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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

De simples retrouvailles - 22/02/35
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 7 Mar - 20:05
Interprété par Samuel Freeman et Ivy Lockhart.

Quelques heures s’étaient écoulées depuis ma confrontation verbale avec Melody. Quelques heures durant lesquelles j’avais tâché d’éviter de ressasser - avec plus ou moins de succès - la teneur de nos propos avec l’objectif de calmer la colère et la rancune tenaces qui avaient monté en moi. Piétinant dans les couloirs, allant du salon vers la salle de bain, de la salle de bain vers le débarras, du débarras vers ma chambre, j’avais ainsi piétiné et tourné en rond un long moment avant de réussir à refocaliser l’ensemble de mes pensées sur le travail que je m’étais imposé : ramener un minimum de confort au sein de la maison qui devenait chaque jour un peu plus notre nouveau foyer.

Finalement, récupérant une caisse à outil, quelques stylos et marqueurs, mon cahier et du papier en vrac pour ce que je pouvais en trouver, j’avais fini par rejoindre le petit bâtiment qui bordait le flanc Est de la propriété, allant m’isoler du reste des survivants. J’espérais bien pouvoir travailler plus tranquillement, sans que quelqu’un ne vienne encore m’emmerder avec mes déboires de résurrection.

Le petit bâtiment, dans lequel je n’avais jamais foutu les pieds avant ce jour, s’avérait être une espèce d’ancienne écurie recyclée en je ne savais trop quoi. Peut être un atelier ou un appentis, à moins qu’il ne s’agissait là que d’une structure fourre-merdier comme aurait pu l’être un hangar placé à l’écart de la propriété. Quoi qu’il en était, je trouvais finalement mon bonheur dans le fond de ce petit bâtiment à la structure certes basique, mais dont le bois ne présentait pas de trace de pourriture. Au moins se caractérisait-il d’une étanchéité relativement correcte, bien que cela restait à confirmer par un jour de pluie. Cependant, je ressentais une certaine aisance à me retrouver dans ce genre de local extérieur, qui n’était pas sans me rappeler mon propre bout de hangar que m’avait cédé mon paternel dans le fin fond de la cour de son garage. Une familiarité aux relents de mélancolie malgré tout.

La stalle du fond se voulait équipée de ce qui ressemblait à un bout d’établi ou de plan de travail, à savoir un morceau de planche posé en travers de deux tréteaux, et qui pourrait faire office de bureau ou d’établi, le temps de pouvoir aménager ça de manière plus opérationnelle. Sur le mur du fond, un râtelier précaire permettant de suspendre des outils au bout de quelques clous rouillés. En bref, c’était pas du luxe, mais c’était mieux que tout ce que l’on avait pu avoir jusqu’à présent dans notre précédent campement.

Avec patience et une certaine minutie, j’avais déplacé le bric-à-brac complètement inutile qui se trouvait entreposé sur le bout d’établi pour le dégager complètement, fourrant le tout sous la planche entre les tréteaux afin que rien ne soit perdu, mais surtout afin que ça ne me gêne pas. J’y avais ensuite déposé la caisse à outils que je commençais à vider, alignant les outils les uns à côtés des autres de manière rectiligne, dans une sorte de parodie de rituel maniaque, selon leur type, leur taille, leur fonction, ainsi que le cahier, les quelques feuilles de papier et les stylos.

Une bonne demie-heure plus tard, je me retrouvais penchée sur l’établi, mon visage soutenu par mon bras gauche accoudé, la main droite à gribouiller de nouvelles notes et récapituler les anciennes sur le cahier ouvert sous mes yeux. Sans réellement m’en rendre compte, je me laissais emporter par le fil de mes réflexions, ressentant un profond soulagement dans ma concentration, mes mesures et mes calculs, à retrouver à force d’exercices quelques habitudes à manier chiffres et formules mathématiques ; ainsi qu’une légère frustration à voir encore bon nombre de mes précédents acquis, que je savais manipuler avec une aisance presque automatique dans ma première existence - celle qui ne souffrait pas de la crainte constante d’être bouffée vivante - fuir mes souvenirs et ma mémoire. Et pourtant, je pouvais les sentir, à la fois si proches et pourtant inatteignable, comme lorsque l’on se retrouve à avoir un mot sur le bout de la langue, et toute la frustration que cette impression suscite.

Et de fil en aiguille, le Soleil finit par dépasser son zénith bien allègrement - probablement jusqu’à la moitié de l’après-midi - alors que j’avais souillé de nombreuses pages de croquis réduits dans un premier temps, consommant rapidement  les quelques feuilles de papier pour finalement arracher et sacrifier les pages encore vierges du cahier. Utilisant les clous du râtelier, j’avais piqué sur ceux-ci la petite dizaine de feuilles qui, assemblées les unes aux autres, formaient un motif bien plus large, et surtout plus propre de mes premiers plans ‘techniques’. Une concentration telle que je n’avais plus réellement prêté attention à ce qui pouvait bien se passer de l’autre côté des planches du petit bâtiment, totalement absorbée et lovée dans ce qui m’apparaissait comme ma zone de confort, familière et rassurante.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mer 9 Mar - 15:46
une grande poignées de cacahuètes grillées, voila à quoi s'était résumé le déjeuner du glorieux chef de camp qui ne voulait pas immédiatement entamer ce que Wallace leur avait amené la veille. Tout son barda sur le dos, il avait passé un certain temps à rôder autour du camp, en observant les alentours pendant qu'il rognait les graines une à une, avec lenteur. Les yeux également cernés par le manque de sommeil de ces derniers jours, il se laissait un peu aller à repenser à l'ancien camp avec nostalgie.

La plaine à l'Ouest avait été plusieurs fois le signal de la délivrance, quitter ce secteur pourri, ses maisons espacées, ses zombies éparpillés et ses bandits bien tapis. La plaine était la dernière étape avant de pouvoir se reposer dans la tente... Sa tente, il avait tout perdu, ses "souvenirs", ses "trophées", sa petite intimité tant appréciée, à l'écart des autres tentes.

Et malgré tout cela, il se sentait bien. Tout ce changement lui faisait le même effet que lorsqu'il s'était déraciné du Canada. Emporté au Texas par cette proposition d'emploi si alléchante, contraint de tout laisser derrière lui sans savoir si il pourrait un jour récupérer quoi que ce soit de cette ancienne vie. Ce camp au secteur A, c'était bel et bien son appartement à Harlingen, son petit job de cadre, ses premières magouilles de contrebandier en col blanc, les prémices de terribles et très excitantes embûches.

Comme onze ans auparavant, des gens plaçaient leur futur entre ses mains pendant que d'autres cherchaient à l'utiliser ou le détruire avant qu'il ne devienne "invincible". Si il avait put passer au travers des gangs, des mafias, des hommes de lois et des opportunistes, pour sûr qu'il avait ses chances ici aussi.

Quoi qu'il en soit, après avoir tranquillement rêvassé pendant un temps indéfini, se retrouvant même à soupirer et ricaner dans son coin, comme si il arrivait à se raconter des blagues à lui-même, tantôt spirituelles, tantôt moins, il arriva sur la route, suivi au pas de Snatch qui préférait visiblement Samuel à tous ces inconnus mêlés aux têtes qu'il connaissait à peine. Côté Ouest, les mains dans les poches, il s'en retourna vers le camp, se rapprochant ainsi du garage et le dépassant en jetant un bref coup d’œil.

Alors sur le point de se diriger vers la caravane pour essayer de réfléchir à quelque chose d'utile, le fougueux animal, en bien meilleure forme physique que lui, lui lança un aboiement amical, attirant l'attention de son pote l'humain sur le petit bâtiment qui lui avait servi d'abri pendant Dieu sait combien de mois avant que l'ex-manager ne puisse conquérir sa confiance.

Si ce dernier avait été calme et paisible jusque là, se rapprocher de ce coin du camp ne pouvait l'empêcher de se souvenir de tout ce qu'il s'y était passé, des choses encore trop fraîches dans son esprit pour que le négatif ne se soit estompées. Le lendemain de leur arrivée, il avait put déléguer le dégagement des corps, s'épargner en partie de devoir faire face... Mais aujourd'hui, Snatch en arrivait à gratter la porte, il était redevenu trop costaud pour son entrée dérobée, et il voulait retrouver son chez lui... Ce pourquoi le camp portait son nom, même si c'était Samuel qui l'avait affublé de ce même nom.

Snatch, celui qui arrache, celui qui saisis, celui qui dérobe... Les bras, les zombies, le funeste destin de son maitre. Un compagnon qui s'était rangé à ses côtés par amour, sinon, pour quelle raison le canidé lui aurait-il sauvé la vie, deux fois ? Samuel aurait été bien en peine de lui refuser un retour bien mérité dans son antre d'où lui et Melody l'avait dérangé lors de leur première rencontre.

Ainsi, se sentant l'esprit allégé de se focaliser sur son ami et non sur les horreurs qu'il avait découvert là, le canadien poussa doucement la porte pour l'y laisser entrer et le suivre d'un pas mesuré, poussant un long soupire avant de refermer derrière lui. Ainsi, dans la pénombre, c'est bel et bien le chien qui détecta Ivy en premier, et bien avant son maitre qui, focalisé sur ses propres démons, ne prêta pas suffisamment attention à son attitude pourtant équivoque.

Finalement accroupi, le regard dans le vide, caressant la bête lentement, il s'aventura à lâcher un murmure dans l'air :


"De quoi aurais-je eu l'air ? Allongé dans la poussière. Un gamin à moitié à poil en train de me mettre en charpie. Le grand Samuel Freeman, terrassé par les dents de lait d'un zombie... Heureusement, le gardien de mon existence a de grandes crocs."

Il termina par un petit rire nerveux et renifla bruyamment, tapotant le flanc de Snatch avant de se redresser.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 9 Mar - 23:48
Continuant de tracer lignes et symboles sur une feuille de papier, il avait fallu quelques instants aux bruits de grattements contre le bois de la porte séparant l’intérieur de l’extérieur pour parvenir à se frayer un chemin jusqu’à mon attention focalisée sur mes plans rudimentaires. Cessant d’écrire avant de relever le nez de sur ma feuille, je portais l’extrémité de mon stylo à un coin de mes lèvres, coinçant celui entre mes dents avant de me masser les paupières de mes deux mains et pousser un long soupir de soulagement à cesser de forcer ainsi sur mes yeux fatigués.

Dans un maugrément curieux et interrogatif, je tournais mon regard en direction des portes puis faisait volte-face afin d’aller plaquer mon épaule gauche contre la poutre de soutènement montant du sol vers le petit plancher situé au-dessus de ma tête, penchant la tête en guettant l’identité de celui qui poussait la porte.

Je plissais mes paupières sur mes noisettes légèrement éblouies car accommodées à la pénombre ambiante au moment où la porte laissait pénétrer une raie de lumière assez intense malgré que l’entrée soit orientée plein Nord. Un chien - le chien en fait - molosse en devenir, précédant de quelques secondes l’entrée de son maître dans le petit bâtiment. L’animal se figea au bout de quelques mètres, au milieu du bâtiment, semblant me fixer et attendre après Samuel. Pour ma part, je me contentais de rester figée, légèrement à l’abri derrière la poutre à observer le canidé, ne sachant comment l’animal qui ne me connaissait guère allait réagir face à moi. Avec une appréhension certaine et justifiée, j’amenais ma main droite se plaquer sur mon avant-bras gauche, à l’endroit où se trouvait ma morsure nécrosée, craignant que le Am’Staff puisse en sentir l’odeur ou un je-ne-savais-quoi olfactif qui aurait pu le pousser à me prendre pour l’une de ces créatures.

Quant à son maître, subissant très probablement l’effet d’accoutumance à la pénombre - à l’inverse de mon éblouissement donc - il ne semblait pas m’avoir remarqué, ou n’en montrait rien si tel était le cas. Sans reconnaître son visage, il ne m’était cependant pas difficile de distinguer l’allure et la silhouette du Canadien, et encore plus le timbre de sa voix soliloquant dans un murmure dont je ne parvenais pas à saisir les mots. Néanmoins, la présence de Samuel me rassura quant au comportement imprévisible de son compagnon canidé, me poussant finalement à m’avancer vers lui.

Décollant mon épaule de contre le pilier en bois et surgir pleinement dans le champ de vision du Canadien, j’avais fini par croiser mes bras devant mon abdomen, dans le but de faire passer mon appréhension pour une posture tout à fait banale, quoique légèrement renfermée. Je m’arrêtais après avoir fait quelques pas dans leur direction, laissant ainsi une distance de quelques mètres entre l’animal et moi - sait-on jamais… - puis manifestais finalement ma présence d’un léger raclement de gorge quelque peu forcé et appuyé au moment où lui-même se redressait.

Hors de question pour moi d’engager la conversation d’un simple salut gêné ou un tant soit peu sympathique à l’égard de Samuel alors que je ressentais de nouveau mes émotions reprendre le pas sur ma concentration, chassant les dernières réflexions et pensées dirigées jusqu’à lors vers mes travaux. De l’amertume, de la colère, de l’incompréhension qui, déjà bien alimentées par ma dispute matinale avec Melody, s’en trouvaient d’autant plus nourries par la présence du chef de camp, au point d’en susciter un profond malaise.

Je me sentais véritablement déchirée entre ces émotions et sentiments contradictoires. L’affection que je ressentais pour Samuel, les mots qu’il avait eus l’autre soir, l’espérance que j’avais nourrie de le revoir, le soulagement et le réconfort d’avoir retrouvé ses bras, sa présence ; contre le sentiment d’abandon et de désintéressement qui avait suivi depuis que nous étions ici. Cette mise à l’écart et cet éloignement, malgré les nécessités de mettre les choses en place, les obligations de se retrouver à la tête d’une situation précaire et d’un groupe fortement amoindri, accueillir de nouveaux revenus d’entre les morts, que je ne parvenais pas à comprendre, projetant même mes vieux démons et déboires sentimentaux sur la situation actuelle, sans parler de ce que le Vagabond avait bien pu raconter à Samuel à propos de moi, de ma responsabilité dans l’attaque.

Ainsi figée dans mon appréhension et ma posture, je gardais mon visage fermé, mâchouillant nerveusement le cul du stylo entre mes dents, en posant un regard assez dur et légèrement méfiant, entre craintes et reproches, sur Samuel.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Dim 13 Mar - 18:42
En entendant le raclement de gorge, tel un animal pris par surprise, son pied droit parti en arrière alors que sa main gauche, elle, avait commencé à s'en aller entre son pare-balle et son sac. Cependant, aussi vite qu'il avait réagis, il se reprit, retrouvant sa position initiale sans s'être saisi de son revolver.

Observant Ivy sans lui-même avoir le cran de prendre la parole, pris au dépourvu au mauvais endroit avec la mauvaise personne, c'est son jeune animal qui s'exprima le premier, grognant légèrement tout en reculant vers la sortie. Sans même s'en rendre compte, Samuel rebondit immédiatement sur cet évènement somme toute inattendu pour enfin lâcher quelques mots :


"Snatch, du calme. Veux-tu bien rester ici, tu la connais pourtant."

Cependant, rien n'y faisait. Le canidé conservant le même niveau d'avertissement, il alla même jusqu'à aboyer, à l'adresse du canadien cette fois, lorsqu'il buta contre la porte qui avait été refermée. De son côté, le jeune homme demeurait désappointé devant ce comportement proprement anormal, ce qu'il tâcha d'ailleurs de communiquer à Ivy en tâchant de se faire aussi rassurant que possible.

"Excuse moi, d'habitude, il est bien timide mais pas au point de se montrer si facilement menaçant. Que- Qu'est ce qu'il y a, tu veux sortir après m'avoir tanné pour entrer ?!"

Lui-même semblait avoir du mal à le croire, comme si une fracture s'était faite entre eux deux. Mais fort est de constater, après quelques autres aboiements qui ne ressemblaient plus du tout à une simple tentative d'attention, que l'animal avait bel et bien l'envie, sinon le besoin, de sortir du petit bâtiment et remettre de la distance entre lui et la jeune femme. Ainsi, Samuel finit par se détourner de cette dernière, allant vers l'entrée pour l'ouvrir et laisser Snatch continuer son manège pour seulement se taire lorsqu'il put se poser au sol. A nouveau, calme, timide, attentif, le chien semblait à nouveau lui-même et cela, Samuel n'aurait put le louper.

Ainsi, en se retournant vers la petite intello, lui-même bien éloigné d'elle puisque demeuré près de la porte, il parut assez soucieux :


"Est-ce que ça va ? Tu l'as bousculé ces dernier jours, marché sur la patte ? C'est la première fois que je le voit faire ça. Enfin sauf..."

Avec les zombies qui avait finalement pénétrés l'enceinte du camp Jefferson. Mais était-ce le bon moment de sauter l'enquête pour aller immédiatement à des conclusions qui n'avaient ni queue ni tête ?

"Avec le Vagabond, il lui fait a peu près le même cinéma mais c'est normal puisque je fait pareil."

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 14 Mar - 22:30
Si la réaction initiale de Samuel ne me surprit guère, certifiant l’hypothèse qu’il ne m’avait effectivement pas remarqué en entrant, celle de son compagnon canin ne manqua pas de le faire. D’un geste de crainte, j’avais reculé d’un simple pas et crispé mes doigts sur mes bras, plantant mes ongles dans le tissu de ma chemise. Mes noisettes ne se détachèrent pas du jeune Snatch que Samuel tentait à la fois de calmer et de comprendre. Légèrement secouée et le teint blêmissant, j’avais observé avec un certain étonnement, suivi d’un profond soulagement, le chien finalement être rendu au monde extérieur par son maître et se calmer enfin. Jamais je n’avais vu un chien se montrer menaçant ou craintif à mon égard, puisque de mémoire, j’avais toujours eu une certaine affection pour eux. Du moins jusqu’à maintenant.

Un soulagement que je manifestais en lâchant un bref soupir, avant de reporter une nouvelle fois mon attention sur le Canadien qui paraissait aussi étonné que moi, voire même soucieux dans son ton, de la réaction du Am’Staff. Pour première réponse, je lui accordais un unique hochement de tête, bien peu assuré et trahissant la fébrilité qui venait de me gagner. En l’espace de quelques secondes, il n’y avait plus eu ni rancoeur ni affection à l’égard de Samuel, juste une crainte brutale et vivace de voir son animal s’en prendre à moi. Et pourtant, en sentant la portion de peau nécrosée qui frottait contre le tissu de ma manche, contre mon avant-bras sain, je ne pouvais pas prétendre que j’ignorais les raisons de la méfiance du chien.

“Ouais… Ça va…” avais-je finalement glissé à l’homme, d’une voix faussement rassurante après avoir ôté le stylo d’entre mes lèvres. “Et… et non. Je ne l’ai pas approché depuis qu’on est là. Je préfère garder une... distance raisonnable... avec ce qui est susceptible de me mordre,” tentai-je de plaisanter maladroitement pour dissimuler mon malaise.

“Mais je crois… qu’il réagit un peu comme tout le monde, à se méfier du vagabond… et des infectés.” Mon visage se referma légèrement à l’évocation de l’homme-sans-nom et des rôdeurs, tandis que je portais un regard bien plus interrogatif et soupçonneux sur le chef de notre campement. “D’ailleurs, je suis curieuse de savoir ce que tu peux bien en penser, toi. De la réaction de ton chien, ou de la présence de cet inconnu parmi nous, ou bien de ce qu’il a pu te raconter pour que tu en viennes à m’éviter pendant des jours...” Au fil des syllabes, mon ton s’était voulu de plus en plus réprobateur, scindé entre la rancœur et l’incompréhension de son comportement.

“Tout ce temps… ces jours… à agoniser avec juste… juste… à m’accrocher avec juste...” Ma voix tremblait, ma respiration s’emballant en inspirations aussi chaotiques que le déferlement d’émotions contradictoires qui, s’entremêlant de souvenirs insupportables, me submergeaient de nouveau. “...l’espoir… complètement insensé… de te revoir…”

Presque par automatisme, j’avais fait quelques pas dans sa direction, prenant bien moins garde aux réactions potentielles de Snatch pour uniquement focaliser mon attention sur Samuel, posant sur la silhouette de l’homme un regard humide, nuancé de colère et de détresse. Finalement, je m’étais arrêtée à moins de trois mètres de lui, le corps tendu et tremblant, mes deux poings serrés au point d’en faire blanchir les jointures de mes phalanges.

“C’est comme… C’est comme ça que tu aimes ? Pourquoi ?” avais-je fini par lui demander dans un semi-reproche à l’intonation brisée d’incompréhension.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mar 15 Mar - 20:25
A dire vrai, Samuel aurait bien aimé que cette conversation se tienne ailleurs, dans une chambre par exemple, aussi calme que ce petit bâtiment, un tantinet plus chaude, avec la possibilité de se poser pour discuter calmement. A contrario, l'endroit demeurait rêvé pour une conversation intime puisque même avec la porte ouverte, leurs voix n'auraient que difficilement filtrée jusqu'à d'autres survivants, à moins qu'il ne se complaisent à se tenir sous le regard méfiant du jeune chien.

Ce dernier demeura d'ailleurs assez calme tout le long de discours d'Ivy, se contentant de rester couché, la tête haute et le regard vif, sans émettre le moindre avertissement. Bref, à priori, tant que le maitre n'aurait pas l'air en danger, il se contenterait bien de juste se maintenir à distance.

Le canadien, de son côté, préserva son air soucieux qui mua même à une certaine inquiétude en voyant la jeune femme déverser tout ce qu'elle avait contenue en elle depuis de trop nombreux jours. Malgré cette attitude inquiète, il demeura bien droit sur ses jambes, statique et silencieux, et ce jusqu'à ce qu'elle ne lui pose une vrai question.

D'un bref mouvement, il baissa la tête, glissant un coin de lèvre entre ses dents avant de le relâcher et regarder Ivy dans les yeux. Il ne pouvait pas lui servir de belles paroles ni sa simple bonne humeur, pas plus que reporter cette conversation difficile et encore moins la jouer totalement franc-jeu... Aussi, voila pourquoi il parut mal à l'aise, hésitant :


"Ivy... Je suis pas- Enfin, ce sale type ne m'as rien dit. Je dors peu, je mange peu, je patrouille beaucoup autour du camp... J'ai manqué de temps, pour tout, même pour le plus important..."

Doucement, son poing gauche vint heurter sa cuisse. Dans le même temps, malgré le fait que cela demeure discret, il avait commencé à déporter son poids sur sa jambe droite. Malgré son frugal repas, il se sentais toujours aussi affamé et, en cet instant, manquait carrément de mots pour pouvoir s'expliquer sans avoir à passer le reste de l'après-midi à discuter ici.

"Écoute. Je ne suis pas ce genre de mec. Ce soir là, j'étais désarmé. L'attaque, la Horde, le chaos... Plus rien n'existait par ce que je devais te dire ce que je t'ai dis. Mais la vie continue, pour nous tous. Si je n'avais été qu'un porte-flingue beau-parleur sous les ordres de Melody, crois moi bien que j'aurais pris le temps de discuter avec toi, cesser de faire des siestes sur le divan sur le salon...

Mais..."


Il paraissait vraiment désolé, gêné, alors qu'à contrario, s'exprimer paraissait lui faire retrouver une certaines assurances, faisant graduellement disparaitre les signes de malaise au profit des seules émotions qui transparaissait par sa voix et son visage.

"Tu n'es pas la seule à en avoir après moi. Tu as raison... De réclamer cette attention et, jamais je ne dirais le contraire, tu la mérites, plus que n'importe qui ici. On ne mérite pas cette vie mais je dois m'assurer qu'elle s'améliore et ne se termine pas.

Ivy... J'ai passé toute une semaine à me morfondre après ce putain de jour, j'ai été tenté de tuer Mark quand il m'a dit ce qu'il s'était passé et, sans Melody, je ne sais pas combien de temps il m'aurait fallut pour reprendre pied... Ou me faire descendre par la personne qui voudrait prendre ma place. Aujourd'hui, je ne peux plus être inconstant dans mon rôle, un rôle qui m'occupe beaucoup car notre situation est plus que mauvaise.

Comme je te l'ai dit, je ne suis pas le genre de type qui vit ses émotions librement, à la face des autres. Et... C'est bien simple, à la réflexion, je n'aurais surement pas put te parler aussi honnêtement si nous ne nous étions pas trouvés ici. Il fut un temps ou mon job m'a couté une personne que j'aimais et j'ai bien compris que ce n'était pas bon, mais aujourd'hui, faire mon job, ce n'est plus ramener assez d'argent pour des vacances dans les îles, c'est m'assurer que tu ne disparaisses plus jamais."


Il paraissait sincère, mais cela ne l'empêcha pas d'avoir quelques pointes de colère lui faisant un peu grincer des dents à l'évocation de son passé sentimental, suivi ensuite d'un début d'orgueil mal placé laissant un peu trop transparaitre certains sous-entendus, comme si ce désir de protection envers la petite intello est ou avait put être, à un moment ou un autre, considéré comme un besoin égoïste ou une obligation.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 16 Mar - 22:33
A mesure que Samuel parlait, se confiait à moi, j’avais peu à peu senti mon aigreur et mes rancœurs se calmer, l’affection que je ressentais pour lui parvenant à se frayer une petite place au sein de mes émotions plus négatives. Et pourtant, si je me sentais de plus en plus idiote et coupable de l’accabler de la sorte, j’avais du mal à me détacher de cet égocentrisme qui me consumait et me caractérisait. En tant que fille unique, j’avais toujours été au centre de l’attention, et réclamer cette attention de la part des autres serait très certainement un défaut dont je ne me déferai jamais. C’était regrettable, surtout dans cette situation où je me rendais parfaitement compte que Samuel avait eu toutes les raisons du monde à ne pas venir me trouver plus tôt ; mais je ne pouvais m’empêcher d’en ressentir une rancune tenace, qui entrait en conflit avec l’empathie et la compassion que ses confidences suscitaient.

Néanmoins, je me trouvais très légèrement rassurée de savoir que son comportement n’avait rien à voir avec ce qu’aurait pu lui dire le vagabond à mon propos, ni avec moi. Et pourtant, je redoutais réellement d’aborder le sujet avec lui, là où ça ne m’avait posé aucun problème de le faire avec Jordan, Melody, ou même avec le vagabond qui pourtant devait en savoir bien assez ; alors que paradoxalement, c’était vis-à-vis du Canadien que j’éprouvais le désir d’être la plus honnête possible. Ma réaction en était d’ailleurs la preuve, tout injuste et aisé cela pouvait-il paraître de faire preuve d’honnêteté dans les reproches que je lui adressais alors qu’il méritait très clairement, plus que quiconque, la vérité pleine et entière.

Desserrant les poings et relâchant quelque peu la tension qui me tenait, j’envoyais ma main gauche gratter et masser le sommet et l’arrière de mon crâne en secouant légèrement la tête, poussant un long soupir d’affliction. Les doigts de mon autre main quant à eux jouaient nerveusement avec le stylo, trahissant toute ma nervosité de l’instant. Je ne savais sur quel pied danser, ni comment prendre les mots, les explications, les excuses et les motivations de Samuel. Entendre ses déboires affectifs, le voir s’ouvrir sur ses erreurs passées, ses intentions présentes et ses projets futurs ; tout cela ne m’aidait en rien à trancher le problème de mes sentiments diamétralement opposés. Je savais que la bonne réaction à avoir se trouver nécessairement dans la compassion, la conciliation, d’autant que je l’avais, par ma trahison, placé dans cette situation en porte-à-faux exigeante, à devoir jouer les funambules sur le fil d’un rasoir bien trop affûter pour être le fardeau d’un homme seul.

Ainsi, laissant finalement glisser ma main gauche de l’arrière de mon crâne pour venir passer sur mon front, jusqu’à masser mes paupières closes et pincer l’arête de mon nez, je prenais une longue et profonde inspiration, me mordant la lèvre inférieure dans une grimace désabusée teintée de regrets. Puis, je faisais quelques pas plutôt lents dans sa direction, déglutissant une dernière fois en me reprenant, posant mes noisettes sur son visage aux traits de plus en plus nets. Et plus ma proximité s’amenuisait, plus je pouvais distinguer sur lui les marques de fatigue qui donnaient crédit à ses propos. Il me paraissait exténué de la précarité de notre situation, ce qui ne fit que donner plus de corps à ma culpabilité, achevant de faire pencher ma balance sentimentale du côté affectif, et bien que la colère continuait de me dominer, elle ne se voulait plus constituée de la même teneur, ni nourrie des mêmes raisons.

“Putain Sam…” avais-je soupiré d’une voix plus basse, exaspération, compassion, portées par un fond de colère rendant mon ton plus dur que je ne l’avais voulu. “Regarde-toi… T’as l’air crevé… et c’est pas ton rôle de crever pour nous. Tu peux pas endosser toutes les responsabilités et... assumer toutes les fonctions et… et… merde…” Je lâchais un nouveau soupir en secouant la tête, mon regard glissant vers le sol avant de revenir sur lui, mouillé de nouvelles larmes alors que la culpabilité me submergeait de plus en plus intensément.

“L’attaque de l’autre soir, c’est de ma faute…” avais-je fini par confier d’un ton réellement minable, à la hauteur de ce que j’éprouvais contre moi-même. “Quand… quand j’ai demandé à Mark de m’abandonner dans cette ruelle, je n’étais plus qu’une… qu’un poids mort… J’crevais de faim, de soif, de fièvre et… et de douleur.” Je déglutis une nouvelle fois, mon corps se mettant à trembler, comme frissonnant, alors que je repassais en boucle mes derniers instants, et ceux qui avaient suivi. “J’voulais que ça s’arrête et… et…” D’un geste sec, je fis claquer les doigts de ma main gauche pour illustrer la suite de mon propos. “Et j’me suis réveillée… dans une espèce de cave ou de crypte sombre… attachée et bâillonnée… entourée… entourée de… putain… c’étaient des os humains ! Des dizaines… tous… tous carbonisés et… et à moitié enfouis dans leurs cendres.”

Mon visage avait dû prendre une teinte livide, mon front probablement luisant sous les gouttelettes de sueur froide que je sentais perler. Je baissais de nouveau mes noisettes vers le sol, croisant de nouveau mes bras contre ma poitrine. Je balbutiais plus que je ne parlais, m’efforçant de décrire ce qu’il m’était arrivé juste parce que mon interlocuteur était Samuel.

“Et ce type s’est pointé… J’ai… J’ai cru que j’étais en enfer… le véritable enfer. Ce… ce mec… Il a embrasé sa main… Sans souffrance ni rien du tout… Juste comme ça… Sa main cramait et c’était genre normal… et il a commencé à parler… à m’expliquer ce qu’il en était vraiment… que… que… que j’étais revenue… encore une fois… comme s’il savait que j’allais revenir… Puis il m’a dit qu’il était comme nous… C’était un ressuscité lui aussi… Revenu plus d’une fois… comme moi… Et c’est là que… Putain j’dois te paraître complètement tarée…” m’interrompis-je dans un soupir faussement amusé, en secouant la tête après avoir esquissé un sourire en coin d’incrédulité, me rendant moi-même compte de l’énormité de ce que j’étais en train de débiter.

“Enfin, c’est là que j’ai compris que c’était vrai… J’veux dire…. Sérieusement… Personne de sensé n’irait ligoter un cadavre non ? C’était forcément la vérité. Et c’est là… qu’il m’a demandé… de… de... tout lui dire sur nous… sur le campement… sur nos défenses… combien on était… Au début… Je comprenais pas…. Ils étaient venus pour tuer Calvin… Donc il le savait très bien non ?”


J’avais posé cette question au canadien comme si j’avais cherché une confirmation de sa part, le ton plein d’une espérance que je ne sortais de je ne savais où, comme pour essayer de le convaincre de je ne savais quoi, marquant une interruption de quelques secondes avant de reprendre.

“Et puis… J’avais aucune idée du temps qui était passé… ni même d’où j’me trouvais… J’me demandais si ça avait fait comme la première fois chez Nelson. Des mois entiers… des centaines de miles… Ça… ça n’avait aucun sens… Et puis y’avait le déménagement de prévu… Donc j’en savais strictement rien… Mais ça lui a pas plu… alors il m’a laissé là… enfermée dans… dans cette cave... à crever de faim pendant… des heures ? Des jours ? Avec… avec juste de l’eau pleine… de l’eau qui contenait un truc… un espèce de machin hallucinogène cauchemardesque ou j’sais pas quoi… Je… je devenais complètement folle… J’ai même voulu… j’ai essayé de me planter un morceau d’os… que j’avais taillé en pointe… sur le sol… comme un couteau… J’ai essayé d’me le planter dans la gorge…”


J’avais relevé ma main droite, tenant toujours le stylo bille, pour venir en plaquer la pointe contre ma carotide, juste en-dessous de ma mâchoire dont l’arête s’était vue mouillée de larmes salées.

“...juste là, tu vois ? Juste pour… pour mettre fin à tout ça… juste pour pas perdre pied… pour rien dire mais… mais même pour ça, j’étais trop lâche et… et je voulais pas mourir… pas encore… pas pour revenir encore et revivre ça… Alors… alors quand il est revenu… Quand il a reposé… toutes ses questions… Je… J’ai tout dit… Tout ce que je savais juste… juste pour… pour plus être là… pour plus être seule… Et… et juste après… il m’a encore drogué avec je sais pas quoi… un espèce de gaz sorti tout droit de sa main… Ça m’a fait perdre conscience et puis…”

Un nouveau claquement de doigts vint illustrer mon laïus décousu et hésitant, dont les mots qui ne s’enchaînaient déjà qu’avec grande peine se voulaient en plus de ça prononcés avec tremblements et hachures.

“J’me suis réveillée dans une bagnole… avec trois autres types… enfin… deux types et une nana… qui obéissaient à… au bourreau. Le chauffeur… il a dit qu’il avait tué Wolf et… et Harvey et Melina. Et la bagnole… elle roulait vers le campement… Ils allaient vous attaquer et lui, il voulait que j’sois là...que j’assiste à ça, impuissante, et que j’vous vois souffrir… Que j’vous vois mourir et que je sache bien que… tout ça... ce s’rait ma faute… Que c’serait le prix à payer pour vous avoir trahi ; et... et là, le vagabond s’est pointé... en arrosant la bagnole de balles et... et en massacrant... ces trois connards… et puis… tu connais la suite…” avais-je finalement conclu avec labeur, en essayant de ravaler tant bien que mal les larmes de colère qui m’étaient montées aux yeux.

Puis j’avais fait un nouveau pas vers le Canadien, réduisant notre écart à une distance intimiste et relevant mon menton pour aller trouver son regard de mes noisettes à la vue brouillée, essuyant mes joues humides du revers de la main, pour au final laisser place nette à de nouvelles.

“Et moi, j’suis là à t’accabler, comme une pauvre petite conne d’égoïste, de ne pas être venu me voir, parce que tu te crèves à essuyer les plâtres de ma trahison.” Je secouais la tête une énième fois, esquissant même un sourire amer révélateur de toute la détestation que je me portais à cet instant.

“Et après ça… Après tout ce que j’t’ai dit, comment… comment est-ce que j’peux encore mériter ton attention ? Comment tu pourrais ne pas souhaiter m’voir disparaître, pour de bon ?”

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Ven 18 Mar - 12:30
A l'écoute de la première réplique d'Ivy, Samuel ne put réprimer un bref affaissement des lèvres qu'il redressa assez rapidement. Il avait déjà eu cette discussion avec elle et c'était bel et bien son rôle d'endurer autant si ce n'est plus que les autres, hélas, trop de gens mourraient ou étaient blessés pour qu'il put susciter une impression d'efficacité dans ce domaine. Et ça, il en avait fort bien conscience, surement trop d'ailleurs.

Cependant, lorsque la jeune femme s'accusa de tout les maux qu'ils avaient subis ce soir là, il pensa esquisser un geste pour la stopper mais rien ne vint. Aujourd'hui, la Horde était loin d'eux, le danger aussi, il ne pouvait pas continuellement repousser tout ça et offrir son réconfort pour apaiser la culpabilité de l'intello sans même en connaitre les détails. C'est pour cela qu'il demeura statique et ce dans une position qui laissait bien voir le fait qu'il ignorait comment réagir pour l'instant, les bras ballants, la tête penchée pour l'observer fixement.

Vint alors le moment de parler de Soulstrange bien que le chef de camp n'eut même pas encore connu son nom. La première esquisse de ce personnage, quoi que balbutiée par une Ivy qui éprouvait visiblement des sentiments très négatifs de cette infernale rencontre, n'impressionna que peu notre ex-manager, assez peu pour qu'il conserve son attention bien concentrée sur la ressuscitée et puisse la rassurer à propos de son image autant que la conforter dans sa théorie. Cependant, les informations éparses ou manquantes tendirent alors à lui faire imaginer qu'ils n'avaient pas que le Marchand comme ennemi. Combien de telles factions pouvaient donc se trouver dans les alentours de Snyder ?

Vint alors l'instant fatidique, celui d'entendre les faits de la bouche de la torturée, quelque chose qui n'étais jamais facile... Par ce que la torture était faite pour cela et un homme tel que lui avait déjà usé de tels subterfuges, à l'encontre de "coupables, à l'encontre "d'innocents". A cet instant, Samuel ne tint le contrôle que de par son moral d'acier, sachant fort bien ce que ce salaud de pyromane lui avait fait. Car si le corps pouvait se remettre de bien des choses, l'esprit ne guérirait sans doute jamais. Alors là, il se prit à sérieusement désirer d'avoir l'occasion de rire au nez d'un tel ravisseur tout en se rappelant bien que c'était en fantasmant ce genre de choses que l'on se faisaient piéger.

Bref, gardant bien les pieds sur Terre, Samuel ne manqua pas de faire savoir à Ivy sa réprobation d'illustrer son idée de suicide. Cependant, là où sa simple attitude aurait put être totalement évocatrice, il préféra amener sa main vers celle d'Ivy et, en la posant à plat sur cette dernière, lui faire ôter ce stylo de là, sans violence, sans la saisir ni même contraindre le contact physique. Ironiquement, cet acte de sa part verra en conséquence d'apprendre ce dont il s'était douté depuis un instant, mais qui ne manqua pas de faire mal au grand Freeman.

La dernière à l'avoir trahi n'avait jamais été revue, et il y pensa, il pensa à tous ces gens qui avaient violé sa confiance à un moment ou à un autre, il se rappela aussi ce qu'il leur avait fait ensuite... Et quoi que la nouvelle ne suscite une certaine colère chez lui, il tint à se préserver de l'aveuglement. Ce qu'il s'était passé là n'était pas de la déloyauté mais, si il ne réagissait pas de la bonne manière, cela pourrait le devenir. Tout serait alors de sa faute. Dans le même temps, il ne pourrait rien occulter de tout cela mais devrait tenir chacun et chacune pour s'épargner les traitres agissements des plus idiots du groupe.

Enfin, le récit se raccorda avec leurs retrouvailles, puis vinrent les auto-critiques et bien d'autres conséquences d'un moral en train de flancher, des choses que Samuel avait l'habitude de repérer et, souvent, de régler... Mais pas comme ça.


"Peu m'importe comment, ce qui compte est pourquoi je le fait."

Il ne voulait pas le dire, c'était évident. Pourtant, à n'en pas douter, c'était bel et bien là, dans ses mains caressant les épaules de cette femme à la fois si forte et si faible, sous son pare-balle qui était pour ainsi dire pressé contre elle, sur son visage soucieux mais plein d'abnégation, ses yeux d'un bleu brillant qui ne pouvaient plus la scruter avec indifférence.

Il fut tenté... Mais il ne pouvait pas, pas ici, pas dans ce temple de larmes et de morts.

Ainsi, il tenta d'étreindre Ivy, tentant de paraitre aussi calme et assuré qu'à son habitude malgré un léger tremblement dans ses bras. Si son cœur demeurait barricadé derrière le kevlar, son esprit, lui, était plus découvert que jamais, tentant de lécher les plaies de la blessée pendant que sa joue mal rasée venait doucement lui piquer la tempe.


"Tu n'as pas à porter la Vérité comme un fardeau. Nous porterons tout ça ensemble comme nous l'avons fait auparavant et la vie continuera..."

Peut-être un peu trop émotif et vulnérable en ce bref instant, sont étreinte se resserra un peu sur la jeune femme, se faisant plus possessive, plus dépendante, alors qu'il lui murmurait à l'oreille.

"... Mais pas sans toi."

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 19 Mar - 3:09
Raide. J’étais restée raide et immobile, grelottant des pieds à la tête de légers tremblements nerveux quand Samuel avait posé ses mains sur mes épaules. Brisant définitivement la dernière barrière de distance qui nous séparait encore, le profil de mon visage venant finalement se loger contre l’épais et inconfortable gilet de protection, j’amenais mes bras enserrer sa taille alors qu’il prononçait quelques mots, probablement destinés à me rassurer ou me faire déculpabiliser d’une quelconque manière, sans succès cependant.

Ma culpabilité et la détestation dont je m’accablais se voulaient encore bien trop fortes, bien trop vives pour que quelques mots et une accolade n’en viennent à les atténuer. Pas même l’affection perceptible dans son regard ou ses gestes. Néanmoins, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un certain soulagement à voir et savoir qu’il ne me rejetait pas, là où d’autres moins compatissants, ou plus absolus se seraient détournés, sinon pire.

Mais contrairement à ce qu’il disait, je me devais de porter cette vérité-là en fardeau solitaire, tout comme je me devais de la répandre, les informer. Soulager ma conscience auprès d’eux et couper court aux potentielles divisions, aux tensions qu’auraient engendré le secret et le mensonge. Ils devaient savoir. Ils devaient tout savoir, tant sur les raisons de ma traîtrise que sur la possibilité même de ces autres chances que la Mort nous offrait, afin qu’aucun n’ait à commettre la même erreur que moi. Qu’aucun sacrifice futur ne devienne vain, ou qu’aucun des nôtres ne soient laissés en arrière, entre les mains du Libérateur.

Tout ce que j’avais offert à Samuel, c’était une vérité qu’il méritait de connaître pour pouvoir juger et décider ensuite en toute connaissance de cause. Une réalité plus dure encore que ce que nous avions pu nous imaginer sur notre identité, ce que nous étions, et sur notre manière de voir la Mort, la craindre et paradoxalement… la vivre. Quant à ce que cette vérité était pour moi, au-delà de ce pesant fardeau et acquis de conscience, elle se devait d’être un moteur. Une raison d’aller de l’avant, m’endurcir et tenir, reconsidérer mes principes, mes valeurs, la nature du monde et ce qu’il fallait devenir pour y survivre. Pour continuer à vivre. Auprès de chacun d’eux, et auprès de Samuel.

En réponse au Canadien, lorsqu’il avait resserré son étreinte, j’en avais fait tout autant, cependant légèrement frustrée de sentir cet épais gilet rendre le geste plus distant et inconfortable. Mais je me contentais malgré tout de savourer l’instant, sa présence, ses mots, moi qui les avais tant appelé. Une étreinte qui réduisit l’intensité des tremblements des membres sans les faire disparaître pour autant. Mes aveux, mes souvenirs, mes trauma… J’avais encore tout cela qui courait sous ma peau, la faisant frissonner et se dresser en chair de poule sous le tissu de mes vêtements.

Puis j’avais fini par rompre l’instant en me dégageant lentement, sans brusquerie de l’emprise de Samuel, ne gardant avec lui comme seul contact celui de mes noisettes fixées dans le bleu clair de ses iris, cherchant à y lire ce que je désirais y voir, sans aucune certitude à ce propos. Sans même réellement savoir si j’étais suffisamment douée dans ce domaine pour parvenir à saisir ce que me laisseraient entrevoir les fenêtres de son âme.

Esquissant un mince sourire à son attention, plutôt forcé bien que cela n’avait rien à voir avec lui, je pouvais sentir ma frustration grandir de ne pas le voir faire un geste plus explicite, une approche plus intime dans ma direction ; étrangement déchirée entre cette appréhension affreuse et raisonnable que c’était pour le mieux, et cet inconfortable constat émotif que trop longtemps - au cours de deux vies entières si l’on avait l’esprit macabrement ironique - j’avais relégué mes désirs sentimentaux au dernier plan et avais fini par m’éteindre, étouffée de regrets de n’avoir pas su mieux profiter des instants spontanés offerts à moi.

La pensée me traversa l’esprit que j’étais une sacrée chieuse, non seulement avec les autres mais avec moi-même ; et qu’il n’y avait en réalité qu’un fatalisme pur et unilatéral pour l’expliquer. Ou j’étais juste une pauvre fille trouillarde et paumée qui projetait ses lacunes affectives sur ses machines. Cette seconde vision de moi-même ayant une connotation tout à fait rassurante, puisque perpétuellement vécue et vérifiée. Sauf qu’aucune machine n’avait su à ce jour trouver les mots, et encore moins les gestes. A l’instar de ce que je m’imaginais de la relation qu’entretenait un homme de foi avec l’être ou l’objet de ses croyances, c’était là une passion, un affect à sens unique.

“Ce que j’ai fait… cette vérité. C’est mon fardeau,” finis-je par lui répondre quelques secondes après avoir rompu l’étreinte, lui exposant ainsi verbalement les pensées qui m’avaient agité. “Je voulais simplement que… toi, plus que n’importe qui, le sache. C’était important… pour moi et… pour nous. Et puis bon… Ça m’a bien fait comprendre que j’peux pas rester la... petite crevette qui a toujours besoin d’être protégée… Tu me dois toujours une leçon de tir, tu t'rappelles ?” l’avais-je titillé sur un ton légèrement plus léger, très clairement second degré, esquissant un sourire en coin plein d’espièglerie en conclusion qui détonait franchement avec mon visage blême ou encore mes yeux humides et rougis.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Dim 20 Mar - 12:41
Finalement, leur étreinte du se rompre. Malgré la douceur de cette séparation et le masque très convaincant que Samuel affichait, cela lui déplaisait fort. Trop bref, trop superficiel, à ses yeux, la scène qui venait se dérouler était à l'image de ce qu'il avait tout fait pour ne pas devenir, un homme sans attache qui tapote les dos et susurre les bonnes paroles, la main aussi froide que l'âme.

Malgré ce ressentiment qui occupa son esprit, presque par réflexe de mimétisme, il esquissa un fin sourire en réponse à celui de Ivy. Ironiquement, dans son état, il lui importait peu de chercher à discerner la véracité de ce qu'affichait l'intello alors que lui-même exhibait un faux masque sympathique et positif magnifié par ses travers profonds, cet instinct qui lui permettait de former n'importe quelle attitude désirée sans être capable d'en comprendre le sens profond.

Sans doute désirait-il être un homme normal en cet instant, mais tout ce qu'il montrait était ce petit sourire en coin alors que ses mirettes scrutait les pupilles de la ressuscitée. Finalement, il mit en branle ce masque statique lorsque son interlocutrice évoqua la leçon promise il y a... Si peu de temps en vérité, comme si à cette époque chaotique, les jours se transformait en semaine, faisant affreusement vieillir des souvenirs qui devraient être encore frais.

Quoi qu'il en soit, son sourire put s'élargir un petit peu, découvrant sa dentition. Il jeta ensuite un œil vers ses chaussures, plus par tic de mise en scène de son comportement qu'autre chose, et reporta finalement son regard droit dans celui de miss Lockhart pour lui répondre, le ton infiniment plus léger que l'instant d'avant :


"Je m'en rappelle oui. Mais... Est-ce le bon moment de t'embêter avec tout ça ? Personne n'emporte de stylo pour juste s'isoler des autres. Tu nous prépare une surprise la-bas ?"

D'un mouvement calme, presque familier, sa main gauche pointa le fond du bâtiment derrière elle. A cet instant seulement, et pour pas plus qu'une seconde, il réalisa soudainement qu'il n'avait pas remis ses gants depuis qu'il était sorti grignoter des arachides, comme si il avait un certain mal à s'habituer à ce genre d'accessoires qui n'avait jamais été sa marque de fabrique par le passé. Quoi qu'il en soit, la seconde d'après, il poursuivait sa propre réplique, désireux de rappeler au joli brin de femme qui lui faisait face qu'elle avait aussi d'autres choses à se souvenir.

"Peut-être qu'un de ces quatre, tu nous bricoleras un petit télescope. Toi aussi tu as des choses à m'apprendre. Quitte à faire des rondes de nuit, ce serait bien que je puisse profiter des nuits clairs pour lever le nez vers le ciel avec autre chose qu'un regard de profane."
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