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[CS, CFJ] Un peu de Clarté dans le Chaos - 25/03/35
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Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Sam 20 Aoû - 15:35
A nouveau, l’inconnu avait su mettre le doigt là où ça faisait mal, et il semblait prendre un certain plaisir à le remuer, triturer cette chair mise à nue et à vif, sans aucune retenue. Une nouvelle fois, je ressentais la honte et la culpabilité enfler en moi à l’évocation des deux hommes que j’avais froidement abattu cette nuit-là. J’avais beau me raisonner, chercher à me convaincre et m’excuser de toutes les circonstances atténuantes qu’il m’était possible de dénicher, rien n’y faisait ; je me sentais simplement de plus en plus mal et désarmée, aussi horrible que le portrait qu’il voulait dépeindre de moi ; pour moi, pour les autres. Mais malgré tout, malgré la honte, la culpabilité, l’horreur de mon geste et l’inéluctabilité de mes actes, je n’arrivais pas à les regretter avec autant de sincérité et de remords que ce qu’il aurait dû normalement être.

Ces types, bien qu’ils furent manipulés ou contraints, n’en étaient pas foncièrement plus innocents que nous dans ce désastre. Nous fûmes des pions, amenés à se déchirer par la volonté sadique d’un seul ; et quelle qu’avait pu être l’issue, nous avions tous perdu la partie, comme le prétendait ce vieil adage à propos de la guerre. Et plus je me torturais l’esprit avec ces souvenirs et mes regrets, plus je me rendais compte que la situation actuelle - bien que nos vies n’étaient pas en danger ni les menaces imminentes - n’avait finalement pas grand chose de bien différente d’alors. Nous étions livrés à nous-mêmes, à faire face à l’inconnu incarné par ce Vagabond qui nous dominait de tout son savoir, nous écrasait de notre propre ignorance en nous la renvoyant bien gentiment en travers de la gueule à chaque fois que nous parlions, cherchions à engager le conflit verbal ou simplement à dresser nos murailles, nos arguments, nos excuses qui ne tenaient à presque rien. Ce type était un véritable passe-muraille, capable de s’engouffrer dans nos moindre failles avec l’insaisissabilité d’une goutte d’eau. Plus même… Une goutte d’acide érodant tout sur son passage.

Il servait à chacun d’entre nous des noms, et les individus derrière, qu’aucun autre ne semblait connaître. Des éléments de mon passé que je n’aurais jamais cru revoir ailleurs que dans mes seuls souvenirs, mes doutes et mes remords. Puis il se décidait enfin à lâcher l’affaire pour se focaliser uniquement sur les informations que nous étions venus chercher. Peut-être en avait-il simplement marre, ou peut-être était-il désormais certain de sa domination, son emprise sur chacun de nous ? J’étais bien incapable d’en discerner les raisons, mais je ne pouvais m’empêcher d’en être soulagée… Bien que ça ne pouvait durer très longtemps.

La masse d’informations était ahurissante, limite assommante. Il m’était impossible de savoir si ce qui émanait de la bouche de cet homme était vérité ou tissu de mensonge, mais je ne décelais aucune des raisons qui aurait pu le pousser à inventer tout cela. Enfin... dans la même ordre d’idée, j’ignorais ce qui le poussait à nous aider de toute façon.

Dès lors, je me mis à reculer de quelques pas, la gorge nouée et les jambes devenant de plus en plus cotonneuses à mesure que je saisissais l’ampleur de la menace qui pesait sur nous, de l’ennemi supposé qui nous faisait face et surtout le fossé qu’il y avait entre cette réalité racontée et celle que je m’étais imaginée dans mes ruminations pensives. Jamais je n’aurais pensé me planter à ce point-là ; jamais je n’aurais cru qu’une telle “organisation” - je préférais néanmoins appeler ça une nouvelle société - puisse s’étendre sur une zone aussi vaste, représenter une aussi grande menace et posséder une telle puissance là où mon quotidien, et plus majoritairement celui du groupe, notre situation, ne nous permettait même pas de sortir du campement sans craindre le moindre risque.

Pire encore - et je ne pus que laisser mon dos reposer contre la carlingue du conteneur avant de m’affaisser en position assise, contre la paroi opposée, face au Vagabond - Soulstrange lui-même, que je voyais si puissant, si terrifiant, dont l’aura ne faisait que hanter sournoisement mes pensées, n’en était qu’une infime partie. Moi qui me sentais déjà complètement démunie et dépassée par la seule existence du Libérateur, j’étouffais presque littéralement d’entrevoir pleinement qu’il n’était qu’une fraction - certes non des moindres - de ce que nous avions à affronter. Et encore… Affronter ça relevait du suicide, de la folie la plus profonde ; et des peu d’espérances que j’avais pu avoir, par moment, à propos de mon avenir, de James et Elizabeth, des rêves de construire quelque chose, il ne restait finalement qu’un vulgaire amas de cendres fumantes que le Vagabond avait su incendier dans un brasier ardent de mots, de contes… D’une abjecte réalité.

Nous étions une infime pièce d’un immense puzzle qui ne semblait avoir de fin ni de limites finies. Plus j’y songeais, les pensées défilant à toute allure dans mon esprit, et moins j’entrevoyais d’issue qui pourrait nous être favorable à court, moyen ou long terme. Nous jouions simplement contre le temps ; et si mes connaissances en physiques comme mes expériences m’avaient bien appris quelque chose, c’était que le temps gagnait toujours. Fuir n’était même pas une option envisageable tant la zone tenue par le Marchand - quoi ou qui qu’il soit - était immense ; et que ce qui devait se trouver au-delà ne devait guère être plus réjouissant pour qu’il ait dû se poser ses propres frontières… Snyder nous était présenté, de manière détournée, comme le refuge le plus sécuritaire à occuper, avec toute l’ironie que cela relevait et représentait.

Les jambes repliées, mes coudes reposant sur mes genoux, je me prenais la tête entre les mains, les doigts crispés dans ma tignasse sèche. Je fermais les yeux en essayant, en me forçant ardemment, d’entrevoir une issue quelque part, un moyen d’assurer notre survie sur le fil tranchant du rasoir qu’était notre quotidien. Demeurer faibles et insignifiants pour ne pas s’attirer la convoitise du Marchand, ou chercher à combattre, s’opposer, refuser le fatalisme pour se faire démolir en sortie par une armée infiniment supérieure en nombre, aussi désespérée et acculée que nous pouvions l’être. A nouveau les mots prononcés par le Libérateur, se dessinant presque comme des promesses à la lumière des informations du Vagabond, envahissaient mes pensées. J’allais souffrir, nous allions tous souffrir et connaître bien des épreuves et des revers avant de trouver la paix. Et la paix, je ne pouvais l’entrevoir qu’au creux des bras de la mort elle-même. Un bien sombre constat de quelques secondes, que je balayais d’un simple revers pensif et hargneux.

Je n’en étais pas rendue là pour me laisser aller à des pensées de suicide et de résignation. Je valais bien mieux que ça. C’était sûrement la fierté qui parlait encore, la fierté et la peur de crever ; mais je n’avais pas retrouvé les miens pour les voir succomber, pour mourir à leur côté, sinon pire. L’histoire de tous les dégénérés qui nous avaient précédés dans la tourmente, la pire des tourmentes, traités comme de vulgaires bêtes de foire… Non… Comme des monstres… Pour ce que nous avions de différent sans l’avoir jamais désiré pour autant… Je ne pouvais réprimer un élan de colère, une poussée de rancoeur à l’idée que si j’étais revenue avant, j’aurais pu être l’une d’entre eux, une lame m’ouvrant le bide du pubis au menton pour découvrir si la poule aux oeufs d’or couvait dans mes viscères.

Des pensées, des idées qui s’imageaient et s’imaginaient en échos à des pans de l’histoire familiale remontant à une centaine d’années en arrière. Tout un pan d’atrocités bien connu des livres d’histoires, des oeuvres cinématographiques et des nombreux mémoriaux dressés en hommage aux victimes. Une immense leçon que ce monde oubliait, que le Libérateur semblait vouloir ramener à ses origines les plus abjectes. Je sentais la nausée me gagner à l’idée que j’aurais pu être la victime ; et pire même, serais certainement témoin des mêmes atrocités qu’avaient fui mes arrières-grand-parents en leur temps. Mais mon dégoût ne trouvait pas sa source uniquement dans la crainte de ce Soulstrange présenté ici comme un nouveau Mengele ; mais avant tout dans ce sentiment qui naissait en moi, plus horrible encore que tout ce que le récit du Vagabond laissait présumer. Au plus profond de moi - encore plus depuis mon second retour - je ne pouvais taire cette idée qu’effectivement, nous étions supérieurs. Une idée vicieuse en cela qu’elle se voulait aussi écœurante par ce qu’elle signifiait que séduisante pour les options de salut qu’elle pouvait nous offrir.

Le Vagabond prétendait que j’avais tort dans mes hypothèses, ce que je reconnaissais en majorité, mais de ce qu’il disait de Soulstrange, de son statut au sein même du groupe qu’il servait, il était craint, suscitait la terreur parmi ses propres rangs, ses propres hommes, autant qu’il me terrifiait. J’avais donc raison quelque part, quand je prétendais que les hommes “normaux” en viendraient à nous craindre, à nous traquer comme les monstres que nous étions réellement, bien malgré nous. Cette idée me dégoûtait, ce constat me révulsait, mais l’intime malaise que j’avais toujours ressenti depuis mon retour au sein de cette cave ne faisait que croître et s’affirmer. Au-delà de la peur, du dégoût, de la colère et des rancunes, j’étais fascinée par le Libérateur, parce qu’il pouvait nous offrir au-delà des maux et des souffrances, et ce serait me mentir que de refuser d’admettre que je partageais quelques-une de ses idées. Après tout, mon don m’offrait aujourd’hui la certitude d’être capable de me défendre, de survivre à la plupart des menaces sans nécessairement chercher à fuir le danger quand je pouvais y faire face. S’il était un illuminé, je ne pouvais nier que sa lumière m’avait atteinte ; et s’il était un prophète, il avait alors commencé à m’envouter.

Si le Marchand, ses hommes et ses esclaves désiraient à ce point nous voir comme des monstres, nous traquer comme des bêtes de foire et nous écraser comme de misérables insectes insignifiants, pourquoi devais-je me torturer l’esprit à refuser d’accepter cette condition ? Pourquoi continuer à combattre cette nature profonde qui définissait maintenant ce que j’étais devenue ? Ce n’était qu’une perte de temps, juste bonne à cultiver le doute et l’hésitation qui me coûteraient certainement la vie à nouveau, à moi comme à d’autres.

Lentement, j’avais rouvert les paupières et porté mon regard sur le Vagabond qui me faisait plus ou moins face, avant de lever les yeux vers Elizabeth, puis James. Tout pouvait se jouer à quelques secondes. C’était ce qui s’était produit la semaine dernière, quand je n’avais su retenir le geste de Samuel à temps et qui nous avait enfoncé dans cette posture de faiblesse. Une hésitation qui aurait pu être sanctionnée le prix fort. Un échec indigeste que je ne comptais plus renouveler.

Aussi, après avoir laissé flotter les dernières questions du Vagabond durant quelques secondes, je me raclais légèrement la gorge pour m’éclaircir la voix, avant d’y aller de ma propre supposition, pratiquement fondée sur rien d’autre qu’une intuition aussi diffuse qu’inexplicable ; et fort probablement stupide.

“Je dirais que vous étiez dans cette prison, et que vous êtes ce mec… Ce type très ambitieux, très intelligent, très sournois, très rusé, mais qui ne reste qu’un mec, qui a fini par être pris à ses propres manigances et a été contraint de tout sacrifier pour survivre un peu plus longtemps… Ce sont vos mots, non ? Et c’est ici que vous êtes venus trouver refuge, à Snyder-le-patelin-tout-en-bas-de-la-liste où les Marchands préfèrent ne pas gaspiller de ressources pour vous retrouver ; tout comme vous pourriez être venus à nous parce que nous sommes justement insignifiants, que personne ne lorgne trop dans notre direction et que vous comptez sur nous, notre nature de dégénérés et notre potentiel pour vous aider à reprendre ce qui était vôtre, et à combattre un Soulstrange dont la puissance nous dépasse tous, qui pourrait sûrement tout dévaster s’il se décidait à la consacrer entièrement à la poursuite de ses seuls idéaux d’Aryen deux point zéro.”

J’avais balancé mon hypothèse au visage du Vagabond d’un ton à la fois détaché et erratique, ne laissant en réalité guère de doute quant au fait que je tâtonnais plus que je n’affirmais quoi que ce soit. C’était une idée à lancer comme une autre, c’était celle qui m’était venue, tout simplement, et je me moquais en réalité bien des piques et moqueries susceptibles de venir, même s’il avait lui-même décidé de cesser cela.

Melody Campbell

Anonymous
Invité
Mar 23 Aoû - 18:26
Plus les secondes et les minutes filent moins Melody est à l'aise, elle a envie de hurler, envie de fuir cet endroit, d'aller se réfugier loin de tout ceci. Pour la première fois depuis son réveil, la brune a même envie de chercher à fuir Snyder, elle qui jusque là se disait que la merde est partout la même et qu'elle sait ce qu'elle quitterait sans savoir ce qu'elle trouverait, ne se dit plus la même chose. D'autant plus que si elle mettait systématiquement cette idée de côté c'était à cause de son frère, ayant jusqu'au bout gardé l'espoir que la fratrie soit de nouveau ensemble, il était hors de question qu'elle bouge de là, que s'il avait pu revenir sur le sol américain il la cherchait. Donc autant rester à un point fixe mais maintenant elle n'en a plus besoin. Figée sur place, engluée dans ses pensées, elle écoute les interventions d'Ivy, qui pour une fois ne dit pas que de la merde, de James, d'Elizabeth et même de Kyle sans broncher. Sans réagir physiquement certes mais en se disant tout de fois que les choses vont encore mal se terminer s'ils commencent tous à s'agacer, qu'elle n'aura encore pas ses réponses.

Et forcément elle écoute le Vagabond qui lui réagit directement en venant titiller, non pire éperonner les autres s'adressant à James puis à Elizabeth en évoquant des noms et des choses dont elle ne connaît rien. Mais visiblement comme pour la chasseresse, le Vagabond en sait trop sur eux tous, sortant des choses comme si c'était l'évidence même, comme si tout le monde était au courant. Impossible pour elle d'arriver à émettre la moindre hypothèse là dessus alors que son cerveau est en ébullition et cela n'est pas prêt de se stopper alors que le Vagabond poursuit. La bouche entrouverte de stupéfaction elle ne peut que rester à l'écouter, sans bouger d'un millimètre de là où elle est plantée avec la fichue sensation qu'elle écoute un récit venu d'un autre temps ou une fable montée de toute pièce. Tous ce qu'il peut dire est juste impossible, non ? Mettant fin à ses idées de fuite en moins de deux. Pourtant les mots qu'il emploi, "les Marchands" "nous sommes" comme s'il était un de ces hommes là, ce qui pourrait expliquer bien des choses mais alors pourquoi fait-il cela ? Pourquoi vouloir soit disant les aider ?

De nouvelles informations arrivent concernant Soulstrange, certaines dont la brune avait déjà plus ou moins conscience en regroupant tout les faits et les dires de tout le monde que cela soit Matthew ou Calvin le fameux soir ou elle ne sait plus...Melody a dû mal à réfléchir avec toutes ces informations qui lui parviennent et le mal de tête suit le mouvement. Plantée debout dans le conteneur, elle en vient à se masser les tempes en fermant les yeux, au bord du craquage complet, non elle ne doit pas craquer maintenant pas tant qu'elle n'est pas seule même si elle donnerait cher pour être dans les bras de son frère ou de Matthew. Son chasseur, c'est pour lui qu'elle est là aujourd'hui, pour apprendre ce qu'il ne voulait pas lui dire pour ne pas l'influencer, oui elle ne sait encore rien de tout cela, elle doit absolument s'accrocher et tenir le cap pour lui. Pour ne pas le décevoir, pour ne pas trahir la confiance qu'il a en elle même si à cause du Vagabond puis d'Ivy c'est mal barré déjà.

Et puis rien ne l'oblige à essayer de discuter avec le Vagabond ou d'argumenter ou quoi que se soit d'autres, comme rien ne l'oblige à écouter les conneries qui peuvent sortir de la bouche d'Ivy alors qu'elle se lance dans une nouvelle théorie. Et c'est Melody la cinglée du groupe ? Même cela elle ne fait que le constater, elle n'a plus la force présentement de s'offusquer une nouvelle fois de ce que lui a balancé James plus tôt dans la journée et la semaine dernière. La seule chose qu'elle peut encore faire c'est garder en tête qu'elle n'est là que pour une seule et unique raison, qu'elle ne doit pas perdre de vue, le reste doit lui être égal surtout quand ça provient des autres. Pour ce qui est du Vagabond, elle n'est même pas sûre qu'elle peut vraiment croire tout ce qu'il dit mais elle n'a pas le choix au final donc que le show continue mais sans une seule parole de sa part à elle.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Jeu 25 Aoû - 18:12
Elle n’avait pas l’habitude d’abandonner, pourtant, il fallait bien l’avouer, c’était une démarche primordiale en certaine circonstance qui faisait avancer bien plus rapidement les choses que d'essayer de forcer une serrure incassable, aussi c’est ce qu’elle décida de faire puisqu’en dépit de ses mots, il restait transparent à toute réflexion. Bien entendu, elle nota de façon bien lisible dans son esprit l’évitement dont il avait fait preuve aux mots qu’elle avait abordé, une manière très maladroite de se détourner d’un problème, et marque indéniable qu’il y avait quelque chose à creuser de ce côté-ci de la balance. Elle avait cru y sentir une certaine défensive malavisée, une forme de contre-attaque qui ne correspondait pas à ses précédentes manières de faire. Peut-être qu'elle se trompait, mais le doute était bien présent. Pas aujourd’hui, pas maintenant. Il y avait trop de facteurs incontrôlables, d’éléments perturbateurs pour en pousser une analyse exacte.
Si les temps avaient été différents, elle aurait su comment réagir et de quelle manière, mais cette mise en situation était loin, très loin de lui être familière, et elle devait la dompter avant de continuer à pousser plus loin ses réflexions et à tenter de brusquer un homme si bien construit mentalement. Un autre jour, lorsqu’elle aura plus de pions en mains, et qu’elle sera seule joueuse contre cet adversaire.

Creuser les esprits déformés, c’était ce qu’elle préférait. Parvenir à comprendre les méthodologies incorruptibles des plus grands détraqués, percer à jour les plus grands menteurs, mettre à mal et donner une opposition farouche à ceux qui se pensait intouchable, c’était bien là des défis qu’Elizabeth aimait relever, avec une ardeur décuplée. Lié directement à son passé, et en pleine conscience de cet état de fait, lorsqu’elle se mettait en tête un objectif de ce genre, il n’était pas aisé de l’en faire lâcher prise.

Les noms fusaient, celui d’Aiden ne lui échappa pas, mais ce ne fut pas la seule chose qu’elle releva. Elizabeth était une rose épineuse. Doux nom, doux minois, mais qu’une façade, rien de plus. Une façade qu’elle avait travaillée, jour et nuit, des années durant. Ce n’était pas d’Elizabeth qu’Aiden en pensait différemment, pour vérité, il n’en pensait pas moins. Elle s’y était attendu, après Ivy, Melody et James, c’était à elle qu’il s’attaquait. Cela ne lui donnait qu’une corrélation supplémentaire dans son esprit : quelqu’un les connaissait, tous, bien avant tout ça. Le gouvernement ? Etait-il moins mort qu’ils ne l’avaient pensé ?

James n’avait toujours pas réagit, et c’était bien sur lui que son regard se fixait, attentive, inquiète, silencieuse. Elle le connaissait, certes, mais pas autant qu’elle l’avait espéré. Trois mois n’étaient pas suffisant pour explorer toutes les facettes d’un homme, aussi précipité qu’étaient maintenant les temps, si proche de la mort, la frôlant à chaque coin de rue. Elle l’avait vu aimant, elle l’avait vu passionné. Elle l’avait vu triste et désespéré. Elle l’avait vu combatif et colérique, impulsif mais déterminé. Elle l’avait vu sourire, et bien trop rarement rire. Inquiet, fatigué, indécis, confiant. Elle avait vu tout cela de lui, mais à son goût, c’était bien trop insuffisant. Elle ne savait ni comment, ni quand il allait réagir d’une manière ou d’une autre, s’il ne cachait pas d’autres versants de sa personnalité qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de dévoiler. Mais en cet instant, elle priait pour qu’il garde son calme.

Le vagabond en avait dit beaucoup. Énormément même, mais pas de manière suffisante. Plus les informations fusaient, et plus elle en désirait, sentant en elle son sentiment d’importance diminuer, petit à petit, jusqu’à en être réduit à l’état insignifiant de sa simple existence, de sa simple survivance. Non, au final, rien n’avait changé, ils n’étaient jamais plus que de simple grain de sable dans un rouage solide, bien qu’à plusieurs, ils pouvaient faire la différence.
Et après ? Après ? Qu’espérait-il d’eux pour leur confier tout ceci ? Qu’attendait-il en retour de leur part ? Que pouvaient-ils faire qu’il ne pouvait faire ?

Elle ne fit qu’attendre, espérant qu’il en dise davantage, qu’il donne enfin des choses concrètes sans mystère.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Lun 29 Aoû - 10:22
Un claquement de langue se fait entendre du fond de mon palais, du moins seulement dans l’espace restreint où j’ai trouvé position je le crains, collé contre la porte arrière du camion, veillant sur cette dernière et les environs très proche. Je n’allais surtout pas entrer dans le jeu de cet homme si c’était pour quitter la mission que je m’étais moi-même confié. Il y avait plus d’enjeu à être certain que cette entrevue se passe pour le mieux que d’y participer, surtout qu’ils étaient déjà nombreux à l’assaillir de question, d’interrogation, ou de menace. Je préférais donc ignorer les provocations, comme l’avait si judicieusement recommandé Melody peu avant, ignorant également sa requête de m’avancer vers lui, restant dans l’ombre d’un encadrement lumineux qui provenait de l’extérieur. Il ne pouvait m’identifier ? Tant mieux. Je n’allais pas lui faciliter la tâche de ses tortures verbales que les mots qu’il adressait semblait déjà impacter plus d’un au regard et à l’entente des réactions.

Que pouvais-je réellement penser de tout ça ? De toute cette machination qui semblait se construire au fur et à mesure qu’il parlait, de ce nouveau monde moins désorganisé, moins chaotique que je ne l’avais pensé. Du désordre, une structure s’était formée, et avait pris place dans le nouveau monde à la vitesse de l’éclaire. En si peu de temps, ils avaient réussi à monter un système digne d’une guérilla mexicaine ou d’Afrique subsaharienne, ultra organisé et potentiellement très efficace. Potentiellement car il y avait à noter des pertes très notable, à gauche, et à droite, qui trahissait quelques failles et faiblesses, mais aussi le danger plus qu’omniprésent, et ça faisait froid dans le dos. Ici, nous luttions corps et âme pour notre petite survie, et d’autre se faisait dépasser, alors qu’ils étaient mieux armés, mieux organisés.

Quelle épaisseur avait le fils de Damoclès dont l’épée était suspendue au-dessus de nos têtes ? A l’entendre, très fine, bien trop. J’inspirais profondément, je me sentais presque étouffer de l’intérieur par tous ces mots. Moi, je n’étais qu’un simple soldat, lancé dans une guerre pour la sauvegarde de l’humanité et de mon pays, bien que ma propre survie était déjà une affaire en soit. Il était là, l’ennemi, le groupe armé qui empêchait l’humanité de se reconstruire sur des valeurs et des bases solides.  

Je sentais la sueur glisser à chaque plis de ma peau serrée sur mon arme. Si seulement je n’avais pas quitté mes frères. Il fallait que je les retrouve, où qu’ils soient.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 8 Sep - 23:32
Était-ce pour lui qu'elle le faisait ? Ou dans le but de retourner au charbon en l'attaquant de front ? Toujours est-il qu'Elizabeth s'était verbalement jetée sur l'homme encapuchonné à peine James avait-il terminé. Pourtant il pouvait le ressentir, étrangement, cette émotion, cette prise au cœur pour James de la part de sa compagne qui voulait le protéger quelque part, c'était si bizarre comme sensation, de pouvoir ressentir ce qu'elle ressentait dans une certaine mesure. Son don avait-il quelque chose à voir avec ça ? Il aurait pu se dire que ce n'était que de l'instinct incertain, néanmoins, cette certitude il l'avait, aussi ne manquait-il pas certains des mots qui lui étaient davantage adressés qu'à cet homme pourri par un caractère de serpent, le but de la réplique d'Elizabeth lui apparaissait très claire et évidente.

Elle voulait qu'il déculpabilise de ses actes, mais il en était incapable, la pensée qu'il ai tué une femme qui était autant victime des événements qu'il avait pu l'être lui faisait un mal de chien, droit en plein coeur. Ils n'étaient pas des héros, c'est vrai, ils étaient des survivants, dont le seul but était de subsister, rien de plus, rien de moins, ce qui les rendaient parfaitement inutiles et c'était là le problème. S'ils n'étaient pas des héros, ils n'étaient pas des sauvages non plus : à quoi bon survivre pour survivre ? Cette réflexion tournait dans son esprit en boucle depuis des mois et il ne parvenait pas à se convaincre que c'était une fin en soi, tant c'était risible. Exister pour exister était pire que de mourir pour avoir voulu vivre, et vivre, c'était là tout l'intérêt de la vie justement. Par cheminement de cause à effet, vivre était plus important que survivre et s'il était prêt à faire le nécessaire pour ne pas se faire tuer par le premier monstre venu, humain ou inhumain, il y avait des limites à ce qu'il pouvait accepter.

Ce salopard de Vagabond n'avait pas perdu de temps pour cracher son venin au visage de tout le monde, lui compris. James n'était peut-être pas un bon samaritain, mais il savait valoir tout de même mieux que cet homme qui aurait vendu sa propre mère pour quelques dollars. Il avait l'audace de vouloir rabaisser Elizabeth, ce qui poussa James à se mettre bien face à lui et s'approcher de quelques pas en le fixant d'une évidente envie de lui fracasser la mâchoire, dans son regard noir. Bien sûr, avec une bonne pirouette, il entendait se concentrer sur les informations à livrer en fermant sa grande gueule, sa méthode pour ne pas prendre trop de risques non plus, après tout, il était seul alors qu'ils étaient six au total dans ce camion et personne ne viendrait en aide à cette vermine si les choses tournaient vraiment mal. Car il serait face aux cinq autres, enfin, du moins le pensait-il naïvement, puisqu'il ne savait plus trop quoi penser de Melody et Ivy, en particulier depuis quelques heures.

Il ne répondit rien, il aurait pu, aurait eu des choses à lui dire à ce fumier, sans jouer aux belles mises en forme ou à faire de la joute verbale pour savoir qui avait le meilleur esprit, non, franchement et directement, il lui aurait bien balancé un tas de qualificatifs peu aimables et idées bien arrêtées. Mais comme dit, il n'en fit rien. La suite alors, fut plus qu'inattendue, assommante et plus cet homme parlait, plus il eut de raisons de rester sans voix, si tant est qu'il ne soit pas prit de vertiges, à l'écoute de ces révélations. Pouvait-il vraiment dire la vérité ? C'était de la folie.

Une armée de bandits organisée, des camps fortifiés, une hiérarchie, une cruauté sans nom et ces villes qui étaient citées. Il avait été évoqué Fort Worth, sa Fort Worth, ville natale du comté de Dallas qui avait vu grandir le petit James Francis Everett, et dans tout ça, il n'avait pas oublié ce nom qui avait franchi les lèvres de ce type : Jessica. Il n'y avait aucun doute, il avait adressé à chacun d'eux un nom d'une personne proche, très proche certainement. Pour lui, c'était Jessica, qui n'avait jamais vraiment été de sa famille mais qu'il avait considéré comme tel depuis plusieurs années. Cette fille repêchée dans un véritable enfer qui avait su sortir après quoi James du sien, avant qu'ils ne soient envoyés tous deux dans un nouvel enfer encore plus terrible. Il avait du mal à croire à ce que ce Vagabond disait, mais si c'était sincère, si Fort Worth était une zone de conflits sous la pression d'une organisation de monstres vivants, dans ce cas ses maigres espoirs en lesquels il avait commencé à cesser de croire s'envolaient en un instant, après un long discours.

Il y avait déjà peu de chances qu'il revoit Jessica un jour, il en avait conscience, même si elle avait pu s'en sortir saine et sauve, elle était peut-être déjà très loin de cette région et quand bien même il faudrait un miracle. Et si la perspective de la savoir morte, malgré tout le mal qu'il en ressentait, il avait commencé à l'accepter, celle d'imaginer sa petite Jessica si gentille et jolie dans un endroit pire que la mort à subir les monstruosités de pédophiles et d'ordures, ça, c'était quelque chose d'insupportable. Pour le coup, il fut mouché et ne sut pas quoi dire, les bras le long du corps et dans sa posture droite, il avait à peine entrouvert les lèvres sans que rien ne sorte et scrutait l'homme pensivement.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Dim 11 Sep - 0:04
A contrario des échanges précédents, parfois un peu houleux, un certain silence s'était installé après que l'homme encapuchonné ai fait entendre ses révélations, tenant davantage de l'étalage d'informations, à propos de ces ennemis qui s'étaient déclarés malgré eux, malgré les survivants qui n'avaient rien fait pour mériter cette agressivité, si ce n'est être revenus à la vie différents. Avant cela, la réaction physique de James consistant à se rapprocher avec une envie mordante de s'en prendre au Vagagond ne tira de ce dernier qu'un report d'yeux sur le barbu, le confrontant du regard sans faire la moindre remarque à ce sujet, pour parler ensuite de ce qui devait l'être.

Une chose de bien obtenue de cette longue tirade, c'était d'avoir laissé bouche bée ses interlocuteurs dans l'ensemble, ce qui n'était pas pour déplaire au serpent, en tout cas cela avait presque été le cas. La réponse d'Ivy à ses questions attira à son tour son attention et sans vraiment bouger de sa posture, comme il en avait très peu fait depuis le début de cette conversation, il s'en amusa avec une certaine fierté quelque part, lui souriant doucement et agréablement, étrangement, avant de lui rétorquer avec sa légendaire sérénité.

« Je suis flatté par tant d'égards, sincèrement, mais tu dis à moitié faux, et tu dis à moitié vrai. » Il plissa brivèvement les lèvres, ravalant d'une petite grimace sa salive en laissant son regard se balader vers la paroi d'acier lui faisant face, parmi ses mimiques assez loufoques.

« Intelligent, rusé et ambitieux je le suis, un homme également et j'ai été contraint de tout sacrifier, rien de bien étonnant ou original là-dedans. Et... en effet, votre insignifiance, quelque part, vous donne une force inattendue et la possibilité d'espérer. Un espoir fou encore une fois, mais je crois qu'avec votre nature et votre potentiel, il existe une insensée possibilité de faire quelque chose de, comment dire... utile de vous. Quant à Soulstrange, il prépare quelque chose et quand il sera prêt à passer à l'action, je doute que qui que ce soit le voit clairement venir même si tout le monde s'en méfie, il est déjà difficile de percer l'individu, il l'est ainsi davantage de percer ses projets.

Il est très puissant, mais il est un homme lui aussi, enfin je crois. Il n'est ni invincible, ni tout puissant, tout a une faille, parfois, la faille est simplement une plaie à dénicher. Selon sa cible, se peut être un jeu d'enfant ou une véritable épreuve. Mais je vais vous décevoir me concernant : je ne suis pas cet homme sorti de prison pour devenir empereur, avant toute cette pagaille, j'étais pasteur, protestant de ce fait. J'avais une femme, un enfant, une voiture d'occasion, j'aidais mon prochain et je croyais en la foi libérée. Un homme normal, dans un monde tout ce qu'il y a de plus normal, qui n'aspirait qu'à une vie banale, simple et à vivre avec sa petite famille dans une jolie maison. La paix en toute chose. »


Il passa le regard à Melody, puis James, Elizabeth et enfin Ivy, sur qui il s'attardait, lâchant très directement et sans gêne :

« La fin du monde change les hommes de façon radicale.

Aujourd'hui, je suis celui qui s'est faufilé dans le ventre de la bête. Je me suis fait remarquer d'eux, j'ai passé leurs tests, j'ai adopté leur mode de pensée, fait ce qu'ils me demandaient de faire, agit comme ils l'attendaient de moi. Je suis devenu un crapaud dans la mare, j'ai nagé avec les autres crapauds, tâché de ne pas attirer les foudres des plus gros, et j'ai fait comme si je n'attendais rien de mieux, n'aspirais à rien de mieux. J'ai rit avec eux quand ils violaient et battaient, j'ai porté les armes avec eux quand ils tuaient, je me suis effacé dans leur monde, pour gagner leur confiance, pour devenir insignifiant et acquis à mon tour. Et peu à peu, crasse après crasse, j'ai gravis les échelons, attisé la rivalité, la jalousie, la violence, comme tout à chacun dans cet empire dirigé par la force sauvage, je me suis détaché des moutons en plongeant mes mains dans des litres de sang.

J'ai tué de leurs hommes, de temps en temps, quand il y avait un cul de sac à passer, comme eux-même tuent d'autres d'entre eux par besoin de maintenir le règne de la terreur et de l’irrationalité. Être un monstre parmi les monstres n'a rien de glorifiant, il n'y a pas de doux sommeil au coin du feu et au clair de lune, pas de sentiment de sécurité et de grand pouvoir enivrant, rien de paisible ou de rassurant, pas de liberté d'être et d'exister sans craindre la morale. Le fantasme d'être sans conscience pour n'avoir aucune limite est le plus destructeur des pièges, il y a mille façon de souffrir, personne n'y échappe quoi qu'il fasse, personne n'est inatteignable et imperturbable. Là-bas c'était une arène, où survivre était souvent pire qu'au dehors, alors on faisait en sorte de vous droguer pour que vous ne puissiez plus vous en passer, de toute cette cruauté.

Ces hommes ont commis les pires des actes, mais j'en ai vu supplier, pleurer, désespérer. Il m'arrivait de voir des jeunes recrues sortir des lieux où ils parquaient leurs bétails, là où ils avaient violé, violenté et arraché des cris de souffrance à des femmes ou des enfants. Ils vomissaient leurs tripes avec une mine terrifiée. J'en ai vu se suicider ou devenir fous et finir volontairement tués, tellement ils ne pouvaient plus se supporter eux-même. Oh de vrais monstres, sans considération, sans pitié, sans âme, il y en a beaucoup, mais se retrouver parmi eux, c'est être plongé dans des limbes de l'existence humaine où une journée de survie en dedans paraît être une semaine de survie en dehors. Ça peut expliquer qu'ils se soient développés aussi vite. Les seuls à vraiment tirer gloire, richesse et pouvoir de cette folie, ce sont les maîtres, ceux que rien ne triste et qui sont tant pires que leurs semblables, qu'ils ne sont jamais remis en question. Ils sont les vrais bénéficiaires.

Alors j'ai continué, j'ai appris tout ce que je pouvais apprendre d'eux, sur eux, sur ce qu'ils faisaient, comment, combien, où. Et plus j'en apprenais, plus je voulais creuser dans les entrailles de la bête, me rapprocher de ceux qui commandent, donc plus je devais me salir les mains, m'enfoncer dans la haine et l'horreur, mais je restais fixé sur mon but : trouver les failles de cette bête qui semblait trop immense et imbattable, dénicher l'arme qui me permettrait de couper la principale tête de l'hydre pour l'affaiblir. Ainsi de fil en aiguille, j'ai été impliqué dans leurs expériences sur les dégénérés auprès du plus impitoyable des dégénérés, j'ai eu accès à leurs découvertes, tout ce qu'ils avaient appris sur l'inexplicable.

Et là... une lumière, lointaine, incertaine, tel un mirage, mais qui semblait si réelle, venait éclairer mes ténèbres. J'y ai vu une chance de forger cette arme à partir de chair dégénérée, de gens comme vous. Combattre le mal par le mal et j'ai essayé, souvent en vain. De cette lumière, tout ce qu'il reste maintenant, c'est vous justement et pour mettre toutes les chances de votre coté, j'ai fichu en l'air ces longs efforts pour être l'un des leurs. Maintenant c'est quitte ou double, on gagne ensemble, ou plus probable, on meurt ensemble, il n'y a pas d'autre possibilité. Je sais ce que je mérite, ce que j'ai fait est impardonnable, mais je ne veux pas être pardonné. Ce que j'attends c'est davantage de sang, je veux leur sang et vous aurez besoin de moi, car j'en sais plus que tous ceux que vous rencontrerez, je peux vous l'assurer.

Maintenant vous pensez peut-être à un moyen d'éviter la guerre, mais comme vous l'avez entendu, il n'y a aucune direction vers laquelle les choses ne seront pas pires, Snyder est votre meilleure option en l'état, seul Soulstrange sait que vous existez pour le moment et il a déjà pour souhait de vous faire souffrir. Vous voulez un peu plus d'ironie ? Plus vous combattrez, plus les coups seront durs. Plus vous les mettrez au défi, plus vous serez menaçants, plus ils viendront nombreux et mieux armés, c'est ce que l'on appelle l'escalade. Si vous décidiez de ne rien faire pour ne pas attirer leurs foudres, eh bien... ils viendront quand même et vous serez plus vite mis aux fers. C'est la triste réalité, mais qui sait, il est possible que l'on trouve ces fameuses failles, que l'on déniche des alliés inattendus, si c'était le cas on aurait - peut-être - de quoi monter un plan. Pour l'instant, en parler c'est tirer sur la corde, nous sommes tous très loin du compte. »


Il se passait légèrement la langue sur les lèvres et cligna des yeux plus lentement encore, marquant une pause de longues secondes lui permettant de faire saliver son palais, après avoir eu tant de choses à dire et c'était loin d'être fini. Le silence attentif de ces gens lui facilitait à dire tout ce qu'il avait à dire, c'est qu'il y avait un tas de choses qu'il semblait avoir attendu de pouvoir leur confier, son dernier monologue avait-il été prévu à l'origine ? Difficile à dire, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir un soudain geste de main qu'il levait à la manière de s'excuser, étirant ses pommettes d'un faux sourire.

« Ce n'est probablement pas ce que vous vouliez savoir, autant pour moi, j'étais sur ma lancée, vous savez, quand on est prit dans son discours on dérive facilement... mais revenons à vos questions. Que sais-je sur vous ? Je vais vous dire exactement ce que j'ai vu, entendu et lu, parlons donc en statistiques. Dans leurs laboratoires, ils ont fait passer quatre vingt trois miraculés, c'est ainsi qu'ils les appelaient au début, je vous laisse imaginer l'ironie : vivre le miracle de revenir à la vie pour être torturé et massacré au nom de la science intéressée... bref, quatre vingt trois pauvres gens, un sacré chiffre. Première chose qui frappe, leur mort.

Sur l'ensemble de ces individus, aucun n'a survécu plus de trois mois après l'apocalypse, nous parlons de Mai à Août, au cas où vous êtes un peu perdu sur les calendriers. Quarante six seraient morts entre le premier et le trente Août, dix sept seraient morts entre le premier et le trente Juillet, onze entre le premier et le trente Juin, et neuf courant Mai. C'est étonnant non ? Quand on sait que le plus gros du massacre a eu lieu durant l'expansion du mal qui a tout ravagé, ceux d'entre eux qui sont revenus semblent avoir été choisis parmi le pourcentage de la population qui a tenu le plus longtemps les premiers mois. Pourquoi trois mois et pas au-delà ? Aucune idée. Pourquoi aucun n'est mort un trente et un ? Le mystère complet. La touche farfelue, ils sont tous morts au sein du Texas, aux quatre coins même, pour se retrouver regroupés dans des villes proches de Dallas, parfois à des centaines de kilomètres du lieu de leur mort, là encore, c'est l'incompréhension.

Cent pour cent de ces gens ont développé avant ou après avoir été capturé, un don surnaturel, d'ordre psychique. Soit il s'est manifesté de façon violente pour eux-même ou les autres lors d'un moment intense en émotions, soit il s'est manifesté brutalement sans aucune raison apparente. Il ne semble pas y avoir de méthodologie claire dans la façon dont ce pouvoir se manifeste, leur nature psychique est très ombrageuse, mais le cerveau a un lien très direct avec le phénomène : si l'on perturbe ou neutralise cette partie du corps, le pouvoir est automatiquement inhibé. Certains d'entre eux se sont vus imposer un collier spécial provoquant de petites décharges électriques instantanées à chaque fois que le sujet se concentrait un peu trop, comme dans l'utilisation du pouvoir. Dans cent pour cent des cas, leur pouvoir a été stoppé aussitôt ou shunté avant même de se manifester. Très efficace pour faciliter le contrôle de ces gens. Aucune étude n'a permis de mettre en lumière l'origine de ce pouvoir, ils n'étaient même pas sûrs que ça ai un rapport avec le... virus, appelons-le ainsi pour l'instant.

Ça ce sont les premiers rapports, ensuite, les choses ont pris une tournure très particulière, si ça ne l'était pas déjà. Avec un si bon départ, ils se sont dit qu'il fallait s'intéresser de plus près aux causes de leur retour à la vie, au processus qui les a transformés de pauvres miséreux à l'agonie de l'infection, à ressuscités doués d'aptitudes fantastiques. »


Il marqua une pause, dressant l'index et le majeur accolés devant son visage avant de venir tâtonner le bout de son nez en mimant le chasseur qui renifle une piste.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
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Jeu 15 Sep - 18:04
Elizabeth avait la désagréable impression de ne plus pouvoir respirer. Ce flot de nouvelles informations, à propos d’eux, et du fait que d’autres personnes en savaient potentiellement bien plus sur elle-même, accentué par l’étroitesse du conteneur lui donnaient le vertige. Elle n’avait plus sentit d’aussi grand malaise depuis des lustres, à l'époque même où elle découvrait alors sa propre maladie. Devait-elle se considérer chanceuse de n’avoir pas servi de cobaye pour quelconques expériences, ou étroitement lié à leur destin pire que funeste ? Et tous ses gens qui avaient subi ses tests, car elle ne doutait pas qu’ils s’en étaient donnés à cœur joie dans leur recherche, avaient sans doute découvert que les atrocités et monstruosités étaient bien pire lorsque cela concernait les hommes et non les morts. Avec les dégénérés, ils savaient à quoi s’attendre. Manger, tuer, sans réflexion, sans perversion. L’homme en revanche, avait une propension étrangement prolifique à faire de la souffrance de son semblable une source inépuisable d’inspiration.
 
Etait-ce ce qu’ils étaient devenu ? Etait-ce de cette manière dont ils devraient se sentir ? Comme des bêtes de foire, traquées, séquestrées, disséquées pour la science ? Leur survie ne dépendrait plus alors de leur seule adaptation à la nouvelle faune sauvage, car c’était bien à l’homme qu’ils devraient survivre.
 
Plus il parlait, et plus l’oxygène venait à manquer, comme si une panique grandissante venait d’envelopper ses bras autours de sa cage thoracique, de ses poumons pour les comprimer. Aussi les mots qui s’extirpèrent de ses lèvres quand leur interlocuteur fit une pause, plongeant l’intérieur du conteneur dans un silence bien trop lourd pour elle, ces mots-là trahirent sans aucun doute son anxiété à son paroxysme, parfois tremblants, parfois hésitants, se perdants dans un esprit qui n’arrivait plus à garder l'emprise.
 
« Quoi d’autre… qu’est-ce qui … ce qu’ils ont découvert. Qu’est-ce qu’ils ont trouvé d’autre ? »
 
Elle ne pouvait réellement entendre les réponses même si son inconscient lui hurlait de tout savoir. A leur propos, à son propos. A celui de James et d’Ivy, de leur pouvoir, de leur résurrection. Au sujet du retour à la vie, et de la mort de Doug sans retour. Elle voulait en connaitre davantage, en savoir plus pour être capable de s’armer contre tous ces animaux qui cherchaient leur destruction. Les morts qui les dévoraient. Les vivants qui les traquaient. L’un de leur semblable qui ne cherchait que leur destruction. Aucun allié. Ils n’en avaient aucun. Ils étaient seuls. Tristement seuls. Péniblement seuls et elle se demandait comment et surtout pourquoi ils espéraient survivre dans ce monde de dingue.
 
Elizabeth avait un rapport à la mort et à la vie très particulier, sans doute plus que la majorité de ses camarades. Dire qu’elle n’aurait jamais dû voir le jour était une réalité affirmée, mais elle puisait sa force dans les faiblesses d’une mère qu’elle n’avait que trop peu connu. C’était jusqu’ici, ce qui l’avait tenu debout, qui lui avait donné cet aversion pour le suicide et qui continuerait sans doute de guider ses choix jusqu’à la fin, mais à quel prix ?
Ses yeux se dressèrent vers James tandis qu’elle se saisissait de son bras, la tête tournant bien trop pour accuser le coup seule, elle finit par glisser avant même qu’une réponse ne soit donner, sur un ton empli de mal être.
 
« Il faut… que je prenne l’air. »

Elle le devait, réellement, se sentant d’un seul coup aussi claustrophobe que possible, priant pour retrouver l’air extérieur et la lumière du soleil au plus vite. Sans réellement attendre de réponse, elle fit demi-tour pour se diriger vers l’arrière du camion, sans tenir compte de ceux qui pouvaient bien se dresser sur sa route, poussant les portes de l’arrière du véhicule en y faisant entrer son flot de lumière à l’intérieur, avant qu’elle ne mette pied sur le sol de terre, reprenant à la fois ses esprits et son souffle, à moitié appuyé contre le véhicule.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 16 Sep - 0:23
C'était juste... dément. Comment ne pas s'offusquer ? S'effrayer d'entendre ces choses, sans rabâcher les mêmes pensées apeurées. Si l'épisode sur l'organisation n'avait pas déjà été suffisamment fou, la suite ne manquait pas d'approfondir l'aspect science-fiction, si toute cette nouvelle existence n'était pas une véritable science-fiction à elle seule. Le passage sur le passé de ce type ne l'avait pas interpellé outre mesure, il restait un inconnu pour lui, même si Melody et Ivy l'avaient davantage fréquenté et pourraient être intéressées de l'apprendre, lui-même restait en retrait de cette proximité. Le seul point qui lui marqua l'esprit, c'était le fait global d'être passé de pasteur paisible et chef de famille sain, à cet espèce de sadique au physique sauvage et à l'odeur nauséabonde. Il avait raison sur un point : la fin du monde changeait réellement les hommes du tout au tout, ses propres changements faisaient partis de ses plus grandes frayeurs, la crainte de devenir quelqu'un de mauvais et de violent, à l'image approximative mais très crue de réalité, de cet homme.

Un homme qui n'avait aucune honte à faire ses aveux, ne mouftait pas en leur expliquant qu'il avait été l'un des leurs et avait accompli des choses inacceptables, impardonnables et injustifiables, vraisemblablement - aussi déroutant que ce soit - dans le but de gagner leur confiance et tout savoir sur eux. Il voulait toujours plus de sang disait-il, ça James n'en était pas forcément étonné vu le personnage, mais le fait de vouloir faire tomber cette organisation et de prendre autant de risques, lui qui avait donné de son laïus sur les coups et sur la survie, ça le laissait vraiment perplexe. Il y avait quelque chose de contradictoire dans son discours, il s'en rendait compte maintenant, d'une idée, d'un discours à l'autre, il semblait aborder deux poids deux mesures, deux visions, deux aspects d'un même problème. Jouait-il double-jeu ? Ou était-ce du à ses véritables intentions qu'il cachait ?

Il avait du mal à croire que cet homme souhaite la principale tête de cette organisation de bandits ultra-violents et visiblement cruels au possible, par simple plaisir, il semblait trop « lucide » pour être à ce point gratuit et suicidaire. Quant à la suite, ce fut... pénible à entendre. Près d'une centaine de gens comme eux, traités comme des bêtes par quête de savoir, ou devrait-on dire de pouvoir. Il ne savait pas s'il devait juste s'indigner ou prendre les choses avec plus de recul : serait-ce possible que ces gens aient cherché à découvrir un remède grâce aux ressuscités ? Il n'allait sans doute pas tarder à avoir une réponse, mais savoir comment ils avaient procédé, imaginer ce qu'ils avaient pu faire, sachant que le Vagabond n'était encore qu'aux débuts de cette partie de l'histoire, c'était affligeant oui, d'autant plus qu'ils auraient pu tous être aisément à la place de ces pauvres faux-miraculés. Il y avait trop de menaces à gérer à la fois, cette organisation était dangereuse, les morts-vivants étaient dangereux, ce monde était dangereux, ce Vagabond, était dangereux.

A la réaction d'Elizabeth, il fut prit d'un fort pincement au cœur, elle devait être aussi effrayé qu'il l'était, ils devaient tous l'être, à moins d'être totalement inconscients, ces nouvelles étaient extrêmement graves. Il fit deux pas pour venir jusqu'à elle et posa sa main sur le bas de son dos, en signe de soutien, la voir prise de tels vertiges l'inquiétait, il craignait soudainement que l'écoute de ces révélations et les images de ce que ces cinglés de scientifiques avaient pu faire ne fasse tomber sa bien-aimée dans les pommes, il y aurait de quoi après tout. Elle lui saisit le bras et il vint au plus près en lui murmurant près de l'oreille, plein de tendresse, un « ça va aller » se voulant instinctivement rassurant mais dont l'effet était fortement à douter. Lui-même était prit de court, trouver les bons mots s'avérait ardu. Il avait bien fait de ne pas trop croire en sa tentative maladroite, car Elizabeth finissait par se détacher d'un coup pour s'éloigner et filer vers la sortie.

Il voulu la suivre et fit quelques pas mais s'interrompit, s'arrêtant en la contemplant s'extirper de ce conteneur étouffant avec un regard miné, soufflant des narines de façon résignée. Que pouvait-il bien faire maintenant ? Leur situation était une catastrophe à tous les niveaux et leur avenir promettait du sang et de la souffrance, si ce n'est pire encore. Plus terrible, même l'idée d'un soulagement par la mort, si de telles idées noires étaient légitimes à avoir, s'avérait plus qu'incertaine. C'était extrêmement perturbant, de craindre de ne pas pouvoir mourir le moment venu.

Ivy Lockhart

Anonymous
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Ven 16 Sep - 13:38
Malsain. Un terme bien euphémique pour décrire le sentiment qui m’avait peu à peu gagné à mesure des mots du Vagabond. Ce qu’il était avant toute chose, puis ce qu’il avait fait, dû commettre, au nom du savoir, de la survie, d’un pseudo-Bien Commun qui trouvait sa source dans l’anéantissement de ce Marchand, terme générique dont je ne savais plus s’il désignait un homme, un groupe, ou une légende urbaine sauce post-apo. La petite histoire du Vagabond à propos de son passé, ne put m’empêcher d’avoir une redoutable pensée compatissante à son égard, donnant encore plus de crédit et d’inéluctable aux changements auxquels nous allions devoir faire face, chacun d’entre nous et moi la première.

Le choc et l’aversion étaient d’autant plus grands que je m’apercevais que les débuts de changements déjà opérés au sein de mes principes et ma vision du monde - discrets mais bien présents en toile de fond - n’étaient qu’une simple ébréchure à la surface bien plus sombre et abjecte de la part de monstruosité, de radicalisme, qui sommeillaient au plus profond de ma nature : humaine. Et encore, les explications, les chiffres et les faits avancés par le Vagabond me laissaient de plus en plus dubitative quant à la définition de ma propre nature. J’avais pris quelques résolutions muettes vis-à-vis de ma survie, mon quotidien, les horreurs que je devrais affronter, des choix qui m’avaient paru déjà ignobles et difficiles ; mais qui ne pesaient presque rien dans la balance qui soupeser les forces en présence.

Je me sentais toujours plus nauséeuse à l’entente des évènements, des causes qu’énumérait le Vagabond à propos des expériences menées sur ceux que je qualifiais presque instinctivement comme mes semblables. Quelque part, je refusais d’admettre cette réalité ; celle dans laquelle je me retrouvais impuissante, contrainte à un funeste choix entre risquer de mourir au combat ou risquer de mourir dans l’attentisme qu’ils viennent nous cueillir. Que le Libérateur vienne nous cueillir, nous faire souffrir ; ou le Marchand nous emprisonner, le cou, et donc le corps et l’esprit comme de vulgaires animaux, asservis, rabaissés à servir ses ignobles desseins et être une part active ou passive du cauchemar qu’il animait et avait rendu réel.

Mais mon attention se reporta vers Elizabeth, avec qui je semblais partager le même genre de sentiments. Sa question, puis sa réaction… Comment ne pas la comprendre ? Comment ne pas avoir envie de l’accompagner là-bas dehors, loin de cet espace clos et sombre qui rendaient les révélations du Vagabond plus étouffantes encore ? Mais contrairement à mon amie, je ne pouvais me résoudre à manquer le moindre mot de ce qu’avait à dire le Vagabond, et une fois n’était pas coutume, je n’avais rien à ajouter ; bien que les questions qui me taraudaient n’en restaient pas moins nombreuses.

Cependant, j’avais esquissé un pas à sa suite, avec l’idée de la rejoindre, de l’assister et lui offrir une épaule de soutien, une main amicale. Un élan que je retenais finalement en observant James prendre l’initiative en ce sens. Un geste qui souleva chez moi une pointe de jalousie totalement irrationnelle, confortant mon sentiment et ma décision de me trouver et me tenir plus isolée du reste du groupe, malgré tout l’attachement que je ressentais à l’égard des deux tourtereaux. Stupidement - ou peut-être que non d’ailleurs - je ne me sentais plus comme une part entière de leur équation relationnelle qui semblait bien mieux se résoudre à deux. Une amertume de plus, qui se cumulait avec la précédente remarque que m’avait faite Liz’ quand je bricolais sous le capot du camion. Dire que je n’avais pas en partie mérité cette espèce de mise à l’écart aurait été mentir, j’avais de bien nombreux torts à me reprocher ; et leur couple comme ma disparition avaient catalysé la situation.

Aussi n’avais-je finalement que peu bougé de ma position, observant stoïquement la silhouette d’Elizabeth s’éloigner de nous pour gagner l’arrière de la remorque, plissant les yeux sous l’assaut fulgurant de la soudaine clarté qui envahissait les lieux. Une clarté dans laquelle j’aurais pu trouver un certain sens poétique en la corrélant avec les révélations que nous livrait le Vagabond. Une lumière dure et crue pour des yeux habitués à la pénombre.

Je ramenais de nouveau mon regard vers le Vagabond, attendant la suite de son histoire, pasteur de l’apocalypse qui souhaitait mener les naïves brebis que nous étions à devenir des loups de ses longues et néfastes prédications. Du moins était-ce ainsi que j’observais le chemin qu’il semblait nous pousser à arpenter : de l’ombre à la lumière, de l’ignorance au savoir, de l’empathie à la haine.

De l’humanité, à l’horreur.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Sam 24 Sep - 13:35
L'homme sans nom observa la plus brune d'entre eux parler, ou tout du moins entrevoir une rétorque à laquelle elle ne donna finalement pas beaucoup de consistance que de l'encourager à poursuivre, avant de décider de sortir de l'éprouvant et étouffant conteneur pour quiconque n'aimait pas les espaces clos. Il scruta du coin des yeux le couple, l'une forçant naturellement Kyle à se pousser pour qu'elle puisse s'extirper du camion et l'autre tentant de la soutenir sans aller au bout de cette tentative. Il ne bougeait pas plus qu'auparavant, refusant de se défaire de sa position assise vraisemblablement confortable, ou bien s'était-il tout simplement convaincu que c'était le cas.

« Les scientifiques ont donc poursuivi leurs expériences plus en profondeur... » Reprit-il en laissant son regard glisser au sol, avant de revenir aux trois derniers protagonistes qui lui faisaient maintenant face, les deux autres éloignés, l'écho dans le conteneur était cependant bien assez fort pour que Kyle comme Elizabeth, si elle se contentait de rester devant les portes, puissent entendre la suite.

« La première idée, en toute logique, était un gène ou quelque chose qui les immunisaient et relançait le coeur après mort. Pour ça, quoi de mieux que d'aller droit au but ? Sans question de moralité, la science avance vraiment très vite, alors ils ont capturé plusieurs rôdeurs, les ont démembrés et... ils ont réitéré l'expérience des ressuscités. Les plus chanceux ont seulement été griffés, d'autres ont été poignardés, égorgés, contraints de manger de la matière organique pourrissante, je dois dire que ça donne des sueurs froides rien que d'y penser, même pour quelqu'un comme moi.

Les quatre vingt trois ont été infectés et de façon à ruiner les espoirs d'immunité, les quatre vingt trois sont morts et là, ça devient encore plus intéressant. L'infection provoque des symptômes précis : spasmes, douleurs musculaires, affaiblissement et fièvre principalement, surtout la fièvre, c'est elle qui tue. Normalement, l'infection terrasse un individu sain en l'espace de quelques dizaines de minutes jusqu'à vingt quatre heures environ, pour ces scientifiques, le cas recensé qui a mit le plus de temps à agoniser est mort après vingt trois heures et quarante huit minutes. Dans le cas de nos ressuscités re-mort, celui qui est mort le plus vite a mit vingt neuf heures, seize minutes et trente trois secondes. Celui qui a tenu le plus longtemps a mit quarante huit heures, vingt et une minutes et quatre secondes. Ils n'étaient pas immunisés mais réagissaient différemment au virus alors, c'était évident. Sur les quatre vingt trois sujets, quarante deux ne se sont jamais réveillés, ça a été la mort définitive. Ils ont eu de la chance.

Pour les quarante et un autres, leur corps a d'abord réagit comme n'importe quel décès, le refroidissement, le gonflement parfois, la couleur bleue, etc... mais au bout d'un certain temps, ils ont commencé à remarquer que la blessure infligée se régénérait progressivement, de façon très étrange, elle... nécrosait, tout en régénérant. Un phénomène impossible à expliquer, tant c'était paradoxal, la chair se reformait mais elle était noire, craquelée, inhumaine dirais-je, comme si ce qui régénérait mourrait instantanément, et au bout d'un temps équivalent à leur agonie, ils revenaient à la vie, leur corps redevenant chaud et coloré, de la même manière qu'ils étaient revenus la première fois, mais sans bouger d'où ils se trouvaient - pas de téléportation magique cette fois. Fait notable, ceux ayant mit le plus de temps à mourir ont été les plus rapides à régénérer et revenir, ils pensaient que c'était une question de résistance, d'une façon ou d'une autre, au virus. »


Il marqua un temps, juste de quoi permettre au groupe d'assimiler ces nouvelles informations, parmi le déluge qu'il leur avait déjà infligé et qui semblait interminable. De ses narines, il souffla longuement, puis relança son récit.

« Mais cette marque, cette nécrose et ce sentiment de revenir de l'enfer pour les sujets, c'était vraiment perturbant pour les chercheurs, car ça défiait toute logique, tout ce qui pouvait être théorisé, abordant des phénomènes encore hors de portée pour l'homme moderne. Après cela, ils se sont rendus compte que leurs... émanations psychiques étaient plus fortes, plus intenses, certains tests dans des environnements sécurisés ont démontré que les pouvoirs de ces individus revenus à la vie une seconde fois étaient différents, beaucoup plus puissants. Mais il n'y avait pas que cela, ils étaient parallèlement gangrenés par un mal, qui affaiblissait leur corps, affectait leurs muscles et leurs cerveaux, si bien qu'ils perdaient de leurs aptitudes et même dans quelques rares cas, de leurs souvenirs des vies passées. Un tireur expert devenait un bon tireur, rien de plus. Ses réflexes, sa rapidité, sa précision, sa concentration, tout était amenuisé partiellement sans qu'il ne parvienne à recouvrer ces pertes, dans ce domaine et plusieurs autres. C'est cette étape, qui a changé les mots miraculé et ressuscité, à celui de dégénéré.

C'est ce que c'était, une dégénérescence du corps, qui se transformait en quelque chose, d'inquiétant, tout en décuplant sa puissance psychique. Et je ne vous fais que la version synthétisée, en parallèle encore une fois, ils avaient fait d'autres recherches et s'étaient rendus compte que les dégénérés, dès leur premier... stade de dégénérescence - c'était écrit noir sur blanc, avaient des facultés de régénération de leurs blessures très légèrement supérieures aux autres individus sains. Et au second stade, à leur deuxième retour à la vie, cette faculté augmentait comme leur pouvoir, plus discrètement et l'augmentation était minime en soi, mais elle s'avérait un peu plus marquée. C'était trop extraordinaire, terrifiant et incroyable, alors ils ont recommencé, à les infecter, à les tuer, certains rapports décrivaient le procédé comme insupportable, moi le sans nom suis arrivé après leurs travaux mais j'imaginais très bien à quel point il fallait être dénué de compassion pour faire subir de telles choses à un être vivant, doué de conscience par-dessus le marché. N'importe qui n'en serait pas capable.

Au passage du troisième stade, il y avait un pourcentage de rescapés un peu plus élevé, vingt six, sur les quarante et un. Même déroulement ou presque : l'agonie deux fois plus longue, la régénération nécrosée des blessures qui étaient plus noires, plus grandes, plus infectes et craquelées, de vraies plaies béantes cette fois et il y avait quelque chose qui apparaissait dans leurs yeux, les transformant. Ils ne l'ont pas décrit. Cette fois encore, leurs pouvoirs s'étaient décuplés pour prendre des proportions titanesques, assez pour qu'à la différence de la fois précédente, les colliers ne puissent plus faire d'effet tant leur force psychique était grande, jusqu'à mettre à mal les appareils et pouvoir se libérer de leurs chaînes. Ils avaient franchi un cap, où vint ce moment de justice, de vengeance et pour les geôliers, ce fut un carnage. Les dégénérés, à force d'être torturés, étaient devenus des animaux seulement dominés par la haine et ils firent des ravages, la plupart des scientifiques furent tués, beaucoup d'hommes furent abattus, les laboratoires transformés en une grande et véritable zone de guerre, à tel point qu'ils ont été contraints de déployer un paquet d'hommes et de l'armement lourd pour les arrêter, ce qui n'empêcha pas des pertes supplémentaires conséquentes.

Dans les rapports, ils disaient que les combats avaient attiré des centaines de rôdeurs, "une nouvelle apocalypse" qu'ils avaient écrit. A la fin, il ne restait que quatre dégénérés inconscients, tous les autres avaient été tués, plusieurs ont nécessité d'être pulvérisés pour en finir. Quatre sur vingt six, qui ont massacrés à leur tour deux cent soixante trois hommes et trente quatre autres indirectement à cause de la vague de rôdeurs. Oui, autant d'hommes pourtant bien équipés, dans des laboratoires sécurisés, eux-même aménagés dans un secteur fortifié et malgré une importante puissance de feu. Une hécatombe comme on en voit rarement et Soulstrange ne prit pas plus de risques : il utilisa d'autres moyens pour museler les quatre derniers. Les hommes de main et surtout les scientifiques rescapés avaient été traumatisés, je vous laisse imaginer ce que ça avait du être pour que des enfoirés pareils puissent être traumatisés, ils disaient que les dégénérés étaient bien trop dangereux, qu'il fallait tout arrêter et les tuer jusqu'au dernier par sécurité. Ces imbéciles ont dit ça à Soulstrange, un dégénéré dominant - et ils se prétendaient supérieurement intelligents. Il en a fait brûler vif plusieurs et a menacé les quelques derniers ayant assisté à la scène du même sort s'ils ne continuaient pas leur boulot.

Maintenant je vous laisse imaginer quand le reste de l'organisation a su ce qu'il s'était passé, le ou les Marchands plus particulièrement. Ça a foutu un beau bordel, on pourrait même dire que ça a été la panique mais Soulstrange, vous voyez, il est très persuasif ce salaud. Il a prétendu avoir assuré ses arrières, que parmi toutes les pertes, il avait fait en sorte de rassembler tous ceux soupçonnés de dissension dans l'organisation, de magouiller dans leurs coins, que ce carnage malgré les conséquences qu'il a eu, avait permis par ricochet de remettre un peu d'ordre de façon brutale, il s'en est même servi de propagande en laissant croire au reste des troupes que les dégénérés avaient été lâchés consciemment pour punir les traîtres et qu'ils avaient la puissance et la connaissance pour trouver et éliminer tous les gêneurs. Cette petite manipulation politique a eu beaucoup d'effet et a calmé les ardeurs de la masse. Ne me demandez pas comment, le pyromane dégénéré a évité de finir en charpies, mieux encore, il a obtenu de poursuivre les expériences.

Au début, on s'est demandé si les chefs n'avaient pas été lobotomisés par cet illuminé masqué, tout le monde sait qu'il n'y a pas meilleur chimiste en mesure d'altérer l'esprit avec ses gaz et ses produits. Il s'en est servi sur les rescapés dégénérés pour les contrôler momentanément. Quand on a su que ces derniers, alors de stade trois à quatre, une fois les expériences finies, avaient été lâchés comme des chiens enragés sur plusieurs communautés adverses en faisant des ravages et en accomplissant ce que les troupes n'étaient pas parvenues à faire, si bien que l'organisation a pu prendre le contrôle par ricochet de toute la région en écrasant ce qu'il restait de résistance, ça a fermé le clapet à la majorité et Soulstrange est monté en grade. Bien sûr, ces pauvres miséreux surpuissants n'ont pas survécu, une fois lâchés, ils ne pouvaient plus être arrêtés sans être tués et le dernier est mort brûlé, devinez grâce à qui.

Vous pensez que ça s'arrête là ? Non... le pire reste à venir, parce qu'ils ont capturé encore d'autres dégénérés, une dizaine pour compléter la troupe et ils ont fait d'autres tests sur le terrain, par rapport à des découvertes auxquelles je n'avais pas eu accès à ce moment. Des découvertes que l'on disait encore plus terribles. Ce que je savais c'est qu'ils avaient utilisés des spécimens de stade un, rien de très menaçant en soi normalement, qui ont pourtant fait encore plus de victimes. C'est là, que c'est devenu vraiment incontrôlable, assez pour qu'il soit ordonné à Soulstrange qu'il exécute tous les dégénérés restants immédiatement, jusqu'à ce qu'une solution durable soit trouvée pour les museler et en faire de la chair à canon contrôlable. »


Il prit une grande inspiration et expira lentement, se détendant un peu après avoir tenu un monologue presque aussi long que les précédents et saisit le sac à dos près de lui, qu'il ouvrit pour récupérer l'une des deux bouteilles offertes. Laissant le silence se réinstallé, il la secoua un peu en l'observant avec attention, puis dévissa le bouchon qui crissa sous la poigne de l'homme aux allures de sans-abri. Quand elle fut ouverte, il vint en humer l'arôme, ou ce qu'un grand amateur d'alcool et de beuverie débauchée appellerait arôme, avant d'en ingurgiter une gorgée. Sous l'effet du breuvage, il étira ses traits d'une grimace et lâcha un soupir de satisfaction, à moins que ce ne soit sa façon d'encaisser étant donné la force que devait avoir cet alcool brut.

« Quand j'ai réussi à mettre la main sur les rapports concernant les détails de cette partie de l'histoire, c'est là que j'ai été pleinement convaincu du potentiel de chaos et de destruction des dégénérés - de vous. Ils faisaient mention d'un groupe d'hommes qui avaient migré depuis le nord-est de l'état et qui était venu s'installer dans la région. L'organisation a bien tenté de les recruter puis de les menacer - ou l'inverse - par l'intermédiaire du camp le plus proche, mais rien n'y faisait, ils refusaient de bouger ou de se soumettre, de vraies têtes à claque au nombre de trente six et plutôt bien équipés en armes, qui comme tout rassemblement de connards, se prenaient pour les rois du nouveau monde et mettait le boxon autour d'eux. Bien sûr la première initiative a été d'envoyer des unités en tuer une majorité jusqu'à ce que le reste abdique, et si ce n'était pas le cas, qu'ils nettoient tout.

Une manière tranchée de régler le problème. Comme je le disais, contrôler une région aujourd'hui est une plaie et ce groupe, n'était qu'un parmi tant d'autres, un peu comme les rôdeurs, plus on en tue, plus il en arrive pour vous casser les noix. Soulstrange a alors soumis un plan, dont le sadisme honorait sa réputation de monstre, une façon de ne pas gaspiller d'hommes et de ressources, tout en donnant l'occasion d'accomplir les derniers tests. Il a envoyé quelques hommes apporter des cadeaux à ce groupe, officiellement pour les amadouer et leur faire croire qu'ils avaient du respect pour eux. Des munitions, de la nourriture et surtout, trois filles. Deux étaient jeunes, la dernière était un peu plus âgée, toutes les trois fort charmantes. Pour ces hommes qui n'avaient sans doute pas eu de femme depuis un moment, ça a été l'extase, ces débiles ne se sont pas posé de questions, pourquoi faire après tout ? Comment auraient-ils pu savoir qu'elles étaient dégénérées et ce que ça pouvait impliquer ?

Ils ont tout accepté, puis ont violé ces femmes toute la soirée et la nuit durant, autant de fois que possible et à tour de rôle, leurs ont tout fait subir jusqu'à ce que mort s'en suive, de vraies bêtes déchues de toute humanité et incapables de se mesurer, à croire qu'il n'y a plus que ça qui compte : violer, piller et tuer sans retenue. Croyez-le ou pas, j'ai eu beaucoup de peine pour ces femmes. Toujours est-il que le lendemain, les hommes du pyromane sont revenus au camp de ce groupe et ce qu'ils ont trouvé, ce sont des cadavres, des tas de cadavres un peu partout dans le camp, certains étaient debout, d'autres non, mais il n'y avait plus rien de vivant. Ils avaient tous succombé d'une manière ou d'une autre à l'infection.

Souriez, vous êtes infectés. »


Il leva sa bouteille à la santé de ses vis à vis, avec toute l'ironie possible et imaginable, avant de descendre une nouvelle gorgée du liquide d'un épais blanc transparent.
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