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[CS, A, 2] Nettoyage de Printemps - 18/03/35
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 16 Juin - 16:58
Il m’avait fallu trois balles pour achever enfin la créature. Je n’avais pas vraiment cherché à savoir où avait atterrit mes tirs pour qu’elle continue de se tortiller, le visage à moitié collé contre la porte de ce placard ou si ces mouvements n’étaient dû qu’à quelques réflexes musculaire, je m’étais contenté de presser la détente jusqu’à ce que tout soit définitivement fini.
C’était ça, ce que j’aurais dû faire. Je le savais depuis longtemps mais je n’étais sans doute pas prêt à concevoir ces actes. Si j’avais été assez fort, si j’avais eu le courage de ne plus réfléchir, de ne plus croire ni en mon humanité, ni en celle de la création toute entière, elle serait sans aucun doute toujours là, avec moi, à mes côtés.
Les secondes défilèrent tandis que mon regard se perdait dans le monde alternatif de mes pensées, rivés sur cette bouillie de chair et de cervelle qui avaient crevé l’innocence. Je ne comprenais toujours pas pourquoi j’avais hésité, j’avais pris tant de risque. J’avais été con, inutile, impuissant, une pauvre merde qui se prétendait capable de protéger son pays, mais incapable d’en faire autant pour sa famille.
Par acharnement, ou par vengeance, je ne sais pas bien quel vice m’avait poussé à commettre l’acte, j’avais pressé la détente une fois supplémentaire avant de me détourner du spectacle.

J’avais cru entendre la voix d’Higgins non loin, sans vraiment comprendre ce qu’elle avait prononcé, et lorsque je me retournais enfin vers sa position supposée, je constatais avec une grande surprise qu’elle ne s’y trouvait plus. Il ne m’avait pas fallu tant de temps pour la retrouver, plus loin, vers la cuisine. Elle me faisait dos et sa posture appelait une certaine détresse. Est-ce qu’elle pleurait ? Je me sentais d’un seul coup responsable de cette peine et obligé de m’impliquer. Si l’aspect totalement professionnel de la chose, sur ses capacités à continuer la mission, me traversa un bref instant l’esprit, ce n’était pas vraiment cette excuse qui me poussa à me diriger à son encontre. Le temps que je franchisse les quelques obstacles qui me séparait d’elle, en dénigrant complètement les porcelaines et débris de verre au sol, ces derniers craquants ostensiblement sous mes rangeo, elle se détachait déjà de l’îlot central fusil à pompe en main d’un pas plus que décidé.

« Eh, eh… eh ! Attend un peu. » Avais-je simplement tenté de l’intercepter de la voix dès qu’elle avait annoncé sa nouvelle destination, tout en cherchant à happer sa main, son poignet ou son bras, au plus rapide et plus accessible.

Si elle se laissait faire je continuerais sur ma lancée, ce dont je n’étais vraiment pas certains en voyant son regard presque meurtrier qui ne m’était pas inconnu, voir familier. Le genre de visage que j’avais vu sur nombreux de mes frères, et dans le miroir. Un miroir qui me renvoyait dans les profondeurs d’autres souvenir. La vie n’était qu’un éternel recommencement, qu’importait les raisons, les justifications, les faits, la paix n’avait jamais été qu’un entracte entre deux guerres. Elle n’avait pas à s’en vouloir d’avoir failli se faire choper. Après tout la grande différence entre elle et moi, était que j’avais échoué bien avant elle.

Et alors qu’un certain vide me saisit, sans parvenir à aligner un mot que je saurais sage et réfléchi, je me rendais compte que je ne connaissais rien d’elle, rien de sa vie. Comment dans ce cas pouvais-je dire quoi que ce soit qui aurait pu l’aider ? Et si je n’avais rien compris de sa réaction ?
Je n’aurais finalement rien trouvé de mieux à faire que de l’attirer contre moi, si bien entendu j’en avais encore le contrôle ou le pouvoir, pour happer un baiser. Ca n’avait rien de tendre ou de romantique, dans mon esprit et dans mon geste en tout cas. C’était plutôt une invitation, plutôt aventureuse d’ailleurs, pour lui faire comprendre que si elle avait besoin d’un quelconque défouloir, qu’importait son état d’esprit, elle saurait me trouver. Je l’aurais alors laissé partir si elle le souhaitait toujours, vers son étage.

Si en revanche elle s’était débarrassé de moi avant même que je n’ai pu lui passer mon message par le seul moyen qui m’était venu en tête, j’aurais juste levé les mains pour lui montrer que je ne lui souhaitais rien de mal. Je l’aurais bien entendu laissé partir sans dire un mot, avec simplement le regret de n’avoir pu en placer une.

Dans les deux cas, j’avais ensuite l’intention de récupérer les rations de nourriture que j’avais trouvé ça et là dans la cuisine pour les rassembler dans mon sac à dos.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Lun 20 Juin - 12:52
La voix, puis le geste de Kyle m’avait obligé à cesser mon élan vengeur et déterminé à grimper vers le premier étage pour faire taire à jamais cette menace lourde, tant en conséquences qu’en douleurs. J’avais senti sa poigne se refermer autour de mon biceps gauche. Je relâchais ainsi le manchon du fusil de ma main gauche pour laisser pendre l’arme, canon vers le sol, au bout de mon bras droit. Faisant volte-face face au militaire, posant sur lui un regard qui ne se voulait en rien apaisé ou nuancé de curiosité, juste empreint d’impatience. J’inclinais légèrement le visage sur le côté, mes azurs rivés dans ses yeux orageux, les lèvres pincées d’une certaine animosité alors que l’ex-militaire semblait se faire languir dans ses mots.

Un mutisme qui ne dura guère de temps, mais qui me sembla s’éterniser plus que de raison, dans une situation où le temps n’était pas vraiment un luxe dont nous pouvions jouir. Mais en réalité, aucune syllabe supplémentaire ne vint combler mon impatience. A l’inverse, et bien surprenamment, les lèvres de Kyle usèrent d’un tout autre langage, aussi percutant qu’il se voulait muet. Un geste auquel je ne m’étais aucunement attendu de sa part, compte-tenu de la rigueur presque professionnelle et du formalisme de nos échanges jusqu’à présent, et qui ne s’en trouvait que plus déroutant et désarmant.

Mes yeux s’écarquillèrent d’une surprise non feinte au terme de ce baiser aussi fugace qu’étrange. Il m’avait paru sans passion, sans émotion et sans désir, comme simplement porteur d’un message au contenu assez confus. Était-ce un aveu d’attirance qu’il avait jusque là bien su cacher ? Un geste de soutien autrement plus affirmé et subtil qu’une bonne claque bien virile dans le dos ? Ou alors la simple volonté de s’offrir un petit plaisir qui pouvait être le dernier dans un monde qui ne pardonnait que très rarement la moindre erreur ? J’étais à vrai dire, incapable de trancher la raison de ce baiser, ni même de discerner à quel moment l’homme qui me faisait face avait soudainement décidé de franchir ce cap entre collaboration survivaliste et relation plus intime, si fossé il y avait eu à franchir. Mais physiquement, mon imbroglio de pensées ne se manifesta qu’au-travers d’un léger mouvement de recul de la tête, mes sourcils se fronçant avec une incompréhension parfaitement claire.

D’un côté, il y avait toute la désagréable sensation d’être prise au dépourvue, qui suscitait chez moi une farouche envie de gratifier son joli minois d’une bonne tarte comme geste de défense et d’indignation ; et de l’autre naissait l’envie d’aller plus loin, goûter à nouveau à ses lèvres et à sa peau dans une étreinte plus intime et plus chaleureuse. L’envie de céder et laisser libre cours à l’exultation de semaines et de mois de frustrations, de privations, de tensions et de craintes. De chercher le refuge rassurant de bras, d’épaules, sur lesquels enfin se reposer et se décharger, de ressentir la certitude de pouvoir compter sur un autre que sur moi-même, de partager mon fardeau et mes craintes autrement que par la colère et l’amertume.

Mais je ne pouvais m’y résoudre, car au-delà des envies se dressaient le devoir et la culpabilité. Le devoir de mémoire que je devais à mon défunt époux, disparu à peine deux mois auparavant, non loin d’ici. C’était encore bien trop tôt pour tourner la page, accepter le deuil au point de déjà vouloir tourner la page de notre intense relation. Une relation qui avait converti l’implacable et ambitieuse politicarde que j’étais en simple mais plus agréable, femme au foyer.

Qu’aurait donc bien pu penser William de me voir d’ores et déjà être tentée de passer à autre chose, ou simplement de céder à mes envies après si peu de temps ? Étais-je par ailleurs moi-même capable de réellement m’affranchir des héritages restants de mon ancienne vie, de mon passé, le plus lointain comme le plus récent ? Des questions qui s’accompagnaient toujours de cette écrasante culpabilité, des regrets et des remords de n’avoir pu dire, pu faire, certaines choses à ceux qui les méritaient et qui avaient aujourd’hui disparus.

Aussi n’avais-je, dans un certain stoïcisme, rien pu faire de mieux que de détourner le regard, fuir celui de Kyle pour le porter par-delà les ameublements et les débris qui jonchaient ce salon, pour voir au loin, dans le couloir, les pieds et bas de jambes inanimés de la gamine zombifiée. Un corps frêle et décharné qui répondait à toutes les questions, levait tous les doutes qui pouvaient encore m’assaillir et me tirailler. Oui, je m’affranchissais d’ores et déjà de ces héritages, par chacune de ces créatures abattues. Chacun des cadavres laissés dans mon sillage n’était qu’une confirmation de plus de cette affirmation, et d’une plus grande et abjecte résolution encore : Oui.

Alors si Kyle s’était encore trouvé devant moi, sans s’être détourné de ma personne en proie à mes réflexions, mes doutes et mes souvenirs, j’aurais finalement tendu ma main libre vers son visage, sa joue hirsute suivie de près de mon visage afin de lui rendre son baiser en me dressant sur la pointe des pieds pour combler notre différence de taille si besoin.

Pas un baiser farouche et passionné, ni même vecteur d’émotion ou d’envie ; juste la brève répétition d’un geste qui s’était voulu aussi déstabilisant que réconfortant, dans ma psyché comme dans mes principes. Comme une volonté de m’assurer de cette réalité démentielle, comme un remerciement qui savait se passer de mots et de formulations toutes faites. C’était peut-être là la meilleure manière de dialoguer avec l’inconnu et le mystère. Agir, tout simplement, et laisser les choses suivre leur cours.

Puis j’aurais finalement rompu ce contact, gratifiant l’ancien militaire d’un simple et discret sourire juste empreint de reconnaissance.  J’aurais pu, j’aurais dû, lui en vouloir, je sentais ma raison me le gueuler dans toutes les langues, mais elle ne faisait clairement pas le poids face aux émotions qui m’habitaient, aux résolutions qui me possédaient. J’allais reprendre à ce monde ce qu’il m’avait enlevé, lui montrer, lui prouver qu’il ne m’abattrait pas, que je lui tiendrais tête, corps et âme pour lui rendre chaque coup, qu’il n’aurait pas ma peau aussi facilement, qu’il n’empoisonnerait ni ma chair, ni mon esprit de son horreur.

“Je monte,” avais-je répété à Kyle, mon ton et mon visage se faisant ambassadeurs de cette dureté qui m’avait caractérisé auprès de mes compagnons de survie depuis quelques temps déjà, et qui s’était encore confirmée dans la matinée. J’étais bien consciente qu’il n’y avait pas vraiment nécessité à monter à cet étage alors qu’aucun des hostiles clairement audibles ne constituaient une menace directe. J’en avais juste envie. Pire, j’en ressentais un besoin presque viscéral, pour m’affranchir de cette fatalité, de cette hésitation, jusqu’à parvenir à me rassurer pleinement sur mes capacités, mes aptitudes à assurer ma survie et celle de mes compagnons d’infortune, dussé-je y sacrifier mes principes et ma morale.

Me détournant de l’homme pour le laisser vaquer à ses propres occupations, j’avais repris ma progression en direction de l’escalier, reprenant à deux mains mon fusil à pompe, relevant le canon vers le palier supérieur tandis que j’entamais mon ascension en grimpant du côté extérieur des marches. Un escalier qui desservait en son sommet un étroit couloir desservant trois portes. Une en face de moi et deux sur ma droite. Celle du fond avait son battant légèrement ouvert, laissant entrevoir par l’interstice le décor gai et criard d’une chambre de gamine. Mais la source du bruit, les râles et les gargarismes gutturaux ne provenaient pas de cette pièce.

Les grattements frénétiques et reconnaissables des ongles - ou des os - contre le bois accompagnés de coups acharnés se manifestaient contre la seconde porte sur la droite, qui se voulait fermée. Et vu la disposition des lieux, nul doute que les deux bougres enfermés là-dedans, au sens opposé à l’ouverture du battant, pouvaient prendre leur mal en patience avant de pouvoir en sortir. J’aurais bien évidemment pu les laisser là, puisqu’ils ne constituaient pas une menace immédiate et urgente à traiter. C’aurait été la manœuvre la plus raisonnable. Tout être doté de bon sens et de l’ambition à survivre dans ce monde aurait pu se contenter de faire demi-tour et laisser ces morts pourrir sur place.

Cependant, je n’ambitionnais pas de survivre, je désirais vivre ce monde, et le dominer pleinement. Et si le milieu de la politique m’avait bien appris une chose, c’était que la domination se faisait par la peur. La peur de la prison, la peur de la maladie, la peur de la précarité, du chaos, de l’étranger ou parfois tout simplement du ridicule. La liste était si longue... Il suffisait d’effrayer la population pour la manipuler, l’amener à croire en vos idéaux, en ce qui pourraient les préserver de leurs craintes pour obtenir le pouvoir, et finalement la domination.

Mais comment dominer un monde peuplé de choses qui n’ont pas plus de craintes que d’aspirations ? Par l’extermination, brutale et absolue. Alors pour dominer, pour vivre, je ne pouvais me contenter du simple constat de savoir ces créatures emprisonnées dans une pièce. Je devais avoir la certitude de leur trépas définitif.

Lentement, pas après pas, la crosse du fusil à pompe calée contre mon épaule et son embouchure pointée droit vers la porte, je progressais dans le couloir à peine large pour que deux personnes puissent y circuler de front. J’observais le battant de la porte se dessiner plus largement au fur et à mesure de mon approche jusqu’à me retrouver à presque y faire face. Je plissais très légèrement les paupières en observant la porte, comme si je tentais de voir les grattement de l’autre côté du bois qui me séparait de ces créatures.

Puis je pressais la détente, sans crier gare. La détonation rugit, amplifiée par l’étroitesse du corridor, son écho se répercutant sur les murs peu épais alors que le contreplaqué volait en éclats. De la même manière que mon épaule dont je l’avais senti encaisser le recul du fusil avec violence. Je n’avais pas imaginé, et encore moins appréhendé ce recul, lequel ne manqua pas de me surprendre et me faire tituber en arrière, jusqu’à ce que mon dos ne vienne s’écraser contre le mur derrière moi.

Par l’orifice du battant, un bras avait fini par saillir, ses chairs littéralement déchirées en lambeaux suintant un sang noirâtre et coagulé par paquets luisants et visqueux. Pour l’accompagner, de nombreux râles bien plus excités que quelques instants auparavant, et les craquements du bois qui ne manquait désormais pas de céder sous la pression. J’avais commis là un acte profondément stupide, mais paradoxalement - illogisme oblige - plutôt jouissif et galvanisant. Je ne tirais en réalité aucun plaisir à me mettre en danger de la sorte, ou à simplement tirer sur des infectés, mais la perspective de surmonter, vaincre, de dominer ces créatures avait quelque chose de particulièrement grisant.

Mais l’infecté qui s’était trouvé derrière le battant n’en avait pas trépassé pour autant, son bras, son épaule, puis une bonne partie des chairs de sa cage thoracique se voulant déchirées par la décharge du fusil ; sans qu’il n’en tienne aucune rigueur. Seule l’énergie de la faim l’animait encore, sans faillir, sans faiblir ; et ce de l’appui de tout son poids qu’il s’enfonça un peu plus au-travers du battant, jusqu’à faire craquer le contreplaqué, le fissurer plus grandement encore et s’effondrer au-travers au moment où je réajustais ma mire dans sa direction.

Mais d’un geste de ses mains désireuses de m’agripper, de me déchirer pour faire de moi sa semblable et son festin, l’infecté frappa l’embouchure du fusil et en détourna la visée au moment où je pressais la détente. Ainsi la seconde décharge de plomb déchira-t-elle le placo-plâtre à gauche de la porte plutôt que l’infecté. Dans un volute de poussière sèche et blanche, au volume épaissi par la lumière du jour y filtrant, j’avais manqué de peu d’échapper le fusil, ce dernier se retrouvant soudainement en travers, entre le rôdeur qui m’assaillait et mon propre corps, dressé comme un dernier rempart.

Mon dos s’écrasa un peu plus contre le mur alors que je tendais mes bras devant moi pour retenir les dents claquantes de l’infecté, ses avant-bras pressé contre le fusil battant des mains, éclaboussant mes vêtements et ma peau de ses miasmes et fluides coagulés en petites gouttelettes. Et avec elles, revenait la peur, la peur de mourir, d’être infectée. Je m’insultais rageusement en sentant cette trouille revenir, ma conscience me hurlant la légitime question de savoir à quoi je jouais. Un véritable déchirement intérieur entre deux volontés paradoxales puisant leurs arguments à la même source : les rôdeurs.

Un trouille aussi viscérale que l’avait été le besoin de me retrouver ici, aussi violente et bestiale que mon adversaire de l’instant, à moins que je ne sois en réalité ma propre ennemie. Le temps n’était plus vraiment aux raisonnements philosophiques et moraux. Prenant appui de mon dos contre le mur, je poussais de toutes mes maigres forces sur mes bras dans un grognement d’effort, trahissant une volonté et une rage qui n’avaient rien à envier à ces créatures sous l’instants. Le souffle court, le cœur battant la chamade, je relevais même ma jambe droite pour envoyer un bon coup de rangers directement dans le bassin de la créature ; coup ponctué par un cri plus hargneux, plus enragé encore.

Un coup de savate qui ne déséquilibra qu’à peine l’infecté qui m’assaillait, alors que derrière lui, une seconde de ces saloperies, beaucoup plus massive, se débattait avec bien plus de difficultés au-travers du battant de bois éventré, dont seul le cadre, un peu plus résistant, n’avait pas encore cédé. Un joli raffut, empreint d’une certaine beauté dans son chaos, qui ne se déroulait que sur un espace de quelques secondes. C’était à peine si je pouvais réellement avoir conscience des évènements alors que je n’agissais plus que poussée par un instinct de survie aussi bestial que primitif.

Un peu plus galvanisée par l’urgence de cette situation, et son dénouement qui commençait à furieusement virer en ma défaveur, je profitais de la mince fenêtre d’action offerte par mon coup de pied pour me dégager du traquenard que je m’étais moi-même tendu. Je plongeais sur ma gauche, de quelques pas déséquilibrés dans ce couloir en me rapprochant un peu plus de la chambre de la gamine qui me semblait dénuée d’un quelconque hostile. Mais l’urgence et la précipitation ne me permirent pas de reprendre, et encore moins garder, mon équilibre. Je m’affalais sur le plancher du couloir dans un choc sourd et mat, sur le flanc droit.

Le rôdeur, toujours plus avide de mes chairs, fit preuve d’une réactivité qui me surprendrait toujours quelque part quand on voyait son état de déchéance physique, en se jetant vers moi, bras tendus. J’eus à peine le temps de rouler sur le dos et pointer sans même viser le canon du fusil à pompe dans sa direction, et je pressais la queue de détente à nouveau, dans un réflexe aussi carnassier que ne pouvait l’être la volonté de mon ennemi. La décharge de grenaille percuta l’abdomen de l’infecté, libérant ses viscères morcelés du sein de son ventre gonflé qui vinrent souiller le plancher. J’observais la créature reculer de quelques pas, après avoir encaissé le choc du pouvoir d’arrêt du fusil, sans avoir le temps ni le désir de m’émouvoir de tout le gore de cette scène.

Je fis coulisser le manchon du fusil une dernière fois, éjectant la douille plastifiée encore chaude pour chambrer la dernière des cartouches que l’arme avait en magasin avant de rajuster ma visée pour être certaine de mettre fin au calvaire de ce monstre. Une nouvelle détonation retentit dans le couloir alors qu’enfin, le visage de ce rôdeur se fragmentait en multiples éclats d’os et de chair qui tapissèrent murs et sol du couloir. L’infecté bascula lourdement en arrière, son corps inanimé dégringolant même dans les escaliers dans une série de craquements et de chocs sourds contre la volée de marches.

Sous mes azurs nuancés d’horreur et de colère, je voyais le seconde rôdeur franchir le battant de la porte dans une espèce de charge déterminée, emmenant avec lui les restes du panneau de contreplaqué avant de se ruer vers moi, ses râles gutturaux faisant bien rapidement échos aux précédents coups de feu hurlés par le fusil à pompe. Je J’avais reculé en traînant mon séant sur le sol du couloir, abandonnant d’ailleurs l’encombrant fusil pour récupérer mon arme de poing avec laquelle je me sentais bien plus à l’aise finalement, et tirai à plusieurs reprises dans le rôdeur ventripotent. Six ogives finirent leur course dans le torse, la gorge ou les membres de l’infecté qui ne s’en émoustillait même pas.

Il m’en fallu deux de plus pour finalement mettre un terme à la non-vie du monstre, déchirant l’une de ses joues et son front. L’infecté, emporté par son élan, chuta sur moi sans aucune retenue. La masse lourde et inanimée, dont mes maigres bras ne parvinrent en rien à amortir la chute, me coupe le souffle de tout son poids,sa tête inanimée, à la peau desséchée et le visage en lambeaux allant jusqu’à vider le contenu de sa boîte crânienne sur mon bras et mon épaule gauche. Je frissonnais de dégoût en sentant le tissu de mon débardeur s’imbiber de la poisse collante de ses fluides vitaux.

Battant des pieds et des mains, je parvenais finalement à me dégager de l’imposant rôdeur, exhalant la trouille qui m’empoignait les tripes au-travers de mon souffle rapide et saccadé. Je tremblais comme une feuille en reculant de nouveau jusque dans l’angle du couloir. Le cul toujours posé au sol, je ramenais mes genoux contre ma poitrine et les entourais de mes bras. Mon regard restais rivé sur la masse inerte du second rôdeur, alors que le calme semblait revenu à l’étage. Plus de grognement, plus de grattement ni de pas traînants et lancinants annonciateurs d’une autre menace zombie à venir.

Je restais littéralement prostrée dans ce bout de corridor, à contempler l’horrifique scène d’un cadavre se vidant sur le plancher, gravant sur mes rétines et ma mémoire cette image, cette confirmation. Mes désirs de revanche, mes envies de domination et la transition vers l’acceptation de ce nouveau quotidien n’étaient pas que le simple fait de mots, d’idées ou de résolutions. Non, il s’agissait d’actes, aux conséquences lourdes et amères, et même avec la plus pugnace volonté d’espérer prendre du recul, je me rendais pleinement compte que le chemin sur lequel je comptais m’engager s’avérait glissant, pentu, affreusement dangereux. Pour peu qu’il se trouve aussi être pavé de bonnes intentions et je ne serais plus loin d’atterrir en enfer. Bon… J’y étais déjà plus ou moins.

Je resserrais un peu plus mes bras autour de mes jambes, espérant atténuer les tremblements fébriles qui m’avaient gagné, bien en vain. Le choc, la proximité de cette mort qui avait failli me cueillir par deux fois en l’espace de moins d’une heure. Je secouais la tête en ressentant cette angoisse pugnace et tordante qui m’envahissait. Ma vue se troublait sur l’image de ce cadavre. Avais-je été infectée sans m’en rendre compte ? Je secouais la tête, refusant d’admettre la potentielle et cruelle réalité d’un tel sort. Non. Non. Je pleurais, tout simplement. Les larmes avaient jailli au beau milieu de ce maelström d’émotions sans même que je ne m’en rende compte sur l’instant. J’en ignorais même leur nature. Était-ce de la peur, de la douleur, du soulagement ? Peut-être un tout. Quoi qu’il en soit, pour rendre ses coups à ce monde de merde, il m’apparaissait évident que je devais auparavant en encaisser bien d’autres. C’était sûrement là le prix d’une domination à construire.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 23 Juin - 17:18
J’avais attendu en plongeant mes yeux dans les siens, cherchant à sonder une réponse, ou appréhendant une gifle qui tardait à venir. Mais au lieu du coup, ce fut la douceur d’une main consentante qui se posa sur ma joue, suivit de près par des lèvres, que je venais à peine de rencontrer.
 
Au jeu du quitte ou double, je pouvais dire que je m’en sortais plutôt bien. Higgins répondit à ma question d’un ton équivalent à celle-ci, sans vraiment être une promesse ou un quelconque serment gravé dans le sang ou le marbre, mais juste un accord d’entente sur nos idées qui corrélaient. J’avais même appuyé son geste d’une pression de ma main à l’arrière de sa nuque en la laissant se dresser vers moi pour ne perdre ni ma place ni mon rôle dans cette entreprise. Sans être singulièrement surpris, j’appréciais de savoir que l’attrait que je lui portais était réciproque. Sans un mot, mes paroles avaient été entendu, et rendu en un habille dialogue qui ne faisait que déverrouiller une porte jusqu’ici close. Chacun de nous deux étaient cependant encore libre de choisir de se détourner de cette offre.
Higgins était une très belle femme, et je mentirais à moi-même en refusant d’admettre que mon imagination s’était quelques fois laissés porter par mes désirs. Il y avait quelque chose en elle que j’appréciais particulièrement, auquel cas je ne me serais certainement pas permis ce genre de manière. Pas que physiquement, bien qu’il avait sa part dans l’équation, son caractère, ou le peu que j’avais vu jusqu’ici, me plaisait. Franche, directe, efficace avec une petite touche de faiblesse qui chatouillait joyeusement mon orgueil chevaleresque lorsqu’elle y faisait appel.
 
Je ne m’étais jamais sentit autant à l’aise sur le terrain, en dehors de toute considération pour mes aptitudes variables, et je savais bien que c’était grâce à Higgins. Elle était juste le binôme parfait dont j’avais besoin, et si elle avait besoin d'une épaule un jour, elle saurait me trouver sans avoir besoin de mon accord ni craindre un jugement.
 
J’inspirais profondément lorsque le contact de nos lèvres nouées se brisa, assez fier de moi pour le coup comme le témoignait le pincement qui germait au coin de mes lèvres, hochant la tête sur la proposition tacite avant de l’observer reprendre sa route là où je l’avais interrompue. Cette femme savait ce qu’elle voulait et la manière dont elle le voulait, et ça tombait bien, nos attentes concordaient.
 
« Reçu, je termine ce niveau. » Avais-je finis par ponctuer en gardant tout le professionnalisme dont on avait fait preuve jusqu’ici, comme si les dernières minutes ne pouvait perturber ma mission.
 
De retour dans la cuisine, là où j’avais abandonné mes belles trouvailles, les muscles légèrement plus décontractés qu’auparavant – et je l’espérais d’ailleurs tout comme ceux de ma comparse – je fis glisser de mes épaules mon sac à dos et commença à le remplir des différents bocaux vers le fond du sac, incluant même un paquet de piment séché qui aurait sans doute la finesse de relever un ragoût raté. Le reste de mon inspection de la cuisine ne m’offrit rien de plus, hormis un espèce de sac de course en plutôt bon état callé derrière les bidons de produits ménagers.
Inspirant profondément, je jetais un œil à la fenêtre au-dessus de l’évier, sans voir rien d’autre qu’une partie de la haie laissée à l’abandon.
 
En voyant le sac d’Higgins laissé sur l’îlot central, je me décida de l’imiter en le déposant à côté, histoire de me sentir plus à l’aise pour appréhender une éventuelle menace qui me tomberait dessus. Réajustant les sangles du harnais dont j’étais équipé, j’en profitais pour vérifier que le Talkie n’était pas tombé en rade de batterie, avant de me relancer dans l’exploration et l’éradication. Le vacarme provenant du second étage m’obligea à détourner la tête vers les escaliers empruntés plus tôt par Higgins. Je la savais débrouillarde et surtout, maintenant, capable de m’appeler si le danger devenait trop pressant, et j’avais surtout en tête la conclusion suivante : tant qu’elle tirait, c’est qu’elle vivait. Confiant, je retournais à mes projets.
 
Salon-salle à manger-cuisine étant une seule et même pièce ouverte, je décidais de ne pas m’éterniser à une inspection approfondie du moindre petit tiroir, ce que j’estimais inutile. Je préférais me consacrer à l’inspection de cette salle que j’avais peu avant fermé sur mon passage pour me protéger d’un éventuel agresseur sortit de l’ombre. Me rappelant de ce fait de ce détail, j’attrapais la lampe torche dans la poche de mon pantalon, rechargeant les accu de quelques coups de manivelle avant de l’allumer. Sig au poing, bras tendu et lampe maintenu juste en dessous de la crosse de l’arme pour garder une vision claire de ce que je pointais du canon, je pénétrais enfin dans la pièce après l’avoir ouverte.
 
Mon faisceau lumineux se braqua sur des étagères vidés de leur contenu. Comme je l’avais supposé, cette maison avait déjà été pillé avant notre arrivé et il ne nous restait que les miettes dont on allait devoir se contenter. Je notais tout de même l’emplacement d’un thermos vide qui pourrait bien faire office de gourde à l’avenir. Je viendrais le récupérer à mon retour et en attendant, j’enchaînais.
La porte suivante me fit atterrir dans un garage. Comme la grande majorité des américains, ce dernier n’avait servi qu’à stocker tout un tas de matériel, si bien que l’espace pour rentrer un quelconque véhicule se réduisait à néant. En tout cas, l’ex-propriétaire était un sacré bricoleur, et j’en jalousais presque l’immense établit qu’il s’était payé pour organiser ses travaux. Rien d’hostile n’avait surgit de derrière les étagères, ce qui était sans aucun doute une bonne chose.
Retournant dans la cuisine après une grossière inspection, j’avais attrapé les deux sacs à dos laissés à disposition pour les ramener vers le garage. D’un premier regard, j’estimais en avoir besoin. J’avais glissé au passage le thermos dans l’un des deux avant de retourner vers l’établi.
Je notais la présence d’une boite à outils vide sur le côté du meuble, et je me décidais de la remplir de tous ces engins disposé à droite et à gauche pour constituer quelque chose de correct pouvant servir aux travaux, et Dieu lui-même savait que notre QG en avait grandement besoin. J’écartais toutefois un grand tournevis cruciforme de l’équation, préférant en faire une arme qui pouvait se révéler des plus efficaces sur un mort, ou dans l’œil d’une ordure.
 
J’avais également repéré tout un stock de matos usagé, des vieilles télé, des lecteurs CD, avec en notable et de ce que j’en reconnaissais l’usage, deux antennes de réception et un taille-haie. Je ne savais pas si on pouvait permettre de s’encombrer autant et surtout, si c’était réellement nécessaire, mais dans le doute, je rassemblais les affaires.
Il y avait eu plusieurs coups de feu là-haut mais à présent ses derniers avaient cessés silencieusement, faisant place au vide. Un vide qui n’appelait pas particulièrement à une mauvaise augure, mais qui avait vocation à inquiéter tout de même. Je m’apprêtais à activer ma radio lorsqu’un élément attira mon attention. Quelqu’un avait effectué quelques soins ici au regard des morceaux de tissus sales et imbibés de sang au sol, en compagnie d’une bouteille vide d’alcool médical dont l’odeur caractéristique s’échappait encore et d’une plaquette de médoc aux opercules vidées. C’était récent, très récent. L’obscurité de la pièce n’avait pas aidé à remarquer ces éléments à ma première inspection, surtout calé dans un recoin parmi une montagne de bordel, mais cette scène précisément ramena à moi une voix que j’avais du mal à croire la mienne. Ca raisonnait tellement dans ma tête.
 
« Regarde-moi. Regarde-moi ! Dis-moi ce que je dois faire. Bébé, reste avec moi. Reste …là… je suis là. J’arrive pas à l’arrêter. Il faut… dis-moi ce que je dois faire. J’appuis, mais ça ne s’arrête pas. J’ai besoin de toi, il faut que tu restes avec moi. Me fais pas ça… me fais pas ça. »
 
J’avais fait quelques pas en arrière en cherchant d’une main moite le commutateur de ma radio, reprenant d’une voix un peu bancale, le regard rivé sur ce drap nappé de sang.
 
«  J’ai besoin de toi. Il faut que… »

Mais un choc à la tête m’obligea à courber l’échine, pas vraiment assommé, pas vraiment conscient de ce qu’il venait de se passer, ni de l’intrus sortit brusquement des ombres.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Dim 26 Juin - 17:47
Ainsi repliée sur moi-même, comme isolée du monde extérieur, de ce quotidien horrifique qui me dévorait peu à peu, je me laissais aller à mes larmes et mon désarroi face à cette situation qui exigeait de moi de devenir plus inhumaine que les créatures que j’avais abattues sans de réels états d’âmes jusqu’à lors. Mes mains vinrent se poser contre mes joues, dissimulant mon visage larmoyant à la vue d’un invisible témoin qui aurait bien trop eu à coeur de juger mes émotions, qui représentaient à la fois mes forces et mes faiblesses. Mes doigts vinrent masser mes paupières closes et humides durant de longues secondes, simplement nimbée d’un silence mortifère parfaitement adapté à cet instant de recueillement.

D’ores et déjà, il ne m’était pas difficile de m’imaginer marchant dans des étendues florissantes de chrysanthèmes, à honorer la mémoire de mon humanité et de mes principes sacrifiés sur l’autel de ma seule survie. Seule survie ? Non. C’était inexact. Les actes que j’accomplissais, les mots que je prononçais, s’ils n’avaient de finalité que de servir ma cause, bien égoïstement, servaient malgré tout un but, bien plus étendu que mon unique petite personne. Qu’il s’agisse de l’existence - comme des lèvres - de Kyle, entre autres, ou plus généralement du bien et de la survie du groupe que j’avais rejoint ; de la pérennité de ceux qui représentaient quelque part, dans une moindre mesure, ma fratrie, j’embrassais aujourd’hui un credo qui ne serait pas du goût de chacun tant il se voulait l’antithèse de ce qui pouvait bien définir l’humain, mais qui me paraissait limpide, découlant presque du bon sens le plus rationnel et arbitrairement fataliste.

Moi qui m’était voulue si avide et friande de cette vengeance, puisant en elle toute la volonté qui avait animé et dirigé ma volonté ; une vengeance que j’avais érigée en parangon des excuses envers moi-même pour justifier l’atrocité de certains de mes actes et de mes inactions qui finissait désormais par se déliter petit-à-petit au profit d’une entreprise plus grande, d’objectifs communs.

Je pris ainsi le temps, durant quelques minutes d’un calme surréaliste, d’apaiser ma respiration comme mes pensées. Je ramassais mon arme de poing de ma main droite en me servant de la gauche en appui contre le mur pour me redresser lentement, dans un simulacre d’effort pour me remettre sur mes jambes. J’aurais pu donner l’impression d’avoir les jambes lourdes et prises d’un engourdissement propre aux longues période d’inactivité et de repos, mais ce n’était pas le cas, physiquement. Le poids que je semblais ainsi soulever dans un grognement d’effort prenait plutôt sa source au sein de ma poitrine, de mon cœur battant contre le conflit dévorant qui me diviser entre mes principes et mes résolutions, rythmant tel un métronome effréné chaque seconde de ce monde dystopique qui mettait à mal le lien de construction - qu’il s’agisse d’identité comme d’expérience - qui unissait auparavant passé et avenir.

Mais finalement dressée sur mes guibolles, je chassais les traînées humides qui sillonnaient mes joues d’un revers de la main gauche avant de faire quelques pas dans le couloir, jusqu’au ventripotent cadavre effondré à mes pieds. Je posais sur ce dernier un regard nuancé de haine, de dégoût et quelque part d’une certaine pitié, avant de me pencher pour ramasser le fusil à pompe désormais vide de toute munition pour passer la sangle à mon épaule gauche, laissant le fusil pendre dans mon dos.

J’enjambai la créature inerte pour me diriger vers la pièce dont ils s’étaient tous deux échappés quelques instants plus tôt, passant la tête, puis le reste du corps au travers du battant de bois explosé. Découvrant une chambre d’adulte, à en juger par le mobilier et la disposition des lieux, j’achevais de pénétrer dans la piaule en découvrant sur ma gauche un grand lit deux places s’apparentant au plumard conjugal.

Mais à l’exception de l’odeur infecte de pourriture et de décomposition qui imprégnait les lieux, il ne s’y trouvait rien qui suscitait là mon intérêt. Les divers bibelots qui avaient, fut un temps, orné la commode et les tables de chevet se trouvaient désormais répandus sur le sol. Cadres photos au verre brisé, livres et magazines éparpillés, vases éclatés en innombrables morceaux, vêtements abandonnés ça et là sur le sol ou sur le lit, souillés pour la plupart de fluides desséchés.

Seul un petit sac à dos de randonnée, ouvert, trônait au pied du lit, posé sur une couette lavande à l’aspect satiné, elle-même maculée de traînées sanguinolentes plus sombres qui lui donnait des faux-airs de Rorschach. Il me semblait que les occupants des lieux avaient entrepris de rassembler quelques affaires dans un début de fuite précipité ; mais la présence de ce sac à dos me laissait présumer un destin bien peu enviable pour son ou sa propriétaire.

Mais je n’eus guère le temps de réellement d’inspecter le contenu du sac à dos déposé là que j’entendis mon talkie crépiter, puis cracher la voix de Kyle nécessitant de l’aide. D’ailleurs, ce ne fut pas tant les mots du militaire que le ton de sa voix qui m’inquiétèrent le plus. Je sentis mon estomac se nouer de plus belle, et j’abandonnais là le sac à dos comme l’inspection de la chambre à la recherche d’un quelconque objet d’intérêt pour quitter la pièce, marchant d’un pas précipité vers l’escalier. Plus encore que ses premiers mots, ce fut l’interruption de sa phrase qui ne laissa présager rien de bon. Et pour cause, avec le raffut que j’avais provoqué au cours de mes duels, il n’y avait rien d’étonnant à ce que notre situation n’en vienne à se compliquer, à devenir plus dangereuse. Rien n’indiquait que les morts à l’extérieur aient pu entendre les bruits du combat, mais surtout, rien ne me permettait de prétendre le contraire depuis l’étage et son absence de fenêtre donnant sur la cour de la maison par laquelle nous étions arrivés quelques instants plus tôt.

Je finis par arriver au bas des escaliers, non sans éprouver une certaine difficulté à enjamber là encore le cadavre du premier rôdeur que j’avais abattu et dont les fluides coagulés avaient tapissé quelques marches, rendant la descente particulièrement casse-gueule en son milieu. Mais parvenue dans le coin salon/cuisine, je pus constater que mon sac à dos comme Kyle lui-même avaient disparu. Je laissais mes azurs détailler les lieux à toute vitesse, à la recherche du moindre indice de la présence de mon binôme, en vain.

Par contre, ce qui n’échappa pas à la suite de mon inspection, ce fut l’image que me renvoya la baie vitrée qui offrait une large visibilité sur le jardin de la maison, et les multiples silhouettes claudicantes qui l’arpentaient désormais. Pas loin d’une bonne dizaine de rôdeurs qui convergeaient droit sur ce petit pavillon résidentiel, appâtés par les détonations du fusil à pompe, la violence du combat mené et la promesse de découvrir entre ces murs un probable festin.

Dès lors, mon attention se porta vers l’entrée et son couloir jalonné de deux autres des cadavres qui nous avions laissés dans notre sillage. Un couloir dont un détail ne m’avait pas échappé. Ce genre de petit détails qui pouvaient faire toute la différence lorsque l’on savait y prêter attention, en bien ou en mal d’ailleurs. Les portes que desservait ce couloir été désormais ouvertes, sur une épaisse pénombre d’autant plus renforcée par la lumière du jour qui baignait la pièce principale de la maison. Redressant mon arme de poing afin d’en braquer le canon vers le rectangle assombri, je fis basculer le commutateur de la lampe-tactique fixée sous le canon afin d’éclairer l’inconnu qui se profilait au-devant de mon regard, avec toute l’appréhension propre à ces incertitudes.

Pas après pas, j’avais traversé le salon pour regagner le couloir, me rassurant d’un regard bref et curieux en direction de la porte d’entrée en la voyant toujours close. Puis je m’inquiétais à nouveau de savoir ce qui pouvait bien se dérouler, et se dissimuler au cœur même de cette pénombre.

Je m’arrêtais sur le pas de la porte, accompagnant le pinceau lumineux qui balayait les étagères vidées de leur contenu, preuve s’il en était que nous n’avions pas été les premiers à nous aventurer dans cette baraque. Peut-être les morts enfermés dans les différentes pièces avait d’ailleurs été l’oeuvre des précédents visiteurs. Le temps n’était pas aux suppositions alors que je constatais bien rapidement que Kyle ne se trouvait pas dans la pièce que j’inspectais brièvement.

Je m’intéressais donc à la porte voisine, l’éclairant de la même manière. Et sous le halo lumineux se dessina une forme mouvante, une silhouette que je ne parvins pas à reconnaître du premier coup d’oeil, même s’il était fort probable qu’il s’agisse-là de mon camarade d’excursion. Préférant la sécurité au confort visuel, j’abaissais le canon de mon pistolet vers le sol, afin de ne plus pointer sa gueule meurtrière en direction de mon acolyte, préférant me risquer à hausser le ton et user de ma voix pour m’assurer de sa présence, et m’enquérir de son état.

“Kyle ? Tout va bien ?”

Une question qui se voulait très formelle en réalité, puisque son appel dans le talkie me laissait redouter le contraire. Restait à découvrir jusqu’à quel point la situation qui allait se présenter à moi pouvait se vouloir redoutable.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 29 Juin - 10:51
Je me redressais comme je pouvais, ayant perdu toute notion de stabilité sur mes appuis, plongé dans un flou artistique aussi profond que les ombres se mêlaient à lui. Ma lampe torche m’avait échappé des mains et projetait son faisceau de lumière sur la porte du garage et quelques fatras qui s’y trouvait à proximité, ne me permettant pas d’identifier la menace qui venait de me tomber dessus et qui me laissait, étonnement, le loisir de me remettre – à moins que mes gestes approximatifs et la menace de mon arme maintenant brandit dans toutes les directions possibles ne le bloque dans son entreprise.
 
Je me sers de l’établi pour couvrir mes arrières, m’appuyant dessus pour également retrouver une certaine stabilité. Décidément, on en voulait à mon crâne, et à ce rythme d’un coup tous les quinze jours, je n’étais pas certains de garder mon cerveau en très bon état. Il faudrait sans doute que j’investisse dans un casque de football, si ce terme avait encore un sens à l’heure actuelle. Si seulement j’avais pu conserver mon package d’opex.
 
J’avais cru voir une ombre bouger juste sur ma gauche, mais une source lumineuse vint éblouir momentanément ma vision. Non pas que la lumière était d’une grande intensité, mais le coup que j’avais reçu sur la tête n’avait pas aidé mes yeux à choisir la bonne focale. L’avantage que m’offrit par la suite cette nouvelle intrusion était de pouvoir identifier clairement mon agresseur.
C’était un adolescent, je ne lui donnais qu’une quinzaine d’année, peut-être dix-sept en étant généreux. Jogging, basket, une barre de bois en main qui avait sans doute été jadis un manche à balai ou autre outil de jardinage, mais dont l’extrémité utile avait été arraché, mais et surtout, une blessure au ventre qu’il tenait de sa main gauche. Malgré sa couche de vêtement, on pouvait clairement voir l’auréole sanglante qu’avait tracé sa plaie sur le tissu gris foncé. Il ne semblait pas vraiment menaçant, mais plutôt effrayé par ma présence, et surtout l’irruption de la camarade qui s’enquit immédiatement de mon état.
Je gardais le bout de mon canon rivé sur sa silhouette, mais déjà elle fuyait en direction de la porte du garage, trouvant avec une aisance particulière le loquet qui condamnait cette dernière pour ouvrir ce qui s’apparentait être une porte et se plonger vers l’extérieur, disparaissant définitivement de notre champs de vision en emportant avec lui son arme de fortune.
 
J’avais bien essayé de le poursuivre, avec toute la force et l’équilibre qui me restait, mais il fallait bien que j’accepte qu’il était bien plus rapide que moi malgré sa blessure évidente.
 
« Putain de connard… il m’a défoncé l’arrière du crâne. » Avouais-je à l’intention de moi-même, mais aussi d’Higgins afin de ne pas la laisser dans la confusion de scène.
 
Mes doigts passèrent sur ma blessure, cherchant à connaitre la hauteur de cette dernière, ne constatant pas d’extraction de sang dans un premier temps mais vérifiant au moins deux fois pour être sûr. J’ouvrais finalement en grand la porte de ce garage laissée entrouverte pour tenter de voir dans quelle direction le gosse était partit, mais au lieu d’une silhouette s’éloignant vers le lointain, c’était bien des dizaines qui se rapprochaient petit à petit de notre position. Lentement, et encore à quelques distances de nous, mais surement.
 
« Merde. » Confirmais-je si ma coéquipière m’évoqua cette situation désastreuse, avant de continuer. « Faut qu’on se repli. »
 
Je retrouvais la poignée de ma lampe torche avant de presser le pas vers l’établi où avait été laissé les deux sacs à dos et le petit attirail que j’avais trouvé à droite et à gauche dans ce garage. Je me maudissais en même temps de ne pas avoir inspecté les lieux suffisamment et laissé l’opportunité à ce gamin de me prendre à revers. Comment j’avais fait pour ne pas l’entendre arriver ? Où s’était-il planqué ? Il fallait dire que la configuration des lieux et l’obscurité certaine n’avait pas été à mon avantage, mais j’aurais dû être plus attentif. Je repensais à ce môme et à sa blessure, en espérant malgré toute la rancune que j’éprouvais pour lui, qu’il avait eu le temps de se soigner comme l’avait supposé les différents matos de soin usé par terre, et qu’il parviendrait à trouver un abris rapidement. Peut-être connaissait-il le coin mieux que nous après tout.
 
Malgré mon flux de pensé, et sans doute aidé par Higgins, j’attrapais le sac à dos qu’elle avait trouvé et fourrais très rapidement le matériel dans l’ensemble des contenants à notre disposition. Le premier fut presque plein avec le taille-haie, et j’arrivais à placer ma lampe torche, et mon couteau replié de justesse sur les côtés avant de le clore, abandonnant sur place un sac de course et le tournevis que j'avais choisis juste avant. Pour le second, les antennes furent repliées pour optimiser la place, mais il fallait bien se rendre à l’évidence qu’elle en prenait beaucoup, surtout avec ce que Higgins avait laissé dedans. Il fut comblé par l’ensemble des bocaux de nourriture trouvé dans la cuisine. Quant au petit sac à dos, il accueillit volontiers la boite à outil de fortune que j’avais constitué un peu plus tôt avant d’être pratiquement plein. Juste de quoi glisser ma boite de munition dans une des poches latérales.
Si Higgins était d’accord avec cette configuration, et surtout le fait que je porterais le plus lourd des deux sacs à dos en compagnie du petit, je lui confierais avant qu’on ne parte qu’elle aurait sans doute la charge de protéger mes arrières ainsi encombré. Dans tous les cas, le petit sac à dos constituerait une perte négligeable en cas de problème, que je n’hésiterais pas à abandonner s’il le fallait.
 
Je finis donc par confirmer que j’étais prêt, grand sac sur le dos, et petit juste sur une épaule, arc en main, Sig coincé sur le devant de mon pantalon, et grenade, que je comptais ne pas garder, accrochée à un passant. Cette dernière me servirait à couvrir notre retraite et ralentir nos ennemis au moyen d’une distraction en espérant que ça fonctionne.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Sam 2 Juil - 12:12
A peine étais-je entrée dans ce qui se révélait être un garage sous le faisceau de ma lampe-torche que ce dernier éclaira la silhouette d’un Kyle assez mal en point. Mais je n’eus guère le temps pour l’inquiétude à son propos qu’une seconde silhouette sur ma droite, relativement chétive, cherchait à fuir le lieu de son forfait. Presque instinctivement, j’avais pointé mon arme dans sa direction, le souvenir d’une fâcheuse rencontre dans un autre lieu obscur, avec un individu en pleine possession de ses moyens me revenant en mémoire. Mais l’inconnu, l’agresseur de Kyle, avait pris la poudre d’escampette. Une bonne chose pour nous, et pour lui, car j’avais senti au plus profond de moi qu’aucune hésitation d’ordre moral n’aurait retenu mon index en passe de lui ôter la vie. Ce type avait menacé l’un des miens, et le fait qu’il s’agisse de Kyle et du début d’affection que je lui portais n’aurait qu’encore plus renforcé ma détermination à passer à l’acte.

Mais l’agresseur s’échappa par une porte dans le panneau plus large du garage, nous laissant tous deux dans une pénombre moite, à peine percée par ma lampe-tactique et l’interstice de la porte entrouverte. Dès lors, je me désintéressait du sort du fuyard pour m’inquiéter plus sérieusement de la santé de mon coéquipier. Mais il ne me laissa pas vraiment le temps de m’approcher pour inspecter sa blessure au crâne que déjà il se lançait à la poursuite de son agresseur. J’avais tendu mon bras libre dans un geste en retard pour tenter de le retenir, ayant gardé à l’esprit la présence des nombreux rôdeurs convergeant vers la bicoque que nous occupions et craignant de le voir se jeter dans la gueule d’un loup bien trop vorace pour être maîtrisé, en vain.

La constatation de Kyle, et ses paroles suivantes sur notre situation ragaillardi le sentiment d’urgence qui s’était développé en moi depuis la vision que j’avais eue au-travers de la baie vitrée. Acquiesçant à ses dierctives, je me dépêchait de récupérer nos affaires et trouvailles rassemblées ici, mes épaules bien alourdies par les bretelles de mon sac à dos bien rempli de je ne savais-trop-quoi, avant de m’engager à la suite de Kyle dans notre fuite.

Il ne nous avait fallu que quelques instants pour être prêts à quitter les lieux, et je profitais de l’écran de fumée généré par la grenade fumigène du militaire pour couvrir ma progression. Je précédais l’homme, l’arme à la main et prête à en faire usage à l’encontre d’un infecté trop gourmand et surtout trop proche de notre progression. L’idée était claire, l’objectif, précis. Regagner le campement le plus vite possible et semer le groupe de charognards à défaut de pouvoir l’affronter. Si les circonstances avaient été différentes, j’étais intimement persuadée que nous aurions pu les abattre, peu-à-peu, de manière presque procédurière, et alléger de presque rien la menace infectée qui pesait sur notre camp. Mais les circonstances étaient ce qu’elles étaient, et j’étais relativement inquiète de la blessure de Kyle, même si l’homme ne paraissait pas à l’agonie, je désirais l’amener le plus rapidement possible devant James et ses connaissances médicales afin d’être rassurée quant au sort de mon compagnon.

Je devais bien reconnaître que je détestais ça, mais la fuite restait la tactique la plus intelligente et préférable. Nous n’étions pas franchement en mesure de tenir un siège dans une baraque aussi exposée face à un groupe de rôdeurs qui ne manqueraient pas, par leur concerto tonitruant de râles et de grognements, à attirer le voisinage mort-vivant sur l’intérêt charnel que nous représentions. Et en terme d’intérêt charnel, je préférais, et de loin, garder celui de Kyle pour moi seule. Mais ce genre de considérations était à garder pour plus tard, dans le refuge précaire du campement vers lequel nous progressions au pas de course.

Fin du jeu.

Evènements

Anonymous
Invité
Sam 2 Juil - 15:23


Excursion Validée

Récompense(s) :

Kyle & Jena trouvent : Antenne de réception x2, Boîte à outils, Taille-haie électrique, Petit sac à dos, Ration de nourriture.


Conséquence(s) :

Jena perd 7 points de moral.

Vous avez consommé :

Kyle & Jena ont utilisé une Grenade fumigène & une Boite de munitions petit calibre.

Les Scénaristes
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