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[Spécial, CFJ] L'Armée des morts - 17/02/2035
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Evènements

Anonymous
Invité
Mer 23 Déc - 0:14
Interprété par Samuel Freeman, Jordan Getz, Ivy Lockhart & James Everett.


L'extinction, la fin d'une espèce parasitaire au profit d'une nouvelle espèce encore plus chaotique et désoeuvrée que son ascendant. Guidés par des instincts bestiaux, primaires et gratuits, ils existent dans l'inutilité la plus totale, n'ont de but que la destruction et la pourriture, gangrène d'un monde malade qui se meurt à son tour.

Mais voilà que l'armée des morts marche, gonflée de centaines de têtes décharnées s'étant massées aux frontières de la ville et attirées par le bruit et l'odeur de la poudre et du sang saturant l'air, en quête d'un être vivant à déchiqueter, à dépecer de leurs mains griffues et à dévorer sans qu'aucune viande fraîche ne puisse jamais les rassasier. Ils étaient condamnés à une faim qui ne pourrait être sustentée et destinés à manger sans plaisir ni soulagement. Ils étaient la torture et la mort, la douleur et l'indifférence, le mal à son état le plus pur, déraisonné et déraisonnable.

Et mus par la même errance, ils avançaient côte à côte, se bousculant sans y prêter attention, se touchant sans sensation, marchant d'une unique volonté sans avoir conscience les uns des autres, l'absolu paradoxe. La plaine était noyée des silhouettes dont on ne percevait pas la fin, la route jusqu'à la forêt voisine ne laissaient aucun échappatoire, pas le moindre interstice, aucun soupçon d'espoir de sortir vivant face l'armée des morts dont l'enfer en avait fait son gouffre sous la forme d'une bouche dentelée géante.

Irrémédiablement, les monstres se dirigeaient vers le petit et fragile camp Jefferson dont les ressuscités venaient d'y essuyer un assaut surprise. L'intervention de renforts à point nommé, de même que le courage, l'audace ou la folie des membres du camp avaient eu raison de l'ennemi, mais face à la vague infernale, ils n'avaient aucune chance. Seul Samuel savait alors de quoi il en retournait, en ayant eu une partie d'idée de ce qui s'apprêtait à déferler sur eux sans qu'il n'y ai aucun doute. Dans cette situation, nul renfort, nulle audace, nul courage ni la plus extrême des folies ne pouvait leur permettre d'empêcher l'inévitable d'arriver.

Une seule solution s'offrait à eux : fuir, pour ne pas subir la plus terrifiante des morts.

****

De l'autre coté du champs de bataille, les ressuscités faisaient face aux conséquences du prélude au mal. Samuel, gonflé de la victoire de son clan et de la domination qu'il avait mis en pratique, subissait à la fois le grossissement de son ego satisfait et le début quelque peu catastrophique de ses retrouvailles avec celle qu'il avait pourtant cru morte et qui était là devant ses yeux, en chair et en os, vivante. Tandis qu'il déclarait sa flamme et espérait une étreinte digne de ce retour des tréfonds, Ivy vivait une résurrection près des siens bien loin de l'idéal que son esprit avait façonné pour la maintenir en vie, ne faisant qu'accroître l'impression qu'avait donné l'attitude de l'homme pour qui elle portait de l'affection.

A leurs cotés, un homme inconnu et silencieux qui venait malgré tout de sauver la vie d'Ivy et porter une assistance majeure au groupe dans son combat au moment clé - chose que seule Ivy savait bien qu'elle n'en avait pas éclaircit les raisons, scrutait les victimes de la colère de la jeune femme sans intervenir dans le face à face des deux tourtereaux, ou ce qui devait à l'origine être le cas. Cet homme, grand de taille, avait la tête couverte d'une capuche qui voilait en partie son visage et plus encore de profil, bien qu'à le voir de face, son visage était plus facile à détailler.
Sa barbe noire est longue, son visage blanc presque mate, qu'il s'agisse de son teint ou du fait qu'il n'ait pas prit sa douche depuis un moment. Quoi qu'il en soit il a une apparence de vagabond, ou de ce que l'on disait à l'époque de la société bien pensante : un clochard. Sa capuche est issue d'une veste qui tombe jusqu'à ses pieds, tel un imperméable digne d'un détective privé de la belle époque cinématographique, bien que la veste ne soit pas en très bon état. Ses mains sont entourées de bandes grises en plus mauvais état et clairement salies. Dans sa main droite, une AK-47 en bon état.

Malgré son apparence négligée et errante, il avait tout de même une certaine allure et de près un quelque chose dans le regard qui avait le don d'attirer l'oeil, au-delà de sa barbe qui était vraiment longue et sa moustache, proprement fournie, signe que sa pilosité était totalement délaissée. Probablement comme le reste de sa personne ainsi dit plus tôt. Sous sa veste brune, on distinguait le col en V d'une sorte de tunique également brune superposée à une autre plus fine et blanche, ou ce qui était à l'origine de couleur effectivement blanche. Entre la première tunique et la veste, une espèce de cordelette néanmoins très épaisse disparaît en dessous et tient peut-être quelque chose.

Visuel de l'homme:
 

James lui, avait rejoint le trio - surtout le duo - au pas de course, son fusil à la main en interpellant Samuel afin de savoir ce qu'il se passait. Il découvrait ainsi celle qui était près de lui et qu'il n'aurait pas de mal à reconnaître, bien qu'il pourrait avoir beaucoup plus de mal à y croire. Il ne tarderait pas à notifier la présence de cet inconnu et après la bataille particulièrement éprouvante pour le médecin, tiraillé dans sa psychologie profonde et les deux parties de sa personnalité torturée, du meurtre brutal qu'il avait commis comme de la blessure légère qu'il portait toujours au torse en un bleu bien dessiné, de telles découvertes seront difficilement sans conséquences, à moins que... ?

Enfin Jordan, craignant un retour prématuré des défunts agresseurs sans prendre le risque de connaître le fin mot de l'histoire, avait péniblement broyé le crâne de sa victime et se dirigeait vers les autres corps de la route, sans savoir que les monstres s'apprêtaient à venir le chercher tout comme les siens pour leur faire rejoindre les morts dans la souffrance. A l'instar de Samuel, il avait atteint l'euphorie en libérant ses pulsions qui n'étaient certes pas la domination en soi, mais la violence à l'état pur infligée par un meurtre atroce. La bête tapis dans son coeur avait libéré ses chaînes et déversé sa rage et sa haine, en même temps que sa voix qui s'insinuait dans les pensées claires jusqu'à s'extraire de ses lèvres. Il restait à découvrir jusqu'où la bête se manifesterait, si elle pouvait finir par prendre pleinement le pas sur l'homme...


Eléments scénaristiques:
 

Jordan Getz

Anonymous
Invité
Mer 23 Déc - 21:18
Cette femme avait voulu nous tuer, nous tous. Le peu que nous avions, elle voulait nous le prendre. Elle a échoué, et tout ce qu’elle possédait, était perdu, était devenu à moi, sa vie. Lorsqu’elle avait compris qu’elle sera à moi, la peur s’était faite partie intégrante de son regard. J’avais semé la terreur dans son cœur, et sur sa tombe il ne restera aucune fleur. Seuls les verts et les morts seront présents avec son cadavre. Son cadavre auquel j’avais éclaté la tête en deux à l’aide de ma hache. La douleur ne m’avait pas empêché de profaner sa dépouille. Que ce soit par vengeance vis-à-vis de tout ce qui c’était passé cette soirée, que ce soit par pur besoin de me calmer ou bien tout simplement pour éviter qu’elle se relève comme tous les morts. Rien qu’à cette pensée, je serrais les dents. Les morts, c’était eux qui avaient tout détruit, eux qui avaient provoqué tout ça, eux qui m’avaient rendus comme ça.

« Saloperies… » disais-je à voix basse alors que je levais ma hache pour aller m’occuper du second cadavre, celui que le touareg avait explosé tout à l’heure. J’espérais qu’il allait bien d’ailleurs, je devais aller le remercier. Il devait être avec Samuel, je l’avais vu continuer après m’avoir dit d’exécuter cette femme. Alors que je scrutais les environs du campement, je soupirais. Tout était dévasté, les tentes, des impacts de balles partout, des cadavres à n’en plus finir. Il faudrait tout nettoyer et tout recommencer. Ce serait un putain de chantier. Des armes partout, elles pourraient nous être utiles.

« Faudra que je mette ces armes dans la caravane après avoir terminé. Ah putain… J’espère surtout qu’elle est encore en état après les balles qu’elle s’est prise. » Je m’avançais vers le deuxième cadavre, ensanglanté à cause des balles qu’il s’était pris de toute part de son corps. Il était presqu’aussi rouge que mon visage, où le sang et la poussière avaient décidés de remplacer la couleur de mon teint naturel. Alors que je me trouvais à côté de son épaule droite, je levais ma hache à deux mains, je recommençais à sentir la douleur de la brûlure dans ma main droite, mais cela ne m’avait nullement empêché de la lever pour porter un coup à la tête du cadavre. La fatigue, la douleur et le poids de mon arme m’avaient fait raté mon coup, au lieu de frapper bien droit au milieu de la tête, ma hache d’arrêta vers le milieu de son visage, sciant en deux sa mâchoire et son nez. L’entaille était profonde, mais pas assez pour lui exploser le cerveau.

« Ah… Putain de saloperie. » disais-je en un soupir d’exaspération juste avant de relever ma hache pour donner un autre coup, cet autre coup ne suivait pas la continuité de l’entaille fraîchement perpétré par mes soins, mais elle toucha tout de même le front du mort.  J’avais réussi cette fois, du deuxième coup, mais j’avais réussi. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres alors que je retirais ma hache à l’aide de mes deux mains. J’avais certes l’air pataud en faisant cela, mais au moins, il ne se relèverait pas. « Deux de fait. Aux autres maintenant ! » m’écriais-je tout en remettant ma hache pleine de sang sur mon épaule droit pour me diriger vers le troisième cadavre, celui qui avait essayé de m’attaquer avant que le motard n’arrive à ma rescousse.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 28 Déc - 17:04
Deux mots. Deux simples mots qui m’arrachèrent à ma contemplation déphasée de la voûte céleste. Lentement, mes noisettes embuées de larmes cessèrent de fixer l’encre qui nous dominait pour trouver la silhouette du Canadien. Sa posture, ses bras ouverts pour moi; le ton de sa voix. Sa présence et sa confession venant heurter ma jalousie et ma rancoeur, le tout se mêlant dans une danse vertigineuse. A l’image de deux corps célestes entrant en collision, s’agrégeant et se disloquant dans le même temps. Un simulacre de chaos à la beauté artistique, à l’ordre à la fois is net et si abstrait.

Je déglutissais difficilement en laissant s’enfuir quelques larmes, de colère comme de joie. Colère envers lui de ne pas m’avoir retenu et possédé dès le premier instant de nos retrouvailles que je n’avais cessé d’idéaliser et d’appeler. Colère envers moi d’en connaître les raisons véritables et d’en être tout autant responsable que victime. Colère de m’être trompée, d’avoir pensé qu’il ait pu m’oublier et me délaisser. Joie de réussir à enfin voir l’homme sous le costume, les veines du bois sous le vernis. Deux mots ayant ébranlé les fondements de mes propres certitudes, me renvoyant en pleine tronche la question réciproque que je n’avais jamais osé me poser : Et moi, aimais-je Samuel ?

Une question simple aux réponses d’autant plus complexe que je l’avais toujours rejetée. Il ne faisait aucun doute que j’en pinçais pour le Canadien, que je l’appréciais bien au-delà de la simple amitié. Rendue aux portes de la mort, je l’avais appelé de mes tripes et mon coeur. Je m’étais raccrochée à lui, à l’espoir de le revoir, le retrouver, sentir à nouveau son odeur - majoritairement moisie malgré tout - et sa chaleur, aux rares instants de joie de le savoir à mes côtés, prêt à veiller sur moi. Mais je ne pouvais dire que je l’aimais, pas au sens que portait ces deux mots ; car il y avait eu un prix à payer.

Ainsi, après quelques secondes écoulées à le fixer, abasourdie et en proie à mes propres pensées, incapable de réagir physiquement, j’avais fait l’effort de me relever, m’aidant de mon bras droit en appui contre le pan de mur en ruine avant de marcher dans sa direction. Mes lèvres se fendirent d’un sourire de plus en plus jovial, nuancé de tristesse et de soulagement, à mesure des quelques pas à l’équilibre précaire qui gommaient notre écart ; pour finalement enlacer la taille de l’homme et me serrer contre lui. Je plaquais ma joue gauche contre son torse, souillant sa chemise irrécupérable au lavage de mes larmes et du gris des cendres qui m’avaient collé à la peau et aux cheveux.

Enfin je pouvais le saisir, le sentir, me convaincre qu’il ne s’agissait plus là d’une folie mais d’une réalité plus abjecte encore. Enfin je l’avais retrouvé. Enfin je pouvais craquer et m’abandonner à mes émotions alors que j’avais des bras pour me retenir. Je m’effondrais en larmes que je ne pouvais plus contenir, pleurant tant ma joie et mon soulagement que ma culpabilité et mon désespoir, l’horreur de mes souvenirs, mes actes et leurs conséquences.

“J-J-Je t’ai… Je t’ai… Je t’ai… tellement appelé,” finis-je par balbutier avec maladresse au bout de quelques secondes.

Les mots, les phrases, les pensées… Tout en venait à se bousculer dans une irrationalité désarmante. Je me retrouvais littéralement incapable d’en agencer la moindre parcelle. Le sillage du chemin m’ayant ramené à lui se trouvait désormais jonché de cadavres et de fantômes. Takashi, les hommes du Marchand que l’inconnu avait abattus, les deux à qui j’avais moi-même ôté la vie, cet homme au bras arraché… Tous ces morts. Toutes ces vies que j’avais détruites pour sauvegarder la mienne, pour avoir la chance de ressentir à nouveau l’étreinte de Samuel. Obliger les miens à se salir les mains et la conscience. C’était trop, bien trop. L’espoir n’en valait pas tant, je n’en méritais pas tant.

Dans un sanglot bien plus prononcé encore, je resserrais l’étreinte de mes maigres bras autour du Canadien, fermée au reste du monde telles qu’auraient pu l’être la voix de James, la présence de l’inconnu ou les aboiements distants d’un chien.

“T-Tu-Tu ne peux pas… Tu ne peux pas...m’aimer…” bafouillai-je à nouveau entre deux sanglots, la voix éraillée et tremblante de culpabilité. “J-J-Je vous ai… Je vous ai trahi… Tous trahi...” avouai-je finalement à l’homme, serrant mes doigts autour du tissu dans le dos de sa chemise.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mar 29 Déc - 13:02
Lentement, après quelques secondes d'un bien lourd flottement, Ivy s'était relevée et avancé vers le canadien. A cet instant, ce dernier se surpris intérieurement, manquant de peu de céder à ses pulsions et juste s'avancer pour étreindre la jeune femme sans lui laisser le moindre choix. Il se sentais puissant, plein d'assurance, comme au premier jour, le truc drôle étant que cet état de félicité lui montait à la tête alors qu'il s'était totalement désarmé, ouvert... Bref, qu'il se donnait en spectacle en laissant son éventail d'émotion se montrer au grand jour.

Cela dit, lorsque l'intello se pressa contre lui, lui faisant quand même amèrement regretter ce foutu pare-balle, il ne put cesser de sourire en refermant ses propres bras sur elle. Ceux-ci, une fois prestement débarrassés des gants en cuir qui menaçaient de bousiller ce moment, ne se croisèrent pas simplement dans son dos, le bras droit contournant le cou de la petite pour se plaquer contre son omoplate et ses épaules, les caresser, les tapoter, exprimer maladroitement son contentement alors que sa main gauche allait et venait entre sa nuque et sa chevelure.

Enfin, ils avaient droit à leur moment... Mais il fallait que cela se fasse dans le pire contexte possible, à l'instant où ils ne pouvaient juste rester ainsi des heures pour rattraper les semaines perdues. Et pourtant, Samuel ne pouvait se détacher d'elle, peinant à garder pied dans ce monde dont même lui peinait à grappiller les bons moments. Il restait là, debout, enserrant la seule personne qu'il avait refusé de croire perdue et il pleurait, ne brisant son propre silence que pour lui répondre, à demi-voix :


"Je ne voulais pas croire que tu étais partie."

Un léger reniflement put ensuite trahir son état passablement difficile à voir dans la nuit. Il devait évacuer tout ce qui l'avait miné depuis la disparition d'Ivy, échapper à l'amère acceptation de son décès après tant de journées et de nuits passées dans sa tente, incapable de se contrôler, à l'insu de tous sauf Melody.

Et puis, au milieu de tout ça, une déclaration, lourde, autant à son encontre qu'à l'adresse du camp lui-même malgré le fait que seuls James et lui-même soient présents à cet instant pour juger de ces mots. Quoi qu'il en soit, preste, l'esprit de Samuel se sortis rapidement de sa douce léthargie pour réagir au quart de tour. Ainsi, il resserra lui-même son étreinte, priant la jeune femme de ne pas encore s'épancher sur le sujet d'un simple :


"Shhht..."

Puis, tentant de se reprendre tant bien que mal, sa tête se redressa, accordant un regard au vagabond puis à James avant de se remettre à parler comme le chef qu'il prétendait être bien que sa voix recèle de suffisamment d'indices pour que les deux hommes comprennent bien qu'il lui est sans doute impossible d'avoir le plein contrôle de ses émotions à cet instant :

"Ces types ont rameutés des centaines, peut-être des milliers de zombies. Aucune chance contre une telle masse, il faut faire le plein de la Chevy, y accrocher la caravane et partir. La moto..."

Levant les yeux au ciel, il soupira longuement tout en accentuant les mouvements de ses mains dans le dos et sur la nuque d'Ivy, cherchant sans aucun doute l'apaisement de ses pensées par le simple fait de profiter de sa présence, réelle. Puis il reporta le regard sur les deux hommes et ce malgré le fait que l'un d'eux soit un parfait inconnu.

"Quelqu'un doit la prendre pour aller à la ferme. Si la horde poursuit sur la route, ils seront peut-être les prochains. Ils doivent être prévenus... Si je ne me trompe pas, elle a ce qu'il faut dans le réservoir. Nous n'aurons pas le temps pour les effets personnels et les tentes, il nous faut blinder notre armurerie avec le matériel des... Des "attaquants" et décamper."

Enfin, reprenant peu à peu pied dans la réalité, il mesura à quel point ils étaient seuls, eux quatre, alors qu'ils auraient du être six, aussi, une question difficile lui vint aux lèvres, directement adressée au toubib :

"Est-ce que Melody et Jordan sont...?"

James F. Everett

Anonymous
Invité
Lun 4 Jan - 14:09
James n'avait guère mis de temps à rejoindre le chef de camp, emporté par son élan et après une brève observation, il s'était rapproché fusil à la main avec autant de méfiance que d'espoir que les choses n'aient pas dégénéré à ce point pour le canadien comme avec le reste du groupe. En arrivant devant lui, il fut stoppé net par le décor : trois corps au sol, un bras arraché, un inconnu tenant un fusil près de deux des corps et le chef de camp qui était là, les bras... ouverts ? Cette donnée perturba son esprit l'espace d'un instant. Mais pourquoi tendait-il les bras vers ... ?

Il se figea. Ce qu'il n'avait pas vu tout de suite, c'était la personne qui se trouvait contre le pan de ruines et qui s'était relevé. Il s'agissait d'une femme, aux cheveux bruns, à la silhouette frêle, aux traits juvéniles. Il n'en croyait pas ses yeux, ses pensées ne l'aidèrent pas en niant d'abord ce que les yeux disaient, lui laissant croire de prime abord que sa vue lui jouait des tours. Mais à mesure que les instants défilaient très rapidement, sa perception ne changea pas. Il la reconnaissait, malgré la sueur noire semblable au charbon, la crasse et son état déplorable, il n'aurait pu que la reconnaître : Ivy.
S'étant arrêté non loin de Samuel en la fixant de ces fameux yeux qui grossissaient pour marquer sa stupeur, il n'y eut plus de doute lorsqu'elle se dirigea vers le canadien pour se plonger dans ses bras et ce dernier répondait en l'enlaçant fortement.

« Je ne voulais pas croire que tu étais partie. »

Les mots venaient du chef et ils résonnèrent aux oreilles, en apparence, du chirurgien. C'était elle, c'était bien elle, pour des raisons qui lui échappaient totalement, relevant du miracle, son amie qu'il avait fini par croire dur comme fer morte était bien vivante et elle était là devant lui. Comment était-ce possible ? Comment s'était-elle remis de son... infection ? Son message avait pourtant été un adieu ne laissant aucune incertitude sur ce qui lui était arrivé, sur ce qu'elle avait dit lui être arrivé. Elle avait annoncé sa mort et avait dit au revoir au groupe, à Elizabeth et à James via ce maudit talkie-walkie.
Elle l'avait dit, pourtant elle était là. Le barbu lâcha un soupire de soulagement, non, de bonheur, accompagné d'un franc sourire. Si bien qu'il omit totalement la présence d'un inconnu armé qui d'ailleurs semblait très intéressé par les cadavres de ceux qui avaient sans doute été des agresseurs parmi les autres. Il ne les avaient pas menacé et le duo à ses cotés ne s'alarmait pas, il n'avait pas de raison de s'alarmer lui-même alors. Ivy était vivante, son amie. Baissant son fusil, James s'approcha de quelques pas sans détourner son regard de la jeune femme qu'il ne voyait plus beaucoup, emmitouflée par la stature de Samuel.

« Mon dieu... » Avait finalement pensé tout haut le chirurgien. « Ivy, c'est toi. C'est bien toi. »

Il aurait voulu de même la prendre dans ses bras, exprimer toute sa joie - qui pour le moment demeurait emprisonnée en lui - de voir son amie en vie et de retour parmi ceux qui étaient maintenant les siens. C'était dingue à penser. Des bandits, dont il ne connaissait pas encore l'affiliation même si l'idée lui trottait certainement en tête, avaient attaqué leur camp. Il avait assisté à l'horreur et y avait participé en tuant un être humain de sang-froid et la moitié du groupe se trouvait loin d'ici, coincés quelque part ou pire encore. Et pourtant au milieu de ces peurs, ces immondices, ces doutes et ce chaos, une disparue avait choisi ce moment précis pour faire son grand retour et ainsi, transformer cette soirée en autre chose qu'une simple tragédie. Elle ne l'avait pas considéré et ne semblait pas l'entendre, à moins qu'elle ne le souhaitait pas. Malgré cela il ne voulut pas lui en tenir rigueur car il n'imaginait pas ce qu'elle avait vécu.
Son corps trahissait néanmoins de tristes aventures, elle était dans un état lamentable et bien qu'elle était vivante, qui sait ce qu'elle avait pu subir. D'ailleurs, elle était revenue en même temps que le camp était attaqué, la coïncidence se faisait bien saugrenue, surtout dans un monde comme celui-ci. Que s'était-il passé à l'arrière du camp ? Était-elle venue avec ces agresseurs ? Elle n'aurait jamais prit les armes contre les siens et cette conclusion affectueuse le démontrait. Avait-elle été forcée ? Avait-elle rejoint ce groupe pour survivre et s'était retrouvée malgré elle au milieu de l'assaut ? Cet inconnu était-il son compagnon de voyage ? Ou... son geôlier venu négocier une récompense pour l'avoir ramenée ? L'esprit de James tissait de nombreux scénarios possibles qui lui venaient à la va-vite. Il n'eut guère le temps de plus réfléchir car le chef - tout en rassurant la jeune femme - reprenait le contrôle de la situation, ou l'essayait au moins et ce qu'il dit brisa derechef l'attention du barbu envers Ivy pour venir à lui.

Des centaines ou milliers de zombies ? Rameutés ? Les morts étaient aux portes du camp ? Il crut d'abord avoir mal entendu mais cela ne dura qu'une seconde. James porta le regard au loin vers la plaine, sans rien voir avant de se retourner brusquement pour observer la direction de la forêt ou le peu qu'il pouvait en voir étant donné la caravane et les tentes. Pourtant rien ne laissait entendre ou entrevoir une aussi gigantesque horde. Était-ce par le nord ? Le sud ? Samuel avait évoqué la route. Il n'eut pas le temps de se questionner ou questionner Samuel que ce dernier avait enchaîné. Le chirurgien revint soutenir son regard en l'écoutant, s'en trouvant au terme le destinataire des dernières paroles du canadien, avant de lancer précipitamment :  

« Jordan va bien, enfin... » Il hésita à évoquer le fait qu'il l'avait regardé massacrer une des assaillantes, mais ce n'était vraiment pas le moment de l'aborder ou même d'y penser, car le pire restait à suivre.
« Il s'en est sorti. Mais Melody... »

Il marqua un temps, se rendant compte à quel point il était difficile d'annoncer une nouvelle comme celle-ci. A croire qu'ils retrouvaient l'une des leurs pour l'échanger contre une autre.

« Elle a été blessée, je crois j'ai pas eu l'occasion de m'en assurer, quelqu'un l'a emmené. J'ai essayé d'intervenir mais tout est allé trop vite. Il y avait un type encapuchonné sur une moto, il l'a emmené avec lui vers le nord et je ne pouvais pas tirer. J'aurais touché Melody. »

Il s'interrompit un instant pour laisser le canadien digérer la nouvelle tandis que lui-même lançait un regard furtif vers Ivy, qui découvrait la situation également, puis enchaîna sans tarder.

« Je vais aller chercher Jordan pour rassembler nos affaires et tracter la caravane, je m'occupe ensuite de la moto et je prendrais un talkie-walkie s'il en reste pour garder le contact. »

Il achevait ses paroles en reculant de quelques pas, opinant du chef après quoi avant de se retourner - tout en donnant un coup d'oeil vers l'inconnu qui était toujours là - et se lancer au pas de course le plus vite possible vers les tentes, tenant son fusil bien fermement en main avec l'intention de trouver Jordan.

Evènements

Anonymous
Invité
Lun 4 Jan - 14:30
Les ombres dominent la plaine et laissent derrière elles la ville qui vit le départ de cette armée des morts comme le soulagement d'une partie de son abcès, un peu moins de purulence jaillissant d'une plaie qui refusait de se fermer.

Depuis le campement Jefferson, les rescapés de la bataille pouvaient commencer à percevoir depuis le nord les innombrables râles et gargouillements qui ainsi liés par une volonté commune, formaient un vrombissement infernal.

L'armée des morts était alors à moins de deux cents mètres des derniers survivants...

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Lun 4 Jan - 16:46
Il était resté un moment à contempler les corps des deux victimes de la fureur d'une femme frêle, deux des assaillants envoyés par l'ennemi qui était resté en sommeil durant un moment. L'ennemi ainsi passé à l'action avait attaqué de front le campement en préparant une ruse qui ne connu pas son application : Le Vagabond était venu et avait prit la vie de trois des combattants, libérant Ivy ou devenant son nouveau geôlier l'espace d'un moment, difficile à dire dans la précipitation.

Il avait pourtant amené la jeune femme jusqu'aux siens et sans intervenir davantage dans le combat, n'avait pas fait moindre acte pour l'empêcher de tuer les deux assaillants, il n'avait pas non plus pipé mot depuis leur arrivée et s'était tenu à l'écart, laissant les deux tourtereaux vivre leurs retrouvailles. Face à l'expression de la mort, il demeurait imperturbable, son visage au regard naturellement malicieux semblait totalement indifférent à tout ce qui l'entourait, et la mutilation, une banalité.
Du coin de l'oeil, il avait observé la scène, l'enlacement d'un homme et d'une femme et l'intervention d'un tiers armé d'un fusil qui avait échangé quelques mots et paraissait tout aussi choqué de voir la petite Ivy de retour dans son groupe. Ce non sans scruter Le Vagabond, mais bien sans s'adresser à lui. L'inconnu s'était finalement penché au-dessus des cadavres durant ces échanges et avait fouillé les poches des défunts. En recherche de trouvailles ou pour une raison autre ? Il ne cherchait toujours pas à se mêler au trio.

Ce n'est qu'après le départ du chirurgien qu'il ne connaissait à priori pas et qui n'était pas connu de ce dernier, qu'il s'était redressé en mettant sa main gauche dans la poche de sa veste, ayant visiblement trouvé quelque chose qu'il gardait à sa discrétion. Tenant toujours son AK-47 d'une main détendue, il avança vers le duo avec une certaine nonchalance, un dédain pour tout ressentiment ou pour toute peur. Arrivant près du dernier des trois hommes neutralisés, celui qui s'était évanoui après que son bras fut arraché par le chien gambadant non loin - et toujours énervé par les derniers événements, il s'arrêta et pencha la tête sur sa droite en l'observant distraitement, avant de dresser quelque peu son arme pour cibler sa tête du canon et appuyer sur la détente.

Le tir cria sa violence et fit jaillir une gerbe d'hémoglobine à même le sol déjà conquit par le sang du même vilain, le crâne percé à l'arrière si brutalement que l'avant s'était ouvert du même tir. Le malheureux achevé, Le Vagabond eut un mouvement de recul sous la pression de l'arme d'assaut qu'il encaissa sans gêne et redressa ses yeux vers le duo à quelques pas, pour de sa main libre leur faire vaguement signe de continuer leur besogne.

« Poursuivez, je vous en prie. D'aussi belles retrouvailles méritent d'être savourées, même si la situation est, disons... alarmante. Je conçois qu'il n'est pas facile de choisir qui privilégier dans un moment pareil, l'homme ou le meneur. N'est-ce pas monsieur Freeman ? »

Ses yeux de serpent de par l'intensité qu'ils dégageaient, fixaient le chef du camp avec cette fameuse malice garnie de nonchalance et d'indifférence. L'on se demanderait presque si ce vis à vis encapuchonné était bien un humain pourvu de toute sa tête, quand on voyait à quel point ses émotions s'avéraient glacées devant le carnage et son danger.

Jordan Getz

Anonymous
Invité
Mar 5 Jan - 16:00
Le dernier cadavre. Celui qui avait essayé de me fusiller alors que je m’étais jeté sur cette femme à qui j’avais ôté la vie quelques instants avant. J’avais lu certains articles dans lesquels certaines personnes culpabilisaient d’avoir tué quelqu’un. Le fait d’avoir pris la vie de quelqu’un, de l’avoir enlevé à sa famille, à ses amis, d’être la fin de quelqu’un. Pas moi. Ils avaient essayé de nous tuer, c’était eux ou nous. Je n’avais aucun regret à avoir, ce qui devait être fait avait été fait.

Ma hache posée sur mon épaule droite alors que je m’avançais lentement vers le troisième mort. Ma main droite en bas du manche, la brûlure à ma main était douloureuse, mais pas assez pour m’obliger à changer de bras. Je m’avançais lentement quand j’entendis un coup de feu. Proche, très proche, juste au bout du campement. « Merde. » crachai-je entre mes dents. Je donnais un léger coup avec mon épaule droite pour faire balancer ma hache vers l’avant pour agripper le haut du manche avec ma main gauche. Pur réflexe alors que je pensais au son de l’arme. C’était sans aucun doute l’arme de Samuel, un son d’arme d’assaut, la même que j’avais entendu quelques instants auparavant venant du même endroit. Mais s’il avait pris la peine de tirer, c’était que quelque chose l’avait obligé. Un mort ? Un vivant ?

Peut être était-ce un des derniers survivants de l’assaut ? Peut être que ce n’était pas Samuel mais quelqu’un qui avait pris son arme ? Rien qu’à cette pensée, j’en avais des frissons. Je courais. Je ne réfléchissais plus à rien, tout pouvait arriver. Tout. Le fer de ma hache rouge de sang tout comme mon visage qui avait abandonné sa couleur d’origine pour un rouge sang mêlé à la poussière du sol. Les yeux grands ouverts, mes oreilles ne sifflaient plus. Seule la douleur de ma nuque et de ma main étaient encore présente, mais  cela ne m’empêchait pas de courir pour aller m’enquérir d’où venait ce coup de feu, et quelle était sa destination.

Ma vision était légèrement trouble, ma mâchoire s’était refermée. Alors que je courrais vers la place d’où venait le tir, j’apercevais James qui semblait en revenir. S’il en revenait, c’était que rien ne l’avait attardé là bas. Pas d’ennemis. Peut être que Samuel commençait à tuer les morts. Les morts. J’en entendais. Ils étaient nombreux. Leurs cris me parvenaient aux oreilles. Est-ce qu’on pouvait appeler ça des cris ? C’était sans aucun doute le seul mot qui me parvenait à cet instant. Même si ce n’étaient pas des cris qui me se faisaient entendre, mais leur nombre m’obligeait à penser que ça en était.

Je m’arrêtais au niveau de James, tant bien que mal à finir ma course, j’avais du mal à respirer, non pas à cause des quelques mètres parcourus au pas de course, mais plutôt à cause du stress et au changement du taux d’adrénaline dans mon sang. Arrivé au même niveau que James je dis « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » Juste avant de le regarder dans les yeux, mon regard perdu mais à la fois déterminé tout en lui disant « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » Ma question se posait vis-à-vis du tir précédemment entendu, mais aussi vis-à-vis des morts que nous entendions. Du sang coulait sur les lèvres, me laissant goûter ce que m’avais laissé cette femme.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 5 Jan - 20:38
Nichée au creux des bras du Canadien, je me laissais aller à mes sanglots ayant encore gagné en intensité au terme de ma confession. Nourris par un épuisant mélange de joie, de soulagement et de culpabilité, dévorée par la trouille instinctive que Samuel n’en vienne à me rejeter la faute, puis me rejeter moi-même, je m’accrochais de ma maigre poigne à sa taille, à l’image d’un jeune enfant agrippé à la jambe de sa mère. A peine capable de saisir le sens des informations qu’il s’échangeaient avec d’autres membres du campement, je m’enfermais au sein de la bulle protectrice que matérialisaient les bras de l’homme dans mon dos, sur ma nuque et au sein de mes cheveux aussi rêches que poisseux.

Je discernais quelques mots, le sens général de la discussion. Les infectés qui arrivaient en masse - pas étonnant vu le précédent merdier - l’idée de devoir abandonner le camp, fuir la menace vers une situation encore plus incertaine. Lentement mais sûrement, j’arrivais à saturation. Dépassée par les évènements comme la situation, je n’avais plus que Samuel, ou encore la voix familière de James, comme branches auxquelles me raccrocher dans ma vertigineuse remontée des abîmes de l’enfer. J’avais beau tenter de comprendre et espérer prendre le train en marche, je n’étais clairement pas dans la bonne gare. Je voulais juste des explications, des réponses sur quant à qui était qui, qui était quoi, et surtout : qui étais-je et où se trouvait ma place désormais ?

Un coup de feu, unique et retentissant, m’arracha un sursaut tant de peur que de surprise, crispant encore plus mes bras autour du Canadien, le seul point de repère tangible et à peu près concret, rassurant dressé ici. Une détonation qui stoppa net mes sanglots pour me laisser flotter l’espace de quelques instants dans une torpeur pleine d’appréhension craintive. Qui allait être le prochain à mourir cette fois ? Le souffle rapide et laborieux, j’attendais ainsi figée que la mort ne vienne à nouveau réclamer un tribut à sacrifier sur son autel implacable, en vain. Rien de plus ne survint ni ne répondit à l’unique attaque.

Quelques secondes supplémentaires s’écoulèrent, durant lesquels mon esprit reprenait un lent ancrage dans la réalité de mon environnement, les menaces énoncées auxquelles je n’avais accordé qu’une distraite attention s’imposant plus concrètement à mesure que les râles des morts se laissaient percevoir au loin, d’une intensité croissante. Une clameur encore éloignée, et pourtant riche d’informations que je peinais à percevoir. Un grand groupe. Samuel avait parlé de centaines, voire de milliers. Je souhaitais que ce ne soit qu’une lourde exagération de sa part, mais les souvenirs que j’avais gardés du secteur C et des hordes régnant sur ses ruelles ne pouvaient que me laisser m’imaginer le pire. De toute manière, tout n’était que le pire. La pire mort à la con, le pire endroit pour revenir une seconde fois, le pire moment pour retrouver les miens au prix de la pire des trahisons, comme venait de le souligner l’inconnu qui m’avait arraché aux pires salopards à la solde du Marchand.

La dernière question rhétorique de l’inconnu que j’estimais être un allié - plus exactement l’ennemi de nos ennemis - à l’adresse de Samuel me figea dans un frisson qui me glaça la colonne vertébrale de haut en bas. Comment connaissait-il son nom ? Il avait parlé de Matthew lors de notre rencontre, mais ce dernier était censé être entre les mains du Marchand. Mais notre ancien leader était-il réellement prisonnier du Marchand pour autant ? Et si tout cela n’était qu’un habile stratagème pour permettre au Marchand de glisser l’un des siens parmi nous, encore… Nous aider à combattre une menace pour gagner notre confiance, se faire accepter. Après tout, comment avait-il su pour le véhicule de mes “geôliers” ? Comment avait-il su pour ma présence à bord de ce même véhicule qui gisait désormais de l’autre côté des ruines ? Après le départ de Ricky et de Clark, la mort de Calvin, le Marchand avait sûrement besoin de dissimuler un nouveau loup dans notre bergerie.

De nouveau en proie au plus infâme des doutes, je sentis monter en moi une colère ardente, alimentée tant par la crainte qu’une très profonde suspicion à l’égard de mon “sauveur”. Et cela, sans même parler du désespoir profond qui rôdait sournoisement derrière mes pensées, dévorant tant mes principes que mes convictions. Un désespoir qui m’avait poussé à tuer deux inconnus, presque avec la bénédiction d’un troisième. De quelques mots aux intentions pourtant contraires, cet homme venait de littéralement détruire l’instant de nos retrouvailles avec Samuel pour les corrompre d’un doute asphyxiant.

A ce point étouffant que la bulle protectrice du Canadien se mua soudainement en véritable cage. Ses mains et ses bras passés dans mon dos devenant des liens, ses caresses rassurantes des griffes déchirantes. D’un mouvement brusque, je détachais mes bras d’autour de sa taille, mes mains venant se plaquer dans la foulée contre les hanches de Samuel avant de le repousser en arrière, cherchant par là plus à m’arracher à son emprise qu’à rejeter son affection. Au terme de la manœuvre, je titubais de quelques pas en arrière avant de retrouver mon équilibre et faire volte-face, posant un regard farouche et suspicieux sur l’inconnu, mes yeux rougis luisant d’une colère irrationnelle frôlant les limites de l’hystérie. J’étais saturée de toutes ces questions sans réponse, et je craquais désormais de les obtenir… De les exiger.

Campée raide sur mes deux jambes, légèrement écartées, j’avais tendu mon bras gauche légèrement en retrait dans une posture protectrice, dressant ma carcasse amaigrie et épuisée en guise d’un rempart bien futile entre Samuel - le campement et le reste du groupe au-delà du seul chef de camp - et l’inconnu. Si physiquement, je ne représentais ni menace ni rempart ; symboliquement, j’espérais bien transmettre le message à mon sauveur.

“V-Vous… Vous ! Vous res-restez à l’écart de mes amis !” avais-je commencé à m’écrier, la voix toujours aussi éraillée mais d’un ton on-ne-pouvait-plus ferme. “Qu-Qu’est-ce qui m’dit que vous z’êtes pas à la solde du Marchand vous aussi !? Com’ Matthew et les autres !? Hein !? T-Tout… Tout ça, c’est d’leur faute ! Vot' faute !!” Je ne craquais plus. J’explosais. Aveuglée de certitudes fondées sur le seul doute qui les avait fait naître, l’esprit débordant de ces mêmes accusations, longuement mûries par l’isolement et le désespoir.

Je sentais mon corps trembler de cette fureur devenue impossible à contenir, d’autant plus nourrie par les râles de la horde approchante qui seul un grésillement commençait à masquer. Un grésillement oppressant, vertigineux qui jaillissait tant de nulle part que de partout, me nimbant de sa présence et s’engouffrant par la porte grande ouverte de mon esprit totalement relâché. Un sens et une gêne familière, que j’avais perdus depuis… ma troisième vie... mais que je retrouvais presque intacts désormais, venant de nouveau s’imposer parmi mes autres sens et m’emportant dans son propre vertige. A la différence que je n’en étais plus une simple victime. Je percevais sa présence, ses flux autrefois oscillants embrassant ma peau dans une caresse électrisante et ordonnée.

Prise d’un violent vertige, piétinant le sol, il n’aura manqué à personne que je peinais à garder mon équilibre alors que je portais ma main droite à mon front suant, pouce et majeur de part et d’autre de mon crâne en fermant les yeux et baissant la tête. La faim, la fatigue, la soif aussi, sans parler de ma détresse psychologique au-delà de l’instabilité et de toute raison.

“Non non non non non non non…” répétai-je inlassablement à voix basse, refusant d’être à nouveau la proie de cet enfer, de cette présence accablante. Les souvenirs du Libérateur manipulant le feu venant me frapper l’esprit dans un parallèle, une réalité devenue physique que je voulais taire sous une chape de déni.

“J’suis… J’suis pas comme lui…” tentai-je de me convaincre alors que les souvenirs de l’Enfer se faisaient plus accablants encore.

*Pourquoi te débattre ? Pourquoi craindre ?*
Ses mots soufflés de sa voix métallique, son venin verbal, ne cessaient de me tourmenter l’esprit avec la sournoiserie d’une seule réalité observée depuis deux positions totalement opposées. Le refus et l’acceptation. “J’suis pas un monstre…” avais-je fini par soupirer en relevant mes noisettes éreintées vers l’inconnu.

“Vous… Vous… C’est vous ! C’est vous les monstres !!” explosai-je une nouvelle fois dans un cri accusateur et délirant, qui fit taire le grésillement magnétique aussi soudainement qu’il s’était manifesté à nouveau moi. Et dans son soudain mutisme, j’avais pu percevoir son obéissance à mon désir de protection, à ma volonté de garder le vagabond à l’écart des miens. Les armes blanches des hommes que j’avais abattus, ma propre mitraillette responsable de leurs morts, semblèrent répondre physiquement à mon désir, glissant sur le sol poussiéreux en s’éloignant de quelques mètres de ma position dans un raclement. Mais mon esprit s’était avant tout focalisé sur l’homme, et j’avais souhaité le repousser en premier lieu, m’en prenant inconsciemment à son arme que je souhaitais tenue loin de nous comme de lui.

Malheureusement, au-delà de cette manifestation incompréhensible qui me rapprochait lentement du statut à la fois monstrueux et magnifique du Libérateur ; ce fut le contrecoup, cumulé au reste, qui acheva de me faire taire. Rendant à l’endroit son silence et son calme tout relatif, je m’effondrais à genoux, épuisée, vidée de toute force physique ou volonté mentale de tenir encore tête à l’homme qui, victime de mes divagations, n’avait rien demandé. Les deux mains plaquées sur le sol, je cherchais à retrouver tant mon souffle que mes esprits, ne quittant plus des yeux ce sol aride que quelques larmes venaient humidifier. Je n’explosais plus. Je m’effondrais.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mer 6 Jan - 13:12
A sa question, James eut une réponse pour le moins mitigée. Jordan devait se trouver dans un état moyen, quant à Melody, c'était le pompon puisque le canadien se retrouvait dans la situation où la seule autre personne prête à diriger le groupe était blessée ET disparue. Bref, comme d'habitude, dès qu'il fallait diriger une opération, ce devait être dans l'urgence, en sous-effectifs et avec d'importants malus.

Au moins, le doc du groupe ne lui avait pas fait faux bond, faisant au passage preuve de son intelligence, sa discipline et son esprit d'initiative en prenant immédiatement une partie des instructions de l'ex-manager pour aller les mettre en application. Dire que Samuel trouvait cette réaction satisfaisante serait sacrément insultant, elle était réellement salvatrice étant donné la situation.

Se retrouvant à nouveau seul avec Ivy entre ses bras et cet étrange inconnu qui ne semblait pas vraiment se complaire dans son rôle de teneur de chandelle, le canadien ne manqua pas de réfléchir aux questions les plus urgentes les concernant. Hélas, le coup de feu le força à rompre sa réflexion, toute son attention portée sur le vagabond qui faisait preuve d'un sang-froid, et d'une imprudence, pour le moins étonnante et même assez suspecte.

Ainsi, puisque Ivy se trouvait momentanément choquée par tout cela, il se permis de répondre. Son ton de voix semblait se vouloir détaché mais il faisait également preuve d'une certaine hargne retenue. Visiblement, ce genre de devinette et d'attitude lui déplaisait dans une telle situation... Tant qu'il n'en était pas l'instigateur en tout cas.


"Peut-être, ce ne sont pas ceux qui me servent du "Monsieur Freeman" qui sauront que j'ai vécu pire contexte de retrouvailles..."

A dire vrai, le jeune homme n'avait pas compté sur une simple punchline de nanar en guise de réponse, cependant, il fut cette fois coupé par la petite chétive qui le poussa, presque par réflexe, à ouvrir ses bras afin de la délivrer d'une étreinte qu'elle ne désirait visiblement plus. Plus inquiet qu'étonné, il failli tendre le bras pour rattraper la jeune femme en la voyant ainsi peiner à tenir sur ses deux jambes, cependant, l’inquiétude mua en lourde surprise lorsque la pauvre ressuscitée sembla victime d'une crise de paranoïa, ce qui n'était pas tellement anormal dans ce contexte.

Demeurant aussi calme que possible, Samuel profita de cette aparté et de l'attention centrée sur Ivy pour plier les jambes et se saisir de ses gants de cuir laissés au sol. Puis, tout en les enfilant, il recula doucement de quelques pas, faisant une pause régulière entre chacun d'entre eux, jusqu'à replier les genoux et tendre les bras pour les poser au sol.

Malheureusement pour lui, Ivy glissait dans un état de plus en plus inquiétant, voir carrément menaçant à l'encontre de l'inconnu sans que ses reproches et insultes ne lui semblent vraiment adressées. Bien sur, le nom de Matthew ne manqua pas d'attirer son attention mais, dans la bouche d'une jeune femme dans un état déplorable et enfoncée dans sa crise, il avait su maitriser sa curiosité et relativiser l'information pour ne pas perdre de vue son objectif présent... Une arme à feu et des jumelles qui ne se trouvaient pas là où ses mains se baladaient.

Finalement, c'est en s'élançant en avant pour rejoindre une intello totalement exténuée que ses effets lui sautèrent aux yeux, seulement un pas en avant, demeurés invisible par la faute de son attention focalisée sur les deux autres protagonistes. De là, ne manquant que de peu de finir à genoux, ou pire, affalé sur le sol, il rattrapa les deux objets comme il put et revint vers eux.

Évidemment, tout méfiant qu'il restait vis à vis de cet inconnu bien armé, ce pourquoi il s'était assuré, par quelques contorsions de doigts, que son arme était armée et la sécurité baissée, il mit genoux droit à terre pour passer son bras dans le dos de la jeune femme et plus ou moins verrouiller son accroche en glissant sa main droite, occupée elle-même par les binoculaires, par l'aisselle de la pauvre fille et essayer de l'aide à se relever.


"Ivy. Ivy ! On va à la caravane, relève toi et respire à fond, je te tiens."

Dans le même temps, il releva la tête vers le vagabond, sa voix se faisant cette fois assez impérieuse. Il ne comptait pas se laisser mener par le bout du nez pas de nouvelles questions à l'intérêt limité, ni laisser un type comme ça se balader tranquillement.

"Pour les énigmes, on repassera, j'ai une belle bouteille de Tequila qui n'attends que ça, en attendant, un coup de main ne serait pas de refus, à moins que vous ne cachiez un téléporteur dans votre barbe... Ou une âme de pistoleros dans ce qui vous sert de cœur."

Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'était carrément l'hôpital qui se foutait de la charité, mais ça, fort heureusement, aucun des deux protagonistes l'ayant entendu ne pouvaient trop s'en douter. Quoi qu'il en soit, malgré toute la reconnaissance qu'il pouvait éprouver envers cet homme qui lui avait ramené celle qu'il n'espérait plus, cela ne l'empêcha pas de se préparer à lever son arme si nécessaire... Les cadeaux ne viennent pas que des amis, et Samuel en était bien conscient pour avoir déjà offert certains "cadeaux" par le passé.
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