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Forum JDR post apocalyptique basé sur la thématique des zombies, de la mutation et particulièrement de la survie, dans un monde partiellement futuriste.
 

[Le Perchoir] Récits Quotidiens
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Kyle Collins

Anonymous
Invité
Jeu 15 Déc - 15:04
~7 Avril, retour d’excursion~

C’est dans un état assez piteux que je serais rentré au campement en compagnie d’Everett. Si mes mains ne tremblaient plus, elles étaient néanmoins couvertes de sang et légèrement gonflées sous les entailles que j’estimais à vue d’œil profonde. Je n’avais pas pris de précaution réelle quand je m’étais acharné sur le visage de ce type, et même si je n’en regrettais absolument rien, je restais profondément cloitré dans mes pensées face à l’espèce d’évidente clarté qui m’avait assailli. Je repensais à Higgins et ce que je lui avais sans doute fait endurer, ne pouvant m’empêcher d’inclure Ivy dans l’historique de mes réflexions. Je devais des excuses, au moins à l’une d’entre elle, et plus j’y pensais plus cela se révélait comme une évidence.
Au retour, après avoir aidé à débarquer toutes les affaires qu’on avait récolté et quelques tours de passe-passe d’Everett pour me remettre en état, j’avais bifurqué vers la laverie pour essayer de remettre à propre mes affaires. Il n’était pas très tard, mais j’aurais ensuite filé dans le dortoir, balançant mes affaires sans plus grande précaution dans mon placard. Après un instant passé dans la salle de bain, à faire face à mon propre reflet dans le miroir et casser ce dernier d’un geste rageur, les débris flottant encore sur le rebord de porcelaine, ce même miroir qui m’avait renvoyé le souvenir de Kat quelques heures plus tôt, je me jetais sur mon lit pour trouver le sommeil. A minuit, je devais prendre ma garde au guet, et j’espérais pouvoir faire mon job correctement, en dépit des nombreux cauchemars auquel j’avais dû faire face.


~8 Avril~

A mon réveil et prise de garde, j’appris pour la mort de Koda et la fuite de Kaitlin. Pour le coup, je n’avais réellement rien vu venir malgré les rumeurs de tensions, mais ça nous apprendra sans doute à faire confiance à des étrangers. D'ailleurs, je voyais l’arrivée du nouveau d’un assez mauvais œil. Certes Everett avait pris la peine de s’assurer que tout irait bien, mais il suffisait de voir ce qu’il s’était passé avec les deux nanas pour savoir qu’on ne pouvait vraiment se fier aux premières impressions. Avec mon beau joujou très fraîchement acquis, dont je me décidais à commencer à l’apprivoiser sur le toit du Perchoir, ratissant les alentours pour espérer percevoir quelque chose ou quelqu’un

Après mon tour de garde et l’enterrement de Koda, je décidais d’aller à la poursuite de notre fuyarde pour la ramener au campement en suivant les traces que je croyais avoir aperçu. Si nos ennemis mettaient la main sur elle, je savais pertinemment qu’elle balancerait toutes les infos avant même d’avoir été invité à le faire. Je suppose qu’elle devait payer pour s’être attaqué ainsi à l’un des notre, mais ce n’était pas à moi d’en juger. Higgins m’accompagna pour cette traque organisée avec des idées bien plus arrêté en tête, un choix que je comprenais tout à fait pour commencer à cerner le caractère de ma belle blonde. On prétexta une partie de chasse, m’emparant de mon arc pour l’occasion, avant de partir. Ça serait également l’occasion pour moi de faire mon mea culpa auprès d'elle.
Les traces n’avaient pas été bien difficiles à suivre, elle avait passé la nuit dans un coin de la forêt, sans doute gelé, tétanisé et complètement perdu. On a pas bien traîné à lui mettre la main dessus et elle ne nous a pas vraiment laissé le choix quant à la suite des événements : j’ai dû l’abattre après plusieurs sommations. On a rapidement enterré son corps avec les moyens du bord pour ne pas laisser un corps trainer ainsi en pleine forêt à proximité du campement. Sur le chemin du retour, on aurait profité de l’occasion pour traquer quelques lièvres dont on avait repéré les terriers. J’aurais attendu notre retour pour parler à Higgins de ce que j’avais à l’esprit depuis quelques temps et mettre au claire certaine chose. Se muer dans le silence n’était pas une vraie solution.


~9 Avril~

La journée d’hier avait été assez éprouvante, mais j’avais quand même pu trouver assez de temps pour me reposer et prendre ma garde au matin comme il fallait. A mon retour, Everett et moi-même partions ensuite chercher du bois dans la forêt voisine équipé de nos haches presque attitrées. Je commençais réellement à apprécier ce type, ce qui me poussait sans doute à davantage parler qu’habituellement. Du passé, du présent, de l’avenir pourquoi pas. On échangeait nos idées et quelques franches rigolades pendant la pause sur le capot de la voiture, lui proposant au passage rencontre amicale sur le ring du gymnase, avant de se remettre au travail. Il avait su gagner ma confiance et ma loyauté, après ce qu’il avait fait pour nous, je lui devais bien ça.


~10 Avril~

A la suite de la redistribution du matériel, j’avais observé le FN qui atterrissait alors entre mes mains avec une certaine gêne. C’était le flingue qui avait appartenu jusqu’ici à Higgins et par précaution, je lui jetais un œil pour savoir si cette nouvelle propriété ne la dérangeait pas outre mesure. Dans un second temps, j’aurais confié à Everett que je prévoyais une petite sortie en ville dès le lendemain histoire de rapporter un maximum d’équipement, j’en aurais d’ailleurs profité pour demander au nouveau de m’accompagner. Ça aurait été un bon moyen pour moi de le voir sur le terrain et m’aurait laissé plus de temps pour le jauger.

Par la suite, j’aurais demandé à jeter un coup d’œil à cette fameuse Bren. Ça ne m’étonnait pas vraiment qu’elle soit ainsi encrassé, il fallait dire que l’engin n’était pas très neuf. Je l’aurais emmené avec moi le temps de ma garde du jour pour m’y intéressé de plus près, quitte à y passer un peu plus de temps qu’accoutumé pour bien prendre soin de le remonter comme il fallait. La Bren ne m’aurait pas longtemps résisté, le remettant en état de fonctionnement, plutôt fier du travail accomplit. J’aurais annoncé la nouvelle au chef s’il était toujours dans les parages à la fin de ma garde, lui rendant l’arme. S’il n’était plus présent, je l’aurais conservé le temps de son retour.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Jeu 15 Déc - 16:12
Mercredi 10 Avril au soir.

Alors qu'il planchait sur les corrections du registre de garde, constatant à quel point les gardes qui l'attendait seraient épuisantes tant elles étaient nombreuses, une idée germa soudainement dans son esprit. Il parcouru le cahier une nouvelle fois et se mit à hausser les sourcils, en se demandant pourquoi il n'avait pas songé à ce dont il songeait plus tôt pour faciliter la vie du groupe.

Dans l'heure qui suivie, il transporta la table et le poste-radio jusqu'au Local Technique, ainsi qu'un meuble du garde-manger inutile, un cube de bois de grande taille pour les denrées encombrantes et prit soin ensuite de monter le tout sur le toit, sous les yeux de Jena dont il sollicitait l'assistance. Ceci fait, il installa la table, plaça le cube dessus et le poste-radio à l'intérieur. Non satisfait, il gagna le Poste de sécurité pour récupérer une des bâches des anciens pompiers enroulées dans un coin, qu'il monta et plaçait sur le tout, calant la bâche en question avec les pieds de la table.

Ce déménagement accompli, voilà que le poste-radio était à disposition du guet et protégé de la météo, tout du moins tant qu'une tempête ne balayait pas tout mais ils avaient le temps de voir venir pour fabriquer quelque chose de plus approprié. Il annonça ensuite à Jena, puis aux autres membres du groupe, que désormais la personne au guet aura aussi à charge la surveillance du poste-radio, ce qui divisait par deux les gardes obligatoires basées sur le guet, soit quatre gardes par personne en dehors de lui-même qui reprenait celles de la défunte Koda en plus.

Mieux que ça, plus besoin de s'enfermer dans la salle de réunion, qu'il voulait préserver des échanges de semence trop endiablés - mais il gardait cette pensée amusante pour lui, et ici la réception serait encore meilleure. Il précisa également avoir réécrit le registre de garde en conséquence, qu'ils pouvaient consulter à tout moment. Voilà qui allait grandement faciliter les tâches au camp et la disponibilité de tous pour le reste, et il aura simplement suffit d'une pensée qui, sur le coup, paru d'une évidence et d'une logique accablante.

Jena Higgins

Anonymous
Invité
Ven 16 Déc - 15:02
7 Avril 2035 - Début de soirée

Après une nuit complète de veille et de garde, suivie d’une matinée guère plus reposante, je m’étais accordée le luxe d’une sieste en fin d’après-midi, histoire de ne pas finir totalement déphasée pour le reste de la semaine et les obligations qui viendraient sûrement en emplir chaque jour. J’avais ressenti un besoin de dormir, de m’évader surtout, pour quelques heures, d’un quotidien assez pesant de solitude bien que je me trouvais paradoxalement bien entourée. Un déphasage à nouveau, bien plus complexe à résoudre s’il en était, dont j’avais bien du mal à me remettre malgré mes efforts, mes nombreuses pensées auto-adressées et destinées à tenter de me raisonner.

Mais au final, je n’avais que peu dormi, simplement étendue en travers de l’un des canapés de l’espace salon, les prunelles fixées sur le plafond et une petite tâche plus sombre, dont la forme m’évoquait vaguement l’île de Madagascar. Déchaussée, les jambes croisées et les bras passés derrière la tête, je contemplais simplement l’écoulement du temps au-travers de mes paupières alourdies par la fatigue. Lentement, j’allongeais le temps entre deux inspirations, soufflant plus longuement et détournant mes pensées des préoccupations du moment pour ne plus me focaliser que sur ma respiration. Et ceux jusqu’à ce que Morphée ne vienne m’emporter de ses bras, me traîner dans son sillage.

Une dérive onirique fragmentée, qui ne dura qu’un couple d’heures avant que je ne perçoive quelques éclats de voix étouffés au sein du camp. Un constat qui me fit rouler des yeux vers le ciel en même temps qu’un soupir d’exaspération ne s’échappe de mes lèvres. Une nouvelle fois, le ton montait au sein du campement entre les deux compagnes que la séparation comme les différentes intervention de James auprès d’elles n’avaient pas calmées. Lentement mais sûrement, j’en avais ras la casquette de les entendre se plaindre et se disputer pour des broutilles parfaitement risibles, ou plus délicatement de leurs conditions de survie. Des reproches qui me dépassaient totalement en ces instants, alors que je les blâmais silencieusement de ne pas être foutues de se rendre compte du luxe dont elles jouissaient ici. A l’abri des morts, de la faim, de l’inconfort, et même du monde extérieur quand aucune d’entre elles n’avaient été foutu de mettre le nez dehors pour le compte du groupe.

C’est pourquoi, au sortir d’un sommeil peu réparateur dont je peinais à émerger, j’en venais à souhaiter que l’une des deux - si ce n’était les deux - n’en vienne à faire le choix de foutre le camp pour de bon et nous laisser en paix. Des propos amers que j’avais malgré tout tus au cours de la semaine écoulée, modérant mon exaspération en ressassant les paroles de James et la promesse que je lui avais faite en ce sens : éviter de rentrer dans le lard des autres membres de ce groupe, sauf cas de force majeure. Néanmoins, je voyais cette limite se rapprocher de plus en plus dangereusement, ma patience s’amenuisant à mesure que s’amplifiaient les jérémiades des deux autres dindes. De vraies plaies, pour ne pas employer le terme de “parasites” pour les qualifier plus justement alors que je n’en pensais pas moins.

Me redressant en position assise sur le canapé, je mettais un certain temps à enfiler mes godasses puis récupérer mon matos posé à même le sol, au pied du meuble. J’avais à peine eu le temps de m’apercevoir qu’enfin les braillements avaient cessés que je vis, brièvement, Kaitlin quitter le réfectoire avec empressement, sans y porter plus d’attention que cela. Je me foutais bien pas mal de savoir ce qu’elle ou sa nana avaient bien pu s’échanger comme politesses, l’important étant que ça se soit enfin fini. Sûrement un nouveau calme avant une prochaine tempête, qui ne pouvait m’empêcher de me laisser demander où j’allais bien pouvoir trouver le courage de rester parmi eux si les risques que je prenais ne servaient qu’à solutionner des problèmes de coeur à peine plus sérieux que des amourettes d’adolescents.

Mais il n’avait en réalité fallu que quelques minutes pour que la nouvelle ne fasse le tour du campement. Kaitlin avait été vue en train de fuir le campement, disparaissant dans les bois sans aucune explication. Ce n’est que bien plus tard, à l’heure du repas approchant que la raison devint évidente pour tous. Une nouvelle des plus morbides, une raison des plus incompréhensibles : Koda était morte. Pour ma part, je n’avais aucune preuve que cette mort, qui semblait accidentelle, était l’oeuvre de Kaitlin, mais mes soupçons s’étaient rapidement mués en une certitude viscérale ; et cette certitude en une décision, une résolution qui allait devoir réclamer un nouveau sacrifice, un nouveau fardeau à porter. On ne pouvait pas laisser Kaitlin s’en tirer ainsi. Je ne pouvais pas admettre la réalité de sa fuite et toutes les conséquences potentiellement désastreuses que cela impliquait. Elle avait tué un autre membre de notre groupe, et pire que tout, elle en savait beaucoup trop sur notre groupe. La position de notre campement, notre matériel, nos noms, notre composition. Si dans sa fuite, elle venait à tomber entre de mauvaises mains, la mort de Koda serait dès lors un bien moindre mal. Kaitlin devait mourir, c’était une nécessité.

Le 8 Avril

Dès que ma garde matinale fut terminée, et après m’être entendue avec Kyle à ce sujet - prenant sur moi de mettre ma rancoeur envers lui de côté le temps de cette traque - je serais également allée m’équiper d’un arc en bois auprès de James, prétextant une sortie chasse en compagnie de l’ex-Seal. Je doutais que le Cap’tain ne soit réellement dupé par notre semi-prétexte de chasse, mais d’un autre côté, alors qu’il avait pris sur lui la tâche d’offrir une sépulture décente à l’asiat’ et avec les principes que je lui connaissais - que je ne partageais pas complètement, mais qui forçait mon respect malgré tout - je tenais à le préserver autant que possible de la réalisation du sale boulot. Il avait très certainement bien d’autres choses à penser que de s’occuper du sort de la fuyarde.

Et la traque débuta, sous une pluie fine et intermittente. Une traque qui n’avait rien eu de compliqué tant la fugitive était partie rapidement, sans faire l’effort de prendre garde aux traces qu’elle laissa derrière elle. Branches cassées, empreintes de pas appuyées sculptant la terre molle, rendue boueuse par l’humidité. Elle avait tracé sa route de nuit, dans des bois inconnus et dangereux, et bien rapidement, nous finissions par lui tomber dessus. Elle faisait peur à voir, lamentable, apeurée, crevée et frigorifiée ; mais pour autant, elle ne nous laissa pas le choix malgré nos vaines sommations et tentatives pour la convaincre de rentrer et assumer la responsabilité de ses actes. Kyle avait assumé la décision de commettre l’acte, l’exécuteur d’une tâche que je redoutais malgré sa nécessité ; et je ne pouvais que l’en remercier. Silencieusement.

Longuement, Kyle et moi avions tâchés de creuser une tombe pour Kaitlin, avec les moyens du bord, afin de préserver son corps des charognards. Une bien maigre consolation à porter sur la conscience, à peine soutenue par la satisfaction malgré tout d’avoir fait notre devoir, à savoir préserver la sécurité du groupe avant même de penser à la vengeance de Koda. Si l’on commençait à vouloir venger chaque injustice, chaque barbarie que ce monde appelait à commettre, il était certain que l’espèce humaine s’éteindrait bien vite. Encore plus vite. Nous profitions de l’occasion d’être en forêt pour donner crédit à notre prétexte, chassant quelques lièvres et oiseaux pour ramener un peu de nourriture au campement. Une tâche qui avait au moins l’avantage de m’obliger à me concentrer sur autre chose que l’acte que nous venions de commettre. Je ne cessais de me ressasser l’idée que ç’avait été une nécessité absolue et primordiale, ni plus, ni moins ; mais l’aigreur et la colère restèrent bien présentes malgré tout.

Le sac à dos de la défunte Kaitlin passé à l’une de mes épaules, chargé des quelques possessions qu’elle avait emmenées dans sa fuite, nous avions fini par rentrer au campement. J’étais trempée, les habits et les mains souillées de terre, d’humus et du sang des animaux chassés. Kyle et moi n’avions que peu parlé, si ce n’était pour échanger des indications et des directives au cours des deux chasses menées. Mais je pouvais sentir, dans son mutisme et son comportement, que l’homme attendait le moment propice pour s’ouvrir. Un silence qu’il décida de briser quand nous approchions de notre destination, alors que je ne rêvais que d’une douche bien chaude. Un des maigres luxe dont nous jouissions depuis peu grâce aux talents de négociatrice d’Elizabeth.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Mer 21 Déc - 14:18
Du 4 au 7 Avril

Peu après notre retour d’excursion, ma Liz’ m’avait conviée dans une pièce du perchoir assez peu fréquentée par le reste du groupe. Si je n’avais pas saisi le but de sa demande dans les premiers instants où elle la formula, la jeune femme ne tarda pas à m’éclairer, se confiant à moi avec une ouverture dont elle avait rarement fait preuve. Décidément, c’était la journée, aussi bien pour elle que pour moi, et pourtant, contrairement à Elizabeth un peu plus tôt dans la matinée, je ne pus retenir une franche gêne à l’entendre me raconter l’épisode sanglant qui avait précédé la conclusion de notre petit périple agricole. Mais plus que de la gêne, j’avais senti monter en moi une sourde colère, que j’avais maintenue sous contrôle cependant, derrière mes mâchoires crispées, retenant avec elle une bordée de reproches sur son inconscience de l’instant avant de finalement parvenir à relativiser.

Fallait pas se leurrer, j’étais à cent milles bornes de posséder le dixième de quart de relativisme et de sagesse dont mon amie savait faire preuve, et ma rogne avait pris sa source au sein d’une profonde inquiétude. Le pire dans tout cela avait été de constater le gouffre qui nous avait alors éloignées à ce moment. Moi, en proie à un fou rire incontrôlable et elle, en proie à un mal encore plus incontrôlable. Et derrière, ma mauvaise vue et mon daltonisme n’aidant certainement pas, je n’avais rien vu, rien lu sur le visage de ma Liz’. Et j’étais aussi en colère contre moi pour la négligence dont j’avais - encore - fait preuve, à ne même pas voir ce que j’avais sous le nez à un instant critique. Je ruminais de n’avoir pas su le voir, et encore plus d’être incapable de lui venir en aide si j’avais pu m’en rendre compte. Des tas de raisons qui avaient fini par me confronter à moi-même et mes sempiternelles réactions prévisibles.

J’avais pris sur moi de ne pas m’emporter, offrant plutôt un soutien et des mots rassurants à celle qui craquait de peur, ou d’incompréhension devant moi. Ma Liz’, qui avait l’audace de me faire confiance malgré mon passif. Je n’en méritais pas tant, loin de là. Cela avait été très complexe pour moi, de trouver les mots, les gestes autre qu’une simple poignée de main pour tenter de la rassurer sur son état, que ce n’était pas grave d’avoir gardé le secret et que oui, malgré ce que me gueulait mon bon sens d’aller voir James pour ausculter Elizabeth ; oui, je garderais le secret. Je n’étais plus à ça près en terme de cachotteries de toute manière.

Par la suite, j’avais fini par regagner le dortoir, pressée de prendre une douche et me décrasser malgré la fraîcheur de la flotte. Et sous le soleil de l’après-midi, il m’avait fallu de nombreuses minutes avant de pouvoir percuter un détail de poids : le jus. Le Perchoir était alimenté en électricité. J’avais joué avec un interrupteur durant quelques minutes, à m’extasier comme une gamine et m’assurer de ne pas rêver ce petit luxe de voir clignoter, puis briller un putain de néon encastré au plafond.

Mais la vraie bonne nouvelle du merdier fut l’eau chaude que crachota le pommeau de douche, malgré le manque de pression qui rendait le jet particulièrement mollasson. Il n’en restait pas moins que nous avions de l’eau chaude et que j’en profitais pour me décrasser bien plus convenablement, conviant même Elizabeth à venir partager quelques instants entre filles. J’en profitais même tout court en fait, heureuse de pouvoir remplir une simple cuvette de lavabo pour m’épiler ensuite, enfin. La putain de victoire sur ce monde de merde, finalement vaincu par un rasoir jetable trois lames. Propre, fraîche, douce et épilée... Combo ultime de l’hygiène féminine que je n’avais pas réalisé depuis… le début de mon doctorat, au moins. Et il avait fallu attendre l’apocalypse pour cela. Les heures avaient ensuite passées, le temps pour moi d’aller déposer une partie du matériel ramené auprès de James, notifier cela sur les registres correspondants et finalement retourner ébaucher mes schémas plus tranquillement, jusqu’à la nuit tombée.

Les jours suivants, le quotidien et la routine avaient commencés à s’installer. Entre les gardes auprès du guet et du poste-radio, petite séance quotidienne de jogging dans la cour extérieure, toujours avec la difficulté de trouver mon rythme et mon souffle, ce qui avait tendance à me foutre sur les rotules, point de côté et tout le tremblement en moins d’une demi-heure. Des séances de course à pied relativement courtes, auxquelles se succédaient un passage obligatoire en salle de sport, à cogner de mes poings - m’éclatant les poignets à quelques reprises - les sacs de frappe sans aucune technique préalable, rendant les entraînements particulièrement désastreux et crevants. Il en allait de même pour les exercices réalisés sur les différents bancs, à tenter de soulever de la fonte. Là encore, j’exagérai largement mes capacités réelles, à essayer de pousser des poids bien au-delà de la force de mes maigres bras, n’évitant l’accident que par la grâce de mon don qui ne connaissait pas de limitation de masse, seulement de volume. Encore une étrangeté qui défiait les lois logiques de la physique connue ; mais je tâchais d’en faire abstraction en rangeant cela dans la catégorie des trucs inexplicables qui attendraient d’avoir plus de réponses.

Un quotidien qui ne tarda cependant pas à être perturbé par l’arrivée de deux nouvelles têtes, mais surtout par la mort de Koda, accidentelle ou volontaire, je n’en savais rien. Il aurait pour cela fallu avoir les explications de la responsable soupçonnée qui s’était carapatée dans le milieu de la soirée. Une mort idiote, aussi incompréhensible que démoralisante, faisant apparemment suite à des disputes d’ordre conjugal ou quelque chose d’approchant. Une disparition inquiétante là aussi, qui suscita chez moi la naissance, ou plus exactement la renaissance, de lourds soupçons à l’encontre de cette Kaitlin dont je ne savais rien, hormis qu’elle était arrivée parmi nous par l’intermédiaire de Nelson.

Je n’avais pu m’empêcher de nourrir des doutes à son sujet. Était-elle une vraie dégénérée ? Était-elle aussi innocente qu’elle le laissait paraître ? Mes soupçons et ma méfiance avaient été ravivés par cet épisode lugubre, la crainte aussi qu’elle puisse être une infiltrée à la solde du Marchand ou du Libérateur. Silencieusement, gardant mes pensées pour moi dans un premier temps, j’avais simplement prêté main forte à James pour déplacer le corps de l’asiatique vers le local technique, avant de laisser le chirurgien seul avec elle, conformément à sa demande. De quelques mots, sincères mais auxquels je ne croyais pas vraiment, je lui faisais la proposition d’être là si jamais il avait eu besoin de parler ; bien que je me doutais qu’il préférerait se tourner vers Elizabeth. Elle était bien mieux placée, bien plus compétente que moi dans ce domaine.

Le 8 Avril

Une journée assez longue et délicate. Là, encore, j’aurais aidé James comme je le pouvais à déplacer le corps de l’asiatique jusqu’à son lieu de sépulture, pour ensuite laisser le chirurgien à sa solitude. A sa demande, j’aurai par la suite jeté un oeil à la petite hachette cassée que l’on se trimballait depuis des semaines, rassemblant mes outils et mon savoir-faire pour tailler un nouveau manche dans une des bûches de bois ramenées par Kyle et James lors de leur journée de bûcheronnage de la semaine précédente. Une tâche qui m’avait pris plus de quatre heures à manier la scie, le ciseau à bois, le rabot et la cale à poncer dans un travail manuel particulièrement minutieux, durant lequel je me promettais de mettre la main sur des outils électroportatifs dès que possible. Néanmoins, en fin d’après-midi et profitant d’en occuper ma garde, j’étais parvenue à remplacer le manche cassé par un manche neuf et lisse, à la découpe plus ergonomique avec la présence de sillons et d’encoches pour placer les doigts de la main. J’en profitais même pour affûter le fer et le fil de la hachette avant d’aller la remettre à James. Je lui aurais par la suite proposé d’affûter les lames et fers des autres armes et outils, notamment les haches d’incendies dont les deux hommes du campement se servaient pour aller couper leur bois. Une tâche qui là encore me prendrait une bonne partie de la soirée, que je me décidais d’aller exécuter sur le toit en compagnie d’Elizabeth. L’occasion pour moi de discuter avec elle des doutes et craintes qui m’avaient assaillis suite à la mort de Koda et disparition de Kaitlin.

Le 9 Avril

Au terme de ma petite séance de sport quotidienne, qui me laissa moins crevée qu’à l’accoutumée bien que passablement entamée, j’étais partie m’équiper du sac de voyage et de la caisse à outils afin d’aller faire un peu de récupération dans les environs du campement. J’avais repéré lors de notre dernière sortie avec Elizabeth pas mal de pièces métalliques intéressantes, particulièrement les arceaux de structures des anciennes serres de culture, et je comptais bien les récupérer pour en recycler l’usage. Ils me seraient particulièrement utiles pour monter mon projet de forge artisanale. Je prenais la peine d’informer James de mes intentions, lui expliquant et révélant enfin la nature de mon don et les capacités qu’il me conférait, tant en terme d’exploration, de reconnaissance que de défense personnelle, pour obtenir de lui la permission de sortir seule. Je lui promettais d’être extrêmement prudente et de garder le contact radio à intervalles réguliers pour rassurer tout le monde et donner ma position exacte pour me rejoindre en cas de gros pépin. De toute façon, je n’avais pas pour ambition de jouer les têtes brûlées et risquer ma vie pour quelques morceaux de ferrailles.

Les heures avaient passées, sous une pluie fine, une atmosphère humide et lourde, presque étouffante, qui ne m’empêchait pas de transpirer. Je remplissais et bourrais le sac de voyage de morceaux de tubulures en acier, de plaque de tôle galvanisées, de vis, boulons et écrous que je récupérais à mesure que je démontais les anciennes serres et m’attaquais à la petite bâtisse visitée. Les cadavres des rôdeurs n’avaient pas bougés depuis, les corbeaux n’ayant même pas pris le risque de se charger de cette chair en décomposition. Seuls des vers et autres bestioles nécrophages avaient pris la peine d’y nicher, pour mon plus grand dégoût, mais ce fut en milieu d’après-midi que je regagnais le campement avec le fruit de mon labeur.

Le 10 Avril

Après la réunion demandée et conduite par James - que j’avais failli ne pas reconnaître sans sa barbe, et putain qu’il était canon le salaud - je découvrais avec une surprise satisfaite que le dernier arrivé, Leonard, deviendrait très probablement mon acolyte attitré, avec qui je passerais la grande majorité de mon “temps libre” au campement pour travailler sur les différents aménagements qu’avait demandé notre chef de camp. Pour ma part, je continuais et terminais les plans ébauchés pour la construction de la forge artisanale qui trouverait sa place dans les garages du rez-de-chaussée. J’avais réuni une bonne partie des ressources nécessaires à l’exception d’une seule, simple et complexe à dénicher dans le même temps : des argiles.

C’est pourquoi j’avais passé l’après-midi à faire des allers-retours, pelle sur l’épaule, entre le campement et la rivière qui s’écoulait non loin, à remplir nos réserves d’eau que l’on siphonnait assez rapidement, mais aussi et surtout à faire quelques relevés de terrain pour d’une part déterminer le tracé des futures conduites d’alimentation en eau qui relieraient le Perchoir à la rivière ; mais aussi pour me renseigner sur la nature des sols alentours, en quête de ces fameux argiles. Malheureusement, après avoir remonté et creuser un peu les berges, je n’avais pas trouvé la terre adéquate pour la construction du foyer de forge. Trop grasse et trop plastique, certainement pas des argiles infusibles capables de supporter les hautes températures que produiraient la forge. Je réservais cette quête à plus tard, construisant en attendant le squelette et la tuyauterie d’alimentation de la future forge. Pour trouver la céramique adéquate, je commençais à me mettre en tête d’aller fouiller une zone industrielle ou commerciale avec bon espoir d’y trouver mon bonheur, ou faire passer le message à ceux qui s’y engageraient.

En attendant, James avait énuméré la liste de ses priorités, nos priorités en réalité, et j’occupais le peu de temps libre qui me restait sur ce début de soirée à assembler une partie des éléments pour construire le châssis des aménagements à venir. Et avant d'aller finalement pioncer, je serais montée sur le toit à la demande de Jena, afin de régler l'antenne du poste-radio déplacé un peu plus tôt, pour bien recalibrer la réception de l'appareillage suite à son nouvel emplacement, chassant les derniers parasites qui se faisaient entendre sur les talkies.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Ven 23 Déc - 20:42
Jeudi 11 Avril au matin.

Avant de quitter le Perchoir, il aura de bon matin déposé la caméra portative en sa possession sur la table de la salle de réunion, au plus près de la porte. Sur cela, il aura fait le tour du groupe pour les inviter à regarder cet enregistrement, afin d'être au clair avec ses activités, particulièrement Léonard qui aurait tout à découvrir, là où les autres avaient déjà connaissance d'une bonne partie - mais pas la totalité - de cet enregistrement.

Plus que l'état de la situation et des informations en leur possession, c'est son point de vue, bien arrêté à présent, qu'il avait l'intention de leur transmettre, en espérant peut-être que cela influerait sur leurs pensées, si tant est qu'elles étaient néfastes avec tout ce que leur existence impliquait, et il était le premier à le ressentir et le comprendre, d'où le besoin pour lui-même autant qu'eux d'entendre ce qu'il avait à en dire.

Il récupérera la caméra à son retour d'excursion, si tout venait à se passer comme prévu...

Elizabeth R. Evans

Anonymous
Invité
Sam 24 Déc - 10:37
Du 4 au 7 Avril,

Immédiatement après être rentré et avoir confié la vérité sur les évènements produits quelques instant plutôt auprès de son amie, Elizabeth se serait dans un premier temps enfermé dans la salle de nettoyage pour se débarrasser de ce pantalon qui la dégoutait plus que tout. S’ouvrir ainsi n’avait pas été une chose facile, surtout qu’elle avait dû rentrer dans quelques détails pas très esthétique. Elle n’était pas habitué à ce genre de chose, bien plus à l’aise de l’autre côté du miroir, à écouter les confidences secrètes, ou même à aller les soutirer elle-même. Se retrouver à la place du patient lui rappelait les bien trop nombreuses heures et séances de psychanalyse qu’elle avait suivi lorsqu’elle était jeune et adolescente. Mais elle avait senti qu’il fallait que ce soit fait, ne serait-ce que pour sentir que quelqu’un serait là, prête à l’aider si cela s’avérait nécessaire.

Elle n’avait pas voulu entrer dans son propre dortoir pour rejoindre la salle de bain commune qu’elle partageait avec James, de peur de tomber sur ce dernier justement. Aussi, elle tournait en rond dans cette solitude, les larmes continuant de rouler sur ses joues face au mal de crâne qui continuait de la tourmenter et à son incapacité de prendre une décision immédiate pour savoir ce qu’elle pouvait bien faire maintenant. Elle était resté ainsi dans l’inaction jusqu’à ce qu’Ivy vienne à nouveau la trouver pour lui proposer de se joindre à elle dans la salle de bain du dortoir féminin. C’était ainsi qu’elle avait suivi son amie, en catimini pour éviter de croiser quiconque dans les couloirs alors que seul son pull descendant jusqu’au bas de ses fesses couvrait son corps. Ainsi enfermé dans sa propre cabine de douche profitant d’une eau chaude qui était plus que bienvenue, elle finit par céder à quelques conversations à travers les parois en faïences de la salle de bain. Un lieu de thérapie comme un autre qui lui fit un bref instant oublier les événements d'une petite heure avant.

Elle aura passé le reste de la soirée blottit dans ses draps, profitant de l’électricité parvenu au sein du Perchoir pendant sa sortie par la magie du générateur électrique et la visite de Nelson et Clark, pour se faire chauffer une petite bouillotte à caller au fond de son lit, en attendant que vienne l’heure de sa garde pour la nuit de Jeudi à Vendredi.  

Le reste de la semaine s’était déroulé sans réel événement particulier, oscillant entre ses gardes et la fouille de l’infirmerie de la caserne pour trouver une seule petite boite de test de grossesse, sans y parvenir. Maudissant un peu tout ce qui se permettait de lui mettre tant de bâtons dans les roues.

La soirée du Dimanche fut plus vive en remue-ménage. Assistant au départ précipité de Kaitlin vers la forêt, elle aura prévenu James de ce départ étrange, n’ayant l’écho de la macabre découverte que bien plus tard alors que son ex-amie avait déjà filé hors de portée de ses jumelles. Elle se sentait coupable de n’avoir rien vu venir, elle qui avait ce talent de pouvoir tout prédire, tout anticiper dès que cela impactait des personnes, les événements du Jeudi passé avait eu raison de son attention, la faisant passer complètement à côté de cet tragique accident. A nouveau elle passa presque le reste de la nuit cloitrée dans sa chambre, se rongeant les ongles d’inquiétudes. Ses anciennes mauvaises habitudes étaient d’ailleurs presque entièrement revenu, la poussant instinctivement à fuir tout contact masculin, James compris, ce qui la chagrinait énormément, ne pouvant contrôler ce sentiment qui la dépassait à nouveau.

8 Avril,

La faim de la semaine passée maintenant assagit par l’arrivée d’une cargaison de nourriture plus qu’importante, Elizabeth se surpris à plusieurs reprise à grappiller quelques miettes de temps à autre, convaincue qu’elle s’était assez privée pour les autres pour se permettre ces petits écarts. Elle aurait ensuite pris son tour de garde en compagnie d’Ivy avec qui elle échangea longuement, évoquant au passage son idée de construire un poulailler au sein d’une des alcôves du grand garage, lui demandant conseil technique à ce sujet.
Elle aurait essayé de reprendre un peu de son aplomb lorsque le sujet de la mort de Koda revint sur le tapis, essayant de donner un avis et un soutient constructif, confiant à son tour son sentiment de culpabilité à ce sujet.

Elle était particulièrement ravie de la tournure de sa relation avec son amie, se sentant de plus en plus proche d’elle et ayant l’intime conviction qu’elle pouvait désormais lui confier davantage de chose qu’auparavant.

9 Avril,

En l’absence de James et Kyle pour leur séance de coupe de bois hebdomadaire, de Jena pour sa garde, et d’Ivy pour sa petite sortie improvisée, Elizabeth avait préféré passer son temps de libre seule, enfermée dans son dortoir, à torturer à nouveau son esprit. Elle se sera ensuite prise l’envie subite de mettre de l’ordre dans la caserne, rangeant et réarrangeant l’ensemble des pièces, les unes après les autres, en passant par le balaie et la serpillière histoire de donner un renouveau après une semaine remplie passé à fouler chaque couloir. Elle aura également cherché dans tous les recoins du bâtiment du matériel de récurage pour essayer de retirer un maximum des tâches de sang qui tapissait le hall d’entrée. Cela lui aura pris assez de temps pour tenir sur la journée, avec un sentiment satisfait à la fin de son labeur.

Plus les jours passaient et plus un vif sentiment de distance se tissait entre elle et son compagnon. Elle savait que ses propres secrets y étaient sans doute pour quelque chose, mais elle ne trouvait encore le courage d'aller se confier.

James F. Everett

Anonymous
Invité
Mer 29 Mar - 11:58
Samedi 13 Avril.


Le soleil avait d'ores et déjà ébloui le ciel et la terre, que pour James il y avait fort à faire. Après être arrivé, il avait exigé, sans tolérer la moindre discussion sur cela comme pour la suite, que Jena, Kyle et Ivy aillent s'allonger et se reposer, le temps qu'il puisse s'employer à les soigner un par un - il rassurait au passage Kyle que l'enfant serait soigné et nourrit. C'est sur Elizabeth et Léonard qu'il aura compté, confiant le pauvre enfant fatigué, affamé, à sa compagne, tandis qu'il sollicitait Léonard pour prendre Ivy dans ses bras et la conduire à l'infirmerie. Jena elle se devait de gagner le dortoir de femmes, un ordre non-dit comme on en connaissait que rarement d'aussi ferme de la part de James, lui-même soutenant Kyle attendu par une pénible montée dans les escaliers et les couloirs jusqu'au dortoir des hommes.

Il avait soigneusement fait en sorte de ne pas mettre ces trois-là dans la même pièce, par précaution, instinct, allez savoir pourquoi, il préférait leur permettre de s'isoler et évacuer les tensions de cette nuit, quand bien même les siennes demeuraient assurément vivaces. Il était fatigué, du manque de sommeil comme de tout ce qui avait pu se passer mais ne s'autorisa, une fois chacun à sa place, de ne retirer que ses armes et sa veste, restant en tee-shirt et gagnant d'avoir les avant-bras libres, il commença par demander à Elizabeth de se concentrer sur l'enfant, et le conduire dans leur dortoir personnel, là où aucun des trois blessés ne pourrait entendre les pleurs de ce pauvre petit être. Là-bas, elle pouvait faire son possible pour le rassurer, le couvrir plus correctement car ils avaient bien assez de draps et diverses couvertures, ainsi que le garder dans un endroit chaud.

Après quoi, il expliqua rapidement à Léonard où se trouvait la pharmacie qu'il avait déjà visité avec Elizabeth, et lui confia les clés de la Chrysler pour qu'il puisse s'empresser d'aller récupérer du matériel de soin spécifique pour l'enfant et du lait en poudre, dans le but de rapporter tout cela à Elizabeth et suivre ses indications, il était persuadé et confiant sur le fait que sa compagne saurait mieux que lui ou que le grand gaillard, comment faire avec ce bébé. Quant à lui, il pouvait se concentrer sur ses patients et il en avait, du boulot. Il commença par celle qui lui avait paru la plus amochée, Ivy et utilisa en premier lieu son pouvoir pour refermer ses blessures les plus légères et avancer concrètement la guérison de sa main amputée d'un doigt. Armé d'un kit de chirurgie avancé de leurs stocks, il déshabilla en bonne partie Ivy et s'employa déjà à suturer son doigt, puis à user des produits nécessaires à désenfler et atténuer ses commotions.

Il la laissera sur un lit de l'infirmerie, avec draps et couvertures, se reposer en allant trouver Jena. Kyle avait besoin de sutures lui aussi, mais il voulait savoir ce qu'il en était de la dame en priorité, dans l'inconnu de ses blessures. Cependant la réticence perceptible de Jena à laisser James s'approcher, l'alarmait autant que cela le dissuadait d'insister. Il préféra la laisser temporairement, rejoignant plutôt Kyle pour soigner, suturer et soulager sa jambe ainsi que sa lèvre, lui donner des médicaments anti-douleurs et de quoi lui permettre de trouver le sommeil, puisque c'est dans cet objectif qu'il le laissa. Durant tout le processus, lui-même endurait sa blessure à la tête et il n'avait même pas prit soin de se nettoyer du sang séché sur presque une moitié de visage dans l'empressement, faisant la forte tête à ce sujet.

C'est en allant trouver Elizabeth pour lui expliquer la situation de Jena et les étapes à suivre afin qu'elle puisse le remplacer dans les soins, que cette dernière insista pour nettoyer sa propre blessure. Si James ne pouvait guère se suturer lui-même, il expliqua, non sans en souffrir, comment faire à Elizabeth, l'accompagnant dans le procédé pénible de recoudre ses propres chairs. James n'était pas douillet de nature, mais il ne se montra pas fier et c'est avec des cachets d'anti-douleurs et paracétamol qu'il s'acheva. Entre-temps, Léonard avait fini par faire l'aller-retour et revenait, au soulagement de James - ce qui n'en finissait plus, entier et avec le nécessaire.

Il put le remercier, le congédier et lui souffler de ne pas s'approcher des filles pour qu'elles puissent rester tranquilles, ce que le grand gaillard comprit et accepta. James prit ensuite le relais avec le bébé pendant qu'Elizabeth était occupée, et se dépatouilla dans la cuisine et le garde-manger pour préparer un biberon, ce qui finit de soulager à son tour ce triste enfant qui hoqueta de tous ces pleurs qui avaient marqué le début de sa vie. Avoir cet enfant dans ses bras, le nourrir, était déroutant pour le chef de camp, bizarre surtout qu'il ne savait toujours pas d'où il provenait, mais réconfortant et rassurant quelque part. Il contempla cet être nouveau, dépendant et innocent se remplir l'estomac et le regard accaparé par ces deux petits yeux curieux, se surpris à sourire et à le bercer, en dépit du drame.

Tout au long de la journée, lui et Elizabeth se serraient les coudes pour ne jamais quitter l'enfant un instant, lui changeant ses couches, le nourrissant toutes les deux ou trois heures, selon les réclamations du concerné, et le gardant dans leurs bras durant les siestes. Si James était maladroit, perdu et incertain dans la manière de s'y prendre, il se découvrait une volonté instinctive de prendre soin de ce bébé, de ne pas le quitter des yeux, constamment bousculé par son crâne engourdi à défaut d'être aussi douloureux qu'au matin, mais se refusant à laisser l'enfant au risque qu'il ne disparaisse durant son absence.

Il n'avait pas tout à fait les idées claires, avec tout ce qui s'était passé et l'épuisement, néanmoins ces moments à trois avec Elizabeth, dans le salon ou le lit de leur chambre, étaient incroyablement apaisants, tant ils étaient agréables, jusqu'à ce qu'Elizabeth soit amenée en milieu d'après-midi à récupérer l'enfant qui sortait d'une troisième sieste, des bras d'un James étendu sur le canapé, la tête penché sur un coussin fort moelleux et plongé dans un profond sommeil caractérisé par une bouche entrouverte, contre lequel il n'avait pas pu lutter plus longtemps. Cette nuit serait marquée au fer rouge dans son esprit et ses conséquences, vouées à impacter bien plus qu'imaginé la vie du groupe, au-delà des soupçons mêmes du chef de camp.

Ivy Lockhart

Anonymous
Invité
Jeu 30 Mar - 19:00
Samedi 13 Avril - Milieu d’après-midi.

J’avais fini par revenir à moi à une heure bien avancée de la journée, que je n’apprendrai que bien plus tard. Et comme nombre de mes réveils faisant suite à un sommeil - ou une inconscience - bien involontaire, je revenais à moi accompagnée de nombreuses douleurs. Persiflantes, lancinantes, un flou dans mon esprit qui ne parvenait que très difficilement à me remettre dans l’ordre des choses et reprendre pied avec la réalité. Je restais immobile dans un premier temps, découvrant sans la reconnaître l’infirmerie de notre campement. Et avec elle, une soif intense qui me tiraillait la gorge.

Il m’avait fallu de très longs instants pour me remettre de mon incompréhension globale, retracer la chronologie des faits qui avaient précédé mon inconscience. L’horreur de la nuit précédente, les violences, les cris les morts, mon souhait de disparaître et mourir. Kyle ! Son délire, la menace qu’il représentait et ma volonté de le neutraliser une bonne fois pour toute. Ma demande auprès de Jena, la trahison de la femme qui m’agressait dans le dos, puis le noir. Dans un grognement d’effort endolori, je massais mes tempes migraineuses, sentant mon sang battre dans mes veines contre celles-ci, puis les nombreuses douleurs qui irradiaient dans tout mon visage. Mes yeux me brûlaient atrocement, mais la vision nette de la pièce me rappela bien vite que je portais toujours ces saloperies de lentilles. Une fois celles-ci retirées, ne soulageant qu’à peine la sensation de brûlure oculaire de mes prunelles baignées de larmes, je m’étais extraite de mes couvertures pour me redresser en position assise, les jambes ballant dans le vide qui s’ouvrait sous mes pieds.

Et je me découvrais dans un état plus que lamentable, malgré les soins qui m’avaient été prodigués. D’épais bandages me ceinturaient la poitrine, rendant ma respiration plus difficile encore, au point que je me demandais si je n’avais pas quelques côtes fêlées. Mais ce n’était rien en comparaison de celui qui m’enveloppait la main droite, où je redécouvrai l’absence de mon petit doigt. Dans un réflexe purement idiot, je touchais la zone sinistrée de mon autre main, m’arrachant une décharge fulgurante de douleur hypersensible qui me colla des sueurs froides tout le long du dos en plus de faire naître un gémissement plutôt grossier que j’étouffais derrière mes dents serrées.

De nombreux hématomes et autres traces de commotions se laissaient aisément deviner tout le long de mes bras comme de mes jambes, douloureux souvenirs là encore du passage à tabac dont j’avais été la victime. Il me fallut cependant attendre de pouvoir trouver un miroir pour contempler l’étendue des dégâts dans son entièreté. Lèvres fendues, pommettes gonflées quoique apparemment réduites, un joli coquard sur l’oeil gauche ; bref, une vraie beauté. Assez rapidement, je me désintéressais de mon reflet pour aviser mon sac à dos, déposé dans un recoin de la pièce, là où les affaires que j’avais portées la veille, défaites et maculées de sang séché, noirci, trônaient sur une chaise.

Je partais à la recherche du matos récupéré chez l’opticien, retrouvant au milieu des paquets de lentilles à usage unique un flacon de collyre susceptible d’atténuer quelque peu l’irritation de mes prunelles. J’en profitais par ailleurs pour récupérer la bouteille d’eau qui me faisait office de gourde de fortune, descendant le reste de son contenu de quelques gorgées assoiffées, picorant par ailleurs les rares restes de nourriture de la veille pour contenter mon estomac.

Finalement, je quittais l’infirmerie du Perchoir, claudiquant plus que marchant dans le couloir, une couverture autour des épaules. Je comptais regagner ma chambre, récupérer des vêtements propres, prendre une douche, me débarrasser des miasmes de l’autre nuit, tenter de chasser par la bonde les horreurs qui n’avaient quitté mon esprit que par la grâce d’une inconscience forcée, et probablement quelques cachetons administrés en seringue. Je l’ignorais… Je ne voulais pas le savoir de toute manière, j’avais d’autres choses à penser, bien trop d’autres pensées à traiter, et infiniment trop peu de temps pour le faire. Je le sentais, je le savais. Le mal me guettait à nouveau, sournoisement. Ce n’était qu’une question de circonstances, de tensions, et je ne doutais pas qu’après les évènements de la nuit passée, les tensions finiraient par rejaillir, plus nombreuses, plus intenses que jamais.

J’avais bien des choses à me reprocher. Presque tout. Beaucoup trop là encore. Mes actes et mes non-actes avaient les conséquences les plus désastreuses, pour beaucoup d’entre eux, et ce n’était pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Marchant dans le couloir, je ne tardais pas à découvrir en traversant le salon un James lourdement assoupi sur un des canapés. Je m’arrêtais, silencieuse et interdite, à simplement le contempler dormir sans oser ni m’approcher, ni esquisser un geste dans sa direction. Quiconque m’aurait croisé à cet instant aurait pu voir sans difficulté le regard coupable que je posais sur le chef de camp, incapable de retenir les larmes tant de joie que de peine, qui me montaient aux yeux. A le savoir en vie. A sûrement savoir qu’il savait pour moi aussi, mon énième pétage de plomb qui ne ferait que renforcer la rancoeur qu’il avait déjà mentionnée à voix haute, multiplier les raisons de le décevoir, ou le mettre en colère.

Et si la joie était présente de le savoir bien vivant, et apparemment pas trop amoché physiquement, elle fut bien rapidement dominée par la réalisation qu’une fois encore, je m’étais plantée sur toute la ligne concernant Kyle et ses intentions. Il y avait chez lui quelque chose qui n’allait pas, c’était certain, mais la nature de ce qui le tourmentait me dépassait véritablement. Je n’avais aucune carte en main pour le juger avec sagesse et justesse. Je m’étais simplement comme la dernière des connes parano, et ça me frappait avec une évidence, une clarté assommante.

Aussi, lorsque je regagnais finalement le dortoir après avoir abandonné James à son repos bien mérité et récupérer mes affaires, je passais un certain temps - relativement long en réalité - sous la douche, malgré une température à peine tiède qui refroidit bien rapidement ; pour me laisser submerger par mes larmes et mon désarroi. Mes résolutions, ma volonté comme la nécessité de disparaître s’invitaient de nouveau dans mon esprit, naissant d’une constatation à peine idéalisée à une résolution déterminée, une réalité qui devait prendre forme au plus vite avant que je ne provoque plus de torts à ce groupe que j’en avais déjà causés.

En ressortant de la salle d’eau, j’avais eu la désobligeance de croiser Jena. Le regard qu’elle me lança à cet instant, dénué du moindre mot, se voulait suffisamment loquace pour me laisser comprendre que j’avais tout intérêt à lui laisser tout l’espace du dortoir pour le peu de temps qu’il me restait à passer ici. Et si j’avais initialement penser partir après m’être suffisamment remise de mes blessures, ce simple regard me poussa à raccourcir la dead-line au plus tôt. Finalement, je décidais de garder pour moi mes intentions, que j’avais pourtant voulu annoncer au chef de camp au cours d’une discussion que l’on se devait d’avoir et que j’avais évitée depuis bien trop longtemps. J’avais par la suite gagné mon casier personnel, le déchargeant de tous les plans et schémas d’aménagements pensés pour le campement, dont bon nombre nécessitaient d’être achevés, pour aller m’isoler dans la salle de réunion que peu fréquentaient depuis que le poste-radio avait été déplacé.

J’y passais le reste de l’après-midi et le début de la soirée, ne la quittant que brièvement pour aller manger et dresser un listing mental de ce que je pouvais emporter sans que cela ne nuise au campement. Rien d’unique, rien qu’il ne possédait déjà ; et achevant une majorité des schémas déjà bien avancés et m’attelant à la rédaction d’une lettre d’adieu, dont il fallut bon nombre de feuilles froissées et sacrifiées avant d’obtenir une mouture convenable à laisser derrière moi. La nuit était déjà bien avancée quand j’en finissais finalement de ma rédaction, finalement peu perturbée, et demandant de rester seule et tranquille à quiconque serait venu me trouver, même - et surtout - Elizabeth le cas échéant.

Les schémas roulés sous le bras, j’avais une nouvelle fois rejoint mon casier pour les y déposer. Je tâchais d’ailleurs de remettre la main sur le matériel d’optique que j’avais fourré dans la caisse à outils, de quoi me fabriquer de nouvelles lunettes qui viendraient en remplacement des lentilles de contact qui n’étaient qu’une solution provisoire à ma condition.

Ceci fait, j’avais regagné l’infirmerie pour espérer dormir un peu ; mais les souvenirs étaient bien trop vivaces, l’image de la mort de Maria et la naissance forcée de cet enfant que je pouvais entendre pleurer périodiquement dans le campement me tenant en éveil bien malgré moi ; c’était donc à une heure très avancée de la nuit que je prenais le départ. Un kit de crochetage, une lampe-torche, une tente et mes outils, ainsi que le reste de ma part de nourriture que James m’avait attribué pour la semaine passée, le tout bourré dans mon sac à dos.

Par la suite, j’avais gagné le bureau du chef de camp, profitant que la majorité des résidents du Perchoir dormaient pour en crocheter la serrure et m’y introduire. Ma tension était à son comble en ces instants. Je priais pour que James ne se paie pas l’envie d’une promenade nocturne aussi soudaine que malvenue. De la même manière, j’avais crocheté la porte de l’armurerie, désireuse de récupérer la hachette trouvée dans l’usine la veille. J’aurais besoin de cet outil pour survivre plus que pour me défendre, ne serait-ce que pour avoir de quoi couper un peu de bois. Moi qui n’était absolument pas coutumière des méthodes de survie en milieu extérieur - et surtout hostile - je prenais d’autant plus conscience, à chaque seconde écoulée et par chaque objet de mon larcin, que les jours à venir seraient déterminants, incroyablement difficiles et certainement bien au-dessus de mes capacités. Pour autant, je refusais de renoncer à ma résolution, je refusais de revenir en arrière. Le groupe avait besoin que je m’en aille. Ils avaient tous besoin de se reconstruire, et je n’étais qu’une destructrice. Néfaste et incontrôlable.

Une fois mon dernier larcin commis, je refermais la porte de l’armurerie et trouvait sur le bureau de James un bloc de quelques post-it, sur lequel je listais les objets de mon “emprunt” avant de l’adjoindre à ma lettre. D’un geste lent du poignet, particulièrement difficile au point de m’en faire trembler la main, je déposais les deux pages noircies d’encre pliées en trois, bien en évidence sur le bureau du chef de camp, de manière à ce que ma lettre d’adieu soit la première chose qui puisse croiser son regard. Après quoi, ravalant tant bien que mal la tristesse qui me nouait la gorge et rendait mes yeux troubles de larmes naissantes, je quittais la pièce à pas de loup. Finalement, aux termes de péripéties majoritairement désastreuses, le temps était venu pour moi de les laisser enfin à la paix qu’ils méritaient.



***

                                  James,

Quand tu liras ces lignes, peut-être te seras déjà tu rendu compte que je suis partie. Peut-être suis-je simplement en train de te l’apprendre. Peu importe en réalité. J’espère simplement que tu n’ais pas eu à me croiser sur le départ, auquel cas je m’excuse de ce que j’ai dû faire. Sache que je regrette de ne pas avoir le cran de venir te l’annoncer en face-à-face, de laisser tant de non-dits et de regrets entre nous, mais je sais au plus profond de moi que je n’aurais pas eu la volonté nécessaire pour vraiment partir si tu avais été là, si Liz’ avait été là. Elle est bien trop douée avec les mots, je n’aurais pas eu la force de vous quitter.

Je ne peux qu’à peine imaginer ta déception, ton incompréhension ou ta colère. Mon attitude, je le sais, est impardonnable en cet instant, comme elle l’a été jusqu’à présent de toute manière. Depuis mon retour, je n’ai pas cessé de créer des problèmes, d’être à la source de conflits et de rester sourde et aveugle à ce qui se voulait être une évidence. Mon comportement, mes mensonges, mes cachotteries, mes accusations, à Snatch contre Samuel, contre Melody, contre Matthew ou Calvin ; ici, contre Kyle. Ce marché passé avec le Vagabond, ce sentiment perpétuel d’être épiée, d’avoir le monde dressé contre moi… Les mots que Kyle pouvait avoir l’autre jour, ceux que tu as eus quand tu nous as surpris, ceux que Jena a eus quand nous étions dans cette usine, bien avant qu’Elias n’arrive. Je refusais de les entendre. Je refusais de les comprendre. Je refusais tout simplement d’admettre ce que j’étais vraiment, ce que ça impliquait d’abject et de néfaste, me persuadant d’être une victime quand je n’étais que l’architecte de mes propres maux. Au point de finir par en perdre la perception et la maîtrise de mon pouvoir qui aurait pu tout solutionner cette nuit-là.

J’ai bien trop longtemps menti, à vous comme à moi-même à espérer pouvoir vous protéger, chercher des traîtres qu’il n’y a probablement jamais eus parmi nous. Trop aveuglée par cette espèce de perpétuelle parano qui me consume, je n’ai pas su voir les choses les plus simples. Il a fallu que je tombe sur un fou furieux comme Elias et entraîner Jena dans mon impuissance pour l’admettre, entrevoir la véritable solution. Quand je pense qu’elle n’avait que moi sur qui compter à cet instant, et que je n’ai pas su être là, pas été à la hauteur une fois de plus. Je m’en veux tellement si tu savais… Soulstrange me l’a pourtant dit, quand il me parlait de vous faire tous souffrir plus que de raison. Je pensais qu’il parlait d’actes sordides, sadiques, que ses hommes ou lui viendraient commettre, de cruauté comme le Vagabond en a tant raconté. Mais je me rends compte dès à présent que c’est à travers moi qu’il vous inflige les souffrances promises. C’est pourquoi j’étais si prête à mourir entre les mains d’Elias. Prête à sacrifier ma vie pour vous éviter de souffrir plus encore, pour ne pas être l’objet de chantage, de pression, d’autres tortures que l’on pourrait vous infliger par ma seule présence.

Mais grâce à toi, grâce à chacun de vous, j’ai la chance d’être encore en vie et vous, la malchance de m’avoir encore auprès de vous. Par deux fois, j’ai succombé à cette folie paranoïaque. Par deux fois, j’ai voulu m’en prendre à Kyle, attenter à sa vie car je dressais des ponts complètement délirants entre son étrange comportement et sa plus délirante affiliation encore avec les hommes du Marchand. Sans Jena pour m’assomer, sans son intervention, qui sait ce qui aurait pu se produire. Dis-leur que je suis sincèrement désolée, honteusement désolée, de mes actes comme des paroles que j’ai pu avoir. Je tiens à vous, vraiment. Je vous aime tellement… Je n’ai jamais rien souhaité d’autre que vous protéger, de la plus désastreuse des façons possible malheureusement.

C’est la raison pour laquelle je dois partir. Je n’en ai pas envie, mais je le dois. Je vous le dois. Elias n’était rien ni personne, sinon le premier. Ce monde regorge de types comme lui, et de types sûrement bien pires encore qui s’en prennent aux gens biens, aux gens qui ne souhaitent que survivre. Aux Calvin, aux Harvey, aux Jordan, aux Maria et aux bébés qu’on leur arrachent à même le ventre dans une folie qui n’a pas de fin autre que le désespoir. C’est finalement là notre rôle, à nous les dégénérés. Offrir au monde ce que l’on nous a arraché : un avenir. Mon don n’est pas comme le tien, il n’est pas voué à venir au secours des autres. Il n’est pas voué à soulager les maux. Je peux protéger les gens, tout comme je peux les tuer, d’une simple pensée. Je n’ai pas souhaité posséder une telle capacité, avoir sur mes épaules le poids d’une telle responsabilité, mais c’est pourtant là le rôle que la mort m’a donné en plus d’une nouvelle chance. Je peux faire le bien autour de moi, et ça commence aujourd’hui, en m’éloignant de vous.

Tu le remarqueras sûrement bien assez tôt, mais je vous ai emprunté un peu de matériel en partant. Tu trouveras le détail sur le post-it qui accompagne cette lettre. Rien qui ne mette en péril la sécurité du Perchoir, rien qui ne soit vital, selon moi ; bien que ce ne soit pas à moi d’en juger. Je saurais vous rembourser cet emprunt un jour, je t’en donne ma parole pour ce qu’elle vaut et pour peu que je reste en vie suffisamment longtemps là-dehors. Quoi qu’il en soit - maigre contrepartie pour vous avoir volé - tu trouveras dans mon casier les différents schémas pour les aménagements que tu avais demandés pour le Perchoir. La structure du poulailler demandé par Liz’, les schémas pour raccorder le Perchoir à un système autonome en eau, avec pompe, système de filtration, et au besoin si la pression n’est pas suffisante, la position, le diamètre et la hauteur de la colonne hydrostatique. Ya aussi quelques schémas pour des boxs d’agriculture hors-sol à installer dans le garage - les verrières feront d’excellentes serres de culture - ; de quoi monter une tourelle mobile pour fixer la grosse pétoire et les plans de la forge artisanale, maintenant que j’ai réussi à trouver la céramique infusible. J’ai pas eu le temps de dessiner l’abri pour le poste-radio ni le râtelier pour le toit, mais je ne doute pas que Léonard saura faire bon usage et bonne lecture de tout ça. Il sera certainement un compagnon bien moins ingérable que je ne l’ai été.

Pour finir, je n’escompte pas que tu puisses me pardonner un jour, aucun de vous. Je ne vous demande rien de tel. Je ne vous demande plus rien, hormis de ne pas vous mettre en tête de partir à ma recherche pour me faire changer d’avis. Vous en avez déjà beaucoup trop fait, plus que je ne mérite vraiment. Simplement, James, n’oublie pas qui tu es ; car tu es vraiment magnifique. Un champion.



Prenez soin de vous,          
Ivy                      

Jim


Fiche de personnage
Points de RP:
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Etat Mental:
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Informations scénaristiques:
Jim
Maître du Jeu
Dim 15 Sep - 18:59







Clôture du Perchoir : First Season.

Equipement Porté :
N/A
Accessoires Pratiques :
N/A
Contenants Personnels :
N/A
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