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[CS, CFJ] Un peu de Clarté dans le Chaos - 25/03/35
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mar 9 Aoû - 0:12
Dès ses premiers mots, je savais que le vagabond se montrerait parfaitement fidèle à lui-même. Ça ne m’étonnait même pas de sa part. Une nouvelle fois, la confrontation promettait d’être assez difficile à tenir, mais je me jurais de ne pas céder à ses provocations, peu importe leurs portées. Plus nous nous rencontrions, échangions, discutions, et plus j’apprenais à me méfier de la pertinence de son verbe qui savait se montrer aussi percutant que déstabilisant.

Et bien évidemment, il ne me donna nullement tort en estimant rétablir une bien drôle de vérité concernant la teneur de notre marché. Oui, il ne faisait aucun doute que je menais, à ma façon, les opérations comme le déroulé de cette transaction, le plus égoïstement du monde. Mais étais-je réellement fautive d’avoir ainsi eu à me mettre en avant là où aucun des deux chefs en titre en ce moment-là n’avait su prendre ni les initiatives, ni les décisions nécessaires pour assurer la pérennité du groupe face à la menace approchante d’une nouvelle horde ? Je préférais de loin chacun se faire son propre avis sur la pertinence ou non de mes choix, et la conduite à tenir, les reproches à adresser derrière. J’avais de toute manière suffisamment de raisons et d’arguments pour les contrer un-à-un s’il le fallait.

Néanmoins, j’avais le plus grand mal à encaisser les mots de notre interlocuteur, qui cherchait très clairement à apporter la dissension au sein de notre groupuscule. S’il comptait me faire porter le chapeau pour mon initiative face à ceux qu’il n’avaient que peu ou pas vu et qui se trouvaient présents aujourd’hui, il s’y prenait de la meilleure manière qui soit, ramenant même l’épisode de ma propre trahison face aux sévices du Libérateur. Une mention, des souvenirs, qui m’arrachèrent une grimace à la fois colérique et douloureuse. A chacune de ses syllabes, je me sentais de plus en plus contrainte d’oublier la promesse que je venais de me faire à ne pas céder devant ses provocations ; d’autant plus lorsqu’il manqua presque de se plaindre du peu d’alcool que nous lui avions ramené. Tout notre alcool pourtant.

Mais ce n’était littéralement rien du tout à côté de ce qui allait suivre et ponctuer sa dernière phrase. “Ernst.” Volontairement ou non - bien que je pressentais là tout le pointilleux calcul du choix de ses mots - l’inconnu venait de me coller une grande tarte verbale dans le coin de la tronche, sans frémir. Je m’étais même senti défaillir durant une fraction de seconde, le souffle coupé et le visage blême, les lèvres légèrement entrouvertes et les yeux écarquillées d’une surprise qui n’était pas feinte. L’espace de cet instant - où j’avais reculé d’un simple pas en arrière avant de me reprendre - j’avais senti mon monde comme mes certitudes s’écrouler. Comment ce type, dont je ne savais rien, pouvait-il bien connaître le prénom de mon paternel alors que je ne l’avais jamais confié à qui que ce soit, pas même Liz’ ou Samuel ? C’était là quelque chose d’aussi effarant qu’effrayant… D’un geste brusque, je désignais le Vagabond de mon index.

“Vous ! Vous… Co…” balbutiai-je assez sèchement avant de finalement me raviser, portant cette même main à mon visage, me pinçant l’arête du nez en fermant les yeux, essayant tant bien que mal de remettre de l’ordre dans des idées qui se dispersaient et se laissaient aller à de nombreuses digressions. Je prenais une longue et profonde inspiration dans la foulée, retenant mon souffle quelques secondes en tâchant de recentrer mes idées sur la finalité de notre présence ici. Je ne devais pas céder. Je ne devais absolument pas céder face à lui. Une injonction que je me répétais, dont je tâchais de me convaincre avec énergie pour ne pas simplement me laisser déborder par la colère - et l’incompréhension liée - qui menaçait de me déborder, pour changer.

“Vous savez quoi ?” avais-je fini par me reprendre d’un ton encore plus sec en posant de nouveau mes noisettes sur lui. “Amusez-vous donc à persuader tous les gens présents que je ne suis qu’une sale petite égoïste, vous avez parfaitement raison là-d’ssus. C’est bien égoïstement que j’vous ai empêché, vous et Samuel, de vous entre-tuer l’autre jour. Amusez-vous autant que ça vous chante de m’filer le mauvais rôle et de jouer sur les apparences. Ça n’enlève rien à la réalité de notre rencontre aujourd’hui. Ce marché, il a été conclu entre vous et moi, qu’ça vous plaise ou non, qu’ça paraisse juste ou non. Vous vouliez tout l’alcool que nous possédions ? Il est dans le sac. Désolée que ça soit pas aussi opulent que dans vos rêves.

Vous vouliez les clés du camion, elles sont sur le contact ; et ça en échange d’vos informations. Quant au fait que je vous le remette en état de fonctionner, c’était en échange de votre aide pour nous débarrasser des hordes de rôdeurs qui allaient nous tomber d’ssus et probablement tenir le siège pour je-ne-sais encore combien de jours. Et tout ça parce que Samuel n’a pas été foutu d’honorer le marché qu’il avait conclu avec vous et a voulu se la jouer grand cow-boy dominateur de situation d’mes couilles ; et que sa seconde dans l’histoire vaut pas mieux, dans sa grande “promptitude et détermination”, en n’étant pas capable d’vous proposer mieux que des supplications implorantes et des “s’il vous plaît” de gamine impuissante là où elle aurait pu… je sais pas… vous proposer son cul dont vous avez si bien su vanter les formes. Moi au moins, j’avais mes compétences et mes aptitudes à vous offrir contre la protection de mon groupe.”


Une nouvelle fois, je m’étais largement laissée emporter par ma colère, nourrie de la frustration d’avoir attendu tant de temps, et de l’exaspération d’avoir trop longtemps tourné et retourné les mêmes conneries dans un recoin de ma tête, alimentant méfiance et suspicion à l’égard de tous ceux qui m’entouraient au quotidien, m’obligeant malgré moi à m’isoler et taire nombre de mes doutes à l’encontre même de mes amis les plus proches.

“Alors ouais, moquez-vous, dénigrez-moi autant qu’il vous plaira. Mes mensonges, mes cachotteries, mes déductions comme mes décisions, toute cette merde… dans ma tête, je vous la dois, à vous, à Melody et au Libérateur, d’avoir empoisonné mon esprit de vos paroles comme de vos silences, de vos propres mensonges durant tant de temps pour je ne sais quelles obscures raisons. J’en ai ma claque de douter et de me méfier d’tout et d’tout le monde… Mais ça n’enlève rien au fait que moi au moins je respecte mes engagements, et malgré le fait que vous m’ayez bien volontairement laissé patauger dans le bordel qu’il y a dans ma tête, je ne vous ai pas abordé en vous tirant une bastos dans les pieds.

Quant à mes questions, vous les connaissez déjà toutes pour la plupart : Qui est le Marchand et qu’est-ce qu’il nous veut ce con ? Qui sommes-nous ? Ou que sommes-nous et pourquoi le Marchand semble y accorder tant d’importance ? Ou comme l’a dit Melody : qui est ce Soulstrange ? Pourquoi est-ce que Matthew vous accompagne ? Et si c’est le cas, pourquoi il s’est pas pointé au campement ? Ou encore, est-ce que c’était lui le sniper de la semaine dernière ? Et si c’était bien lui, est-ce que c’est aussi lui qui a buté Calvin ? Pourquoi vous m’avez sauvé, et comment vous le saviez ? Et puis vous êtes qui putain ? Vous cherchez quoi ? Et surtout, surtout… J’suis sûre que vous vous y attendez, parce que vous avez tout fait pour… Comment est-ce que vous connaissez le prénom de mon père ?”


J’avais lâché ma volée de questions d’une seule traite, sur un ton affreusement pressant, impatient, à la limite de l’hystérie et de la rupture de nerf ; ma voix rauque et cassée se répercutant très probablement en échos métalliques contre les parois de la caisse de la remorque, du tablier jusqu’aux portes arrière.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mar 9 Aoû - 18:14
Habituellement, Elizabeth avait une propension certaine à fuir les conflits, préférant nettement ne pas s’impliquer, ou y couper cours lorsqu’elle n’avait pas le choix. Ça lui arrivait même de placer quelques mots histoires de tasser les embrouilles si elle s’y sentait obligé, mais il fallait l’avouer, ces derniers temps étaient plutôt propice aux tensions et conflits intestins.

Ce vagabond n’était pas seulement qu’un beau parleur, il était un générateur de conflit doué d'esprit et pour peu qu'il ai affaire avec une personne fragile à se laisser tenter par quelques rivalités ou les nerfs un peu trop à vif, et il portait le feu au poudre. Un simple briquet. En temps normal, son cas aurait été très intéressant pour elle à étudier, les gens ne se doutaient que rarement de tout ce qui pouvait être révélateur d’expérience passé vis-à-vis d’un comportement en particulier, le considérant comme un cas d’école ou un cas d’étude qui aurait fait mettre en ébullition son cerveau face à toutes les complexités que cela lui inspirait. En temps normal, oui. Mais, et malheureusement, les temps n’étaient plus normaux. Les temps étaient à mettre les gens à fleurs de peau, le moral élimé, abîmé, le mental affaibli, la rage et la peur dominant pour un monde qui n’était pas si différent que cela il y a plus de mille ans, mais qui n’avait plus habitué l’espèce humaine à devoir y faire face.

Trouvant réconfort à la proximité de James, acceptant le contact en sachant l’origine de ce dernier, elle écouta le discours de leur mystérieux et mystique hôte, ses propres questionnements lui venant à l’esprit sans qu’elle n’ose les matérialiser. Après tout, Melody et Ivy avaient déjà eu à faire à cet homme et il était plus que probable que les informations qu’elles étaient venues chercher ne pouvaient plus attendre davantage qu’un élément perturbateur tel qu’Elizabeth ne vienne mettre son grain de sel. Néanmoins tous ses muscles se raidit lorsque Ivy fit entendre sa voix, son avis et sa colère. Le voilà donc le bâton de dynamite, la poudre qui menaçait à tout moment de détoner, et il s’en était fallu de peu, de très peu pour que l’étincelle alimente cet explosif en puissance.

D’un pas lent et mesuré, la jeune femme rejoignit son amie avant qu’elle ait fini son discours, sans tenter de l’interrompre néanmoins, mais se rendant à son contact, quittant le cocon protecteur que James avait formé par son contact, bien malgré elle et à regret. Dire qu’elle n’avait pas vraiment réfléchit à son geste aurait été mentir, en réalité, cette proximité justifiait l’appréhension d’un débordement incontrôlable, et elle ne pouvait se permettre que tout parte en vrille, pour Ivy, pour elle-même mais aussi pour James. Ils étaient tous les trois à bord de ce navire bien trop fragile pour naviguer de la sorte menaçant à tout moment de chavirer.

Sans chercher à accuser, à donner son avis sur le sujet, ou à prononcer la moindre parole, elle aurait simplement offert à Ivy le réconfort de sa proximité pour tenter de tempérer ses ardeurs, mais aussi pour être là au cas où cela se passerait mal. Ce vagabond allait bien rire de la situation, c’était en règle général ce que ce genre d’esprit tordu espérait de n’importe quelle situation : mettre les gens au bord de la rupture névralgique en un simple discours, histoire de pousser aux limites abordables les esprits de leur « victime ». Elle ne pouvait pas en vouloir à Ivy pour cela, ni à quiconque d’ailleurs. Typiquement, c’était le genre de personnalité dont peu de monde avait eu la malchance de côtoyer un jour. La seule chose pour laquelle Elizabeth pourrait bien lui en vouloir, c’était tous les non-dits, les secrets ou encore les doutes enfouis qu’elle n’avait pas su exprimer et qui avait conduit à cette situation. Si elle avait su lui en parler avant, Elizabeth était persuadée qu’elle aurait pu préparer et temporiser la situation ainsi que le terrain.

Elle ne voulait pourtant pas donner la fierté à ce Vagabond de voir quiconque se mettre à dos contre elle et de le laisser penser que le groupe était aussi désunie qu’il l’insinuait, il avait suffisamment l’ascendant sur eux pour se permettre de lui en céder des parts supplémentaires, gratuitement. Et surtout, et c’était bien là l’une des raison majeur de cette proximité, cela lui permettait d’avoir une bien meilleure vue sur cet homme, son visage, les expressions de ce dernier. C’était par-là que tout commençait. Les quelques mots qu’ils s’étaient échangés n’avaient en aucune manière permis à Elizabeth de creuser cette personnalité, et elle espérait pouvoir faire confiance en ses talents remontés à la surface pour en apprendre plus sur lui.

La situation avait dégénéré de manière bien trop incontrôlable, et maintenant qu’ils espéraient partir sur de nouvelles bases, il n’était pas question que cela se produise à l'avenir. Elle y veillerait désormais.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mar 9 Aoû - 21:05
Je prenais la place de James dans un commun accord, lui permettant ainsi de rejoindre les autres pendant que je me chargeais du rôle qui me sciait le mieux : celui de sentinelle. Pile face à l’interstice qui me permettait de voir l’extérieur, je me faisais un devoir d’en desceller la moindre menace qui viendrait à proximité de la porte. Théoriquement, nous nous trouvions tous à l’intérieur du camion, et sauf retardataire dans l’histoire dont je n’étais pas aux faits, personne ne devait nous rejoindre.

La lumière extérieure m’habituait à une ambiance très éclairée et le moindre regard vers l’intérieur m’obligerait à consacrer quelques secondes supplémentaires pour m’y adapter, puis à nouveau quelques autres pour me remettre avec familiarité à la lueur du jour. C’était la raison pour laquelle je me permettais de prêter confiance en mes camarades de situation, ne laissant que trainer une oreille dans la conversation qui grondait, le regard bel et bien concentré sur mon objectif.

Le discours du fameux indic me fit néanmoins relever un sourcil, sans me détourner de ma mission, je restais attentif. Melody avait raison, et je n’en avais pas douté d’ailleurs, mais cet homme était vraiment irritant, rien que dans sa façon de parler très provocatrice, et je me félicitais de mon rôle confié laissant la charge des discours aux esprits affutés à cet effet.
Aux mots de celle-ci d’ailleurs, j’esquissais un léger sourire. Oui, je comprenais mieux mais ce n’était pas tout à fait mon problème. Tant que cela ne me concernait pas, de près ou de loin, j’avais énormément de peine à m’intéresser à la chose. Pourtant, je répondis d’un ton égal à ce qu’elle venait de me confier, le gardant aussi bas que possible. Cela rattraperait sans doute mon silence de tout à l'heure.

« Penses à moi, ça te détendra peut-être. »

J’aurais bien accompagné la chose par un clin d’œil, mais ma surveillance m’empêcher de le lui montrait. Mon sourire et mon ton léger se chargeraient de faire le travail j’espérais, puis les discours continuaient. Les esprits s’échauffaient et je n’en étais que peu étonné après la provocation qu’il avait lancée. J’espérais seulement que personne n’ai à l’idée de tirer dans le tas… avec une carcasse pareil autours de nous, un ricochet était si vite arrivé. Je me tenais prêt à tout en vérité, tant à réagir si la situation à l’intérieur dégénérait trop, mais également si la moindre chose à l’extérieur venait perturber la quiétude et candeur ironique des lieux.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Jeu 11 Aoû - 20:55
Égal à lui-même, profitant de sa posture infiniment plus confortable par rapport à ses vis à vis debout, il vint poser la tête contre la paroi en laissant un large sourire s'étirer de satisfaction, quelque chose qu'il ne cachait pas même s'il l'aurait voulu, ce n'était pas le cas. Il en plissait les yeux par ses traits étirés.

« Enfin nous y sommes. » Lâchait-il lentement en fermant les yeux, il semblait qu'il avait impatiemment attendu d'arriver à cet instant précis tandis qu'il se redressait en dodelinant de la tête, comme s'il entrait dans un état secondaire après l'ingestion d'une quelconque drogue, à ceci près que c'était de la comédie et pourtant il le simulait très bien. « Enfin nous arrivons à ce moment que j'ai au moins autant que vous attendu. Pourtant, des ressuscités qu'il reste parmi vous, très peu se sentent concernés on dirait, c'est triste. C'est un peu comme une de ces séries télévisées hollywoodiennes où l'on trouve un noyau dur, ceux qui sont taillés pour durer et que l'on voit majoritairement à l'écran et les autres, les rôles secondaires destinés à disparaître. Vous tenez les rôles principaux et vos copains de circonstance, ce ne sont que des visages de passage, après tout moins l'on s'investi, plus les chances de subir, disparaître ou mourir simplement sont grandes. C'est ce qui finira par arriver, mais revenons à nos affaires et à vos questions, d'ailleurs... »

Il avait rouvert les yeux entre-temps et rétabli son ton plus terre à terre et insidieux. Son regard se porta vers Melody et il reprit.

« Voilà une question. Pas une très bonne question, ni très perspicace. Indigne, de feu Marc qui ne doit pas être très fier dans son cas. Tant que j'y pense, félicitations pour les retrouvailles d'avec Matt, ça en fait un sur deux, déjà mieux que rien. J'espère que vous saurez en profiter tant que cela dure, mais entre nous... » Il se pencha légèrement vers elle en venant cacher ses lèvres du dos de la main comme s'il voulait lui chuchoter, là encore pure comédie. « J'en doute. »

Le Vagabond se redressa à nouveau et reporta son attention vers Ivy.

« Quoi qu'il en soit, je vois qu'entre deux couinements et quelques insultes, vous avez beaucoup de questions sur tout - sans vraiment en avoir du coup - et puisque j'ai suffisamment attendu et qu'il est évident que vous pensiez et pensez encore que j'ai toutes les réponses sur tous les sujets, l'espoir fait vivre, nous allons faire les choses bien pour comprendre ensemble de quoi il en retourne exactement. Laissez moi vous raconter votre histoire et remontons le temps d'une année. » Il leva les mains de chaque coté paumes vers le ciel, comme en prière et donna à son récit une forme poétique en mouvant ses doigts avec fluidité à la manière d'une vague.

« Il était du fois, des individus qui vivaient une existence des plus banales, issus d'un milieu ou d'un autre, d'une ville ou d'une autre, d'un pays même ou d'un autre, tous s'étaient retrouvés au Texas pour une raison même temporaire. Et voilà que peu de temps après, démarrait la pire tragédie que notre pauvre monde n'ai jamais connu : quelque chose anéanti la civilisation et prit un malin plaisir à éradiquer le maximum d'êtres humains au profit d'armées entières de monstres et prédateurs sans âme, dont la seule utilité semble de finir le travail.

Ainsi nos héros, qui n'en étaient pas encore et ne le sont toujours pas car ils ne sont guère doués, ont été pris dedans et ont du se battre pour survivre, mais voilà qu'un beau jour, quelques mois tout au plus après la fin du monde, ils moururent à leur tour, griffés ou mordus, de l'infection elle-même ou en se libérant d'une autre manière de sa torture. Ils n'échappèrent pas à leur destin de misère et agonisèrent comme des chiens dans la douleur, jusqu'à rejoindre tout ce qu'ils ont mérité : le néant. Fin de l'histoire. Quoi que... »


Il plissa un oeil en scrutant les quatre personnes à sa proximité et en reposant doucement les mains sur ses genoux.

« Sans aucune explication ni logique, ils revinrent à la vie quelques mois plus tard encore, débarrassés de leur infection, de leurs blessures et même de toute cicatrice ou marque de naissance, sauf les tatouages étrangement. Tout le reste avait disparu, ils étaient... comme neufs, leurs vêtements puant la mort alors que trois objets leurs étaient confiés, neufs aussi à priori, alignés proprement à coté d'eux de par un phénomène encore moins explicable. Autour, un décor inconnu, un lieu différent de celui où ils étaient morts, les voilà qui se retrouvaient près de Snyder, dans un coin de la ville ou gisant à quelques pas d'une certaine ferme appartenant à un certain Nelson Wallace, qui les prirent en pitié.

Pour ceux isolés plus loin, il eurent la chance, très étrange et suspecte - pour rester sur le même registre - de voir débouler Matthew Jefferson le bon soldat ou l'un de ses loyaux acolytes, qui leur sauva la mise et les mis en lieu sûr. Les deux hommes se connaissaient, ce qui leur permis de canaliser tous ces individus miraculés en un et unique groupe. Une aubaine, ne le prenez pas mal, mais vu vos scores depuis le début de l'année, vous n'auriez pas tenu un mois et je suis généreux. »


Il fit mine de prend un air de réflexion en glissant le regard vers le sol, quand bien même il était évident qu'il savait déjà de quoi il en retournait dans son esprit, ce qui ne l'empêchait pas de simuler des questionnements perplexes pour les orienter dans une direction particulière.

« C'est très bizarre non ? Cette réapparition dans une zone précise, de la même manière, dans le même état, à plusieurs parfois avec ces objets ou armes toujours au nombre de trois, ni plus ni moins. Autant étrange, que le fait que ce bon Matthew se soit trouvé à l'endroit exact où les premiers d'entre vous sont apparus pour vous ramasser sur le bas-coté, sans vous poser de questions, sans se poser de questions, comme si il vous avait attendu et pour vous parquer dans un camp fait à la va-vite, sans vrai défense ni abri.

Je crois que ma partie préférée reste cette livraison surnaturelle au pas de la porte du vieux fermier, qui au lieu de vous chasser ou vous exploser la caboche afin d'éviter tout risque, vous nourrit, vous héberge, dans le but systématique et inévitable de vous mettre dans les pattes de la clique de son copain sans même vous connaître pour savoir si vous lui serez un danger. Du moins tant que le chasseur était là, mais votre joyeuse communauté restée en place malgré tout, il avait toujours quelqu'un à qui larguer ses parasites. Et même par la suite, Matthew et son bon Clark, avec son étonnante machine, parvenaient toujours à être au bon endroit, au bon moment, pour pêcher les ressuscités suivants.

Si bien informés, si confiants, si... efficaces, et héroïques. On croirait presque à un ange tombé du ciel pour accroître le miracle. Je ne sais pas vous, mais ça me semble être un ensemble de coïncidences extrêmement bien amenées pour vous rassembler et vous préserver, je dirais même que ça ferait une très intéressante introduction pour une télé-réalité, ou mieux, un jeu de rôle. Une sorte de jeu de la mort, où l'on ramène des individus à la vie pour les coller dans un environnement hostile bourré de guets-à-pens et de bonnes coïncidences, il ne reste ensuite plus qu'à parier combien de temps ils tiendront. De quoi se faire un show très distrayant, pour peu que l'on ai les moyens de surveiller un endroit aussi vaste et à l'insu des bonnes poires du jeu, des jouets comme vous en avez l’apparat, j'aime assez l'idée. S'il y a bien des protagonistes derrière vos histoires et si j'étais à leur place... engager Matthew et Nelson serait une bonne idée pour éviter que vous ne claquiez trop vite, une façon de faire durer l'expérience. »


Il marquait un temps, passant le regard à Ivy, Melody, Elizabeth puis James à tour de rôle avant de faire le chemin inverse des yeux, leur laissant généreusement - pour lui - le temps d'assimiler ce qu'il leur balançait, tout en sous-entendus et peut-être bourré de mensonges, ou de vérité. Nul doute que ce qu'il soulevait, aussi sournois et manipulateur était le personnage, avait de quoi largement interpeller.

« Avouez que le scénario a de l'ampleur. Mais comment ? Et pourquoi ? Quoi qu'il en soit, nos ressuscités avaient déjà avec un bon paquet d’incertitudes et d'énigmes à démêler, et si ça ne suffisait pas, voilà qu'au milieu de leur crêpage de chignon, apparaît un homme qui s'est mit en tête de leur mener la vie dur. Un certain Marchand selon les uns, une invention selon d'autres désignant un groupe de bandits bien organisés, toujours est-il que dès le début la rencontre a eu lieu, n'est-ce pas Melody ? » Il lui offrit un beau et ironique sourire avant de faire claquer sa langue sur son palais.

« De retour à la vie depuis deux minutes et déjà on frôle la mort ? C'est à se demander comment tu as fait pour rester en vie jusqu'ici. Ce Marchand donc, enverrait ses salopards faire leur affaire aux ressuscités, et à quiconque passe à portée en réalité, pour autant et c'est là le nœud du problème, il n'est pas encore allé au bout des choses. C'est vrai, il aurait pu déjà tous vous éliminer, ou vous mettre dans des cages, il ne l'a pas fait. Il a capturé Matthew, la frêle Jennifer, a kidnappé ou tué tous ceux parmi les ressuscités qui sont passés chez vous qui ont eu la mauvaise fortune de vouloir quitter la ville ou faire cavalier seul dans le coin. Mais il n'a pas saisit l'une des centaines, que dis-je des milliers d'occasions de vous régler votre compte. Laissez-moi vous éclairer en rétablissant quelques vérités pour commencer.

Premièrement, vous n'avez jamais eu affaire au Marchand, qui ou quoi qu'il soit, ni avant, ni maintenant. Depuis le début, le seul qui s'est intéressé à vous ou peut-être qui semble connaître votre existence, c'est son bras-droit présumé, Soulstrange, l'âme étrange. Qui est-il ? Un ressuscité, tout comme vous, qui peut créer et contrôler le feu à un niveau terrifiant, complètement insensible aux brûlures, comme si sa peau était ignifugée. Ce tueur est dans votre domaine, beaucoup plus puissant que tout votre groupe réuni, bien que la petite Ivy ai relevé un peu le niveau dernièrement et je dois te féliciter, bon nombre de ceux qui ont affronté le mal à nouveau sont morts définitivement.

Mais ça ne change rien, avec ou sans pouvoir surnaturel, vous ne faites pas le poids et moi non plus, pour l'instant. L'attaque du camp du motel n'était que de la poudre aux yeux, quelques pauvres âmes qui comme vous ont eu affaire à Soulstrange malgré eux, mais qui contrairement à vous, n'ont pas eu la chance d'avoir le choix d'être plus ou moins à l'abri. Et cet... illuminé, on ne peut plus vicieux et très intelligent, ne vous leurrez pas, leur a donner une opportunité de s'en sortir : soit ils parvenaient à vous avoir, soit leurs familles et amis y passaient les premiers et eux ensuite. Une manière tordue de vous mettre à l'épreuve et vous l'avez - approximativement - emporté. Désolé pour vous, mais les seuls hommes de Soulstrange ce jour-là étaient ceux chargés de conduire Ivy au camp pour l'obliger à assister au spectacle, voir tenter de vous forcer un peu la main au besoin.

Bravo, vous avez tué des survivants, loin d'être des bandits, plus désespérés que vous encore ainsi que leurs semblables indirectement, dont des femmes et des enfants et vous l'avez fait sans la moindre hésitation. Vous êtes officiellement des tueurs confirmés, je vous applaudirais presque si moi et mon ami n'avions pas été indispensables ce soir-là, ça a quand même été très juste. »
Il fit une petite moue, du vent, avant d'étirer un nouveau grand sourire très franc, profondément amusé par la situation.

James parvenait, par son observation et son empathie, à ressentir dans sa manière d'agir et d'être, une sorte de costume enfilé avec soin, mais derrière lequel, bien que ce n'était pas évident à discerner tant il paraissait constamment jouer un rôle, assez sincère dans les informations données, même celles très partiales.

Elizabeth parviendrait au même jugement, ajoutant que l'on pouvait déterminer par le choix très minutieux et calculé de chacun de ses mots - ce qui ne se voyait pas sauf pour un esprit assez aiguisé, jusqu'à son regard, qui il regardait, ses gestes, tout semblait fait avec une certaine retenue, il n'allait jamais trop vite en parlant ou en mouvant ses mains, prenait toujours son temps, mais ce n'était pas qu'une simple comédie évidente. C'était une façon de laisser à son esprit le temps d'être toujours plus rapide que sa bouche et son corps, de contrôler jusqu'au temps qu'il mettait pour tourner ses yeux de l'un à l'autre. Ce devait être un exercice très contraignant et exténuant mentalement de vouloir exercer un tel contrôle en continue, ceci étant dit, la méthode qu'il appliquait, encore ombrageuse avec aussi peu de temps d'observation et d'échange, démontrait qu'il devait exercer cela depuis assez longtemps pour en avoir obtenu une habile maîtrise.

A bien y réfléchir, l'enquêtrice pourra se remémorer ce qui lui avait été expliqué, sur ses apparitions, sur la fréquence estimée des discussions qu'il avait pu avoir avec les quelques membres du camp, sur la distance dont il avait fait preuve durant son bref séjour là-bas. Il n'était pas impossible de théoriser le fait qu'il ne faisait volontairement pas durer ses échanges et sa présence, peut-être pour protéger quelque chose sur lui-même, dont il voulait ne pas en provoquer l'attention ou les soupçons. Dans quelle mesure jouait-il une constante comédie ? Serait-ce en fait un rôle tissé pour des besoins précis ? Quelle part de vérité se mêlait donc à son jeu ? C'était étrange de le voir si calculateur, avoir une aura si manipulatrice qu'il ne cherchait même pas à cacher, tout en paraissant si authentique et sincère, s'en était paradoxal, quelque chose n'était pas clair et méritait d'être creusé si le temps le permettrait.

Pour l'heure, ce qui était certain dans son analyse du moment, c'est qu'il était un expert du verbe, qui connaissait les mots, leurs significations et leur pouvoir, bien assez pour être hors de portée d'une joute verbale dans ces conditions, trop apte à rebondir et redessiner les faits et la situation à son avantage, comme un joueur muni d'un dé dont chaque face avait un chiffre qu'il connaissait et duquel il savait se servir pour sortir toujours gagnant à chaque lancer. L'adversaire avait beau jouer à son tour pour tenter de le contrer ou le remettre en question, il parvenait toujours à tourner et retourner ce dé symbolique et bien taillé, des faits et des vérités. Il mentait avec chaque vérité aussi bien que la vérité restait vérité, ainsi il était perpétuellement dans le vrai, la manipulation à un stade de maîtrise impressionnant. Tant qu'il jouait sur son terrain, Elizabeth pouvait comprendre qu'il ne pouvait pas être battu à son jeu, pas encore, après tout, personne n'est infaillible.

Melody Campbell

Anonymous
Invité
Ven 12 Aoû - 19:15
Les mots de Kyle ont un certain effet sur Melody, allégeant légèrement l'ambiance pour la brune qui d'ailleurs se retourne vers l'archer un léger sourire venant sur ses lèvres. Répondant tout aussi bas.

- Je n'y manquerais pas

Aura t-il vraiment entendu alors qu'elle a déjà fait un pas en avant pour s'approcher légèrement du Vagabond et cela avant de lui poser la question concernant Soulstrange. Et bien évidemment la binoclarde y va de ses propres paroles ensuite et comme d'habitude madame la bien pensante commence à perdre son sang froid, du moins c'est l'impression qu'elle donne à Melody. Tout aussi évidemment les paroles que la chasseresse entend l'amusent autant que cela l'énerve, l'autre merdeuse débite encore une tonne de connerie à la seconde. Quoi que la brune ne voit pas pourquoi elle en serait surprise après tout cela devient récurent avec celle là donc pourquoi elle changerait maintenant ? Cela en est pathétique même de l'entendre faire. La seule chose qui intrigue Melody est de l'entendre poser sa dernière question, le nom de son père comment ça ? Qu'est-ce que...

Bordel de merde, elle a écouté d'une oreille peu attentive le début de la réponse du Vagabond quand il prononce le prénom de son défunt mari, la laissant tout aussi sur le cul quand il vient parler de Matt. Mais what the fuck ? C'est quoi ça ? Comment peut-il savoir cela alors qu'elle n'en a parlé à personne dans le campement de son mari ? Même Matthew elle n'a pas le souvenir d'en avoir parlé avec lui, d'avoir mentionné ce fait. Enfin si la seule personne avec laquelle elle a mentionné le nom c'est avec Matt dans le camping-car tout de suite après son arrivée. Non c'est impossible qu'il ait pu entendre cela, il faudrait qu'il y ait des micros et autres pour qu'il puisse le savoir ! Et si ?...Non ce n'est pas possible, strictement impossible. Tellement sonnée qu'elle en oublie de réagir, se retrouvant impuissante et paralysée sur place et cela tout le monde pourra le voir à la tête qu'elle fait.

Et le Vagabond poursuit son discours, les mots employés finissant par se frayer un chemin dans son esprit, un mauvais chemin qui lui fait douter une seconde de son chasseur. Une brève seconde avant que de la colère ne vienne balayer tout cela, non Matthew n'y est pour rien du tout lui là dedans ! Matthew est tout aussi impuissant qu'eux devant tout cela, Matthew n'a jamais voulu ou provoquer tout ça, il n'a fait que suivre son coeur ! Pas comme Calvin ! Pas comme Clark ou Nelson ou Samuel ! Hors de question qu'elle laisse ce Vagabond venir semer le doute dans son esprit ! Surtout avec ce qu'il dit sur la fin, que soit disant ceux qui les ont attaqués n'étaient que des pauvres bougres forcés à le faire. Cela donne certes froid dans le dos mais comment accorder du crédit à ce qu'il dit ? Comment pouvoir croire qu'il puisse y avoir un fond de vérité là dedans ? Pourtant ce doute là, la chasseresse ne peut s'empêcher de le sentir s'infiltrer en elle. Et même s'il dit vrai, ils n'avaient juste pas d'autres choix c'était tuer ou être tué, la loi du plus fort voilà ce qu'est devenu ce monde.

Se dédouaner comme on le peut, là encore il n'y a pas d'autres solutions si on ne veut pas finir rongé par les remords, les regrets, la culpabilité. Et ça elle en a déjà plus que sa part de culpabilité, elle refuse d'en ajouter un peu plus sur ses épaules, c'est impossible. Et pourtant cela l'a ébranlée, c'est on ne peut plus visible alors que sa voix est bien moins assurée qu'il ne le faudrait, qu'elle ne le voudrait.

- Si c'est vrai que nous veut ce Soulstrange alors ? Mais surtout comment le stopper ? Comment lutter contre lui si vraiment il a autant de pouvoirs que vous le dites ?

D'autres choses lui viennent en tête mais tellement confuses qu'elle préfère ne même pas essayer de les prononcer à voix haute pour le moment et puis surtout elle n'en revient toujours pas qu'il puisse connaître le nom de son défunt mari. Et elle essaye de ne pas oublier qu'il est censé lui révéler ce que Matthew ne pouvait pas lui dire, non elle ne doit pas oublier qu'à la base, elle est présente pour cela et rien que pour cela.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 14 Aoû - 14:55
Le Vagabond avait repris la parole, s’amusant visiblement de nous triturer le cerveau de ses nombreux sous-entendus et autres non-dits. Plus il parlait, et plus je prenais conscience que cet homme en savait bien trop sur nous, plus qu’il ne l’aurait dû, ce qui n’avait pour but que d’encore plus renforcer mes soupçons à l’égard de Samuel - principalement - mais aussi de Matthew alors qu’il poursuivait sa petite histoire. Les nerfs toujours à fleur de peau, je tâchais néanmoins de taire les nombreuses questions qui naissaient du rafraîchissement de mémoire qu’il nous imposait. Techniquement, je n’apprenais pas grand chose de nouveau durant la première moitié de ses élucubrations, et dans mon silence, j’en avais profité pour me rapprocher un peu plus d’Elizabeth encore. J’avais affreusement besoin de sa présence en cet instant, sans que je ne parvienne à m’expliquer pourquoi. Était-ce par crainte du Vagabond et de ce qu’il aurait encore à nous dire ; ou était-ce plutôt par crainte des réactions que je pourrais avoir, sans que je ne parvienne à distinguer quelle serait alors ma limite s’il s’avérait que je flanchais totalement.

Et quelque part, je me moquais presque totalement de basculer face à lui si ce n’était les présences de mes compagnons à mes côtés. Car si je n’avais qu’eux à qui me raccrocher dans ma perdition, en partie, je désirais avant tout les convaincre de ma bonne foi, leur prouver que j’avais agi en solitaire pour les bonnes raisons, pour les préserver des bonnes menaces. Une menace qui s’identifia très clairement enfin, lorsque le Vagabond mit un nom sur le Libérateur. Soulstrange. Et au travers de ces mots, de la description qu’il en faisait, je savais qu’il disait la plus pure des vérités à son sujet. Il était terrifiant. Je fus prise de frissons et d’angoisse rien qu’à me remémorer l’aura de puissance et de résolution que le Libérateur dégageait dans cette cave.

Mais le pire restait à venir, lorsque notre mystérieux interlocuteur mentionna quels étaient les objectifs de nos agresseurs la nuit de mon retour au campement Jefferson, ce qu’ils étaient vraiment et les raisons qui les avaient poussé à nous attaquer. De simples hommes et femmes contraints d’agir pour préserver les leurs. De simples gens comme nous, à quelques différences près. Je me revoyais très clairement ouvrir le feu sur deux d’entre eux et leur arracher la vie, sans sommation, ni sans même m’être posée la moindre question à ce sujet face à l’urgence de la situation, la peur qui me tenait aux tripes lors de cet instant.

J’eus le souffle tout bonnement coupé durant quelques secondes, mon teint dut devenir livide plus que de raison et j’esquissais un pas de recul, comme s’il m’avait frappé de plein fouet d’un poing serré en plein estomac. Comment pouvions-nous être devenus le même genre de monstres que les hommes de Soulstrange pour avoir simplement désirer sauver nos vies et protéger nos semblables ? Je secouais mollement la tête, prise d’un certain déni à ce propos alors que j’enrageais de nouveau intérieurement. Je serrais tant les poings que les mâchoires alors que je luttais contre le vertige qui semblait me prendre tandis que les idées fusaient à nouveau sous mon crâne. La moindre information, la moindre parcelle de mot et d’idée venant apporter son lot de nouvelles questions, nouvelles théories complotistes et abracadabrantesques en ce qui nous concernait tous, de plus ou moins près. Et les quelques questions de Melody ne firent que renforcer mon sentiment envers la chasseresse et son manque flagrant de perspicacité, même s’il m’apparaissait assez clair au ton de sa voix que les mots du Vagabond avaient probablement eu le même effet sur elle que sur moi.

Des questions auxquelles je prenais le risque de répondre de mes propres réflexions, d’une voix grave, tremblante et quelque peu effacée, dans laquelle la peur pouvait aisément se laissait ressentir ; établies sur le peu que j’avais pu en voir et en entendre des motivations du Libérateur.

“C’est pourtant évident, t’as qu’à me r’garder. Il veut nous briser, nous et notre humanité, nous écraser sous sa botte et nous faire souffrir jusqu’à ce que nous rejoignons ses côtés. Pas nécessairement son camp, pas nécessairement sa personne ; mais que nous finissions par adhérer à sa vision du monde, que nous rejoignions ses principes. Par le doute, la culpabilité, les soupçons, par l’usure de notre mental et de nos propres convictions, de la confiance que l’on peut mettre les uns dans les autres.

Simplement parce que c’est ce que ce monde est devenu. Un monde empli de morts, et d’hommes terrorisés par celui-ci ; d’hommes qui finiront par avoir peur de nous, les monstres, les dégénérés, les inexplicables “revenus d’entre les morts” aux pouvoirs effrayants. Il veut nous libérer des doutes, de la peur, nous faire croire que notre humanité est à l’image de notre existence, nos connaissances, nos cicatrices ; laissée derrière nous, emportées par la Mort qui a elle-même fini par nous rejeter. Et les hommes prendront le même chemin, ils nous craindront et nous rejetteront de la même manière, pour ce que nous sommes, des putains de monstres capables de les tuer d’une simple pensée.”


J’avais conclu mes mots d’un ton assez fataliste et résigné, ponctués d’un long soupir alors que je baissais de nouveau le regard vers le Vagabond, mes traits légèrement crispés par un mélange d’angoisse et de dégoût. Je laissais ma main courir dans ma tignasse avant de reprendre en m’adressant à l’inconnu.

“Parce que c’est ce que j’ai l’impression de comprendre de vos sous-entendus, à propos de Matthew, de Nelson et de tous les autres, de tout ce qui s’est passé jusqu’à présent… Sans même en avoir conscience,  nous serions nous-même des hommes de Soulstrange, manipulés depuis le premier jour pour être lentement replongés dans un chaos de plus en plus destructeur et prendre la pleine mesure de notre faiblesse, contraints de sacrifier de plus en plus de notre humanité à chaque jour écoulé, à chaque revers que l’on subit ; et qu’en réalité, le seul moyen de se débarrasser de lui, ce serait justement de marcher dans ses pas jusqu’à égaler sa puissance. Et si jamais nous comptons nous détourner de cette voie, quitter son giron, que ce soit en connaissance de cause ou en parfaite ignorance, il choisira de nous abattre, ou utilisera un moyen de faire pression sur nous pour nous contraindre à renoncer.

Dans mon cas, ça pourrait être mon père, qui a été infecté… que j’ai pas eu le courage d’achever quand il me suppliait de le faire… Peut-être est-il revenu lui aussi… Peut-être que Soulstrange le retient… Ça pourrait expliquer pourquoi vous connaissez son nom. Tout comme votre présence ici pourrait être une de ses manigances de plus. Chercher à nous dévoiler une vérité pour nous contraindre à accepter plus rapidement les attentes qu’il nourrit pour nous ; car je ne comprends pas ce qui vous pousserait à nous aider à lui tenir tête s’il est si puissant et nous si faibles. A moins que vous n’ayez certaines tendances masochistes dans votre panoplie d’apparats ?”

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mar 16 Aoû - 10:35
Si je n’avais commencé à écouter le long discours du bonhomme que d’une oreille distraite, principalement attentif à ce qui se déroulait dehors, aux signes d’une venues étrangère ou d’une ombre anormalement présente, il fallut bien avouer que ses mots attirèrent mon attention plus que de raison. Cela faisait quasiment un mois que j’avais débarqué à la ferme de ce très cher Monsieur Wallace, dont je n’avais eu qu’un très bref aperçu de générosité, ayant principalement été accueilli par deux adolescents pré-pubères en manque d’identité.
Depuis lors, et c’était assez lourd de vérité, personne n’était revenu sur ces circonstances assez extraordinaire, non pas de notre condition, quoi que cela tournait vite au raccourcit, mais de notre accueil et notre réunion provoquée. Pour tout avoué, je m’étais simplement tenu sur le fait que nos cas n’étaient sans doute pas si peu courant que cela, et que des miraculés, le monde avait dû en récolter à la pelle. Une désillusion supplémentaire infligé par cet homme un peu trop surjoué dans son discours qui me laissait davantage une impression de mal-être qu’une éventuelle quelconque rancœur à son égard. Je le trouvais assez dérangeant dans ses gestes, dans ses mots, touchant de vérité inavouée.

Les questions posées, pour le coup, ne me semblaient pas d’une pertinence réelle. Ce Soulstange dont ils ne semblaient avoir que le mot à la bouche, ne m’apparaissait pas comme le point d’ombre à éclaircir. C’était un homme après tout, comme moi, comme tous ceux dans ce camion, qu’importait la 'puissance' relative qu’il semblait avoir acquis, il était bien réel, tangible, présent, défini, connu, et donc éliminable aussi difficile qu’on tend à nous le faire croire. En revanche, ce n’était pas sur cette menace que mes pensées étaient focalisées, mais plutôt sur les interrogations que la première partie du récit de notre hôte avait relevé.

Au risque de me faire remarquer, ou de paraitre comme un élément parasite par rapport à l’implication des uns et des autres dans cette histoire, je prenais tout de même la peine de faire savoir mes propres questions à ce propos, faisant porter ma voix jusqu’au fond du conteneur pour qu’elle soit bien entendu.

« Si tout ce que vous dites est vrai et si vous avez relevé ces incohérences dans l’histoire, qu’est-ce que vous savez de plus là-dessus ? Sur nous, notre retour, les implications ? Si ce Soulstrange n’est qu’un ‘problème supplémentaire’, qui est derrière tout ça ? Qui tirent les ficelles ? Et comment avez-vous eu ces informations ? »


Ca, pour moi, ça apparaissait intangible. Ca méritait d’être abordé puisque tout le monde prenait soin d’esquiver le sujet. Pourquoi d’ailleurs ? Pourquoi personne au campement n’avait pris la peine de noter convenablement les dates, les heures et les conditions des guérisons ? Pourquoi personne ne s’inquiétait ? Est-ce que tout le monde espérait qu’un autre le fasse à leur place ? Est-ce qu’ils avaient peur des réponses ? Personnellement je préférais commencer à mettre le doigt sur ses points épineux.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mar 16 Aoû - 22:20
Tout, cet homme avait tout balayé en un long monologue de plusieurs minutes, qui pourtant avaient épinglé le peu de positivisme de James sur un panneau ensanglanté avec un couteau bien aiguisé, pour que ce soit montré à la vue de tous comme un rien facile à broyer. Ce type avait attendu ce moment, pour remettre tout en question, pour vomir des paroles dont il sentait l'odeur amère du poison, pourtant et c'est là ce qui le rendait encore plus mal, tout du long, il n'avait perçu aucun franc mensonge. Quelque soit le point de vue, quelque soit la méthode vicieuse avec laquelle il leur disait tout cela, quelque soit le plaisir qu'il semblait prendre à les moquer tout en cherchant à les accabler, il n'y avait vu que de la sincérité et ça le rendait vraiment malade.

Alors c'est ainsi que les choses avaient eu lieu. Non content de repasser ces quelques mois de re-vit avec cynisme et déconsidération, rabaissant leur résurrection au niveau d'un échec du cycle naturel, non content d'instiller la méfiance dans leurs coeurs, sur le véritable rôle de Matthew, de Nelson et de cette ville même, il leur apprenait que ces gens avec qui ils s'étaient affrontés jusqu'à la mort n'avaient été que des survivants, comme eux. Ni des bandits, ni des sociopathes, ni des sauvages, mais de pauvres gens à qui l'on avait forcé la main, à savoir tuer ou être tués, eux et leurs proches. Cette image lui perça l'esprit comme un poignard gelé pour faire plus mal encore tout en l'empêchant de succomber et faire durer la douleur infligée à son coeur, celle du visage dont à la vérité il ne se souvenait pas les traits pour ne l'avoir que brièvement aperçue, avant de lui exploser le visage de son fusil à pompe.

Il n'avait pas réfléchit, il avait agit dans l'empressement et la crainte qu'ils soient tous tués, il avait voulu se défendre et c'est pour cela qu'il avait massacré cette femme, anéantissant ses yeux, ses lèvres, son nez, son front, tout le reflet de son âme dessinée sur sa chair, il l'avait mise en pièces comme un animal, par peur de la mort. Jusqu'à ce qu'il assomme Jordan pour partir à la recherche d'Elizabeth, ce même jeune homme qu'il avait vu charcuter le visage d'une autre femme le suppliant, à pleines dents, sans que James n'ait rien fait pour l'en empêcher, il avait agit comme un survivant oui, comme un monstre, une créature sans conscience seulement poussée par le désir de vivre un peu plus longtemps. Il en avait déjà rêvé, cauchemardé plutôt, avait ressassé ce moment et sa suite avec tous les remords du monde gardés pour lui, mais là, à la lumière de ce que ces gens étaient, il se dégoûtait.

Le chirurgien-tueur se décolla de la paroi, les traits de son visage figés, devenu livide, ses yeux tombant vers le sol tandis qu'il avait un haut-le-coeur, une envie de vomir, si bien qu'un vertige le força à faire quelques pas de coté en dressant ses mains pour prendre son visage, poursuivant sa marche désolante et désolée jusqu'à atteindre la paroi opposée contre laquelle il posa son front. Il avait massacré une femme, peut-être avait-elle eu une famille, des enfants, un époux, un petit-ami, une mère, un père... toujours en vies, jusqu'à ce qu'il détruise la sienne et les leurs par son geste. Qui avait-elle été ? Avait-elle eu peur ce soir là ? Était-elle même terrorisée ? Qu'avait-elle ressentie dans ses derniers instants de vie, alors qu'un meurtrier sur le point de le devenir braquait une arme sur elle ? Une seule phrase lui venait en tête, ne traversant que ses pensées car pas un mot n'avait franchit ses lèvres, « sainte-mère de Dieu ».

Il avait franchit un point de non-retour, il avait tué une femme innocente. Elle avait fait le choix de les attaquer, ils s'étaient défendus, mais qu'est-ce que cela voulait dire au final ? Il aurait pu être à sa place, malgré toutes ses croyances et tous les principes auxquels il essayait péniblement de rester accroché, il aurait pu être confronté à cela, vivre l'horreur de la soumission, le choix de tuer d'autres personnes pour sauver sa vie et celle de sa compagne, sauver son groupe. Qu'est-ce que ces gens avaient de différent d'eux à ce moment là ? Le malheur d'avoir été contraints d'être les attaquants ? Il ne pouvait pas croire qu'il y avait une différence, sa vie ne valait pas plus qu'une autre pour s'autoriser à tuer dans le but de la préserver.

Il aurait pu être à leur place et cela ne faisait que renforcer la colère et la peine qui le prenaient aux tripes en cet instant, l'excuse de protéger sa vie, de se défendre, tout le monde pouvait la sortir comme un angle de vue adapté à ce qui arrangeait la situation, même les bandits derrière ce drame pouvaient s'en prémunir pour justifier leur geste, attaquer les premiers pour ne pas être les victimes. L'attaque était la meilleure défense, il n'y avait qu'un pas à faire pour mêler les deux. Il finit par soupirer longuement et de manière audible dans ses mains, puis se redressa en les glissant le long de sa barbe et vint les poser sur ses hanches en se tournant vers le Vagabond. Sa mine livide commençait à reprendre du teint, sombre, terne, rageur.

« Vous le saviez... » Sifflait-il entre ses dents qu'il resserrait, la colère et l'envie de l'étrangler le prenant peu à peu à l'intérieur. « Sale enfoiré, vous le saviez et vous les avez laissés nous attaquer, vous les avez laissés se faire tuer, pour votre propre intérêt. Vous n'êtes qu'une immonde pourriture. »

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Mer 17 Aoû - 10:30
Scotchée, c’était le terme. Cet homme en connaissait bien trop, beaucoup trop pour un simple passant, un simple type qui se prétendait bienheureux détenteur d’informations pour leur survie. Il était bien plus qu’il ne le prétendait, et de ce que Elizabeth pu en conclure, si elle ne se trompait pas, pour ce que cachait l’iceberg sous l’océan, elle sut que cette histoire était bien plus complexe que ce qu’on avait bien voulu lui en parler, et surtout, par dessus les longs discours qui cherchait à tester et éprouver chacun des siens, il en faisait judicieusement oublier sa propre implication dans l'histoire, les propres vérités qui l'entouraient, et surtout les mensonges masqués avec génie.
Elle sentait à son contact son amie se fondre un peu plus contre elle, dans l’espoir surement, et peut-être même de manière incontrôlé, de trouver courage et réconfort, ce qu’elle lui offrit. Restant campé sur ses appuis, elle laissa la jeune mécanicienne se presser contre elle autant qu'elle le souhaitait, lui servant d'appuis ou d'aplomb. Elizabeth n'en avait encore aucunement besoin. Étrangement, elle était la seule qu'aucun des mots ne touchaient directement. Bien entendu, par reflet, elle sentait et ressentait la détresse de son amie, et surtout celle de son compagnon, et au mal-être qui le toucherait sans aucun doute face aux dernières révélations.

Le regard posé sur Ivy, elle se dit qu'elle aurait sa discussion avec elle le plus tôt possible, concernant toute l’histoire, lui arrachant le moindre détail s’il fallait, ainsi que la promesse certaine qu’elle ne recommencerait plus à lui cacher quoi que ce soit, mais en attendant, c’était bien d’autre mots, bien d’autre promesses ou découvertes qu’elle espérait.

Tour à tour, son regard se posa sur les différents protagonistes qui prenaient la parole, allant de leurs interrogations, de leurs inquiétude, de leur tentative vaine d'attaquer un géant de pierre avec du sable.
Ses propres réflexions prenaient un tournant bien différent à tout ceci, mais elle ne préférait ne pas se lancer immédiatement dans une réciproque verbale. Il y avait bien des manières de tirer les vers du nez d’une personne qui se pensait bien trop en sécurité, et bien trop en avance pour être confortablement installé dans son jeu, mais si elle échouait, n’ayant retrouvé son esprit acéré et ses facultés que depuis trop peu de temps pour en être certaine, on lui en voudrait énormément.

A nouveau, elle retenait ses mots, les gardant pour le moment qu’en pensée. Continuant de rester en retrait, elle se contenta de déporter enfin ses yeux vers James. Un James qui était jusque lors resté silencieux malgré le grand malaise qu'elle sentait en lui. Un malaise qui ne tarda pas à exploser de mots furieusement juste, furieusement inadaptée. Plus ils leur montraient leur faiblesse, plus ce Vagabond se faisaient un plaisir de les exploiter, et à l'idée qu'il s'en prenne directement à James la poussa à réagir avec grande vivacité. Aussi, juste après les mots de son compagnon, sans laisser le temps à l'autre de prendre la parole ou la lui coupant s'il avait déjà entrepris de le faire, Elizabeth laissa siffler entre ses lèvres, sur un ton ni poussé à la colère, ni détaché.

« Vous parlez beaucoup de nous et très peu de vous. Voilà que notre si tragique et si désespérante histoire est mise à nue, mais que vous nous cachez subtilement la votre, plus miséreuse encore ? » Elle glissa son regard vers James, comme si les mots qu'elle prononçait ensuite était plus adressé à lui qu'à leur interlocuteur. « On est pas des héros, personnes ne l'a jamais prétendu. »  Puis elle reposa ses prunelles sur l'intérieur de la sombre capuche qui se découpait à la lumière des bougies. « Alors inutile de nous faire croire que vous valez bien mieux que nous. Quel désespoir a bien pu vous assaillir pour prêter tant d'attention à nos lamentables sursauts, à moins que votre implication dans l'histoire soit bien différente que le simple salvateur que vous imagez. Toutes ces informations acquises ne sont pas le fruit du hasard, et si vous étiez bien à la solde de ce Soulstrange ou de ce Marchand pour en connaitre autant sur eux, sur nous, qui était-ce, de votre femme, de vos enfants, qui ont été capturés ? Séquestrés ? Massacrés ? Pire ? A moins que votre esprit soit bien aussi dérangé que vous aimeriez nous faire croire, mais voyez vous, j'en doute. Alors, dites nous, Vagabond Sans Nom, combien d'atrocités sous la contrainte vous avez commises avant de plier ? »

Même si elle s'était convaincue de ne rien dire, de patienter que le moment soit propice, elle ne pouvait se résoudre à rester davantage inactive, tandis que le mental de ceux qu'elle aimait se faisait réduire en bouillie. Ivy, Melody, et maintenant James. Un à un, ils perdaient le contrôle, et petit à petit cet enfoiré gagnait du terrain. Mais pas lui, elle ne le laisserait pas perdre pieds sans réagir, sans tenter de renverser la vapeur. Et si ce type essayait de renverser la vapeur, elle saurait protéger son esprit de toute tentative perverse d'influence.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Jeu 18 Aoû - 10:36
Il les observait, tous les quatre, à l'exception de Kyle resté à l'écart au fond du conteneur du point de vue du Vagabond. L'un après l'autre, ils eurent des choses à dire et il les écouta, mais ne répondit pas tout de suite. Chacun avait envie de parler, faire entendre sa voix et ses idées, poser ses questions, mais il resta silencieux jusqu'à de ce que tous les cinq aient agi et réagit, comme s'il contemplait une pièce de théâtre dans laquelle il était à la fois comédien et spectateur. Dans son esprit, la scène était rythmée par un chant d'opéra de ses souvenirs, un enchaînement vocal et musical qui contrastait totalement d'avec la scène actuelle, tranchant le vif et l'intangible, chaque propos et chaque personnalité qui lui faisait face.

Il effaçait jusqu'à leur réalité dans son esprit emporté par les sonorités harmonieuses et les sensations ineffables que cela lui inspirait, la création de l'irréel dans le réel, apaisant toute forme de crainte et de danger. Il gommait le réel et ainsi il ne montrait ni réaction ni stress, ni peur ni remord, ni affection d'aucune sorte, si bien qu'il percevait presque les mouvements de la bulle d'insensibilité qu'il avait formé autour de lui, aussi irréelle que le reste, elle n'en avait pas moins d'impact sur son calme absolu et son imperturbabilité. L'opéra, ses sons, ses chansons, la joie et l'émotion de son spectacle, c'est ce qui lui permettait de faire barrière au fatalisme et à ce qui l'entourait, lui permettait de se détacher, s'élever au-dessus du cruel et du terre à terre, le poussait d'ailes invisibles à distancer le perturbant, pour ne jamais être menacé de tout. Il avait trouvé dans son esprit, la clé vers la fantaisie, l'absurde et de ce fait, se faisait inatteignable car quoi qu'il arrive, les chants des opéras couvraient le reste et lui donnaient un rythme à suivre pour ses mouvements et ses paroles.

« Aucune demi-mesure, aucune pensée tempérée. Soit vous vous contentez de gratter la surface, soit vous vous déplacez un peu plus loin pour creuser très profondément des idées fantaisistes qui relèvent de la paranoïa. » Lançait-il en continuant de passer le regard. « Déjà, vous direz à votre ami qui copule avec la porte d'entrée que j'aime voir le visage de ceux avec qui j'interagis, qu'il s'approche s'il a des questions à me poser. Ensuite, James Francis Everett, ne soyez pas trop prompt à me juger, sur le terrain de l'immonde et du pourri, nous nous équivalons jusqu'à présent, je me demande si Jessica me contredirait. N'essayez pas de me faire croire que vous êtes un bon samaritain et pour votre propre bien, ne vous leurrez pas sur la question, c'est le propre de l'homme d'agir pour son bénéfice coûte que coûte. Plus la situation devient chaotique et mortelle, plus l'âme de l'homme lui hurle de sacrifier tous ceux qui l'entourent pour survivre un peu plus longtemps.

Et quand il faut passer à l'acte, ce qui compte, c'est d'être celui ou celle qui s'en sort avec le moins de coups possibles. Ce fameux soir, vous n'avez pas hésité tous autant que vous êtes à abandonner votre humanité bien volontiers pour survivre, mention spéciale tout de même à Ivy qui a cruellement abattu des hommes qui s'étaient rendus et qui ne représentaient plus une menace immédiate. Elle les a criblés de balles en hurlant de rage alors qu'ils étaient à genoux, sous mes yeux ébahis, une exécution digne de tout bon "enfoiré" qui se respecte et elle l'a fait de bonne grâce. Si Soulstrange a en tête de vous retirer votre humanité comme tu le dis, on peut dire que pour toi, il n'a pas vraiment d'effort à faire, tu es cuite à point. »


Il fit alors claquer sa langue sur son palais, distinctement et à plusieurs reprises avec un rythme régulier, toutes les secondes, en fixant de ses yeux de serpent la frêle et petite Ivy, penchant à chaque claquement la tête d'un coté puis de l'autre doucement, l'on croirait l'imitation d'une pendule et son fameux tic-tac caractéristique. Il s'arrêta, fronça les sourcils comme s'il se rappelait soudainement de quelque chose, puis porta le regard vers Elizabeth.

« Tu as parlé non ? Je ne sais plus, je crois avoir entendu des absurdités beuglées un peu au hasard à un moment donné, mais je n'y ai pas prêté attention tant il n'y avait rien à en tirer de bien malin. Elizabeth Rose Evans, un joli nom pour une fille qui se veut si cruelle et beauf dans ses mots, c'est dommage, que le physique ne s'accorde pas à l'esprit, tu manques un peu de... beauté intellectuelle. Juste un peu, Aiden te l'a t-il déjà dit ? »

Il esquissa un léger sourire puis comme précédemment, se remit à passer le regard de l'un à l'autre, car il s'adressait à tout le monde.

« Je vais vous dire, je ne vous lancerais plus de pique ni de remarque désobligeante jusqu'à la fin de cette conversation, notre affaire est trop importante pour tout gâcher à cause de jeux malsains et de fierté puérile, je ne parle pas de moi évidemment - ah, une dernière pour la route. Concentrons-nous sur ce qui nous intéresse. » Il passa doucement sa langue sur sa lèvre inférieure, puis haussa brièvement ses pommettes en émettant un tic entre ses dents.

« Vous avez tout faux, Lizy et Ivy. Que les choses aient plus d'ampleur que l'on peut l'imaginer, cela semble une évidence vu votre contexte, mais de là à trop tirer sur la théorie du complot et de vous persuader que quiconque passe est un gros méchant... vous cherchez à concentrer le problème dans un seul petit pack d'ennemis à cibler, ou à vous titiller la prétention à croire que vous faites face à un seul ennemi tout puissant qui contrôle le monde grâce à des moyens machiavéliques. Oubliez les histoires de science-fiction avec un super groupe pharmaceutique qui a monté l'apocalypse de toute pièce selon un plan millimétré et avec un pouvoir divin sur les morts-vivants, et redescendez sur terre quelques instants cela vous fera du bien. Soulstrange n'est pas le grand manitou qui a main mise sur le scénario, il n'est qu'un morceau du puzzle, après tout il n'est pas différent de vous non ? Il est plus puissant et en sait plus que vous, comme j'en sais plus et comme le ou les Marchands en savent plus, car nous avons tous une longueur d'avance, mais ce n'est pas l'affaire de dieux, c'est la raison à la logique. Nous sommes tous un morceau du puzzle à part plus ou moins égale.

Vous voulez savoir qui sont ceux qui vous menacent ? Balayez vos préjugés, faisons un point un peu plus intelligent. Le Marchand présumé, qui fait trembler les survivants plus que les morts eux-même. A l'origine, c'était un groupe de bandits classique dit-on, issus d'une prison de la région, certains devaient y rester à vie. Quelques hommes rodés au crime qui découvrirent l'apocalypse, le feu et la mort sous un angle quelque peu différent des honnêtes gens. Quand tout devint chaos, ils fuirent et se battirent pour vivre comme tout à chacun, mais peu à peu, ils se rendirent compte que leur monde s'était transformé en un grand terrain de jeu, un lieu où aucune loi ne les muselleraient plus, où vivre et mourir suivait un schéma direct et brutal. Avec ces nouvelles perspectives, ils se mirent à piller, à tuer, à violer, à voler, à arracher tout ce qu'ils voyaient et convoitaient.
Ce genre d'hommes ne s'empêtre pas dans des notions de possession et de droit. Quand on est un monstre sans limite, la règle est simple : l'on a ni ne mérite rien, ce que l'on veut, on le prend, qu'importe ce que cela nécessite, tant que l'on a liberté sur soi et sur les autres pour embellir une survie qui peut être bien plus plaisante qu'elle n'y paraît. Mais l'un d'entre eux se mit assez rapidement à avoir de l'ambition, à envisager ce nouveau monde d'une tour un peu plus haute et il était très intelligent, très sournois, très rusé. Alors au lieu de simplement tout ravager, ils commencèrent à soumettre et capturer. Plutôt que de tout prendre et ne rien laisser, ils trouvèrent un plaisir sadique à forcer d'autres petits groupes de survivants à travailler pour eux en leur imposant un tribut régulier moyennant la vie sauve. Ainsi ils comprirent vite qu'ils pourraient renflouer leurs stocks et leurs moyens sans trop se fatiguer, mais il fallait pouvoir surveiller et contrôler ces groupes qui finirent par tenter de fuir ou de se battre.

Pour cela ils enrôlèrent de plus en plus d'hommes parmi les groupes rencontrés, ceux qui adhéraient à leur vision ou qui y étaient contraints. Et pour ceux qui n'avaient pas l'étoffe, ils furent transformés en esclaves. C'était d'abord les femmes et les enfants, souvent parqués dans des espèces de harems pour servir d'objets sexuels, à qui l'on faisait subir toutes les perversions, des horreurs inimaginables. Mais là encore, ils avaient toujours plus d'ambition, alors ils en firent pour d'autres des serviteurs, même parmi les hommes. Plus ils grandissaient, plus ils avaient de groupes soumis, d'esclaves et d'hommes de main à gérer. Ils mirent en place une hiérarchie plus solide et des règles de fonctionnement, des lois à leur image et tous devaient s'y plier. Du balayeur à l'homme de main, de l'esclave sexuel sans droit à l'existence au chef de groupe, jusqu'aux lieutenants et même les groupes de survivants extérieurs qui travaillaient pour eux, tous devaient se soumettre à une direction de fer.

Ils devinrent une véritable organisation et aujourd'hui, ils se sont étendus sur pratiquement toute la région. De quoi nous parlons ? De centaines en centaines, plus d'un millier d'hommes que je n'ai pas eu le loisir de compter mais je dois m'approcher de la vérité, qui dominent autant et plus d'esclaves et de groupes soumis. C'est une armée, organisée, dispatchée, lourdement équipée avec des moyens militaires conséquents, des campements fortifiés dont les plus gros font la taille d'un quartier entier, de quoi faire face à tout en tout temps. Vous comprenez maintenant ? Nous ne sommes pas confrontés à quelques salopards sadiques qui ont décidé de vous pourrir la vie, c'est une institution criminelle coordonnée et dirigée avec stratégie et ils sont partout autour de nous. S'ils décidaient de vous régler votre compte à vous, vos amis de la ferme et les autres petits groupes de Snyder, ils n'auraient qu'à envoyer un dixième de leurs forces et cela leur prendrait à la fourchette une grosse matinée. Mais pourquoi ne le font-ils pas puisqu'ils sont si puissants ? L'ironie est là, ils ne le font pas justement parce qu'ils sont puissants et nous insignifiants.

Pensions-nous qu'ils se font des petits massages entre eux en attendant qu'un groupe de survivants faiblard passe à portée afin de les mettre au pas ? Lamesa, Midland, Colorado City, Abilene, Lubbock, Levelland, Brownfield, Stamford, Graham... et la liste est encore longue. De Roswell à Fort Worth en passant par Amarillo et San Angelo, ils ont à gérer des dizaines et dizaines de camps, à encadrer un très grand nombre d'hommes, qui ont à contrôler tout un tas de monde qui n'hésiteront pas à utiliser la moindre faille dans leur mur oppressif pour se libérer. C'est une société dans le chaos. Les opérations de répression, la migration des groupes, les moyens, les ressources, le pillage, les récoltes, les esclaves, la population infinie de rôdeurs, la migration des vastes hordes qui ravagent tout sur leur passage, le recrutement, la discipline dans leurs rangs, les guerres qui font rage contre d'autres communautés... la liste ici est encore plus longue. Faites-vous une idée si c'est possible du nombre de tâches, de missions, de problèmes, de dégâts, de besoins qui les occupent en permanence. Rien que le mois dernier ils ont perdu trois camps et un tas d'hommes, avec la nécessité de tout remplacer car chaque parcelle de terrain perdu c'est moins de main mise pour eux. En contrepartie, ils sont les maîtres de leur monde.

Édifier un empire en pleine apocalypse est un boulot qui vous prend tout votre temps et encore, vous êtes débordé de toutes parts, ce n'est pas fait pour les oisifs et les craintifs. C'est là votre force mes amis, aussi absurde que cela paraisse, ce qui fait que vous êtes toujours vivants et libres, c'est que vous et cette petite ville êtes tout en bas de leur liste bien garnie, vous êtes insignifiants et ne représentez pas l'ombre de la plus petite menace, et encore moins un grand intérêt dans l'immédiat. Vous êtes peu nombreux, mal organisés, avec peu de moyens et à leur échelle, investir dans Snyder générerait probablement des pertes de temps et de ressources par rapport aux quelques gains. Oh ils sont bien présents, ils ont installé un camp fortifié ici comme dans toutes les villes et petites villes de la région, mais c'est sans doute l'un des moins entretenus et qui compte une quarantaine d'occupants en moyenne. Même à l'échelle de la région, nous sommes un petit groupe d'insectes qui se débattent parmi les prédateurs les plus féroces, mais au moins nous ne suffoquons pas sous leur présence et avons la possibilité d'essayer, d'espérer. Là où ça se complique, c'est Soulstrange et votre condition de ressuscités, ou plus exactement de dégénérés.

Un empire comme celui-ci ne se contente jamais de ce qu'il a, il s'étend, s'étend et s'étend, sans jamais s'arrêter sauf lorsqu'il est stoppé par un adversaire de taille. Mettez-vous à leur place de prédateurs dominateurs et ambitieux. Quand ils ont découvert l'existence de gens qui revenaient à la vie des mois après avoir été infectés et tués, débarrassés de leurs maux, refaits à neuf, ça a absolument tout changé et évidemment, ça a empiré. Ils ont appelé ça la Grande Rafle, un nom qui fait très film de guerre dramatique, mais fort approprié pour le coup. Ils ont raflé des dizaines et des dizaines de gens comme vous, aux quatre coins de l'état et même en dehors de leurs territoires. Ils ont mobilisé toutes leurs ressources scientifiques et leurs intellos, ont monté des laboratoires sécurisés et ils ont fait subir toutes sortes de choses à ces pauvres gens. Des analyses, des interrogatoires très persuasifs, des expériences terribles. Ils en ont fait des grenouilles-cobayes qu'ils ont manipulé dans tous les sens, malmené sans scrupule et ouvert en grand pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur, comprendre pourquoi ils existaient. Et ils ont récolté beaucoup, beaucoup d'informations, la science sans morale qui leur a fournie de grandes découvertes. Ça n'a été que le début de la terreur, grâce au ciel ou à l'enfer vous êtes arrivés après le gros du travail dans un coin isolé, vous y avez échappé de peu.

Au coeur de cette machine bien huilée, il y a notamment Soulstrange. L'un des premiers qu'ils aient rencontré, le seul qui soit parvenu par sa cruauté, ses connaissances, son intelligence et ses pouvoirs à imposer sa présence. Il a été recruté et a très vite gravit les échelons, leur a montré ce qu'un dégénéré peut vraiment accomplir, même au sein de leurs propres troupes ils sont terrifiés de ce dont il est capable. La cerise sur le gâteau ? C'est lui qui a initié la Grande Rafle et qui a mené le projet. Un dégénéré, qui a massacré des dégénérés, pour en savoir le plus possible sur le phénomène. On le considère comme le bras-droit de l'organisation car il est le plus dangereux et le plus influent après le Marchand, nul n'y voit un humain, à leurs yeux il est soit l'expression du pire d'eux-même, un monstre à l'état pur à la laideur cachée par un masque, soit une sorte de demi-dieu amené sur terre, ou un rôdeur très amélioré. Derrière ce masque, il fait trembler ses larbins et cela lui suffit à contrôler ce qu'il contrôle, on peut dire qu'il s'est très bien servi de sa condition pour se transcender.

Certains ont cru qu'il se haïssait et haïssait les gens comme lui vu ce qu'il leur faisait subir avec tant de cruauté en huit clos, mais à la vérité et comme je le disais à mon acolyte il n'y a pas si longtemps, il s'habille comme un SS de la seconde guerre et véhicule une idéologie nazi, avec la conviction que les dégénérés sont des êtres supérieurs créés pour régner sur le nouveau monde et les autres humains démunis. Il ne le cri pas sur tous les toits, le Marchand et son cercle dirigeant ne seraient pas enchantés de le voir mener une telle propagande même s'ils sont sûrement déjà au courant, ils doivent le craindre tout en pensant l'avoir muselé car ils ne peuvent pas l'écarter, il est devenu un rouage trop important, tout cela relève de la politique.

Il commande une partie de la région et il possède des... caves, caveaux, des lieux qu'il a aménagé comme un aperçu de l'enfer, de la même manière que Al-Mualim créa un aperçu du paradis pour convaincre ses Nizârites. Il met dans ces caves ses proies pour leur faire subir toutes sortes de choses, parmi elles des humains sains et des dégénérés qui n'ont jamais été signalés à l'organisation, quand on a autant d'emprise que lui, on peut se permettre de gérer ses propres affaires au nez et à la barbe des maîtres et avec un certain nombre d'hommes loyaux, personne n'aurait l'audace de le remettre en cause. Les expériences et massacres sur des dégénérés sont pour lui des sacrifices, pour préparer le nouvel ordre, beaucoup sont réduits en cendres, des amoncellements de squelettes ornent ses caves. C'est un fanatique, un illuminé qui agit comme un prophète.

Mais quelles sont donc toutes ces découvertes sur les dégénérés ? Qui suis-je ? Comment puis-je connaître tous ces noms ? Hm ? »
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