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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[CS, CFJ] Un peu de Clarté dans le Chaos - 25/03/35
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Melody Campbell

Anonymous
Invité
Sam 24 Sep - 16:10
La chasseresse écoute tout ce que peut dire le Vagabond se sentant de plus en plus mal à mesure qu'il progresse dans son récit. Tout ceci a l'air tellement improbable que ça lui donne l'impression d'être dans un mauvais film d'horreur ou la cohérence a été envoyée sur les roses. Un mauvais film que les scénaristes auraient écrit sous l'emprise de puissantes drogues. Et si tout est vrai il y a de quoi en perdre son latin et ne pas arriver à aligner deux mots, à plusieurs reprises elle entrouvre la bouche pour couper la parole au Vagabond mais finalement rien ne sort de sa gorge. Debout au milieu du container, elle est figée sur place se contentant d'écouter la tirade d'Ivy puis la réponse de l'inconnu ne tarde pas à arriver et là il monte d'un cran dans l’invraisemblable.

Lui un pasteur, un homme de Dieu, de foi et marié avec un enfant déjà rien que là elle n'y croit pas alors ce qu'il dit ensuite elle a encore plus de mal à y croire. Mais pourquoi mentirait-il ? Pour attirer leur sympathie ou plutôt diminuer leur antipathie à son égard ? Ce qui n'est pas près d'arriver puisqu'il le dit lui même, il a plongé là dedans volontairement, il a participé à tout ce chaos, il a aidé à traquer ceux qui se tiennent devant lui. Il est devenu un monstre encore pire que ceux tapis dans le noir, un monstre pire que ceux de toutes les légendes qui traînent à travers le monde. Il a basculé du Paradis vers l'Enfer avec sa cohorte de démons en tout genre et...voilà qu'elle se met à penser à ce genre de choses alors qu'elle n'a jamais été vraiment croyante, pas au sens biblique du terme. La brune repense à certaines de ses lectures dont une : la théorie de Gaïa, qui veut que pour chaque espèce sur la planète son prédateur vient au monde à un moment ou à un autre. Et quel pire prédateur pour l'homme que des hommes devenus pire que des animaux ? Limite les zombies sont une partie de plaisir face à des individus comme le Vagabond ou ce Soulstrange ou elle ne sait qui encore...

Le Vagabond marque une pause dans son récit comme un acteur de théâtre pourrait le faire avant d'entamer un nouvel acte encore plus difficile que celui qu'il vient de terminer. Elizabeth essaye de prendre la parole, lui demandant ce qu'il y a d'autre avant d'annoncer qu'elle doit sortir prendre l'air. Melody suit l'autre brune du regard mais aussi les réactions de James et d'Ivy à ce départ avant que son regard émeraude ne vienne se reposer sur le Vagabond installé sur le sol. Il se remet à parler et les jambes de la chasseresse manque de se dérober sous elle à l'écoute de ce récit dépassant toutes les horreurs possible, elle ferait peut-être mieux de s'asseoir elle aussi...Non hors de question qu'elle s'écroule devant cet individu et devant les autres présents, hors de question qu'elle leur montre une faille quelconque après tout elle est toute seule là.

Tout ce qu'il peut dire a l'air irréel et pourtant la brune a de moins en moins de mal à le croire quand certaines des paroles qu'il prononce lui rappelle sa propre condition. Des détails vis à vis des pouvoirs, le pourquoi du terme dégénérés. La puissance qu'ils sont censés avoir en eux, la manière dont ils sont affectés par tout ceci, les nouveaux retours à la vie qui ont plutôt l'air d'être une tombola géante en mode "toi tu reviens, toi non c'est la vie". C'est la mort surtout, elle ne sait plus ce qui est enviable rester mort ou revenir une nouvelle fois à la vie comme Ivy a pu le faire. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de vivre si c'est pour vivre dans ces conditions ? Melody pense que oui malgré tout, elle ne se voit pas cesser de lutter comme ça, se laisser partir et puis elle a encore des personnes à qui elle tient, elle ne peut et ne veut pas les abandonner !

La brune engrange les informations du Vagabond, commence à les assimiler, le regardant sortir sa bouteille d'alcool une de celles qu'ils lui ont amenée, la grimace qu'il peut faire avant de reprendre son récit, ses explications, ses révélations comme vous voulez. Son monde s'écroule et elle s'écroule en même temps que l'homme lève sa bouteille pour boire à nouveau, elle ne sait pas comment mais elle se retrouve assise sur le sol froid du container. "Souriez vous êtes infectés", des larmes silencieuses viennent rouler sur ses joues tandis qu'elle a l'impression de manquer d'air. Elle ne cherche même pas à comprendre si ce qu'elle a entendu et compris est bien ce qu'elle entendu, une seule pensée hante son esprit.

Matthew. Encore et toujours tout la ramène à Matthew. Matthew et les espoirs qu'elle avait. Matthew et sa façon d'être. Matthew et son regard, miroir de son propre regard et qui la fait fondre sur place à chaque fois. Matthew dont le prénom est en permanence sur ses lèvres autant qu'il occupe ses pensées. Matthew dont elle a senti le corps réagir quand ils étaient si proches dans cette cabane. Matthew qu'elle a furtivement embrassé. Matthew qui lui a demandé de croire en lui. Mais surtout Matthew qui n'est pas un "dégénéré", qui n'est pas infecté lui et qu'elle ne pourra plus jamais approcher d'aussi près si elle ne veut pas qu'il lui arrive quoi que se soit. Matthew dont elle ne pourra jamais être aussi intime avec que ce que son coeur lui hurle depuis à peu près le moment où elle l'a rencontré.

Est-ce qu'il savait tout ça ? Est-ce que c'est de ça dont il ne voulait pas lui parler pour ne pas l'influencer ? Est-ce donc pour cela qu'il a fait cette tête là après ce furtif baiser qu'elle lui a volé dans la forêt ? Oui ça ne peut qu'être cela, il le savait déjà et savait ce que cela impliquait c'est pour cela qu'il était si renfrogné après, elle venait de jouer avec sa vie sans même le savoir. Elle le sait maintenant, elle ne peut plus l'approcher, elle ne doit pas et ses larmes coulent encore plus, elle étouffe. Elle l'a embrassé et...oui elle l'a embrassé rapidement mais elle a revu Matthew depuis et il était en parfaite santé de ce qu'elle a pu voir. Mais si ce n'était pas le cas ? Bordel elle a besoin d'un remontant là, elle a besoin de sa calmer pour essayer de raisonner si tant est que cela soit possible.

Melody, dont le regard était posé sur le Vagabond tout en étant dans le vague, focus la bouteille qu'il tient dans les mains et sans y réfléchir, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde se concentre et tend la main. Déclencher son pouvoir pour venir arracher des mains du Vagabond la bouteille d'alcool qu'il tient et la faire voler dans sa propre main. Elle n'a plus qu'une envie, avaler au moins une partie de la bouteille, un remontant ou un moyen d'essayer d'oublier les choses quand bien même cela la fera sans nul doute tousser devant la force de l'alcool.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Dim 25 Sep - 13:55
Est-ce que la peau d’un individu peut devenir transparente ? C’était la bien étrange question qui me traversa l’esprit alors que je me savais blêmir de plus en plus, probablement au point d’en avoir l’air cadavérique. Le récit des expériences conté par le Vagabond avait de quoi légitimer cette question purement stupide. Je n’en revenais pas, des détails, des conditions, les chiffres avancés qui s’avéraient parfaitement parlant. Et c’était sûrement là le point le plus ignoble dans tout cela. Des données statistiques qui représentaient des hommes derrière. Et pas uniquement des hommes ; mais des dégénérés, des individus qui se voulaient nos semblables.

C’est alors que le Vagabond parla de la nécrose, ce qu’elle était et ce qu’elle représentait. Instinctivement, je ramenais ma main droite sur ma blessure, véritable stigmate qui pouvait visuellement trahir ma nature aux yeux de n’importe qui. Celle de dégénérée plutôt que de miraculée… Mais ce furent les explications de l’origine de cette dénomination qui me glacèrent le sang. Il ne m’avait pas échappé que mon don était devenu plus puissant, plus familier aussi ; mais je m’étais aussi rendu compte qu’effectivement, mes capacités de mémorisation et de réflexion n’étaient plus aussi aiguisées qu’auparavant, que ça m’avait pris plus de temps, que j’avais eu plus de mal à me concentrer lorsque je travaillais sur les différents schémas qui ornementaient le mur du petit bâtiment. Moi qui avais mis ça sur le dos de l’épuisement, de la fatigue nerveuse et du manque de repos, j’apprenais là qu’il n’en était rien, qu’il semblait s’agir d’une contrepartie définitive. Ainsi donc il y avait un prix à payer. Un prix que j’estimais très lourd pour quelqu’un comme moi, qui avait toujours mis l’intelligence, la logique et la rationalité sur un piédestal ; dressé mes facultés cognitives comme un rempart palliant à mon physique chétif.

Plus surprenant encore, me laissant d’autant plus sans voix que précédemment bien que ce soit difficilement possible… On pouvait encore revenir. L’ancien pasteur l’affirmait sans détour, qu’il existait plusieurs chances, plusieurs stades de dégénérescence ; que mon don, que j’estimais déjà suffisamment efficace pour me protéger, protéger mes proches et faire pencher une balance désavantageuse en ma faveur pouvait devenir bien plus puissant encore. Combien de fois plus puissant, et surtout, une question qui semblait ne pas avoir de réponse : combien de fois pouvait-on revenir ? Le Libérateur avait laissé sous-entendre qu’il y avait une limite… Jusqu’à ce que la Mort elle-même perde patience. Mais les individus semblaient dissemblables les uns face aux autres. Certains ne revenaient jamais, d’autres seulement une fois ou deux… J’avais encore besoin de réponses, plus arrêtées que des statistiques ; mais je savais que ces réponses ne se trouveraient nulle part ailleurs que dans le sang et la souffrance de mes semblables.

Une quête abominable et avide, née de la curiosité malsaine et immorale de quelques scientifiques dénués de toute éthique, expérimentant leurs hypothèses sur les dégénérés. Je ne doutais pas qu’il en aurait été de même pour moi si j’avais eu la malchance de tomber entre leurs mains. J’en ressentais une gerbe toujours plus tenace à mesure que les détails nous étaient livrés ; et encore, le Vagabond avait choisi d’en taire une bonne partie. Mais mon imagination se chargeait bien aisément de finir le travail, et encore celui-ci devait-il être bâclé tant je ne pouvais concevoir l’horreur qui nous avait pendu au nez. Longuement, il nous dévoila un peu plus la nature abjecte de Soulstrange ; pour qui je ne pouvais malgré tout m’empêcher d’éprouver une fascination morbide, au point de me dégoûter de moi-même et de mes plus sombres pensées.

Cependant, j’avais le sentiment d’encore valoir bien mieux que lui, d’être encore capable de discerner la bonté de l’horreur et la folie. En mon for intérieur, je me rassurais comme je le pouvais en me convaincant que nous pouvions faire changer les choses. S’il le fallait, nos dons pouvaient faire le bien, être employés à protéger les autres, comme celui de James. Mon regard se porta d’ailleurs vers le médecin aux doigts miraculeux. Son don, son existence était la preuve même que nous étions capables de rester humains, empathiques et soucieux du bien-être d’autrui. Seules la folie, l’avidité et l’ambition de quelques-uns, dénués de remords et de moralité, pouvaient nous faire paraître pour des monstres aux yeux du monde. Nullement je ne blâmais les quelques dégénérés qui avaient pourtant massacrés des centaines d’hommes du Marchand et leurs tortionnaires de “scientifiques”. Je ne pouvais que les comprendre dans leur quête vengeresse et leur désir de liberté ; même si je n’avais rien vécu de leur situation.

Il n’en restait pas moins que je ressentais une satisfaction lourdement coupable et nauséeuse monter en moi, inexplicablement. Je ne parvenais même pas à la faire taire ou la raisonner. Je me trouvais aussi horrifiée que fascinée par ce que nous étions, devenions et ce que ça impliquait pour chacun de nous, et surtout pour les hommes. J’éprouvais une colère, une haine féroce lorsqu’il nous raconta le sort réservé à ces trois jeunes femmes dégénérées. J’aurais pu être l’une d’elles, tout comme Liz’ ou Melody - et jamais je n’aurais souhaité telles horreurs à la chasseresse quand bien même je la détestais viscéralement - c’était d’ailleurs ce qui nous pendait au nez d’après le Vagabond. Quoi qu’il en était, il semblait sous-entendre que nous étions devenus des espèces de porteurs sains de l’infection, capable de contaminer les hommes. C’était comme si la nature - ou quoi que ce soit qui soit à l’origine de notre dégénérescence - avait fini par décider que l’humain normal avait fait son temps, et qu’il était désormais temps pour lui de “nous” laisser la place.

Lentement mais sûrement, je semblais saisir de mieux en mieux les raisons de la présence du Vagabond ici, auprès de nous, à nous tenir un tel speech et nous accabler les tripes et l'esprit de toutes ces horreurs. Je ne manquais d’ailleurs pas de contempler Melody s’asseoir sur le sol de la remorque. Peut-être avait-elle eu les jambes coupées par la menace de cette épée de Damoclès ? Peut-être pas… Je n’en savais rien et ne distinguais pas les traits de son visage pour me faire une idée de ce qui pouvait bien lui passer par la tête à ce moment précis. Par ailleurs, je m’en moquais légèrement. Je ne comptais pas sourire d’être infectée, certainement pas, malgré la petite invective de l’homme sans nom à ce sujet. C’est pourquoi je me tournais de nouveau vers lui et m’approchais de quelques pas, pour finalement m’accroupir devant lui, à quelques dizaines de centimètres, les avant-bras posés sur mes cuisses. C’était bien la première fois que je pouvais nettement contempler les traits de son visage et plonger mes noisettes dans ses yeux.

“Ainsi… Si nous nous terrons de peur, nous serons tués ou capturés. Pareil si on résiste trop ouvertement ; et je ne vais même pas soulever l’idée d’une collaboration avec ces monstres. S’ils ne peuvent nous contrôler, ils nous détruiront purement et simplement.” Je marquais une légère pause, ponctuée d’un bref soupir avant de poursuivre d’un ton assez fataliste. “Ce n’est là qu’une question de temps ; et nous devrions sourire d’être infectés ? Nous n’avons ni le nombre ni les ressources pour nous en préserver, et pourtant vous êtes là. Nous sommes quoi à vos yeux ? De potentielles contre-mesures ? J’ai l’étrange impression que vous cherchez à nous convaincre de nous faire volontairement infecter à nouveau, pour voir qui ressortira gagnant de la grande loterie des dégénérés... parce qu’en réalité, c’est la seule chance - même pas une certitude -  que nous ayons de tenir tête au Marchand et à Soulstrange, n’est-ce pas ?”

Une hypothèse finale qui m’effrayait autant qu’elle me dégoûtait et qui se voulait paradoxalement plaisante. Une énorme et énième incertitude que je me devais de partager à voix haute avec le Vagabond, bien que de tout ce qui avait été dit, j’en étais parvenue à me convaincre de cette seule et unique solution à mesure que les autres portes de sorties s’étaient refermées.

Kyle Collins

Anonymous
Invité
Mer 28 Sep - 14:18
J’avais volontairement voulu me tenir à l’écart de tout ceci. Bien moins impliqué dans l’histoire que mes collègues, et sans doute parce que je m’étais tenu à un rôle de droiture jusqu’ici parfaitement respecté, continuant à faire office de sentinelle dans un conteneur où il faisait de plus en plus chaud. Je n’avais pourtant pas raté une miette du discours du type assis dans le fond comme le prophète d’un discours lourd de révélation.
Et des révélations, il y en avait à ne plus pouvoir penser. Il ne laissait pas le temps de se retourner sur une phrase, un mot, une prophétie sortie tout droit de son trou du cul que déjà il enchaînait sur une nouvelle. Le pasteur déchu, la fin du monde, les expériences innommables, on n’était pas en reste. La guerre avait toujours glané son lot de saleté, et pour en avoir déjà vécu, je savais, approximativement, de quoi je parlais. Cela ne faisait que me convaincre plus encore de la place que je désirais prendre dans cet univers, celui de soldat contre les armées de l’enfer qui avait rapporté sur terre les morts et la déchéance.

Il existait bien quelqu’un, quelque part, qui avait rassemblé une troupe de soldat pour lutter contre ces raclures. On ne pouvait me faire croire que seul le pire était sortie indemne de l’invasion virale. C’était tout bonnement impossible. Et pourtant…

Plus je l’entendais discourir, et plus je prenais conscience de la précarité de notre situation et des enjeux de notre résistance à la vie. Je refusais encore de croire qu’il ne s’agissait là que d’une simple résurrection, mais plus le fruit d’une résistance hors du commun à ce virus qui nous a affectés. Quant à savoir qui était à l’origine de cela et pourquoi, c’était une autre histoire.
J’avais tellement mal au crane de déborder de pensée que j’en perdais quelques lignes, ne reprenant l’écoute du discours que lorsque je parvenais à calmer mes pensées et prendre conscience qu’il ne s’était pas arrêté, loin de là.

Lorsque l’une des trois femmes força le passage pour s’extirper du conteneur, reprenant son souffle sans doute coupé après toutes ces vérités qu’on avait bien du mal à croire que tout était vrai, je ne pus, ni ne voulut d’ailleurs, l’en empêcher. Tout ce que je pouvais faire, c’était escorter sa débâcle en brandissant mon arme par-dessus son épaule, prêt à accueillir une visite impromptue qu’elle n’aurait pu gérer et qui aurait échappé à ma vigilance. Mais, et fort heureusement, rien ne vint hormis une bouffée d’air qui me fit plus de bien que je ne l’avais pensé. La lumière et l’air frai s’engouffra dans le conteneur comme une nuée sauvage inespérée, redonnant un peu d’entrain avant de faire face à de nouvelles révélations plus funeste encore que je m’y étais attendu.

Des tortures et les atrocités y avaient été bon train, et à cela je n’y trouvai aucune animosité, seulement le fruit de l’humanité depuis la nuit des temps. Après tout, c’était bien l’homme qui avait inventé la gégène en méthode de torture. Pouvait-on faire réellement plus sadique que l’être humain ? Pouvait-on encore en doute ? En être étonné ? Dégoûté, oui, cela je l’étais plus encore. Dégoûté de savoir que tout ceci a pu se produire sur le territoire américain, et qu’on ait laissé ses enflures bousiller nos femmes, nos enfants, dans ces soit-distantes recherches scientifiques. Choqué, et surtout hors de moi, c’était un fait. Mais pas étonné non. En termes de déception, l’homme dépassait les plus folles imaginations.

Pourtant, je trouvais intérêt également à ce qu’ils avaient appris de ces expériences, et même si ma réaction de prime abord, ou ma pensée, ne fut pas dirigé sur le fait qu’il était plutôt heureux que tant de réponse nous soient ainsi donnés avant que l’irréparable ne soit commis, le mot infection résonna dans ma tête comme une sentence à tous mes pêchés.

Ce matin même, je tenais une promesse que je ne pourrais jamais respecter. Si au début, je ne croyais pas un traitre mot de ce qu’il pouvait baver, je ne pouvais pas ignorer cette information non plus, car cela découlait d’un certain sens que j’avais bien évidemment refusé de voir. J’étais officiellement contaminé. Comme ces raclures à qui je faisais la peau depuis de très nombreux jours maintenant, je n’étais qu’un monstre de foire comme les autres, avec seulement plus d’esprit et de conscience.

Je sentais une immonde colère monter en moins, et j’avais bien envie de vider le sac qui me pesait sur les épaules, au moins pour la partie dénie, de gronder l’injustice auquel ça me faisait personnellement face. Mais non, je ne pouvais pas me résoudre à cela. Je préférais garder ça au fond de moi, avec le risque que ça pète, à un moment donné, sur la mauvaise personne peut-être, mais je préférais éviter de faire une scène pour du vent.
La survie prenait un tournant bien différent maintenant qu’il n’y avait plus rien à en espérer de positif.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Sam 1 Oct - 0:25
Il y avait des moments, dans la vie d'un homme, où sa conscience aussi exacerbée qu'elle puisse être, finie par dire stop. Un moment où la frontière de ce qui peut être accepté est franchie et dans ces moments-là, ce trop-plein de faits et de choses à voir, à accepter et à supporter, pousse l'esprit au point de rupture. Quand ce moment arrive, l'esprit s'anesthésie lui-même, s'injecte idéologiquement ce qu'il faut pour se résigner complètement et cesser de s'en faire. C'était un état profondément lié à un désespoir trop envahissant.

James avait franchi cette étape, si bien qu'il tomba dans une forme de déni où il se détachait des choses et de la réalité, ne parvenait plus à être choqué de ce qui l'assommait quelques instants avant. Parce que c'était bien trop à supporter. Elizabeth était effondrée, ils venaient de passer des mois de galère et de coups durs, de pertes et d'horreurs proches de l'inacceptable, sans que l'ancien chirurgien n'ai songé à nouveau à se tirer une balle pour en finir, parce qu'il n'était pas seul et avait encore un fond d'espoir. Ce fond, le Vagabond l'avait transformé en gouffre vidé de toute lumière, en leur annonçant qu'ils affrontaient une armée organisée, sans pitié et sans limites, qui avait prit possession de la région dans laquelle ils étaient perdus.

Maintenant il leur annonçait qu'ils avaient échappé au vraiment pire, à la terreur la plus indicible, aux tortures les plus atroces que l'on puisse infliger à un être doué de conscience, bien au-delà de ce que le barbu pouvait concevoir de près ou de loin, bien au-delà de ce qu'il pouvait imaginer. Des résurrections à des dates presque paramétrées, dans des conditions précises qu'ils semblaient tous partager sans distinction, ce pouvoir, cette perte de repères et de connaissances, mais aussi le fait de ne pouvoir assurer sa propre mort aussi facilement, être forcé de revenir et de subir à nouveau, pour achever toutes ces choses qu'il leur apprenait sur eux-même et que James n'avait pas la volonté de se lister à soi-même une seconde fois dans l'immédiat, par la pire révélation qui aurait pu leur être faite : ils étaient infectés.

Il avait peine à y croire, mais si c'était le cas alors cet homme venait de leur lancer au visage ni plus ni moins qu'ils étaient des monstres évolués, capables de se fondre dans la masse et d'achever le travail de cette infection, à savoir terrasser l'humanité, de la manière la plus sournoise et perverse qui soit : tuer sous un visage sain. Si tout était vrai et James avait du mal à se convaincre du contraire, tant ce que disait ce salopard était cohérent et crédible à souhait, ils étaient devenus un fléau en puissance qui n'attendait que de remplir une fonction des plus morbides et destructrices. Il y avait d'autres choses de dites, mais il bloquait sur ça : ils étaient comme les morts-vivants au-dehors, en moins terrifiants, en moins à craindre, en moins facile à voir venir. Tout ce qu'il avait pu croire avait été du flan : ce n'était pas une résurrection divine pour une seconde chance, c'était une malédiction enrobée de miracles infligée par l'enfer pour mieux tout anéantir.

Au plus profond de sa raison, il repensa à ce moment où il s'était trouvé derrière le motel en ruines, le canon dans la bouche avec la volonté de se renvoyer à la mort et il eut le sentiment, que l'échec n'avait pas été pour la mort de le voir se substituer, mais pour lui d'y avoir échappé par manque de cran. Ces bandits étaient des fumiers de la pire espèce, mais aussi pénible et inavouable, terrible que ça puisse être, il se surprit à penser que leurs expériences pour découvrir de quoi il en retournait et leurs efforts pour les éliminer, avait été la bonne chose à faire en réalité. S'ils avaient pu se contenter de les éliminer sans perversité, sans vouloir s'en servir, ça aurait été moins cruel et plus juste. S'il fallait attendre des hommes d'agir avec raison, ils n'en seraient sans doute pas là tous autant qu'ils sont à l'heure - ou plutôt l'ère -actuelle.

« Si nous sommes vraiment infectés, ça n'explique pas que certains d'entre nous aient pu avoir des relations sans provoquer d'infection, entre dégénérés. »

C'était d'un ton froid et presque machinal qu'il avait pris la parole, toute nuance dans sa façon de parler balayée par la rupture qu'il avait ressenti et la dureté avec laquelle il reconsidérait brutalement leur existence. Une réflexion non-moins issue d'une soudaine idée qui avait germé aussi vite que le reste dans son esprit : lui et Elizabeth avaient eu des relations sexuelles - mot qu'il ne nommait pas à l'oral, comme Melody et Seth en avaient eu, peut-être Ivy et Samuel aussi. Pourtant, ils n'avaient pas été les cibles d'une infection ou d'une autre réaction.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Dim 2 Oct - 0:05
Avalant une nouvelle gorgée de son breuvage, l'homme à la capuche souffla longuement sans apporter autre expression qu'un regard fermé et fataliste. Il prétendait être d'une grande intelligence, aussi ne pouvait-il qu'imaginer la portée de ce qu'il venait de leur avouer et chose très étrange venant de lui : il ne montrait depuis le début de ses révélations, aucun souhait de s'en servir pour les titiller, les écraser psychologiquement d'une quelconque façon, ou même juste s'en moquer. Il était, d'un inhabituel sérieux.

C'est pourquoi il posa la bouteille contre son genou, ses jambes toujours allongées devant lui et déposait la tête contre la paroi du conteneur, dans l'attente. Son regard alla scruter Melody en coin qui se mettait à pleurer en silence, assise à son tour contre ce métal froid qui ne leur faisait aucun cadeau, dans un moment de si lourde réalité à accepter. La vue de son geste, appelant la bouteille d'alcool qui échappa soudainement de la main du Vagabond pour courir dans les airs jusqu'à la chasseresse, renversant un peu de son liquide au passage, ne tira qu'un léger sursaut principalement issu du bras de l'homme. Il posa le regard sur sa main puis sur la chasseresse et étira une légère grimace en frottant ses dents les unes contre les autres.

Il n'était pas ravi qu'elle lui subtilise cet alcool qu'il commençait tout juste à apprécier et on peut dire qu'il aurait eu de quoi, dans le caractère qu'on lui connaissait, rappeler que ceci lui appartenait conformément à leur arrangement. Il ne fit pourtant rien de tout ça et détournait même le regard pour poser ses yeux de serpent assagi sur la silhouette d'Ivy. Il la regardait avancer et venir s'accroupir près, très près de lui. Elle pouvait voir à quel point ses traits étaient marqués quand on le regardait de si près, des traits qui trahissaient le vécu et la difficulté qui avait pu y être liée. Les yeux dans les yeux, tous deux se fixaient ainsi, le Vagabond transparaissait d'autant plus de froideur et de rudesse de près, étant donné qu'à la différence de ses précédentes interventions là encore, sa malice naturelle était mise de coté.

Pourtant, dans sa façon de regarder Ivy, il y avait quelque chose de spécial, particulier, intéressé. Elle ne pouvait mettre le doigt sur un terme adapté ou en percevoir la nature exacte, mais c'était flagrant. Il souffla du nez d'un très léger élan d'amusement à l'écouter parler, élan qui s'évanouit bien vite, ne détournant son attention qu'un instant quand James lança ses mots encore plus inhabituellement tranchés pour ce dernier. En réponse, le sans-nom prit une inspiration en donnant une petite moue et en baissant les yeux vers ses mains qu'il venait croiser sur ses genoux, les lèvres plissées, avant de répondre.

« Mon "Souriez, vous êtes infectés", était ironique, au cas où ça vous aurait échappé et je vais vous décevoir, mais je n'ai aucun plan précis ou machiavélique, à sortir de sous ma capuche. Je ne sais pas quelles sont vraiment vos chances, mais elles existent peut-être. Vous êtes infectés, c'est une réalité, je n'ai aucune raison de vous mentir. Vous n'êtes pas aussi ravagés que les morts-vivants si ça vous rassure un peu, c'est plus mesuré dans votre cas. Imaginez que le virus est comme une substance toxique ou... non mieux, voyez ça comme le sida.

Les morts-vivants sont complètement saturés, ils transpirent le virus par tous les pores, ce qui fait qu'une simple griffure ou une morsure et c'est foutu. Pour vous, c'est moins virulent : vous pourriez toucher, griffer, mordre ou embrasser que vous n'infecteriez pas, le virus est en quantité trop faible dans la salive, la sueur, les larmes ou l'urine pour faire mouche. Ce n'est pas assez concentré et ça s'évapore avant de faire des dégâts. Par contre, une transfusion de sang, le partage d'une seringue pour s'injecter une saloperie entre amis ou un rapport sexuel avec échange de sécrétions et c'est la fin du voyage pour votre partenaire. »


Il haussa brièvement les sourcils et fit un mouvement de tête de coté en clarifiant sa voix.

« En fait c'est exactement comme le sida : le sang à partir d'une petite quantité, les sécrétions vaginales, le sperme, le liquide séminal, le lait maternel... toutes ces choses si intimes dont vous n'aviez pas une très grande utilité hormis vous faire vivre et vous reproduire, peuvent tuer à présent. C'est triste, de se dire que l'homme a vaincu le sida après tant d'années d'efforts il y a des années de ça et aujourd'hui, il se paie un virus cent fois pire qui éradique notre espèce vitesse grand V et pour être sûr de ne rater personne, transforme nos semblables en démons et les rares individus qui reviennent miraculeusement à la vie se découvrent être des monstres cachés. A croire que cette peste est si surboostée que l'on ne peut vraiment rien y faire, nous sommes confrontés au plus radical des génocides de l'histoire, de quoi faire de la peste noire un mauvais rhume de passage.

Je résume : résurrection hasardeuse, condition physique dégénérée, pouvoir psychique, perte des capacités, faculté de régénération légèrement améliorée, aptitude à revenir à la vie après mort par infection en étant encore plus corrompu et comptant l'apparition de nécroses - ça ce n'est que le stade deux, paradoxalement porteur sain de l'infection et avant que j'oublie ce détail : vous êtes stériles. Oubliez toute possibilité de faire des bambins dégénérés, ovules et spermatozoïdes sont mal-formés et bousillés à souhait. Je n'avais jamais eu vent de cas de dégénérés qui copulent, de ce que je comprends vous ne vous êtes pas mutuellement infecté, peut-être une histoire de dosage qui sait, en tout cas les rôdeurs eux feront un sans faute s'ils vous attrapent.

Conclusion : vous pouvez toujours vous envoyer en l'air entre dégénérés ou vous faire des soirées de drogués, ça semble passer. Si en revanche vous voulez aller voir du coté des sains, vous vous contenterez des petits bisous et des préliminaires. Sinon j'imagine qu'avec de bons préservatifs - en espérant que ça ne craque pas, vous pourrez librement tenter le diable. Ce serait néanmoins dommage qu'à cause d'un morceau de plastique trop fragile, l'un des deux finisse la soirée en vomissant ses tripes jusqu'à ce que mort s'en suive.

Je ne sais pas comment vous parviendrez à affronter cette réalité, sans compter tous ces barges qui veulent votre peau, en bref, cette avalanche qui vous tombe sur la figure, alors j'essaie de vous donner ce qu'il faut pour vous préparer au mieux et je vous dis la vérité, pour que vous agissiez en connaissance de cause quoi que vous fassiez. Je vais vous dire, ce monde n'a plus d'avenir, il est fichu c'est quasi-certain et je ne suis pas vraiment homme à espérer. L'Organisation du Marchand affronte tous les jours un tas d'autres communautés et de toutes les guerres déjà menées elle est toujours ressortie invaincue.

La plupart de ces communautés ne sont intéressées que par la survie la plus élémentaire, sans rien attendre d'un quelconque avenir, ou ne font pas vraiment d'effort pour reconstruire quelque chose de viable, c'est trop dur de vouloir sauver les restes quand on prend un paquet de coups de toutes parts, alors ils préfèrent tourner le dos à l'espoir ou l'écraser sous leurs bottes à la première occasion pour ne plus devoir y faire face. Ils n'ont plus de sentier à suivre, donc ils se contentent de courir au hasard à travers forêt en espérant ne pas être happés par un piège à loup ou dévorés par un prédateur et quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, même si on leur met sous le nez une possibilité d'accomplir quelque chose de vrai avec tout le courage que cela peut demander, soit ils se remettent à courir, pris de peur, soit ils saisissent cette occasion pour devenir un prédateur à leur tour en envoyant balader le reste, parce que c'est plus simple et ça ne demande pas de courage.

Torturez un homme avec un couteau jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, proposez-lui de prendre le couteau pour ne plus souffrir et il s'empressera de torturer à son tour, juste pour que la douleur s'arrête. Il prendra même du plaisir tôt ou tard, ne serait-ce que de savoir qu'il est du bon coté de la souffrance. Bien trop rares sont ceux qui prendraient le risque de se jeter sur le bourreau pour mettre fin au cycle, de peur de retourner sur la table de torture en cas d'échec. L'homme ancien n'était déjà pas très glorieux, mais l'homme moderne a été davantage encore habitué à vivre dans une société auto-suffisante où tout doit être apporté sur un plateau, alors à la moindre difficulté, c'est le drame. Nous sommes plus faibles que jamais et pourtant je continue de chercher ces rares personnes prêtes à faire face au bourreau. C'est bien mon seul semblant d'espoir. »


Il releva les yeux vers Ivy et ce qu'elle pouvait y voir, avait de quoi être choquant car ça la frappait presque trop naturellement, davantage que ses expressions précédentes. Dans son regard si calculateur jusqu'ici, il y avait une impression jamais perçue de lui auparavant : la crainte.

« Je vous ai dit que j'ai déjà tenté, en vain, de trouver les bonnes personnes. Il y a eu beaucoup de morts parmi les dégénérés, mais vous n'êtes pas pour autant les derniers, il y a bien quelques autres communautés qui se sont formées ou tentent péniblement de le faire, pas très grandes, si ce n'est deux ou trois. Mais il y en a une, qui sort du lot. Un groupe qui a eu moins de chances que vous de tomber sur Snyder malgré tout et tout le monde, ou d'avoir des hommes comme le combatif Matthew, le pieux Nelson ou un Clark moins stupide que la moyenne et bien équipé pour dénicher les autres survivants grâce à la technologie - quelles que soient les raisons qui les ont poussé à vous aider. Le chasseur est loin d'être propre dans tout ça mais force est de reconnaître que sans son caractère borné, vous seriez un tas d'os rongés et éparpillés dans la ville. Il suffit d'un homme et quelques décisions pour changer complètement la donne.

Ce groupe dont je vous parlais s'est formé à Fort Worth, dans le comté de Tarrant, vous connaissez sans doute, en plein milieu de Dallas, cinquième plus grande ville du Texas, seizième plus grande ville du pays. En clair, l'un des pires endroits où revenir, complètement infesté de morts-vivants par centaines de milliers, dévasté par les combats. Ici à Snyder, en dépit de tout ce qui s'y trouve, en comparaison c'est presque paisible, calme, on peut encore y faire des plantations, se promener en plein jour et trouver une petite maison comme la vôtre où se planquer en ayant même la possibilité de profiter du silence. Fort Worth, c'est... la désolation, la véritable apocalypse et elle en présente un décor incroyablement convaincant. Les buildings sont noirs, des étages morcelés par les explosions, des restes humains pourris un peu partout, on ne peut pas faire trois pas sans tomber sur des centaines de monstres qui vous courent après et on a beau fuir, à chaque coin de rue, ce sont des centaines de plus qui vous pourchassent.

Tout est saturé, de morceaux de granit plus grands que ce camion fracassés sur les routes, de voitures accidentées par milliers. Fuir par les égouts, c'est se jeter dans la fosse aux lions, s'enfermer dans un bâtiment, c'est se piéger soi-même sans possibilité de sortie, signer son arrêt de mort. Je pourrais vous faire une longue description pour vous donner une idée de ce que ça peut être de jour, en sachant que c'est pire que tout la nuit. Il y a quelques temps encore, j'y étais, tandis qu'ici vous commenciez tout juste à trouver vos repères, pour donner à ces dégénérés éparpillés dans la ville ce que je vous donne ici. J'ai espéré - je l'admets - qu'ils soient ceux que je cherchais, j'ai échoué sur toute la ligne et je ne dois certainement pas à Dieu d'être encore en vie.

La nuit, je les vois, dans mes cauchemars. Je repense à ces gens, à ce qu'ils ont vécu, à ce que j'ai vécu avec eux, aux hordes sans fin qui hurlaient à l'unisson, si fort qu'on les entendait dans le quartier voisin à en faire trembler les murs de nos fragiles planques. Pour rien au monde je ne souhaite y retourner et aussi salopard que je peux paraître, je ne souhaite à aucun de vous d'y ressusciter. Aujourd'hui, ce groupe s'est complètement abandonné aux limbes de la dégénérescence, mieux formé à la souffrance que vous ne pouvez l'être et ce que je peux vous dire de concret sur lui, c'est qu'il s'agit de la menace la plus conséquente à laquelle est confrontée l'Organisation, à tel point que la ville est embrasée par la guerre et que les tas de moyens que le Marchand et ses sbires ont beau mettre ne suffisent pas à les mater, il se pourrait même qu'ils perdent cette guerre. Quant aux dizaines de petits groupes qui se retrouvent pris dans la zone, ils vivent l'enfer sur terre.

J'aurais pu me dire que cette spectaculaire résistance est une aubaine vous allez me rétorquer. Après tout, n'est-ce pas ce que je recherche ? Une bande de dégénérés enragés qui font mordre la poussières aux forces de l'Organisation ? J'aurais pu, si j'étais devenu complètement dingue, mais ce n'est pas encore le cas. Non, ce n'est pas ce que je recherche. Je veux la peau du Marchand et je veux que son organisation finisse en lambeaux, je veux qu'elle brûle jusqu'à en faire disparaître la poussière, que son existence prenne fin, purement et simplement sans rien laisser en souvenir. Je ne veux ni remplacer moi-même le Marchand, ni permettre qu'un autre le remplace. Et ce que vous avez besoin de savoir, c'est que je ne peux pas compter sur Fort Worth pour ça. On en revient au même point, il ne me reste que vous. »


Le Vagabond acheva son long discours en passant le regard sur chacun des trois derniers survivants lui faisant face, sa détermination absolue venue remplacer toute autre perception en provenance de sa part. Il était visiblement certain de ce qu'il projetait de faire et ne semblait pas envisager de s'en détourner un temps soit peu.

« Vous vouliez des réponses ? Voilà tout ce que j'avais à vous dire aujourd'hui. Quant à savoir comment je peux connaître vos noms et ceux de vos proches, ce qu'il en est exactement du virus ou les forces en présence de Soulstrange et son campement dans Snyder, je sais des choses sur ces sujets mais nous remettrons ça à une occasion plus propice, vous avez bien assez à ingurgiter en une fois et beaucoup à réfléchir, et je vous avoue que je préfère en garder sous le coude, des fois que vous ayez dans l'idée de vous débarrasser de moi une fois toutes les informations obtenues.

Pour l'instant, vous devez vous concentrer sur votre groupe et sur le fait de vous préparer, un jour ou l'autre, une horde ou la bande au pyromane va vous tomber dessus, je présage que vous n'ayez pas autant de chances que les fois précédentes, si vous ne vous êtes pas déjà chargés de vous zigouiller vous-même, alors soyez de bons petits dégénérés et ne fichez pas notre dernière chance de survie en l'air. »

Melody Campbell

Anonymous
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Dim 2 Oct - 13:53
La bouteille d'alcool s'envole de la main du Vagabond pour arriver dans la sienne, la brune fixant l'homme et attendant sa réaction, se surprenant à avoir envie qu'il réagisse comme il l'a toujours fait jusque là, elle aurait une cible toute désignée pour que le déchirement qu'elle ressent au fond de son coeur se mue en colère et se déverse sur lui. Quand bien même il ne faut soit disant jamais tirer sur le messager parce que finalement c'est ça qu'est le Vagabond à cet instant un messager, il ne fait que leur rapporter les faits, les leur transmettre. Ce n'est pas lui qui est au démarrage de tout ça, ce virus, cette folie chez les hommes, leur condition de dégénérés, il n'y est pour rien oui mais c'est lui qu'elle a devant elle et personne d'autres. Mais non le Vagabond se contente de la regarder quelques secondes en silence avant de détourner les yeux, une réaction qui est presque pire que s'il l'avait invectivée pour ce vol d'alcool.

Bouteille qu'elle lève, portant le goulot à sa bouche avant d'en avaler une gorgée qui la fait tousser comme il fallait s'y attendre avant qu'elle n'en avale une autre et encore une autre tout en toussant. Au moins cela à le mérite de faire dévier ses pensées quelques secondes avant qu'elle ne repense à ce furtif baiser entre elle et Matthew, elle l'a revu il allait bien et si jamais en fait il avait été comme elle, si Matthew avait succombé pour revenir ensuite ? Non ce n'est pas possible, elle l'a revu certes mais ça ne faisait pas assez longtemps que...Et puis c'est lui qui avait soutenu le Vagabond ce jour là avec Samuel et ses conneries, se basant sur son propre vécu, il n'aurait pas pu revenir si vite. Ou alors Matthew n'a jamais voulu le lui dire mais depuis qu'il a été emmener par les hommes de Soulstrange et séquestré peut-être que ce taré a fait des expériences sur Matthew, peut-être qu'il a survécu à une morsure lui aussi pendant qu'il était là bas.

Ou peut-être tout simplement que le Vagabond ment sur toute la ligne ! Espoir aussitôt brisé dans l'oeuf alors que le Vagabond a reprit la parole, leur expliquant qu'un toucher, un baiser simple ne suffit pas à contaminer la personne saine, que l'infection n'est pas assez concentrée pour faire du mal. Ses larmes roulent toujours sur ses joues et elle lève une nouvelle fois la bouteille pour boire dedans, à moitié anesthésiée par cet alcool, elle se contente de rester là à moitié absente elle qui n'a de toute manière jamais vraiment tenu l'alcool. La brune se contente d'écouter les paroles du Vagabond tout comme les réactions d'Ivy et James avant cela, un sourire forcé sur son visage quand il leur balance qu'ils sont stériles, elle lui coupe la parole sur ce passage pour balancer un très ironique.

- Cool, ça me change pas d'avant...

Condamnée à ne plus jamais pouvoir toucher Matthew enfin pas comme elle le voulait il y a encore dix minutes, c'est la seule chose qu'elle retient tout ça, la seule chose qui arrive à marquer son âme autant que son corps. Bien que oui elle entende qu'il parle d'autres personnes comme eux, quelque part ailleurs à Fort Worth et de la guerre qui s'y déroule, oui son esprit enregistre malgré tout cela même si elle est incapable d'y réagir, bouffée par une seule pensée qui tourne en boucle dans sa tête. Avant que le Vagabond ne termine ses explication en leur disant que c'est tout pour le moment niveau informations, laissant clairement entendre que donc il en a d'autres pour eux mais pas maintenant. Mais qu'est-ce qu'il croit ? Qu'ils sont ceux qu'il attend, qu'ils sont le messie et autre connerie du genre mais que pour le moment faut surtout pas trop leur en dire. Sa bouche s'entrouvre pour lui poser des questions.

- C'est cela...Est-ce que...

Sa voix se brise, incapable de prononcer ses phrases en entier malgré qu'elle ait envie de les hurler en regardant vers le Vagabond. "C'est cela dont Matthew ne voulait pas me parler pour ne pas m'influencer ?", "Est-ce que Matthew le sait pour l'infection en nous ?", oui elle n'arrive pas à prononcer ces deux qestions là, en dehors du fait qu'elle ne doit pas parler de son chasseur devant les autres, elle en est incapable.

Ivy Lockhart

Anonymous
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Jeu 6 Oct - 16:01
Longuement, je dévisageais le Vagabond comme je n’avais jamais eu l’occasion de le faire jusqu’à présent. Un visage dur, qui contrastait furieusement avec l’habituelle malice à laquelle il s’était jusqu’à lors prêté sans jamais réellement sourciller. Je gardais le silence tout du long des nouvelles réponses qu’il nous livrait, n’acquiesçant que de muets et imperceptibles hochements de tête en laissant à nouveau ses mots me percuter l’esprit de plein fouet. Notre avenir n’était foutrement pas rose, et c’était là un sacré euphémisme. De ce que j’en comprenais, il n’y avait même pas d’avenir à proprement parlé pour moi, pour nous autres dégénérés… Nous étions monstrueux, infectés et infectieux, stériles, plus proches du mort-vivant que de l’homme, avec pour seule différence d’être encore les proies de nos sentiments, nos émotions, de la douleur et de la conscience de la folie que nous vivions, que nous transmettions aussi.

Je ne pouvais m’empêcher d’avoir une pensée craintive à l’égard de Mark ou de Jena, me demandant bien comment ces deux-là réagiraient à apprendre ce que nous étions vraiment, qu’en se tenant face à nous, à partager notre quotidien, ils partageaient le risque d’être infectés à leur tour ; et pire, affronteraient autant que nous la dure réalité de savoir que nous ne pouvions être source d’aucun espoir. Même moi dus-je réviser le jugement que j’avais de moi-même, de ma nouvelle condition de dégénérée et du rôle que cela pouvait désormais représenter. Paradoxalement, plus j’obtenais de réponses, et plus mes repères se voulaient défoncés, perdus, indéfinissables.

Tout cela était complètement vertigineux, délirant, et accroupie sur mes appuis, je dus plaquer la main gauche sur le sol pour m’assurer de conserver mon équilibre sur mes jambes de plus en plus flageolantes. Mais tout cela aurait pu n’être rien face au regard lourd de conséquence que je venais de croiser avec l’ancien pasteur. Jamais je n’aurais pu penser y lire un jour ou l’autre de la crainte. C’était autant surprenant que cela dénotait drastiquement de l’image que je m’étais faite du Vagabond jusqu’à présent. Et en cela, je devais bien admettre qu’il y avait chez lui quelque chose de troublant, qui aurait pu être touchant et attendrissant s’il ne nous avait pas confié précédemment avoir été un “crapaud dans la mare” à son tour. Que pouvait-il bien y avoir de si dangereux ou effrayant pour atteindre un homme tel que lui ?

Mais il enchaînait, parlant d’autres dégénérés, luttant et tenant tête au Marchand. Des individus qui nous avaient peut-être précédé dans notre résurrection, établis au cœur même de ce qui nous était présenté comme l’Enfer ; le véritable Enfer que je n’aurais même pas pu imaginer dans mes plus sombres présomptions. J’avais dit que c’était vertigineux ? Je me plantais. Je n’avais même pas de mots suffisants pour définir la stupeur et le dépassement qui me saisissaient, comme figée aux abords d’abysses insondables. Mais au beau milieu de toutes ces révélations, je parvenais malgré tout à saisir - enfin, enfin ! - quelles étaient les intentions du Vagabond, ses attentes, ses espoirs. Tout comme j’éprouvais soudainement une profonde empathie pour lui, les démons qui l’habitaient. Il m’avait fallu me tenir là, si proche, pour lire sur ses traits froids et durcis par la détermination approximativement la même douleur que je ressentais, vivais au quotidien. Du moins m’en persuadais-je à cet instant, bien que je relativisais mon propre cas de n’avoir en réalité que bien peu vu et vécu les vraies horreurs, épreuves et douleurs.

J’allais pas m’en plaindre, mais j’avais l’impression de n’être rien, trop épargnée, trop virginale encore de tout cela pour représenter une quelconque source d’espoir. Tout ce que je souhaitais, c’était avoir la paix, la tranquillité - l’ennui même - d’un quotidien routinier. Mais fallait pas se leurrer. Ce luxe, il fallait maintenant le mériter, l’obtenir non pas comme par le passé, par une lutte sociale, une éducation ou de simples réformes politiques. Non. Cela devait être arraché par la force, la violence, à des flots de rivières de sang dans lesquelles je devrais plonger les mains, jusqu’au coude ; voire y plonger totalement et risquer de m’y noyer.

C’était là un constat plus effrayant que tout. La peur du Marchand, de Soulstrange, des tortures et des souffrances à subir n’était relativement rien une fois rapportée à la trouille que je ressentais de devoir agir plus monstrueusement encore. Mais je pouvais d’ores et déjà en tirer quelques conclusions, et d’autant plus de résolution et de détermination. Lentement mais sûrement, je laissais mon esprit assimiler et recomposer l’ensemble des informations du Vagabond, le rôle que nous avions à jouer et ce que nous étions, ce que nous affrontions, ce que nous devions faire pour entrevoir l’infime espoir d’améliorer les choses. Et je me rendais d’autant plus compte de mon erreur que tout cela n’atténuait en rien la fascination que j’éprouvais à l’égard de Soulstrange. Oui, il était puissant. Oui, je pouvais l’être tout autant, le devenir et l’affronter ; mais je ne pouvais plus l’excuser de poursuivre un but qui m’avait pourtant semblé inscrit dans une logique presque naturelle. Les individus les plus adaptés étaient ceux qui survivaient et croissaient. C’était là les bien maigres choses que j’avais en tout et pour tout retenues de la théorie Darwinienne de l’évolution et de la sélection naturelle.

J’avais cru, durant quelques instants, que nous autres dégénérés serions ceux qui finiraient par prendre la place des homme sur Terre, monstres parmi les monstres et aptes, dans l’absolue finalité de notre existence, à reconstruire les choses. Mais il n’en était rien. Nous étions stériles, voués à disparaître quand bien même la Mort revêtait un manteau bien moins implacable et définitif. Nous n’étions pas l’avenir, juste une anomalie, une sortie de route de ce truc-là. Et pourtant, nous étions paradoxalement l’infinitésimal espoir d’un avenir plus qu’incertain pour l’humanité. Le Marchand rabaissait tout ce qu’il pouvait y avoir de beau et d’humain en l’homme pour ne laisser s’exprimer que ses plus vils penchants ; et les dégénérés de Fort Worth ne seraient rien de mieux que calife à la place du calife.

Lentement, j’avais porté mon regard vers l’arrière de la remorque, observant la raie de lumière diffuse qui filtrait par l’ouverture. Elizabeth se trouvait là-bas, juste au-dehors ; et c’était vers elle que je portais mes pensées en cet instant. C’étaient les personnes comme elle, comme James, qui sauraient convenablement assurer cette transition, m’empêchant par leurs mots, leurs présences, leur amitié, de suivre les traces de ces dégénérés de Fort Worth, ou de finir par ne pas valoir mieux que les types du Marchand. J’avais vu la crainte dans le regard du Vagabond, j’y avais lu tout ce que nous pouvions inspirer en tant que monstruosités de la nature ; et j’en comprenais donc que nous pourrions, par la crainte, réussir à garder ou à ramener les hommes en perdition sur la route de la civilisation ; reposer les jalons d’une société plus morale, plus fonctionnelle, plus solide face à l’horreur et aux difficultés de notre quotidien et de notre monde.

Pouvions-nous réellement devenir de tels dictateurs moraux sans nous perdre en chemin, ou nous résigner ? Je n’en savais rien... C’était un espoir qui relevait plus de l’utopie que de n’importe quoi d’autre. Tout ce que j’avais en cet instant, c’était une simple certitude :

“Je vous aiderai,” avais-je finalement affirmé sans détour au Vagabond, d’un ton assez franc après que celui-ci eut croisé son regard déterminé avec le mien d’une teneur similaire. Puis, je me redressai et m’éloignai de lui de quelques pas, le corps et l’esprit toujours légèrement vacillants d’avoir eu à encaisser toutes ces révélations.

“Ça ne veut pas dire que je vous fais confiance pour l’instant, mais j’ai envie de croire en vous, comme vous semblez croire en nous, alors je vous aiderai. A commencer par ce camion.”

Une clarification que j’estimais importante bien qu’en réalité, elle n’était absolument pas nécessaire. Mais je m’éloignais déjà de lui, ne jetant qu’un bref regard en direction de la chasseresse et la laissant gérer son apparente détresse comme elle le pouvait, sans même parvenir à ressentir la moindre satisfaction parfaitement puérile de la voir ainsi. Je n’en avais absolument pas fini avec le Vagabond, nombre de mes questions étaient demeurées sans réponse, mais l’ancien pasteur avait dit vouloir en garder sous le coude, et si j’en savais finalement encore bien peu sur l’homme, je savais cependant qu’il était d’ores et déjà inutile d’insister. Alors je me dirigeais simplement vers l’arrière de la remorque afin de sortir de cet obscur huis-clos et retourner aux réparations que j’avais entamées. Le temps avait sûrement déjà bien filé, et je ne comptais certainement pas bosser de nuit sur cet engin. Tout ce que j’avais à faire maintenant, c’était remettre de l’ordre dans les pistons du camion comme dans mon esprit… et la mécanique était loin d’être la tâche la plus complexe ici.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 7 Oct - 10:42
Il les avait voulu ces réponses, il avait décidé de faire le chemin jusqu'à ce fichu ex-camp qui leur avait valu tellement de problèmes et de mauvais souvenirs, cette journée était pourtant de loin la pire, pas parce qu'ils se faisaient tirer comme des lapins par une bande de malades ou qu'ils apprenaient que d'autres membres du camp étaient morts encore, ça c'était quelque chose déjà, mais par les mots de ce type qui pulvérisaient tout sur leur passage.

Ce qu'ils étaient tous, ce qu'ils avaient en eux et ce à quoi ça correspondait, avait été très clair dans son esprit, le résumé et les quelques ajouts que ce type qui sentait le chien humide apportait avaient eu la facilité de clarifier encore davantage ça : ils étaient contre-nature en tout point, leur stérilité post-mort puis résurrection était peut-être même une preuve meilleure encore que le reste qui avait déjà de quoi valoir que n'importe quel autre survivant sain puisse se mettre en tête de les éliminer. Si il y avait quelque chose à tirer de ça, c'est qu'ils n'avaient pas d'avenir, pas le moindre, voilà qui réglait beaucoup de questions existentielles.

James ne savait pas s'il allait courir à travers forêt ou devenir un prédateur, en fait il n'avait l'intention d'aucun des deux, il concédait plutôt à trouver une troisième option : se planquer en forêt en évitant de faire du mal aux autres créatures en dehors de celles qui étaient avides de sang, et aviser ensuite quant à savoir si il était mieux de mettre fin à ses jours ou non. Une bien morose métaphore. Ils étaient infectés, ils étaient dangereux, ils étaient incapables de contribuer à un avenir pour l'humanité, mourir ou se perdre dans un coin du monde pour finir sa vie et mourir quand même à l'écart de tous en prenant soin de ne laisser de soi-même que des cendres, il n'y avait pas beaucoup d'autres options raisonnables et censées.

Jusqu'où allait les mener ces vérités ? Est-ce qu'ils allaient finir par être pris en chasse par d'autres encore qui voudraient leur mort ? Il n'y avait pas assez des rôdeurs et des bandits en tout genre, plus misérables les uns que les autres, qu'ils devaient maintenant devenir un danger et donc un ennemi pour toute la création ? Le barbu glissa lentement ses mains derrière sa tête, non sans avoir ressenti une lourdeur inhabituelle dans ses bras : même les battements de son coeur lui pesaient. C'était trop à accepter, trop à admettre, pourquoi ne pouvaient-ils donc pas espérer une vie à peu près normale dans un éventuel lointain futur où tout ce chaos ne serait qu'un souvenir ?

Pourquoi le sort s'acharnait à ce point à démolir morceau par morceau leur humanité et leur vie en ne permettant aucune porte de sortie d'aucune façon ? C'était un jeu qui pariait sur le temps qu'ils tiendraient, désespérés et en souffrance avant de se tirer une balle dans la tête ou se mettre à canarder tout le monde autour d'eux ? Il ferma les yeux et resta ainsi de longs instants, une bonne minute même, cherchant à penser sans arriver à structurer quoi que ce soit qui puisse donner une conclusion dans son esprit et c'était sans compter qu'il fallait avaler le reste : d'autres communautés de dégénérés, menaces substantielles pour la paix par définition, et une particulièrement qui était bien partie pour monter son empire de la haine. En toute honnêteté, il ne cherchait même pas à s'attarder sur cette partie, leur sort comportait déjà bien trop de choses à assimiler et avaler sans s'étouffer, que s'il devait là tout de suite se faire un condensé de ce qui pouvait se passer à des centaines de kilomètres d'ici, il ne s'en sortirait plus du tout mentalement.

Au lieu de ça, il rouvrit les yeux qu'il posa sur Ivy, cette dernière se donnant un engagement individuel que le chirurgien prit très mal sur le coup : il était déjà plein à craquer et sentait que ça commençait à lui fiche les nerfs très franchement, frôlant l'excès d'irritation, pour ne pas l'entendre elle lâcher à ce type dont on ne savait pas encore pourquoi il se mettait dans une telle merde pour détruite cette organisation et s'il n'était pas un collabo un peu trop habile dont le boulot était de les faire tourner en bourrique, qu'elle serait prête à le suivre dans sa croisade sanglante et complètement surfaite.

« Nous ; verrons bien si on l'aide ou pas. » Insistait-il fermement à l'égard d'Ivy sur laquelle il avait un regard durci et excédé tandis qu'elle s'éloignait et il était bien décidé ce coup-ci à l'apostropher directement avant qu'elle ne prenne la tangente, tout en prenant par ricochet le Vagabond à parti et dans la foulée. « On a bien assez à gérer pour l'instant et si j'en crois monsieur le monde est foutu et il y a rien à espérer, c'est cette ordure de Soulstrange notre problème dans l'immédiat. Nous n'avons pour l'instant ni les moyens, ni le temps de s'engager dans un projet du genre Armageddon contre une armée de bandits qui n'attend que ça de faire couler le sang.

Alors on arrête tout de suite d'envisager des plans sur la comète et surtout de se lancer tête baissée individuellement. On a tous une place assise dans ce foutoir et j'en ai ma claque de vous entendre parler pour vous-même constamment comme si vous étiez seul au monde, restez à la vôtre de place, tous les deux, parce que je vous promets que si l'un de vous agit sur un coup de tête et ramène encore plus d'ennuis au groupe, je me ferais un plaisir de lui refaire le portrait. »


Le moins que l'on pouvait dire, c'est qu'il commençait à en avoir sérieusement ras le cul de tout ça, à tous les niveaux et sous toutes les formes. Si le désespoir l'avait envahi depuis un bon moment maintenant, la colère et l'exaspération prenaient naturellement le pas avec une bonne dose de révolte, de refus de se laisser marcher dessus par cette existence stupide et virulente aussi facilement. Un peu de combativité et de fierté, même si ça ne changeait rien, c'était peut-être tout ce qu'il restait de cette première et bien trop lointaine vie.

Il avait fini en jetant un regard noir au Vagabond et avait déjà relâché ses bras durant sa rétorque, tournant les talons à son tour. Il fit quelques pas, s'arrêta en marquant un temps, puis pivota légèrement en cherchant des yeux Melody qui s'était recroquevillée contre la paroi bouteille à la main.

« S'il te plait, ne dis rien aux autres pour l'instant. » Commençait-il, affirmant progressivement ses propos tout en se faisant réflexion à voix haute, lui-même en proie à un gros coup de déprime qu'il essayait de gérer comme il pouvait à chaud. « On a du boulot au camp, on doit s'organiser et repartir de zéro, si on lâche une bombe pareille en rentrant, ça va ruiner le moral et la volonté de tout le monde et ce coup-ci on pourra pas les ramasser, ni nous ramasser nous-même. On attend que ce qui est prévu soit fait, ensuite, chacun sera libre d'aborder ces problèmes. Il faut à tout prix rester une communauté. »

Il n'avait pas, volontairement, clairement évoqué la scission devant le Vagabond, autant ne pas permettre à cette vipère de trop glaner de choses à leur propos, il en savait déjà bien trop visiblement. Chercher à lui imposer une part d'ombre, c'était bien la seule défense qu'ils avaient contre sa simulation d'omniscience, ou quelque chose qui s'en rapprochait. Après cette demande à la chasseresse, il se rendit à la porte et encouragea Kyle à sortir, patientant que celui-ci soit à l'extérieur pour lui soumettre une requête à l'oreille : rester veiller sur Ivy le temps qu'elle termine son job et en finisse avec cet engagement dont il ne savait plus quoi penser, tandis qu'il ramenait Elizabeth et Melody si elle n'était pas revêche, au campement en prenant un peu d'avance, eux trois nécessitant sans doute de se poser au plus vite pour accuser ces chocs à répétition.

D'ailleurs, il irait certainement s'effondrer sur le lit à peine arrivé en évacuant dans le silence cette exaspération pour se dessécher complètement de toute réflexion. Et ce qu'il ne lui disait pas, c'est qu'il n'avait pas spécialement envie de faire le chemin de retour avec Ivy ce coup-ci, il lui faudrait un peu de temps, si ce n'est la semaine, pour réfléchir à tout ça et faire le point. En attendant, il préférait prendre un peu de distance, autant que nécessaire, d'avec son amie - si tant est qu'elle, le considère encore un minimum en retour.

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Ven 7 Oct - 15:20
Sitôt extraite du camion qu’Elizabeth inspira profondément, avalant à grand coup d’inspiration les goulées d’air qui lui manquait. Elle n’avait pas vraiment l’impression de se ré-oxygéner suffisamment toutefois, les mains tremblantes et les jambes chancelantes, et si son coeur lui avait crié de s’éloigner davantage pour ne pas accuser plus d’horrifiante vérité que déjà dévoilée, son esprit désirait comprendre, savoir, connaître. Quelle erreur n’avait-elle pas faite ?

Clouée au sol à la juste sortie du camion, le bas du dos se reposant contre l’arrête du conteneur métallique, s’en servit d’appuis et de réel soutient plus qu’un simple repos, tandis qu’elle reprenait son souffle à la faveur d’une brise légère, la suite vint l’achever littéralement.

Plus les mots avançaient, plus l’homme en confiait et plus le mal-être grandissait jusqu’à la rendre complètement nauséeuse. Si son ventre n’avait pas été vide depuis la veille au soir, n’ayant déjà rien pu avaler au matin même, sans doute qu’elle aurait rendu le contenu de son estomac en l’instant, son état de stress grimpant comme une flèche.
Elle s’était toujours considérée comme un monstre, une erreur de la nature qui n’aurait jamais dû fouler cette terre si les choses avaient été rangées dans une simple normalité.  Elle n’avait trouvé raison de vivre que par son refus de céder, une manière de lutter de son propre côté contre son géniteur décédé bien trop injustement, et pour étancher sa soif de justice, incarnant ce versant de son inhumanité dans chaque criminel qu’elle serait parvenu à stopper. L’apocalypse lui avait donné une nouvelle raison de vivre, une nouvelle raison de se battre, comme si tout ce qui avait été avant ne lui appartenait plus. Les codes du monde moderne c’était écroulé et des immondices d’une nature desséchée, une fleur fanée avait réussis à reprendre racine, à renouer un esprit, à rire au visage du destin qui l’avait condamné dès la naissance.

Mais c’était en réalité une bien cruelle illusion. Un rêve dans un cauchemar, blessant de sadisme, de lui avoir fait croire qu’elle pourrait être l’égale d’un autre. Elle n’était, ni plus, ni moins, qu’une erreur génétique. Celle qui n’aurait jamais dû naitre, celle qui n’aurait jamais dû renaitre. Si l’objectif de laisser un jour une descendance derrière elle avait été balayé de ses esprits depuis de très nombreuses années, elle avait estimé que ce choix lui avait appartenu, à elle et à personne d’autre, et que l’avenir, aussi capricieux qu’ils pouvaient se dessiner, pourrait l’aider à changer de perspective s’il était assez clément.
Elle n’y avait pas pensé davantage depuis qu’elle était éperdument tombé amoureuse de cet homme, les choses étant bien trop compliquées, bien trop fragile pour y prêter une quelconque attention. Mais elle estimait que ce seul droit lui avait été retiré contre son gré et cela suffisait à l’achever psychiquement.

Une bombe humaine, contagieuse, infertile. L’humanité ne voulait pas d’elle, la nature non plus.  

Des larmes finirent par couler, le long de ses joues, comme si sa propre mort avait été annoncée, et du reste, elle ne put y consacrer plus d’attention. Si se battre autrefois pouvait y accorder quelques raisons, quelles étaient les leur désormais ? Aucun avenir. Une mort assurée. Lutter sans espoir n’avait aucun sens. Ils étaient condamné à souffrir jusqu’à la fin de leurs jours, définitivement.

Les larmes continuèrent de couler le long du visage amaigri de la jeune femme, silencieusement. Prostrée, ses mains restaient fermement fixées sur son fusil, incapable du moindre mouvement. Pourquoi pleurait-elle ? N’était-elle pas moins à plaindre que ces innombrables sujets d’expériences ? Son destin était moins effrayant que celui qu’avait dû subir de nombreux autres, après tout. Ne devait-elle pas s’estimer heureuse ?
Heureuse du sursit qu’on lui avait généreusement offert et d’avoir au moins encore le choix de vie ou de mort sur elle-même. Ceux parqués comme du bétail n’avaient pas même eu cette chance. La réalité était encore plus dure à encaisser qu’elle n’avait réussi à faire jusqu’à présent. Ils étaient loin, très loin, du bout de leur peine.

Elle ne perdit rien des réponses qui suivirent, mais n’en prêta aucune forme d’attention ou de remarque. Pour sa part, elle préféra garder le silence de ses pensées, de son désespoir. Et même lorsque James fini par venir la cueillir pour s’échapper de ce lieu, elle ne pu retrouver le sourire, l’enfer ne faisant que la suivre. Si elle avait cru laver le sang de Mariana, il fallait se rendre à l’évidence que la damnation était encré dans son âme, gravé au fer rouge.

Le Vagabond

Anonymous
Invité
Dim 9 Oct - 23:33
Lançant à James un sourire fugace après ses menaces, il ne pipa mot néanmoins, laissant tour à tour les cinq protagonistes quitter le camion, certains pour rejoindre directement le camp, d'autres pour achever les réparations afin de confier le titanesque camion aux mains de celui qui n'avait pas de nom.

Il ne manquera pas de réclamer à Melody sa bouteille avant qu'elle ne sorte, après tout, c'était son paiement et elle en avait déjà bien trop profité. Le temps pour Ivy de terminer de remettre sur pied la bête, puis l'alimenter en essence et ce, sous la surveillance acérée de Kyle qui veillait à sa sécurité, le Vagabond était resté à sa place à lire son livre, c'était à s'en demander s'il sentait encore ses jambes depuis le temps qu'il avait les fesses sur ce sol froid et métallique sans les mouver.

Au terme, il prit volontiers les clés offertes par la jeune femme, l'observant longuement bien qu'il n'ajoutait rien en la présence de Kyle, il se réservait la possibilité de s'entretenir plus tard avec elle. Plus tard, pour le moment, il se contenta de patienter que le duo quitte définitivement les lieux.



Fin du Jeu.
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