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[CS, A, 2] Nettoyage de Printemps - 18/03/35
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 18 Avr - 10:04
J’avais refermé mon sac rapidement, le basculant à nouveau sur mes épaules avant de la laisser prendre les devants et se concentrer sur les deux créatures sur lesquels nous nous dirigions. Je n’avais pas vraiment eu besoin de me justifier sur le fait de la faire passer devant, il fallait dire que ça coulait un peu de bon sens, mais jusqu’à maintenant, je n’étais pas vraiment sûr qu’elle en avait un temps soi peu. Au regard de la dernière et première situation périlleuse que j’avais affronté avec Higgins inclus dans l’équation, j’étais tout à fait en droit d’en douter, mais je savais aussi que la panique et le stress pouvait faire commettre à des personnes douées de raisons censées des actes irréfléchis.
J’avais attendu 3 mètres environs avant de me mettre en route à mon tour, mon regard se concentrant plus sur les menaces lointaines, et plus particulièrement vers l’Ouest dont les activités ennemies étaient affirmées. Le pas rapide, je suivais la trajectoire empruntée par la jolie blonde, lui faisant confiance pour s’assurer du danger proche, moi-même concentré sur celui éloigné.
J’appréciais de plus en plus le binôme que j’avais choisis, qui en dépit de son inexpérience par le passé sur le sujet, prouvait qu’elle avait une réelle capacité d’adaptation.

Notre progression ne passa cependant pas inaperçue parmi les sept groupés au Sud, ceux les plus proche de notre emplacement, et je voyais au moins l’un d’entre eux décidé de bouger à notre encontre. Je continuais pourtant à courir à la suite de Jena jusqu’à ce qu’elle s’arrête pour s’occuper des deux gêneurs. En dépit du silencieux fixé au bout de son canon, j’entendis les déflagrations étouffées tandis qu’elle pressait la détente par cinq fois.
J’espérais que ces cinq balles avaient été suffisante pour régler le compte des deux créatures dans mon dos, tandis que mon regard continuait de surveiller les positions des sept autres.

Toujours arc en main, je me tenais prêt à dégoupiller la grenade si la situation l’exigeait tel le plan que j’avais posé avec Jena, pourtant bien conscient que ce dernier pourrait être réadapté en fonction.
Ils étaient finalement trois à avoir tourné leur attention à notre égard, les quatre autres dos tournés ne prêtant que peu d’intérêt aux activités de leurs pairs.
Trois qui pouvaient largement être gérable si mes doigts arrivaient à se délier complètement.

J’attendais qu’ils approchent suffisamment pour se caller à distance intermédiaire, ni trop loin pour être certain de les toucher, ni trop proche pour ne pas se laisser déborder et jetais un œil en attendant au versant Est de la haie qui était désormais dans ma ligne de mire.

« Haie dégagée et trois hostiles en approches. Je m’occupe d’eux, va sécuriser l’objectif. »

Je n’attendais pas d’avoir eu son avis ou de m’enquérir de sa situation que je bandais mon arc, alignant les plumes de la flèche avec mon œil, la main droite pressée contre ma joue. Le mouvement me parut presque étranger et je sentais mon bras peu assuré par rapport à la tension que j’imposais à la corde.
J’alignais le premier et le plus proche des trois, bloquant ma respiration sans trop prendre de temps à maudire ma condition amoindrie, décochant la première flèche. La pointe transperça l’œil de ma victime, déchirant sa cervelle décomposée et perçant même l’arrière de son crâne pour finir sa course en arrière, hors de ma vision. Je voyais la créature s’effondrer sur place, neutralisé.

Galvanisé par cette performance qui me paraissait complètement inespérée, je décochais une seconde flèche qui ne put cependant reproduire le schéma. La flèche se perdit dans la haie Sud, à plusieurs pouces de ma cible, me laissant gronder mon échec.
Economisant ma dernière flèche, je me repliais vers la haie Est si Higgins l’avait rejoint, lui donnant le résultat de ma maigre performance. Et si elle n’avait pas bougé, je l’aurais incité à le faire pour ne pas rester plus longtemps à découvert, au risque d’en attirer plus.

« Deux toujours en approche. »

Si seulement j’avais eu également un silencieux, j’aurais pu régler le soucis moi-même, mais au lieu de cela, je me retrouvais dépendante de l’attirail d’Higgins, et je détestais ça. Je préférais lui laisser le loisir de prendre la décision d’elle-même, m’épargnant de le lui suggérer personnellement, allant plutôt me concentrer sur la cour de la première baraque qui se présenterait au bout de cette rangée non-entretenue de buisson.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 21 Avr - 13:04
Aux informations et instructions de Kyle, je n’approuvais que d’un seul hochement de tête silencieux avant de m’exécuter. Jetant un dernier regard vers l’homme, que je laissais ensuite glisser vers les trois rôdeurs en approche directe, je me décidais à lui faire confiance pour se charger de la menace comme il l’avait fait précédemment à mon égard. C’est ainsi que je quittais notre position actuelle, me déplaçant vers le mur de végétation désigné à petites foulées à nouveau.

J’avais par ailleurs porté mon attention aux environs un peu moins immédiats, sachant que mon trajet ne se verrait - pour l’instant - perturbé par aucune menace. En regardant vers le Nord, au plus loin de ce que je pouvais nettement distinguer, il me semblait deviner quelques mouvements lents provenant de silhouettes, à plus de cent-cinquante mètres de notre position. Rien de directement menaçant donc, juste une information en garder en tête au cas nous aurions besoin de nous replier par la suite.

Parvenue à l’angle de la Sud-Est de la haie, je la longeais ensuite sur son premier tiers, le canon de mon arme pointé vers le sol, la reprenant à deux mains en progressant avec un rythme bien plus lent. Je tendais par ailleurs une oreille curieuse et tâchais de me concentrer sur mon ouïe pour tenter de discerner les bruits ou les râles qui auraient pu me parvenir depuis l’autre côté de cette barrière de végétation. J’en percevais quelques-uns, mais rien qui ne me laisse penser que la cour intérieure puisse abriter plus de cinq ou six rôdeurs. L’odeur quant à elle se voulait toujours aussi présente et poignante, amère et lourde. Des miasmes de décomposition qui continuaient à flotter dans l’air, imprégnant presque chaque chose et chaque instant de ce monde.

Une concentration qui rendit la voix de Kyle plus intense lorsqu’il m’informa de la situation. Réprimant un léger sursaut qui ne se manifesta que par la présence d’une chair de poule courant le long de mes bras, je posais mon regard sur lui, avant de le laisser glisser vers les deux infectés qui avaient corrigé leur trajectoire initiale pour revenir vers nous, de leur démarche traînante et maladroite, leurs mâchoires ouvertes n’émettant que de râles rauques, ponctués de petites pointes plus stridentes.

“Bien reçu,” avais-je simplement répondu à l’ex-militaire d’une voix à peine plus élevée qu’un murmure, sans même savoir s’il m’avait entendu. Je suivis l’homme de mes azurs durant une fraction de secondes afin de voir ce qu’il préparait pour la suite, avant de les ramener sur les deux créatures. Je pris une profonde inspiration, resserrant mes doigts autour de mon arme en redressant celle-ci, plissant mes paupières pour bien ajuster ma visée en tournant pleinement face à eux, situés à environ vingt-cinq mètres de ma position.

La présence de Kyle, non loin de moi, galvanisait ma volonté et ma détermination à m’appliquer dans mes gestes. Une présence et une attitude qui laissaient enfin un peu de place à l’optimisme au beau milieu de tout mon pragmatisme. Avec un mec comme lui dans le groupe, on pouvait envisager de construire quelque chose de plus résistant, de mieux préparé à affronter ce monde et les menaces qu’il faisait peser sur nous. L’idée était donc de ne pas le décevoir en cramant et gaspillant encore je ne savais combien d’ogives pour foutre à terre deux pauvres rôdeurs, lents et décrépis.

Une nouvelle inspiration, puis je bloquais ma respiration, mon diaphragme tenu en haleine, la tête du premier d’entre eux alignée avec ma mire et les organes de visée de mon pistolet. Puis je sonnai le glas du premier, d’une pression de l’index suivi instantanément d’une dépression de l’air autour de la bouche du silencieux. L’ogive fila dans une détonation étouffée pour aller frapper l’arête nasale du premier des deux hostiles, creusant son visage dévoré et explosant l’arrière de sa boîte crânienne dans une giclée de fluides visqueux.

Je ne prenais pas le temps de m’attarder sur le premier corps chutant, parfaitement inerte, pour engager le second rôdeur, en retrait d’un ou deux mètres seulement du premier, et renouveler mon tir. La première de mes balles le manqua de peu, le souffle du projectile faisant seulement voleter quelques mèches de ses cheveux sur le côté gauche de son visage. La seconde par contre vint frapper le front de la créature, au niveau d’un sourcil, la renvoyant immédiatement ad patres dans le simple bruit mat d’un corps s’effondrant, soulevant quelques volutes de poussière sèche sous sa masse.

Je ne pus retenir un petit sourire en coin, à la fois amer et satisfait, de voir les deux infectés rendus à leur statut initial, baissant finalement mon arme jusqu’au niveau de ma cuisse. Très étrangement, je ne ressentais pas la colère, la haine, et le désir de vengeance m'enivrer et me consumer aussi intensément qu’auparavant. La rancœur se trouvait bel et bien là, toujours présente, mais ne me poussait plus vraiment à aller à l’encontre des rôdeurs pour simplement leur faire payer le lourd tribut qu’ils me devaient, tous, sans exception. Non, cette sortie avec Kyle, l’approche et la nécessité de faire passer la réussite de ce qui pouvait s’apparenter comme une mission - qui ne restait, ni plus ni moins, que du bon gros défonçage de zombies en règle - prenaient lentement mais sûrement le pas sur ma vengeance personnelle.

D’un simple demi-tour, je retrouvais le visuel sur l’homme, et je me mettais  en tête de le rejoindre, jetant un regard circonspect sur nos alentours proches afin de m’assurer qu’aucune nouvelle menace ne viendrait perturber notre progression. Parvenue à hauteur du Seal, je m’arrêtais et ne prenais que quelques secondes pour lui faire le topo de la situation.

“Les deux menaces sont neutralisées,” l’informai-je sommairement, laissant courir mes azurs jusqu’à l’extrémité Nord-Est de la haie, qui semblait se terminer là pour ensuite ne laisser qu’une ouverture vers la cour intérieure de la première des deux maisons. Si mon binôme avait eu le temps d’examiner les lieux, je lui demanderai quel était le fruit de ses observations d’une voix plus douce, bien que toujours assez formelle.

“Comment ça se présente ?”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 27 Avr - 11:19
J’avais hoché la tête d’un signe entendu lorsque Higgins répondit à ma demande sous-jacente. Je me sentais de plus en plus à l’aise avec elle et félicitais intérieurement sa jugeote et son intelligence. Ça m’aidait à affronter mes potentiels bien amoindrie et espérait ne pas lui donner une mauvaise image de mes capacités. Si la théorie revenait à ma mémoire à mesure que j’avançais comme une évidence toute simple, je maudissais toujours pleinement mes doigts, mes bras, mes pieds, qui ne se coordonnaient pas de la manière dont je l’avais souhaité.
 
J’avais l’impression d’être revenu des années en arrière, coincé dans ce fauteuil aux côtés de médecin m’affirmant que non, je ne pourrais sans doute pas remarcher de sitôt. Et moi qui envoyait se faire foutre le destin et dressait un beau majeur à ses touristes médicales incapable de considérer l’être humain dans son entièreté. Je n’avais pas l’intention d’en faire moins qu’avant.
 
Je reportais mon attention bien rapidement sur l’extrémité Nord Est de cette haie pour reprendre là où ma coéquipière s’était arrêtée, pour ne pas perdre de temps dans notre progression. Nous étions maintenant en plein milieu de la difficulté, progressant au sein même de la zone dangereuse, et le risque grandissant à chaque pas. Accroupi, j’avais déployé à la vitesse de l’éclaire mon sac à dos pour y ranger l’arc et en sortir le couteau que je dépliais rapidement avant de le planter dans la terre le temps de me ré-équiper correctement. On était arrivé trop prêt des hostiles pour espérer une réelle efficacité avec cette arme qui ne comptait plus qu’une flèche, et mon flingue était encore trop bruyant dans ce contexte.
 
J’entendais le souffle du premier tir d’Higgins dans mon dos à l’instant même où j’atteignais l’autre côté de la haie, couteau en main, me penchant légèrement en avant, mon regard attentif à ce qui allait s’y dévoiler. La haie en elle-même était bien trop broussailleuse pour y voir à travers, même en se baissant au maximum, et je prenais toutes les précautions pour ne pas me faire remarquer, tendant l’oreille pour déceler les distances approximatives des créatures.
Je découvrais d’abord deux hostiles tout près d’un arbre dans la partie avant de la maison que nous abordions avant d’en dévoiler un troisième collé à la baie vitrée de l’édifice, le regard coincé vers l’intérieur, ou vers son propre reflet, si ces monstres avaient une réelle conscience de leur propre existence. Ça me paraissait tellement étrange comme spectacle que je restais bloqué sur cette contemplation intriguée avant de sentir la présence de la jolie blonde à nouveau à mes côtés.
Je reprenais une position correcte, n’ayant pas pu pousser mon repérage au-delà de ces trois cibles, afin de me rapprocher au plus près de Higgins pour qu’elle n’ait pas à monter trop sa voix lorsqu’elle me confia son rapport.
 
Cette fille était tout simplement extraordinaire. Elle se débarrassait de chacune des cibles avec une efficacité certaine, et ça renforçait encore plus ma confiance en elle pour gérer ces situations. C’était un bon point, un très bon point, pour elle, comme pour moi.
A sa question, je répondis sur un ton extrêmement bas.
 
« Deux à sept heure et un à six heure. Je regarde plus en avant. » Lui confiais-je avant de me remettre à mon investigation.
 
Le temps de passer ma tête lentement hors des broussailles de la haie, je devinais avec surprise les morceaux de chaires décharnée d’un tibia horriblement grignoté en même temps que son odeur me parvint jusqu’aux narines avec une violence inouïe. La créature, à moins de quarante centimètres de moi me tomba littéralement dessus en poussant un grondement féroce avant même que je n’eus le temps d’anticiper son acte. La bête avait sans doute remonté la barrière végétale à notre rencontre sans se révéler distinctement à nous, me surprenant complètement.
 
Je basculais en arrière tendant mes mains en protection vers ses épaules pour retenir son attaque et surtout sa mâchoire déployée cherchant sauvagement à me mordre la joue, la gorge, ou peu importe. Je constatais pleinement la force de cette créature qui mettait la mienne à l’épreuve, une force qui ployait en un rien de temps. Je devais jouer entre cette chose se débattant et mon sac à dos contre le sol, me forçant à basculer sur le côté à l’opposé de ma coéquipière pour ne pas la mettre également en danger. Quelques fractions de seconde avaient suffi, me débattant avec la bête tandis que ses doigts crochus déchiraient mon blouson au niveau des bras, mettant à jour la doublure et en péril ma peau face à une potentielle griffure. Je me doutais que la lutte au sol empêchait une intervention armée, mais je ne parvenais pas à envisager une autre possibilité de combat au risque de me faire happer par ces dents qui claquaient d’envie.
J’essayais tant bien que mal de bloquer ses membres, mais les prises n’avaient que peu d’effet sur ce corps qui ne ressentait pas la douleur. J’entendis même quelque chose se déchirer, comme de la chaire, et priait intérieurement pour que ce ne soit pas de mon corps dont il s’agissait. Dix secondes à peine après le début de l’altercation, brutale, que j’arrivais enfin à aligner mon couteau avec sa tête. Un soubresaut incontrôlé me fit perdre ma mire, mais je finis par déployer un effort considérable pour faire pénétrer cette lame dans son crâne.
Les grondements cessèrent, et je ne percevais plus que ma respiration forte, accélérée, et les battements de mon cœur dont les pulsations remontaient jusqu’à mes tempes.
 
J’étais complètement désorienté, le regard rivé sur le corps sans vie reposant sous le miens, les yeux bleus éternellement fixés sur moi en une expression effroyable, de peur, de terreur, appelant à l’aide avant que je ne lui ôte son existence. Ses longs cheveux blonds se rependaient sur le sol auréolée d’une mare de sang qui grandissaient, petit à petit. Je venais d’assassiner un ange de chair et de sang, qui n’avait rien demandé. J’expulsais l’air contenu dans mes poumons, un acouphène me remplissant les oreilles, ne pouvant me séparer de ma femme que je venais d’assassiner. Un meurtre ignoble dont je ne comprenais ni les raisons, ni les circonstances.
Je tombais littéralement sur le côté, le soleil aveuglant mes rétines, complètement inconscient que la réalité était tout autre. Un simple rôdeur qui m’avait attaqué, poussant notre effarouchée hors du couvert de la haie, et sans doute au plein regard d’autres bêtes positionnées un peu plus loin.
 
Il me fallait quelque chose, ou quelqu’un, pour me refaire prendre pieds dans la réalité, et affalé sur le dos, je cherchais frénétiquement du regard dans le bleu du ciel cette amarre qui me ramènerait à bon port.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Mer 27 Avr - 14:06
Silencieusement, je mettais à jour la carte mentale des lieux que je tâchais de dresser au fur et à mesure de notre progression, et de nos interventions destinées à pacifier la zone. De nouveau rôdeurs, peut-être une partie de ceux que j’avais cru percevoir quelques instants auparavant, simplement à l’oreille. Kyle en avait dénombré trois, mais je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il y en avait d’autres, peut-être plus en retrait encore et masqués à sa vue, lors de sa première inspection. Mais je n’eus pas le temps de lui faire part de mes doutes et des observations sonores que j’avais faites qu’un grognement me parvint beaucoup trop distinctement, et encore plus proche.

Tout était allé si vite. Kyle qui basculait en arrière, ses bras tendus contre les épaules d’un de ces anthropophages qui venait de jaillir à l’angle de la haie. Une altercation face à laquelle je me retrouvais soudainement impuissante, figée sur place durant une fraction de secondes durant lesquelles j’avais senti mes veines se gonfler d’adrénaline, les battements de mon cœur doubler de fréquence, mon estomac se contracter d’une trouille viscérale faisant trembler chacun de mes membres. Dans un réflexe, j’avais bondi en arrière en relevant mon arme de poing, la bouche du silencieux pointée vers les deux corps emmêlés se débattant dans la poussière, s’offrant à un véritable combat qui reflétait parfaitement bien tout le manichéisme de notre condition : la vie contre la mort. Point.

De quelques pas, j’avais fini par m’éloigner de ce combat que je ne pouvais faire basculer pour contourner les deux êtres et venir me positionner à l’angle de la haie. Je tâchais de veiller à ce qu’aucun convive de dernière seconde ne s’invite à la fête, me dévoilant totalement à la délimitation de cette cour, l’extrémité du buisson de haie légèrement sur ma gauche. D’un regard, j’observais Kyle et son agresseur, résistant à la furieuse envie de lui prêter main forte pour privilégier la prévention d’un risque plus grand encore, ne gardant au final que mon arme pointée vers eux.

Malheureusement, je me sentais totalement impuissante alors que je sentais, voyais mon arme trembler à l’extrémité de mes bras tendus sans pouvoir agir ou venir en aide à mon partenaire, au risque de lui coller une balle et précipiter sa défaite. Je me retrouvais donc ainsi suspendue à cet étrange fil du destin, à devoir attendre la conclusion de ce combat pour agir, guettant la moindre fenêtre de tir que pourrait m’offrir Kyle dans sa lutte. Une fenêtre qui ne s’ouvrit jamais, lorsque le Seal enfonça sa lame dans le crâne de son agresseur et mit fin à son existence morbide en même temps qu’au paroxysme de ma tension qui se relâchait soudainement.

Derrière mes verres fumés, je laissais mes azurs se poser quelques secondes sur la silhouette allongée avant de revenir vers l’observation de la cour dégagée qui s’ouvrait devant la façade Nord de la première maison. Les bruits de lutte, le grognement de ce premier agresseur avait fait son office auprès de ses pairs, dont les deux plus proches, situés près de l’arbre aux branches bourgeonnantes progressaient désormais vers nous. Le troisième vint s’ajouter à la marche macabre en se détournant de la baie vitrée, accompagné d’un quatrième surgit de l’angle Nord-Ouest de la maison, et j’en découvrais deux de plus, plus éloignés encore de quelques mètres sur la gauche, remontant le long de la haie buissonnante depuis l’arrière d’une balançoire de jardin s’érigeant au milieu des herbes hautes.

Un rapide regard vers ma droite m’informa par ailleurs que le petit groupe de plus d’une dizaine de rôdeurs repéré lors de notre première inspection continuait de se mouvoir au loin, à plus d’une centaine de mètres sans donner l’impression de se préoccuper de nous, pour l’instant. Au contraire des six présents qui ne tarderaient pas à nous tomber dessus pour se faire éclater la panse d’un copieux festin. Et très sincèrement, je n’avais pas pour ambition immédiate de servir de repas à quiconque, pas plus qu’il n’y avait de diplomatie à avoir face à ces dévoreurs de chair.

Relevant mon arme, je pointais le canon de celle-ci vers le duo de Z le plus proche, ceux qui se trouvaient près de l’arbre quelques instants auparavant, prenant le temps d’ajuster la visée de mon arme de poing que je sentais redevenir de plus en plus familière à mesure que je m’habituais au poids supplémentaire que représentais ses accessoires, et son nouvel équilibre. Pour autant, la situation ne m’offrait pas le luxe de prendre mon temps plus que de raison. J’avais une menace à éliminer et un coéquipier à protéger - surtout un coéquipier à protéger - alors je pressais la queue de détente à de nombreuses reprises, logeant quelques balles dans les chairs décomposées avant de parvenir à atteindre les deux crânes et rendre leurs possesseurs inertes, au milieu de ce qui n’était plus qu’une pelouse en friche.

Ces deux-là neutralisés, je réorientais ma posture et mon flingue vers les deux zombies les plus à gauche, le long de la haie, et les arrosais de la même manière, délestant mon chargeur de quatre ogives supplémentaires pour les faire taire à jamais avant de porter mon attention sur les deux restants. Sans être redoutable de précision, la situation ne s’y prêtant absolument pas, je ne comptais même pas mes munitions. J’avais suffisamment de chargeurs dans les poches pour me permettre de sacrifier quelques balles sur l’autel de l’efficacité nécessaire ; et il me fallut bien le restant de mon magasin pour venir à bout des deux derniers, soit neuf ogives dont certaines manquèrent purement et simplement les corps visés pour aller se perdre dans la façade lambrissée de la baraque en arrière-plan, creusant quelques éclats dans le bois mâtiné de lasure blanche.

Le dernier des rôdeurs s’effondra dans un bruit mat et crissant sur la petite allée gravillonnée qui serpentait dans la cour et les herbes jusqu’à la porte d’entrée, au moment même où la culasse de mon arme se bloqua en position arrière, sa chambre de tir comme son chargeur, vides.

Le rythme de mon cœur se voulut moins affolé quand la non-vie de la dernière menace s’éteignait enfin, dans un silence redevenant lourd et accablant. Fini le petit moment de tension galvanisant qui m’avait poussé à agir au-delà du raisonnable, d’une stratégie d’approche et d’élimination plus subtile. Bien rapidement, je me tournais de nouveau vers celui qui avait habité mes pensées et guidé mes gestes comme ma volonté. L’homme aurait pu voir sans mal, bien au-delà de la détermination qui m’avait consumé, l’inquiétude pleine et sincère qui gravait mes traits quant à son sort. D’un geste rapide et assez assuré, j’éjectai le chargeur vide de mon arme et l’échangeai par un nouveau dans une de mes poches, engageant celui-ci et chambrant la prochaine cartouche en ramenant la culasse en position de tir avant de ranger l’arme à ma ceinture.

Finalement, je m’approchais de Kyle, ôtant mes lunettes de soleil pour les glisser au col de mon débardeur d’une main, lui offrant la poigne de la seconde d’un bras tendu s’il s’était toujours trouvé allongé au sol. Je laissais glisser mes azurs de son visage au cadavre allongé à ses côtés avant de revenir sur lui, les sourcils légèrement froncés d’une profonde inquiétude.

“Ça va aller ? Tu n’es pas blessé ?” lui demandai-je avec un certain empressement, mon inquiétude se laissant percevoir dans ma voix.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 2 Mai - 11:42
Une silhouette m’apparue bordé d’une couronne de lumière tandis que je ne percevais qu’en résonnance le son de sa voix, féminine. J’attrapais ce bras tendu à mon attention comme cette ancre que j’avais espéré, coinçant mes pieds dans le sol pour aider mon corps à décoller du sol. Je tanguais légèrement, me servant de ma main libre pour faire balancier et m’éviter de me précipiter à nouveau face contre terre. Je soulevais en même temps que mon corps un nuage de poussière, retrouvant à mesure de mon ascension toute la clarté du monde.

Je baissais mon regard sur la femme qui m’avait aidé, soulagé de constater qu’elle n’était ni blessée, ni n’avait succombée à ma lame comme je l’avais cru. Je profitais de la proximité avec elle pour passer une main dans son dos et la rapprocher contre moi en murmurant d’un ton rassurant quelques mots, mes lèvres glissant à son oreille alors que j’évitais de passer ma joue mal rasé contre la sienne, me rappelant à quel point elle détestait ça, sans que je la retienne davantage, reprenant pleinement conscience de notre situation sur terrain hostile et du danger qui nous menaçait en permanence.

« Ca va, ne t’inquiète pas pour moi. »

J’avais immédiatement reporté ensuite mon regard sur les différents cadavres qui jonchait le sol. Le plus proche, complètement décomposé et les jambes désarticulés dans une position invraisemblable, portait encore l’arme qui avait sonné son glas planté dans son crâne à travers la tempe. Je me penchais pour récupérer la lame, la repliant d’un simple mouvement de main après l’avoir essuyé sur le tissu de ma cuisse, le gardant tout de même en main le temps de contempler cette victime que je venais de faire. Un homme sans doute, d’un âge qui ne pouvait plus être déterminé décemment mais que je devinais adulte, un trou béant dans la joue côté gauche laissant entrevoir sa dentition défraîchit.
Mes yeux furent attirés à ses doigts, certains manquant, d’autre n’arborant que la pointe d’un os rongé filant de chaire putréfiée, mais surtout les morceaux de tissu qu’ils avaient réussis à capturer et qui me rappelait le combat qu’on avait livré.

Rapidement, je portais mon regard sur ma veste, m’assurant qu’elle seule avait été endommagée, avant de détourner mon regard sur le spectacle de la maison et de sa cour vidée. D’autre corps gisaient à même le sol, le crâne percuté par quelconque projectile qui avait précipité également leur mort définitive.

«  Du beau travail… » Avais-je seulement exprimé en constat de tout ceci me sentant pour le coup quasiment inutile.

Une impression que je détestais et que je n’allais pas tarder à faire taire en mettant la main sur la poignée de mon arme à feu assignée.

« On traine pas, on a encore à faire. »

J’invitais en même temps par un geste du menton ma belle blonde à s’engager à ma suite dans la cour de la maison, prêtant attention à ce que cachait la haie ou les différents angles morts du décors. J’avais progressé à moitié tassé sur mes jambes pour être le plus rapide et discret possible. Mon objectif était maintenant la maison, et plus précisément la porte d’entrée et la baie vitrée. La seconde me servirait à m’assurer si la zone était dégagée à l’intérieur, et la première à y progresser.
Je ne le ferais pas tout seul néanmoins, attendant d’être rejoint sur place par celle qui m’accompagnait.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Jeu 12 Mai - 23:35
Lorsque Kyle attrapa ma main, je me raidis légèrement en arrière, histoire de faire contrepoids à sa propre emprise s’il venait à tirer un peu trop ardemment sur sa prise. Et si je m’attendais assez bien à encaisser la traction de l’homme, la suite de son geste me laissa bien plus pantoise lorsqu’il me ramena vers lui. Sa main glissée dans mon dos, puis ses mots murmurés à mon oreille, un étrange geste de remerciement, bien plus proche de l’étreinte affective que de la franche empoignade enhardie pleine de camaraderie à laquelle j’aurais plutôt eu tendance à m’attendre de sa part. Et encore, en réalité, je n’avais rien attendu de sa part, pensant l’ex-militaire s’en tiendrait à la rigueur et la distance qu’il avait maintenues jusqu’à présent.

Pour autant, je ne pouvais pas nier que ce contact, ce rapprochement, avait quelque chose d’agréable au-delà d’être simplement déroutant. Aussi avais-je simplement répondu à son étreinte et ses quelques mots en laissant ma main désarmée glisser dans son dos et le gratifier de quelques tapotements avant de le laisser se détacher de moi pour récupérer son arme. A mon tour, je laissais mon regard se promener sur le cadavre qu’il affrontait quelques secondes plus tôt, avant de revenir vers l’ex-militaire. Rapidement, je le détaillais, désireuse de m’assurer moi-même qu’il ne présentait pas de blessure infectieuse, gardant désormais bien à l’esprit que ce genre de blessure n’était pas létale, du moins pour “eux”.

Eux. Une différenciation qui me venait à nouveau à l’esprit, comme précédemment dans la matinée, pour désigner ces individus à l’image de Kyle, dont l’existence même avait remis bon nombre de mes certitudes et mes ambitions en question. Jusqu’à remettre ma propre place et condition en ce monde en cause. Étais-je dépassée ? Une relique de ce que le monde avait eu de meilleur et de pire à la fois, mais désormais condamnée à disparaître pour laisser la place à cette étrange génération de ressuscités doués d’étranges facultés, dont celle de tromper la mort. Est-ce que justement, je ne contemplais pas juste devant moi l’un de ceux qui signeraient ma perte ? Peut-être venais-je de sceller mon sort en le protégeant, lui et les autres ?  Une étrange question qui me tiraillait l’esprit, quelque part entre la crainte et l’admiration - deux émotions que je m’efforçais de garder pour moi - et qui ne pouvait connaître d’autre réponse que l’attentisme observateur.

Mais mes maigres réflexions furent rapidement coupées par le compliment de Kyle à propos de mon carnage précédent, auquel je ne répondis que d’un simple haussement des épaules plutôt résigné. Tout ce que j’espérais, au-delà d’assurer la sécurité de la zone, si on pouvait appeler ça “sécurité”, c’était surtout que l’homme n’ait pas l’occasion de voir chez moi toute la colère qui me consumait dès lors qu’il s’agissait d’aller au-devant de ces créatures.

“Un bon travail aurait été d’empêcher cette créature de te tomber dessus,” avais-je simplement déclaré avec un formalisme légèrement désolé.

J’ignorais pourquoi je lui offrais cette réponse, plutôt qu’un simple “merci”. Quelque part, je savais n’avoir rien à me reprocher, d’avoir agi avec suffisamment d’intelligence, de ce que je pouvais en juger, en n’interférant pas dans ce combat au risque de blesser Kyle. Et pourtant, je ne pouvais m’empêcher de me reprocher de n’avoir pas su suffisamment être prudente, ni pouvoir le protéger avec efficience. Au fond de ma gorge, je pouvais encore sentir toute l’amertume qui avait suivi l’exécution assez sommaire et initialement charitable de Jian. Un acte qui ne cessait de hanter mes cauchemars en cela qu’il n’avait fait qu’ôter une potentielle seconde chance à l’Asiatique. Et j’avais beau me répéter en boucle que je n’en savais rien, que je n’y pouvais rien à ce moment-là ; ça n’en rendait pas le fardeau plus léger.  

Par la suite, je n’acquiesçai que d’un simple hochement de tête à son ordre suivant, reprenant mon arme à deux mains avant de m’engager dans la cour de la maison à sa suite. Le buste légèrement penché en avant, les genoux fléchis, je prenais soin de contourner les cadavres des rôdeurs abattus en marquant une distance de sécurité, dès fois que l’un de mes tirs aient pu louper sa cible et que l’un de ces non-morts ne tentent  de me saisir la cheville à la volée. Progressant le long du petit chemin gravillonné qui serpentait jusqu’à la porte d’entrée, je venais prendre place à la droite de la porte d’entrée, mon épaule plaquée contre le pan de mur juste à côté de celle-ci.

Tenant mon pistolet à une seule main, au bout de mon bras droit courant le long de ma cuisse, je me saisissais de la poignée de porte de la main gauche, retenant mon geste par la suite. Je restais ainsi statique, mon souffle à peine retenu derrière mes lèvres, mes azurs et mon attention portés en direction de Kyle. J’attendais que celui-ci termine ce qui semblait être son inspection de la baie vitrée, puis qu’il vienne par la suite me confier ses observations et ses instructions pour le reste de la marche à suivre. S’il donnait le “GO” pour entrer dans la maison, je tâcherais de lui ouvrir la porte et couvrir son entrée.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 19 Mai - 11:10
C’était moi où elle venait d’être très vexante ? Elle me trouvait limite minable pour être incapable d’assurer mes arrières tout seul au point d’avoir besoin d’être materné ? Je relevais légèrement le menton après avoir joué avec le couteau papillon, le refermant d’un geste habile avant de lancer sur un ton assez serein et plein de fierté.

« Désolé jeune fille, mais comme tu peux le voir, j’ai ma part de beau travail. »

J’avais plus l’impression d’avoir eu un putain de coup de chance, mais ça, elle n’était pas obligé d’en être au fait. Déjà que j’en avais grave marre d’être constamment en train de réapprendre les bases les plus simplistes, si en plus je devais me fustiger, autant renvoyer ma fierté au vestiaire, et mes testicules au passage. J’inspirais profondément, en promettant intérieurement d’en mettre plein la vue à cette femme au foyer quitte à mettre les points sur les i sur l’identité du vrai mâle ici, puis me mettait en chemin vers notre destination.
Arrivé entre la baie vitrée et la porte d’entrée, je me penchais et jetais un coup d’œil à l’intérieur. C’était assez sombre, et un reflet de soleil assez ignoble me masquait presque la totalité de la vue, mais j’avais aperçu à quelques pas de la porte d’entrée un hostile, statique, et surtout dos tourné. Je ne le remarquais pas de visuel, mais son manque de réaction à mon regard bien que furtif ne semblait pas avoir attiré son attention et c’est ce qui m’avait permis de conclure la chose.

Reportant mon attention sur Higgins qui m’avait rejoint de l’autre côté de la porte, je lui indiquais d’un geste de la main le nombre de rôdeur que j’avais remarqué, soit un, et sa direction en aplatissant la paume toute entière. J’ignorais l’étendu de l’ouïe de ces pauvres hères, mais par doute, je préférais m’abstenir. J’établissais ensuite un décompte visuel, pour être bien en accord avec ma compagne de l’instant, avant de tourner brusquement la poignée et d’ouvrir la porte. Il suffisait de pas grand-chose pour me la mettre à l’envers et je suppliais le destin de ne pas me donner l’image d’une mouche écrasé sur un pare-brise tandis que je me confrontais à une porte verrouillée, mais par la grâce de Dieu, il n’en fut pas le cas. J’ouvrais donc cette maudite porte à la volée après avoir dégainé mon arme à feu, certains que l’intérieur offrirait un étouffoir suffisant pour ne pas rameuter les autres à des kilomètres à la ronde. Jouant de mon effet de surprise et de la connaissance suffisante que j’avais de l’emplacement de ma cible je m’étais empressé de venir coller le bout de mon canon contre le crâne de mon adversaire et pressait la détente.
Il avait amorcé un pivotement rotatif à mon entrée brutale, mais pas assez rapide pour se priver d’un ravalement de façade. Sa boite crânienne avait littéralement explosé, projetant sur le mur d’à côté le reste de sa contenance moisie.

Dans sa chute, j’avais poussé le corps déconfit d’un bref coup de pied pour ne pas qu’il ne s’effondre sur moi, me libérant au passage la vue sur le reste du salon pour m’assurer d’un potentiel danger qui m’aurait été masqué. Vu le peu de visibilité que j’avais eu en observant par la baie vitrée, ça ne serait pas vraiment étonnant, mais j’avais l’avantage de la distance, et peut-être même de l’encombrement.

Dans mon entrée, j’avais bien entendu fait attention à libérer le passage rapidement derrière moi pour que Higgins puisse pénétrer sur les lieux à ma suite et sécuriser le reste de la pièce le temps que j’accomplisse mon œuvre.
Si le bruit ne s’était pas rependu à l’extérieur, il fallait néanmoins supposer qu’il en soit le cas pour l’intérieur. Ca nous permettrait à coup sûr de réveiller tous les dormeurs de la maison et être certains de ne pas se faire surprendre au détour d’un couloir : soit ils viendraient à nous dans cette pièce dégagée, soit ils étaient bloqués et manifesteraient tout de même leur présence, d’un grondement, griffèrent ou autre grognement dégueulasse.

En attendant, je me fiais à la progression d’Higgins pour prendre un chemin parallèle et couvrir toute la zone s’il le fallait.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 23 Mai - 23:45
Aux gestes informatifs de Kyle, je n’approuvais que d’un simple hochement de la tête avant de me remettre en position le long du chambranle, lui laissant ainsi le champ libre pour agir. Dès le battant ouvert à la volée, j’emboîtais le pas de Kyle, le canon de mon arme toujours pointé vers le sol alors que le militaire m’exposait son dos en éclatant le crâne de l’infecté repéré. Le coup de feu, nullement assourdi à mes oreilles, m’arracha néanmoins un sursaut de surprise en se répercutant dans la large pièce ainsi investie par mon binôme et moi. Sans plus me préoccuper de ce qui se passait à l’instant devant moi, je me retournais rapidement pour refermer la porte d’entrée derrière nous, puis me concentrais à détailler les lieux.

L’entrée donnait sur ma gauche sur un grand salon, décoré de manière assez cossue, un canapé d’angle donnant sur le coin Nord-Ouest de la pièce, face à massif meuble télé garni d’appareils multimédia. Au centre une table de repas, recouverte de poussière, aux chaises renversées et dont le plateau se voulait jonché de quelques sacs au contenu renversé sur celui-ci. Des plantes vertes, mortes et décrépies dans leur pots, se trouvaient disposées ça et là, vestiges d’un monde éteint qui n’accordait plus d’intérêt ni au confort, ni aux décorations inutiles. Côté Sud, une cuisine ouverte donnant directement sur le salon, dont je pouvais apercevoir quelques placards ouverts, apparemment vidés de tout contenu un minimum intéressant. Des éclats de vaisselle brisée parsemant le sol, où se trouvaient disséminés ça et là quelques ustensiles et éléments de batterie de cuisine.

Une banale scène de chaos qui avait tout de la - très violente - dispute conjugale où la faïence volait aussi haute que les mots, à la grande différence qu’il n’y avait là pas âme qui vive pour lui donner corps. En réalité, il ne devait s’agir là que de “simples” pillards passés avant nous, mettant à mal une grande partie de la vaisselle qui représentait quelque part, le symbole de ce que nous avions perdu, ce que nous étions devenus : des êtres qui avaient dus renoncer à toute forme de futilité pour s’accommoder de l’essentiel. De quoi boire, manger, dormir et se protéger. Une hygiène de vie simpliste, mais certainement pas simple pour autant.

Car quelques craquements, accompagnés de grognements, n’avaient pas tardé à se faire entendre peu après le coup de feu de Kyle. Si le coin salon/cuisine se voulait effectivement dégagé de toute menace mort-vivante, il n’en n’était rien de l’étage qui laissait se propager contre son plancher les raclements et bruits de pas lourds et saccadés de quelques infectés. Par ailleurs, sur ma gauche directe, derrière l’une des trois portes qui se dessinaient dans large corridor de l’entrée, je devinais d’autres râles, plus proches et vraisemblablement curieux de découvrir quel repas était venu jusqu’à eux en ce jour de Mars.

“Hostiles à l’étage,” déclarai-je d’une voix à peine plus élevée qu’un murmure à l’intention de Kyle en désignant le plafond d’un bref mouvement de tête vers le haut.

Pour ma part, l’information livrée, je m’approchais de la première des trois portes, la plus proche, l’ouvrant rapidement à la volée de la main gauche tout en pointant l’embouchure de mon silencieux par l’entrebâillement. Derrière celle-ci, un modeste chiotte tout ce qu’il y avait de plus banal, engoncé dans une étroite pièce sans fenêtre qui ne prenait sa source de lumière que par la porte ouverte.

“R.A.S.” signalai-je brièvement à mon compagnon de fortune avant de passer à la suivante, répétant l’opération avec la quasi-certitude que c’était celle-ci qui renfermait un bien funeste trésor. Plus précautionneusement encore, je m’emparai de la poignée et ouvris le battant avec d’autant plus de précipitation que je ne comptais pas laisser à ce rôdeur le temps de la bloquer. Glissant mon arme par l’ouverture, le canon pointé à hauteur d’homme, mes yeux s’écarquillèrent néanmoins de surprise lorsqu’aucune créature ne lui fit directement face. Un râle strident et éraillé résonna cependant, légèrement en contrebas, attirant mon attention comme mes azurs vers la chétive silhouette d’une gamine.

Le visage profondément creusé par la déshydratation, presque intact là encore, encore vêtue d’un pyjama aux rayures roses et blanches, son faciès mêlait non sans une horreur certaine innocence et monstruosité. Seuls son regard vide d’âme et son bras gauche brisé à hauteur de la moitié de son avant-bras m’assuraient en l’instant d’avoir affaire à l’une de ces créatures infernales et non à une innocente gamine. Une image d’autant plus frappante que dans son agonie et sa mutilation, son poing gauche était demeuré crispé, serré sur la patte d’un ours en peluche qui balançait mollement au bout de cette main pendante dans un angle aussi impossible que franchement dégueulasse.

Une vision d’horreur qui me figea littéralement sur place, alors que je ne pouvais détacher mon regard, stoïque, de la petite tête aux cheveux blonds effilochés, groupés en mèches poisseuses. Je n’avais même pas réussi à avoir le réflexe d’abaisser légèrement le canon de mon arme dans sa direction, ou du moins bien trop tardivement. Pire encore, j’avais instinctivement reculé d’un pas et senti le talon de ma godasse cogner contre un obstacle sur le plancher.

Tout cela n’avait duré que quelques fractions de secondes que je voyais se dérouler au ralenti devant mes yeux. L’impact de mon coccyx contre le plancher, mon coude gauche heurtant le sol et laissant courir le choc le long de mon avant-bras, la grimace et le juron qui marquèrent tant mes lèvres que ma détresse. Mon arme qui quitta ma main pour glisser derrière moi et la gamine qui en faisait tout autant en se jetant sur mes jambes livrées en pâtures à ses dents de lait morbides. Sa main droite, non mutilée, agrippa le bas de ma jambe gauche alors que la gamine se laissait tomber sur moi, chicots à découvert. Sa main mutilée quant à elle laissait traîner la peluche sur mon autre jambe, dans des mouvements saccadés et chaotiques, la pointe de son cubitus ayant crevé sa peau battant l’air et manquant de peu de me déchirer la peau.

Dans un même réflexe de peur et de dégoût, je tentais de reculer à même le sol, battant des jambes en essayant de redresser mon buste, ma main droite tâtonnant le sol à la recherche de mon arme de poing, l’idée même de recourir au fusil à pompe niché dans mon dos ne m’effleurant l’esprit à aucun moment. Mais mon regard ne pouvait se détacher de la fillette qui désirait ma chair de son appétit vorace. A travers elle, je ne pouvais m’empêcher de m’imaginer ma propre fille, mon propre sang, être devenue le même genre d’horreur défiant les lois de la nature, propageant ce mal infect à la surface du globe, à la fois victime et coupable.

Une situation qui me déchirait le ventre, de peine, de douleur et de honte quelque part d’avoir été moi-même indirectement, à l’origine de l’un de ces outils de destruction morbide. D’un geste sec et rageur du pied droit, j’envoyais mon talon venir percuter le visage de la fillette. Du monstre plus exactement. Je me débattais contre ma raison pour cesser de voir cette créature à l’état d’être humain, en indigne représentant de ce qui fut espoir et innocence. Chaque coup de semelle en travers de sa tronche cherchait à enfoncer un clou de certitude, de rationalisme destiné à survivre, et à tuer pour cela.

Fort heureusement, il ne s’agissait pas là d’une créature imposante qui m’aurait donné d’autant plus de difficultés à m’en débarrasser ; mais elle se battait et se démenait avec peut-être les restes de fougue qui animait les jeunes enfants de son âge, qui semblaient impossible à fatiguer et encore moins à suivre tout au long de la journée. C’était là pure spéculation, car tous ces monstres, qui qu’ils furent, s’acharnaient avec la même vigueur d’outre-tombe. C’est à peine si mes coups parvenaient à la déstabiliser alors que l’ex-gamine se trouvait agenouillée, ses bras toujours tendus pour s’emparer de ma chair, et seule ma godasse droite se dressait en rempart contre ses chicots carnassiers. C’était non sans horreur que je constatais que mon existence ne tenait qu’à la hargne que je pouvais mettre dans mes coups, gardant bien à l’esprit que je finirais par m’épuiser avant cette gamine infernale malgré ma supériorité physique et mentale.

“Kyle !!” avais-je fini par appeler à la rescousse au bout de quelques secondes, voyant que la gosse n’en démordait pas de vouloir me becter. J’espérais simplement que le militaire ne se soit pas trop éloigné de ma position, ou qu’il ne se trouvait pas lui-même aux prises avec une autre de ces engeances.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Ven 27 Mai - 16:45
Je m’assurais que mon cadavre en était définitivement un d’un simple mouvement de chaussure dans les jambes, et ne reçut aucune réponse en retour. Pas de grondement, pas de sursaut, pas de griffes sales ou de chicots dégueulasses. Je laissais alors le temps à ma comparse de me rejoindre dans l’entrée. Je les avais entendu, ces charognards affamés de chaires, trainer leurs carcasses défraîchies sur le plancher de l’étage supérieur, mais aussi d’une pièce voisine à la nôtre. Ils s’étaient réveillés peu après mon coup de feu d’ailleurs, comme je m’y étais attendu.
J’avais réellement espéré qu’ils nous foutent un peu la paix au moins le temps d’une exploration intérieure, mais non, c’était un espoir perdu. De toute manière, au regard de l’invasion immense qu’on s’était payé dans le quartier, il ne fallait pas s’attendre à une désertion immédiate. Ma comparse les avait également entendu, et ne tarda pas à m’en faire part.

L’arme pointée devant moi, je cherchais dans un premier temps du regard l’endroit approximatif d’où venait les plaintes les plus proches, et lorsque je finis par identifier très rapidement les portes sur le côté du couloir d’entrée, Higgins se trouvaient déjà dessus, prête à les inspecter. J’avais de ce fait immédiatement porté attention vers l’escalier menant à l’étage tout au fond à droite juste après la baie vitrée qui offrait une lumière largement suffisante pour inonder la très grande pièce par précaution, mais rien n'en venait. Je restais évidemment à l’écoute de la progression de mon binôme tandis que j’avançais finalement vers la cuisine, où j’espérais que la chance soit enfin de notre côté.

Cette dernière donnait sur une pièce, séparée par une porte restée ouverte, assez sombre et étroite, que j’inspectais rapidement d'un rapide coup d'oeil sans vraiment m'en approcher, devinant un espèce de débarras-buanderie-cellier. Des vieux meubles de cuisine, bas comme hauts, avaient servi à des éléments de stockage de ce que je pouvais en deviner mais je n’arrivais pas à voir davantage tant la lumière manquait dans cet angle approximatif, et je ne souhaitais pas y pénétrer pour le moment. Je portais la main sur la poignée et fermais la porte sans trop de brusquerie mais assez vivement, afin de cloisonner cette pièce. Je m’y intéresserais quand il en serait temps et en attendant, cette ouverture était un soucis à se faire en moins.

Je finis par slalomer entre les dégâts de vaisselle qui jonchaient le sol, notant les placards ouverts et vides pour certains, ou rempli de verres ou d’assiettes survivants à la tempête qui avait dévasté les lieux, de casseroles ou autres saladiers. Je ne laissais aucune chance aux angles morts de me surprendre, entre l’îlot de cuisson et les espaces vides, les inspectant un à un. C’est sans aucun doute cette prudence qui me permit de tomber sur la réserve d’épicerie fine, coincée dans une étagère ouverte sur un des coins de meuble. Peut-être que les premiers pillards avaient pris le luxe de se satisfaire des conserves sans s'encombrer du reste, mais notre période de faim et notre degré de tolérance nous obligeait à nous rabattre sur tout ce qui avait un apport nourrissant. Si des croquettes de chien devaient être trouver... tant pis.
Ce n’était que des restes entamés pour la plupart, mais ça avait le mérite de pouvoir se conserver tout de même, du moins je l’espérais. Pots de miel, sirops d’érable du Canada, vinaigres de riz, sels marin et autres épices, flocons de céréales ou graines grillées. Certains diraient qu’on s’en contenterait, mais je sentais que ça allait en ravir d'autre.

J’avais à peine posé ma main sur le premier paquet qu’un choc assez sourd me fit retourner rapidement, resté à l’affût du moindre mouvement suspect. De ma position, je n’avais eu aucun mal à identifier Higgins, cul au sol, le regard fixé sur quelque chose que je ne pouvais percevoir. Un pas en avant, puis un autre, à la fois concentré sur la scène sans tout à fait la saisir, et l’ouïe portée sur les escaliers qui n’avaient jusque présent déversée aucune menace. A peine je la vis commencer à se débattre, à coups désespéré de talons, que je m’étais élancé vers elle, me déplaçant au plus rapide en évitant les meubles sur mon passage.
Je l’entendis crier à l’aide, ou mon nom plus précisément juste avant que je n’arrive à sa hauteur, me donnant un furieux coup de boost dans mes intentions.

Sans attendre d’identifier la menace plus que nécessaire, ou de comprendre les circonstances qui avaient forcé cet événement à se produire, je frappais la créature d’un violent coup de pied en pleine face, la forçant à abandonner son festin sur place. Je ne me contenta cependant pas de la repousser, et dans mon élan, profitant que mon geste l’ai projeté contre la porte, je continuais d’abattre ma godasse en plein dans son visage, mes bras maintenant l'obstacle en bois pour le forcer à rester le plus fixe possible. Il y avait une certaine fureur dans mon geste, comme si rien n’aurait pu m’arrêter sinon mon propre épuisement, mais c’était la rage que je ressentais au creux de mon ventre envers ce monstre dont le seul objectif n’était que de nous détruire. Il avait tout détruit. Notre avenir, nos espoirs, notre amour. On avait tant attendu, on lui avait trouvé un nom. Je m’acharnais, encore et encore, les os craquant sous la pointe de la semelle, mais chaque fois que je sentais une énergie encore vivace l’électriser, je redoublais d’effort.
Je finis par comprendre que je n’y arriverais sans doute pas de cette manière, lorsque son visage fut assez enfoncé dans son crâne pour ne plus en reconnaître la précédente humanité, lorsque ses cheveux d’or ne furent plus qu’un tas de sang coagulé et de morceaux réduit en bouillis.

Elle bougeait encore.

Écrasée, impossible à identifier, plus monstrueuse que jamais, mais dont les soubresauts de son moignon tordu attestait de sa prétendue vie. Je reculais en évacuant les efforts par de longs souffles contrôlés après avoir effacé l'ours en peluche de ses doigts décharnés, tendant les mains devant moi pour pointer le bout de mon canon droit sur les restes de son crâne, prêt à l’achever. Si rien, ni personne, ne m’en empêchait, je me contenterais de renvoyer en enfer ce Diable réincarné.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 13 Juin - 1:02
Je n’avais pas compté le temps écoulé entre mon appel à l’aide envers Kyle et l’effectivité de son intervention en secondes ni en minutes, mais en coups de semelles dans la gueule avide de cette gamine infernale. Quatre coups de pompe au total. Quatre coups envoyés autant à ce monstre qu’au fatalisme qu’il incarnait. Tenir, retenir, maintenir ces chicots éloignés de moi ne représentait pas seulement un geste de survie face à un danger imminent, c’était aussi là le symbole, la manifestation, de cette lutte intérieure qui se déchaînait avec tout autant sinon plus, de hargne et de sens qu’il me fallait en découdre avec ma propre humanité. Les émotions et les sentiments qui nous distinguaient de ces monstres, ceux-là même qui se voulaient notre plus grande force comme notre plus grande faiblesse. Là où un esprit Cartésien, très terre-à-terre et baigné de rationnel aurait su lire et voir la réalité de cette monstruosité pour l’affronter, la démolir pour ce qu’elle était ; j’avais pour ma part succombé à l’émotivité, mon humanité qui m’avait laissé entrevoir la pauvre victime de cette infection, l’innocence souillée au-delà de la menace et de l’horreur. Une erreur, une faiblesse qui m’aurait coûté la vie si Kyle n’avait pas répondu présent à mon appel.

Sous mes yeux écarquillés, au milieu de mon faciès partagé entre rage de vivre et panique de mourir, j’avais vu la tronche puis le corps de cette chétive créature suivre le mouvement d’un coup de latte aussi impétueux que prononcé, puis acharné. Un profond soulagement s’empara de mes tripes, grignotant peu-à-peu la trouille qui m’avait saisi pour au final me pousser à reculer un peu plus en rampant à reculons au plus loin de cette menace que ce que le couloir me le permettait désormais. Je sentais mon cœur battre contre ma poitrine et la sueur perler et ruisseler à mon front, sous la visière kaki de ma casquette, pour venir coller quelques mèches rebelles de cheveux le long des pourtours de mon visage, à peine agitées par mes souffles qui se voulaient courts et paniqués, entrecoupés de déglutissements nerveux.

Le dos rivé au sol, simplement séparé de celui-ci par l’entremise de mon sac à dos, j’avais fini par me redresser assez rapidement, lançant mon regard comme ma main droite tremblante en quête de mon arme de poing fugitive ayant glissé au milieu du couloir, je ne parvenais que difficilement à la récupérer au bout de la seconde tentative. Puis, j’avais reporté mon regard en direction de Kyle, mon poing crispé autour de la crosse de mon flingue sans pour autant parvenir à dresser celui-ci en direction de la créature dont la tronche n’arborait plus rien des restes pseudo-angéliques de gamine pervertie. Non. Juste une bouillie infâme de chair et d’os mêlés modelée par l’acharnement de l’ex-militaire à se débarrasser de cette menace. Puis sa posture, son arme braquée vers l’infectée agonisante, encore agitée des sursauts morbides de sa malédiction, qui me renvoyait quelque part l’image de ma propre humanité que je saccageais et malmenais de la sorte, de la même absence de diplomatie. Une certaine leçon de vie, dont les grandes lignes se trouvaient tracées à l’encre noire de l’ironie, qui me renvoyait à mon comportement de ces dernières semaines, dont le paroxysme ne datait que de quelques heures auparavant face au vieux Wallace.

Et le flingue de Kyle pointé sur cet être abject au faciès désormais prémâché, instrument de mort devant sonner un glas mortifère autant qu’une libération semblait prêt à abattre cette dernière once d’humanité qui m’avait habité. Une résurgence qui m’avait conduit à faillir face à une épreuve quotidienne, qui puisait bien plus son horreur dans sa banalité que dans la dénaturation du concept même d’être humain. D’un regard que je ne voulais pas particulièrement accrocheur, d’un simple, bref et discret hochement de la tête, j’offrais là à l’homme l’autorisation d’abattre et achever la créature - quand bien même je doutais qu’il attende après ma bénédiction pour agir - tout comme j’expectais de son geste qu’il abatte les derniers restes de mon humanité d’un monde qui n’avait plus d’existence que dans les souvenirs que nous pouvions partager avec les autres survivants. Des histoires, des rêves et des expériences qui ne nous avaient en rien préparé à vivre et affronter cette situation. Quant à simplement l’imaginer…

Ce ne fut donc qu’au bout d’une poignée de secondes que je parvenais à me redresser, m’aidant de ma main libre plaquée contre le mur du couloir avant de poser un regard sur la créature qui avait failli m’envoyer de l’autre côté, m’infecter et potentiellement répondre à la question qui se posait de manière sous-jacente : pouvais-je, pourrai-je moi-même revenir de cet au-delà ? Une réponse qu’il ne me tardait guère de connaître, un destin que je ne voulais pas partager. Et cela faisait quelque part directement écho aux propos que Johann m’avait adressés plusieurs semaines auparavant. Effectivement, je ne souhaitais rien savoir de ce que cela pouvait faire que de se voir effacé de la surface et de la conscience du monde pour des semaines et des mois entiers. Une réflexion qui m’amena à penser à nouveau que je devais beaucoup d’explications et d’excuses au rouquin d’avoir exigé de lui d’être ce qui m’avait pris plusieurs mois à apprendre, par la pratique et les épreuves. Des excuses que je devais à beaucoup en réalité, pour ne pas dire à chacun d’entre eux, à différentes échelles.

“Merci,” avais-je fini par souffler à l’ex-militaire d’un ton tout à fait sincère.

Quelque part, je me sentais véritablement minable d’avoir eu ainsi à m’exposer et montrer un aspect bien plus fragile et faillible de ce que j’avais jusqu’à lors prétendu avoir dépassé : l’empathie envers le sort de ces monstres, leurs passés et leurs morbides destins. Une honte qui se voulait quelque part aisément perceptible tant dans mon ton que dans mon attitude alors que je me détournais de la scène pour gagner le salon et son coin cuisine dévasté. Gagnant l’îlot central de la cuisine, trônant parmi les débris de vaisselle brisé répandu sur le sol, je me délestais là de mon sac à dos et du fusil à pompe avant de me passer la main gauche sur le visage, dans un geste révélant toute la fatigue qui me gagnait, maintenant que la tension retombait avec autant de soudaineté qu’elle avait grimpé.

Une lassitude certaine que les râles et raclements provenant de l’étage d’au-dessus ne faisaient que renforcer un peu plus ; lassitude et détermination revancharde à mener cette mission à son terme, fut-il le plus abject, barbare et déshumanisé au possible. Après tout, ne s’agissait-il pas là de dégommer tout ce qu’il y avait de non-vivant dans le secteur, destiné à rendre à ce monde les excès macabres qu’il avait lui-même suscité par la contre-nature de ce qu’il était devenu ? Et si la question se posait de savoir s’il fallait nous-même franchir cette barrière et renier notre propre nature - ou s’en laisser submerger, c’était selon les idéaux de chacun à propos de la nature humaine - alors elle n’avait plus vraiment de raison d’être au moment où j‘avais dû compter sur l’intervention d’un autre pour me sortir d’une situation particulièrement risquée, à l’issue létale.

A cet instant très précis, face aux chicots de cette gamine synonymes d’un funeste destin s’il ne se soldait pas par une inexplicable résurrection ; et face à mes propres faiblesses, j’avais réellement ressenti quelque chose se briser en moi. Je n’aurais su dire s’il s’agissait là de l’espoir, ou plus simplement d’un certain déni de l’abject de notre quotidien, mais il était plus que temps, désormais, de devenir une survivante, une véritable survivante ; de peut-être succomber à une résignation fataliste, de céder au cynisme, au matérialisme et au pragmatisme pour occulter enfin ce filtre aussi stupide et dangereux qui voilait ma vision du monde jusqu’à lors. Peut-être était-il réellement temps de m’approprier les reproches faits par le vieux Wallace quelques heures auparavant, et de réellement traiter l’humain, l’individu et ce monde pour ce qu’il était : de la merde, au goût amer et décevant, fatalement morbide et impossible à sauver. Au mieux, il s’agissait-là d’intelligence et de raison ; au pire, de désillusion et d’acceptation. Jamais les choses ne redeviendraient comme avant, il fallait que je cesse de me leurrer avec ces espoirs de retrouver les miens au détour d’une résurrection spontanée, aussi miraculeuse qu’inexplicable, pour enfin accepter l’idée que ce que j’avais vécu jusqu’à présent n’était que les premiers pas hésitants et maladroits d’un avenir bien moins éclairé et optimiste que j’avais bien voulu l’admettre.

L’heure était à la violence et la préservation. Peu importait que cela doive passer par la violence, la cruauté et le nihilisme les plus abjects. Tout ce que je possédais aujourd’hui ne se résumait-il pas à un simple groupe d’individus exceptionnels de par leurs natures et leurs dons, leurs destins et leurs aptitudes ? Très certainement. Et c’était peut-être là la raison de ma survie, si Destin il y avait quelque part pour régir les règles de ce nouveau monde. Leur offrir un regard nouveau, profondément abject et dénué de diplomatie, de tact, peut-être même d’espoir pour ne servir que la survie la plus brute et primordiale, leur rappeler que certains, ici bas, n’avaient pas eu la chance de survivre à la mort par une ellipse aussi incompréhensible que reposante pour l’esprit, que certains esprits avaient pris de l’avance sur ces nouvelles règles, ce nouveau mode de vie, et qu’il fallait s’y adapter pour ne pas disparaître et quelque part ne pas devenir le reflet de ces monstres, des reliques du passé qui devaient être rendus à leur juste place : des deuils à entreprendre, des souvenirs à construire, des fondations à poser pour soutenir les jalons de ce nouveau monde.

C’est ainsi que je reportais toute mon attention vers l’escalier menant à l’étage, comme un symbole de ma propre ascension vers un état d’esprit supérieur, plus cynique et rationnel que jamais. Il y avait là-haut des créatures qui appelaient au repos éternel, à ne devenir que les morts, les deuils et les souvenirs de quelqu’un, peu importe qu’il vive encore ou ne soit qu’une énième tombe non creusée de plus et depuis. D’un geste franc et résolu, je m’emparai du fusil à pompe posé sur l’îlot central de la cuisine, y laissant là mon sac à dos et glissant peu avant mon flingue entre mes reins, à la taille de mon pantalon cargo.

“Je monte,” avais-je simplement glissé à Kyle d’un ton ferme, qui transpirait tant la colère que la détermination, à la limite illustratrice d’une folie vengeresse nourrie d’orgueil. Parce que oui, et oh putain que oui, je comptais bien faire payer le prix de ce sacrifice d’humanité à chacune des saloperies qui peuplait les environs immédiats - et bien moins immédiats même - qu’il s’agisse de morts-vivants comme d’hommes bien pensants -  avec la justesse d’un égard nombriliste et rancunier.  Je domine et tu fermes ta gueule. Point.
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