les baignades au lac, si elles furent fréquentes, n'avaient pu effacer son aspect de plus en plus renforcée de drogué, déguenillé, miséreux. Quelle chance que son apparence puisse prendre de l'importance à ce moment ? Aucune, pourtant, il se mit à fouiller dans les tiroirs de la salle et dans la boite à pharmacie dépouillée, dénichant une paire de ciseaux, un rasoir et une brosse à cheveux de femme dans un état douteux.

Revenant à son reflet, il prit d'abord le rasoir et hésita à virer toute cette barbe et sa moustache, voir même ses cheveux pour ne plus rien laisser de cette apparence de mendiant, devenir un autre homme. Dans d'autres circonstances, cela aurait paru être un choix purement esthétique et superflu, ici il transposa ce choix à un niveau symbolique et déterminant, entre ce qu'il avait été, ce qu'il était, ce qu'il pourrait devenir, même si ce serait de très courte durée. Il se ravisa finalement, il était ce qu'il était et devait l'assumer. Plutôt que cela, il nettoya autant qu'il put la brosse et arrangea sa chevelure devenue plus longue depuis son retour à la vie vers l'arrière, puis utilisa les ciseaux pour tailler sa barbe, sa moustache et les contours, que ce soit propre sans pour autant être vraiment court ou taillé, à mi-chemin entre le négligé et l'entretenu. Il se servit du reste de la bouteille d'eau pour se nettoyer le visage et faire une petite toilette, autant que faire se peut puis acheva sa besogne en récupérant quelques affaires, parmi lesquelles il dégota un jean noir et surtout un polo, également noir. Le temps d'enfiler cela et il eut l'impression face au miroir d'être un prêtre dont il ne manquait que le col blanc, mais loin de la vérité, l'homme n'avait rien d'un saint.

Le quatrième jour, après une nuit presque sans sommeil en conséquence de la journée précédente, il avait fini par poser le genou au sol pour récupérer parmi les livres éparpillés, suite à son coup de colère quatre jours plus tôt où il avait cassé la bibliothèque, la bible conservée par quelqu'un qui avait pourtant possédé des armes. Dans ce livre de la foi, il s'était longuement plongé pour renouer avec Celui qu'il avait renié par colère, et confronté par soif de justice, espérant peut-être trouver à l'intérieur de ces pages un peu d'espoir, un quelque chose qu'il ne parvenait pas à définir car son âme était déchirée de nombreux sentiments contradictoires. Il était donc arrivé au quatre vingt onzième chapitre, le regard fixé sur les mots qui formaient le texte en s'autorisant cette fois à faire entendre sa voix, à lui-même, pour lui-même et pour en laisser les paroles mieux imprégner son esprit, marquant chaque passage d'une respiration lasse, car c'était un passage de ce même chapitre qu'il avait entendu avant de commettre son dernier et injustifiable meurtre. Des mots dont il avait sali la signification et dont il devait maintenant affronter la vérité pour sa conscience.

« Celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut repose à l'ombre du Tout Puissant. Je dis à l’Éternel, mon refuge et ma forteresse, mon dieu en qui je me confie. Car c'est lui qui te délivre du filet de l'oiseleur, de la peste et de ses ravages. Il te couvrira de ses plumes, et tu trouveras un refuge sous ses ailes ; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche dans les ténèbres... ni la contagion qui frappe en plein midi.

Que mille tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint. De tes yeux seulement tu regarderas, et tu verras la rétribution des méchants. Car tu es mon refuge, ô Eternel. Tu fais du Très-Haut ta retraite. Aucun malheur ne t'arrivera, aucun fléau n'approchera de ta tente. Car il ordonnera à ses anges de te garder dans toutes tes voies ; Ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Tu marcheras sur le lion et sur l'aspic, tu fouleras le lionceau et le dragon. »


Il marqua un temps, plissant les lèvres sous le poids de l'émotion qui vint le gagner subitement après tant de temps tue, lui rappelant tout ce qu'il avait fait et tout ce qu'il avait perdu, pour finir ici, accablé de son chagrin. Sa voix se fit plus mélancolique et son visage devint plus morose encore.

« Puisqu'il m'aime, je le délivrerai ; Je le protégerai, puisqu'il connaît mon nom. Il m'invoquera, et je lui répondrai ; Je serai avec lui dans la détresse, je le délivrerai et je le glorifierai. Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai voir mon salut. »

D'un ultime soupir, il ferma les yeux quelques instants et les rouvrit pour regarder vers la porte de la chambre, prenant conscience que la présence des rôdeurs, devenue à nouveau une habitude à ses sens, semblait incertaine. Des mots du livre de foi, il sut aussitôt ce qu'il avait à faire, ce qu'il lui restait à faire. Refermant l'ouvrage, il se leva et alla l'engouffrer dans son grand sac à dos dont il se munit, où il avait entassé vêtements, fusil à pompe, le SIG-Sauer P226, tout un kit fourni de suppléments d'armement et ce qu'il restait du stock de nourriture de l'appartement. Il prit soin de remettre son gilet pare-balle, sa veste en cuir pour le protéger autant que possible du froid en l'état, par-dessus son polo et le gilet, pour enfin installer le sac à dos d'un certain poids sur son dos dont on voyait dépasser sur le coté la crosse du fusil. A sa ceinture, il avait placé le Desert Eagle récupéré sur sa victime et dans sa poche, la lampe-torche dynamo. En dernier lieu entre son gilet et son polo, il avait réinstallé le talkie-walkie, malgré qu'il ai été inutile jusqu'ici à toute tentative de communication.

Son package prêt, il dégagea doucement le sommier de la porte et découvrit le salon, prenant état de la barricade qui n'avait pratiquement pas bougé si ce n'est une chaise ayant dégringolée. Sans perdre de temps, il approcha de la barricade et n'y toucha pas pour le moment, écoutant pendant plus d'une dizaine de minutes si un moindre bruit lui suggérait la présence persistante de morts-vivants. Mais rien, tout semblait étrangement calme. Il aurait pu assurément passer plus de temps à écouter et attendre, mais après quatre jours cloîtré dans ce petit appartement et même une partie seulement de celui-ci, il n'en pouvait plus, aussi s'empressa t-il de dégager la barricade, là encore avec soin et attention pour ne pas alerter tout le bâtiment le cas échéant, il n'avait aucune idée de ce qui s'y trouvait encore, vivant ou mort.
Alors qu'il s'efforçait de soulever l'armoire de quelques centimètres coté porte pour la déplacer, y mettant de toute la force de ses bras et ses dents serrées sous le poids de l'imposant meuble et sa volonté de s'y prendre avec tact, décuplant la difficulté, une voix résonna dans la cage d'escalier, annonçant une présence bien vivante. Ce fut si soudain et si inespéré qu'il faillit lâcher le meuble tel quel sur le coup, mais se pressa de le déposer en ayant assez d'ouverture au niveau de la porte pour se faufiler, ce qu'il s'employa à faire en tournant avec lenteur la poignée et en tirant méticuleusement la porte.

Il avait pu entendre ce que l'homme disait à quelqu'un d'autre, pouvant aisément juger qu'il s'agissait d'un appel radio étant donné le langage utilisé et s'il ne percuta pas dans l'instant, il fut bousculé par les déductions qui vinrent, à tort ou à raison, s'engouffrer dans ses pensées. Ces connards ? De qui parlait-il ? Ce ne serait pas... non, cela paraissait surréaliste. Des équipes, restées ici pour une raison, pour une mission probablement au milieu des hordes et la voiture, à grande chance celle d'Elizabeth non loin, le centre commercial infesté, le groupe parti dans ce secteur le jour de l'attaque, une attaque fomentée par un groupe de bandits qu'il théorisait en toute évidence comme affiliés au Marchand aux vues des nombreux problèmes qu'ils avaient eu avec cet homme présumé et son organisation, sans parler du retour miraculeux d'Ivy.
Tant de choses incertaines et pourtant fortes de coïncidences trop grosses pour que James se laisse à y croire, il y avait trop d'éléments, trop de faits croisés, et si au final ces hommes avaient travaillé avec le groupe responsable de l'attaque du camp ? Et s'ils s'étaient coordonnés pour tuer ou faire tuer le groupe d'Elizabeth venu dans le coin, en s'assurant qu'aucune communication ne passerait, pendant que leurs complices tentaient d'abattre le groupe du camp en effectif réduit ? Si ces nouvelles déductions étaient vraies, alors cela voudrait dire qu'il venait de passer quatre jours enfermé dans un appartement miteux à deux pas d'un homme qui avait participé à tout cela. Cela voudrait dire qu'il était resté coincé pendant que des gens œuvraient à faire souffrir et mourir ses camarades, son aimée, que l'homme qu'il avait tué était un bandit parmi d'autres de cette bande de criminels-esclavagistes sans pitié. Que tout cela était un coup monté.

Lui qui s'était condamné avait tant de ferveur et avait déprimé à l'usure, qui s'était plongé un peu plus tôt dans le livre de la foi pour trouver des réponses pacifiques à ses crimes, était prit d'une bouffée aussi précipitée qu'intense de colère furieuse, rien qu'à l'idée que ce type ai pu participer à la ruine de son camp, à la souffrance de son groupe, à la mort de sa tendre Elizabeth. Perdant toute notion de remise en question ou d'injustice, il s'avança à la hâte dans le couloir à présent vide en faisant le moins de bruit possible, même s'il voulait ardemment s'élancer comme un buffle pour lui tomber dessus.
Dans son élan, il tira le Desert eagle de sa ceinture dont il s'était gardé de mettre la sécurité pour pouvoir s'en servir rapidement si besoin, et pu ainsi profiter de l'avantage de la surprise pour jaillir de l'angle du couloir et pointer le canon de son arme saisie des deux mains vers l'homme qu'il découvrirait sur les marches.
Il ne s'était pas encombré d'allumer quelconque lumière, ayant perçu assez de sa voix pour en conclure sa position dans un escalier de toute façon étroit et surtout, car il n'aurait certainement aucun mal à le cibler lui qui ne faisait rien pour être discret. Enflammé par la rage contenu tout ce temps, cette hargne et cette peine qu'il avait laissé le dévorer pour ce qu'il croyait être la fin de sa nouvelle vie dans le drame et la solitude en punition d'un crime odieux - révélant qu'il n'avait peut-être été qu'une victime de plus de la sournoiserie et la cruauté des hommes, de ces hommes, gronda d'une voix illustrant toutes ces envahissantes émotions agressives qui le submergeaient.

« Qu'est-ce que vous avez fait ? De qui est-ce que vous parliez ?! Répond ou je jure devant dieu que je t'exécute sur le champs ! »

Que l'homme prit par la surprise ait admis le danger et se soit rendu pour répondre, qu'il se soit rendu en refusant de répondre ou qu'il ai tenté aussitôt d'user de son arme potentielle contre le chirurgien, ce dernier aura commencé ou terminé d'un même acte radical en ne prenant aucun risque : tirer le premier, d'une à deux reprises, sur l'homme afin de l'abattre de sang-froid. Effaçant dans la plus pure brutalité ces quatre jours de mélancolie et de flagellation, il le ferait car au fond il savait que même si l'homme ne le méritait pas pour eux, il le méritait certainement pour d'autres étant donné les propos immoraux qu'il avait tenu, à l'encontre d'individus qui étaient peut-être les siens comme pour son ami criminel défunt, et que si ce n'était pas lui qui tuait il serait tué. D'une façon ou d'une autre, et avec une conviction qu'il n'avait pas ressenti depuis des jours, cet acte aussi terrible soit-il quelque part n'était que justice.

S'il se sortait sain et sauf de cet ultime affrontement en ce jour, il se hâterait de grimper les escaliers, poser son arme, retirer son sac et l'ouvrir pour récupérer ce que l'homme en question pourrait avoir comme armes et fournitures sur lui, ce avec très peu d’indignation ou de pitié pour cet individu plus proche de son agresseur de l'aéroport qu'il ne l'avait cru. Une fois fait, il partirait en courant en replaçant ses affaires sur lui en chemin pour quitter le bâtiment avant que les morts-vivants du coin ne reviennent finir le travail. Si là encore il y parvenait malgré les risques élevés que les événements constituaient, il tenterait de rejoindre la moto et grâce à la clé gardée en poche, de la démarrer pour filer vers le centre commercial et s'assurer du numéro de plaque de la Cadillac le narguant depuis des jours au moins, et dans le cas où c'était bien le véhicule d'Elizabeth, chercher une piste même minuscule qui pourrait l'orienter sur ce qui avait pu arriver au groupe.

En dernier lieu, si le véhicule n'était plus là, il se résignerait pour le moment à suivre une piste fantôme et s'en irait pour l'instant.
Cette semaine serait sans doute gravée dans sa mémoire pour longtemps et des réelles et concrètes conséquences de tout ce qui a eu lieu, se déciderait du destin de James.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Lun 21 Mar - 22:27
Elizabeth avait franchi les marches qui la séparaient du second étage avec un certain entrain. Non pas qu’elle était rassurée de se plonger dans l’inconnu pour se retrouver nez à nez avec une prétendue deuxième personne schématisé par un « ON » plus qu’énigmatique, mais elle préférait se fier à la voix qui sous-entendait que les choses étaient sans aucun doute plus calme là-haut.
Attirés et galvanisés par les tirs, mais aussi sans aucun doute par l’odeur de leur chaire à portée de crocs, la horde de mort envahissait peu à peu les lieux qu’ils avaient précédemment foulé et gagnait, en dépit de leur lenteur, inlassablement, indubitablement, du terrain. Si elle ne s’en était pas rendu compte jusqu’ici, trop préoccupé par sa propre survie, l’odeur des centaines, voire des milliers de cadavres putréfiés arrivaient à une saturation telle qu’il était désormais difficile de les ignorer. Son sens olfactifs mit à rude épreuve força la jeune femme à trouver une alternative pour ne pas vomir tant le dégoût qu’elle ressentait finalement lui vrillait la gorge et l’estomac.

Son cœur, torturé, n’avait cessé de battre à cent à l’heure. Chacun de ses pas, chacune de ses inspirations, elle priait pour que ce ne soit les derniers qu’elle ferait. Elle ne doutait pas qu’un jour elle ait à mourir, de quelque façon que ce soit. Peut-être atrocement, ou paisiblement, seule ou accompagnée … mais définitivement, elle ne souhaitait pas que cela soit maintenant. Pas avant d’avoir accompli les décisions les plus importantes de toute sa foutue et triste vie, comme si ce nouveau but lui avait fait franchir un pas plus que décisif dans l’évolution d’Elizabeth Evans. Une idée qu’elle gardait désormais en tête et unique objectif, et cela passait par sortir de ce lieu de prime abord.

Parvenue en haut, en compagnie de ses camarades d’infortunes, elle ne fut pas vraiment surprise de tomber sur Jian, et encore moins par son attitude qui suivit. Sans vraiment s’excuser ni émettre le moindre soupçon de remord suite à sa stupide débâcle, il prend naturellement les devant pour les mener jusqu’au local technique qu’ils avaient tant espéré trouver pour éteindre la foutue alarme à l’époque où elle vibrait encore.
Jian s’était trouvé avec eux lorsque le tout avait été coupé. D’une logique incontestable, elle supposa que c’était cette soit disant fille qui l’avait fait ? Mais dans quel but ? Et surtout, pourquoi les avoir lâchés après les avoir si « gentiment » aidé ? C’était un non-sens de plus dans l’énigme de la survie miraculeuse de l’adolescent imprudent.

Les lampes torches se braquèrent vers la trappe et l’échelle désignée menant sur le toit tandis qu’elle laissait apparaître le parterre d’étoile  et son « bout du tunnel » tout tracé en direction du ciel, espérant que l’ironie de la chose de les catapultes directement au paradis. Leur échappatoire symbolisée par une élévation. Enfin.
Pressée de quitter ce lieu d’enfer suffoquant, Elizabeth s’était avancée la première vers l’échelle menant au salut, avec son énergie et sa vigueur qui ne l’avait toujours pas quitté. Elle était désormais persuadée qu’ils s’en sortiraient, leur survie ne tenant plus qu’à la vitesse à laquelle ils franchiraient tour à tour ces barreaux. Optimiste, et ne voulant davantage se poser des questions quant à leur libératrice, ses baskets toutes usagées se posèrent rapidement sur les premiers paliers s’élançant vers le haut plus qu’elle ne grimpait.

Le cri qui lui parvint aux oreilles en cet instant précis, son intensité et surtout sa signification peu masquée figea littéralement l’ex-psychologue entre deux étages, son regard basculant en léger contrebas pour constater l’effroyable à la lumière d’une lampe torche braquée sur l’évènement.
Touché à la jugulaire, le pauvre condamné se vidait de son sang, nappant d’un rouge carmin les vêtements du pauvre bougre, la bouche de son bourreau et quelques éléments alentours, les muscles sans doute tétanisée par la douleur et la conscience de son inéluctable trépas transpirant dans son regard aux abois. Figée dans ces yeux, connectée à sa douleur, elle resta médusé, profondément choquée, si bien qu’elle n’eut pas immédiatement conscience des gestes des trois autres restés en contrebas.
Ce n’est que le coup de feu de Jena qui la rappela à l’ordre : il n’y avait plus rien à faire, plus rien à attendre. C’était fini. Du gamin. De son inconscience. De son insouciance. De ses états d’âme. De ses actes qui nous avaient rappelés que l’homme n’était plus adapté à un monde hostile.

Elle reprit son ascension dans un état plus que second, sans doute pressé par les trois autres, un acouphène s’imprimant dans ses tympans semblables au cri du désormais défunt. Il y avait eu de nombreux mort, bien avant ça. De trop nombreux avaient perdu la vie, mais c’était la première fois qu’elle voyait une telle chose se produire, sous ses yeux. Elle connaissait le danger des morts pour l’avoir vécu, expérimentée, subit, et elle ne pouvait que comprendre la douleur atroce qu’il avait ressentie, mais jamais elle ne l’avait vu de ses propres yeux de survivante. Perdre quelqu’un avec l’exécrable sentiment de culpabilité, qu’il aurait pu en être autrement.
Tremblantes, elle finira par terminer sa montée, parvenue sur le toit par un miracle sans aucun doute, car ses jambes ne pouvaient plus réellement la soutenir. Elle tomba à genoux, dans un état plus que second, le regard rivé sur la trappe qui finit par être refermée au passage du quatrième et dernier membre de l’équipe. Avachie, terrifiée, désespérée. Un poids supplémentaire s’abattait sur ses épaules face à la fatalité et la trappe, qui restait définitivement close, lui criait de sa silencieuse scellée, qu’il n’y avait plus rien à espérer.

La montée de colère de Johann résonna en écho dans son esprit et faillit presque passer inaperçu si Mark n’avait pas répondu à la remarque d’un ton tout aussi percutant. Reportant son attention à ce nouvel évènement qui se déroulait sous son regard sans vraiment avoir conscience de ce qui était en question, elle ne manqua pourtant pas de remarquer que les choses allaient rapidement dégénérer.
Dès que le premier coup fut armé, avec l’intention de porter, son esprit fit un blocage. Trop loin pour pouvoir réagir, trop faible mentalement et physiquement pour se manifester, c’est une autre part d’elle-même qui répliqua à sa quémande muette et pourtant explosive de voir arrêter les souffrances et la violence. Arrêter les combats, définitivement.

Comme si son propre cerveau se mit en ralentit, elle porta tout son espoir sur la vivacité de Johann à pouvoir esquiver cette attaque frontale et brutale, et à se tenir écarté du danger incarné par un colosse haut de près de deux mètres. Une migraine fulgurante la saisit de part en part, vrillant ses tempes, s’insinuant profondément dans chaque part des veines qui irriguaient sa matière grise, foudroyée de l’intérieur à l’instar de ce qu’elle avait ressenti lorsque sa main s’était portée sur James, lors de son voyage vers l’aéroport de Snyder.

S’affaissant au sol, en silence, les mains portées sur son visage pour contenir la douleur, elle ferma les yeux, trop éprouvée pour savoir ce qu’il s’était passé. Elle avait trop à retrouver pour tenter quoi que ce soit. Ses esprits, ses forces, son état, sa conscience. Et cela, sans vraiment avoir conscience de ce qu’il venait de se passer en elle.

Les heures avaient défilés tandis que chacun tentaient de mettre aux clairs les derniers évènements à leur manière. Ce toit ne fut ni libérateur, ni bourreau. Il était le monde intermédiaire entre les enfers, prêt à basculer d’un côté et de l’autre à tout moment.
Elle avait laissé aux autres le soin de prendre en charge l’hélicoptère et le danger potentiel qu’il représentait, de le fouiller, et de s’y installer. Elle s’était déplacé vers l’une des colonnes d’aération et avait trouvé refuge du vent tout contre, laissant la grille glaner le chant des morts en résonances de l’intérieur du Centre Commercial. Ci-contre, les genoux relevés, les talons coincés contre les fesses, le visage enfouie dans le cercle de ses bras enrobant ses jambes, elle s’était laissée aller à ses larmes, à la tristesse et à la fatalité : celle qu’ils étaient toujours dans leur prison dorée.

Son cœur se vrillait à une vitesse hallucinante chaque fois que ses pensées se tournaient vers James. Il devait être mort d’inquiétude de ne pas la voir reparaître. Combien de temps tiendrait-il avant de se lancer à sa recherche ? Est-ce qu’il le ferait ? Et si personne ne l’en empêchait, allait-il la trouver ? La sauver ? Ou y passer… par sa faute ?
Ses doigts plongèrent dans sa fine crinière brune, et se nouèrent à l’arrière de son crâne, inconsolable. L’adrénaline retombée, une fatigue impensable l’assailliraient bientôt, la faisant sombrer dans un sommeil sans rêve. Un sommeil lourd et froid.

Les jours se suivirent et les déceptions s'enchaînèrent. Il n’y avait toujours aucune échappatoire. Peu importe le moyen qu’ils utiliseraient, tomberaient sous les crocs et les griffes de ces morts qui les réclamaient. Chacun s’était mis en quête de fouiller cet engin crashé sur leur toit devenue maison. Elizabeth prêta plutôt son attention à une espèce de caisse en métal éventrée et retournée. Évident vestige du crash, ayant appartenu à l’engin, son contenu avait été dispersé aux quatre vents depuis le temps de cet évènement plus tout récent, pourtant c’est sous la boite de fer qu’elle trouva un gilet tactique dans un état presque neuf. Protégé par la carcasse métallique qui lui avait servis de toit, elle dû le secouer à plusieurs reprise pour qu’il soit débarrassé des poussières et autres bestioles qui y avaient trouvé refuge.
Quelques sangles permirent d’ajuster la taille et bien vite, elle se retrouva habillé de cette nouvelle combinaison, qui la protégeait, et lui offrait une aide supplémentaire pour porter son attirail. Elle y glissa son Talkie, resté désespérément silencieux et accrocha le trousseau de clé qui avait permis de bloquer les portes du premier étage.

Il n’y avait plus qu’à attendre. Espérer qu’une occasion se présente. Prier pour qu’ils n’aient pas un choix difficile à faire : celui de tenter le tout pour le tout plutôt que de crever de faim et de soif.

Elle avait quelque fois rejoins Johann dans ses contemplations silencieuses, mendiant une ou deux cigarettes s’il avait bien voulu en partager, fatiguée par les épreuves, éreintée par son désespoir. Son regard c’était également perdu à de nombreuses reprises vers Jena, enviant sa force mentale, et sa constitution, même si les épreuves qu’elle avait dû endurer pour y arriver allaient bien au-delà de l’imagination d’Elizabeth. Il n’y avait pas de hasard au fait que Jena ait survécu et pas elle. Ce n’était pas une question de chance ou de circonstance. Elle avait survécu et puisé cette force pour en être capable, ce qui la rendait si distante, si orgueilleuse.

Les jours se suivirent, se ressemblant traits pour traits. Les mêmes déceptions au petit matin, lorsqu’ils jetaient un œil à l’évolution des charognards, le même froid, la même faim, le même ennui, les mêmes personnes et le même coucher de soleil. Pourtant, plus le temps avançait et plus ses compagnons commençaient à présenter quelques signes de maladie et si cela empirait, ils ne seraient bientôt plus capables de réagir avec la même vivacité lorsque le moment tant espéré se présenterait. Une trousse de secours, sans doute récupéré dans l’appareil, permis à Elizabeth de distribuer les médications nécessaires pour limiter la casse. Si un nez qui coule et une gorge irritée n’était pas une véritable préoccupation, la fièvre en revanche pouvait se révéler plus gênante.

Lorsque le quatrième jour fit son apparition avec son lot de contradiction face aux fatalismes grandissants, les choses commençaient enfin à évoluer. Il avait tout de même fallut attendre que le gros de la masse se déporte un maximum pour envisager une sortie. En son for intérieur, Elizabeth priait pour que James n’ai pas fait de bêtise, qu’il l’ait simplement attendu ou considéré disparue. Elle reviendrait alors avec un « Hep, désolée, j’suis en retard » empreint d’un humour très bancal, ou du moins quelque chose de plus classe peut-être. Elle aurait tout le trajet pour y réfléchir.

Son packtage en place, bien qu’elle n’ait que peu de chose à ramasser, c’est alors qu’elle réunissait les affaires que la radio trouvée dans l’hélico se manifesta, et son contenu lui glaça le sang. C’était bel et bien un piège dans lequel ils étaient tombés, et ils avaient été surveillés jusque-là.
Empêchant quiconque d’allumer sa lampe torche, au cas où les types le remarque et décide que finalement, il valait mieux leur régler leur compte avant de partir, ils empruntèrent l’échelle de secours à la façade du bâtiment que Johann avait trouvé. La Cadillac non loin, elle évita quelques morts restés sur place avant de se jeter côté passager dans le véhicule en balançant son sac à l’arrière dans prendre le temps de le déposer dans le coffre. Voyant que Jena avait trouvé une alternative à leur encombrement, elle se chargea de récupérer ceux qui désiraient monter à bord, et démarra, prenant la direction du campement, le cœur à la fois léger et lourd, suivant les pensées qui l’assaillaient. Entre regret vis-à-vis de Jian, et espoir de retrouver enfin son tendre médecin.

Evènements

Anonymous
Invité
Mar 22 Mar - 16:29
Mark

Grâce à l’intervention de Jena qui liquide le mort, tu parviens à récupérer le sac à dos ensanglanté de Jian.


Tu tenteras de frapper Johann mais quelque chose d’étrange semble se dérouler. Bénéficiant d'une réactivité très surprenante pour ce que tu en as vu jusqu'ici, il esquive tes attaques. Jena s’interpose au mauvais moment et tu la bouscules sans le vouloir.


Elizabeth s’occupe de ton rhume, t’évitant une fièvre menaçante.


Elizabeth te demande de ne pas allumer ta lampe par précaution.


Tu montes à bord du véhicule de ton choix : Chrysler ou Cadillac.


Vous finissez par rentrer en direction du campement. Sur le chemin, une moto Trial se positionne à votre niveau avec James au guidon. Il vous guide jusqu’au nouvel emplacement du camp.

Jena

Tu parviens à tuer le mort-vivant, permettant à Mark de récupérer le sac à dos de Jian. Tu achèves ensuite l’adolescent.


Dans la confrontation entre Johann et Mark, tu t’interposes. Si Johann arrive de façon surprenante à esquiver les attaques de Mark, tu es en revanche bousculée par ce dernier par inadvertance.


Elizabeth s’occupe de ton rhume, t’évitant une fièvre menaçante.


Tu récupères la Chrysler.


Vous finissez par rentrer en direction du campement. Sur le chemin, une moto Trial se positionne à votre niveau avec James au guidon. Il vous guide jusqu’au nouvel emplacement du camp.

Johann

Tu assistes à la mort de Jian et vois Mark lui retirer son sac. Jena achève le mort-vivant et Jian dans la foulée d’une balle en pleine tête.


Dans ta confrontation contre Mark, un événement étrange se passe. Tes capacités physiques se retrouvent surboostées par un élan invisible et tu arrives à esquiver toutes les attaques que Mark te lance. Jena s’interpose et est bousculée dans l’altercation par ton opposant.


Elizabeth s’occupe de ton rhume, t’évitant une fièvre menaçante.


Tu montes à bord du véhicule de ton choix : Chrysler ou Cadillac.


Vous finissez par rentrer en direction du campement. Sur le chemin, une moto Trial se positionne à votre niveau avec James au guidon. Il vous guide jusqu’au nouvel emplacement du camp.

Elizabeth

Tu assistes à la mort de Jian et vois Mark lui retirer son sac. Jena achève le mort-vivant et Jian dans la foulée d’une balle en pleine tête.


Ton pouvoir se manifeste à nouveau, mais les effets secondaires te clouent littéralement sur place de douleur et de fatigue.


Tu parviens à soigner tes camarades, leur évitant une fièvre menaçante.


Tu conseilles à Mark de ne pas allumer sa lampe torche par prudence.


Tu prends le volant de la Cadillac.


Vous finissez par rentrer en direction du campement. Sur le chemin, une moto Trial se positionne à votre niveau avec James au guidon. Il vous guide jusqu’au nouvel emplacement du camp.

James

Tu surprends ton opposant et le menace de ton arme.


Il ne se montrera pas réceptif à ta requête, bien que feignant de commencer à te répondre, il parvient à déguerpir.


Ton tir le touche au bras mais il poursuit sa course en te freinant d’une salve de mitrailleuse qui te rate, de loin.


Si tu le poursuis, tu constateras qu’il file à toute allure dans la rue entre les infectés toujours présents. Le danger menaçant t’oblige à ne pas continuer dans cette direction pour préserver ta vie.


A bord de ta moto Trial, tu croiseras la route de la Cadillac, Elizabeth à la conduite, suivie d’une Chrysler avec Jena au volant.


Tu les guideras jusqu’à votre nouveau campement.

++++


Eléments scénaristiques :
 

Evènements

Anonymous
Invité
Mar 22 Mar - 19:49


Excursion Spéciale Validée

Récompense(s) :

L'équipe du Centre Commercial bénéficie de trouvailles : Heckler & Koch MO5/40 x2, Stock de flèches et de carreaux en carbone, Petit sac à dos, Clé de Chrysler 200, Sac de voyage, Grand sac à dos x2, Talkie-walkie, Tente classique, Gilet tactique, Micro-Uzi, Pelle, Ration de nourriture x2, Fronde Fox Power Guard, Bois de récupération.

James obtient en parallèle : Grand sac à dos, IMI Desert Eagle, Lampe-torche dynamo, Ration de nourriture, Kit de supplément armement.

Conséquence(s) :

Jena perd 5 points de moral & de stabilité mentale. Elle reçoit une déviance légère.
Johann perd 5 points de moral.
James perd 10 points de stabilité mentale.

Mark, Jena & Johann mettront deux jours à se remettre de leur rhume grâce aux soins apportés par Elizabeth.

Vous avez consommé :
Un Kit de secours basique ainsi qu'une utilisation (consommation) sur la Cadillac Escalade ESV (1 restante) et une utilisation (consommation) sur la Moto Trial Sherco (2 restantes). Une fois le groupe arrivé au camp, la Chrysler 200 sera vide d'essence.

Les Scénaristes
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