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[CS, CFJ] Broken Sunset - 23/02/35
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Jordan Getz

Anonymous
Invité
Mer 30 Mar - 22:00
Des pas qui se voulaient lent, d’une part pour ne pas risquer de trébucher, et d’autre part pour éviter de perdre Ivy qui continuait de marcher derrière moi. Je commençais à être plus préoccupé par mes propres pensées qui détenaient leur propre conscience que part le sort de la petite brune qui n’avait pas la chance d’avoir une vision aussi claire que moi et qui devait sans aucun doute avoir du mal à avancer dans cette forêt. La volonté de me surpasser, de me prouver à moi-même et à mon autre moi que j’étais bel et bien celui que je prétendais être. Un homme qui ne reculait pas, qui ne reculerait plus, qui ne laisserait plus ce monde lui prendre le peu qu’il avait. Empli d’une certaine détermination, j’avais accélérer légèrement le pas, quitte à oublier les difficultés qu’Ivy avait à me suivre. Je ne lui tenais plus la main, je conservais mon arme de fortune du mieux que je le pouvais, j’avais une confiance aveugle et certainement démesurée en moi, mais pas dans cette voix qui m’avait aidé à survivre jusqu’ici.

Malgré tout ce que je lui avais fait subir, que ce soit de l’avoir tué au milieu de cette chapelle, de mettre tué serait plus exact à priori, de sa vengeance, mais surtout de la main qu’il m’avait tendu lorsque j’avais la tête sous l’eau, malgré tout cela, j’étais encore en vie, et c’était grâce à lui, grâce à moi. Je ne pouvais que continuer à suivre ces pensées qui étaient miennes, qui gonflaient ma fierté, une fierté sur tout ce que j’ai accompli grâce à lui. Depuis mon réveil il était là. C’était mon don, celui de me surpasser, de me surélever, de savoir exactement ce que je devais faire à chaque instant où mon esprit se trouvait embrumé, j’avais toujours la vue sur cette lueur lointaine qui se rapprochait à chacun de mes pas vers elle. Elle m’indiquait le chemin, et actuellement, c’était tout droit, en pleine direction sur notre ancien campement qui était devenu un théâtre où nous n’étions que les spectateurs face à ce macabre spectacle que faisaient ces cadavres ambulants. A moins que ce ne fût l’inverse, à moins que nous n’étions que les simples spectateurs face à ce public cadavérique qui n’aurait que le loisir de publier leur critique sur leur performance, et où une mauvaise note nous vaudrait de les rejoindre dans la fosse, la fosse du public, la fosse commune, dans ce qui avait été pour nous un recommencement, mais qui était pour eux, la fin, tout simplement.

C’était en plein milieu de mes pensées que la petite Ivy m’interrompit. J’avais presque oublié qu’elle me suivait, qu’elle était avec moi, derrière moi. Trop occupé à réfléchir, à me focaliser sur ce que j’étais, sur ce que nous étions, sur ce que nous devions faire, sur ce que j’avais à faire. Récupérer ce camping-car, je n’avais aucune envie de laisser pourrir le peu de choses qu’il nous restait ici. Peut-être était-ce de la fierté mal placée ? Ou bien juste de la détermination ? Je m’en moquais, je savais que j’y arriverai. Comme toujours, après tout, j’étais revenu, j’avais survécu encore et encore, cela continuerait. Cette volonté que voulais entraver Ivy. M’arrêter ? Pourquoi ? Il n’y avait aucun cadavre autour de nous ? Même si nous entendions les morts roder aux alentours, il n’y en avait aucun qui s’était mis face à nous, et si je n’en avais pas vu, la petite brune n’aurait sans doute pas pu les voir elle non plus. Le ton de sa voix n’était pas pressant, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Pourquoi s’arrêter alors que nous étions si près du but ? Pourquoi parler des morts qui se trouvaient partout ? Elle ne voyait rien, comment pouvait-elle dire ça ?

Peut-être qu’elle était tout simplement en plein état de panique, qu’elle redoutait de se faire mordre encore une fois, c’était une chose à laquelle j’aurai du penser dans un premier temps, pour venir la rassurer, lui affirmer qu’il n’y avait aucun danger, mais je n’avais qu’eu le temps d’arrêter d’avancer qu’elle continuait à parler, encore et encore. Mais cette fois, ce n’était pas pour m’exposer ses craintes ni pour me poser une question ou encore pour m’informer sur ce qu’il se trouvait à proximité de nous deux, mais non. Bien au contraire. Pas d’informations quelconques, non, rien de tout cela. Elle souhaitait faire demi-tour alors qu’elle m’avait dit une poignée de secondes avant que nous devions continuer tout droit pour rejoindre Adam. Cela prendrait bien plus de temps, et elle qui ne souhaitait pas le faire attendre par crainte de le laisser seul face à cette meute de cadavres errants qui se trouvaient dans notre ancien chez nous, elle voulait maintenant le laisser attendre encore plus longtemps. Elle avait peur, elle pensait que je n’étais pas de taille ? Pas assez bien équipé ? Mais que se passait-il dans sa tête ? Comment pouvait-elle changer d’avis aussi vite ? Je n’arrivais pas à la comprendre. Son discours m’était incohérent au possible, et je me sentais piqué au vif lorsqu’elle parla de suicide. Elle avait dit le mot de trop.

J’avais reprit la marche sans me retourner et sans lui répondre alors qu’elle était sans doute repartie dans le sens inverse, ou bien qu’elle continuait à me suivre, pour être tout à fait honnête, je m’en moquais. J’avais tout fait pour que tout se passe bien et voilà qu’elle partait elle-même de son côté alors qu’elle avait décidé du contraire quelques instants auparavant, et la voilà qui se permettait de m’insulter d’incapable. J’allais lui montrer à elle et à tous les autres ce que j’étais, et je pouvais être bien des choses, mais certainement pas un lâche ou un idiot. Je n’abandonnais personne. Je ne préoccupais en aucun cas du sort de la petite brune, j’étais reparti dans la direction qu’elle-même m’avait indiquée, la direction du campement que je prenais et dont je ne dévierai sous aucun prétexte. Je me sentais enragé vis-à-vis de sa remarque qui s’était faite blessante à mon égard, mais surtout du fait qu’elle m’avait abandonné alors qu’elle s’en plaignait quelques jours plus tôt, d’avoir été lâche et d’avoir trahi ses camarades. Voilà qu’elle recommençait. Si je la revoyais, je lui en toucherai deux mots, je m’en faisais la promesse.

Fulminant intérieurement suite aux propos mais surtout à la réaction d’Ivy, je persévérais dans mon avancée, moi qui n’avais plus aucun repère, plus aucune indication, mais surtout, aucun talent pour me sortir de cette forêt contrairement à Melody. Qu’est-ce que je regrettais la jungle de béton que l’homme s’était amusé à créer. Nous qui étions passés par ici dans l’espoir d’être complètement tranquilles, c’était complètement foutu. Deux cadavres ambulants se trouvaient face à moi, deux morts qui m’avaient entendu dans ma démarche pataude et lourde. J’avais eu un léger temps d’arrêt en les voyants, mais bien heureusement pour moi, cette prise de conscience de ces faits m’avait donné le loisir d’observer qu’un troisième cadavre se dirigeait vers moi, bien qu’il fût plus loin et manchot, il n’en restait pas moins une menace, mais surtout un obstacle.

La femme qui me faisait face était assez petite et en sale état, un état de décomposition avancé, chose qui aurait sans nul doute dû en dégouter plus d’un, mais pas moi étrangement. Je m’étais habitué aux horreurs de ce nouveau monde qu’était le nôtre. L’homme, lui, semblait plus récent, mais il était aussi bien plus grand. Je prenais une grande inspiration par le nez alors que mes mâchoires s’étaient resserrées. Je fulminais de rage, une rage qui se voulait générale, contre Ivy, Adam, cette forêt, ces cadavres, cette journée, ce monde. Je resserrais mes deux mains sur le manche de ma hache d’incendie, je me sentais prêt, et je l’étais. Est-ce que je n’aurai pas dû partir sur ma gauche, pour tenter de partir vers l’extérieur de la forêt tout en semant les cadavres ? C’était sans doute la situation que n’importe quel lâche aurait choisi, la fuite. Mais je n’étais pas un lâche, et j’étais loin d’être stupide. Partir pour fuir aux morts ne ferait que les attirer vers moi, vers mon objectif, et ils auraient tout le loisir d’inviter un grand nombre de leurs gens, chose que je ne souhaitais en aucun cas. De plus, j’aurai sans aucun doute fini par trébucher sur n’importe quel obstacle naturel ou non qui se trouvait dans cette enfer sylvestre. J’avais fait mon choix.

Je relâchais la pression de ma main droite sur le manche de ma hache pour ne la tenir plus que grâce à la force de ma main gauche qui se situait sous le fer de ma hache, le tenant fermement. Enfonçant ma main droite dans ma poche droite, j’en sortais le poignard de chasse que j’avais récupéré au campement quelques instants plus tôt. Agrippant ce même poignard au manche, cette arme qui m’était bien plus familière que la hache, je ne pouvais que me laisser bercer par cette aveugle confiance en mon être qui était dépourvu des conseils de ma conscience. Peut-être avait-elle vu que j’arrivais à me débrouiller sans elle ? Que ses conseils étaient appliqués ? J’étais ivre de rage et d’orgueil. Je n’allais pas laisser de si futiles obstacles me barrer la route, des obstacles qui m’avaient fait tout perdre, que ce soit ma familles, mes amis, ma vie, ou encore tout ce que j’avais réussi à accumuler. Je n’essayais pas de me contenir, la rage et la haine m’avaient sauvés la vie déjà, je ne les réfutais pas. Jamais.

Je m’avancerai vers le couple, mes armes dans mes mains, posant mon regard sur la femme dans premier temps. J’étais toujours galant malgré la naissance de cet infâme enfer qu’était notre monde. Je m’arrêterai à deux bons mètres du couple,  je lancerai ma hache de ma seule main gauche qui la maintenait sur le cadavre de cette femme qui s’avançait dangereusement vers moi, jetant mon arme le plus adroitement possible, pour que le fer de ma hache touche son visage, ou bien le manche, espérant la désorienter du mieux possible. Dès que j’aurai lancé ma hache sur cette femme, peu importe si j’avais réussi ou non, je dirigerai mon regard vers l’homme de grande taille qui n’était plus qu’un cadavre en sursis, tournant mon pied gauche qui se trouvait à l’arrière de mon corps, pour pouvoir le placer de façon perpendiculaire à mon corps avant d’élancer mon pied droit vers l’avant ainsi que tout mon corps, laissant mon bras droit plonger vers l’avant avec mon poignard dans la main dans le but de l’enfoncer dans sa tête. Que je réussisse ou non à le toucher, ou bien à le tuer, dès que mon élance aura atteint son maximum, je me reculerai pour prendre appui sur mon pied gauche pour venir reculer d’un pas avec mon pied droit que j’aurai mis derrière mon gauche.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 30 Mar - 23:44
Peu après ma remarque, et avant même d’avoir fait demi-tour, dans l’expectative d’une réponse de Jordan, qu’elle soit positive et négative, j’étais restée figée sur place, ne me contentant que de nombreux regards aussi flous qu’inefficaces dans de multiples directions, craignant de plus en plus de voir les rôdeurs qui chantaient alentours de nous tomber dessus. Problème, aucun mot, aucune syllabe bien humaine ne vint en réponse à mes suppliques de la part du jeune homme. Seuls les râles et grognements persistaient dans leurs macabres complaintes, et c’est d’un regard médusé, effarée, les yeux s’arrondissant comme des soucoupes que je vis Jordan poursuivre en forêt après m’avoir royalement ignoré.

Et si l’idée m’effleura l’espace d’une fraction de secondes de tenter de le rejoindre, l’attraper par le bras, le poignet, limite par les couilles, pour qu’il daigne bien entendre raison, elle s’effaça bien rapidement, balayée sans ménagement aucun par la trouille qui m’alourdissait les tripes. Et je le plantais là, au milieu de ces bois qui n’avaient rien de rassurant. Le chant des oiseaux et le calme reposant de la nature mon cul… Ça grouillait de morts-vivants là-dedans, et le souvenir de l’agonie, la fièvre, les délires… Non. Je ne voulais pas revivre ça. Je ne pouvais pas revivre ça. C’est ainsi que je fis demi-tour, progressant à travers les fourrées et les troncs dressés vers le Nord-Nord-Est, désireuse de quitter cette étendue de végétation dont je ne percevais que les reliefs mouvants sous le léger vent, trompant d’autant plus ma vue que mon ouïe. Des craquements de branches qui résonnaient depuis chaque recoin de verdure, des bruits de feuillages froissé, agités et au milieu de tout cela, les râles, toujours les râles, toujours plus nombreux.

Comme lorsque je m’étais retrouvée à ce carrefour, plongée en pleine jungle urbaine cette fois-ci, au beau milieu de cet embouteillage monstre et inanimé, poursuivie par des cinquantaines d’infectés vociférant leur voracité. Une autre jungle, les mêmes prédateurs. Je m’enfonçais au travers des bois, piétinant les buissons, les arbustes, les branches mortes qui n’en cessaient pas de craquer sous mes pas lourds et précipités. Je forçais sur mes prunelles pour tenter de distinguer chaque parcelle de terrain où finiraient par atterrir mes semelles, n’ayant guère besoin - ni l’usage - de mes mirettes pour connaître la bonne direction.

Plus j’avançais, et plus je m’empressais, poussée au cul par les morts, la trouille, le besoin d‘échapper à tout ça, retrouver la vision des grands espaces dégagés qui, s’ils ne m’offraient guère plus de netteté dans leur contemplation, ne s’en voulaient pas moins rassurants. Bien évidemment que je pensais aussi à Jordan, au fait que je l’abandonnais derrière moi, comme tant d’autres. J’avais beau eu me promettre, maintes fois, de ne plus agir de la sorte, c’était bien plus fort que moi. Un démon que je ne pouvais vaincre. Un démon qui ferait de Jordan son sacrifice sanglant.

Putain ! Mais qu’est-ce qu’il avait dans le crâne ce môme à s’entêter de la sorte, à poursuivre dans la mauvaise direction !? Qu’avait-il fait de ses promesses, ses engagements d’il y avait une heure de ça ? Encore un putain de connard de mec pas foutu de tenir une promesse, pas foutu d’assumer ses engagements. J’avais vraiment le chic pour placer ma confiance en quelqu’un. Des pensées rageantes et colériques qui me submergeaient avec violence, se nourrissant de douloureux souvenirs, de trahisons pires encore, de culpabilité à l’égard de Jordan. S’il venait lui aussi à disparaître… Par ma faute. Putain !

Je m’arrêtais quelques instants, dans un espace à peine plus dégagé que le reste, entourée d’une végétation plus dense et concentrique autour de ma position. Je portais mes noisettes vers le Sud, dans un regard nuancé de colère, d’amertume et d’espoir à l’égard du jeune homme, souhaitant le voir débouler d’entre les branchages au bout de quelques secondes, soudainement rappelé à la réalité précaire et dangereuse de notre situation. Mais non, rien.

Alors je repris ma marche vers la 350, tâchant tant bien que mal de me protéger le visage et dégager mon chemin des branches qui l’obstruaient. Griffant parfois mes avants-bras, mes joues, se prenant dans le tissu de mes vêtements ou les bretelles de mon sac à dos. Forçant mon passage au travers de buissons plus épais et épineux encore, logés entre deux arbres aux troncs massifs, je ne le sentis qu’au dernier moment, quand je le percutais de plein fouet.

Son odeur putrescente me prit le nez et la gorge avant même que mon regard ne puisse en distinguer la silhouette. Un rôdeur. Je venais de me fracasser le nez contre un infecté, ni plus ni moins. Moi qui cherchais absolument à les fuir, voilà que je leur tombais littéralement sur le coin du râble. Déséquilibrée, je chutais lourdement sur le cul, lâchant la caisse à outils dans des bruits de tintements métalliques multiples, un grognement rauque de surprise et de légère douleur quittant mes lèvres ; un grognement bien fade face à celui de mon agresseur morbide. Relevant mes prunelles sur la créature dont je ne parvenais pas à distinguer l’horreur de sa condition dégueulasse, je le vis se tourner vers moi, toujours debout, avant de s’affaler sur moi, ses deux bras tendus.

Instinctivement, mue par une panique intense et l’appréhension de me faire croquer à nouveau, j’avais battu des pieds et des mains pour reculer à même le sol, traînant mon séant dans les branches et les feuilles mortes qui me collaient aux paumes des mains. Mon cœur se mit à battre la chamade contre ma poitrine alors que l’épinéphrine se déversait dans mes veines. Pas suffisamment hélas. L’infecté empoignant l’une de mes chevilles, serrant ses doigts crochus et décharnés sur le tissu de mon jean - fort heureusement - tout en essayant de me croquer la guibolle dans une complainte rauque plus vorace encore.

Une poigne forte, incroyablement forte pour un être aussi décomposé, qui m’enserrant plus le cœur que la cheville par ailleurs. Puis je la sentis. La résolution ardente qui vint s’opposer à cette poigne, nourrie d’une profonde terreur de ne pas subir le même destin funeste à nouveau, les mêmes peines, les mêmes souffrance. Une rage de vivre, de ne pas mourir, de ne plus être la victime ni celle qui souffrait du besoin d’être constamment protégée. Cette brûlante détermination à ne plus être la cinquième roue du carrosse quand vient le temps de se battre, de survivre. Une rage flamboyante dans un âtre de ténèbres qui m’appelaient au travers de cette bouche grande ouverte et garnie de chicots noircis de sang.

Un seul et unique battement de cœur frappant à mes tympans et mes tempes, résonnant d’une lourde note gavée de basse, et d’un souffle métallique, désincarné. Un gouffre béant qui menaçait de me happer dans les prochaines secondes de ce temps pour l’instant suspendu à mes pensées rendues chaotiques. Je pouvais le sentir peser sur moi, ce regard vitreux dénué de toute émotion, toute empathie, qui me contemplait dans une délectation attentiste, curieuse de savoir si oui ou non j’allais finir par l’embrasser ; ou si mon hésitation à le faire causerait une nouvelle fois ma perte.

Oui. Mille fois oui.

La réponse s’était imposée à moi sans même que j’ai à y réfléchir, libérée du poids de toute hésitation,de toute compassion. Ma main droite s’était déjà portée sur le manche du couteau de cuisine glissé à ma ceinture, sa lame, sa garde, sa mitre, chacun de ses rivets. Je les ressentais sans même avoir besoin de les voir, vibrant dans le creux de ma main serrée. Mes noisettes fixant l’ovale abstrait qu’était le crâne de la créature, je me décidais enfin à goûter la saveur du fruit de mes entraînements quotidiens au sujet de mon don. J’avais tendu mon bras armé, puis relâché le couteau, polarisant  l’ensemble de ma peau d’une caresse grésillante et grisante en perturbant les lignes de flux des champs magnétiques qui m’entouraient, perdant le Nord - au sens littéral de l’expression - pour tenter d’envoyer la lame, pointe en avant, droit vers le crâne du rôdeur qui me maintenait toujours la cheville de sa forte poigne.

Adam West

Anonymous
Invité
Ven 1 Avr - 0:19
A proposition alléchante, une réaction immédiate. Cela devenait vraiment pathétique de voir à quel point ces monstres étaient prévisibles, aussi dangereux soient-ils, et à l'idée que c'était ces choses qui avaient mis en pièce le monde, on avait de quoi se poser des questions. Le nombre avait-il vraiment tout fait ? L'infection virulente s'était-elle suffit à elle-même face à une humanité qui n'avait pas su réagir ? Est-ce qu'il y avait eu autre chose pour que "ça" ai pu faire autant de dégâts malgré tous les moyens et toute la prétention des Etats-Unis ? La majorité de la population avait-elle vraiment été à ce point faiblarde et incapable de se battre contre ces choses ? Oui, il y avait de quoi se poser des questions.

Des questions qu'il ne se posa en revanche pas longtemps, car ces bêtes étaient dangereuses oui, seul un idiot doublé d'un menteur affirmerait le contraire, et ce qu'il devait faire tout de suite, c'était aller au bout de sa diversion en faisant tout ce qu'il fallait pour ne pas y rester. Les mangeurs de chair s'avançaient les uns après les autres en masse difforme et décomposée, en face et sur sa gauche, ils apparaissaient depuis la forêt comme s'ils avaient attendu le bon pigeon qui aurait la bêtise de s'en approcher pour pouvoir le croquer à l'abri des arbres. Il n'avait pas bougé de là où il était, observant avec dégoût ces choses le convoiter, comme une nana bien fichue vers qui des hommes un peu trop avenants se dirigeaient la bave aux lèvres avec une envie intense de la bouffer toute crue.
C'était une sensation vraiment désagréable, celle d'être convoité comme un bout de viande et lui qui dans toute sa masculinité et son physique de biker n'avait pas cru avant l'apocalypse que ça lui arriverait, c'était même plutôt lui qui se léchait les babines à la vue d'une jolie fille, aujourd'hui c'était quotidien, qu'il y en ai un ou cent à le convoiter, il y avait individuellement cette même hargne a vouloir planter ses dents dans sa chair. Sur le coup, il se promit d'être moins sans gêne avec la gente féminine, il fallait dire qu'être à la place des concernées forçait à terme à revoir son propre point de vue.

Ce qui comptait en l'occurrence, c'était donc de ne pas se faire choper, et à moins que certains de ces monstres se mettent à courir ou qu'il fasse un malaise gratuit et soudain, il avait toute la plaine ouverte derrière lui et aucun moyen de se faire coincer. Même avec sa charge et en trottinant, il devrait assez facilement les distancer sur la longueur. C'est pourquoi il attendit que les créatures venant depuis la forêt aient entamé le dénivelé avant de reculer sans leur tourner le dos, pas après pas, reprenant ses provocations en désignant la horde de la route de l'index.

« On se bouge les gars vous vous faites devancer par les croqueurs-forestiers. Qui va goûter le premier ? Qui va avoir droit au festin ? Contemplez l'étalage bande de salopes. » Poursuivit-il en beuglant le plus fort possible, appuyant sur sa voix afin d'attirer le maximum de morts-vivants vers lui qu'importe la direction. « Cuisse, mollet, biceps, trachée, une paire de grosses noix de cajou... il y en a pour toutes les préférences !! Venez ! Faites-vous plaisir avec Chez Adam's body, le restaurant plein air qui vous garanti cent pour cent de jouissance de chair en toute circonstance, les femmes en témoignent ! »

Il continuerait de reculer à mesure que les créatures avanceraient, gardant une douzaine de mètres entre elles et lui, ne s'arrêtant pas de les interpeller, les provoquer, bref, se foutre de leur gueule tant que rien ne viendra gêner son spectacle en regardant d'un coté et de l'autre, jetant tout de même un coup d'oeil dans son dos à un certain moment, sait on jamais. Manquait plus qu'il se fasse choper par un errant solitaire au milieu de cette grande plaine, ce serait con.

« Plus vite que ça les moutons crevés et on reste groupés ! Droit vers tonton ! Et on fait gaffe aussi de pas se casser la gueule sur un caillou !! C'est pas le jour de faire des strikes ! Je t'ai vu Charlotte, arrête de marcher de travers et remets ta jambe du bon coté ! »

Evènements

Anonymous
Invité
Ven 1 Avr - 19:58
Jordan avait fini par trouver ses adversaires, et au choix d'éviter le danger ou y faire face, il avait décidé de l'affronter. Les deux créatures, l'une décharnée et au corps chétif, l'autre grand et imposant, avancèrent rapidement sur les quelques mètres les séparant, en dépit de leur marche lente, du fait de la courte distance et tendirent déjà les bras en prévision du festin qui se présentait à eux. Le jeune homme passa la hache d'incendie à une main et prit son couteau dans l'autre, allant vers les deux monstres. Il lança la mêlée en projetant sa hache vers la femme, et si l'arme atteignit sa cible, le geste avait été trop maladroit et la taille comme le poids, encombrant pour permettre une réelle efficacité, si bien que l'arme frappa la mâchoire de la bête et explosa l'une de ses lèvres en la bousculant, mais pas assez fortement.

Elle bascula sans tomber de quelques pas sur le coté et n'en serait qu'à peine freinée, l'arme retombant au sol parmi quelques feuilles mortes. Sans s'arrêter dans sa lancée, il avait repris position avant de porter un coup de couteau vers la tête du monstre. Là encore le résultat ne fut pas celui espéré : celui qui fut un homme était grand, trop grand, même pour le mètre quatre-vingts deux de l'attaquant et les bras décharnés du monstre bousculèrent Jordan dans sa tentative, si bien que le couteau alla s'écraser dans son visage, broyant son nez et l'enfonçant dans sa face. Le rôdeur adopta alors un visage encore plus horrible et difforme, ce qui était plus dégoûtant à voir sur un corps en aussi bon état à l'origine mais il ne tombait pas, ni ne semblait souffrir du coup avec une indifférence inhumaine. Maintenant au contact, Jordan fut pris au piège, son couteau ayant du mal à se retirer, il n'eut pas le temps d'insister que les bras du mort l'agrippèrent au vêtement par les épaules et cherchèrent à remonter sur son cou alors qu'il venait faire pression de toute sa masse pour pencher le visage, n'ayant de volonté que d'enfoncer ses dents dans sa chair et la lui déchirer. La femme bousculée revenait à la charge, prête à se saisir du jeune homme et le troisième rôdeur, manchot, s'approchait toujours et n'était plus loin de rejoindre les deux autres pour le festin.

La situation était plus qu'alarmante, il était à la merci des créatures dévoreuses et n'aurait sans doute en tête que se protéger, ce qu'il aurait pu faire avant qu'il ne ressente comme... une impulsion. Elle parcourut son crâne, donnant l'effet d'un coup de jus après avoir eu l'imprudence de mettre les doigts dans une prise électrique à quoi s'ajoutaient les poignes désagréables du mort-vivant. Cela ne dura qu'une seconde, juste le temps de la ressentir d'instinct, ne l'identifiant pas plus qu'il ne pouvait la comprendre. Sortant de cette secousse neurale pour reprendre sa lucidité immédiate, Jordan pu alors être premier témoin d'un événement ô combien surprenant.

Les doigts crochus du monstre qui le tenait, perdirent soudainement de leur force, qui en fit des poignes très superflues et la pression qu'il exerçait sur le jeune homme, tombait jusqu'à la quasi-inexistence. Ce qui fut le plus frappant, c'était son visage : il avançait vers celui de Jordan, au ralenti, les dents jaunes et noires, poisseuses, en pleine vue et le regard encore plus vide qu'il ne l'était. Il aurait eu l'impression de le voir comme dans un film, en slow motion, son corps entier ne bougeant que très lentement, presque statufié. C'était parfaitement soudain et étrange, mais grâce à cela, Jordan avait l'occasion de se défaire de la prise du monstre, tout en accusant la brève migraine qui l'avait touché, et tenter de se défendre bien que ce combat s'annonçait difficile.

Loin de là, Ivy était elle-même aux prises d'un monstre qui s'agrippait à ses jambes et tirait dessus pour l'amener à lui, venant porter ses dents à sa cuisse en étant toujours plus proche d'elle, si bien qu'elle pouvait maintenant le distinguer presque clairement et dessiner le danger de ses dents et de ses mains. Mais entre-temps, s'étant munie de son couteau dans l'avancée du monstre, elle tendit le bras et l'arme fila à bout portant dans le crâne de la bête, s'enfonçant avec une force peu commune jusqu'à ressortir de l'autre coté. Un instant avant de refermer sa mâchoire sur sa cuisse, le coup mortel qui lui avait été porté, laissant le couteau de cuisine enfoncé au centre parfait de son crâne - ce qui demanderait beaucoup de force pour l'en retirer, anéantit ses prises et ses forces ainsi que son mouvement, le monstre restant immobile une seconde dans sa posture avant de s'effondrer inerte sur les jambes d'Ivy. Le danger était écarté, mais un autre menaçait d'apparaître à chaque seconde passée dans cette forêt bruyante.

De son coté, Adam continuait d'attirer la cinquantaine de morts-vivants qui se bousculaient, s'avançaient avec vigueur - tout de moins la vigueur dont leurs corps décharnés étaient capables, râlant, se plaignant, le fixant de leurs nombreux regards sans profondeur mais animés d'une même volonté de tuer, vouloir dévorer. Il reculait et dans son dos, il ne vit rien que l'étendue de terre et de sable vide, lui donnant bien des endroits vers lesquels fuir les morts, qui s'ils venaient à s'en approcher, le massacreraient assurément. Les mangeurs de la forêt, épars, ne tardèrent pas pour les plus éloignés à se mêler au groupe presque compact qui venaient de la route et bifurquaient dans la plaine. A la cinquantaine approchant, d'autres encore se découvraient depuis les ruines et se mêlaient à la lente traque engagée par leurs semblables.

Jordan Getz

Anonymous
Invité
Dim 3 Avr - 20:46
J'avais élancé mon bras gauche vers l'avant, en direction de cette femme qui ne souhaitait qu'une chose, me dévorer, tout comme tous les cadavres ambulants que je croisais depuis la fin. Ouvrant ma main gauche dans le but de lâcher ma hache pour qu'elle vienne heurter sa dépouille encore mouvante malgré son état avancé de décomposition. Cette même hache qui vint bel et bien heurter le visage de cette horreur animée, bien que mon geste avait été maladroit, manque d'habitude, d'agilité, mais surtout de ces souvenirs qui m'avaient construits. Ces souvenirs que j'avais accumulé tout au long de ma courte vie et que j'avais perdu lorsqu’elle s'était arrêtée, ce qui avait fait de moi ce que j'étais auparavant, d’aujourd’hui, j'étais quelqu'un d'autre. Un nouveau moi, un moi qui venait d'échouer à son but.

La hache avait certes touché le visage de la morte, mais pas comme je l'avais souhaité, le fer avait heurté sa mâchoire, ne faisant qu'arracher une petite partie de peau et de lèvre de cette abomination en pleine décomposition. Malheureusement, la progression de cette monstruosité n'avait quasiment point été ralentie par ce jet de hache, chose en laquelle j'avais placé un grand espoir mais qui s'était avéré inutile, pour ne pas dire qu'il avantageait clairement le camp de la Mort qui souhaitait sans doute prendre sa revanche suite à ma résurrection qu'elle avait du subir comme un affront au cœur de son incorrigible fatalité.

Malgré cet échec cuisant, j'avais reporté mon attention sur le second cadavre, qui était bien plus imposant, mais surtout plus proche de moi, ce qui me poussait à m'intéresser de plus près à lui, alors que je me mettais en garde, une position qui me permettrait de me replier de quelques centimètres pour éviter d'entrer en contact avec les contaminés, éviter de mourir encore une fois.Gardant ma main gauche libre dans le but de conserver au mieux mon équilibre qui était bien plus que précaire, équilibre qui auparavant, était certainement l'une de mes plus grandes fierté, alors qu'aujourd'hui, je ne n'atteignait même plus le niveau d'un gosse de douze ans. Je haïssais ce qu'il m'était arrivé. Perdre tout ce que j'étais, tout ce qui m'avait bâti, pour ne laisser qu'au final, une coquille vide de sens en ce bas monde.

J'élançais mon bras droit face à moi, en direction de cette nouvelle menace, en direction de cet homme, mort et relevé depuis bien moins longtemps que sa compagne à première vue. Lame à la main, j'envoyais mon poids sur mon pied droit que je venais d'avancer pour finir ma m'avancer au plus près de cet être cadavérique qu'était le résultat de la Mort sur l'Homme. Certainement quelque chose de mieux que ce que nous étions. Des coquilles vides étaient bien plus préférables à la grande majorité d'hommes, même si celles-ci ne voulaient que notre mort dans le but de se repaître de notre inhumanité.

Trop faible, trop court, trop petit. Est-ce que le problème venait de moi, ou bien parce que le cadavre face à moi était trop grand ? Je ne saurai sans doute jamais le dire, ce que je savais par contre, c'est que je n'avais pas eu le temps de me replier sur mon pied gauche à temps. J'avais du m'avancer un peu plus pour pouvoir toucher ce géant. M'avancer un peu plus rimait avec m'avancer trop, bien trop, il était bien plus grand que moi et avait plus d'allonge. Ses mains avaient frappés mes bras alors que j'avais lancé mon attaque, faisant dévier légèrement ma lame vers la gauche. Mon poignard qui rentra dans sa joue droite, remontant vers la gauche, restant sous sa peau sans jamais traverser son crâne. J'avais pu voir le bout de ma lame ressortir juste à la gauche de son nez pour venir y rentrer tout en arrachant le plus grosse partie de son nez tout en y restant planté.

Je venais d'échouer, encore une fois. J'étais totalement désarmé, impossible de retirer le couteau alors que les bras du mort venaient s'avancer le long de mes bras pour venir agripper au niveau des épaules, se saisissant de mes vêtements tout en remontant sur mon cou. J'étais complètement à leur merci. Ils étaient deux juste à mes côtés, et un troisième qui était en train d'avancer alors que je ne lui prêtais absolument aucune attention à ce moment-ci.

Je me sentais abandonné. Seul, que ce soit physiquement ou bien intérieurement, je n'avais plus rien à suivre comme ordres, j'étais le maître de moi même en cet instant. Je n'avais jamais été seul, jamais aussi seul. Mon être entier m'avoir abandonné dans cette forêt. Qu'avais-je fait de mal ? Je n'avais peut être pas suivi une de ses instructions ? Aurai-je du fuir ? Sans aucun doute. J'avais eu trop de confiance en moi, j'avais laissé l'orgueil prendre une trop grande part en moi, exactement comme la dernière fois. J'en étais mort, et cela allait recommencer. Je ne pouvais rien faire si ce n'était de poser mes mains sur les torse du cadavre pour tenter de le repousser, mais c'était déjà trop tard. Bien trop tard.

Ses dents étaient sur moi, quelques centimètres de mon visage. C'était à cet instant que j'avais compris que rien ne pouvais me sauver, à cet instant que la résignation de mourir avait pris place dans mon esprit. C'était assez étrange. Avant, les hommes voulaient se donner la mort car leur vie était vide, car ils n'avaient pas de but, car ils erraient dans un monde qui n'était pas le leur, car ils étaient trop intelligents pour vivre dans un monde qui n'était pas le leur, un monde où ils n’avaient qu'à se baisser pour ramasser ce qu'ils voulaient. C'était un monde facile et simple, un monde monotone, ennuyeux et malsain. Malsain car les hommes avaient construits eux même leur propre destin qui était de mourir après avoir reproduit le même schéma quotidien des milliers de fois, ces hommes qui avaient compris cela préféraient partir pour ne jamais revenir. Ces hommes qui souhaitaient se donner la mort car leur monde était trop simple, car ils n'avaient aucune préoccupation digne de ce nom, car ils étaient en paix. Mais aujourd’hui, tout cela avait changé. Nous vivions pour nous même, nous nous levions pour survivre encore et encore. L'homme voulait survivre face au danger qu'était la vie actuelle, l'intense survie qui nous était imposée quotidiennement.

Mais à cet instant, malgré mon esprit combatif, je savais que tout était terminé, que ma vie était terminée, définitivement. J'acceptais mon triste sort, j'aurai du écouter mon être qui m'avait dit que les obstacles étaient fait pour être passés, non pas pour être anéantis. Je m'en voulais à moi même, de mourir d'une telle façon, encore une fois, sur simple problème d'orgueil. Je resterai à jamais un esclave de la Faucheuse, moi qui pensait qu'une simple rébellion m'avait accordée l’immunité infinie. J'avais eu tort, j'avais eu tort sur toute la ligne. J'aurai du m'écouter, j'aurai du écouter Ivy, j'aurai du écouter Melody, j'aurai du continuer à éviter cette reine qu'était la Mort plutôt que de vouloir l'affronter de face, de vouloir lui cracher en pleine figure encore et encore, en l'attaquant de front, je n'avais fait que lui donner mes poignets dans le seul et unique but qu'elle me remette les fers pour je revienne à la place que je n'aurai jamais du quitter, celle de la fatalité de la vie, la Mort.

Cette sensation étrange et désagréable des poignes du rejeton des enfers sur mes épaules, poigne qui remontait vers mon cou, pour finalement s'ajouter à une décharge électrique qui s'installait dans mon crâne. Une sorte d'électrochoc, rien de trop violent, pas de grosse douleur, juste une seule sensation électrique qui précédait une sorte de dégagement des mains du monstre. La pression s'amenuisait, me laissant libre de m'enfuir alors que je voyais son hideux visage ouvert avec un couteau planté en plein milieu de sa face s'avancer vers moi de plus en plus lentement.

Le destin m'avait donné une autre chance, je n'allais pas lui cracher dessus comme je souhaitait le faire vis-à-vis de la reine de ce monde qu'était la Mort. Le petit esclave déchaîné que j'étais n'allait certainement pas rester ici à attendre de me faire rattraper par ces putrides cadavres. La femme semi décomposée était là elle aussi, s'approchant de moi de plus en plus, tout comme le manchot qui était quelques pas derrière.

C'était le moment, partir et vivre, ou rester pour mourir. Une légère douleur était apparue au niveau de ma tête, rien d'insurmontable alors que je me dégageais du cadavre gigantesque qui se trouvait sur moi, décalant sur ma droite afin de courir pour attraper ma hache le plus rapidement possible, bousculant la femme décomposée si elle s'était approchée de trop près ou encore le manchot s'il s'était amené à mes côtés. Une fois la hache en main, je courrai tout droit, en direction du camp, celle que m'avait indiqué Ivy, traversant la forêt en courant le plus vite possible, je ne m'arrêterai pas en forêt, uniquement sur la route ou au niveau du camp si je trouvais une arme ou bien quelque chose qui semblait intéressant pour le récupérer, mais uniquement si aucun danger n'était à proximité.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 4 Avr - 5:40
Le couteau “lancé”, je le vis se planter en plein dans le crâne du cadavre dans un craquement aussi bref que sinistre. L’espace d’une seconde, la créature se figea dans une vision d’horreur que je pouvais distinguer assez nettement, aussi certainement que mon propre souffle retenu. Son visage décomposé et massacré, ses lèvres inexistantes offrant à mon regard ses dents mises à nues, noircies par les restes de ses précédents repas. Ses yeux sans vie exorbités, aux iris sans âme, fixés sur le morceau de cuisse convoitée qu’elle s’apprêtait à mordre. Fugitivement, la question me traversa l’esprit de savoir comment des êtres aussi décharnés, semant leurs tripes, leurs chairs et leurs fluides derrière eux pouvaient paradoxalement préserver leurs chicots de toute chute. Déjà que j’avais du mal, par le passé, à mâcher un morceau de viande à peine saignant ; et ces reliquats d’êtres humains parvenaient à arracher de la chair crue, vive et palpitante, juste avec leurs dents, nichées dans des gencives décomposées qui n’avaient plus connu la fraîcheur Colgate depuis une pige ?

Mais qu’est-ce que c’étaient que ces questions à la con qui me venaient-là, à une bouchée d’être croquée à nouveau ? La tête du rôdeur s’effondra sur mes jambes, comme le reste de son corps soudainement privé de toute poigne, toute force et... vitalité ? Pouvait-on décemment appeler ça comme ça ? Je m’en moquais éperdument en lâchant un profond soupir de soulagement, espérant par celui-ci extérioriser la trouille qui m’avait gagné, et faire baisser les palpitations de mon cœur qui me paraissait vouloir jaillir hors de ma poitrine. Mes deux mains regagnèrent la surface des bois, mes doigts se plantant dans la terre moite alors que je m’efforçais de pousser sur mes jambes, me tortillant pour m’extraire du poids de ce cadavre.

Lorsqu’enfin je réussissais à me dégager du mort, je pus sentir toute la tension accumulée au cours de ces maigres instants se relâcher soudainement, la conscience de mon acte, de la réalité, de la mort que je venais de frôler une nouvelle me percutant de plein fouet, avec une violence inhabituelle. Une violence psychologique qui me coupa le souffle, me crispant le ventre à m’en arracher des larmes de douleur. Je serrais les dents en sentant l’étau d’une migraine fulgurante me broyer le crâne, quelques gouttes de sang fuyant de nouveau de mes narines alors que les champs magnétiques tout autour de moi se mettaient à danser dans une cohue assourdissante, me vrillant les tempes. Mon petit tour de passe-passe létal n’y était bien évidemment pas étranger. Dans ma crainte, mon geste, ma volonté de survivre et de tuer cette abomination, j’avais tout donné, sans m’imposer la moindre limite, le moindre contrôle.

J’avais tout lâché sur ce pauvre hère qui n’avait fait que succomber à l’infection, qui n’était coupable de n’être qu’une simple victime. Je savais, j’avais fini par comprendre, que je n’avais rien fait de mal, à simplement défendre ma vie au détriment de ce qui ne l’était de toute manière plus depuis longtemps. Je ne culpabilisais en rien d’avoir tué ce rôdeur, mais pour autant, je n’arrivais pas à le blâmer de s’en être pris à moi. Cela reviendrait à blâmer mes parents de m’avoir donné naissance dans un monde pareil, porteuse de gènes défectueux me rendant, myope, daltonienne, frêle, bref… inadaptée à survivre ainsi. Et de fait, cela reviendrait à blâmer tout et n’importe quoi autour de moi, et même ailleurs. Non… Revivre, revenir, recevoir ce don et l’utiliser pour survivre, l’utiliser à toutes fins que je saurais y trouver, qu’il saura m’accorder… comme tuer cette créature… Tout ça, ça devenait le cours normal des choses. Est-ce que ça ne l’avait pas toujours été, quelque part ?

Des pensées et des réflexions qui pilonnaient mon esprit assailli de tourments magnétiques en train de se réaligner dans leur configuration habituelle. J'avais pu le sentir, l’espace d’un instant, au moment où ma peau s’était mise à “vibrer” - je ne trouvais par d’autre mot plus approprié - j’étais devenue un pur aimant, un véritable pôle repoussant cette lame et réorientant les flux qui m’entouraient, devenant leur centre de convergence. Je le savais déjà. Je l’avais expérimenté à plusieurs reprises lors de mes petits entraînements quotidiens. Petits oui, car à aucun moment je n’avais poussé ma curiosité à chercher le plein potentiel de ce don, tester les limites, trop craintive de provoquer douleurs et désastres autour de moi. Après tout, j’étais entourée d’engins de mort et de destruction dans cette baraque… Des couteaux et des flingues, sans compter les appareils métalliques, l’électroménager, les batteries de cuisine ; rien que les câblages dissimulés sous le placo des murs ou le faux-plafond. Jusqu’où pouvais-je aller ? Jusqu’où pouvait s’étendre le sceau de la mort que je portais désormais ? Je devais le découvrir, pousser les limites, mais pas ici, ni maintenant, ni même une fois rentrée à la maison… Trop de risques, pour tout le monde…

Je finis par me forcer à m’arracher à mes pensées, me massant les tempes de ma main gauche dans une grimace en sentant la constance magnétique revenir autour de moi, retrouvant le Nord et ce grésillement familier. Difficilement, les membres toujours tremblants, je me relevais laborieusement en proie à un épuisement aussi intense que soudain. Titubant maladroitement sur ce sol irrégulier, semé de nombreux débris végétaux, je m’avançais jusqu’au corps pourrissant, reposant un genou à terre à son côté pour le faire basculer sur le dos, puis me saisir à deux mains du manche du couteau enfoncé jusqu’à la mitre dans le crâne de la créature.

Tirant de toutes mes maigres forces sur l’arme blanche, je ne parvenais à l’arracher à son carcan osseux qu’au terme d’un effort me faisant basculer en arrière lorsque la lame s’extirpa sèchement. Lâchant un bref juron, je débarrassais la lame de ses résidus organiques et collants contre le tissu du pantalon du rôdeur avant de la remettre en place à ma ceinture. Ramassant la caisse à outils lâchée dans ma chute, je finis par reprendre ma progression, à un rythme moins soutenu, moins paniqué, mais pas plus aisé, ma main libre se portant à mon nez pissant toujours le sang.

Reprenant mon cap initial, toujours vers le Nord-Nord-Est au milieu de ces bois, j’avançais au milieu des fourrés et de la végétation dense en espérant ne plus tarder à rejoindre la langue de bitume qu’était la 350 et sa vue panoramique bien plus dégagée. Il me fallait toujours tenter de rejoindre le campement Jefferson, essayer de voir de mes propres yeux ce qu’Adam comptait - ou avait pu - faire durant notre tentative désastreuse de contournement.

Quant à Jordan… Putain… j’en avais aucune idée. Mon cœur n’avait de cesse d’osciller entre l’inquiétude et la colère suite à son comportement qui se voulait tout sauf raisonnable, et encore moins réfléchi d’après moi. Les râles des rôdeurs ne cessaient de retentir, m’accablant toujours un peu plus de leur résonance glauque. Des cris qui m’emplissaient le cœur d’une crainte oppressante, à l’emmener aux bords des lèvres, car si je n’avais plus vraiment la crainte de la mort désormais dénudée de son irrévocabilité, je ne désirais pas perdre Samuel, perdre mon groupe à nouveau, ces bribes de confort qui se voulaient aussi précaires que précieuses.

Les raisons que j’avais eues de laisser Jordan en arrière étaient certes nombreuses, justifiées, car après tout, il avait fait son choix de s’entêter dans cette folie, manquer à sa parole, ses promesses. Quelque part, je le trouvais au moins aussi égoïste que moi d’agir ainsi, tout risquer pour un simple camping-car - celui de Melody en plus. J’avais perdu la vie une fois en m’entêtant de la même manière, pour un sachet de cordes d’arbalètes, avec l’espoir d’apaiser des tensions, prouver que je pouvais être utile, faire le premier pas. Les actes et les conséquences avaient cependant connu une issue bien différente des intentions, des prétentions. Je ne referais pas la même erreur deux fois. J’aurais été profondément idiote sinon, et je ne l’étais pas. Je ne l’étais plus. Ni stupide, ni désarmée.

Continuant d’avancer dans la direction que je m’étais fixée, j’avais repris le couteau de ma main gauche dès que mon nez eut cessé de saigner. La violente migraine avait fini par se dissiper, peu-à-peu, au fil des secondes écoulées. Aussi fulgurante qu’elle s’était manifestée. J’ignorais si c’était simplement le manque d’habitude qui provoquait cela, ou si au contraire, se servir de mon don finirait par avoir de désastreuses conséquences sur ma santé, aussi bien physique que mentale. Après tout, je n’avais ni rêvé, ni imaginé ce sentiment de puissance, cette arrogance qui m’avait saisi au moment où je m’ouvrais à lui. Étais-je mentalement si faible au point de laisser ce don m’aveugler et me contrôler ? Au point d’en être l’esclave plutôt que de le maîtriser ? Putain… J’étais gravement paumée. Tout semblait si énorme et insignifiant à la fois…

Cherchant mon chemin au-travers des bois, avec simplement l’objet de mes réflexions pour me guider très justement, je cherchais surtout à retrouver le chemin de mes pensées, une branche à laquelle me raccrocher qui ne serait pas faite de bois, qui n’aurait rien à voir avec un arbre, une forêt, une dense jungle emplie de rôdeurs et de menaces dont je ne percevais rien. Non. Samuel. Elizabeth. James. Eux, chacun d’eux… Ils étaient mes branches, mes corniches escarpées qui m’empêchaient de sombrer ; ma raison d’être et de devenir meilleure, de passer du statut de revenante à celui de survivante.

Je devais m’en sortir, pour moi, pour eux, les retrouver et me retrouver. Quitter ce dédale forestier, le labyrinthe de mes pensées. Ainsi brûlante de cet ardent désir, je poursuivais mon chemin au-travers de ses bois, mue par un instinct et un sens qui échappaient encore à ma compréhension, tâchant de prêter l’oreille aux râles rauques qui m’entouraient et me persécutaient, me laissant craindre à chaque pas une nouvelle mauvaise rencontre, à peine rassurée par le fait que je savais désormais quoi faire, et comment le faire. Ce n’était qu’une question de volonté après tout ; et qu’elle soit bonne ou mauvaise, je me savais ne pas en être dénuée.

Adam West

Anonymous
Invité
Mer 6 Avr - 19:17
Ces monstres avançaient, aussi bêtes que persévérants, ils se foutaient pas mal d'être lents et traînards, ils se moquaient bien de ce qui pouvait manquer à leurs carcasses ou du fait bien commun de la chair qui se décompose, les transformant peu à peu en merdier sur pattes. Non, ces choses là se foutaient de tout ça et fallait dire que c'est ce qui donnait le plus les chocottes avec les morts-vivants, il y avait ni pensée ni doute, pas de réflexion, pas de complexe, pas d'attente ou d'obligation sociale, pas de bon vouloir ou de peur, pas de danger. Leur caboche se résumait à trois fonctions : marcher, bouffer et grogner, et pour cela ils pouvaient se permettre de poursuivre une cible indéfiniment sans se fatiguer. Vraiment, il y avait pas de quoi avoir les boules à tous les niveaux ?

« C'est ça tas de fumiers. » Crachait Adam en se retournant.

Maintenant qu'il était sûr d'être suivi pas bien assez de mange-burnes pour que les ruines soient en bonne partie libérées si ce n'est totalement, et même s'il devait rester quelques morts sur place, ils auront bien intérêt à se démerder par eux-même pour la suite car il en faisait déjà bien plus qu'il ne devrait, lui qui au fond se moquait aussi bien des deux loustics que de ce qui pouvait se trouver dans ces ruines, plus encore depuis qu'il avait déniché un petit pactole. Il avait toujours le Tomahawk - et quel Tomahawk - dans la main droite fermement tenu, ainsi que l'arc dans l'autre mais lui il s'en fichait plus ou moins. Les arcs et les arbalètes, ce n'était pas des armes attirantes pour lui. Lentes à utiliser, avares en munitions, très peu puissantes et bien peu sûres au résultat pour des besoins excessifs en maîtrise et en gestuelle de pétasse, c'était vraiment l'arme du pauvre, ou à la limite du paumé resté coincé au moyen-âge, à croire qu'une arme de jet de cette gueule pouvait faire la différence aujourd'hui.

Dans ce domaine rien ne valait un bon flingue. Que ce soit un fusil à pompe, une mitrailleuse, un bon gros revolver. Plus c'était volumineux, plus ça gueulait, plus ça pétait dans tous les sens et plus il était content. Certains diront que ce n'est pas la taille qui compte, mais ce que l'on en fait ; voilà une phrase de perdant fondée sur le simple souhait de se rassurer un peu de sa misère. Arme à feu, lame, arme contondante, équipement anatomique... plus c'était gros, plus ça faisait sensation et la différent était bien là, ce pourquoi les hommes préféraient les grosses armes instinctivement et les femmes aimaient les gros engins bien en chair. On pouvait se mentir à ce sujet, un tueur avec une grosse arme concrètement balèze surpassait largement un tueur avec un petit flingue tout moisi. Quant à la variable du tueur au boulet, ça c'était une autre histoire qui n'avait rien à voir. Cependant ce qu'Adam préférait par-dessus tout c'était les armes blanches, celles qui nécessitaient la force des bras et qui étaient bien plus spectaculaires quand le moment de défoncer des crânes était venu.

Assurément la raison pour laquelle il s'était tourné vers un métier de boucher, celui de pouvoir mettre des coups de feuille pour fendre une tête de porc ou de dégénéré en deux, de prélever la viande en laissant l'os à blanc, proprement et avec style, le genre d'accomplissement qui faisait plaisir à l’ego et montrait à quel point avoir du répondant au corps à corps était plus flippant et imposant que d'appuyer sur une détente en sursautant à chaque coup de feu qui ferait tout le boulot. N'importe quel connard pouvait utiliser une arme à feu, un gamin de six ans buterait facilement son père et ses vingt ans de carrière dans le SWAT par accident. Alors qu'utiliser une arme blanche ne laissait pas de place à l'accident ou au hasard, les coups se portaient, se voulaient, se réfléchissaient - pas toujours dans ce dernier cas c'est vrai, l'impulsivité marchait bien aussi mais là on évoque l'instinct pur et dur qui n'a pas de rival.

Quoi qu'il en soit, l'on craignait par nature beaucoup plus facilement un homme tenant un couteau dans les mains qu'un homme avec un flingue, parce qu'une lame pénétrait, s'insinuait et violait l'intimité, soumettait et les souffrances que l'on pouvait infliger avec une arme blanche étaient infinies. Tuer avec un flingue était bref, direct, sans effort ni terreur, mais tuer avec une arme blanche...
Il s'égarait dans quelques pensées funestes et désirées, pressé de pouvoir en découdre avec ses nouveaux joujoux sur quelqu'un, n'importe qui, ça avait progressivement commencé à le démanger depuis la veille et ça ne s'estomperait sûrement pas de si tôt, pas tant qu'il n'avait pas trouvé le moyen de se libérer de ses pulsions les plus animales. La mort ne l'avait pas débarrassé de ce qu'il était, une preuve que s'il était bien mort, il n'avait pas séjourné au paradis durant la transition. Il jetait des regards réguliers dans son dos, constatant à mesure d'une marche rapide pour mettre un peu plus de distance que les rôdeurs étaient toujours là, par dizaines.

« Continuez, courez moi après comme des limaces, vous êtes pas prêtes de m'avoir. Allez !! » Hurla t-il d'un coup en se retournant, tendant les bras de chaque coté de lui. « Continuez de suivre la cadence !! Et vous avez intérêt à vous activer bande d'abrutis décérébrés ! Parce que moi je me casse. »

Il avait terminé plus tranquillement en tournant les talons à nouveau, prenant un bon souffle avant de s'élancer en petite course, se dirigeant droit vers le sud-est pour y orienter les rôdeurs sur une bonne distance. Il continuerait à courir en petites foulées, faisant suivre sa respiration sans forcer ni sur celle-ci, ni sur ses jambes. Il reprendrait une marche vive mais reposante toutes les trois minutes, pendant trente secondes, comme il l'avait apprit au sport, et reprendrait sa course ensuite.

Nul doute qu'il finira la journée épuisé avec le matos qu'il trimbalait, car autant dire qu'il n'avait plus la même forme physique, mais son but n'était pas d'aller très vite dès le début, il visait à creuser la distance sur la longueur, ce qui lui permettrait de ne pas se flinguer la santé comme un con tout en attirant les bêtes le plus longtemps possible. Quand il aura mit une suffisamment grande distance entre elles et lui au point de ne plus les voir qu'au loin, soit d'ici une bonne vingtaine de minutes d'une estimation à vue de pif et sortie du cul, il pourrait revenir vers le Secteur A pour rejoindre le camp. Vu qu'il était situé en bord de plaine et le chemin court qu'ils avaient pris dans l'absolu, il ne devrait guère avoir de mal à s'y retrouver. Il serait crevé, en sueur, un peu saoulé sur les bords mais satisfait d'avoir accompli sa besogne du jour.

Et là encore, il ne se préoccuperait pas vraiment des deux gamins restés en arrière. Le reste sera leur problème.

Evènements

Anonymous
Invité
Mer 6 Avr - 19:59
Adam poursuivra sa diversion pour ensuite mettre de la distance. Il ne faudra pas moins de vingt cinq minutes pour mettre suffisamment de distance afin de revenir en direction du camp en toute sécurité. Du moins ne rencontrera t-il pas de gêne jusqu'à bon port.

Parallèlement, et bien avant qu'Adam n'aboutisse à tout cela, Ivy avait réussi à récupérer son arme et se dirigeait à travers les bois en s'aidant de son don, ce qui ne l'empêchait pas de se faire érafler par quelques branchages et gêner par la végétation épaisse des lieux avant qu'elle ne retrouve un coin de forêt plus éparse annonçant la sortie proche. Enfin et malgré quelques faibles râles et bruits de feuillages de parts et d'autres par moments, elle finira par sortir de la forêt sans avoir été de nouveau agressée, pour reposer sur l'herbe unique proche du dénivelé de la route. Il lui faudra le temps de reprendre son souffle, pour constater qu'il n'y avait personne autour d'elle, ou presque : vers sa droite, à bien cinquante mètres de distance, un rôdeur avançait vers le sud-est assez hâtivement, attiré par quelque chose ou quelqu'un et finit par disparaître de ses yeux puisqu'il était surélevé par la route qu'il quittait probablement.

Jordan, lui, profitait de l'état de ralentissement de son agresseur géant pour se défaire et tenter de s'enfuir : d'office il fut stopper par la femme sans vie qui venait lui tomber dessus, devant la contourner en passant à gauche du grand rôdeur qui retrouva soudain une vitesse normale, frôlant le jeune homme qui couru de plus belle vers la hache, la ramassant au passage et devant repartir aussitôt tandis que le rôdeur sans un bras arrivait vers lui. Il courut à travers les bois, devant se fier plus à son instinct qu'à une vrai orientation. Si au début, il perçut quelques râles et bruits de feuillage dans sa course, cela s'estompa très vite et au bout d'un moment, il n'entendait plus rien de particulier. Au final, il finit par déboucher sur une parcelle de forêt plus éparse annonçant la sortie proche. Il finira par sortir de la forêt pour retrouver l'herbe unique proche du dénivelé de la route. Il lui faudra le temps de reprendre son souffle, pour constater qu'il n'y avait personne autour de lui, ou presque : à sa gauche, à environ vingt mètres, deux rôdeurs avançaient vers le sud-est assez hâtivement, attirés par quelque chose ou quelqu'un et finissant par disparaître de ses yeux puisqu'ils étaient surélevés par la route qu'ils quittaient assurément.


Eléments scénaristiques:
 

Jordan Getz

Anonymous
Invité
Mer 6 Avr - 23:08
Je n'avais plus qu'une seule envie, partir, ne pas laisser cette seule chance perdue, inutile. Je ne savais pas combien de temps allait durer ce phénomène, je n'en savais absolument rien, mais je m'en moquais. Il était ralenti, je n'avais plus d'armes, et il me restait quelque chose à accomplir, quelque chose à prouver, aux autres, mais aussi à moi-même. Surtout à moi-même. Je ne pouvais pas rivaliser avec ce groupe de cadavres, je ne laissais pas passer ma chance d'avoir pu rester en vie, encore une fois. Me décalant sur la droite pour partir le plus rapidement possible, cela ne restait qu'une idée passagère lorsque je vis la femme cadavérique juste en face de moi. M'obligeant à contourner le cadavre gigantesque qui commençait à retrouver sa vitesse normale, me frôlant de justesse, je piquais un sprint en direction de ma hache en me baissant légèrement sans pour autant m'arrêter afin de l'attraper en pleine course.

Encore à un cheveu, c'était à ça que tenais ma vie désormais, à un cheveu, encore et encore. Quelle était la chance pour que je relève après cette première morsure ? Quelle était cette chance pour que je me réveille dans cette ferme ? Quelle était la chance pour que cette balle ne fasse que m'effleurer ? Très peu. Infime. Ma vie n'était plus qu'une successions de probabilités quasi-nulles qui se réalisaient à chaque fois pour me permettre de rester debout. Encore et encore. Devrai-je faire plus attention ? Être bien plus prudent ? Ou au contraire forcer le destin et ma chance ? J'allais forcer le destin mais aussi ma chance. J'aurai du perdre cette vie, et je n'arrivais plus à me sentir fragile malgré tout ce qui s'était passé, malgré tout ce qui venait de se passer. Je n'avais plus qu'une seule envie, me défier, défier la Reine, défier ce monde, encore et encore.

J'avais ma hache à la main, arme que je maintenais comme à mon habitude, le poing fermé à la base du fer, ce qui avait pour but de faciliter au mieux mes déplacements plus que rapides en cette enfer sylvestre qui m'était totalement étranger. Je ne faisais que courir alors que j'avais échappé de justesse à la mort, encore une fois. Je n'entendais plus rien, je sprintais au plus vite de mon possible, slalomant entre les différents arbres qui se trouvaient ici ou là, posant ma main gauche en bas du manche pour pouvoir maintenir au mieux ma hache alors que je sautais au dessus d'une trop grosse branche pour lui marcher dessus. Sans encombre se déroulait cette rapide course alors que la forêt devenait de moins en moins opaque, me laissant le loisir de penser que j'arrivais enfin à la fin.

Le ciel se découvrait enfin à mes yeux, finissant ma course, soufflant comme un bœuf, je pouvais observer notre ancien campement juste devant moi, l'entrée à quelques dizaines de mètres sur ma gauche, tout comme deux cadavres ambulants qui disparurent de mon champ de vision. Quoi qu'il en était, je me mettrai à courir de plus belle après avoir repris mon souffle, direction le camping-car dans le campement. Si jamais je trouvais une ou plusieurs armes au sol, je les attraperai s'il n'y avait aucun risque. Mais quoi qu'il en était, je piquerai un sprint en direction du camping-car pour m'installer à l'intérieur et le démarrer. Et même si jamais du mal à conduire ce genre d'engin, j’essaierai de sortir du campement et de mon positionner sur la route avec.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 7 Avr - 17:11
Continuant toujours à suivre mon sixième sens, le rythme de mes pas oscillait entre la marche rapide et la course à faible allure, mes souffles toujours plus rapides, anarchiques, les poumons comme les jambes, brûlants. La végétation m’entourant se voulait cependant de plus en plus clairsemée, s’ouvrant à peu plus de lumière filtrant depuis les cieux, rendant les ombres plus affirmées et les couleurs plus vives. Puis je débouchais enfin hors de la lisière, distinguant la large langue bitumée de la 350 sans la voir clairement, car au terme de ma course, j’avais manqué de peu de me vautrer dans la petite ravine herbeuse qui bordait la route.

Me rattrapant de justesse, je me laissais finalement tomber sur celle-ci, libérant mes mains et m’allongeant à plat ventre, en appui sur mes coudes, mon front suant se posant contre l’herbe sèche alors que je cherchais à retrouver mon souffle, haletant. Il me fallut de nombreuses minutes pour parvenir à me remettre de cette course forestière et de mes émotions du moment. A peine sortie des bois, j’avais fais taire mon don grésillant, me soulageant d’autant plus l’esprit et les idées.

Quelques minutes au bout desquelles je me laissais basculer sur le dos, les bras en croix, profitant pleinement de ces instants de repos qui ne pouvaient s’éterniser. Je poussais un long soupir, les yeux rivés sur la voûte céleste et son bleu si intense. Un azur qui n’était pas sans me rappeler les prunelles de mon Canadien, et qui fit naître chez moi un besoin viscéral de retrouver ses bras et sa présence rassurante, après avoir frôlé de peu la mort une nouvelle fois. Je voulais m’isoler de ce monde, ses dangers et ses monstres sans âme, m’évader auprès de lui dans une tendre étreinte.

Un désir qui finit par me pousser à me redresser, lentement en lançant des regards soudainement inquiets aux alentours. Quelle inconsciente j’étais de me laisser ainsi aller au beau milieu de nulle part, un rôdeur pouvant aisément me tomber sur le coin du râble à chaque instant, bien que leurs grognements s’eussent éloignés, puis enfin tus. Je ramassais mes affaires, la caisse à outils et le couteau de cuisine avant de m’extraire du dénivelé, ne percevant qu’au loin la silhouette abstraite et isolée d’un rôdeur. Notre ancien campement se voulait désormais assez proche, mais je n’avais plus rien ni personne à mes côtés. Jordan avait gardé les clés du camping-car sur lui et, incapable de percevoir la situation du camp de mes propres yeux, je renonçais purement et simplement à m’y aventurer.

L’absence de clé n’était même pas le problème à vrai dire. Démarrer un véhicule aux fils, j’avais appris à le faire à quatorze ans. Non, le véritable problème était le manque de certitudes et d’informations. Était-il en état de rouler ? Possédait-il du carburant ? Combien de rôdeurs se trouvaient encore dans le camp ? Sinon, si je me retrouvais encerclée de multiples cadavres ambulants avec l’impossibilité d’ouvrir l’engin, m’isoler d’eux, ect, ect… Non mais allez vous faire foutre. J’allais pas risquer de crever encore et toujours pour des conneries pareilles.

C’est pourquoi je me décidais de simplement repartir vers le secteur A et notre campement, bien désireuse de retrouver les bras de mon Canadien, et simplement croiser les doigts pour que les deux autres énervés partis avec moi se démerdent de rentrer sains et saufs eux aussi. J’avais beau vouloir me fustiger de les avoir laissé derrière, partir dans leur coin, je ne pouvais m’empêcher de rejeter la faute sur eux. Face à des infectés trop nombreux, on se contentait de fuir la menace, pas d’aller chatouiller une créature qui ne redoutait rien, et qu’il était impossible de raisonner.

Le couteau fermement tenu dans ma main gauche, prêt à servir si le moindre rôdeur me tombait dessus sans que je ne puisse le fuir, j’avais traversé la plaine de nouveau, observant les alentours abstraits avec une très forte appréhension, le soleil de plomb cognant sur mes habits sombres et moites de sueur, que même la fraîcheur du vent n’arrivait pas à adoucir. Durant ce trajet, calme et solitaire, je n’avais de cesse de ressasser les derniers évènements, ne pouvant m’empêcher de ressentir une réelle rancune à l’égard de Jordan et sa promesse rompue. Bien rapidement, je me montais le bourrichon, de manière déraisonnable et délirante à nouveau. Le jeune homme avait trahi la confiance que j’avais mise en lui au départ, me laissant frôler la mort. Une mort à laquelle je n’avais pu échapper que de justesse grâce à l’évolution de mon don. Une évolution probablement liée à mon second trépas.

Et s’il avait voulu me piéger ? Et si tout ça, toutes ces nouvelles têtes ne se voulaient en réalité pas si nouvelles que ça ? Le jeune homme était revenu à la ferme de Nelson, la ferme où logeaient Clark et Ricky, la ferme où Calvin, voulait les conduire… Et si tout n’était que de fausses apparences, une tromperie si grande qu’elle en paraissait impossible à croire ? De nouveau, je sentais cette vicieuse folie intangible venir se confronter et se mêler à ma raison, mes pensées, dans un maelstrom à la limite de la paranoïa qui remettait en cause l’existence et la sincérité de tout et de chacun.

Je m’arrêtais en cours de route auprès d’un arbre isolé dans la plaine, aux branchages dénudés. Je me mettais à trembler, les jambes en coton alors que mon esprit comme mon souffle s’emballaient d’autant plus sous l’afflux de ces pensées démentielles. Pliée en avant, je déposais les outils qui m’encombraient les mains pour venir plaquer ces dernières sur mes genoux. Ma respiration était chaotique, mon cœur battait la chamade, mes prunelles noisettes parcourant le sol poussiéreux sur lequel je traçais des lignes mentales, que je semblais suivre du regard, reliant des points aussi invisibles qu’intangibles de souvenirs, de propos ; d’instants et d’individus.

L’embuscade à l’école, l’isolement de Samuel, la disparition de Matthew, la décision et la mort de Calvin, tous ces survivants, ces ressuscités, qui venaient, qui disparaissaient. Mark qui me trouvait, m’emmenait puis ma propre mort dans cette ruelle, mon réveil dans ce caveau, le doute insidieux du Libérateur qui m’empoisonnait l’esprit, ses hommes et femmes qui avaient tué Harvey, Wolf et Melina, le sauvetage miraculeux du Vagabond, la présence de Matthew avec lui, l’attaque du camp, l’enlèvement de Melody, sa réapparition miraculeuse au nouveau camp, ce qu’elle savait, ce que lui avait révélé son mystérieux sauveteur sans nom et sans visage…

Des pensées, des connections mentales, plus ou moins farfelues, me faisant douter de tout et de rien, où chaque petit incident, chaque mot, finissait par trouver une justification, une raison d’être parfaitement adéquate, un engrenage parfaitement bien logé dans les rouages de cette mécanique ; tout un construction mentale qui me fit blêmir, me rendant nauséeuse en me comprimant les tripes. Je dégueulais soudainement tout ce malaise, les larmes au bord des yeux alors que restait littéralement scotchée sur place, tremblante, secouée, cette crise de confiance, de paranoïa me rendant complètement malade.

Je dus m’adosser contre le tronc de cet arbre, les jambes repliées devant moi, mes bras posés sur le sommet de mes genoux alors que je cherchais de nouveau mon souffle, aspirant l’air frais à grandes goulées pour tenter de chasser ce malaise poignant et pernicieux et les sueurs froides qui l’accompagnaient. Je fermais les yeux, plaquais mes mains sur mes oreilles, pressant mon crâne entre mes doigts en grimaçant d’effort, serrant les dents en ne cessant de me demander ce qui m’arrivait, priant un je-ne-savais-quoi de supérieur de m’apporter des réponses et dissiper mes doutes. J’essayais de me convaincre qu’il n’y avait rien de tout cela, que ce n’était qu’un enchaînement de coïncidences malheureuses, de simples divagations de mon esprit ; sans y parvenir. Non, il y avait quelque chose là-dessous, bien enfoui sous la surface, c’était obligé. Les choses n’arrivaient pas par hasard, pas une échelle aussi restreinte et localisée.

Le nom de Matthew revenait à chaque fois, en trame de fond et véritable fil rouge. Le campement de Matthew, les hommes de Matthew, l’expédition de Matthew, la disparition et le retour de Matthew… Cet enculé était vivant, libre. Il accompagnait le Vagabond mais ne se manifestait pas à nous, restait à l’écart. Il avait été le prisonnier du Marchand et avait pourtant su où envoyer son ami Vagabond me trouverait, il avait su pour l’attaque de son propre campement. Tout comme Melody fut enlevée par un inconnu le soir de l’attaque, pour revenir plus tard, dans ce nouveau campement dont elle ne connaissait pourtant pas l’emplacement puisqu’elle n’était pas là quand nous avions fuis. Qui le savait ? Quel était le dénominateur commun dans tout ça ? Le Vagabond, et son pote Matthew par extension…

L’inconnu de Melody n’en était pas un. Pas du tout. J’en étais persuadée. Elle qui ne faisait confiance à personne, pourquoi aurait-elle gobé les histoires de “seconde résurrection” d’un parfait inconnu sans nom et sans visage ? Peut-être parce que ce n’était pas un inconnu, qu’il avait un visage et un nom, qu’il avait une légitimité déjà bien solide. Matthew. Alors pourquoi nous le cachait-elle ? Pourquoi mentir à son sujet ? Était-elle aussi une traître ? Comme Calvin, Ricky, Clark et Matthew ? Jusqu’où la présence et l’influence du Libérateur pouvaient-elle s’étendre et gangrener notre groupe ?

J’avais besoin de réponses, immensément besoin de démêler tout ça au clair au risque de devenir complètement folle, totalement démente et m’en prendre à tous, sans distinction, avec la crainte perpétuelle de ne plus pouvoir faire confiance à aucun d’entre eux. Voire de m’en prendre à eux. Il fallait que je trouve le moyen de me rendre à la ferme de Nelson, trouver Ricky et Clark, parler avec eux, les confronter à mes soupçons et obtenir d’eux des réponses, n’importe quoi qui puisse calmer ces crises d’angoisse psychotiques.

Il me fallut ainsi de nombreuses minutes pour retrouver un semblant de calme. Un calme trouvant sa source dans cette volonté nouvelle de tirer les choses au clair, intimement persuadée d’avoir mis le doigt sur quelque chose de grand et d’effrayant, sûrement aussi dément que l’avait été cette crise folle qui n’avait pu s’apaiser qu’en désignant un coupable en la personne de Matthew. Ce n’est qu’avec la certitude et l’objectif de lui mettre la main dessus que j’avais réussi à me reprendre, pour enfin regagner le campement au bout de plusieurs dizaines de minutes d’une marche lente, aussi accablée que déterminée.
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