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De simples retrouvailles - 22/02/35
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 22 Mar - 14:33
A la rhétorique de Samuel, je ne manquais pas d’arquer un sourcil légèrement surpris, avant d’abaisser mon regard sur le stylo que je tenais toujours entre mes doigts puis le laisser glisser vers le fond du bâtiment, suivant la direction indiquée par le Canadien. Je souriais avec plus de franchise et de légèreté lorsqu’il fit mention du télescope, et de la leçon d’astronomie basique que je lui devais en retour, bien qu’une certaine résignation se laissait deviner.

“Je n’ai pas oublié, non, mais je dois d’abord trouver de nouvelles lunettes avant de pouvoir lever les yeux vers le ciel,” confessai-je d’un ton que je voulais sympathique, bien qu’empreint d’une certaine évidence, avant de relever ma main droite et faire balancer mon stylo entre mon index et mon majeur, illustrant ainsi le sujet de mes prochains propos.

“Je cherchais surtout à m’isoler de moi-même...” De mon autre main, je venais tapoter ma tempe gauche de l’extrémité de mon index, mon visage se rembrunissant de nouveau quelque peu. “Le télescope attendra. Il y a des aménagements plus urgents à mettre en place.” D’un signe de tête désignant le fond du bâtiment, j’invitais Samuel à me suivre, lui offrant même ma main libre tendue pour qu’il s’en saisisse et m’accompagne, jusqu’à le conduire dans le fond du petit bâtiment.

Parvenue et plantée à quelques pas du mur du fond, je lui désignais le patchwork de feuilles placardées contre le mur, agitées sur leurs clous par quelques minces courants d’air. Un puzzle de papier recouvert de lignes tracées, de chiffres, de symboles et d’annotations propres au domaine de l’ingénierie, formant un plan d’ensemble de la maison et de son périmètre en vue du dessus placé au centre du schéma global, de nombreuses lignes parcourant ce qu’il pourrait deviner comme l’intérieur des murs. Tracés des réseaux électriques et des canalisations d’eau, fils et tuyauteries courants sous la peinture, le papier peint, ou encore enfouis dans le sol du jardin jusqu’en bordure de périmètre.

Puis au-delà du périmètre délimité sur le papier, les débuts d’esquisses d’un réseau plus complexe encore de ligne entremêlées, succession d’éléments abstraits qui n’avaient pour l’instant de sens qu’à mes yeux, à moins que le Canadien ne m’eut caché d’autres talents et compétences.

“De l’eau, de l’électricité, des protections…” repris-je lentement en citant les besoins élémentaires que je souhaitais apporter à cette baraque. Au fil des secondes écoulées, mon regard se perdant dans la contemplation des lignes tracées, je retrouvais une assurance et un détachement bien plus professionnels en relevant ma main droite, pointant l’extrémité de mon stylo en direction de la bordure gauche du puzzle en papier qui me faisait face.

“Le vieux puit, derrière la baraque, est totalement à sec. Ils ont sûrement dû l’assécher pour éviter les affaissements de terrain sous les fondations. Mais il pourrait être utilisé comme un genre de citerne ou de collecteur, à condition de parvenir à l’isoler. Idéalement, faudrait se dégoter un magasin de piscine, trouver du liner, et du ciment pour colmater le fond. Mais ça, c’est sans importance en fait… Ce serait juste du bonus.” J’avais encadré ce terme de guillemets mimés de mes doigts, balançant négligemment le stylo vers le petit coin établi sur ma droite avant de m’approcher un peu plus du schéma, fourrant mes mains dans les poches de mon pantalon en détaillant les plans du regard, concentrée et minutieuse.

“Pour remettre la baraque en eau, on va avoir besoin d’au moins deux citernes, ou un collecteur et une citerne. Une pompe à eau, des filtres à particules et des filtres chimiques, et pas mal de tuyaux ; sans parler de…” Je m’interrompais soudainement en plein milieu de ma phrase, une énumération lente lâchée sur un ton neutre et pensif, presque plus pour moi-même que pour Samuel avant de me rendre compte d’à quel point mes idées pouvaient se montrer décourageantes tant il semblait y avoir à faire. Il y avait d’ailleurs énormément à faire, et je me sentais soudainement mal de confronter Samuel à ces problèmes-ci alors qu’il m’avait déjà confié bien d’autres de ses préoccupations.

Détournant brusquement mon regard de la paperasse remuée par les courants d’air pour reporter mes noisettes sur le chef de camp, je lui adressais un sourire désolé, levant ma main droite en geste d’excuse.

“Désolée, j’devrais pas te prendre la tête avec des détails,” confessai-je sur un ton plus doux et bien plus affectueux, abandonnant-là le ton sérieux, presque mécanique, qui m’habitait dès que je parlais ‘boulot.’

“J’ai vu sur les cartes qu’on avait découvert des bassins de rétention en ville. Il pourrait y avoir là-bas le matos nécessaire pour… remettre tout ça en état de marche. Mais avant même d’envisager cette expédition, faut déjà réparer le camion qui est resté à l’ancien campement,” soupirai-je non sans une certaine résignation. “Il est encore bien loin le télescope,” plaisantai-je finalement en dévisageant Samuel plus longuement, essayant tant bien que mal de rompre ce sentiment de malaise persistant et déchiré qui m’habitait.

Un regard timide et détourné vers les plans affichés contre le mur, puis qui revint se poser sur l’homme que j’avais tant appelé, une boule ayant pris le temps de se former et nouer ma gorge tandis que je confrontais mes sentiments et ma raison. Je restais ainsi figée dans cet attentisme durant de longues secondes, craintive et désireuse, raisonnable et pourtant spontanée dans la recherche de quelques mots que j’avais longuement eu le temps de mûrir. J’étais pourtant si persuadée de savoir quoi lui dire, comment lui dire, et même pourquoi lui dire quand je le retrouverais enfin que j’en avais fini par les perdre, noyés dans leurs propres imbrications et implications. Alors je regagnais ma zone de confort une nouvelle fois, pour aller chercher ce courage qu’il me manquait de sauter le pas, ce gouffre que mes appréhensions maintenaient béant devant moi.

“Regarder les étoiles, c’est avant tout observer le passé, remonter le fil du temps jusqu’aux premières lueurs ; regarder qui nous sommes et ce que nous sommes… de l’insignifiante poussière d’étoiles…” avais-je finalement repris dans un semi-murmure tremblant, mais inspiré et convaincu par les certitudes aveugles que j’accordais à mes ‘croyances’ scientifiques, laissant mes noisettes courir sur le sol, vers mes pieds et les légers volutes de poussières qui fuyaient mes semelles quand je m’approchais timidement du Canadien, relevant à terme mon regard pour le plonger dans ses azurs. J’esquissais un sourire bien plus chaleureux à son attention, accompagné de légers secouements de tête tout en portant une main tendue, tremblante de fébrilité vers le visage de Samuel, sa joue que je voyais cendrée d’une légère barbe naissante.

“Mais quand je regarde ces plans, cette baraque et... toi… J’me dis que l’avenir devient plus intéressant à contempler.”

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Mer 23 Mar - 11:28
A la réponse de Ivy, parlant de ses problèmes de vue, Samuel fut bien contraint d'acquiescer, parcouru d'une brève gène intérieure en se disant qu'il aurait du y penser, esquiver à l'avance cet écueil, aussi petit et inoffensif soit-il. Cependant, tout cela fut prestement effacé lorsque la petite intello lui confia la raison de sa présence avant de mettre en évidence le fait que leurs petits plaisirs allaient devoir attendre, ce que Samuel ne put que confirmer, et ce sans que son interlocutrice ne se doute que c'était un peu l'histoire de sa vie.

Cependant, n'ayant pas du tout la tête à repenser à ce morne passé, il n'hésita pas un instant à suivre la jeune femme, prenant même un plaisir non-dissimulé à profiter du contact et de la douce étreinte de sa main sur la sienne. Ironiquement, ce bref instant instant de félicité fut, fugitivement, vicié par ces anciens souvenirs qu'il venait pourtant de balayer. Chaque mot, chaque geste le renvoyait insidieusement vers les temps difficiles, mais il tenait bon.

Enfin parvenu au fond du petit bâtiment et proprement inconscient du fait que Snatch s'était finalement levé pour faire quelques pas et pénétrer dans les lieux pour se coucher à côté de l'entrée, attentif, méfiant, Samuel observa les plans avec une incompréhension qu'il ne tint pas à dissimuler. Bien sur, comme tout homme disposant d'un Q.I. potable, il n'avait pas de trop grosses difficultés à piger les grandes lignes de ce qu'était ce langage d'ingénieur. Cependant, en cherchant à comprendre les détails, il du se rendre à l'évidence que l'apocalypse ne lui avait pas conféré ce pouvoir... Comme à Impritech, il était bien condamné à observer tout cela d'un œil circonspect et offrir sa confiance aveugle à la technicienne qui lui avait concocté ça. Fort heureusement, cette fois, il avait de bonne raison d'avoir confiance... Au sujet des plans tout du moins.

Bien sur, dans cet ordre d'idée, il écouta religieusement la petite femme qui lui expliquait son idée, clairement audacieuse. C'était étrange comme, de nos jours, il fallait ni plus ni moins qu'une installation audacieuse pour faire quelque chose d'aussi simple que d'avoir de l'eau courante dans une maison. A cet instant, le canadien en sentit un certain allègement qui lui donna un très léger tournis, à moins que ce ne soit son cerveau qui en a marre de sucer les derniers recoins de graisse parsemant son corps pour éviter de s'éteindre.

Quoi qu'il en soit, affichant son admiration, il ne manqua pas de sourire à la nouvelle évocation du télescope, répondant d'un ton calme en jetant un dernier coup d’œil aux plans :


"Les étoiles attendront."

Ces trois mots lâchés, il reporta son regard sur Ivy qui, elle-même, semblait avoir effectuée la même manœuvre. Les gens à qui ce genre de choses arrivaient avaient l'habitude de détourner le regard, cherchant à ne pas attirer l'attention sur eux, ou pire, qu'on leur prête des intentions autres que scruter leur prochain, qu'il soit connu ou non. Ils avaient besoin d'un léger temps d'adaptations, même lors d'une conversation, afin de s'assurer qu'un tel contact visuel était nécessaire, ou au moins acceptable.

Et eux deux, ils étaient là, cherchant quoi dire, quoi faire, car l'instant était toujours plus critique, plus intime. Finalement, et surement à l'étonnement même de Samuel, c'est elle qui brisa cet bref silence, commençant par la douceur d'une réflexion toute philosophique pour finalement faire rouler les tambours, avec cette proximité, ce contact, ces mots, cet instant qui attendait, réclamait même cette apothéose que l'on pensait réservée à la fiction.

Pendant une malheureuse seconde, emprisonné dans les méandres de son esprit, le canadien pensa, il pensa beaucoup, il pensa vite. Depuis le schéma de couple qu'il semblait reproduire avec minutie, et ce malgré le contexte diablement différent, tout ce qui pourrait s'en suivre, les mensonges, les douleurs, la trahison, à commencer par ce bâtiment, ce passé, quel qu'il soit, qui tentait de le paralyser, de bousiller tous les instants dont il désirait profiter...


Pas aujourd'hui.


Le geste fut d'autant plus brusque et surprenant que Samuel se sentit agir par réflexe, enserrant la taille d'Ivy et baissant la tête, à la recherche de ses lèvres. Ce n'était pas le geste d'un homme qui cède à une pulsion violente, c'était celui d'un homme qui avait été prêt à protéger cette merveilleuse femme seulement quelques minutes après l'avoir rencontrée ; s'était senti blessé devant son regard dégouté lorsqu'il s'était trouvé au fond de cette tombe ; qui avait senti son cœur battre la chamade lors de cet instant tellement similaire, sous la tente ; qui avait sentit son monde s'écrouler en entendant ce message radio ; avait failli céder et tenter de tuer le témoin de ses derniers instants ; l'avait pleurée et regrettée des jours durant, alors insensible à la détresse des autres survivants ; avait fait fi de toute une Horde, l'espace d'un instant, pour lui avouer ce qu'il n'aurait jamais du garder pour lui.


C'était là le geste d'un homme éperdument amoureux de la femme qu'il tentait d'embrasser.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 23 Mar - 22:23
Sans brusquerie, la main que j’avais glissée sur la joue de Samuel accompagna le mouvement de son visage, mon bras se repliant légèrement au fur et à mesure qu’il se baissait vers moi. Une caresse qui se fit plus ferme et désireuse contre sa peau, chaque centimètre comblé de cette distance repoussant d’autant plus, et dans le sens opposé, les bribes de réflexions raisonnables qui auraient encore pu avoir l’audace délirante de s’interposer entre nous.

Je m’étais rapprochée de lui lorsqu’il avait enserré ma taille, dans un mouvement inconscient qui manifestait mon désir, mon besoin, d’être entre ses mains, ses bras protecteurs et aimant. De sa joue, ma main avait fini par glisser vers sa nuque, remonter à l’arrière de son crâne et mes doigts se mêler à ses cheveux, l’accompagnant sans le forcer, mais désireuse de le retenir, de ne pas laisser fuir ni échapper cet instant qui était le nôtre, enfin. De la même manière, j’avais laissé glisser mon autre main dans son dos, enfermant l’homme d’une bien maigre étreinte pour l’amener à moi, l’avoir et le laisser m’avoir, le sentir et le vivre.

J’acceptais ses lèvres, lui offrais les miennes, goûtais, buvais, vivais sa présence, dans un partage égoïste. Je prenais, je donnais. Une simple bulle dans mon esprit qui éclatait, projetant au loin les restes de ma retenue, mes appréhensions, mes projet, relâchant les désirs refoulés d’une vie, puis d’une seconde, pour lesquelles j’avais sacrifié de vivre les instants pleinement, sans mesure ni insouciance, procrastinant vers l’éternel des considérations et des idées sur l’autel d’un avenir certain, délaissées tel un auto-stoppeur indésirable sur le bord de ma route toute tracée.

Et pourtant, je n’avais pu m’empêcher de redouter le premier contact de nos lèvres, ce premier baiser, premier pas sur un chemin que je craignais d’être glissant, une pente savonneuse enduite de crainte, de douleur, de trahison et d’incompréhension. En bonne handicapée du cœur, il m’avait fallu quelques instants, et la nécessité d’un second baiser plus prononcé, moins retenu, pour véritablement chasser bien loin de mes pensées toutes ces appréhensions et ces souvenirs calamiteux.

D’aucun dirait qu’il ne s’agissait-là que d’un baiser. Rien de folichon, rien que je n’avais déjà expérimenté par le passé ; mais son existence tout comme son fait et son contexte revêtaient une symbolique plus importante, et sûrement insoupçonnée, de chacun. A cet instant, je parvenais enfin à lâcher prise, sur la lâcheté et les remords, les souffrances et les tortures, les joies et les doutes, le bien et le mal, le passé et l’avenir. Je vivais juste l’instant présent, sans me tourmenter des conséquences et des rumeurs, des bruits et des silences, des plans comme des imprévus. Je savourais la liberté que m’offraient les mains, les bras, les lèvres qui me retenaient prisonnière.

Je renforçais mon emprise sur Samuel, l’embrassant avec un peu plus de fougue encore, exultant mes frustrations et lui confessant mon affection dans un langage qui n’avait nul besoin de mot pour être compris, ni de rythme à soutenir autre que ceux de mon cœur et mes souffles s’emballant. Un langage jouissant d’une sincérité brute, pure et nue ; habillée d’aucun artifice ni animée d’aucune prétention ou convoitise. Un langage simple, car après tout, ce n’était qu’un baiser.

Une brève échappatoire. Un instant de flottement léger à la surface d’un océan aux eaux calmes et plates, limpides, qui se devait de connaître une fin pour être baigné de tout son sens. Lentement, et avec le regret d’en donner le terme, j’avais fini par m’obliger à séparer mes lèvres de celles du Canadien, rouvrant mes paupières closes pour embrasser pleinement son regard, y plonger mes noisettes brillantes d’une félicité et d’une légèreté qu’il n’avait jamais pues voir auparavant. J’humectais mes lèvres d’un rapide mouvement de langue, les étirant ensuite dans un sourire tout ce qu’il pouvait y avoir de complice et d’heureux, probablement même rendu niais alors que je subissais de plein fouet le retour à la réalité, exprimant au travers de mon silence le soulagement qui me gagnait en souvenir de ce bref instant. Un souvenir dont déjà ma raison, froide et cartésienne, semblait moquer l’élan de fougue et de stupidité adolescente avec un certain cynisme.

Je devais bien avouer que je me sentais totalement idiote en cet instant, mes mains retenant toujours l’homme en leurs creux avec une possessivité presque jalouse que je me découvrais. Une pointe de jalousie irrationnelle et réprobatrice qui ne s’adressait à personne, juste à ce foutu temps qui ne pouvait s’empêcher de passer, et réduire ces moments à ce qu’ils étaient effectivement : de simples moments. Éphémères. Ce qui leur donnait d’ailleurs autant sens qu’intensité, les rendait précieux et désirables ; qualifiant l’essence même d’être vivant.

Et toute idiote que je m'estimais, je notais malgré tout une différence majeure, me sentant soudainement saisie et réceptive à une vérité que j’avais trop longtemps refusée d’admettre. Je ne pouvais rien renier de ces sentiments, mes sentiments, qui faisaient taire mon esprit trop cogitant et m’empoignaient le cœur, et pas seulement le cœur. L’envie ne semblait plus vouloir s’opposer aux regrets, mais s’y mêlait d’une manière nouvelle, légèrement grisante. Difficile de déterminer si l’origine s’en trouvait logée quelque part dans le regard azuré de Samuel, ou plus simplement en moi, mais je ne voulais pas le lâcher, encore moins le laisser partir.

Ainsi, je rompais le peu de distance entre nos corps, baissant le visage pour venir lover ma joue droite contre la poitrine de l’homme, fermant de nouveau les yeux et savourant simplement sa présence, n’ayant qu’une légère grimace de contrariété à ressentir de nouveau l’épaisseur de son gilet s’interposer entre mon visage et sa chaleur, les battements de son cœur. Mais pour la première fois, dans cette vie-ci, je me sentais bien. Juste bien.

“Tu devrais quand même penser à changer de fringues, non ?” avais-je fini par murmurer sur un ton complice au bout de quelques instants d’appréciation ; une franche plaisanterie rhétorique.

Ivy, ou l’art de ne pas savoir fermer sa gueule.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Sam 26 Mar - 23:05
Alors que leurs visages ne cessaient de se rapprocher, si le cœur de Samuel, battant à tout rompre, restait bien caché, vibrant contre sa lourde protection, un long et doux frisson l'avait parcouru tout le long de son échine, dardant les cheveux de sa nuque, à la recherche de la plus profonde et subtile sensation offerte par la caresse de la femme aimée. Si cette dernière avait put peiner à l'étreindre, le canadien compensa en laissant glisser ses mains des hanches de Ivy pour rejoindre le bas de son dos.

Plus que la posséder, à l'instant ou leurs bouches se rencontrèrent enfin, il désira se fondre en elle. Une passion qui n'était motivée ni par le défi, ni par l'orgueil, ni par un banal besoin physiologique. Cette douceur, cette chaleur, ce parfum si enivrant balayant toute logique, toute raison. Il n'avait pas besoin de manger, ou boire, ni même respirer, le temps s'était arrêté et, pourtant, ses mains se mouvaient dans le dos de sa petite intello alors qu'il entre-ouvrait et refermait ses lèvres sur les siennes. Si le temps ne s'était pas arrêté, alors peut-être vivaient-ils quelque chose d'immortel.

Car à présent, tout était clair. Plus de passé, pas de futur, l'idée était si simple à présent, si simple qu'il ne parvenait même plus à effleurer la moindre raison de sa retenue. Tout ce qui lui importait était ce second baiser, enhardi, puissant, pur, sincère, bien des choses qu'un homme de mensonge n'avait jamais connu, bien des choses dont il avait dut se moquer et auxquelles il s'abandonnait dans une passion presque niaise, adolescente. Mais ils n'étaient pas une salle de classe vide, ni apeurés et excités par une l'idée futile qu'une retenue puisse tomber de nulle part... Ces deux adultes s’émerveillaient de leurs gestes, ressuscitant quelque chose qu'ils auraient put croire perdu depuis leur réveil, côte à côte.

Pour cet homme, ce ne pouvait être un simple baiser car rien n'avait été simple, depuis le premier instant. Rien de ce qu'ils avaient vécus n'avait sonné faux car rien n'avait été facile, rien ne les avaient aidés, à se jauger pendant de trop longues semaines, enfermés dans des travers survécus du monde d'avant. Si cette époque n'avait plus besoin d'amour ni d'affection, alors ce ne pouvait être un simple baiser. Tout cela ne traversait pas l'esprit du jeune canadien, cela lui transperçait le cœur, éclatait tous ses mensonges, cette lourde conception du monde contre laquelle nul ni personne ne pouvait rien, jusqu'à cet instant.

Lorsque, enfin, l'instant s'estompa, Samuel eut un léger mouvement en avant, cherchant une ultime étincelle, la dernière image, la dernière sensation de ce qui serait un souvenir impérissable avant d'accepter cette séparation. L'esprit encore embrumé par tout cela, son propre sourire vint, large, rayonnant, avant qu'il n'ouvre enfin les yeux et croise le regard de la jolie brune. Un nouvel instant commençait, et c'est par un doux soupire qu'il l'emplit. Contrairement à celle qu'il tenait tout contre lui, il ne reprenait pas pied, pas encore... Quelque chose avait changé. Peut-être n'était-ce qu’éphémère, mais c'était là.

C'est bien pour cela qu'il fixait son regard, comme envouté, l'esprit éclairé de ce sourire presque béat et ses bras enroulés au creux des reins de la jeune femme. Si il ne pouvait momentanément chercher à deviner si un peu de lui avait put s’imprégner en elle, c'est par ce que ce qu'elle lui avait laissé dominait tout, jusqu'à ses sens qui n'étaient plus qu'attentif au moindre mouvement, un battement de paupière, l'un ou l'autre cheveux se baladant au gré de leurs respirations entrecroisées, chaque petite nuance de couleur de ses lèvres, de ses joues rouges.

Tant et si bien que son geste final lui sembla être à la fois une punition et une délivrance, éloignant cet instant de béatitude et de rêverie pour recommencer à l'ancrer dans ce monde. Un monde duquel il devait la protéger, coute que coute et plus que jamais, un monde dans lequel il était à présent convaincu d'avoir fait le bon choix, les bons choix, tous, car rien, ni toutes les morts remboursées, ni toutes les souffrances reprises par l'apocalypse n'auraient su payer ce tribut.

Ainsi, sentant une légère palpitation lui parcourir la gorge, il rabaissa la tête pour déposer un long baiser dans la chevelure d'Ivy, inspirer son parfum, sans retenue ni précipitation, profiter de tant de possibilités qui s'ouvraient à lui... Et ce, même ces petites taquineries, surtout ces petites taquineries.


"Je savais que tu essayerais de me changer."

Lâché sur un ton si léger, si rieur, Samuel semblait avoir l'art de ne jamais ressembler à l'homme qu'il était, quelle que soit les circonstances. Et comme si cela n'avait pas été assez surprenant, y compris pour le canadien lui-même, il eut un léger gloussement qui mua finalement en un rire franc qu'il étouffa dans la chevelure d'Ivy, se trouvant ainsi une bête excuse pour faire perdurer cette proximité, leur étreinte, et lui picorer le cuir chevelu de ses baisers, avec des manières très... Adolescentes.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Lun 28 Mar - 15:50
Les paupières closes, je profitais en toute simplicité de l’étreinte du Canadien, froissant le tissu du dos de sa chemise entre mes doigts serrés. Un sourire de plénitude, né de l’affection que j’éprouvais pour Samuel et de la sécurité que je trouvais au creux de ses bras, scotché aux lèvres. Un sourire qui s’étira un peu plus, s’habillant d’une sincérité complice à sa petite rétorque, suivit de son rire plus doux encore. Un instant de légèreté qui n’appartenait qu’à nous. Une intimité avec l’homme qui m’était pleine, entière, et exclusive ; tout égoïste que cela pouvait paraître, que cela était.

De ses quelques baisers contre le sommet de mon crâne, diffus dans ma chevelure, je me sentais rajeunir d’une dizaine d’années, rendue à mes premiers émois et leurs lots de sentiments nouveaux d’alors, exacerbés par des hormones toujours plus agitées. Je ne me sentais ni femme, ni fille ; ni éprise, ni libre ; juste grisée, comme si mon corps rendu à son inexpérience laissait redécouvrir à mon esprit la candeur et la légèreté de ses instants qui jalonnaient la migration de l’innocence vers l’inconscience. Ou dans le cas présent, retirait de mes épaules tout le poids des tourments adultes et responsables pour les suspendre bien hauts, hors de portée de mes réflexions et de ma conscience.

Je prenais une longue et profonde inspiration au terme de sa réplique, resserrant un peu plus mon étreinte, brièvement, avant de la relâcher plus légèrement, sans pour autant lui rendre la liberté que mes bras ceinturaient avec possessivité et jalousie. Une inspiration sereine, emplie de quiétude, à laquelle s’enchaîna un soupir confortable. Puis je relevais légèrement la tête, tournant la tête et la penchant en arrière pour retrouver son regard azuré et désirable. Mon menton calé contre sa poitrine, au niveau de son sternum, je ne pouvais m’empêcher de dévorer des yeux son visage que je parvenais à voir nettement. Mon sourire ne se réduisit qu’en raison de ma lèvre inférieure mordue dans un tic envieux.

Dans le même temps, j’avais ramené mes mains depuis son dos vers ses hanches, avant de les laisser remonter le long de ses flancs, sa poitrine, ses épaules pour finalement passer mes bras autour de son cou. Je croisais mes mains derrière sa nuque, l’une d’entre elles caressant son crâne, mes doigts se mêlant au cheveux châtains de l’homme pour en suivre et dessiner les courbes de leurs extrémités. Mes sourcils se haussèrent d’un étonnement parfaitement feint, l’un plus arqué que l’autre, la pointe de mon nez se retroussant légèrement et ma bouche se grimant d’un sourire en coin tout ce qu’il pouvait y avoir d’espiègle.

“Essayer d’te changer ?” répétai-je sur un ton faussement offusqué avant de lui offrir de nouveau mon sourire. “Pour rien au monde. Par contre, ta tenue de banquier post-apo… Même moi j’faisais plus bad-boy à quinze ans,” le taquinai-je dans un souffle dénué d’une quelconque méchanceté.

D’ailleurs, je concluais ma légère raillerie en me dressant sur la pointe des pieds, envoyant mes lèvres retrouver celles du Canadien pour savourer pleinement cet instant de complicité. Un peu pour me faire pardonner de ma plaisanterie douteuse, mais surtout parce que j’en crevais d’envie. D’un même geste par ailleurs, j’avais renforcé l’étreinte de ma main contre sa nuque, cherchant à retenir les lèvres de l’homme contre les miennes dans un baiser plus tendre, plus affirmé, et plus possessif encore.

Mes lèvres contre les siennes, le sang battant à mes tempes et le long de ma carotide sous les assauts effrénés de mon cœur, je m’imprégnais de cette douceur légèrement salée, délicieusement piquante. Un baiser au goût d’aveu, par lequel je confessais à Samuel autant qu’à moi-même que l’affection que je lui portais était bien réelle. Dénuée ni de sens, ni de sentiments que le temps suspendu à ses lèvres ne pouvait que renforcer. Un désir si fort et poignant de le sentir contre moi, être mien et m’offrir à lui qu’il en était troublant. Une confusion qui aurait pu se montrer nauséeuse si elle n’avait pas trouvé source dans cette euphorie grisante faisant fourmiller mon bas-ventre, parler mon corps et taire mon esprit.

Je n’avais pas souvenir d’avoir ressenti désir aussi intense parmi mes précédentes relations, qui se comptaient sur les doigts d’une seule main. Je ne parvenais pas à m’expliquer cette soudaine bouffée d’envie à l’égard de Samuel, car je ne cherchais pas à la comprendre. J’en avais ma claque de continuellement tout chercher à comprendre, tout remettre en question. Par deux fois la mort m’avait rejeté, par deux fois j’avais eu la chance de vivre à nouveau, par deux fois je m’étais retrouvée prisonnière d’une vie que je n’avais pas voulue dans un monde que je n’avais pas souhaité. Par deux fois, dans mes ultimes instants, je n’avais plus connu ni la crainte, ni la honte, juste une simple libération, un soulagement profondément intense que je n’avais jamais pu goûter de mon vivant. Jusqu’à présent. Jusqu’à trouver d’autres bras pour m’emporter, d’autres lèvres pour m’embrasser que celles de la mort.

Une passion indicible, sauvage, qui me fit ramener mes mains dans une lente caresse vers les joues de Samuel, retenant son visage contre le mien, saisissant chaque instant de ce soulagement, cette plénitude qui n’avait eu d’essence qu’à l’intangible frontière entre la vie et la mort, ma vie et ma mort ; comme logée entre deux battements de cœur, consciente que chaque contraction se pouvait être la dernière, retenue au suspense d’attendre la suivante. Sans aucune crainte. Ni vivante, ni morte.

Un constat qui me figea soudainement. Mes doigts comme mes lèvres se crispèrent légèrement, mon corps tout entier se raidit et se tendant alors que les paroles empreintes de la folie du Libérateur revenaient me percuter de plein fouet. Une folie pervertissant dans ce qu’elle avait de se manifester et trouver un sens à toute occasion, nuançant de sa palette psychotique les heures les plus sombres comme les instants les plus radieux. Pervertissant et contagieuse.

D’un mouvement sec, voire brutal tant il contrastait avec la douceur des instants précédents, je détachai mes lèvres de celles de Samuel et retirai mes mains de sur ses joues, son visage, rouvrant mes paupières pour lui offrir un regard perdu, noyé entre l’incompréhension et la désolation, les regrets de laisser fuir cet envoûtement commun au profit de pensées bien plus craintives. Mes noisettes plongées dans ses azurs, il aura sûrement pu sentir mon corps s’éprendre de tremblements entre ses bras, mon faciès se décomposant dans une moue désolée.

“J’veux… J’veux pas que tu changes…” finis-je par balbutier dans un murmure déchiré entre crainte et mélancolie, au terme de ces réflexions qui n’appartenaient qu’à moi.

Samuel Freeman

Anonymous
Invité
Jeu 31 Mar - 12:49
Sentant indirectement les mains de Ivy glisser sur son pare-balle pour rejoindre son cou, Samuel ne put s'empêcher de sourire largement à sa réponse. Au fond de lui, même si il lui accordait bien le fait qu'il détone complètement du décor et de la majorité des survivants, il s'empêcha d'interrompre la jeune femme dans son geste suivant même si il aurait eu beaucoup de choses à dire sur chaque pièce de vêtement qu'il avait conservé de sa résurrection. Que ce soit par nostalgie des épreuves endurées avant sa mort ou après cette dernière, il portait avec fierté les traces de la décomposition de son masque civilisé, n'en ayant jusque là abandonné que ses vieilles chaussures de villes, délaissée dans sa tente lors de leur départ précipité.

Quoi qu'il en soit, happé par une petite intello faisant de son mieux pour baiser ses lèvres, le canadien fléchit légèrement les genoux, glissant ses bras sous son postérieur pour la soulever, jusqu'à même la faire paraitre un tantinet plus grande que lui. Là, sans la moindre gène, ils avaient put continuer à se bécoter, agir avec cette complicité toute nouvelle et pourtant aussi instinctive qu'une vieille routine.

Ce moment, cet instant, tout détonait, l'ancien monde, simple, léger, cherchant à s'insinuer entre eux pour égayer leur affreuse apocalypse. Pendant des mois, Samuel s'était convaincu, sottement, que si le monde d'avant était perdu, celui qui émergerait ensuite ne laisserait pas de places à ces vieux rituels... Mais il avait tort, le monde, son monde, n'avait pas besoin d'observer le passé comme une capsule temporelle inaccessible. Tout survivait à travers eux, avait été ressuscité avec eux, le vieux monde avait l'opportunité de faire ressortir les plus belles fleurs du cloaque de sa destruction.

Frissonnant à nouveau, le jeune homme sentit les mains douces d'Ivy passer sur ses joues, caresser sa barbe rêche alors que, sans trop de peine et sans doute mue par l'émotion du moment, sa main gauche avait glissé pour soutenir plus franchement le fessier de sa douce. A dire vrai, la petite intello elle-même avait put sentir avec qu'elle aisance il la soutenait et comprendre que le geste, aussi inoffensif soit-il, n'avait rien d'un accident.

C'est bien pour cela que, lorsque la jeune femme quitta brusquement son visage, tel le petit garçon comprenant lui-même qu'il s'était fait trop insistant avec son pied sous la table, il desserra son étreinte afin de laisser glisser Ivy pour qu'elle retourne calmement mais prestement sur le plancher des vaches, et ce pour mieux lui dire quelque chose à laquelle il ne s'était pas attendu, sur un ton auquel il ne s'était pas attendu, le laissant fort perplexe.

Pourquoi prenait-elle finalement au sérieux cette taquinerie toute légère ? Pourquoi cela faisait-il écho à son ancienne vie de mensonge ? Pourquoi et comment tout cela pouvait-il se lier, était-il celui qui tissait malgré lui les toiles qui devaient l'entraver ? Chercher chaque indice là où il lui semblait en voir un...

Malgré ces questionnements, ses mains trouvèrent vite le chemin des bras, puis des épaules, de l'ingénieure, et les caressa aussi doucement que possible en murmurant à son tour, la voix toute remplit de son assurance, une confiance de façade qu'il se devait de servir, même avec cette femme pour qui il aurait abandonné toute malhonnêteté.


"Jamais. Quoi qu'il arrive. Toujours là, le même Samuel qu'à notre réveil."

Pour autant que le Samuel Freeman de cette étrange journée à la ferme de Wallace ait bel et bien été semblable à La Baguette, le Contrebandier, le Col Blanc, une question à laquelle le principal intéressé lui-même n'aurait su réellement répondre, sans même évoquer les sentiments compliqués qui l'avaient habité depuis ce jour et semblait pourtant avoir fait profondément évoluer son regard sur son environnement... Ivy aurait-elle put vraiment s'éprendre de l'homme qu'il avait été ? D'un agent du chaos, assoiffé de tous les pouvoirs, dansant sur la corde d'une humanité qui ne signifiait plus rien il y a encore quelques mois, seulement équilibré par ces vieilles valeurs qu'il portait maintenant en étendard.

Paradoxalement, peut-être était-ce pour le mieux que cette petite et adorable femme ignore que le changement était déjà opéré, et plus encore, que ce changement était pour le mieux.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 31 Mar - 17:54
Les mains de Samuel empoignant mes épaules, j’avais conservé une posture statique quelques instants, fermant les paupières et baissant légèrement le visage en tâchant de m’approprier le réconfort prodigué tant par les caresses que par les mots du Canadien. Puis j’avais rompu cet immobilisme pour venir me lover contre lui, enfouissant de nouveau mon visage contre sa poitrine, l’entourant de nouveau de mes bras, à la recherche de ce cocon protecteur qu’il avait su jusqu’à lors m’offrir.

Je pris une longue et profonde inspiration, désireuse de me sentir rassurée, protégée, aimée, emprisonnée. Mes bras autour de sa taille l’enserrèrent avec une certaine poigne, une étreinte possessive, comme si je craignais de voir l’homme disparaître, sa silhouette effacée dans un souffle, un simple mirage balayé par la réalité du monde bien cruel qui m’entourait. J’avais le besoin de le ressentir, me convaincre doublement, moi et cette once de folie, que tout cela n’était pas le fruit de mon imagination ni de mes fantasmes.

Et il n’en était rien. J’enlaçais bien là l’homme que j’avais désespérément appelé depuis les tréfonds des ténèbres ; son caractère, sa voix, sa présence d’autant plus renforcés par les espoirs que j’avais nourris et entretenus de le retrouver et m’en éprendre. Peu à peu, au fil des secondes s’égrainant lovée auprès de Samuel, j’avais senti mes doutes et mes craintes s’effacer pour laisser place à la simple appréciation de l’instant. La folie et la peur instillées se taisant finalement après s’être extirpées d’un cocon émotif, en vecteur parallèle de sens opposé à la plénitude et la légèreté qui m’avait gagné. Deux dimensions de mon esprit flottantes côte à côte, se mouvant sous le flot ondulatoire de mes pensées tels deux draps suspendus, agités par une légère brise, pour parfois se frôler en un point parfaitement singulier et éphémère, aux conséquences bien aléatoires.

Les paupières fermées dans une légère grimace d’effort, je tâchais de faire disparaître ces raisonnements bien trop cartésiens - et non-Euclidiens en prime - d’une représentation mentale du bordel que le Libérateur avait foutu dans mon esprit, sans réellement y parvenir parfaitement.  De la terreur à l’allégresse, de l’ardeur à l’extinction ; la mort devenue joueuse avec sa propre condition avait marqué les sentiments les plus purs et intenses de son empreinte macabre.

Et c’était ce que je redoutais. Que tout cela puisse devenir contagieux, s’épanchant en une main ombrageuse, à la poigne aussi ferme que pernicieuse et se distiller insidieusement dans les cœurs et les esprits de l’ensemble de mes compagnons. Et d’autant plus dans celui de Samuel. Je craignais tant de le voir être atteint, souffrir, changer à mon contact ; le spolier de son humanité, son intégrité morale et mentale, toutes relatives pouvaient-elles bien être. Je ne pouvais m’imaginer pire scénario possible que celui d’entraîner mes acolytes dans cette chute, ces vices qui finiraient par me rendre aussi déshumanisée que ces rôdeurs dont nous partagions le quotidien et redoutions la rencontre. Pire scénario que de me retrouver seule, à nouveau, être la proie de ces nouveaux tourments auto-infligés, la vision du monde et de ceux qui m’entourent par le filtre déformant d’une paranoïa faisant naître le doute en chaque chose, chaque acte, chaque mot.

Et dans mes craintes, je m’accrochais à Samuel, aux espoirs que j’avais mis en lui, aux émotions que je lui avais livrées sans retenue, en dernière prise escarpée à laquelle me raccrocher au bord d’un gouffre sans âme et sans fond, noyé de ténèbres. Je me sentais comme battre des jambes dans le vide, tenter de remonter vers la surface pour ensuite me laisser porter par le courant jusqu’à des rivages sains ; un îlot vierge fait de draps mêlés à sa peau que j’imaginais douce et satinée, une plage chaude et mouvante d’une respiration calme et rassurante contre laquelle je pourrais fermer les yeux, tracer des arabesques chatouilleuses de mes doigts et m’abandonner pleinement.

Mais pas maintenant, ni en ce jour où je continuais de flotter dans le vague de mes passions, à la recherche d’un radeau auquel me raccrocher, une embarcation de fortune que je saurais manœuvrer sans heurt et sans crainte. Une machine. Seule une machine pouvait m’aider à tirer au clair les mécaniques de mes sentiments.

Pour autant, il n’était pas question de rompre le moment avec la rudesse précédente, ni rendre l’homme à ses préoccupations d’alors sans rendre une partie de ce qu’il m’avait donné. Relevant les yeux vers lui, caressant sa joue d’une main, je l’avais de nouveau embrassé, déposant mes lèvres dans le creux de son cou, les laissant doucement glisser, remonter vers sa mâchoire et faire courir ma bouche jusqu’à son menton, le mordre légèrement du bout des dents dans un mince sourire envieux pour enfin joindre ses lèvres aux miennes dans un baiser plus épris et généreux que les précédents, parce qu’il se voulait messager tant de désirs que de regrets.

Puis je me résignais à conclure ce dernier instant de volupté pour regagner la laborieuse réalité, glissant un regard doux et profondément épris de tendresse au Canadien qui n’en méritait pas moins. Je laissais un petit soupir peiné s’échapper de mes lèvres mordillées, avant de lui rendre sa pleine liberté physique en détachant mes mains de lui pour les joindre devant moi, serrant les doigts de l’une dans l’autre comme pour préserver les quelques picotements de sa peau imprimés sur mes phalanges. De la même manière, j’humectais mes lèvres du bout de ma langue, savourant le souvenir suave de nos confessions muettes avant de lui susurrer un simple :

“Merci.”
Fin du jeu.
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